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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 19:01
Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka (Phébus)

Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka

(Phébus - Août 2012 - 142 pages)

Traduit de l'anglais (américain) par Carine Chichereau

Titre original : The Buddha in the Attic (USA - 2011)

Prix Fémina Etranger 2012 - PEN/Faulkner Award for fiction etc...

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Un livre hyper primé annoncé partout et par presque tous comme un chef d'oeuvre. Et chez moi, cela fait "plouf" !!! Bof !!! Bien écrit mais il manque quelque chose pour en faire un chef d'oeuvre. Comme c'est une lecture commune avec Marjorie Littérature, nous avons confronté chaque jour notre ressenti au fil de la lecture qui s'est étalée sur quatre jours. Vous lirez son compte-rendu paru ce même jour et vous verrez que nous avons eu un ressenti très proche. Un bon livre, sans plus.

 

Tout d'abord : le titre. Rien à voir entre le titre original et le titre français. Le Bouddha parle-t-il plus aux états-uniens qu'aux français, quand on sait que c'est la "référence" japonaise en matière de pensée et de "religion" (au sens large pour ce qui est du Bouddha) ! Ne cherchez pas l'Attique, vous ne la trouverez pas dans le roman et sur une carte de géographie quand vous partez du Japon pour aller aux U.S.A., sauf à faire le tour du monde, ce qui n'est pas le cas dans ce roman.

Par contre, oui, la majorité des femmes japonaises qui ont pris le bateau pour aller aux USA dans les années 1920, n'avaient jamais vu la mer...

 

Ensuite : l'histoire (avec un grand H surtout après le mitan du livre).

Dans les remerciements, Julie Otsuka nous informe que "Ce roman s'inspire de la vie d'immagrants japonais qui arrivèrent aux Etats-Unis au début du XXe siècle. Je me suis servie d'un grand nombre de sources historiques". Et suis une liste de textes en anglais d'auteurs japonais et américains.

 

Il faut avouer qu'en France, à ma connaissance, on n'a jamais avant ce livre entendu vraiment parler de cette immigration.

L'auteure nous raconte dans 8 chapitres non numérotés cette "folle aventure".

Tout commence "sur le bateau", trois mots scandés à chaque début de paragraphe du chapitre "Bienvenue, mesdemoiselles japonaises !"

 

Page 11 : "Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n'étions pas très grandes. Certaines d'entre nous n'avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n'avaient que quatorze ans et c'étaient encore des petites filles. Certaines venaient de la ville..."

 

Et cette manière de scander les phrases se continue ainsi pendant tout le livre, comme un chant choral antique (d'où peut-être la référence induite à l'Attique du monde grec ancien). Elles unissent leur voix pour dire "nous".

 Et honnêtement, cette manière d'écrire m'a assez vite lassé car l'auteure ne donne aucune profondeur à son texte. Elle essaie de résumer les émotions, les situations de chacune de ces japonaises embarquées vers San Francisco pour se marier avec un compatriote "américanisé".

Elles sont bouddhistes pour la majorité et elles ont une photo avec elles pour reconnaitre sur le quai leur futur mari.

Pour elles c'était partir ou devenir geisha compte tenu de leur origine pauvre où la famille devait les "vendre" pour survivre. Et pas question de rentrer au pays, quoiqu'il arrive !

Elles sont vierges pour la plupart et ne savent rien de la vie et de l'amour. Et quelque soit le type d'homme qu'elles vont épouser, dès l'arrivée, elles savent que leur première nuit sera celle de l'acte sexuel. 

Il faut travailler car ce que n'ont pas dit les maris c'est qu'ils ne sont pas patrons ou négociants mais eux-mêmes travailleurs exploités chez les blancs. Elles ont été trahies mais elles travaillent durement sans rechigner et obéissent aux ordres que ce soit dans les champs ou dans les maisons des riches. Et si elles doivent vendre leur corps, elles le font, en toute humilité.

Ces femmes ne se rebellent jamais !

Elles font naître leur enfant comme elles peuvent souvent en se cachant. Les enfants grandissent et apprennent l'anglais, vont à l'école mais très vite tout change. Les japonais ont attaqué Pearl Harbor et les japonais installés aux USA deviennent des ennemis. Le gouvernement en arrête beaucoup et prévoit de les parquer dans le désert notamment.

Les japonais partent consciencieusement de chez eux pour l'inconnu. Même les autochtones ne savent rien de leur destination finale.

Et c'est à ce moment, en décembre 1941, que le livre prend l'épaisseur d'un roman historique. Je n'avais pas vu venir "le coup" et de fait cet événement de guerre est terrible pour les américains, car les japonais ont violé leur neutralité du moment en attaquant leur base de Pearl Harbour.

 

Page 91 (début du chapitre "les traitres") : ​"Les rumeurs ont commencé à nous parvenir dès le deuxième jour de la guerre. // On parlait d'une liste. De gens enlevés au milieu de la nuit. D'un banquier parti pour son bureau et qui n'en était jamais revenu. D'un barbier disparu pendant sa pause déjeuner. De quelques pêcheurs manquant à l'appel. Ici et là, d'une pension où les froces de l'ordre avaient fait une descente. D'un commerce saisi. D'un journal fermé..."

 

Au début elles n'y ont pas cru. Ce n'étaients pas elles qui étaient concernées. Et pourtant "les rafles" ont bien eu lieu. Rien à voir avec les rafles nazies, mais leur destination reste des camps de regroupement dans le désert, ailleurs en tout cas.

 

Et comme toujours, elles sont résignées et acceptent de partir sans s'insurger.

 

Cette partie du livre, les derniers chapitres donc, sont les plus intéressants car ils rejoignent la Grande Histoire, celle qui a déstabilisé les USA, 70 ans avant l'attentat des tours jumelles.

 

Hiroshima n'est pas du tout cité dans le livre, mais on sait que c'est ainsi qu'en août 45, ce peuple a été contraint d'arrêter la guerre.

 

Pour que j'aime vraiment ce livre, il aurait fallu plus d'épaisseur au récit. Prendre par exemple deux ou trois japonaises et montrer leur vie depuis le bateau jusqu'aux camps, plutôt qu'égréner ainsi des successions de phrases qui essaient, par leur "empilement" (ou compilation) donner un sens aux événements vécus par ces japonaises. 

 

​Dommage, je suis passé à côté, mais je sais à présent que je vais pouvoir lire "Perfidia" de James Ellroy, qui raconte les quelques jours qui ont suivi Pearl Harbor, et il fait référence à cette "migration" des japonais vers des camps.

 

Voici un lien très intéressant sur le sujet des nippons internés aux USA suite à Pearl Harbour :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Internement_des_Nippo-Am%C3%A9ricains​

 

Encore merci à Marjorie pour cette lecture attentive qui a permis à chacun de nous deux de mieux appréhender ce roman.

​Bonne lecture,

 

Denis

 

Comme c'est le mois américain, cette lecture s'inscrit dans ce cadre.

 

 

 

Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka (Phébus)
Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka (Phébus)
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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 16:29
Traducteurs d'auteurs U.S. : 2/ Pierre Leyris

Pierre Leyris (1907 - 2001) a été un des très grands traducteurs d'auteurs anglo-saxons, reconnu notamment pour sa traduction des oeuvres complètes de William Shakespeare.

 

Pour le domaine U.S., il a été le traducteur de Herman Merville, T.S. Eliot, Nathaniel Hawthorne ou Edith Wharton, entre autres.

Il a fait paraître en 1995, chez Gallimard, "Esquisse d'une anthologie de la poésie américaine du XIXe siècle"

Traducteurs d'auteurs U.S. : 2/ Pierre Leyris
Traducteurs d'auteurs U.S. : 2/ Pierre Leyris

Son immense travail lui a valu de recevoir le grand prix de la traduction en 1985.

Ses mémoires sont parues en 2002 chez José Corti.

 

Si vous aimez les classiques de la littérature des USA, vous ne pouvez pas ne pas avoir croisé la plume de Pierre Leyris, tout comme celle de Maurice-Edouard Coindreau, que j'ai présenté récemment.

Ce sont à ma connaissance les deux principaux traducteurs "historiques" de la littérature U.S. quand elle a commencé à arriver dans les rayons de nos librairies françaises.

 

Denis

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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 16:39
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Muse de Jonathan Galassi

(Fayard - collection "littérature étrangère" - 267 pages - août 2016)

Traduit de l'anglais (USA) par Anne Damour

Titre original :Muse (New York 2015)

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Le premier roman d'un jeune homme de 67 ans (né en 1949 à Seattle - USA) qui nous plonge dans les arcanes de l'édition américaine sur une soixantaine d'année. Jonathan Galassi sait de quoi il parle puisqu'il est le Président des Editions Farrar, Straus & Giroux. Cet éditeur a publié plusieurs prix Nobel de Littérature dont Isaac Bashevis Singer, un des grands auteurs du XXe siècle. Egalement poète, puisque  Jonathan Galassi a publié trois recueils de poésie et traduit les grands poètes qu'on été Eugenio Montale et Giacomo Leopardi.

Un poète éditeur et on a les grands ingrédients principaux du roman "Muse" : un poétesse Ida Perkins et deux éditeurs qui vont passer leur vie à chercher à récupérer les grands auteurs publiés par l'autre.

 

Ida Perkins a une imposante bibliographie en tant que poétesse : environ 24 recueils de poésie presque tous publiés par les éditions Impetus à New York. N'oubliez pas que nous sommes dans une fiction, si bien que la majorité des noms d'éditeurs, d'auteurs sont imaginaires, y compris Ida Perkins !

 

 

Un livre d'amour, nous dit l'auteur en préambule, quand on met en scène la poétesse Ida Perkins, au temps où les livres étaient importants.

Homer Stern, juif new-yorkais s'est lancé dans l'édition aux lendemains de la seconde guerre mondiale en s'associant avec Franck Purcell formant l'enseigne Purcell & Stern (P&S). Mais le maître à bord est Homer et ses employés lui sont tous dévoués.

Le grand rival est Sterling Wainwright qui a l'outrecuidance de publier la belle rousse et grande poétesse Ida Perkins, sa cousine.

Paul Dukach s'est très jeune passionné pour l'oeuvre et la vie amoureuse intense d'Ida Perkins, dont sa poésie a été le reflet de sa vie. Elle a tenté avec moins de réussite l'abstraction. Adulée cette femme a intéressé les universitaires et Paul a vite été considéré comme un des grands spécialistes de la poétesse. Mais son ambition littéraire est de rentrer chez P&S. Avec beaucoup de patience il a réussi à obtenir la confiance de Homer. Il se sent tout de suite bien dans cette maison où il peut publier les auteurs majeurs de son temps comme Pépita Erskine et son compagnon poète d'un temps, nobélisé Dmitri Chavchavadze.

Paul a sympathisé avec "l'adversaire" Sterling. Ils parlent d' Ida et de son amant Arnold Outerbridge dit A.O. qui a laissé des carnets codés et indéchiffrables. Paul se met au défi de les rendre lisibles.  Et Sterling lui propose de travailler au calme dans sa propriété des Middlesex Mountains.

Ida et A.O. sont venus ici autrefois. Homer quant à lui est reçu par Sterling pendant ce temps où Paul travaillait sur les carnets.

La foire de Francfort est le grand événement de la rentrée et tous les grands éditeurs se doivent d'y être.

Et dans la foulée Paul rencontre Ida Perkins dans son appartement vénitien. Il lui parle de son travail en cours sur les carnets de A.O.

C'est alors qu'Ida lui parle de ses débuts littéraires :

 

Page 163 (question de Paul) "Quelle impression cela vous a-t-il fait d'être la coqueluche de la ville à même pas vingt ans ?"

(Réponse d'Ida) "Ces grotesques messieurs jeunes et vieux avec leurs magazines illisibleset leur précieuse fatuité. Des petits tartuffes ! J'ai toujours méprisé l'Establishment, Paul, y compris les bobos qui sont peu différents des banquiers en réalité. La poésie, pour moi,et pour tout, et pour toute personne sérieuse, à mon avis, touche à l'altérité : le fait d'être "inadapté", d'être à part.Ils ne comprenaient rien à ce que j'écrivais - ou à ce qui m'arrivait".

 

On voit bien avec cet extrait que l'auteur n'est pas tendre pour ce "petit monde" de l'édition. La lutte confraternelle mais sans concession entre Homer et Sterling est au centre de ce livre tandis que Paul cherche à arriver à ses fins : éditer Ida Perkins chez Homer.

 

Y parviendra-t-il? est la grande énigme de ce roman.

 

Je n'en dirai pas plus pour ne pas effleurer la fin de "Muse".

 

Voilà un livre bien écrit avec un petit bémol : on perd la finesse des querelles dans ce monde éditorial new-yorkais dès lors où on ne connait pas le contexte. Alors, il faut se rappeler qu'au-delà d'un contexte particulier, le schéma se répète partout dans le monde et en France bien évidemment. Et le passage par Francfort rappelle aussi que ce salon international a une très grande importance dans les tractations entre éditeurs notamment pour les droits de traduction.

 

Petit rappel historique : la foire du livre se tient à Francfort depuis environ 500 ans, quand Johannes Gutenberg inventa l'imprimerie à la cité de Mayence toute proche de Francfort.

 

Un des promo-romans étrangers de la rentrée littéraire à lire pour les amateurs de littérature et de poésie.

Le New York Journal of Books a écrit lors de sa parution aux Etats-Unis : "Parfaitement exécuté, drôle, touchant. Un bel hommage au monde de l'édition."

 

Merci à Anne Vaudoyer de l'agence "Anne & Arnaud" pour l'envoi de ce livre en service de presse.

Le livre est en librairie depuis le 31 août 2016.

 

Bonne lecture,

Denis

 

(Lecture qui s'inscrit également dans le "mois américain" )

Muse de Jonathan Galassi (Fayard)
Muse de Jonathan Galassi (Fayard)
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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 16:27
Traducteurs d'auteurs U.S. : 1/ Maurice-Edouard Coindreau

Maurice-Edouard Coindreau (1892-1990) a été un des premiers à traduire les grands auteurs américains (USA) du XXe siècle.

 

 

Ainsi, vous ne pouvez pas ne pas connaître son nom en tant que "traducteur" dans la majorité des livres que vous avez pu lire des auteurs de ce paysage littéraire.

 

 

Wikipedia nous rappelle la liste non exhaustive de ses traductions :

 

Passionné par la littérature des États-Unis d'Amérique, il fait découvrir à Gaston Gallimard de nombreux auteurs comme Ernest Hemingway (L'Adieu aux armes et Le Soleil se lève aussi), John Dos Passos (Manhattan Transfer), William Faulkner (Tandis que j'agonise, Le Bruit et la fureur), John Steinbeck (Les Raisins de la colère, Des souris et des hommes), Truman Capote, Flannery O'Connor, William Goyen ou William Styron, auteurs dont il traduit les principaux romans.

 

Vous pouvez voir que la palette est importante et de qualité.

 

Un prix de traduction Maurice-Edouard Coindreau a été créé en 1982.

 

Je vous renvoie sur le site pour en connaître tous les lauréats (à jour à 2016) :

http://www.sgdl.org/culturel/les-prix-sgdl/les-prix-de-traduction/851-le-prix-maurice-edgar-coindreau-2000

 

Il a également fait des entretiens avec Christian Giudicelli objets d'un livre paru chez Gallimard "Mémoires d'un traducteur".

 

On oublie trop souvent l'importance des traducteurs alors que sans eux nous n'aurions pas accès à la littérature étrangère.

Traducteurs d'auteurs U.S. : 1/ Maurice-Edouard Coindreau
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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 15:56
La tour d'arsenic d'Anne B. Ragde (10/18)

CHALLENGE NORDIQUE :

Un pays : Norvège

Un auteur : Anne Birkefeldt Radge (née en 1957)

Un lieu : le roman se passe essentiellement au Danemark avec quelques incursions en Norvège

Un roman :

 

La tour d'Arsenic d'Anne Birkefeldt Radge ​(10/18 - 500 pages - janvier 2013)

Première édition France : Balland - 2011

Traduit du norvégien par Jean Renaud

Titre original : Arsenikktarnet (2001)

 

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J'ai lu ce livre dans le cadre du "challenge nordique" animé par Marjorie Littérature, et en lecture commune avec Marjorie.

Notre méthode : faire un point en message privé sur facebook à la fin de chacune des parties du roman, ce qui a permis de discuter ensemble de notre ressenti. Il a généralement été très proche pour chacune des parties. Donc pas de "disputes" au sens noble du terme, mais plutôt du consensus entre nous, ce qui est assez exceptionnel mais qui montre à quel point nous avons eu un regard "commun" sur ces drôles de personnages, pas si drôles que cela à vrai dire.

 

1ere partie

Therese (sans accent) apprend par sa mère, Ruby,  au téléphone que sa grand-mère, Amalie (dite Malie) est morte. Elle ne comprend pas que sa mère lui annonce cette nouvelle en riant. Certes il y aura un héritage ! Mais quand même !

Avec son jeune fils Stian elle part pour le Danemark où vivait sa grand-mère. Ruby les accompagne. Ce sont alors les retrouvailles familiales. Tout le monde rit aussi ici, les tantes, les oncles.

Tous les tableaux ont des étiquettes avec les héritiers. Mais ils sont presque tous morts. Therese hérite d'une photo dite "érotique" car on y voit une femme nue.

La grand-mère buvait et semblait avoir pas mal d'amants. Therese se rappelle de bons moments comme les soirées télé mais sa mère était toujours en conflit avec sa mère.

Therese a volé quelques souvenirs dans la maison avant d'hériter officiellement d'un manteau !

Ib est héritier avec Ruby des biens de leur mère et ils se partagent la porcelaine peinte à l'époque par leur père.

 

A titre d'exemple, voici comment chacun de nous deux a ressenti ce début de roman, inscrit dans le "présent"

Denis : Manifestement on a affaire à un femme de "fous". Joie de la fille pour annoncer à sa fille que la grand mère est morte. Vive l'héritage. Un grand-père "invisible" avant de mourir. Et encore un faux grand-père puisque l'on annonce qu'il n'a pas été le père de la mère de Therese. J'utilise justement ces mère, père, grand-père dans l'esprit de l'auteure car j'ai trouvé que par moment on ne sait plus trop qui est qui, qui parle ou pense ! L'auteur brouille les cartes. On a compris que la mère de Therese n'aimait pas sa mère avec des conflits perpétuels. Par contre Therese l'a beaucoup aimée et tous les bons souvenirs remontent à la surface. Ib et sa sœur sont là pour s'emparer de ce qui peut l'être et c'est amusant de voir que Therese reste très calme par rapport à tout ce qui se dit et dans son coin tranquillement elle récupère des objets sentimentaux (c'est là la différence avec la cupidité des autres qui ne pensent qu'à l'argent, elle, elle est du côté des souvenirs, des sentiments). Un drôle de début de roman tout de même, non fluide, un peu comme du jazz syncopé, où les rythmes sont continuellement rompus. Qu'en penses-tu de ton côté?

 

Marjorie : Ca pour être une famille de fous, on a une belle brochette ! Ca m'a choquée cette franche rigolade à l'annonce de la mort de la grand-mère. Surtout que cela ne dure pas quelques secondes, mais tout au long du "partage" des biens, on a affaire à de l'absurde, comme une comédie humaine déjantée. A côté de ça, il y a Therese, qui aimait vraiment et profondément sa grand-mère. Ce lien (ou du moins une partie) se retrouve dans la relation de Ruby (mère de Thérèse) et de Stian le petit de Thérèse. Comme si le lien sautait une génération. Ce qui saute aussi une génération apparemment, c'est cette attitude "légère" face aux hommes. Ruby reproche à sa mère Malie d'avoir été une femme qui aimait trop les hommes. Ruby lui en garde une haine tenace, et reporte cette haine sur Therese, qui ressemble à sa grand-mère (plusieurs hommes dans sa vie) sur ce point. Effectivement, Ruby et Ib sont obsédés par l'argent et la joie de piétiner ce qu'il reste de leur mère, de leur famille, de leur passé. La transmission familiale ne se fait pas ou du moins pas comme on pourrait s'y attendre. Seule Therese qui a de l'affection pour Malie garde la tête froide (trop?). J'avoue que son calme m'a étonnée, face à la méchanceté de sa mère et de son oncle. Quant à sa tante par alliance, Lotte, comme rapia obsédée par l'héritage... L'auteur en cela a bien retransmis ce qu'il se passe malheureusement souvent dans la vie réelle. Mais c'est quand même exacerbé. J'ai noté aussi que Malie occupait tout l'espace. Son mari et sa fille étaient encombrants pour elle. Ce qui ne favorise pas la bonne entente familiale. Côté style, l'écriture est assez fluide, et les courts chapitres agréables, même si, comme toi, j'ai trouvé que le rythme en devenait parfois saccadé. Comme tu le dis, un roman qui ne laisse pas indifférent.

 

Vous pouvez constater du grand intérêt de notre dialogue car à chaque partie il y a eu ainsi quelques retours pour compléter nos pensées etc... un vrai travail de fond extrêmement stimulant pour faire autant que faire se peut une lecture "attentive et intelligente" du roman.

 

2e partie (nous a paru moins convaincante)

Retour en arrière : Ruby est enfant martyre de sa mère. Ib est bébé et Malie lui porte plus d'attention qu'à elle. Elle a pour amie Anna, une enfant juive. Soren un bébé voisin meurt de la tuberculose. Une partie de la famille est hébergée chez Ruby et ils font la fête la veille de l'enterrement. Décidément, une coutume familiale !!

Une nuit Ruby entend parler d'un Rudolf mort que Malie a aimé et Marie dit regretter d'avoir cette vie de femme au foyer.

Et puis les allemands envahissent le Danemark. Elle part chez oncle Dreas et tante Oda car Malie a besoin des "respirer" ne supportant plus Ruby. Quand elle revient chez elle un dimanche Anna lui dit que les allemands sont gentils avec les enfants. Mais quand Ruby  parle d'un homme mort en 1936, sa mère la frappe violemment.

La cohabitation avec les allemands se passe plutôt bien pour la famille.

Mais Ruby n'aime plus les allemands quand elle apprend qu'ils persécutent les juifs au point qu'Anna a dû fuir en Suède. Ruby avait douze ans à la libération mais Anna ne revint pas et la maison fut achetée par une nouvelle famille.

Malgré les coups subis venus de sa mère Ruby décide de ne plus jamais pleurer. Sa mère lui avoue que Mogens n'est pas son père et plus que jamais elle veut redevenir comédienne.

Les années passent et elle est placée pendant deux ans dans un pensionnat où elle ne se plaît pas du tout.

A 18 ans elle se fait embaucher comme téléphoniste, rencontre Havard un entrepreneur norvégien et se marie avec lui à Oslo où elle est venue s'installer. Elle rencontre la mère le jour de son mariage et voit une photo du père en nazi. Aussitôt elle fuit puis demande le divorce qu'elle obtient et accouche d'une fille qui sera prénommée Therese. Havard s'est engagé à subvenir à leurs besoins.

 

3e partie (convaincante)

Mogens est venu en vacances à. Modum, Norvège voir l'usine en démolition qui fabriquait le bleu cobalt qu'il utilisait pour peindre les assiettes en porcelaine de la manufacture. C'est là qu'il y avait la tour d' arsenic, ce poison utilisé dans le processus de fabrication du bleu. Sivert un ancien ouvrier lui dit que son frère est mort à cause de l'arsenic à force de nettoyer les parois de la tour. Mogens est logé chez la veuve Sofie. Il fait des dessins qui pourront servir pour de nouveaux modèles autour de cette usine.

Malie a fait l'amour avec un  allemand (autrichien) Rudolf après qu'il ait assisté à la première d'un nouveau spectacle qui a enchanté le public. Elle rêve à présent d'obtenir le rôle de l'ange bleu pour le théâtre.

De retour chez lui, Mogens decide de quitter Anne-Gine et de se consacrer pendant ses temps libres à la conception de ses modèles d'assiette basés sur ses dessins de l'usine norvégienne. Il va lui falloir du temps pour finaliser trois modèles et rendre réaliste la chute d'eau ou les personnages. Mais il finit par y arriver et ose croire qu'il aura droit à une certaine gloire.

Malie doit coucher avec le producteur du spectacle si elle veut espérer avoir le rôle de Lola. Mais elle a couché avec Rudolf dont elle est éperdument amoureuse. Il lui a promis de l'emmener à Berlin où aura lieu sa prochaine exposition.

Mogens montre à son patron M. Poulsen son projet d'assiettes qui ne semble pas attirer son attention particulière. De dépit il va avec son frère Frode à l'auberge rouge et y voit la belle Malie pleurer après son spectacle. Il tombe aussitôt sous le charme.

Malie triomphe dans l'ange bleu mais Rudolf est parti sans laisser d'adresse. Elle se rend compte qu'elle est enceinte mais trop tard pour avorter. Et il y a ces fleurs livrées chaque soir avec un mot signé Mogens C.T. Cet homme est une aubaine et il accepte de se marier avec elle.

 

4e partie (moins convaincante)

Christina accouche d'un cinquième garçon en 1900. Mogens est frêle et souvent malade mais il s'accroche à sa mère comme à une bouée. Assurément il est différent des autres ce que confirme le père, pasteur.

C'est son père qui lui apprend à écrire, lire et étudier la bible en latin et en grec.

Petit Carl puis sa mère vont mourir. Il va connaître les premiers émois amoureux avec Jakobine. A quatorze ans il se sent armé pour partir pour Copenhague suivre ses études en toute autonomie.

 

5e partie (étonnante !)

Malie a treize ans et reçoit la visite de son père Alfred l'aubergiste dans son lit la nuit. Mais il arrête dès que la mère, Agnès, lui apprend qu'elle a des règles à présent. Malie rêve alors de Lars le jeune postillon. Alfred s'est discrètement enrichi avec le marché noir fait pendant la grande guerre.

Malie se rend compte qu'elle aime les hommes. Elle accompagne quelque temps son père quand il va au bordel et envie ces filles qui se font payer pour donner du sexe.

Un père et ses trois fils arrivent à l'auberge et y donnent un spectacle qui plait fort à tous. Malia a repéré Ruben et ils tombent amoureux l'un de l'autre. Ils restent deux semaines  et quand ils partent elle les accompagne à l'insu de ses parents. Ils lui apprennent des rôles et la diction à avoir pour dire les textes au théâtre.

Malie est enceinte et se fait avorter dès les premiers symptômes de sa grossesse. Puis son bonheur est brisé quand Ruben tombe dans un coma diabétique et meurt peu après. Elle reprend sa liberté et va s'adresser à l'auberge rouge où elle se présente comme comédienne.

 

6e partie

Retour au présent et à l'enterrement de Malie. Toutes les blessures de Ruby ne sont pas refermées.

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Chaque début de partie nous apporte quelques surprises car nous ne savons pas qui sera le protagoniste et à quelle époque de sa vie.

 

En résumé :

- première et dernière partie :le présent

- deuxième partie : jeunesse de Ruby, la fille de Mogens et Malie 

- troisième partie : Malie et Mogens dans leur vie adulte jusqu'à leur rencontre

- quatrième partie : Jeunesse de Mogens

- cinquième partie ; Jeunesse de Malie

 

Le livre remonte le temps ce qui enlève par ailleurs tout suspens quant à leur destinée puisque la partie précédente a déjà donné la réponse.

 

Un roman hybride en plusieurs tonalités avec des parties plus ou moins pertinentes comme la jeunesse de Ruby autour de cette seconde guerre mondiale où l'histoire de la fillette juive était prévisible ou la jeunesse de Mogens entre bible et latin ! Les personnages ne sont en aucun cas attachants.

 

Je lirai sans doute un autre roman d'Anne B. Ragde (sans urgence) pour en savoir plus sur son travail littéraire car ici je suis resté sur un "entre deux" !

 

Merci à Marjorie pour sa lecture attentive et je vous renvoie vers son propre compte rendu du roman.

 

Bonne lecture

 

Denis

 

La tour d'arsenic d'Anne B. Ragde (10/18)
La tour d'arsenic d'Anne B. Ragde (10/18)
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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 19:14
Confiteor de Jaume Cabré (Babel - Actes Sud)

Confiteor de Jaume Cabré (Babel - 916 pages - mai 2016)

Première édition française : Actes Sud - 2013

Roman traduit du catalan par Edmond Raillard

Titre original : Jo confesso (Barcelone - 2011)

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​Résumer un tel livre est une gageure tellement il est riche, foisonnant, innovant... Bref c'est pour moi un chef d'oeuvre que je classe au niveau de "Cent ans de Solitude" de Gabriel Garcia Marquez notamment.

Et donc un coup de coeur ++++. 900 pages de plaisir littéraire intense pour suivre Adrià dans sa vie depuis sa jeunesse jusqu'à la fin de sa vie.

C'est aussi un livre "musical" en ce sens où le deuxième héros invité est un violon du XVIIIe siècle.

Au fil de ma lecture j'ai pris des notes les plus succinctes possibles. J'en restitue ici une partie :

 

 

I/ A capote...

Adria entend faire le bilan de sa vie en écrivant des mémoires et en essayant de mieux cerner son père, Felix Ardèvol, toujours fourré dans des manuscrits. Dans sa jeunesse Adria aimait aller au magasin de musique de M. Berenguer, surtout pour y voir Cecilia. Il étudie aussi le violon.

Felix est allé étudier à la Pontificia Università Gregoriana de Rome, la théologie et les écritures anciennes, se faisant ami du belge Felix Morlin. Mais il a rencontré la belle Carolina.

Et le futur prêtre qu'il devait être ne peut que succomber à son charme et ils deviennent amants le jour de l'armistice de la grande guerre.

 

II/De pueritia

Adrià surprend une conversation entre son père et M. Berenguer plutôt animée autour des commissions de ventes de manuscrits. Mais plus encore il entend son père dire à sa mère qu'Adrià doit aller étudier chez les jésuites dix langues dont l'araméen. Et il n'a que 7 ans. Heureusement il a pour confidents le shérif Carson et l'indien Aigle-Noir, 2 figurines, qui ne vont jamais le quitter et l'aider dans les durs moments de sa vie.

Felix qui travaillait avec le docteur Bosch lorgnait depuis longtemps sur sa fille Carme bien plus jeune que lui mais ses projets ont été retardés par la guerre d'Espagne.

Le père montre un manuscrit à son fils concernant le monastère de Sant Pere de Burgal et il en raconte l'histoire. Une femme s'y est suicidée sans que fra Miquel n'ait pu la sauver. Avant de fermer pour trous cents ans le monastère il dit "confiteor, domine" (p.80).

Quand il a onze ans, son père lui dit qu'il sera humaniste. Décidément il n'aurait pas dû naître dans cette famille.

Bernat qu'il a connu très jeune est resté un grand ami jusqu'au bout.

Il lui a fait visiter le bureau de son père, montré quelques documents de valeur complètement inconnus de son nouvel ami, fils unique comme lui mais moins poussé dans les études d'où son manque d'érudition. Et summum, lui aussi bercé dans l'étude du violon il lui montre le Storioni de son père et en profite pour lui raconter l'histoire de ce génie après Stradivarius.

Et le 7 janvier un drame a lieu. Le père a pris le violon d'Adrià dans l'étui du Storioni et est mort "accidentellement"! décapité après être parti précipitamment de chez lui.

Le commissaire de police ne trouva pas de coupable et le plus grand détective privé de Barcelone renonça à l'affaire. La mère reprit de main de fer la boutique d'antiquités tout en laissant M. Berenguer et Cécilia à la gestion. Et pour Adrià elle décida qu'il devait suivre des cours de violon avec le grand maître Manlleu et abandonner l'étude des langues. Il passe d'une domination à une autre lui donnant l'envie de fuir cette maudite maison.

Retour sur les circonstances de l'achat du Storioni par le père. C'est alors qu'il apprît qu'il avait appartenu à Jean-Marie Leclerc assassiné ensuite par son neveu Vial dérobant ainsi le violon et lui donnant pour l'histoire son nom.

Arrive celle qu'il appelle " mon ange". Elle se prénomme Daniela et elle est la fille de Felix et de Carolina. Elle réclame sa part d'héritage comme l'avait fait écrire son père.

Les événements se bousculent. Sa mère a constaté avec la complicité de Cécilia que M. Berenguer fraudait depuis longtemps et elle lui impose de la rembourser par prélèvement mensuel sur son salaire. Il dit alors que Cécilia couchait avec Félix. La police annonce que Felix tenait deux lupanars à Barcelone et déflorait lui-même les jeunes filles. Enfin Adrià refuse de jouer en public ce qui lui vaut des sanctions.

 

III/ IN ARCADIA EGO

Quand il a dix sept ans on lui impose un concert dans une petite salle de Pleyel à Paris. C'est alors qu'il rencontre la future femme de sa vie Sara Voltes-Epstein, une nièce du pianiste qui l'a accompagné lors de ce concert, monsieur Castells.

Bernat se confie à une journaliste dont il tombe amoureux, Xenia, qu'il a été un écrivain et un musicien ratés.

(La soixantaine est là et son ami Adrià est malade avec des troubles de mémoire.)

Adrià a vingt ans à présent et est à l'université. Il a pu revoir Sara au concert de Heifetz. La perfection du violoniste lui a donné la détermination d'arrêter le violon. En écouter oui mais en jouer non. Et il veut étudier l'histoire des idées et de la culture.

Il part en vacances à la propriété familiale de can Ges retrouver sa tante et ses cousins. Au village il rencontre Daniela qui l'attendait pour lui dire qu'elle est sa demie-soeur et son aînée de 26 ans. Et elle lui parle des débuts d'antiquaire du père pendant la guerre et juste après à Rome où il a racheté pour presque rien le violon que détenait un ex-nazi le docteur Vogt lequel avait tué la vieille propriétaire à Auschwitz pour en faire sien.

Adrià est définitivement amoureux de Sara mais un soir il l'attend en vain et apprend qu'elle est partie à Paris sans rien lui dire et qu'elle a surtout voulu s'éloigner de lui. Il décide alors de voler de ses propres ailes et d'aller étudier la philologie avec les grands maîtres de Tübingen.

 

IV/ Palimpsestus

Bernat rend visite à Adrià à Tübingen et lui fait lire son manuscrit. Adrià lui dit que son texte est très mauvais et qu'il devrait rester musicien plutôt que de vouloir devenir écrivain, d'autant qu'il est avec une pianiste et qu'ils peuvent former un duo.

Presque à la fin de ses études à Tübingen Adrià apprend la mort de sa mère. Il part pour l'enterrement et régler quelques affaires et vire sans délai M. Berenguer avant de repartir finir ses études et rentrer ensuite à Barcelone où il obtient un poste à l'université près de chez lui. Lola Xica la fidèle employée de maison quitta les lieux. Bernat épouse Tecla la pianiste.

Adrià se passionne pour les manuscrits comme son père et son premier achat est "Le discours de la méthode". Le texte publié en 1637.

Il décide sur les conseils de sa défunte mère de vendre le magasin à Daniela et il va la voir à Rome en compagnie de Laura sa nouvelle amie.

Il revoit une dernière fois Lola Xica et elle lui dit que sa mère avait fait fuir Sara ce que lui confirme Sara quand il vient sonner chez elle à Paris. Elle avait reçu une lettre insultante signée Adrià alors qu'il ne l'avait pas écrite.

Tito le fils de sa demi-soeur vient lui proposer d'acheter le violon mais il refuse malgré l'offre prodigieuse.

Adrià retrouve une lettre codée de son père qui lui dit qu'il va mourir car c'est Vogt qui veut récupérer son violon. Et justement Adrià avait prêté le Storioni à Bernat. Il aurait sans doute été malgré tout assassiné. Adrià se sent coupable du meurtre de son père Felix.

Sara vient sonner à sa porte pour vivre avec lui chacun faisant son mea culpa.

Avant de perdre la mémoire définitivement bien plus tard Adrià a écrit son testament.

Décidément Bernat doit arrêter d'écrire car son nouveau livre n'a eu aucune portée et il est sans intérêt lui fit Adrià.

 

V/ Viva condita

Adrià publie "La volonté esthétique" suite à ses réflexions sur l'influence des arts sur l'être humain. Et on suit le docteur Budden du temps de Birkenau jusqu'à ses remords et son arrivée au monastère.

On le retrouve en Afrique où il dirige un dispensaire sous un faux nom. Mais c'est un tueur qui est face à lui. Son client veut que le tortionnaire soit tué dans l'anonymat ce qu'il fait sans résistance du vieux docteur repentant.

Adrià connaît la notoriété avec son live sur l'histoire de la pensée européenne pendant que Bernat en plein doute sur sa vie familiale est venu passer quelques jours chez ses amis.

Sara va faire une exposition de ses dessins en forme de portraits noirs et blancs. Comme il en manque un ce sera un autoportrait lui dit Adrià et elle finit par trouver l'idée excellente. Mais un jour elle rentre excédée car M. Berenguer lui a appris que le violon avait été spolié à une famille à Auschwitz et qu'il fallait le rendre à ses propriétaires.

Adrià refuse de rendre le violon et le dit à Berenguer. Mais Sara part chez son frère et refuse de lui parler tant qu'il n'a pas rendu l'instrument. Adrià part se consoler dans les draps de Laura qu'il a toujours continué de croiser à l'université.

 

VI - Stabat mater

 

VII / USQUE AD CALCEM

 

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Je pense avoir suffisamment détaillé les parties de ce somptueux roman pour laisser les deux dernières parties vides et laisser un léger suspens. Il faut avouer que ce roman se lit comme un polar, certes érudit dans certaines parties, mais les rebondissements sont fréquents.

J'espère que ce long résumé vous aura donné envie de lire ce livre exceptionnel, inventif dans la manière de raconter. Adrià est tantôt "je" et tantôt "il" car l'auteur juxtapose les deux modes narratifs de temps à autre dans une même phrase. Mais ceci reste limpide pour le plaisir du lecteur qui s'attache à cet Adrià tiraillé entre père, mère et épouse, n'ayant pas eu de grande marge de manoeuvre pour être "soi". Même son intelligence et sa mémoire vont le trahir !

 

Début du chapitre 36 : "​Tu es entrée dans ma vie avec douceur, comme la première fois, et je n'ai plus pensé à Eduard ni à Ottalie, ni à leurs mensonges, mais à ta présence silencieuse et réconfortante. Adrià lui dit prends possession de la maison ; prends possession de moi. Et il lui fit choisir entre deux pièces pour installer son atelier de dessin, ses livres, ses vêtements et ta vie, si tu veux, Sara chérie ; mais je ne savais pas que pour contenir toute la vie de Sara il fallait bien plus d'armoires que celles qu'Adrià pouvoir lui offrir".

 

Bonne lecture,

Denis

 

Cette lecture s'inscrit dans le challenge "pavé de l'été" (livre de plus de 600 pages) auquel a également participé Moka Milla. Allez lire son excellent article.

Confiteor de Jaume Cabré (Babel - Actes Sud)
Confiteor de Jaume Cabré (Babel - Actes Sud)
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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 16:17
Les éditeurs français et les U.S.A.
Les éditeurs français et les U.S.A.

 

Au moment où de nombreux blogs vont se mettre aux couleurs des U.S.A. pour le challenge "mois américain" de septembre 2016, il faut se rappeler que quelques éditeurs mettent l'accent sur cette littérature à commencer par les Editions Gallmeister qui consacrent 100% de leur programme éditorial à cette littérature.

Deux collections principales : Nature Writing et Néo Noir (littérature policière)

 

Voici comment l'éditeur inscrit sa ligne éditoriale sur son site :

 

 

Dans la lignée de Thoreau ou d'Emerson, des auteurs comme Edward Abbey, David Vann ou Pete Fromm se font les observateurs subtils du monde naturel. Leurs écrits ne prennent pas simplement la nature pour cadre : ils en font un élément central de la narration, qui marque profondément le destin des hommes. D’autres auteurs comme Craig Johnson, Trevanian ou Benjamin Whitmer représentent la part d’ombre de cette littérature et nous guident dans les dédales obscurs de la société américaine à travers leurs romans policiers. Dignes héritiers de Kerouac ou de Vonnegut, certains écrivains comme Tom Robbins ou James McBride portent quant à eux un regard frondeur et critique sur l’american way of life, pointant les failles du rêve américain.

 

De nombreux auteurs ont aujourd’hui rejoint notre maison d’édition et enrichissent, à leur façon, notre vision d'une Amérique complexe et fascinante.i

 

 

 

Un éditeur, Albin Michel, a créé il y a 20 ans (là aussi 2016 est l'année anniversaire), une collection "Terres d'Amérique" aux commandes de Francis Geffard.

 

C'est ainsi que le journal La Croix a résumé l'importance de cette collection :

 

 

Nombreux sont ceux et celles dont la collection a accompagné la carrière dès leurs débuts : Sherman Alexie (Dix petits Indiens), Brady Udall (Le Destin miraculeux d’Edgar Mint), Karen Russell (Swamplandia !), Joseph Boyden (Le Chemin des âmes), Dinaw Mengestu (Les Belles Choses que porte le ciel), David Treuer (Little) ou encore Anthony Doerr (Toute la lumière que nous ne pouvons voir).

Une collection qui se distingue par la qualité de ses traductions, la variété des profils mais aussi la publication de nouvelles avec lesquelles les lecteurs ont pu découvrir des plumes comme celles de Charles D’Ambrosio, David James Poissant, Tom Barbash ou encore Craig Davidson (dont la nouvelle Un goût de rouille et d’os a été adaptée à l’écran par Jacques Audiard). Francis Geffard estime que la nouvelle – boudée à tort par de nombreux éditeurs français – est non seulement la quintessence de la littérature mais aussi un format qui convient parfaitement à notre mode de vie où le temps est compté.

 

 

Actes Sud a confié au cinéaste Bertrand Tavernier le soin de créer la collection "Western" en 2013 et qu'il décrit ainsi au journal l'Express :

 

 

"J'ai choisi ces romans pour leur originalité, leur fidélité aux événements historiques, leurs personnages attachants, le suspense qu'ils créent, mais aussi leur art d'évoquer des paysages dont leurs auteurs sont amoureux... Quel irrésistible dépaysement!", s'enthousiasme Bertrand Tavernier dans la présentation de la nouvelle collection d'Actes Sud. 

Le réalisateur, qui replace chaque roman dans le contexte du film qu'il a inspiré, a réuni les meilleurs textes, à l'origine de nombreux westerns sur grand écran, et jamais traduits en français

 

 

Bien d'autres éditeurs s'intéressent à la littérature des Etats-Unis, comme Gallimard au sein de sa collection "Du Monde Entier", Galaade, Philippe Rey (pour Joyce Carol Oates notamment), Fayard, Le Seuil, Métailié etc...

 

Le panorama est très riche et foisonnant. Pas toujours facile de se repérer pour appréhender au mieux cette littérature.

Je vous donne ici le lien vers un site qui semble intéressant :

https://lectures-d-amerique.com/

 

Bonnes lectures,

 

Denis

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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 19:11
Le cinquième hiver du magnétiseur de Per Olov Enquist (Actes Sud)

Le cinquième hiver du magnétiseur de Per Olov Enquist

(Oeuvres romanesques tome 1 - Thésaurus - Actes sud)

(186 pages pour ce roman)

 

Traduit du suédois par Marc de Gouvenain et Lena Grumbach

(1976 pour Flammarion)

 

Titre original : Magnetisorens Femte Vinter (1964 - Stockholm)

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Ce roman est le troisième de Per Olov Enquist (né en 1934) et le premier traduit en français. Marc de Gouvenain et Lena Grumbach (suédoise qui fut l'épouse de Marc) ont traduit les principaux auteurs suédois connus en France y compris les polars Actes Noirs.

 
 

Friedrich Meisner est magnétiseur mais il a régulièrement des soucis avec les uns ou les autres. En ce "cinquième hiver" les soucis continuent. Il a été emprisonné dans une grotte, encerclé par six habitants du village qui ne le lâchent pas. Toutefois un des hommes dit le tisserand s'enfuit avec lui. Ils rencontrent deux femmes  la mère et la fille. Elles ont fuit la ville sous l'emprise de la peste. Et tous quatre cherchent une ville d'accueil. On est fin 1793.

Mais très vite Meisner s'enfuit avec le tisserand laissant les deux femmes à leur sort. Il est habitué à changer de lieux et d'amis très rapidement.

Et ils arrivent à Seefond. Tout le monde sait qui est ce Meisner. Et l'un des médecins de la ville, le docteur Selinger lui présente sa fille Maria aveugle depuis qu'elle a été violée à l'âge de dix ans. 

Meisner entreprend de soigner Maria par magnétisme. Elle dit avoir confiance en lui bien qu'il raconte qu'il a échoué à Vienne avec une pianiste aveugle mais ses parents avaient fait arrêter les séances avant terme. Et après avoir été magnétisée elle montre du doigt Meisner comme si elle voyait.

Et en effet le traitement a été efficace. Selinger se met au service du magnétiseur en tant que contrôleur scientifique et la population est ravie et vient massivement se faire soigner par Meisner. Maria, elle, n'est pas si ravie que cela de voir ce monde.

Meisner traite une jeune femme et quand il se retrouve seul avec elle dans la nuit il la "viole" tout en douceur !

Un homme, lui, est mort pendant le traitement et Meisner avec le tisserand l'ont ramené chez lui disant à la logeuse qu'il était très fatigué pour masquer l'homicide involontaire.

Et puis nouveau miracle avec une femme souffrant d'une grossesse extra utérine, le bébé mort étant resté dans le corps de sa mère. Elle évacue des bouts de chair et d'os en lien avec la magnétisme de Meisner. Mais Selinger et son ami Steiner se rendent compte qu'il y a quelque chose qui cloche. Il y a donc supercherie !

On peut comprendre que les difficultés vont reprendre pour Meisner...

 

On aura compris que Meisner a beaucoup à voir avec Mesmer (1734 - 1815). L'auteur nous dit en fin de roman : "Il est impossible d'expliciter nombre de documents sur Friedrich Meisner ; ils furent créés et cessèrent d'exister du fait même de ce roman sur lui. Quelques traits seulement peuvent faire penser à Franz Anton Mesmer. Un des cas relatés ici, le cas Keiser, repose cependant en partie sur des faits authentiques. On le trouve mentionné dans un journal de médecin datant de 1921 et tenu par un adepter de Mesmer, le docteur P.G. Gederschjöld".

 

Pour en savoir plus sur Mesmer, son baquet et son magnétisme :

 

http://medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/mesmer.html

 

Un roman sur base historique qui fait alterner un narrateur extérieur et le journal du médecin Selinger. Le lecteur est happé par cette histoire entre vérité scientifique et charlatanisme ! On croit ou on ne croit pas ! C'est bien là l'alternative. L'auteur ne semble pas prendre parti laissant l'homme de science qu'est Selinger de prendre ses responsabilités de médecin pour savoir quoi penser, troublé qu'il a été en voyant sa fille retrouver la vue !

 

Per Olov Enquist se lit très facilement dans ce roman, ce qui n'est pas toujours le cas, car son roman suivant "Hess" est de style très "nouveau roman" et n'est pas du tout facile à suivre et à comprendre : comment s'emparer de la personnalité de Rudolph Hess ? Exercice très original quand il est vu par Enquist, mais non convainquant pour le lecteur.

 

Un auteur qui a écrit un très beau livre "Blanche et Marie", sur Marie Curie. Comme quoi il aime les personnages historiques et au long de sa longue carrière commencée au début des années 60, il a su les aborder de manière très différente, selon les thèmes et les époques.

 

Bonne lecture,

Denis 

 
 
 
Livre lu dans le cadre du "Challenge Nordique" animé par Marjorie Littérature et que vous pouvez retrouver sur Facebook.
 
 

 

Le cinquième hiver du magnétiseur de Per Olov Enquist (Actes Sud)
Le cinquième hiver du magnétiseur de Per Olov Enquist (Actes Sud)
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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 16:51
La Tour de Guet d'Ana Maria Matute (Phebus - Libretto)

La Tour de Guet d'Ana Maria Matute (Phebus - Libretto - janvier 2011 - 236 pages)

Préfacé et traduit de l'espagnol par Michelle Lévi-Provençal

Titre original : La Torre Vigia (1971)

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Ana Maria Matute (1926-2014) est née à Barcelone et a longtemps vécu à Madrid. La guerre d'Espagne l'a profondément marquée. Elle est primée dès 1960 et entre à la Nacional de las Letras  Espanolas en 2007 avant de recevoir en 2010, le prestigieux prix Cervantes pour l'ensenble de son oeuvre. Elle est malheureusement assez peu connue en France et pourtant la majorité de ses romans a été publiée en France dès 1960. Elle a également publié 8 livres pour la jeunesse.

Les éditions Phebus ont ainsi publié ce roman ainsi que "Paradis inhabité".

 

On est très dépaysé dans ce roman "intemporel" qui raconte les années d'éducation du narrateur, de sa naissance à l'âge adulte. Et comme on comprend vite que l'on est au Moyen Age, l'évolution "ultime" est celle de se faire chevalier.

On ne sait pas trop où se situe l'action de ce roman. Peut-être en Europe centrale  Mais là n'est pas l'essentiel car on comprend vite que le roman pourrait se passer n'importe où et n'importe quand, dès lors où l'être humain mise sur la violence pour évoluer dans sa vie. Terrible constat !

 

 

 

Le narrateur est né d'un père âgé, ce qui a sérieusement compliqué son enfance.

Anoblie par le baron Mohl sa famille a eu une vie plus facile à vivre malgré l'obligation de donner  un tiers de son vin après les vendanges.

Quand il a eu six ans il a dû assister à la mise au bûcher de deux sorcières, une mère et sa fille . Il fallait qu'un enfant ait vu cela pour s'aguerrir. Et il a cru que l'esprit de cette mère voulait communier avec lui.

Être anobli signifie ne plus faire de tâches subalternes réservées aux servants mais se consacrer aux armes. C'est ainsi que débute pour lui le rude apprentissage de l'art de la guerre tandis que sa mère est partie ouvrir un couvent et que son père ne fait plus rien.

Il passe beaucoup de temps à la chasse et partage un sanglier avec un jeune mendiant qui le flatte avant de le voler durant la nuit.

Et nouvelle étape. L'arrivée au château de Mohl où il pourra un jour devenir chevalier. Il y retrouve ses frères ainés. C'est la baronne qui dans un premier temps s'occupe de son éducation. Puis il côtoie le baron lors de l'apprentissage des armes sans trop savoir quelle est réellement leur personnalité qu'il a trouvée plutôt humaine.

La baronne va en faire son jeune amant puis le baron va entrer en conflit avec le comte Lazsko.

Il voit bien que ses trois frères n'arrêtent pas de le regarder avec mépris. Et la baronne meurt.

Un jour le baron revient avec un jeune et beau prisonnier. Il en fait son esclave et son favori. Mais un jour il s'enfuit après avoir tué le chien de Mohl. Retrouvé, le jeune homme est tué par le baron. Peu après le comte Lazsko veut récupérer le corps mais il est tué à son tour par Mohl.

Il est à présent fait écuiller principal du baron en attendant la promesse d'être fait chevalier.

La confusion règne de plus en plus dans le château car le baron s'enivre de plus en plus. Et le narrateur est de plus en plus surveillé par ses trois frères. Il passe beaucoup de temps avec le guetteur de la tour de guet et voudrait y voir le sens de la vie et la maîtrise du temps. Un leurre.

 

Voilà l'essentiel de ce roman où le jeune narrateur n'a que la tour du guet pour rêver d'une autre vie, le quotidien n'offrant aucun espoir de bonheur et de bien être.

Par moments, on sent que l'auteure aime le conte car elle met un peu de "surnaturel", comme s'il y avait des rites initiatiques qui permettent de franchir des étapes. A l'image du regard de la sorcière qui voudrait lui faire passer des images "subliminales".

 

Un roman étrange, qui met mal à l'aise, mais le style, la façon de raconter nous emportent dans cet univers ténébreux.

 

Après la mise à mort de la sorcière par le feu :

Page 35 : "A mesure que le temps passait, j'oubliais - ou, du moins, reléguais dans un coffre de ma mémoire - la certitude qu'existait entre la vieille et moi un pacte, et que ce vent immobile que je vis de mes propres yeux m'éloignait à de si grandes distances des êtres avec lesquels je cohabitais, dont ceux qui m'avaient engendré".

 

Une auteure à ne pas oublier car son oeuvre a une grande place dans la littérature espagnole.

 

Bonne lecture,

 

Denis

La Tour de Guet d'Ana Maria Matute (Phebus - Libretto)
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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 16:37
Les nuits de Shanghai de Juan Marsé (Christian Bourgois)

Les nuits de Shanghai de Juan Marsé

(Christian Bourgois - mars 1995 - 264 pages)

Traduit de l'espagnol par Jean-Marie Saint-Lu

Titre original : El Embrujo de Shanghai (1993)

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Juan Marsé, né en 1933, est l'auteur d'une quinzaine de romans (pour la plupart traduits chez Christian Bourgois) et de 6 essais (non traduits en français). Son premier roman est paru en 1960. Publiés tous deux chez Christian Bourgois, on sent une grand parenté littéraire entre Juan Marsé, l'ainé, et Enrique Vila-Matas né en 1948 dont le premier livre parait en 1973.

On est dans des livres où l'on se laisse porter par la langue, par la construction narrative. On ferme les yeux et on se laisse embarquer dans leur univers.

Ici, Juan Marsé situe son livre à Barcelone en 1948, peu après deux événements majeurs qui ont bouleversé la vie des espagnols : la guerre d'Espagne d'où nait le franquisme et la seconde guerre mondiale. Et l'un des personnages, Kim, a été pris dans cette tourmente où il fallait entrer en clandestinité pour intervenir dans ces événements et ensuite se cacher.

 

 

 

Le narrateur, Daniel, est orphelin de père et s'en remet au capitaine Blay avec qui il se sent en confiance et qu'il "promène" dans les rues, car on le dit plutôt "fou".

 

Incipit du roman : "Les rêves d'enfant se corrompent dans la bouche des adultes, dit le capitaine Blay, qui marchait devant moi de son grand pas hardi, sous sa précaire apparence d'Homme Invisible : tête bandée, gabardine, gants et lunettes noires, et une gesticulation abrupte et ostentatoire qui me fascinait. Il allait au bureau de tabac acheter des allumettes, et tout à coup il s'arrêta sur le trottoir et flaira anxieusement l'air à travers la gaze qui lui faisait son nez et une bouche de fantôme".

 

Le capitaine lui dit qu'il y a une sale odeur dans la rue. Quelques jours plus tard la compagnie catalane du gaz vient ouvrir une tranchée et dit avoir trouvé des ossements. La tranchée est rebouchée et l'odeur revient.

Le vieux repense à ses combats de jeunesse sur l'Ebre.

Et il y a Susana, 15 ans, si belle et clouée au lit par la tuberculose. Les frères Chacon, Finito et Juan veillent sur elle depuis leur étal de marché.

Blay veut porter plainte auprès de la mairie pour la fuite de gaz et la fumée noire de l'usine du quartier et comme il pense que la maladie de Susana est due en partie à cela il demande au narrateur d'aller la dessiner dans son lit en montrant la fumée autour d'elle.

 

Début du chapitre II (page 43) : "Peu de temps avant de devenir complètement fou, le capitaine Blay me demande d'aller avec mes crayons de couleur dessiner Susana dans son lit de phtisique. Il avait besoin d'un dessin de cette enfant malade pour une affaire d'une extrême importance. Il en avait parlé à sa mère, Mme Anita, dit-il, et elle était d'accord".

 

Susana veut bien qu'il fasse cet ignoble dessin mais il devra aussi faire un autre dessin qui la mettra en valeur et qu'elle enverra à son père Kim, lequel est allé clandestinement mener le combat pour la liberté du pays.

Forcat un ami de Kim arrive chez Anita porteur d'une lettre de son ami. Il écrit qu'il espère un jour pouvoir faire venir sa fille auprès de lui mais ne fait aucune allusion à Anita pour son futur avec elle. Forcat a besoin d'être hébergé car comme Kim il a quelques soucis importants à résoudre. Pour l'heure Kim est à Shanghai. Blay a été ami avec Forcat mais dit à Daniel qu'il ne veut pas le voir. Sinon il comprend que son histoire de pétition à peu de chances de réussir, ce qui arrange Daniel heureux de passer ses après-midi avec Susana mais en panne d'inspiration pour son dessin.

Forcat explique aux deux jeunes que Kim avait failli être arrêté par la police lors d'un voyage clandestin à Barcelone.

Kim a retrouvé à Paris son vieil ami de résistance Michel Lévy paralysé et en attente d'une intervention chirurgicale. Il raconte qu'il vit à Shanghai et est marié à une chinoise. Et il a repéré Kruger l'ancien nazi cause de sa paralysie. Il vit aussi à Shanghai sous un faux nom et il demande à Kim de partir là bas le tuer car l'homme l'a reconnu et déjà menacé des pires ennuis s'il le dénonçait.

Après un voyage en bateau Kim arrive à. Shanghai et se met au service de la femme de Lévy, Chen Jing. Et dès la première soirée où ils se rendent ils tombent sur Kruger alias Omar Meiningen...

 

Les scènes alternent entre le "présent" de la narration faite par Daniel et l'histoire compliquée de Kim racontée par Forcat, qui en fait un grand héros, sans doute pour faire plaisir à Susana...

Il y aura pas mal de rebondissements et de surprises en fin de roman.

 

Comme je le disais en préambule, on est vite envoûté par l'écriture et le fil narratif de Juan Marsé. Le livre est d'une très grande fluidité. On a forcément de l'empathie pour Daniel et Susana, ces adolescents encore naïfs mais qui sentent que leur corps est en mutation.

Shanghai, la nuit, tant à Barcelone pour le passé d'Anita, car il y avait une boite où elle travaillait la nuit que dans la vraie ville avec également le frémissement des nuits agitées.

Un livre de l'entre deux où la violence, la clandestinité ont marqué les vies des uns et des autres.

 

C'était le premier roman que je lisais de Juan Marsé. Ce ne sera pas le dernier. Et de l'avoir lu juste après "Loin de Veracruz" de Vila-Matas, m'a permis de sentir des résonances entre les deux auteurs.

 

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

Les nuits de Shanghai de Juan Marsé (Christian Bourgois)
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