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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 22:41
Argent brûlé de Ricardo Piglia (J'ai lu)

Argent brûlé de Ricardo Piglia (J'ai lu - 224 pages)

Traduit de l'espagnol (Argentine) par François-Michel Durazzo Titre original : Plata Quemada (1997) - Première édition France 2001 -------------------------

Ceux qu'on appelle "les jumeaux", alors qu'ils sont très différents, Brignone et Dorda, viennent répéter le hold-up du camion qui doit livrer le 28 la paie de la mairie. Malito est leur chef, très méthodique, qui ne laisse rien au hasard. L'objectif est d'arrêter le camion, de tuer les 4 hommes qui seront dans ce camion et emporter l'argent. Il rejoignent "le corbeau" et "La Fileuse", un fou de tango.

 

Le hold-up se passe comme ils l'avaient prévu mais en s'enfuyant, dans une folle équipée, ils tuent au passage quelques passants. Ils vont se réfugier dans la planque de Malito. Ils comprennent vite que la police et surtout le commissaire Silva sont sur leur trace au regard des témoignages glanés auprès des témoins de l'impressionnant hold-up. Il convient alors pour eux de se replier vers l'Uruguay et Montevideo comme leur chef l'avait déjà envisagé.

 

Ils se retrouvent ainsi dans un lieu qui leur semble protégé mais c'est sans compter sur la prespicacité des policiers et aussi des hasards de la vie. Une histoire de plaque minéralogique va les faire repérer jusqu'à leur nouvelle tanière. Et un affrontement sans pareille va s'ensuivre...

 

N'oublions pas que ce livre est traité comme un roman policier, ce qui impose de ne pas trop en dire sur l'intrigue.

Les jumeaux et leurs acolytes sont des tueurs psychotiques qui n'ont aucun scrupule. Leur jeune vie s'est déroulée dans la violence, en prison et rien ne peut les arrêter...

 

Récit hallucinant vu à travers plusieurs regards qui se répondent : témoignages, narration de journalistes. Les voix se mêlent avec une telle finesse qu'ils s'inserrent dans le texte sans aucune difficulté de lecture. On se laisse prendre par ce récit et puis, en fin de livre, dans l'épilogue, on apprend que tout est vrai, que les faits se sont réellement passés comme les décrit Ricardo Piglia. C'était comme dans le roman à Buenos Aires en 1965.

 

Début du roman : "On les appelle les Jumeaux car ils sont inséparables. Mais ils ne sont pas frères, ne se ressemblent pas. Difficile même de trouver deux types si différents. Ils ont en commun cette façon de regarder, des yeux clairs, calmes, une fixité perdue dans un regard méfiant. Teint rougeaud, sourire facile, Dorda est lourd, tranquille. Brignone est maigre, leste, léger, il a des cheveux noirs, une peau très pâle comme s'il avait vécu en prison plus de temps qu'il n'en a réellement passé".

 

Page 76, nous avons la description du commissaire Silva, le policier argentin qui aura pour objectif d'avoir leur peau : "Le commissaire Silva était un gros homme aux traits métissés, marqués d'une balafre blanche en travers de la joue. L'histoire de cette cicatrice ressurgissait chaque matin, lorsqu'il regardait son visage dans la glace. Un jeune fou l'avait coupé, sans raison, un soir où il sortait de chez lui. Le morveux lui soufflait dans la nuque, le menaçant d'un couteau, sans savoir qu'il était de la police. Quand il le sut, ce fut encore pire. Le plus difficile, c'est toujours la peur de l'autre, le délire du type qui soudain se sent acculé, sans échappatoire".

 

Vous aurez noté que ce roman a du "style", du "corps", comme j'aime lire la littérature, celle qui sait par le style, par le ton, nous emporter au-delà de la seule histoire racontée.

 

En résumé, un grand livre qui saura plaire tant aux lecteurs de polars qu'aux amateurs de littérature...

Bonne lecture,

 

Denis

Livre lu dans le cadre du challenge "Mars 2014 - le mois Argentine"

Livre lu dans le cadre du challenge "Mars 2014 - le mois Argentine"

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 20:59
Manèges de Laura Alcoba (Gallimard)

Manèges - Petite histoire argentine de Laura Alcoba

(Gallimard - janvier 2007 - 144 pages)

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L'auteure, d'origine argentine, a écrit directement en français ce texte autobiographique en 2007, 30 ans après les événements tragiques qu'elle a vécu quand elle avait 7 ans.

Le regard d'une enfant sur la dictature argentine est troublant. Elle s'adresse à Diana, dédicataire du livre, au début du livre. On apprendra plus tard le destin tragique que la jeune femme a vécu en 1976.

Avoir 7 ans et s'entendre dire par sa mère "Maintenant, nous allons vivre dans la clandestinité" et d'ajouter (page 15) : Pour toi, ce sera comme avant. Il faudra juste que tu ne dises à personne où nous habitons, pas même à la famille. Nous te déposerons au bus tous les matins."

 

Mais pas si simple pour une enfant, Laura, qui aime aller dans les manèges, qui veut jouer avec sa poupée de devoir être silencieuse sur ses origines, sur son nom. Que dire aux adultes si on la questionne !! Et naturellement, aussi intelligente soit-elle, elle fait des gaffes qui demandent immédiatement des sanctions, comme de l'interdire d'aller à l'école. La répression avait commencé en 1975 et les "Montoneros" étaient traqués. Le père de Laura avait été arrêté et la mère s'est lancé avec d'autres dans l'aventure de l'imprimerie clandestine. Un Ingénieur fait construire un bâtiment pour l'élevage de lapins mais un double mur permet d'y cacher une presse. Laura est mise au courant de tout cela mais elle ne peut rien dire. C'est là qu'elle va vivre avec sa mère et des amis Diana et Cacho. Diana va beaucoup compter pour elle.

 

Et puis, arrive le coup d'état du 24 mars 1976 et la peur devient le quotidien des clandestins. Laura a pu revoir son père mais cela est dangereux plus que jamais, surtout pour une enfant comme elle avec ces militaires prêts à tirer sur n'importe qui... La situation devient intenable et la mère de Laura se doit de quitter l'Argentine et aidée par son père avocat, elle quitte le pays. Laura quitte alors Diana et ce bâtiment clandestin pour aller chez ses grand-parents... Plus tard, elle connaitra le destin de ces amis laissé au "pays" et en 2006, elle se décide à raconter ces temps si difficiles.

 

Ce qui fait l'un des charmes de ce livre passionnant c'est ce regard d'une enfant sur une époque tragique. L'humour est souvent présent. Et pourtant, on se dit, comment une enfant a pû vivre avec autant d'intelligence ce temps où la peur, le silence étaient de mise...

 

Un livre coup de coeur magnifiquement écrit et narré. Et quand on sait que tout y est vrai, un vrai frisson s'empare de nous...

 

Denis

 

Lire également l'article d'Eimelle lit sur "Le jardin blanc" de Laura Alcoba et "Le bleu des abeilles" lu par Lilas

 

Lecture commune ce mardi d'un livre de Laura Alcoba dans le cadre du "mois argentin"

Lecture commune ce mardi d'un livre de Laura Alcoba dans le cadre du "mois argentin"

L'auteure d'origine argentine a écrit ce livre en français ce qui le classe dans la catégorie "Littérature francophone d'ailleurs"

L'auteure d'origine argentine a écrit ce livre en français ce qui le classe dans la catégorie "Littérature francophone d'ailleurs"

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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 22:06

Cléopâtre captive d’Étienne Jodelle

(Gallimard - Œuvres Complètes tome II)

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La pièce de théâtre "Cléopâtre captive" aurait été représentée début 1553 au moment des réjouissances de Carnaval. Et elle aurait pu être une commande des lorrains suite à la levée du siège de Metz début janvier.

Le prologue est adressé au roi Henri II, la pièce étant joué pour la première fois devant le Roi.

 

La poèce aurait pu être inspirée par la "Cléopâtre" de Cesare de Cesari joué à Venise en 1552 au moment où Jodelle y séjournait. En fait, la principale source reste "La vie d'Antoine" de Plutarque.

 

La grande originalité de la pièce vient de sa forme et de ses inovations. Ainsi, dans les 1 616 vers de la tragédie, Jodelle a utilisé pratiquement tous les mètres (vers de trois, quatre, cinq, six, sept, dix et douze syllabes) et la plus grande partie des rimes de la versification française (rimes plates, rimes croisées, rimes embrassées).

Il est l'un des premiers à utiliser l'alexandrin et le procédé de l'alternance régulière des rimes masculines et féminines qui deviendra celui de la tragédie classique du XVIIe siècle. Il innove aussi avec la longue suite de 206 alexandrins du premier actes, à rimes plates toutes féminines.

On y voit là le caractère expérimental de la pièce, décomposée en 5 actes dont les 3 premiers sont de même longueur et les deux derniers additionnés font la longueur d'un acte.

(Informations issues de la présentation d'Enea Balmas -édition de 1968).

 

L'histoire débute après la mort d'Antoine dont c'est l'ombre qui apparait et qui parle à l'acte I. Il raconte alors en quelques phrases le drame qui l'a conduit à se tuer. Puis apparait Cléopâtre qui dit que la mort sera aussi sa délivrance après cette mort absurde de l'homme qu'elle aimait et qui s'est tué car il la croyait morte.

Octavien, devenu empereur romain et de retour d'Egypte, a retenu prisonnière Cléopâtre et ne peut pas faire grand chose pour elle et c'est lui qui a son destin en main. Cléopâtre se plaint de sa captivité mais Octavien n'entend pas la libérer.

Elle n'a plus d'autre solution que de se suicider. Le choeur se fait l'écho de ses plaintes. Elle est là, égyptienne captive à Rome, tandis qu'Antoine, romain, est mort sur la terre d'Egypte. Paradoxe qui oblige Cléopâtre à refuser sa nouvelle condition.

On ne trahit pas la fin de la tragédie, en disant que Cléopâtre, à l'acte V est retrouvée morte avec ses deux servantes.

 

Lire cette pièce dans le français du XVIe siècle n'est pas très facile et j'avoue que ces lacunes m'ont empêché de m'investir réellement dans cette histoire.

L'intérêt de cette lecture a été pour moi de découvrir cet auteur dont seuls les étudiants en lettres modernes doivent encore aujourd'hui entendre parler.  Et ainsi, pour l'histoire littéraire et théâtrale, j'ai eu plaisir à lire ce texte.

 

Denis

 

(Livre lu dans le cadre du challenge "2014 - je lis du théâtre chez Ankya

 

Cléopâtre captive d'Etienne Jodelle (Gallimard)
Cléopâtre captive d'Etienne Jodelle (Gallimard)
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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 10:00
Les imaginations de Luis Benitez (L'Harmattan)

Les imaginations de Luis Benitez (L'Harmattan - 70 pages)

Traduit de l'espagnol (Argentine) par Jean Dif

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L'auteur a eu la gentillesse de m'envoyer d'Argentine son premier recueil de poésie publié en France. Né en 1956 à Buenos Aires, Luis Benitez a reçu de nombreux prix littéraires, dont celui de la Porte des Poètes à Paris en 1991.

Je vous renvoie vers cet article qui présente très bien ce recueil :

http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/les-imaginations-de-luis-b%C3%A9nitez/jean-dif

Je vous propose en ce jour d'ouverture du salon du livre de Paris qui met à l'honneur l'Argentine, un poème de l'auteur :

 

Mauvais Temps

 

Déjà le jour frissonne dans sa robe de soirée,

Et la ville a mis son chapeau de pluie.

 

La foule est un cheval solitaire

Qui dans la rue s'énerve

Quoiqu'en elle quelqu'un hésite

Entre l'un ou l'autre côté.

 

La famine comme à regret

Cède son siège à une crainte bien gardée,

Qui dans un mythe antique

Lève au ciel des yeux courroucés.

 

En un instant nul n'a plus de maison

Sous le poids du monde

Et le mauvais temps est une soeur morte

Qui entrouve les yeux.

 

Luis Benitez

Livre lu dans le cadre du challenge "Mars 2014 - le mois Argentine"

Livre lu dans le cadre du challenge "Mars 2014 - le mois Argentine"

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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 22:02

Aujourd'hui, dans le cadre de ce mois argentin lié à l'événement du salon du livre de Paris qui invite l'Argentine, nous avions convenu de lire un livre d'Elsa Osorio, une écrivaine née à Buenos Aires en 1952 et qui a publié plusieurs romans, dont 4 en France aux éditions Métailié.

A lire les articles, l'unanimité s'est faite pour dire que c'est un excellent auteur, au style "polyphonique" car ses romans mêlent des voix qui se répondent, qui complètent une histoire. Bref, une des grandes écrivaines d'Argentine, qu'il faut absolument lire.

 

Les articles ;

- Luz ou le temps sauvage  par Denis et Valentyne

- Tango  par Eimelle

- La capitana par Françoise

 

Bonnes futures lectures,

 

Denis

 

(Je ferai ce week-end un nouveau récapitulatif général, étant rappelé que ce vendredi il y aura des articles "libres" pour honorer l'ouverture du salon du livre au public, avant une prochaine lecture commune de Laura Alcoba le 25 mars prochain)

.

 

Mois argentin : lecture commune Elsa Osorio
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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 07:00
Luz ou le temps sauvage d'Elsa Osorio (Métailié)

Luz ou le temps sauvage d'Elsa Osorio (Métailié - 2000 - 352 pages)

Traduit de l'espagnol (Argentine) par François Gaudry

Titre original :  A veinte anos, Luz (1998)

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Pour lire ce roman, il faut prendre son temps, digérer les événements et les personnages dont les voix se mêlent pour délier un problème grave survenu lors de la dictature militaire de 1976 en Argentine.

Le prologue se passe à Madrid en 1998 où Luz Iturbe se trouve avec son mari Ramiro et leur jeune fils Juan. Elle appelle un certain Carlos Squirru qui aurait été le compagnon de Liliana, il y a plus de 20 ans. Il est évasif mais accepte de la rencontrer dans un café. Liliani Ortiz a donné le nom de Carlos après son accouchement et avant de mourir à Miriam Lopez. Luz raconte quelques bribes de son histoire et dit à Carlos qu'ils doivent se revoir.

Alors débute le long récit de Luz à Carlos qui est son père, on le comprend très vite. Car pour en arriver à lui, 22 ans ont passé et pour elle, après un long temps d'innocence, elle a fini par découvrir la vérité sur ses origines. Elle commence par raconter l'histoire de Miriam Lopez en 1976, au temps de la dictature. Elle voulait être mannequin car très jolie et elle s'est retrouvé strip-teaseuse puis "putain", enchaînant avortements jusqu'à sa rencontre avec celui que l'on appelait "la Bête" et qui lui a promis de lui donner l'enfant qu'elle ne pourra jamais avoir. Ce sera l'enfant de Liliana, une jeune femme prisonnière pour activisme anti-dictature, qu'il récupérera et ils pourront se marier. Dans le même temps, Mariana, la fille du terrible militaire Dufau, doit accoucher mais l'enfant meurt à la naissance et elle va vivre un coma temporaire, ce qui laisse le temps à Dufau, le chef de "la Bête" (le sergeant Pitiotti), de lui faire apporter l'enfant né de Liliana, une fille. Mariana n'en saura rien de cette histoire et son enfant sera Luz. Pendant son coma, Liliana et l'enfant sont hébergés chez Miriam et la Bête. On comprend combien il est difficile pour Miriam d'accepter cette situation et elle va aider Liliana à s'évader de leur domicile bien gardé par la police de Dufau. L'aventure ne s'achève pas comme elles l'auraient voulu mais Liliana a le temps de dire à Miriam qui est le père...

Et la narration continue en 1983, alors que Luz a 7 ans. Miriam va partir à sa recherche et la retrouver. Enfin, la 3e partie nous amène à la période 1995-1998. Luz est adulte, rencontre Ramiro et devient mère de famille mais la recherche de ses origines la pousse à reprendre "l'enquête" autour de Miriam jusqu'à Carlos...

 

Il ne faut pas tout raconter car ce livre se lit comme un thriller. Très bien écrit, ce livre pêche un peu par le fil narratif car on ne sait pas toujours qui parle. On comprend très vite que les phrases en italique sont celles "d'aujourd'hui" quand Luz et Carlos se font des commentaires. Luz raconte cette histoire mais par moment on pasee au narrateur inconnu !!! qui dit Luz a dit, a fait... Qui parle alors ?

Mis à part ce petit bémol, on a affaire à un livre passionnant sur l'histoire sombre de l'Argentine au temps de la dictature et les disparitions de femmes et d'enfants. Elsa Osorio nous parle des "grand-mères de la place de mai" qui ont fait des recherches sur leurs petits enfants volés pendant que leurs parents étaient le plus souvent tués pour leurs activités politiques. Ernesto Sabato est cité pour son rapport "Jamais plus"sur ces exactions. C'est effarent mais l'auteure réussit à ne pas tomber dans le pathos.

Eduardo, le mari de Mariana est l'homme faible de ce roman. Tous les autres personnages sont des "battants", certains trop par leur sadisme et leur violence tels Dufau et "la Bête".

 

Un grand livre à lire...

 

Bonne lecture,

 

Denis

Livre lu dans le cadre du challenge Mars 2014 - le mois Argentine

Livre lu dans le cadre du challenge Mars 2014 - le mois Argentine

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 08:00
Le mois argentin - mars 2014 - récapitulatif

Récapitulatif des articles publiés dans le cadre du mois argentin :

- Le bleu des abeilles de Laura Alcoba par Lilas

- La malédiction de Jacinta de Lucia Puenza par Lybertaine

- Wakolda de Lucia Puenza par Lybertaine

- Le tunnel d'Ernesto Sabato par Denis, Valentyne et Coccinelle

 

Prochaine lecture commune le 20 mars 2014 avec un livre "époustoufflant" : "Luz ou les temps sauvages" d'Elsa Osorio.

 

Irene, sur son blog "écrivains argentins" présente de nombreux auteurs argentins dont ces jours-ci : Raquel Robles et Carlos Bernatek.

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 22:12
Loin d'Odile de Christian Oster (Editions de Minuit)

Loin d'Odile de Christian Oster

(Editions de Minuit - "Double" - 2001 - 141 pages)

Première édition - 1998

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Sixième roman de Christian Oster, publié comme tous ses ouvrages, aux Editions de Minuit, ce court texte nous entraîne dans l'univers de Lucien, célébataire. Il vient de rompre avec Odile et vit seul dans son appartement parisien. Seulement, une mouche vient envahir son "monde clos".

 

Début du roman : "Exagérons. Disons qu'il fut un temps, pas si éloigné, du reste, où je vivais avec une mouche".

 

Et oui, tout le monde a connu cela, avoir une mouche qui ne nous lâche pas, et ceci peut durer des jours entiers... Vous comprenez tout de suite qu'il y aura beaucoup d'humour dans ce livre. Le "pauvre" Lucien va devoir cohabiter car il a compris qu'il ne pourra pas se débarrasser de cet insecte. Il va finir par l'appeler Odile, en souvenir de son amie !!!

Lucien sort de son isolement et de son journal où "Odile la mouche" est devenue son héroïne principale en passant du temps avec André, son cadet de 20 ans, ami depuis quelques années, lequel lui présente bientôt Jeanne. Lucien se demandait si André n'était pas homosexuel car il ne le voyait jamais avec une jeune femme. Mais là, quel bon choix car Jeanne est séduisante et Lucien est tout de suite sous son charme.

 

Page 25: "Quant à Jeanne, elle ne semblait pas désagréable de me séduire, notamment au regard d'André, mais elle me traitait avec amitié et prévenance. Et comme je n'en réclamais pas davantage, je ne lui laissais aucun moyen, non plus qu'à André, de deviner à quel point je vivais sous son empire".

 

Tuer la mouche !!! Toujours impossible et pourtant dans sa jeunesse Lucien faisait "mouche" avec grande facilité. Ses essais sont vains. Mais, soudain, il est sauvé car il va pouvoir vivre "loin d'Odile". Au moins temporairement, car André et Jeanne l'invitent à la montagne où ils vont passer une semaine. Il finit par accepter bien que le ski ne soit pas son fort. Mais quitter Odile lui plait... Et alors, on n'est pas arrivé au bout du comique de situation, sans oublier qu'André et Jeanne vont eux vivre un "drame".

 

C'est cela aussi ce livre, montrer des personnages seuls dans leur univers, qui essaient de vivre en communauté et qui échouent. Quand Lucien dit à une femme après avoir fait l'amour que c'est fini, c'est cinglant et sans appel... Humour, comique, tragédie... On passe par tous les états dans un langage simple, dépouillé de tout artifice. Une efficacité redoutable pour un livre formidable.

 

Bonne lecture,

 

Denis

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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 20:31
Mois argentin : lecture commune Ernesto Sabato

Plusieurs lectures communes ce lundi 10 mars 2014 pour ce roman qui semble avoir fait l'unamité : attention chef d'oeuvre

 

Le tunnel d'Ernesto Sabato 

 

Pour rappel, Ernesto Sabato est un écrivain argentin né à Rojas, dans la province de Buenos Aires le 24 juin 1911 et mort à Buenos Aires, le 30 avril 2011.

 

Une vie de près de cent ans et trois romans qui font une "trilogie"

 

1948 : Le Tunnel (El túnel)

1961 : Héros et tombes (Sobre héroes y tumbas)

1974 : L'Ange des ténèbres (Abaddón el exterminador)

 

Plus des essais a priori peu ou pas traduits en français.

 

Voici ce que l'on peut lire de son oeuvre romanesque sur le site de wikipedia

 

L'univers romanesque d'Ernesto Sabato restera marqué par ces deux aspects de sa personnalité. Un va et vient passionné entre apologies et rejets, une alternance en quête d'interprétations valides de l'Homme et du monde. Une recherche pleine de curiosité, un plaidoyer en faveur de la contradiction, une vie que pourraient résumer ces mots de l'écrivain : On s'embarque pour des terres lointaines, on cherche la nature, on est avide de la connaissance des hommes, on invente des êtres de fiction, on cherche Dieu. Et puis on comprend que le fantôme que l'on poursuit n'est autre que Soi même. Son premier roman, Le Tunnel, salué par Albert Camus et Graham Greene paraît en 1948. Suivront Héros et tombes traduit et publié en français dans un premier temps sous le titre d'"Alejandra", considéré comme son chef-d'œuvre, en 1961, puis L'Ange des ténèbres qui constituent une trilogie de Buenos Aires.

 

Voici les liens vers les articles publiés aujourd'hui :

http://bonheurdelire.over-blog.com/2014/03/le-tunnel-d-ernesto-sabato-points-seuil.html   (Denis)

 

http://laculturesepartage.over-blog.com/2014/03/le-tunnel-d-ernesto-sabato.html    (Coccinelle la culture)

 

http://lajumentverte.wordpress.com/2014/03/10/le-tunnel-ernesto-sabato/

(Valentyne)

 

Merci pour ces articles et la prochaine lecture commune aura lieu le 20 mars prochain avec "Luz ou les temps sauvages" d'Elsa Osorio.

 

Denis

 

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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 07:00

Le tunnel d'Ernesto Sabato (Points - Seuil - 140 pages)

Traduit de l'espagnol (Argentine) par Michel Bibard

Présentation par Jean-Michel Saint-Lu

Titre original "El tunel" (1948)

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Le début du roman dit tout ou presque de l'histoire : "Il suffira de dire que je suis Juan Pablo Castel, le peintre qui a tué Maria Iribarne ; je suppose que le procès est resté dans toutes les mémoires et qu'il n'est pas nécessaire d'en dire plus sur ma personne". Au début du chapitre II, il annonce qu'il va raconter son crime.

 

On aura donc compris que l'auteur n'a pas envie de nous laisser trop de suspens. Et pourtant, il va falloir attendre longtemps pour savoir comment il s'y est pris. 39 chapitres courts vont permettre de découvrir la personnalité de Juan Pablo. 

Il a rencontré pour la première fois Maria Iribarne lors d'une exposition sur son oeuvre. Il l'a observée et a pu voir combien elle s'intéressait à son tableau "Maternité". Personne n'avait regardé avec autant de constance et de méticulosité son tableau. Page 15 : "Mais dans le haut, à gauche, on voyait une scène dans le lointain : une plage solitaire et une femme qui regardait la mer. C'était une femme qui regardait comme si elle attendait quelque chose, peut-être quelque appel affaibli par la distance. La scène suggérait, selon moi, une solitude anxieuse et absolue".

 

Fasciné par cette femme, il espère la revoir au plus vite et lui parler de ce tableau pour essayer de comprendre pourquoi elle seule a considéré cette scène comme fondamentale pour la compréhension du tableau. Quelques mois plus tard, il la voit dans la rue et cherche comment l'aborder. Il finit par lui parler et elle fuit. Il va à nouveau la retrouver, avoir ses coordonnées et l'appeler au téléphone. Il ose alors lui avouer son amour et lui dire qu'il pense à elle tout le temps. Sa réponse est plus évasive mais il comprend qu'elle l'aime aussi. Très vite alors ils tombent amoureux.

 

Mais, car il y a un sérieux bémol, Juan Pablo se montre d'une jalousie maladive. Il découvre qu'elle est mariée, qu'elle a dû avoir bien d'autres amants, notamment Richard qui s'est suicidé, ou encore Hunter qui dirige l'estancia où Maria va régulièrement se ressourcer, loin de Buenos Aires.

 

Tout devient compliqué pour Juan Pablo car il voit des mensonges dans chaque geste de Maria, y compris quand elle fait l'amour avec lui. Il se dit même qu'elle est sans doute une "prostituée", et pourquoi lui avoir fait rencontrer son mari aveugle Allende ? Autant de questions qui rendent cet amour impossible et qui plonge Juan Pablo dans l'alcoolisme, la violence... jusqu'au meurtre...

 

Un roman court mais très fort où chaque mot a sa place, sa valeur. Rien n'est fortuit dans cette narration faite par Juan Pablo depuis sa prison.

 

La 4e de couverture nous dit que "Le Tunnel" a été considéré comme un chef d'oeuvre par Albert Camus et Graham Greene. Rien d'étonnant pour Camus car on est dans "l'absurde" où un homme traverse un "long tunnel", le sien, celui du malheur voulu par sa jalousie morbide. "Le Tunnel" a été considéré comme un des plus grands romans de la littérature latino-américaine. Ce texte fait partie d'une trilogie, avec "Héros et Tombes" et "l'ange des ténèbres".

 

Bonne lecture,

Denis

Le tunnel d'Ernesto Sabato (Points - Seuil)
Livre lu dans le cadre du challenge "le mois argentin" que j'organise et sous forme d'une lecture commune.

Livre lu dans le cadre du challenge "le mois argentin" que j'organise et sous forme d'une lecture commune.

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