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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 18:09
Le rempart de Théodore Dreiser (Editions Motifs)

Le Rempart de Theodore Dreiser

(Editions Motifs - Janvier 2017 - 382 pages)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Paul Roche

Titre original : The Bulwark (1946 - publié à titre posthume)

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Theodore Dreiser (1871-1945) a été journaliste engagé et militant socialiste. Il a écrit plusieurs romans dont celui-ci qui a été publié en 1946, un an après sa mort.

 

Phoebe, la soeur de Hannah Barnes, veuve demande à son beau-frère de s'occuper de son patrimoine. Rufus accepte et se voit déjà restaurer un des bâtiments.

Solon Barnes a passé une partie de son enfance à Segookit avant de rejoindre la nouvelle maison restaurée par son père à Dukla. Il a été chouchouté par sa mère mais sa corpulence lui a permis de s'affirmer face aux jeunes de son âge tout en se montrant pacifiste.

Il est impressionné par l'amie de sa soeur, Benecia Wallin, mais il n'ose pas lui parler. Sa famille entre en contact avec Mr Wallin à l'occasion d'une messe le dimanche où une solidarité se dessine quand une femme dit sa détresse de savoir son fils très malade. Hannah puis Solon témoignent de la force de Dieu à sauver les siens quand Solon avait été grièvement blessé à huit ans. Ceci émeut Mr Wallin et c'est ainsi qu'il est entré en contact avec les Barnes. La solidarité des quakers fait le reste et les deux familles deviennent amies.

Solon et Benecia se déclarent enfin leur amour et leur mariage est conclu après que Solon est venu à Philadelphie travailler dans la banque de Mr Wallin.

Ils vont avoir cinq enfants. L'aînée Isobel se trouve laide. Stewart le plus jeune se montre très vite intrépide. Etta a été la première à s'émanciper de la traduction quaker trop pesante à son goût dans ce début du XXe siècle. Elle a tenu à aller à l'université du Wisconsin avec une amie très "libérée". Orville et Dorothéa se montrent plus discrets.

Page 191 : "Lorsque Etta vint à la maison en compagnie de Volida, pour les vacances du Thanksgiving, la famille Barnes n'eut pas une impression très favorable de l'amie qu'elle s'était choisie. Solon et Benecia se montrèrent bons et aimables à son égard, mais ils jugèrent qu'elle manquait de tact et d'éducation et n'approuvèrent ni ses manières ni ses idées".

Stewart va suivre l'élan donné par Etta en choisissant sa destinée contre l'avis de ses parents.

Pour rappel, la Société religieuse des Amis est un mouvement religieux fondé en Angleterre au XVII e siècle par des dissidents de l'Église anglicane. Les membres de ce mouvement sont communément connus sous le nom de quakers mais ils se nomment entre eux « Amis » et « Amies ». La Communauté suit des règles strictes de vie mais se montre très unie. Elle n'est plus adaptée aux modes de vie du tournant du XXe siècle, ce que montre très bien "Le Rempart".

Une religion "rempart" contre le modernisme assurément. Solon et Benecia n'ont pas senti venir ces changements. Solon est resté immergé dans la finance sans voir là aussi que les méthodes de gestion ont changé et qu'il est victime lui-même de ses associés.

Un monde qui change en même temps que la prohibition fait son apparition aux USA.

Une famille en pleine mutation, heureuse quand les enfants sont jeunes et déchirée quand ils atteignent l'âge de s'émanciper...

Un roman qui parfois montre des "bons sentiments" un peu trop appuyés quand tout va bien dans la famille, comme si les quakers étaient alors en mesure de créer une réelle empathie entre les êtres.

C'est le seul bémol que j'ai relevé car on est vraiment happé par cette famille et on vit au sein de ce monde en mouvement.

Une lecture que je conseille à tous et plus particulièrement à ceux qui aiment la littérature US et qui ont envie de découvrir cet auteur considéré aujourd'hui comme un des auteurs novateurs de la première moitié du XXe siècle.

Je remercie les éditions Motifs (département des éditions du Rocher) de m'avoir envoyé ce roman. Une belle découverte et aventure littéraire.

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

Le rempart de Théodore Dreiser (Editions Motifs)
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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 18:02
Délivrances de Toni Morrison (Christian Bourgois)

Délivrances de Toni Morrison

(Christian Bourgois - Août 2015 - 198 pages)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Christine Laferrière

Titre original : God Help the Child (USA - 2015)

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Vous pourrez constater que le titre original n'a rien à voir avec le titre français. Or, je pense que "God Help the Child" (Dieu, aide l'enfant) aurait mieux donner l'esprit du roman. A noter que wikipedia (en anglais) nous informe que Toni Morrison aurait préféré le titre suivant : "The Wrath of Children" (La colère des enfants).

Les titres en anglais parlent de l'enfant, victime dans le livre de pédophilie. Tous les personnages du roman ont été victimes ou témoins d'attouchements qui ont pu aller dans un cas au meurtre.

 

Lula Ann est née dans les années 90 d'une mère mulâtre et d'un père blanc. Cela a aussitôt été le drame. Le père est parti et le regard des autres sur Lula Ann ont été terribles dans une époque où pourtant la ségrégation était abolie.

On retrouve Lula Ann devenue Bride, lâchée par son amant, Booker. Elle travaille chez Sylvia Inc. où elle a créé une ligne de cosmétiques  "Toi, ma belle". Elle va à la prison pour femmes Decagon et assiste à la sortie de Sofia Huxley, incarcérée depuis quinze ans pour abus sur enfants dont elle a été témoin à l'école. Elle entre en contact avec elle mais se fait frapper quand elle lui dit qu'elle veut l'aider pour sa réinsertion.

Bride a la moitié du visage défiguré et c'est une collègue de travail, Brooklyn, qui l'a conduite à la clinique. Elle ne s'attendait pas à tant de violence de la part de Sofia.

Elle avait été exemplaire comme fillette au procès contre ces instituteurs blancs pervers, dont Sofia. Ella avait déjà vu quelques scènes de pédophilie dont celle de son propriétaire avec un jeune garçon. Elle n'avait donc pas hésité à montrer du doigt Sofia pour la dénoncer. Elle était allée la voir à sa sortie peut être quelque part par repentir.

Bride est redevenue belle grâce aux soins de Brooklyn et d'un chirurgien et elle brille le soir de la présentation officielle de  "toi, ma belle". Et elle couche avec un inconnu.

Elle part à la recherche de Booker et a un accident en cours de route. Elle est soignée pendant plusieurs semaines par un couple qui a "kidnappé" une fillette égarée et qui vit à présent en "harmonie".

Booker a été terrorisé dans sa jeunesse par le meurtre de son frère par un pédophile tueur en série de jeunes garçons dont il abusait avant de les dépecer.

Booker a été trompettiste amateur. Adulte il a vécu avec Felicity puis Bride avant de s'enfuir...

 

Tout le monde fuit quelque chose dans ce roman, en priorité la jeunesse qui n'a jamais été heureuse pour eux.

L'auteure nous montre ainsi des êtres en recherche d'une "délivrance" (pour reprendre le titre français) qui leur donnerait enfin droit à vivre une nouvelle vie plus riche, plus saine et plus harmonieuse.

Toni Morrison mêle le présent et le passé des uns et des autres, offrant souvent une partie entière du roman à leur histoire qui vient à un moment ou à un autre se télescoper avec l'histoire d'un autre personnage.

On est souvent surpris par les événements qui surgissent, dont certains pourraient relever du "fantastique", comme pendant un temps où Bride se sent redevenir petite fille (Lula Ann) .perdant sa féminité (seins et poils pubiens).

On se laisse porter surtout par les mots et les phrases de Toni Morrison, dont on connaît depuis 12 livres combien sa prose est belle et envoûtante.

Tout commence avec les mots de Sweetness, au moment de la naissance de sa fille Lula Ann : "Ce n'est pas de ma faute. Donc vous ne pouvez pas vous en prendre à moi. La cause, ce n'est pas moi et je n'ai aucune idée de la façon dont c'est arrivé. Il n'a pas fallu plus d'une heure après qu'ils l'avaient tirée d'entre mes jambes pour se rendre compte que quelque chose n'allait pas. Vraiment pas. Elle m'a fait peur, tellement elle était noire. Noire comme la nuit, noire comme le Soudan. Moi, je suis claire de peau, avec de beaux cheveux, ce qu'on appelle une mulâtre au teint blond, et le père de Lula Ann aussi. Y a personne dans ma famille qui se rapproche de cette couleur".

 

Et voilà comment une vie débute très mal dans une société où le raciste est une calamité. Alors, il faut se battre pour s'affirmer, être reconnu par les autres et c'est aussi et surtout ce combat qui est le fil conducteur du roman.

 

Toni Morrison, pour rappel, née en 1931, a obtenu le Prix Nobel de Littérature en 1993, bien mérité, tellement ses livres sont forts, même si ici elle étonne quand elle parle de pédophilie, presque à l'image de Hannah Arendt qui avait parlé de "banalité du mal" pour le nazisme incarné par Eichmann.

Mais on connaît son combat pour le noirs américains et son éthique humaniste. Ne boudons pas notre plaisir pour dire que c'est un très grand livre d'une auteure essentielle.

J'ai lu ce roman dans le cadre d'une lecture commune avec Marjorie Littérature.  Qu'elle en soit une nouvelle fois remerciée car nous avons plaisir à échanger nos opinions tout au long de notre lecture pour mieux cerner les enjeux du texte qui nous est offert.

 

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

 

 

Délivrances de Toni Morrison (Christian Bourgois)
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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 17:01
Une odyssée américaine de Jim Harrison (Flammarion)

Une odyssée américaine de Jim Harrison

(Flammarion - 2009 - 320 pages)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Brice Matthieussent

Titre original : The English Major (USA - 2008)

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Cliff a décidé de changer de vie et de quitter sa femme Vivian qui le trompe avec Fred. Il part dans son vieux break Taunus marron faire le tour des USA. Il a retrouvé un puzzle des USA et à chaque fois qu'il arrivera dans un état il jettera une pièce. Il commence par le Michigan, point de départ de son odyssée. Le prochain état est le Wisconsin avant de rejoindre le Minnesota. 

Il retrouve Marybelle une de ses étudiante d'autrefois et ils continuent le voyage ensemble, épanouis sexuellement. Elle l'épuise et passe beaucoup de temps sur son portable. Leur route va se séparer dans le Montana quand Marybelle rejoint sa fille et son mari. 

Il roule vers la Californie où il va passer quelques jours avec son fils Robert. Marybelle vient les rejoindre. Son break a rendu l'âme et son fils lui achète un 4x4. Il repart seul, nostalgique de Vivian. N'aurait-il pas intérêt à venir rejoindre sa femme? Mais alors, doit-il renoncer à son voyage.

Il ne traverse qu'une quinzaine d'états avant de rentrer chez lui et abandonner temporairement son périple "américain". Son âge ne l'aide pas trop à l'imaginer.

Ce roman n'est pas vraiment un récit de voyage car on est plus dans le "psychologique" que dans le "descriptif". Il profite de ces temps de route pour réfléchir sur ce qu'il est, ce qu'il est en train de faire et ce qu'il perd à partir ainsi sur les routes.

Page 17 : "Par la fenêtre de la cuisine j'ai regardé mon vieux break Taurus marron qui affichait deux cent mille kilomètres au compteur et je me suis dit qu'il était toujours vaillant. J'ai baissé les yeux vers les quarante-huit Etats multicolores."

Comme dans la plupart des romans de Jim Harrison (1937-2016), l'amour et la sexualité, la pêche, et le voyage en voiture, sans oublier le "gentleman farmer" sont au centre de ce roman. On se laisse toujours porté par les mots de cet auteur qui sait nous "hypnotiser" pour nous embarquer dans ses aventures.

Cliff s'amuse à donner un nouveau nom à chaque Etat de l'Union.

Exemple : Alabama devient  Chickasaw  ou Californie, Chumesh

Ce n'est certainement pas le meilleur roman de Jim Harrison, sans doute la raison pour laquelle c'est Flammarion et non son éditeur habituel, Christian Bourgois, qui l'a édité. Mais lire Harrison, c'est tout de même toujours un ravissement.

Bonne lecture,

Denis

(Livre lu notamment dans le cadre de ma thématique 2017 sur le voyage en littérature).

 

 

Une odyssée américaine de Jim Harrison (Flammarion)
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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 18:11
Pssica d'Edyr Augsto (Asphalte)

Pssica d'Edyr Augusto

(Asphalte - 142 pages - février 2017)

Traduit du portugais (Brésil) par Diniz Galhos

Edition originale au Brésil : 2015 avec le même titre

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C'est le deuxième roman (polar) d'Edyr Augusto que je lis après "Nid de Vipère" l'an dernier et que j'avais beaucoup aimé.

C'est ainsi que j'ai demandé à l'éditeur s'il était possible de recevoir ce nouveau roman qui vient juste de sortir en librairie et je l'en remercie de me l'avoir envoyé en service de presse.

 

Janalice a 14 ans et a été renvoyée du lycée, son petit ami faisant circuler une vidéo de leurs ébats sexuels. Elle est alors conduite chez sa tante mais Celio le petit ami de la tante abuse d'elle la nuit. Elle rencontre Dionete, une jeune femme qui l'initie à la drogue et partage son ami avec elle. Et un jour Janalice est enlevée. 

Page 11 : "Hey ! Di est au marché. Une robe dans les mains. Ca te dirait de l'acheter? Pas cher ! Regarde, ça te va super bien. Parfait pour une fête ! Allez, achète-là. Ce que tu as. J'ai pas d'argent. Dionete se propose de lui offrir. Je m'arrangerai, pour l'argent. Bon. Allez, on y va. Elles s'approchent de la rue Riachuelo. Dionete va droit vers un homme grisonnant."

Une bande a attaqué le magasin de Manoel prenant sa femme en otage après qu'il ait tiré sur un des voleurs. Sa femme morte, assassinée, il part à la recherche des agresseurs et tombe sur un des organisateurs et le tue. Preá devenu Jonas a tout vu et se promet vengeance. 

Amadeu un flic en retraite et ami du père de Janalice est missionné par lui pour retrouver sa fille. La meilleure piste est Dionete mais son corps a été transpercé de balles en pleine rue par un motard. 

Janalice passe plusieurs mois auprès de Zé qui l'a achetée. Bien qu'il soit d'aspect plutôt répugnant elle finit par aimer faire l'amour avec lui jusqu'à ce qu'elle soit brusquement emmenée avec d'autres filles sur un bateau. 

Preá s'est constitué une bande et arraisonne avec violence les bateaux qui circulent sur le fleuve. 

Les règlements de compte ont lieu entre bandes. Et lors d'une fête Janalice est montrée comme la plus belle des putes présentes. Preá passe un moment délicieux avec elle. Elle lui demande de la sortir d'ici et il est prêt à l'acheter. Manoel a aussi repéré Janalice et lui aussi voudrait la sauver mais au matin elle est embarquée pour Cayenne et une fusillade éclate pour la protéger des deux qui veulent la sortir de cette prostitution...

Pssica signifie "malédiction". Les personnages sont réellement victimes de "malédiction". Rien ne va comme ils le voudraient dans cette zone du Brésil, à la frontière de la Guyane où la violence fait partie des "us et coutumes".

On retrouve dans ce livre le style incisif fait de phrases très courtes qui claquent comme les évènements terribles qui se répandent dans ces pages.

Edyr Augusto, né en 1954 à Belem, connaît bien cette région qui sert de cadre à chacun de ses livres. Il n'épargne pas son lecteur, au point de le noyer de temps en temps dans ces mondes où il faut changer de nom régulièrement pour survivre. On ne se souvient plus toujours de qui est qui par rapport à tel ou tel personnage. On aime tuer, c'est une certitude car il faut toujours se venger de quelqu'un.

Une narration efficace pour ce roman dans lequel on espère à chaque page que Janalice pourra sortir des griffes de ces hommes sans foi ni loi...

Bonne lecture,

Denis

Pssica d'Edyr Augsto (Asphalte)
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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 19:30
" Chez eux " Carole Zalberg - Babel Actes Sud
" Chez eux " Carole Zalberg - Babel Actes Sud

 

Chez eux de Carole Zalberg

(Babel - Actes Sud - 99 pages - 2015)

 

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Ce récit sobre et prenant à la fois, nous emmène dans le quotidien de cette fillette juive " Anna Wajismky " , venue de Pologne en France avec sa mère en 1938, afin d'essayer de passer entre les mailles du filet nazi et éviter ainsi la déportation vers des camps.

Anna se retrouve confiée à une famille de fermiers à Vacheresse en Haute - Loire , les Poulou ( Poulange de leur nom de famille ).

Des paysans bourrus , incapables de témoigner ne serait - ce qu'un peu d'affection à cette petite fille mais qui ont le courage de cacher cette enfant juive au risque de leur vie.

Anna se retrouve loin des siens dans un quotidien rude au sein de la ferme, un manque d'amour, et aussi des conditions matérielles déplorables dues à la guerre.

Mais sa force , elle la puise à l'école , auprès de son institutrice , MelleTournon qui lui témoigne dès son arrivée toute son attention , son soutien et de la tendresse.

Elle fera d'ailleurs tout son possible pour préparer un avenir à Anna quoi qu 'il arrive!

Malgré les manques et les duretés de la vie , Anna s'en sortira transformée, car le déracinement, la perte d'identité sont affaires de survie pour cet enfant juive.

 

Inspiré par l'histoire de la propre mère de l'auteur, ce récit sobre et tendre , dresse un monument de pudeur aux enfants cachés de la Seconde Guerre mondiale et à tous ceux qui , en dépit des risques, leur ont porté secours au nom de la dignité et de la solidarité humaine.

 

J'ai eu un coup de cœur pour la 4ème de couverture lors du Salon du livre de la Mairie du VII ème à Paris , le samedi 28 janvier dernier.

 

L'occasion de rencontrer Carole Zalberg, une découverte pour moi, qui m'a gentiment dédicacé son livre.

 

Une belle plume, une auteur dont je lirai d'autres livres et que je vous conseille vivement de découvrir !

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 17:48
Kafka sur le rivage de MURAKAMI Haruki (10/18)

Kafka sur le rivage de MURAKAMI Haruki

(10/18 - 638 pages - juin 2007)

Traduit du japonais par Corinne Atlan

Titre original: Umibe no Kafuka (2003)

Première édition française : Belfond 2006

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Cartésiens de tout poil, passez votre chemin. Ce roman n'est pas fait pour vous, sauf si comme moi, vous êtes curieux en littéraire et n'hésitez pas à vous "mettre en danger", bousculant alors votre "confort" littéraire.

Car ce roman qui a eu un grand succès de librairie se joue de tous les genres pour nous emmener dans les tréfonds des rêves et des fantasmes.

Laissez-vous porter par les mots de MURAKAMI avec en fonds d'oreille la bande sonore du roman qui passe sans soucis de Coltrane à Beethoven entre autre. N'oubliez pas d'avoir à côté de vous l'oeuvre de Kafka, de Soseki, sans oublier les "Contes des mille et unes nuits".

 

Un jeune garçon, Kafka Tamura (un pseudonyme) se doit de s'enfuir de chez lui le jour de ses quinze ans pour affronter la tempête de la vie, influencé par le "garçon nommé corbeau". 

Il part donc en autocar pour une nuit de route vers l'île de Shikoku. 

Une jeune fille, Sakura, qui pourrait être sa sœur l'aborde lors de la halte sur l'autoroute et termine le voyage à ses côtés. A l'arrivée elle lui donne son numéro de téléphone.  

Il passe sa première journée à la bibliothèque privée de la fondation Komura, propriété d'une riche famille. 

Nakata est idiot depuis 60 ans après un évanouissement collectif d'une classe en 1944. Il est le seul à être resté évanoui plusieurs jours. Il sait parler avec les chats et l'un d'eux qu'il surnomme Otsuka lui dit que son ombre est plus mince que celle des autres humains comme s'il lui manquait la moitié de son corps. Quand il est revenu de son évanouissement au bout de deux semaines Nakata était amnésique ne se souvenant pas de son chat qu'il admirait pourtant. 

Kafka vient de subir un moment d'inconscience et se réveille avec du sang qui n'est pas le sien. Quant à  Nakata il apprend d'une chatte Mimi qu'un grand homme à chapeau et bottes de cuir tue des chats dans le secteur. 

Sakura écoute Kafka raconter son histoire et l'héberge pour une nuit et le lendemain il raconte une autre partie de son histoire à Oshima, le jeune homme qui travaille à la bibliothèque et il l'emmène loin d'ici en pleine forêt où il a hérité d'une cabane. Kafka pourra y rester deux ou trois jours avant qu'il lui trouve une solution de travail à la bibliothèque avec hébergement. 

Nakata est guidé par un chien jusqu'à l'homme qu'il recherchait comme tueur de chats. Il le voit tuer des chats devant lui et lui dit que quand il en aura assez qu'il le tue. C'est ce qu'il fait avant qu'il ne tue la chatte qu'il cherche désespérément. 

Kafka rentre avec Oshima pour s'installer comme promis à la bibliothèque où il pourra travailler. Oshima lui parle alors de Melle Saeki la responsable de la bibliothèque. Elle a aimé un des fils Komura dans sa jeunesse au point d'écrire une seule chanson qui a eu un succès fou "Kafka sur le rivage". 

Vous aurez compris que deux histoires parallèles se déroulent sous nos yeux. Kafka nous parle, au présent, de son vécu alors que l'histoire de Nakata qui se déroule dans le même temps, suppose-t-on (car il n'y a aucunes certitudes dans ce roman), est racontée par un narrateur qui parle au passé, comme pour prendre du recul.

Tel un métronome, le roman alterne les deux histoires un chapitre sur deux pendant plus de 600 pages et 49 chapitres.

L'écrivain Kafka est cité car bien sûr le titre nous renvoie vers cet auteur de l'absurde et tout semble bien absurde dans ce roman où il peut pleuvoir des poissons ou des sangsues, un homme est capable de parler avec une pierre. On peut tuer sans le savoir. Des fantômes apparaissent prenant parfois la forme de personnages "connus" : le capitaine Sanders ou Johnny Walken. Bien d'autres artifices, telle cette pierre qui peut être légère ou très lourde selon les moments, des ténèbres en pleine forêt... viennent aussi rompre avec la rationalité de la vie.

Kafka en tchèque veut dire "corbeau" ! Etonnant, non !

J'ai fait cette lecture avec Marjorie Littérature sous forme d'une "lecture commune" où presque tous les jours nous avons échangé via messenger nos impressions. Et nous avons eu le même sentiment du 'roman inachevé", qui donne des pistes de réflexion sur l'initiation à la vie d'un adolescent à travers les scènes "fantastiques" qui se succèdent dans le roman.

Nos mots pour résumer le livre : perplexité, scepticisme, étonnement !

Un drôle de livre pas drôle du tout !

A lire pour entrer dans un univers où la philosophie, la psychanalyse entrent en scène pour nous proposer une "interprétation" de la vie ! Sachant que nos questions resteront certainement sans réponses.

Bonne lecture,

Denis

 
Kafka sur le rivage de MURAKAMI Haruki (10/18)
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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 17:06
Le mobile de Javier Cercas (Actes Sud)

Le mobile de Javier Cercas

(Actes Sud - 90 pages - novembre 2016)

Traduit de l'espagnol par Elisabeth Beyer et Aleksandar Grujicic

Titre original : El Movil (1987 puis 2003)

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L'auteur nous informe en fin de volume que ce livre est paru initialement en 1987 et comprenait 5 récits. Après relecture 15 ans plus tard, Javier Cercas a décidé de ne garder que ce texte. Il vient d'être traduit et publié en France cet automne, après que 7 livres de l'auteur aient été publiés depuis 2002 par Actes Sud.

Alvaro rêve d'être écrivain, lui qui est fasciné par Gustave Flaubert. Il est employé dans un cabinet juridique et quand il rentre dans son immeuble il ne pense qu'à écrire. Mais écrire quoi?

Il connaît bien peu de monde et se dit qu'il se doit absolument de raconter des "choses vues" car il n'a pas vraiment d'imagination.

Page 9 :  "Il avait subordonné sa vie à la littérature ; ses amitiés, ses intérêts, ses ambitions, son avancement professionnel ou l'amélioration de ses finances, ses sorties dans la journée ou la soirée, tout s'était vu relégué au bénéfice de celle-ci".

 

Alors, il se dit que les habitants de son immeuble qu'il ne connaît pas pourraient servir de modèles à ses personnages, à commencer par la concierge qui est censée tout savoir sur tout le monde. Il n'hésite pas à la séduire et même à coucher avec elle dans ce but.

Il se met aussi à épier ses voisins, à les écouter comme il le peut.

Page 38-39 : "Alvaro s'asseyait sur la lunette des toilettes et tendait l'oreille en retenant son souffle. Dans la fourmilière matinale de l'immeuble, il les entendait se lever, réveiller les enfants, préparer et prendre le petit-déjeuner. (...) Dans le silence de la nuit, il l'entendait, elle, qui riait de plaisir, ou il surprenait les murmures des conversations dans la pénombre paisible de leur chambre ; puis, les respirations saccadées, les gémissements, le grincement en rythme du lit, et le silence immédiatement après. Un matin, il les entendit rire ensemble sous la douche..."

 

Vous aurez compris qu'il y a beaucoup d'humour dans ce court récit. Alvaro va se rendre aimable avec chacun, engageant la conversation avec presque tous ses voisins alors qu'il ne parlait quasiment jamais avant d'entreprendre son grand oeuvre littéraire !

 

Une lecture stimulante et fort agréable pour découvrir ou approfondir sa connaissance de l'oeuvre de Javier Cercas, né à Caceres en 1962.

 

Bonne lecture,

Denis

Le mobile de Javier Cercas (Actes Sud)
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19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 17:46
Comme l'ombre qui s'en va d'Antonio Muñoz Molina (Le Seuil)

Comme l'ombre qui s'en va d'Antonio Muñoz Molina

(Le Seuil - 440 pages - Août 2016)

Traduit de l'espagnol par Philippe Bataillon

Titre original : Como la sombra que se va (2014)

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"Mes jours sont comme l'ombre qui s'en va et moi comme l'herbe qui a séché." (Psaume CII)

Puis le roman débute ainsi : "La peur m'a réveillé immergé dans la conscience d'un autre; la peur et l'intoxication par les lectures et les recherches. C'était comme ouvrir les yeux dans une pièce autre que celle où je m'étais endormi. Dans mon éveil persistait la panique d'un rêve."

 

Un livre très ambitieux, plus qu'un roman assurément. L'auteur aura mis près de 30ans pour venir à bout de son projet.

Tout a commencé au tout début de l'année 1987.quand Antonio Muñoz Molina a décidé de partir en "repérage" à Lisbonne pour y achever son roman "Un hiver à Lisbonne". C'est alors qu'il trouve des traces du passage de James Earl Ray en 1968 peu après qu'il ait assassiné Martin Luther King à Memphis (USA). L'homme est arrivé à Lisbonne sous une fausse identité : Ramon George Sneyd et s'est installé à l'hôtel "Portugal".

L'écrivain va alors déambuler dans Lisbonne avec deux projets en tête : trouver l'inspiration des lieux pour acheter un roman qu'il n'arrive pas à terminer puis aller sur les traces d'un assassin pour en faire peut-être un jour un roman.

Antonio Muñoz Molina a quitté sa famille pour quelques jours alors que sa femme vient d'accoucher d'un enfant. Il culpabilise tout en sachant qu'il a besoin de sortir de son milieu familial et de son travail de fonctionnaire.

Il refait alors sur site et mentalement le long parcours de James Earl Ray qui l'a mené de la délinquance et de la prison au meurtre d'un homme qu'il ne connaissait même pas. Un certain Raoul pourrait être derrière tout cela. De manière décousue et au fil des années jusqu'à la rédaction de ce roman dans les année 2010, l'auteur taille son sillon pour essayer de comprendre pourquoi cet homme a tué à Memphis le 4 avril 1968.

Pas de linéarité dans ce roman. On suit les errances de l'auteur dans ses pensées et ses voyages. Il relit les journaux, les témoignages, rencontrent quelques personnes qui ont rencontré ou croisé James Earl Ray au Canada, à Londres, à Barcelone, à Memphis lors de sa longue cavale de deux mois avant d'être arrêté à Londres.

On lit le roman comme si l'on était aux côtés d'Antonio Muñoz Molina sans trop savoir où conduiront les lectures, les rencontres. Un roman de "work in progress" qu'il faut lire lentement. De toute façon on ne peut pas aller vite car les pages sont denses, sans aucuns dialogues. Les pensées arrivent brusquement au détour d'une page ou d'une rue... Il n'y a pas de vérités dans ce livre car tout peut être remis en cause y compris les propres convictions de l'auteur.

Un livre très "psychologique" voire "philosophique". Un livre de grande qualité littéraire à lire sans précipitation.

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

Comme l'ombre qui s'en va d'Antonio Muñoz Molina (Le Seuil)
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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 15:19
L'homme de la montagne de Joyce Maynard (10/18)

L'homme de la montagne de Joyce Maynard

(10/18 - septembre 2015 - 356 pages)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise Adelstain

Titre original :After Her (USA - 2013)

Première éditions France : Editions Philippe Rey (2014)

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Ce livre m'a été offert par Stéphanie Vanhove à l'occasion du Noël 2015 des "readers". J'avais découvert cette auteure avec "Long week-end" qui m'avait laissé sur ma faim. J'ai donc récidivé avec ce roman qui cette fois-ci, m'a conquis de la première à la dernière page.

 

La narratrice avait quatorze ans quand elle a voulu faire la morte avec sa sœur Patty. Des corbeaux sont arrivés avec un cri épouvantable qui les a fait s'enfuir à grande vitesse.

Ainsi débute le roman par ce prologue. 

La famille vivait au nord de San Francisco avec un père policier. Patty parlait peu dans son enfance et était deux ans plus jeune que son aînée née en 1968. 

Elles adoraient leur père qui leur donnait des "armes" pour se défendre contre tout risque d' agression. Puis il est parti vivre avec une autre femme. 

Seules avec leur mère les fillettes se promènent longtemps et souvent tard dans la montagne rencontrant des couples amoureux, observant la nature et s'initiant toutefois simplement à la vie avec amusement et avidité. 

Une jeune fille a été retrouvée morte, nue et violée, dans la montagne. C'est leur père qui enquête et les deux sœurs en sont fières. La seule difficulté est de ne rien dévoiler depuis les camarades de classe très inquisiteurs. 

Dans les semaines qui ont suivi trois autres jeunes filles ont été violées et assassinées, montrant que l'on a affaire à un serial-killer. La tension et l'angoisse sont à leur maximum. 

A l'automne on est à six meurtres et toujours pas de coupable. Rachel a  maintenant un petit ami, Teddy Bascom. Mais elle n'a pas encore ses règles et peu de poitrine. 

Il l'initie à la sexualité d'abord par des attouchements. 

Noel est arrivé et les meurtres continuent. Rachel fait régulièrement des rêves de viols. La peur domine la région. 

Et au terme d'un de ses rêves elle est certaine que le tueur est Mr Armitage.  Mais sa théorie ne tient pas la route.

Les meurtres continuent à terroriser la population et la police se montre impuissante. Mais Rachel ne lâchera rien pour retrouver l'assassin...

En parallèle à l'enquête policière suivie de très près par les deux adolescentes, on entre dans leur psychologie, leurs fantasmes, leur révélation de la "vraie vie", celle où tout est possible, le meilleur comme le pire.

L'écriture de Joyce Maynard est toujours d'une grande limpidité et l'on prend un réel plaisir de lecture.

Un excellent roman en résumé à lire assurément.

Bonne lecture,

Denis

 

 

L'homme de la montagne de Joyce Maynard (10/18)
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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 18:47
La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson (Zulma)

La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson

(Zulma - 131 pages - Octobre 2013)

Traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson

Titre original : Svar við bréfi Helgu - Islande 2010

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Un vieillard, Bjarni Gíslason, écrit à Helga pour lui dire qu'il a veillé sa femme Unnur jusqu'à la fin de sa vie. Elle a été pourtant bien ingrate vis-à-vis de lui, lui disant qu'il aurait mieux fait d'épouser Helga plutôt qu'elle. 

Unnur était persuadée que son mari couchait avec sa voisine Helga. Elle l'a même crié à la maison de retraite, l'humiliant ainsi. 

Il avoue dans cette lettre à Helga qu'il l'a aimée mais qu'il a longtemps résisté à son désir. Et puis sa femme a eu une intervention chirurgicale avec ablation totale de ses parties génitales et la couture lui a empêché d'avoir des rapports sexuels devenus trop douloureux. Alors un jour dans une grange il n'a pas su résister au corps d'Helga. Il s'est dit ensuite que les rumeurs au loin seront à présent fondées. 

Il y a eu ainsi pour eux la saison des amours, comme pour les animaux dont ils s'occupaient.

Seulement Helga tomba enceinte. Elle voulait partir s'installer en ville avec lui. Mais Bjarni se refuse à quitter sa terre et ses animaux pour aller à Reykjavik. Son union avec Helga est définitivement rompue. 

Il ne verra que très épisodiquement sa fille Hulda encore plus meurtri quand il la verra présenter chaque soir les programmes TV au point de jeter l'appareil par la fenêtre pour ne plus la voir à l'écran. 

Pour faire passer son chagrin il s'est investi dans son travail, créant des objets. Et il a lu, se nourrissant des sagas entre autres...
 

Un livre court, très bien écrit, en forme d'une longue lettre découpée en 18 chapitres, par Bergsveinn Birgisson, un auteur islandais né en 1971. Il est titulaire d'un doctorat en littérature médiévale scandinave.
 

Roman passionnant, parfois "cru", mais je suis resté sur ma faim, ayant trouvé la fin moins intéressante, sorte de ressassement de ce que l'on savait déjà de l'histoire des personnages.

Bonne lecture,

Denis

 

Livre lu dans le cadre de "Décembre nordique" que l'on peut retrouver sur Facebook.

La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson (Zulma)
La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson (Zulma)
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