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6 décembre 2017 3 06 /12 /décembre /2017 17:57
Les derniers jours de Mandelstam de Vénus Khoury-Ghata (Mercure de France)

Les derniers jours de Mandelstam de Vénus Khoury-Ghata

(Mercure de France - mai 2016 - 134 pages)

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Vénus Khoury-Ghata (née en 1937 au Liban) est écrivaine et poétesse.

Elle consacre en tant que poète ce court récit aux derniers jours d'Ossip Mandelstam (1891 - 27 décembre 1938). Il est alors dans un camp de transit près de Vladivostok. S'il en est arrivé là, c'est selon la volonté de Staline de faire taire à jamais ce poète qui avait écrit un poème contre lui en novembre 1933 : "Epigramme contre Staline" :

 

Nous vivons, insensibles au pays qui nous porte,
À dix pas, nos voix ne sont plus assez fortes.

Mais il suffit d’un semi-entretien,
Pour évoquer le montagnard du Kremlin.

Ses doigts épais sont gras comme des asticots,
Et ses mots tombent comme des poids de cent kilos.

Il rit dans sa moustache énorme de cafard,
Et ses bottes luisent, accrochant le regard.

Un ramassis de chefs au cou mince l’entoure,
Sous-hommes empressés dont il joue nuit et jour.

L’un siffle, l’autre miaule, et un troisième geint,
Lui seul tient le crachoir et montre le chemin.

Il forge oukase sur oukase en vrai forgeron,
Atteignant tel à l’aine, tel à l’œil, tel au front.

Et chaque exécution est un régal,
Dont se pourlèche l’Ossète au large poitrail.

In Tristia et autres poèmes, © Poésie/Gallimard, 1982 p. 171-172

Vénus Khoury-Ghata nous montre Ossip Mandelstam épuisé, abandonné de ses derniers amis qui feignent de ne pas le reconnaître dans sa "déchéance physique". Seule son épouse, Nadejda (1899-1980), fait tout pour le retrouver. Elle espère qu'il lui a laissé des traces sur le trajet qui l'a mené au camp.

Elle n'aura comme réponse que la mention "Retour à l'envoyeur pour cause de décès" sur le colis qu'elle lui avait envoyé et c'est daté du 27 décembre 1938.

Mandelstam a été le compagnon de route de la poésie russe des années 1920-1930, côtoyant Boris Pasternak, Anna Akhmatova, Marina Tsvetaieva entre autres.

L'auteure restitue au plus près ces moments de fin de vie où la faim est le tracas quotidien sans oublier les souffrances endurées.

Mandelstam est sûr d'être encore en vie.
Mort, il n'entendrait pas le cliquetis des mâchoires de ses voisins. Mastiquée longuement, la même bouchée de pain trompe la faim. (P;69)

Vénue Khoury-Ghata rappelle quelques moments de sa vie d'homme libre pendant ses années d'intellectuel et de poète. Nadejda est également très présente dans le livre et l'on voit sa lutte, ses espoirs pour que son mari puisse être libéré pour pouvoir continuer à écrire. Elle s'occupera d'ailleurs jusqu'à sa mort de faire reconnaître son mari et ses oeuvres.

Un livre dur, sans concessions, merveilleusement écrit et qui nous plonge dans les années très sombre du stalinisme.

Bonne lecture,

Denis

Les derniers jours de Mandelstam de Vénus Khoury-Ghata (Mercure de France)
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2 décembre 2017 6 02 /12 /décembre /2017 17:46
Le destin d'Anna Pavlovna d'Alekseï Pisemski (HD - Ateliers Henry Dougier)

Le destin d'Anna Pavlovna d'Alekseï Pisemski

(HD - Ateliers Henry Dougier - octobre 2017 - 248 pages)

Traduit du russe par Hélène Rousselot

Titre original : Boiarchtchina

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Le roman a été écrit en 1847 mais interdit par la censure il est édité en 1858 en Russie.

Alekseï Pisemski (1821-1881) a été le premier avec Alexandre Ostrovski (1823-1886), dramaturge, à inaugurer une galerie de personnages russes d'origine non noble. Il va travailler comme fonctionnaire ce qui lui permet d'approcher les réalités de la vie provinciale dont il va se servir dans son oeuvre tant romanesque que théâtrale.

Il va également écrire pour des revues littéraires et ses années de gloire restent celles des années 1850 car ensuite il va être rejeté pour ses idées avancées et va mourir de mélancolie en 1881.

C'est la traductrice Hélène Rousselot qui a retrouvé ce roman dans la bibliothèque de sa grand-mère, traductrice de M. Aguéev et de Nina Berberova. Elle a déjà traduit et publié "Un fanfaron" en 2001 aux Editions Ombres.

(Cette introduction reprend des éléments de la préface d'Hélène Rousselot pour ce présent roman.)

C'est donc une redécouverte que ce roman et cet auteur, bien oublié en France, alors qu'il était publié à la fin du XIXe siècle. Il a été considéré comme un égal de Tourgueniev (1818-1883) et Dostoïevski (1821-1881), ses exacts contemporains.

 

Mikhaïlo Egorytch Manovski est venu s'installer avec son épouse Anna Pavlovna à Boïarchtchina dans la propriété de son père, devenue vacante depuis la mort du père. Autoritaire il harangue sa femme pour un oui ou un non et elle passe pour une idiote ou une incapable dans le village.

Lors de la fête annuelle donnée par le maréchal de la noblesse en l'honneur de sa femme, Valerian Aleksandrytch Eltchaninov retrouve parmi les invités Anna Pavlovna qu'il cotoya autrefois en d'autres lieux. Ils se donnent un rendez vous pour un jour prochain car ils ne peuvent pas se parler ici. Pour l'heure la personne qui l'attire est la veuve Kleopatra Nikolaevna Maourova.

De fait, Valerian l'avait rencontrée pendant ses années d’études à Moscou, au temps où il courtisait Vera, laquelle se révéla avoir étudié avec Anna au monastère de Smolny. Il avait voulu en faire alors son amie après l'avoir rencontrée chez Vera. Mais Vera mourut et Anna quitta Moscou.

C'est alors que le père d'Anna Pavlovna la maria à Manovski.

Leurs retrouvailles ne durent pas très longtemps et Anna ne peut venir au deuxième rendez-vous. Valerian s'en inquiète et se rend chez les Manovski et n'y trouve que le mari.

Et quand il se rend chez la veuve Kleopatra il comprend qu’elle complote avec Mikhaïlo.

Quant au vieux comte Sapega il est amoureux d'Anna et le lui dit mais elle se refuse à imaginer un tel amour. Et Sapega se dit qu'elle doit en aimer un autre. C'est alors que son neveu lui dit qu’il l'a vue en compagnie de Valerian Aleksandrytch...

On comprend vite que l'on est dans une "tragédie" car le "destin" d'Anna Pavlovna va inéluctablement être compliqué entre tous ces protagonistes dont le terrible mari prêt à tout pour récupérer son épouse qui est la "honte de sa vie", surtout dans cette province où les commérages vont bon train.

Un vaudeville (au sens noble et non péjoratif) "mélodramatique", en résumé, qui nous prend aux "tripes" tout au long de ces péripéties psychologiquement bien menées par l'auteur.

 

Un auteur à découvrir, surtout quand on aime comme moi, la littérature russe et que l'on veut approfondir ses connaissances sur cette si riche littérature au XIXe siècle notamment.

Merci à Nadia des éditions HD - Ateliers Henry Dougier, de m'avoir adressé ce roman "noir".

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

Le destin d'Anna Pavlovna d'Alekseï Pisemski (HD - Ateliers Henry Dougier)
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25 novembre 2017 6 25 /11 /novembre /2017 19:22
Rencontre avec Ragnar Jónasson à Fleury sur Orne
Rencontre avec Ragnar Jónasson à Fleury sur Orne
Rencontre avec Ragnar Jónasson à Fleury sur Orne

Dans le cadre du Festival " Les Boréales " à Caen, c'est avec grand plaisir que nous avons assisté à la rencontre ce vendredi 24/11 en soirée, avec l'auteur de polars Islandais , j'ai nommé : Ragnar Jónasson .

Ce fut un bon moment, pour découvrir l'auteur, grand lecteur d'Agatha Christie dès son plus jeune âge et c'est d'ailleurs à l'âge de 17ans qu'il entreprend la traduction de quatorze de ses romans en islandais.

Ragnar Jónasson est né à Reykjavik en 1976. Ses grands-parents sont originaires de Siglufjördur, la ville où se déroule Snjór, et où a grandi son père.

Avocat et professeur de droit à l’Université de Reykjavik, il est aussi écrivain et le cofondateur du Festival international de romans policiers «Iceland Noir ».

C’est l’agent d’Henning Mankell qui a découvert Jónasson et vendu les droits de ses livres dans près de dix pays, dont les États-Unis et l’Angleterre.

A savoir qu'il est actuellement traduit dans plus de 20 pays.

Il a déjà écrit une série de 8 livres, il y en aura encore 2 pour terminer la série. Ensuite, il passera à autre chose.

Le troisième sortira en mars 2018 aux Editions de La Martinière et il nous a dévoilé le titre :

" Nótt " qui veut dire nuit.

Si vous n'avez pas encore lu cet auteur, je vous conseille de le découvrir avec  " Snjór " suivi de " Mörk " et de faire connaissance avec Ari Thór, qui vient de terminer l’école de police à Reykjavik et qui se retrouve affecté dans un village paumé, coupé du monde  " Siglufjördur ".

Siglufjördur est un petit village de pêcheurs situé à l'extrême nord de l'Islande et encerclé d'un côté par des montagnes de plus de 600m et donnant de l'autre sur le fjord.

Pour y arriver, il n'existe d'ailleurs qu'une seule route sinueuse suivie d'un tunnel sombre et glacial.

Il nous a d'ailleurs dit que suite à une avalanche, cette route était en ce moment coupée du monde et que des travaux étaient en cours pour rétablir au plus vite la circulation.

Il a toujours aimé écrire et c'était comme ça dans sa famille, son père, son grand - père.

Il y a d'ailleurs un autre écrivain dans sa famille  mais qui n'écrit pas de polars !

Il aime écrire au calme chez lui mais il écrit beaucoup dans les avions, vu ses nombreux déplacements avec un casque et de la musique que ce soit classique, rock ou autre.

 A savoir que "  Mörk "  a été élu " Meilleur polar de l'année 2016 " selon le Sunday Express et le Daily Express, et a également reçu le Dead Good Reader Award en Angleterre.

Fabienne

 

 

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30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 17:57
Nocturnes de Kazuo Ishiguro (Folio)

Nocturnes - Cinq nouvelles de musique au crépuscule

de Kazuo Ishiguro (Folio - 290 pages - octobre 2011)

Traduit de l'anglais par Anne Rabinovitch

Titre original : Nocturnes - Five stories of music and nightfall (2009)

Première édition française : Editions des Deux Terres (2010)

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Kazuo Ishiguro, né en 1954 à Nagasaki, est arrivé en Grande Bretagne à l'âge de cinq ans. Il a été naturalisé britannique en 1982 et il vient d'obtenir le Prix Nobel de Littérature 2017.

C'était pour moi l'occasion de découvrir cet auteur.

J'avoue dès à présent que j'ai beaucoup aimé ces cinq nouvelles autour de musiciens ratés !!

1/ crooner

Le narrateur, Jan, est à Venise. Il gagne un peu d'argent en jouant avec des groupes de musique quand il repère à une terrasse de café le grand Tony Gardner, ancien crooner de renom, lequel accepte de le recevoir à sa table. Lindy et Tony fêtent ce soir leur 27 ans de mariage et presque dans le même temps la fin de leur union. Gardner demande à Jan de chanter quelques airs qui devraient plaire à Lindy car ils sont très symboliques…

2/ Advienne que pourra

Ray a connu Charles puis Emily à l’Université. Il avait trouvé en Emily une complice de ses goûts musicaux. Comme elle aimait Charles elle l'a épousé et ils ont habité tout le temps à Londres. Rey, lui, a enseigné l’anglais un peu partout en Europe et s’est installé en Espagne. Il vient régulièrement à Londres et est hébergé chez ses amis mais cette fois Charles lui dit qu’il est en froid avec son épouse et qu’il part en voyage pour deux jours. Il demande à son ami de rester chez eux espérant qu’il saura la convaincre que leur couple doit survivre !

3/ Les collines de Malvern

Le narrateur n’a pas de contrats musicaux et vient passer l’été à Malvern où il aide sa sœur à faire le service dans son restaurant. Il voit arriver un couple, les Kraut, qu'il rencontre plus tard dans les collines alors qu'il chante et travaille à une chanson. Il apprend alors qu’ils sont aussi musiciens.

4/ Nocturnes

Steve est un musicien « loser » sans avenir et ambition. Sa femme l'a aimé tel qu’il est mais elle a rencontré quelqu’un et elle le laisse tomber. Pour compenser son départ le compagnon d'Helen propose que Steve fasse de la chirurgie esthétique pour devenir beau et multiplier les contrats à Hollywood. Il finit par accepter l'offre tous frais payés et se retrouve en suite opératoire dans un hôtel où sa voisine n'est rien moins que la star Lindy Gardner, que l'on avait rencontrée dans la première nouvelle. Elle s'ennuie ici et lui propose de boire un verre avec lui. Ils vont déambuler la nuit dans l’hôtel pour oublier leurs insomnies.

5/ Violoncellistes

Tibor est violoncelliste et joue pour les touristes avec quelques amis musiciens. Il rencontre une violoncelliste virtuose Éloïse McCormack qui lui donne quelques cours. Il doit passer une audition à Amsterdam pour un emploi.

 

Ces cinq nouvelles mettent en scène des musiciens de "deuxième zone" pour qui les autres croient en leur avenir n'hésitant à leur donner des cours ou à les envoyer se refaire un visage...

De l'humour, des dialogues légèrement "décalés" pour apporter une petite pointe d'originalité dans les situations délicates que vivent les uns et les autres. On n'est pas ici face à des personnages "positifs" mais à des personnages en pleine recherche d'eux-mêmes.

Le style est clair et limpide avec beaucoup de dialogues et assez peu de descriptions.

Un livre de très belle facture qui donne un réel plaisir de lecture, d'autant que les nouvelles sont suffisamment longues pour donner de l'ampleur aux situations proposées.

Bonne lecture,

Denis

Nocturnes de Kazuo Ishiguro (Folio)
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29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 17:15
Les petites filles de Julie Ewa (Editions Albin Michel)

Les petites filles de Julie Ewa

(Editions Albin Michel - 410 pages - janvier 2016 -

collection "Spécial Suspense")

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Assurément ce roman de la jeune auteure Julie Ewa, dont c'est le deuxième qu'elle publie (pour la première fois sous son nom), rentre parfaitement dans la collection "Spécial Suspense", car on a bien du mal à le lâcher quand on entre dans l'univers de ce livre.

Le roman se passe en Chine du Sud dans le village de Mou Di. Deux époques se répondent. Une première qui se situe entre le 20 septembre 1991 et le 18 novembre 1991 ; la seconde du 8 janvier 2013 au 6 août 2013.

Ces deux périodes s'entremêlent dans pas moins de 112 chapitres. Alors, oui, l'histoire est "hachée" menue, casse inéluctablement le rythme, ce qui tient encore plus le lecteur en haleine. Seulement, les personnages chinois du roman ont vécu les deux périodes et ainsi de chapitre en chapitre, on les voit évoluer entre les deux époques.

Le thriller (anglicisme, de l'anglais to thrill : « frémir ») est un genre artistique utilisant le suspense ou la tension narrative pour provoquer chez le lecteur ou le spectateur une excitation ou une appréhension et le tenir en haleine jusqu'au dénouement de l'intrigue (source Wikipedia)

Et bien, on est en plein dans cette atmosphère. Julie Ewa a vraiment utilisé à la perfection le "genre" thriller. On ne pourra pas lui reprocher. C'est parfois un peu au détriment du style car il faut toujours aller à l'essentiel. Mais on pardonne vite car on est tellement accroché à l'histoire tragique de ces "petites filles" chinoises qui disparaissent, qu'on en oublie tout ce qui n'est pas le fil narratif implacable.

On est au départ dans la Chine de 1991 sous le coût de la politique de l'enfant unique :

La politique de l'enfant unique est la politique publique de contrôle des naissances mise en œuvre par la Chine de 1979 à 2015. Destinée à éviter la surpopulation du pays, elle se manifeste essentiellement par la pénalisation des parents de plus d'un enfant, mais aussi par la réalisation d'avortements et de stérilisations par la force. Assouplie pour les familles paysannes dans les années 1980, elle introduit en 2013 une nouvelle exception pour les couples dont l'un des membres est lui-même un enfant unique, puis est remplacée en 2015 par une politique fixant le nombre maximal d'enfants à deux par famille. (source Wikipedia)

Seulement cette politique se couple de l'idée que l'enfant unique doit être un garçon. Il faut cacher, voire tuer une fille qui va naître.

Il en est ainsi de Chi-Ni, enlevée à sa mère enceinte, alors qu'elle a 6 ans. Sa mère Sun Tang va inlassablement la rechercher.

Pendant que ces événements dramatiques se situent dans le roman en septembre 1991, le présent nous embarque avec Lina, une jeune étudiante française de Strasbourg, dans cette même région chinoise, où elle a décroché une année d'étude à l'université chinoise. Mais comme elle est bénévole en France dans une association qui s'occupe de jeunes enfants, elle est cueillie à l'aéroport par Thomas, lui-même actif sur le terrain dans une O.N.G.

Il attend beaucoup de Lina pour s'introduire dans ce village de Mou DI et faire parler les autochtones qui doivent forcément savoir ce qui se trame autour des disparitions de fillettes toujours en action 22 ans après l'histoire de Chi-Ni.

Thomas est convaincu que les policiers et les politiciens ont des implications dans ce trafic d'enfants. Lina, sur place, aura le soutien d'un policier. Elle s'installe dans le monastère  du village.

Pendant que l'on suit l'histoire de Chi-Ni et de sa mère, on mène l'enquête avec Lina. Je ne dirai rien de l'intrigue mais sachez que ce sera très compliqué et très dangereux pour Lina et Thomas. Sans oublier que Chi-Ni et Sun Tang vont aussi vivre de sérieuses épreuves...

Un livre édifiant sur des pratiques inimaginables dans un pays qui a pris des options complètement inhumaines pour endiguer la croissance démographique. Un livre qui dénonce ces pratiques avec "finesse", seulement en montrant ce qui se passait ici ou là, sans chercher à faire de la philosophie "gratuite". Sa force est là. Elle décrit sans pathos. Mais quelle efficacité !

Le lecteur ne peut oublier un tel "thriller historique".

A lire absolument,

Denis

J'ai lu ce livre en "lecture commune " avec Marjorie de "Chronique littéraire". Nos échanges pendant la lecture nous ont conduit à avoir un ressenti très proche de cette horrifique histoire. Merci à elle pour ces lectures tellement riches.

 

Les petites filles de Julie Ewa (Editions Albin Michel)
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21 octobre 2017 6 21 /10 /octobre /2017 16:33
Un éditeur à ne pas oublier : Vladimir Dimitrijevic (1934-2011) - Editions l'âge d'homme

Je reproduis ci-dessous un article que l'on peut retrouver sous ce lien :

http://derives.tv/vladimir-dimitrijevic-les-editions/

 

VLADIMIR DIMITRIJEVIC

Vladimir Dimitrijevic, le fondateur des éditions l’Age d’homme, est mort à 77 ans dans un accident de la circulation. L’Age d’homme, fondé à Lausanne en 1966, qui avait aussi son antenne à Paris, publia d’abord des classiques slaves, a l’image de Petersbourg, d’Andrei Biély, roman jusqu’alors totalement inconnu du public français. C’est aussi l’Age d’homme qui fit découvrir Vie et Destin, de Vassili Grossman. Des textes jusque-là non traduits de Pouchkine et d’Alexandre Blok ou d’Ossip Mandelstam virent aussi le jour dans cette maison. Mais l’intérêt pour la littérature de Vladimir Dimitrijevic ne connut pas de frontière, et de nombreux romans de Gilbert Keith Chesterton sont aussi à son catalogue, ainsi que les Œuvres complètes de Laforgue, le Journal d’Amiel, Thomas Wolfe, Alexandre Zinoviev et la majeure partie des derniers livres de Friedrich Durrenmatt. Né yougoslave, il quitta son pays en 1954, à 19 ans, pour se retrouver sans papier en Italie puis en Suisse (où il fut naturalisé). Avant de devenir vendeur en librairie, puis éditeur, il fut ouvrier horloger, couvreur et jardinier. Durant la guerre en Yougoslavie, Vladimir Dimitrijevic a soutenu la position de la Serbie, ce qui ne contribua pas à sa bonne réputation dans le milieu littéraire. Libération, 1er juillet 2011.

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L’AGE D’HOMME – UN ENTRETIEN AVEC VLADIMIR DIMITRIJEVIC.

La maison d’édition L’Âge d’Homme est bien connue. Son fondateur s’est amplement décrit dans ses entretiens avec Jean-Louis Kuffer, Personne déplacée (1986). Nous avons donc essayé de creuser autre chose : la lecture et son éthique.

Y.T. : Ni Vassili Grossman, ni Thomas Wolfe ne se laissent lire d’une traite. Amiel, pour d’autres raisons, non plus. Est-ce cela, cette obligation à rêver, ce désir de penser à soi, à rêvasser, que vous aimez chez eux ?

 

Vous citez là quelques grands exemples de notre catalogue. Il est clair que quand il s’agit d’œuvres d’une telle ampleur, on ne peut pas concevoir ces lectures comme un simple amusement, un passe-temps. Thomas Wolfe est une connaissance de l’Amérique. S’il n’existait pas, c’est tout un domaine de la vie et de l’histoire américaine qui n’existerait pas. Je pense que c’est ça, pour moi, le grand apport de la littérature en général. Donner une réalité, la plus forte possible, réalité qui pour le lecteur se mélange avec le rêve puisque, de toute manière, il s’agit du passé. Le cas de Grossman est différent. Personne ne connaîtrait, de l’intérieur, les sentiments des soldats, de la population, lors d’un moment crucial de l’histoire humaine comme la bataille de Stalingrad. A partir de là, il fait le portrait de toute une époque. Nous pouvons avoir des témoins oculaires, des statistiques, des schémas stratégiques mais ce qui est extraordinaire dans la littérature, c’est qu’elle fait revivre les hommes dans l’époque. Nous pouvons ensuite la reconstituer, un siècle, vingt ans ou dix après. La littérature comme je la conçois a cette seule tâche, c’est sa mission: nous faire fraterniser avec les autres continents et avec les temps passés. Que l’événement se soit passé il y a plusieurs siècles ou aujourd’hui, qu’il s’agisse d’un Russe, d’un Esquimau, d’un Peau-Rouge, d’un Argentin ou d’un Serbe, cela ne m’intéresse pas. Ce qui reste, c’est le fait humain. Si vous voyez l’humain dans toute sa richesse, il est clair que vous ne pouvez que rêver mais c’est un rêve concret.

• Je ne suis pas du tout convaincu par ce que vous dites. Je ne vois pas l’aspect Zola chez Wolfe. Il me semble que Grossman, par exemple, est intéressant parce qu’à l’encontre de ce que nous sommes devenus – perfectionnistes, stériles, stylistes – il a un contenu. Le lien que je vois entre les livres de votre catalogue, c’est quelque chose de brouillon qui me plaît énormément. Cela me permet de retrouver la façon avide dont je lisais les grands Russes quand j’avais 18 ans. Avidité que j’ai perdue à cause de Flaubert ou de Joyce.

Le problème de l’écriture mérite qu’on s’y arrête. Une grande partie des oeuvres de Dostojevski ont été qualifiées de mal écrites. On a dit : Soljenitsyne écrit mal». Personnellement, je ne comprends pas cela.

• C’est la vie contre la contention. L’homme souterrain de Dostojevski m’a durablement impressionné par sa force mais c’est confus, brouillon…

Comme la vie !

• …d’un mauvais goût peu ordinaire, kitch…

Mais comme la vie ! On peut aimer des bibelots dans une vitrine. Il n’y a pas de honte. Mais quand il s’agit de pareilles irruptions, vous pouvez soit fermer les yeux et avoir une mine dégoûtée, soit dire : «nous sommes aussi comme ça ». Je ne vois pas en quoi ce serait péjoratif de dire que je suis aussi quelqu’un dont le kitch n’est pas absent, dont les larmes ne sont pas absentes. Quand vous regardez la littérature classique, vous vous apercevez que les grands personnages pleurent, se roulent par terre. A qui la faute? Nous n’avons plus de grands personnages? Peut-être que tout est devenu étriqué. La tragédie de l’homme est quand même une ! Elle n’a pas pu disparaître. La littérature, c’est le personnage.

• Oui mais je n’arrive pas à croire que vous lisez Wolfe pour comprendre les Américains.

D’une certaine manière, si… si…

• Ce qui fait la particularité de Wolfe, c’est la sensibilité, même la
sensiblerie, la rêverie.

Oui ! Mais l’Amérique était la rêverie ! L’Amérique est restée le kitch ! Quand vous allez à New York, quand vous allez dans les grandes surfaces, c’est kitch. Les Américains osent encore pleurer, osent encore se comporter comme nous nous comportions avant, même avant la guerre de 14-18. Regardez la rue améri-caine, vous avez du kitch. Et Thomas Wolfe est leur produit ! Il est l’écrivain du garçon qui rêve qu’il deviendra millionnaire en vendant des journaux à 16-20 ans. Vous avez, dans L’Ange exilé, cent pages où le garçon, dont le frère est malade, se meurt, pendant que lui fait tous les métiers. C’est la liberté. L’Amérique a fasciné par cela et elle continue de nous fasciner. Toutes les musiques d’aujourd’hui sont kitch. On l’appelle rock ou tout ce que vous voulez, mais c’est le kitch.

• D’accord. Le côté accent sur l’argent, c’est quelque chose qui n’existe pas ici.

L’argent est le rêve ! Il est beau ! Il est l’assouvissement des désirs. Qu’est-ce que c’est la liberté ? Je viens d’un pays sur lequel l’Amérique a exercé un très grand pouvoir, non pas après la deuxième guerre mondiale, mais au début du siècle. Les gens y allaient par dizaines, par centaines, comme les Siciliens, les Anatoliens, Kazan, le cinéaste qui a écrit Amerika-Amerika. Pour nous, c’était la liberté. Les gens d’un village quelconque qui n’avaient pas à manger, qui allaient à travers l’Europe pour scier du bois, allaient en Amérique pour réaliser leurs rêves. Ou bien ils crevaient. C’était la deuxième solution. Thomas Wolfe est l’écrivain de cela. Sans lui, personne ne pourrait comprendre plus tard. Il faut voir Le ventre de Paris, comme il était, pour comprendre Zola. Qui a senti les rigoles de sang à travers les Halles. Je ne veux pas dire que l’écrivain n’est pas photographe mais c’est quand même quelque chose d’autre. C’est lui qui crée le personnage grâce auquel nous sentons l’époque.

• Je pense que vous avez raison mais que j’ai raison aussi. Je pars de mon sentiment et lorsque je lis Wolfe, Grossman et Amiel, il est le même.

Alors là je suis tout à fait d’accord !

• Je ne cherche pas la photographie.

Vous cherchez quelque chose de plus ! Quelque chose qui nous lie profondément. La littérature sans cela n’est pas classique. Les classiques survivent par cela. Ce qui est vécu par Flaubert, à part le beau style, c’est quand même Emma qui lit et vit par procuration. Le monde bourgeois a vécu par procuration. Dans L’Education sentimentale son personnage est perdu dans le siècle. Le style ne suffit pas pour faire une œuvre.

• Par rapport à l’actuelle stérilité de l’Europe de l’Ouest, j’ai trouvé Wolfe désinhibant. Il m’a donné envie d’une écriture fleuve et sans correction. Ça passe ou ça casse. La vie est un long fleuve tranquille, ce titre…

Comme chez lui ! Moi, je suis pour et j’ai toujours été pour. Il n’y a pas de littérature sans le personnage. Voyez comme il naît, par exemple, le personnage de mon compatriote Tisma. Il est contemporain. Parfois, c’est presque fait de bric et de broc mais il naît ! Quand il est là, quand il est installé devant vous, quand il lui arrive des choses, il vous arrive des choses à vous aussi. Moi, je pense que c’est cette sympathie qui importe.

L’idiot de Dostoïevski. C’est la fascination totale.

On est bouche bée. D’une part l’accumulation des faits par l’observation et de l’autre par la sympathie. Tolstoï disait : « Il y a deux manières nécessaires à une grande œuvre : bien observer et aimer ses personnages». Quels qu’ils soient, tous… Et Grossman, c’est absurde, aime presque les Allemands. Presque…

• Mon idée, c’est que les avant-gardes ont gagné. Le formalisme. Et dans une version qui dégénère vers le desséché. Mais j’adore Beckett.

Oui mais lui c’est un écrivain religieux. Il se relie à une littérature presque monastique. C’est l’ascèse, la négation de tout. Il a des phrases que vous retrouverez chez Maître Eckhart, chez Pascal. Il est irlandais, pays profondément mystique. Comme Joyce, comme Synge.

• Je vois dans votre travail d’éditeur quelque chose comme un clan, une famille, une tribu, une horde, une résistance à notre atomisation.

C’est très difficile de le dire. Je le pense aussi. Je ne voudrais pas tirer un dénominateur commun, tout simplement pour pouvoir me laisser libre.

• J’ai lu les deux ouvrages de et sur Pizzuto que vous avez publiés. Pour moi ça, c’est sénile, stérile, formaliste. Est-ce cela votre liberté ?

Vous voyez, j’ai un ami écrivain qui, malheureusement, malgré son immense talent, n’a pas le succès qu’il mérite. C’est Pierre Gripari, J’ai publié une vingtaine de ses livres. C’est un écrivain maudit d’une certaine manière. C’est un conteur formidable mais malheureusement anti-chrétien, antisémite, anti un peu tout. C’est un athée convaincu. Je suis plutôt croyant. Eh bien, cette tension… parce que c’est un athée qui n’est pas indifférent, ce n’est pas un mou, c’est un athée militant, il trouve que les croyants précipitent la terre vers le désastre. Lui voudrait plutôt fraterniser. En plus, il est homosexuel, maudit par les homosexuels aussi. Enfin, une position très incommode. II est doué, très doué, très fin, un narrateur hors pair. Et je le publie parce qu’au fond les gens qui avec passion défendent des positions, mêmes formalistes, je trouve que c’est bien. J’ai publié Chklovski, Marinetti et Pizzuto qui est à la limite de la littérature comme je la conçois. La passion ! La tension ! Pizzuto est un vrai écrivain. Pour moi, comme Gripari dans le domaine religieux, ce sont de véritables remises en question de ma propre personne, de mes propres goûts. Sans ceux-là, je serais un béat. Non ! La littérature est une tension entre des goûts, des tendances et ce qu’on retire de la vie. Mallarmé, tout en desséchant une certaine littérature, a posé à la poésie telle qu’on la versifiait à l’époque des problèmes tels qu’on n’a plus vu versifier du tout. Si, depuis Apollinaire, on est aveugle et aphone, ça ne veut rien dire… La France aura de nouveau de la poésie… L’interrogation de Mallarmé, la poésie de Baudelaire, ils ne les ont pas faites pour s’amuser. Ce n’est pas pour faire le beau et le dandy.
Ce sont des questions essentielles étant donné que la poésie à la longue était devenue simplement bavarde: une bonne versification, des fleurs, un vase, un amour fané. Voilà… Et moi, de temps en temps, dans mes lectures, j’accepte cela. Mais il ne faut pas que ce soit fabriqué. Quand vous voyez un tableau de Poliakoff, vous savez que c’est un peintre. Il y a un mystère.

• Je pense de plus en plus que l’art n’est intéressant que quand il est plus fort que l’art.

Oui ! Si ce n’est pas ça, ce sont des métiers comme n’importe quel autre métier. Avec un danger: qu’ils vivent encore du privilège que donne ces métiers. C’est affreux. Ça devient une idéologie. Je ne l’apprécie pas non plus. Mais Pizzuto lui-même était très intéressant et très perspicace. Dans la littérature italienne, qui est assez bavarde, assez fleurie, il est une interrogation qu’on ne peut plus éviter.

• Que pensait Tolstoï d’Amiel ?

Tolstoï était fasciné par lui-même. En avançant dans l’âge, il voulait vivre des sentiments et écrire d’une manière involontaire, arriver à une ingénuité. Il a écrit un conte dont le personnage est le Père Serge. C’est un conte énigmatique mais l’un des plus forts qu’il ait écrits. C’est l’histoire d’un homme du monde, beau, qui a du succès et qui, à un moment donné, se retire. Il est dégoûté du monde. Il devient moine et avec son rayonnement – parce qu’il a un rayonnement donné par la nature – de nouveau se forme autour de lui un cercle d’admirateurs et de gens qui ne veulent se confesser qu’à lui. Lui, n’ayant pas oublié, ne s’étant pas débarrassé de sa vie ancienne, vit dans la crainte que sa vocation, qui est pieuse, divine, ne soit pas sincère, qu’il soit resté le même. Son interrogation devient si forte qu’il veut ressentir une douleur, c’est-à-dire s’ancrer dans le monde. Il n’y arrive pas. Dans ce doute, il se coupe un doigt. C’est pour arriver à Amiel que je viens de faire cette parabole. Tolstoï a beaucoup écrit, beaucoup renié ce qu’il a écrit, il s’est moqué de Guerre et Paix et d’Anna Karénine qui étaient «artistes» ! Au fond, il disait: «Comment arriver à la vie ? » Alors il a écrit des livres de contes pour les paysans, il s’est mêlé à ces moujiks, il a voulu travailler avec eux, faucher l’herbe. Tout cela était bon parce que c’était un homme vigoureux, il pouvait mimer les moujiks mais il n’était jamais moujik… Alors cette préoccupation d’arriver à la vie le tourmentait visiblement beaucoup, parce qu’à la fin de sa vie il note qu’il ne peut lire rien d’autre que les Evangiles et Amiel parce que – il le note aussi – il existe quelques rares livres involontaires dans l’histoire de ce que l’homme a écrit. Les Pensées de Pascal, le Manuel d’Epictète et le Journal d’Amiel. Il me semble qu’Amiel n’était pas totalement ingénu mais il l’était assez pour devenir involontaire. Pendant 16 000 pages, il ne sait pas ce qu’il fait. Il s’écrit à lui-même. Il n’adresse aucun mot à un quelconque lecteur futur ou présent, à un quelconque ami, à personne. C’est une sorte d’auto-perfectionnement de son être dans les détails les plus minimes, dans les écarts de ce que lui pense être « la vie transparente».

• Effectivement, il ne rature pas ce qui est fondamentalement anti-littéraire.

Il ne rature pas et tout cela est donné. On voit très bien que devant le papier, il est libre. Tout baigné qu’il est dans le romantisme, il ne donne l’absolution à aucun défaut. Il voit tout. Parce que, comme maintenant, les grands mouvements excessifs pouvaient passer pour une qualité. Il voit tout, et tout est noté, et tout est expié d’une certaine manière. C’est un peu ce que les écrivains d’aujourd’hui peuvent envier à Robert Walser : le naturel. Le mystère est «être soi-même». C’est un mystère impénétrable.

• Walser et Amiel ne sont pas sortis du cycle des réincarnations dans la vie pendant laquelle ils furent écrivains. Ils sont inaboutis. Est-ce intéressant de mimer cela ?

Ils sont là ! Ils sont mélangés. Si on compare les notes de Walser avec les pages du journal d’Amiel, il y a une similitude dans l’attention à perler les mots comme ça.

• Je vois une «suissitude», des points communs entre Zorn et Amiel.

Oui ! Oui ! Certainement! Avec une différence. Chez Zorn, tout homme riche est mauvais. Il y a une idéologie, une vengeance. Pas chez Amiel, pas chez Walser. L’humanité passe avant le fonctionnement. La conclusion, chez Zorn, est idéologique.

• Je parle de la brume dans laquelle ils sont. C’est le blues suisse.

Amiel l’explique de dedans. Imaginez Genève, le bastion du calvinisme, la Mecque du calvinisme. Une religion, une politique qui voulaient faire régner l’ordre des préceptes de la religion dans tous les domaines. Le comportement de la personne de A à Z devait être codifié. Le protestantisme du siècle passé subit, à partir de l’Allemagne, une grande influence d’un protestantisme expansionniste. Mais on ne fait pas l’expansion avec des codes trop rigides. Il y a une sorte de protestantisme qui est devenu idéaliste. Ça donne des sectes, beaucoup de penseurs, la théosophie, qui prennent une place très importante. Vous avez ce mélange de grande rigidité et en même temps d’un grand flou psychologique. Genève subit cette influence de la philosophie allemande. Amiel, élève allemand, est dans une brume allemande. Le christianisme n’est pas très profond en Allemagne. Il y a le luthéranisme mais l’Allemagne reste un pays très influencé par le fond païen.

• Pour Amiel, le luthéranisme est sensuel.

Oui. C’est tout à fait différent. Et la Suisse est le terrain du combat entre les deux tendances. A Bâle, vous avez des gens très ouverts, raffinés. Erasme répond à Luther. Burckhardt répond à l’Allemagne qui devient de plus en plus belliqueuse et, à la fin, nazie. La Suisse a le privilège d’avoir fourni parfois les réponses les plus promptes à cette déchristianisation.

• Quels rapports avez-vous avec les éditeurs romands ? Y a-t-il un conflit entre régionalistes et cosmopolites ?

Je me sens éditeur suisse. Pour moi, la Suisse est un lieu privilégié, pour mon travail, pour ma réflexion. Editeur, c’est un métier où chacun a sa vision du monde. Nous avons des collections qui sont ouvertes au monde entier et nous sommes l’éditeur de dix écrivains parmi les plus importants de Suisse romande. Qui a publié dix-sept romans de Barilier, Cherpillod, Kuffer, Haldas, Vuilleumier, Cingria ? A Lausanne, on veut toujours dire que je suis l’éditeur de Volkoff, de Zinoviev, de Rozanov. Ça veut dire : «Mais il n’est pas d’ici ! » D’accord ! Que voulez-vous que je réponde ? Je reviens du Salon du Livre de Bruxelles, j’y ai exposé quatre des meilleurs écrivains belges que j’édite ici, à Lausanne. Nous publions maintenant en coédition avec les Québécois, un de leurs très grands poètes, sa poésie complète, 700 pages. Je suis ravi. Avec les Belges, nous nous entendons bien, sur une bonne longueur d’onde. C’est bien. Cette ouverture est payante. Je n’ai jamais voulu faire « les Suisses romands», «les Belges», «les Québécois». Ils sont dans un catalogue avec John Cowper Powys, avec Thomas Wolfe. Je les aime tous…

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18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 15:23
Oscar Wilde par Daniel Salvatore Schiffer (Editions de La Martinière)

Oscar Wilde - splendeur et misère d'un dandy 

par Daniel Salvatore Schiffer

(Editions de la Martinière - 220 pages - septembre 2014)

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Que ne savons-nous pas d'Oscar Wilde (1854-1900 et de son nom complet Oscar Fingal O'Flahertie Wills Wilde) mondialement connu pour son unique roman "Le Portrait de Dorian Gray" (The Picture of Dorian Gray)?

Ce livre, richement illustré, permet de revisiter cet écrivain tant aimé mais aussi tant décrié dont sa vie donne "le vertige".

On aurait aimé être beau comme lui. Il a connu très tôt une gloire bien méritée pour son talent littéraire en poésie, théâtre et art du roman. Il eut la chance d'avoir une femme aimante, Constance qui lui donna deux fils. Il côtoya le meilleur du monde artistique et littéraire autour d'André Gide, Sarah Bernhard pour les français ; Thomas Hardy ou Henry James pour les anglo-saxons.

Tout aurait été pour le meilleur dans le meilleur des mondes possibles pour cet irlandais venu s'installer à Londres, s'il n'avait rencontré puis aimé d'une passion folle et ardente Lord Alfred Douglas de Queensberry (surnommé Bosie), son jeune cadet et affiché alors haut et fort dans Londres son homosexualité.

Un procès retentissant mené contre lui par le père d'Alfred, le marquis de Queensberry conduit pendant 2 ans Wilde en prison (1895 à 1897) dont il ne se remettra jamais.

Il va raconter par le détail ces années de galère dans trois prisons différentes dans son livre "De Profundis". Délaissé de ses amis, obligé à s'éloigner de sa famille (son épouse Constance décède en 1897), il meurt esseulé à Paris le 30 novembre 1900.

Il fut dandy comme le rappelle le sous-titre du livre c'est dire que toute sa vie il s'est exposé au regard des autres, provoquant ainsi les autres. Son épouse n'a jamais vraiment connu son homosexualité jusqu'au procès bien qu'il l'ait délaissée après la naissance de son deuxième fils, car il ne supportait pas le vieillissement et la "perte de charme" liée aux grossesses !!

Un drôle de personnage qui nous a laissé tout de même au-delà de ses "folies" un livre que l'on ose appelé à juste titre un "chef d'oeuvre" : "Le Portrait de Dorian Gray":

« Si je demeurais toujours jeune et que le portrait vieillisse à ma place ! Je donnerais tout, tout pour qu'il en soit ainsi. Il n'est rien au monde que je ne donnerais. Je donnerais mon âme ! »

 

Ce livre de Daniel Salvatore Schiffer né en 1957) est passionnant pour revisiter cette intense vie d'Oscar Wilde d'autant qu'il est illustré de très nombreuses illustrations et photos. 

L'auteur a beaucoup écrit sur les dandys, lui-même ayant une allure très "dandy".

Un livre à recommander très vivement.

Bonne lecture,

Denis

 

Oscar Wilde

Oscar Wilde

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1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 20:11
Une seconde vie de Dermot Bolger (Folio)

Une seconde vie de Dermot Bolger

(Folio - 355 pages - mai 2013)

Traduit de l'anglais (Irlande) par Marie-Hélène Dumas

Titre original :A Second Life (2010)

Première publication en France : 2012 (Editions Joëlle Losfeld)

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En un mot : EXCELLENT !

 

Sean Blake a été victime d’un accident de la circulation et s’est senti mort quelques secondes pendant lesquelles il a vu une autre vie de profiler, comme un état de grâce. Quand il a été réanimé il a eu l'impression qu’on lui volait cette vie. Il a fallu l’opérer d'urgence pour drainer le cerveau.

Elisabeth est restée persuadée toute sa vie que son fils Francis n'est pas mort à la naissance. Elle erre la nuit à sa recherche surtout qu'elle sait qu’il vient d'avoir un accident. Elle vit en Angleterre loin de son Irlande et a eu trois filles dont Sharon inquiète pour sa mère qui va mourir d'un cancer et est atteinte de démence.

Sean se rappelle des moments de jeunesse avec une mère absente qui l’a abandonné et  l'a obligé à vivre dans une famille d'accueil.  Aujourd’hui il est marié à Geraldine et à deux fils mais sa femme comprend que l’accident l’a transformé. Il parle de doubles vies.

Sean parle avec tante Cissie de sa mère biologique qu’il aimerait bien retrouver. Elle n'a que quelques indices à lui donner.

Pour l'heure il se doit de reprendre son activité de photographe. Il apprend qu'un accident a eu lieu et il comprend que c'est un ami Franck Conroy qui en a été la victime. Ils avaient travaillé ensemble sur le sujet de l’arrêt de la dernière mine irlandaise à Mullabeg.

Reprendre seul le volant après son accident est une épreuve mais il se doit d'aller sur les lieux de l'accident. Franck était jeune père et veuf presque en même temps, sa femme étant atteinte d'un cancer pendant sa grossesse. Et il se serait suicidé avec son bébé en se jetant dans la rivière au volant de sa voiture.

C'est Peter McHugh qui a racheté la mine pour en faire un terrain de golf. Comme Sean il a été élevé par une famille d’accueil. Alors il va lui rendre visite et McHugh le conduit vers un endroit qui pourrait être celui où Sean est né. Sans résultat. Il continue ses recherches et comprend que son couple est en danger car Geraldine ne sait pas qu’il a été adopté dans sa jeunesse et elle ne peut donc pas devenir pouvoir il s'absente régulièrement.

La quête du passé et de sa mère continue avec obstination et détermination...

 

Ce moment du "décès clinique" a été le déclencheur de cette recherche du passé.

Delmot Bolger sait nous entraîner avec brio dans les méandres de la mémoire et des oublis.

L'auteur nous dit en préambule qu'il a écrit une première version en 1993 et il précise qu'il a entendu beaucoup de témoignages de mères et d'enfants qui avaient été séparés dans les années 40 à 60, quand il était scandaleux d'avoir fait un enfant en dehors du mariage et souvent quand les jeunes femmes étaient très jeunes comme la mère de Sean âgée de 19 ans quand elle a accouché. L'adoption en a sauvé une majorité d'autant que la vie dans les couvents y était très difficile, les Sœurs n'étant pas franchement "humaines" dans leurs réactions face aux mères désespérées.

"Ce roman n'est donc ni l'ancien ni tout à fait un autre. J'aime à le considérer comme un roman remanié".

On se laisse emporter à chaque fois que l'on entre dans un nouveau chapitre (18 au total) par l'histoire que nous raconte l'auteur. Il revient en arrière quand il faut expliquer le présent et ce sont autant de "moments" littéraires à savourer. Par exemple, l'histoire de la mine qui ferme et l'engagement de Sean de faire un reportage photo qui saura rappeler le courage de ces mineurs qui ont travaillé avec panache jusqu'au dernier jour;les confrontations avec les membres de la famille de sa mère sont aussi magnifiquement restitués dans toute leur "vérité".

En conclusion, un formidable roman irlandais par un des grands représentants de cette littérature bien trop peu connue en France. Joëlle Losfeld fait partie de ces éditeurs qui ont plaisir à publier de grands auteurs souvent méconnus.

Lisez Dermont Bolger, né en 1959 dans le nord de Dublin d'une famille d'ouvriers, nous montre à quel point il est engagé pour son pays et son histoire souvent douloureuse.

Bonne lecture,

Denis

 

Une seconde vie de Dermot Bolger (Folio)
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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 15:59
Moonraker de Fryniwyd Tennyson Jesse (Le Félin Poche)

Moonraker de Fryniwyd Tennyson Jesse

(Editions du félin - septembre 2017 - 205 pages - Collection Le Félin Poche)

Traduit de l'anglais par Marie-Yvonne Guyon

Titre original : Moonraker (1927)

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On sait bien peu de choses sur Fryniwyd Tennyson Jesse (1888-1958) en France. C'est le deuxième livre publié après "Les derniers jours du Palais d'Or" en 1995 par les Editions du Félin.

Dans l'introduction de Bob Leeson (1981 pour l'édition anglaise), il cite les propres paroles de l'auteure : "C'était une féministe habile, enjouée, un peu clandestine, qui ne se refusa jamais un plaidoyer adroit pour la dignité et l'indépendance de la femme. Ceci revenait de façon à peine voilée dans ses livres, ses lettres, ses conversations quoiqu'elle n'a jamais participé à un mouvement féministe ou autre. Elle était solitaire".

Il ajoute "qu'elle était une navigatrice hors pair, bien meilleure que son modèle Robert Louis Stevenson. Elle savait tout des bateaux, des marins et des capitaines...".

Alors, voilà, Mooraker, c'est un vrai roman d'aventure et de pirate au début du XIXe siècle...

L'auteure entreprend de nous raconter l’histoire de Jacky Jacka au détour des années 1801-1802. Il est fils d'une lignée de marins anglais. Tamsin une vieille sorcière lui dit qu’elle voit dans ses yeux « de grands navires qui sombrent, et de sinistres actions dans le noir ». Il a alors la vision d’une femme blanche et d'un homme noir.

Elle lui dit qu’il doit immédiatement d’embarquer ce qu’il fait le jour même se faisant engagé sur la goélette le « Piskie » à destination des Caraïbes.

Le bateau est arraisonné par le bateau pirate le Moonraker dirigé par le capitaine Lovel. Jacky, épargné de la mort, devient un de ses mousses.

Nouveau combat cette fois avec un navire français et Lovel sauve de la mort un passager français, Raoul de Kerangal. Celui-ci s’avère être un ennemi de Napoléon et il vient ici prévenir Toussaint-Louverture (1743-1803) que l’empereur prépare une expédition contre lui. Lovel accepte de l'aider.

 

 

Toussaint-Louverture

Toussaint-Louverture

Les trois hommes débarquent à Port-au-Prince avec pour objectif de rencontrer le grand homme épris de liberté pour son peuple noir, Toussaint-Louverture. Mais l'armée française est arrivée par mer et demande à Toussaint de se rendre et d'abandonner son pouvoir sur l’île. Les trois hommes sont devenus intimes avec les Toussaint grâce à Raoul. Et ils ne savent plus quoi faire pour les aider car Toussaint veut rester ici. Melle Laura, une jeune américaine blanche au service des Toussaint est très séduisante et Raoul entend la sauver du marasme ambiant. Mais c'est Jacky qui reste auprès de Toussaint. Les noirs se rallient à Toussaint quand ils apprennent que les Français veulent rétablir l’esclavage sur l’île.

 

Ce qui est le plus passionnant dans ce roman, c'est de vivre la "révolution" à Haïti sous l'égide de Toussaint-Louverture (pour en savoir plus, j'ai mis le lien vers l'article de wikipedia).

On voit cet événement sous le regard des anglais, hostiles à Bonaparte, encore Premier Consul à l'époque, bien sûr. Il y aura un rebondissement original vers la fin du roman qu'il ne faut pas dévoiler ici.

C'est un livre plaisant à lire. Un bon roman d'aventure sur des bases historiques solides par une auteure qui maîtrise son art avec facilité.

Et à lire aussi pour replonger dans ces années "terribles" du début du XIXe siècle en rappelant qu'il a fallu attendre encore un demi-siècle pour voir l'esclavagisme enfin aboli.

Merci à Lauren des éditions du Félin de m'avoir adressé ce livre pour le lire et le présenter ici.

Bonne lecture,

Denis

 

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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 19:33
Voyager de Russell Banks (Actes Sud)

Voyager de Russell Banks (Actes Sud - 315 pages - mai 2017

collection "Lettres anglo-saxonnes")

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Furlan

Titre original : Voyager - travel writings (New York - 2016)

Photo de couverture : Russel Banks en 1962

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L'auteur aime voyager dans les îles à commencer par celles des Caraïbes si proches des USA.

Il y était allé autrefois et s'en est inspiré pour écrire son premier roman "le livre de la Jamaïque". Il y est retourné à la fin des années 80 avec celle qui allait devenir sa quatrième épouse. Ce long périple dans les Caraïbes est alors l'occasion pour lui de raconter ses déboires conjugaux et sa culpabilité d'avoir fait souffrir trois femmes et sans doute quatre enfants.

Autres contrées ensuite avec l'est africain et son île aux esclaves Gorée.

Encore plus loin, les Seychelles paradis des plongeurs et des oiseaux. À chaque fois l'auteur fait tout pour éviter les lieux touristiques préférant marcher et méditer loin des foules. Et toutes ces îles sont riches de montagnes et de plages éloignées des centres d'attraction.

L'auteur et sa future quatrième femme ont décidé de se marier loin de chez eux pour n'incommoder personne. Ils ont choisi Édimbourg. Leur surprise a été de se dire que leur morphologie pouvait s'apparenter à celle des écossais.

Autre voyage :  l'Alaska au volant d'un Hummer H2 flambant neuf qui a fait sensation tout au long du voyage. Un véhicule pas trop approprié pour parcourir ces contrées qui devraient être respectées par les écologistes. Mais le véhicule lui a été prêté par un magazine new-yorkais pour le tester.

Attiré par l’alpinisme dans la région des Adirondacks où il vit Russell Banks a décidé de partir avec deux libraires, un couple d’amis et un guide rencontré l'an passé, pour l'Equateur et escalader la Cotopaxi. Une chute près du sommet lui donne une grande amertume. Trois ans plus tard, en 2000, il escalade, toujours en groupe, le plus haut sommet des Andes, l'Aconcagua et le deuxième derrière l’Himalaya.

Il fera une dernière ascension près de l'Himalaya.

 

Certains de ces récits de voyages ont été publiés en revue avant d'être réunis dans ce recueil.

Comme nous l'avons vu, la première partie, qui fait près de la moitié du livre, est intime, ce qui est rare chez l'auteur puisqu'il y raconte non seulement un voyage mais aussi une confession sur ses déboires conjugaux.

Le titre américain est identique au titre français "Voyager".

Autant en français, voyager, fait tout de suite pense au voyage, autant en américain, "Voyager" fait référence aux deux sondes spatiales américaines lancées en 1977. Russell Banks y fait d'ailleurs plus qu'allusion.

Page 137 : "La sonde visait Alpha Centauri, le sabot du Centaure, le système d'étoiles le plus proche de notre soleil, situé à 4.37 années-lumière d'ici, soit environ 41 300 milliards de kilomètres. A la vitesse actuelle de Voyager 1, le survol d'Alpha Centauri est programmé pour dans quarante mille ans à peu près (...) Voyager 1 pourrait  tout aussi bien être en route pour le paradis, l'enfer ou n'importe quel autre lieu purement imaginaire, n'importe quel autre pays des morts".

 

Un livre passionnant et toujours l'écriture limpide et magnifique de Russell Banks (né en 1940) l'un des plus grands écrivains américains.

 

Bonne lecture,

Denis

Voyager de Russell Banks (Actes Sud)
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