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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 06:00
Madame Proust d'Evelyne Bloch-Dano (Livre de Poche)

Madame Proust d'Evelyne Bloch-Dano

(Le Livre de Poche - 380 pages)

2004 et 2006 pour l'édition de poche

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J'ai acheté ce livre l'an dernier à Cabourg dans le cadre du salon du livre "proustien". D'ailleurs, le livre a obtenu le "prix du Cercle Littéraire proustien de Cabourg-Balbec". L'auteure avait écrit une "Madame Zola" et elle a récidivé avec "Madame Proust". Mais tout le même sait que Proust ne s'est pas marié et Madame Proust est donc Jeanne Proust, née Weil... la mère (ou plutôt la "maman" de Marcel), celle que l'on retrouve tout au long de l'oeuvre du fils et de sa vaste correspondance avec elle.

Jeanne est juive, née en 1849. Sa famille vient d'Alsace et d'Allemagne mais elle a fait de Paris un lieu de "conquête", car il y a eu des "entrepreneurs" dans la famille à l'image de Nathan Weil, le grand-père de Marcel.

 

Adrien Proust, lui, n'est as juif. Il a 15 ans de plus que Jeanne et elle est encore jeune femme quand ils se rencontrent en 1870. Lui est déjà un médecin reconnu pour ses travaux sur le choléra, sur l'hygiène. Marier une juive à un non-juif ne gêne pas les Weil car M. Proust est un homme mur, sérieux qui plait à la famille. Le mariage est arrangé entre les deux familles. Là encore, il y a des écarts significatifs entre les deux cultures : Les Weil sont "bourgeois", installés dans les beaux quartiers de Paris, avec résidence secondaire à Auteuil, tandis que les Proust sont des "campagnards", habitant à Illiers (Combray dans l'oeuvre de Marcel), suffisant loin de Paris pour l'époque pour ne pas y venir, même à l'occasion du mariage du fils.

 

Ainsi, Jeanne a de la culture. Elle aime lire, jouer du panier, les mondanités, aussi. Le milieu bourgeois impose d'avoir des domestiques, de sortir ou recevoir l'après-midi, aller au théâtre le soir et lire, lire... Pendant ce temps, Adrien travaille, voyage pour son métier... Jeanne accouche de deux fils : Marcel en 1871 et Robert en 1874. Le mariage a eu lieu juste avant Sedan et la déroute française qui a conduit à la Commune et à l'insécurité pour les bourgeois, si bien que Marcel est né dans un contexte ténébreux. On a cru qu'il ne vivrait pas, mais il survit et la vie reprend un cours normal. Jeanne s'attache à ce que ses deux fils s'entendent bien car elle veut une famille nie, épanouie.

 

L'auteure nous donne les "petits ragauds" qui ont tourné autour des Proust : un docteur très honorable qui savait sacrifier "à la bagatelle", Jeanne fermant les yeux sur ses incartades. Certaines mauvaises langues ont même pensé que les problèmes gynécologiques qui ont conduit Jeanne à aller "aux bains" pour sa santé dans le Bearn, par exemple, auraient pu être dus à la syphilis contractée auprès d'Adrien (lui, l'homme de l'hygiène !!!). Le petit Marcel pratiquait l'onanisme devenue "maladie" aux yeux de son père... C'est dire qu'Evelyne Bloch-Dano va réellement dans l'intimité familiale, ne cachant rien de ce qui peut "faire mal", car on imagine mal les Proust avec des "déviances".

 

Bref, l'auteure réaffirme que la "famille Proust est honorable" et qu'elle a compté dans la vie bourgeoise du Paris de la Seconde moitié du XIXe siècle, forgeant la culture de Marcel, tellement attaché à sa mère. L'intérêt du livre vient aussi de la perception que l'on peut avoir de l'oeuvre du fils au regard de la vie familiale, ce qui montre une nouvelle fois, que l'enfance et la vie quotidienne façonnent un écrivain et influent sur son écriture "romanesque".

 

J'ai trouvé beaucoup d'intérêt à lire ce livre au moment où j'arrive à la fin de mon "année Proust" qui m'a permis de lire l'intégralité de "A la recherche du temps perdu" en un an à raison de 10 pages par jour dans le format Pléiade. Il éclaire certains thèmes du roman très autobiographique, comme on le savait déjà.

 

Et je remercie Malika du blog "Les trois petits bouquins..." d'avoir eu l'idée d'une lecture commune. Son avis est plus mitigé.

 

Un livre à lire pour aller dans les marges de la vie de Marcel, au coeur de l'intime, car on sait combien ensuite la mort de sa mère l'a marqué. Travail rigoureux aussi, digne d'un historien des "moeurs" et elle donne ses sources tout au long du livre. Du sérieux pour une famille pas si sérieuse que cela... Méfiez-vous de "l'eau qui dort"...

 

Bonne lecture,

 

Denis

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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 20:08
Mithridate de Jean Racine (Folio - théâtre)

Mithridate de Jean Racine (Folio - théâtre - 160 pages)

Edition présentée, établie et annotée par Georges Forestier ----------------------------

 

Mithridate s'est montré un courageux adversaire de Rome presque "indestructible" !!! Il a été trahi par son propre fils, rejeté par ses soldats l'obligeant à se faire transpercer par un de ses derniers fidèles. Cette mort en a fait l'un des emblèmes tragiques de la résistance à l'impérialisme romain, le rangeant dans les "héros - types" de tragédie.

Louis XIV a beaucoup aimé la pièce mais par la suite la tragédie a vécu un long purgatoire.

 

Racine reprend la théorie d'Aristote qui dit qu'une bonne tragédie doit s'appuyer sur une mort entre membres d'une même famille, la trahison d'un fils allant bien ici avec l'esprit de "Mithridate". La force de Racine est de faire de cette mort un "coup de théâtre, à la manière de Cinna de Corneille. Et Racine introduit également une histoire d'amour et de rivalité amoureuse, créant ainsi une tragédie dans la structure dite "d'action complexe". Racine a longtemps résisté à ce style car Corneille en avat fait la manière de ses pièces et Racine voulait se détacher du "maître". Mithridate a été un oppresseur avant de devenir une victime. Racine montre également le défaut qu'il avait d'être très jaloux.

 

Acte I : On dit que Mithridate est mort. Xipharès est resté fidèle à son père tandis que depuis longtemps déjà, Pharnace est acquis à la cause romaine. Et en plus, les deux fils et le père aiment la même femme, Monime. Elle ne cèdera jamais aux romains qui ont tué son père. Très vite, on annonce le retour de Mithridate.

 

Acte II : Mithridate explique qu'il a été vaincu par les romains et a dû fuir clandestinement. Il comprend que Pharnace l'a doublement trahi : par les armes et par l'amour. Par contre il fait l'éloge de son autre fils.

 

Acte III : Mithridate s'entretient avec ses deux fils de son projet de reconquête de l'Italie. Il interroge directement celle qu'il doit épouser qui dit alors aimer Xiphares, car il veut savoir où en sont ces "amours", lui qui se montre très jaloux.

 

Acte IV : Mithridate isole Xiphares, lequel fait ses adieux à Monime ce qui montre à quel point Mithridate peut être tyrannique. Et brusquement, il comprend qu'à cause de cette femme, il a failli écarter son fils qui lui est d'un grand secours dans ses faits d'arme. Et Pharnace est prêt à se rendre aux romains qui sont aux portes de la ville.

 

Acte V : Monime tente de s'empoisonner mais Mithridate veut la sauver tandis que lui n'a plus aucun espoir de vivre...

 

Amours et loyauté contrariées tout au long de la tragédie qui montre bien ces retournements de situation entre des personnages qui ne sont plus vraiment maîtres de leur destinée.

 

Cette tragédie est à lire d'autant qu'elle est moins connue que les autres oeuvres de Racine. Elle est intéressante dans le contexte du XVIIe siècle qui a été le siècle du grand retour à la tragédie.

 

Bonne lecture,

Denis

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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 16:19
Je n'emporte rien du monde de Clémence Boulouque (Gallimard)

Je n'emporte rien du monde de Clémence Boulouque

(Gallimard - 92 pages - décembre 2012)

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Qui a vécu la mort brutale d'un père comprendra le sens des mots de Clémence Boulouque avec "acuité" : Page 72 : "...Avoir l'âge de ses blessures malgré les années accumulées. Avoir deux âges. J'avais encore treize ans à l'époque. J'aurai toujours treize ans. Depuis, j'ai aussi seize ans. Mes trente ans et des poussières, eux, ne font que passer... Ces deux âges, que d'autres ont mieux qui moi connus, ont été fracturés par des douleurs précoces".

Clémence Boulouque est devenue écrivaine en faisant un premier récit " en 2003 "Mort d'un silence", écrit pendant que les tours de Manhattan tombaient à New York, et dans lequel elle racontait sa vie d'enfant bouleversée, ravagée par la mort brutale de son père, celui que l'on connaissait comme étant "le juge Boulouque". Il s'est suicidé avec son arme de service alors qu'il enquêtait sur des affaires liées aux attentats de 1986 à Paris, le 13 décembre 1990.

 

Clémence Boulouque, devenue adulte, a voulu raconté ces moments d'angoisse d'une adolescence perturbée par l'obligation d'avoir des gardes du corps et meurtrie par ce drame brutal qui a arrêté les compteurs alors qu'elle avait 13 ans. Trois ans plus tard, sa meilleure amie se suicide en octobre 1993. Elle avat alors 16 ans. Deux drames, deux suicides et en 2012, un nouveau récit "Je n'emporte rien du monde" est écrit par l'auteure qui fait se croiser ces deux drames qu'elle a vécus en pleine adolescence, au moment où l'enfance passe. Premiers amours, intimité entre filles pour parler de la vie, des émois. Et tout vole en éclat quand une amie téléphone pour dire que Julie est morte.

 

La mort du père ressurgit. C'est trop pour une jeune fille, ces morts brutales. Page 59 : "Nos morts et leur principe d'incertitude. // La parenthèse de leurs vies semble parfois incernable, les voix s'échappent, refluent, plus fortes que jamais, plus fortes qu'aujourd'hui, plus fortes que nous, que moi. // Il m'arrive de douter d'avoir jamais eu un père, et une amie qui s'appelait Julie. Et je sais qu'ils sont ici, à force de ne plus y être. Plus forts que s'ils y étaient encore. // Ils nous ont happés, dans leur disparition. Aimer un mort, partager son absence, c'est n'être déjà plus ici".

 

Phrases fortes, des hymnes d'amour et de détresse, seule face à ces morts voulues...

 

Mon père est mort brutalement, lui dans un accident de voiture. J'avais quatorze ans, c'est dire combien ces deux livres de Clémence Boulouque lus à quelques années de distance, m'ont marqué et m'ont rapproché des préoccupations de l'auteur. Ma jeunesse s'est arrêtée un 21 novembre 1970... Et comme Clémence Boulouque, une horloge interne s'est arrêtée ce soir-là.

Le titre du livre est venu d'une citation d'Isaie "Je n'emporte rien du monde", lue à l'occasion du kippour, car les Boulouque sont juifs même si la religion n'est pas le tissu de leur vie. Mais ce jour du Grand Pardon reste une tradition à respecter...

 

Un livre émouvant, comme une litanie, poétique de grande classe de surcroit pour parler des morts et de la vie qu'il y a eu avant, avec le père et Julie, car pour rappel c'est elle qui a conduit à ce nouveau récit de Clémence Boulouque... que je recommence à ceux qui ont vécu ces drames de la mort brutale et aux autres aussi pour qu'ils comprennent mieux ce que l'on ressent dans une adolescence blessée à jamais...

 

Denis

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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 21:20
Amphitryon de Molière (Larousse - Petits classiques)

Amphitryon de Molière (Larousse - Petits classiques - 224 pages) Edition présentée, annotée et commentée par Daphné Deron

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Amphitryon est une comédie en trois actes et un prologue, le prologue étant traditionnellement utilisé pour exposer des événements antérieurs à l'action.

Les personnages vont par "deux" : le couple des maitres et des valets, le duo des Dieux qui se dédoublent.

Représentée le 13 janvier 1668, Molière (1622 - 1673) y apparait dans le rôle du Sosie.

La pièce reprend le mythe de la naissance d'Hercule engendré par Jupiter qui s'est fait passé pour Amphitryon auprès d'Alcmène et qui va lui donner un homme-Dieu.

Amphitryon relève de plusieurs genres comiques : la comédie galante (séduction d'une femme hors mariage), la farce (Sosie reçoit des coups de baton) et la comédie mythologique.

Molière a cherché à flatter Louix XIV qui avait une liaison avec Mme de Montespan et il introduit la mythologie dans la comédie alors qu'elle était plutôt réservée à la tragédie à l'époque. Et c'est également une pièce à "machine" pour créer des "effets spéciaux" (comme de montrer Mercure sur un nuage). On a alors le théâtre à grand spectacle qui a tant plu à Louis XIV et au public. 

Deux pièces ont parlé de ce mythe de la naissance de Jupiter : Amphitryon de Plaute (que j'ai lu et présenté récemment) et très près de Molière : "Les Sosies" de Jean Rotrou (1636). Molière a voulu se distinguer de ses prédécesseurs en transformant la plupart des monologues en dialogues, usant aussi des vers libres pour permettre à la pièce d'être plus "vivante".

 

On retrouve donc la trame classique de Jupiter qui a pris la physionomie d'Amphitryon pour séduire Alcmène. Mercure, transformé en Sosie surveille l'entrée de la maison pour que Jupiter puisse être tranquille. Et Sosie survient en effet et il faut beaucoup d'art de la discussion pour dissuader Sosie de rentrer chez son maitre. Et quand Amphitryon arrive chez son épouse, elle ne peut croire qu'il vient juste d'arriver puisqu'il a passé la nuit avec lui. Sosie lui-même est malmené par Mercure... C'est dire que la "mascarade" les fait passer pour fous... Jupiter laissera-t-il s'installer cette suspicion entre eux tous... Molière reste ici très fidèle à l'esprit de la pièce de Plaute et la lecture de cette comédie est plaisante, même si on est loin des oeuvres "contemporaines" de Molière, telles "Le malade imaginaire" ou "L'avare". Mais c'est une des facettes de Molière à découvrir et il y a réellement des situations qui font sourire (plus que rire). Je poursuis ainsi mon parcours théâtral pour 2014.

Prochain "épisode" : Jean Racine pour terminer ce riche XVIIe siècle.

 

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

Lecture qui s'inscrit dans le challenge d'Ankya.

Lecture qui s'inscrit dans le challenge d'Ankya.

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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 17:43
La lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne (GF Flammarion)

La lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne (GF Flammarion - 300 pages) Traduit par Marie Canavaggia

Préface, chronologie, bibliographie, notes par Serge Soupel 

Titre original : The Scarlet Letter (1850)

Couverture : Lilian Gish dans The Scarlet Letter de Viktor Sjostrom (1926)

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Le livre, publié en 1850 aux USA, eut un grand succès. C'était le premier roman de la tradition américaine. L'on a dit que c'était le chef d'oeuvre de l'auteur. Henry James l'a porté aux nues, le déclarant "beau, admirable, extraordinaire et le plus lugubre de langue anglaise".

Il est le livre d'un pessimiste.

Nathaniel Hawthorne (1804-1864) a été blessé à l'âge de 9 ans. Isolé, il se met à lire avec goût et s'accoutume à l'introspection. Il veut alors devenir écrivain, se coupant du monde autant qu'il le peut, n'étant jamais un homme de son temps, s'intéressant peu à la vie américaine sauf aux époques passées.

"La lettre écarlate" se situe en plein XVIIe siècle puritain et parle d'un adultère et de ses mauvaises suites. Il ne présente que les conséquences de l'acte et le vrai moteur du livre est le "diable".

On l'a comparé à Dickens pour la qualité de ses portraits. Et c'est dans leur goût du conte fantastique qu'Hawthorne et Poe se rejoignent. Et Hawthorne fut le grand ami d'Herman Melville.

(Informations issues de la préface de Serge Soupel.

 

L'histoire est assez simple. Le livre débute en 1642, au moment où l'on exhibe sur la place du marché de la ville très puritaine de Boston (Massachusetts), une jeune femme adultère.

Chapitre II (début - page 69) : "Sur le carré d'herbe devant la prison stationnait donc certain matin d'été, il n'y a pas moins de deux siècles, une foule assez nombreuse d'habitants de Boston qui tenaient tous leurs regards fixés sur la porte de chêne cloutée de fer... (page 70) : Quand la jeune femme, la mère de l'enfant, se trouva pleinement exposée à la vue de la foule, son premier mouvement fut de serrer étroitement le nouveau-né contre elle... (page 71) : Sur le corsage de sa robe, en belle étoffe écarlate et tout entourée des arabesques fantastiques d'une broderie au fil d'or, apparut la lettre A."

 

Hester Prynne est ainsi montrée au lynchage d'une foule euphorique pour montrer combien l'adultère est une faute impardonnable. Elle devra garder cette lettre (A comme adultère) sur elle jusqu'à sa mort. Son bébé s'appelle Pearl et elle va devenir une fille sauvage, née de la honte. Hester refuse de dire qui est le père. Mais son mari revient à Boston et assiste à la scène. Il est médecin des Indiens depuis les années où il a abandonné sa femme. Son nom : Roger Chillingworth. Il voit le jeune prêtre Arthur Dimmesdale et comprend très vite que cet homme pourrait être le père de Pearl. Sans certitudes, il va tout de même tout faire pour que le prêtre "tombe". Ainsi, il aura sa vengeance assouvie. Il s'installe d'ailleurs chez lui et se propose comme son médecin, d'autant que le jeune homme est frêle et faible mentalement. Il se laisse dominer par Roger. De son côté, exclue de la vie locale, Hester se retire du monde et s'installe à la périphérie de la ville. Le roman se déroule sur 7 ans et on voit au fil des mois qu'une certaine "réhabilitation" est possible car en période d'épidémie elle se montre dévouée aux autres, les soignant puis se retirant près de la mer dans sa "cabane". Pearl grandit et Hester est son professeur car elle veut éduquer sa fille pour en faire plus tard une "vraie femme".

 

Action dramatique autour de ces trois personnages principaux qui vont vouloir démêler l'écheveau de ces relations antérieures à la période décrite. Hester ne veut plus être soumise à son mari et veut aussi protéger le fragile Arthur. Elle se montre artiste dans le récit, ce qui la sauve aussi auprès des autres, car elle brode les robes des mortes. Sa lettre écarlate devient belle et elle en détourne le sens par ce biais...

 

Je ne raconterai pas la fin "tragique" de ce drame "romantique" même si le livre étant un classique, le dénouement est généralement connu...

 

C'est un excellent roman très bien écrit, "romantique" oserais-je dire, car il est tragique et montre les états d'âmes de chacun... A lire absolument...

Je terminerai en citant la 4e de couverture qui est un avis très pertinant de l'écrivain franco-américain Julien Green (1900-1998) : "Sur Hawthorne que l'on range parmi les introspectifs, le monde visible exerçait une fascination extraordinaire. Une cheminée fumant sous la pluie, un sourire à peine esquissé sur un visage humain, un bras qui se tendait par une fenêtre, tout lui servait de point de départ pour des méditations en quelque sorte infinies. Ce long regard pensif, lorsqu'il se tournait vers le monde intérieur, y découvrait des rapports secrets entre les desseins des hommes et le jeu délicat d'une volonté souvent incompréhensible qui les domine et les modifie".

 

Bonne lecture,

Denis

Cette lecture se rattache au "challenge US" de Noctambule.

Cette lecture se rattache au "challenge US" de Noctambule.

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29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 21:01
La ferme de Navarin de Gisèle Bienne (Gallimard)

La ferme de Navarin de Gisèle Bienne

(Gallimard - L'un et l'autre - 129 pages - janvier 2008) ---------------------------------

Qui connait la collection "L'un et l'autre" sait avant même d'ouvrir le livre qu'il aura affaire à un texte de qualité.

La collection a été créée et dirigée par J.B. Pontalis, jusqu'à sa mort en 2013. Il la définissait comme suit : "L'un et l'autre : l'auteur et son héros secret, le peintre et son modèle. Entre eux un lien intime et fort. Entre le portrait d'un autre et l'autoportrait, où placer la frontière ?"

 

http://www.gallimard.fr/Divers/Plus-sur-la-collection/L-Un-et-l-autre/%28sourcenode%29/116293 

La collection vient de s'arrêter, ce qui est bien dommage. Il restera à lire voire relire les 127 livres de la collection dont Christian Bobin a été le "fleuron" remportant 3 des 5 meilleures ventes de "L'un et l'autre". Mais n'oublions pas tous les autres auteurs qui ont offert des livres passionnants.

 

Alors, dans le contexte de la collection rappelé ci-dessus, "La ferme de Navarin" raconte la passion de l'auteure, Gisèle Bienne pour l'oeuvre de Blaise Cendrars. Et pour ce livre, elle est allée sur les traces de son auteur fétiche à "la ferme de Navarin", là où un jour de septembre 1915, en pleine campagne en Champagne, un obus a frappé le bras et la main de Cendrars. L'homme à "la main coupée" (titre d'un livre qu'il commencera en août 1918 et qu'il achèvera avec l'autre guerre mondiale) a alors quitté le front, a souffert atrocement de cette amputation, lui laissant d'insupportables douleurs fantômes. Toutefois, malgré des mois de "flottement", la vie a continué et il s'est plus que jamais consacré à sa passion pour la littérature.

 

L'auteure nous dit avoir découvert l'écrivain quand elle a lu à 20 ans sa "prose du transsibérien", ce magistral poème qui a fait rêvé tant de lecteurs. Ce livre est donc un voyage au coeur de ce premier conflit mondial vers la ferme détruite depuis, le lieu étant inséré dans le camp militaire de Suippe. Ne subsiste plus qu'un panneau "Ici fut la ferme de Navarin'. Apollinaire, André Masson le peintre étaient dans les environs de la ferme également.

 

Page 64 : "Je me promène sur le site de l'ancienne ferme, une lande bosselée. Les barbelés des anciens chevaux de frise forment un petit monticule. J'ai l'impression de me trouver sur une sorte d'îlot au milieu des jeunes blés, et le ciel a l'air d'une lagune. Comme de la tour d'un phare, la vue est vaste".

 

Promenade, rêverie, instants de vie de Cendrars. Tout cela fait de ce livre un petit bijou littéraire à lire en prenant le temps de flâner, de rêver et puis surtout d'avoir envie de lire et relire Blaise Cendrars.

 

Page 106 : "Rêver, contempler, c'était pour Cendrars une forme d'aventure. La contemplation le menait à la mélancolie et lui procurait une intense joie spirituelle. Il disait que "pour être désespéré , il faut avoir beaucoup vécu et aimer encore le monde". C'est pourquoi tout lui était égal, la pauvreté, la richesse, le bien, le mal, l'intelligence, la bêtise. A la question : "Quel est pour vous le comble de la misère?", il répondit : "la confusion mentale"".

 

Cendrars, comme tant d'autres, a souffert de cette guerre et plus encore de la bêtise des cadres de l'armée qui ont osé faire tuer tant d'innocents pour des offensives suicidaires. Ce livre est aussi un "pèlerinage historique" sur ces lieux de mémoire et un hommage aux écrivains, peintres ou simples soldats qui ont donné leur vie ou qui ont survécu avec des traumatismes à vie. Ainsi, André Masson a fait de nombreuses toiles qui ont raconté cette guerre. Cendrars a pris la plume de la main gauche pour écrire ce calvaire. Un livre formidable à déguster, je ne le dirai jamais assez. Et si vous ne connaissez pas cette collection, précipitez-vous chez un libraire ou dans une bibliothèque pour lire ces livres bleus et blancs, pépites littéraires.

 

Bonne lecture,

 

Denis

(J'inscris bien sûr ce livre aussi dans mon parcours : livres autour de la grande guerre).

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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 20:38
Cinna de Pierre Corneille (Livre de Poche)

Cinna de Pierre Corneille (Livre de Poche - Théâtre de Poche - 186 pages) Préface, notes et commentaires de Christian Biet

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Corneille écrit Cinna après le succès et la polémique autour du Cid, dite "Querelle du Cid". Il se veut à présent écrivain professionnel publiant à compte d'auteur Cinna début 1643 pour en avoir tous les droits. Il entend se rémunérer aussi sur les représentations de la tragédie.

Jouée en 1642, la pièce coïncide avec la fin du règne de Richelieu et l'excécution de Cinq-Mars auteur d'une conjuration. Ainsi, la libéralité et la clémence d'Auguste ont à voir avec le contexte politique de l'époque de la pièce.

Corneille soigne aussi sa popularité en dédicaçant Cinna à un riche mécène de l'époque, Monsieur de Monteron.

Choisir Rome comme terrain d'une tragédie est conforme à la tradition du temps car on y puise tout ce qui peut se faire à l'époque actuelle et les transpositions sont aisées à réaliser. Et choisir Auguste et Cinna, c'est montrer la clémence d'un Empereur à l'égard d'un conjuré. L'action se déroule sur une journée en 6 av. JC tantôt chez Emilie, tantôt chez Auguste (Corneille avait déjà transgressé l'unité de lieu dans le Cid). Emilie, le personnage féminin, est inventée. Par contre, les autres personnages sont réels et inspirés par le texte de Sénèque "De clementia", commenté par Montaigne dans ses "Essais" (Livre 1, chapitre XXIV). Deux textes mis en exergue par Corneille.

 

5 actes pour dénouer la conjuration fomentée par Cinna et Maxime et suggérée par Emilie qui en veut fortement à Octave César Auguste, l'Empereur de Rome. En effet, son père Toranius a été proscrit et tué sur ordre d'Auguste. D'ailleurs, Auguste est considéré par le peuple comme tyran et le tuer permettrait de redonner la liberté à Rome.

 

Emilie dit à l'acte I, scène 2 :

"Et faisons publier par toute l'Italie :

"La liberté de Rome est l'oeuvre d'Emilie ;

On a touché son âme, et son coeur s'est épris ;

Mais elle n'a donné son amour qu'à ce prix."

 

Cinna est prêt à tout pour l'amour d'Emilie. Toutefois, à un moment il doute de l'intérêt de cette conjuration, surtout qu'Auguste l'a reçu avec son ami Maxime pour leur demander leur avis sur l'intérêt pour l'Empereur de rester au pouvoir, car il se sent usé, fatigué.

 

Mais Emilie ne lâche pas sa pression, sans savoir qu'un traitre, Euphorbe (affranchi de Maxime) va dénoncer la conjuration auprès d'Auguste. Maxime n'est pas étranger à cette trahison. Comment va réagir Auguste ? Le dénouement sera révélé dans la dernière scène, tenant en haleine le spectateur. La clémence devrait être sa sentance d'autant que le premier titre de la pièce était "Cinna ou la Clémence d'Auguste". Le titre est devenu "Cinna" pour tenter de laisser quelque "suspens".

 

Cette Clémence est historique et Corneille est vraiment resté fidèle au récit de Sénèque.

 

Aime-t-on encore lire les tragédies classiques de nos jours? La rhétorique politique est parfois lassante mais le rythme général de la pièce nous laisse un certain plaisir de lecture. Je ne cacherai pas que Shakespeare et Calderon m'ont tout de même plus passionnés car plus "originaux", plus poétiques, moins "plaqués" que ces alexandrins rythmés sans faille par Corneille. La seule "fantaisie" vient que le drame a ici un "happy end", personne ne mourant à la fin de la pièce.

 

Bonne lecture,

 

Denis.

Cinna de Pierre Corneille (Livre de Poche)
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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 21:48
Est-ce que tu m'entends? d'Hugues Royer (L'Archipel)

Est-ce que tu m'entends? de Hugues Royer

(L'Archipel - avril 2014 - 320 pages)

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"Aussitôt qu'elle avait quitté son travail, Eden Andrieu se plongeait dans le premier mouvement du Concerto pour piano N°2 de Rachmaninov. Les écouteurs de son IPOD vissés sur ses épaules, elle se connectait en un éclair avec son univers. (...) / Ce lundi-là, pourtant, un phénomène inhabituel se produisit. Entre deux rafales d'arpèges, il lui sembla qu'une voix lui parlait". (Prologue - première page)

Ainsi débute cet étrange roman qui vient de paraitre aux Editions de l'Archipel. Car très vite, on va savoir quelle est cette voix qui parle aux vivants depuis le ciel où elle a pris place après sa mort brutale : celle du père biologique de la jeune Eden, 19 ans, caissière, pour payer ses études de psychologie. Sa mère, Kristina, l'a arrachée à William, son père, quand elle avait 18 mois. Depuis, elle n'a jamais plus vu ce père. Sa mère l'a également abandonnée si bien que ses parents ont été ceux qui l'ont adoptée.

Alors donc, William était en voiture avec son amie japonaise Katsuko quand un chauffard ivre est venu en sens inverse sur l'autoroute les percuter et tuer sur le coup William. "Je venais de voir un type couvert  de sang qui était censé être moi, mais je n'arrivais pas à y croire. Je ne souffrais pas. Aucune douleur, pas la moindre plaie apparente, pas la moindre courbature. Comment cet homme qui me ressemblait pouvait-il être mort alors que je me sentais en pleine forme ?" (page 22).

 

William Delmar est un auteur reconnu après avoir écrit des textes percutants pour des séries TV et cette mort brutale a ému le monde des medias. Le "criminel" est un jeune infirmier qui a bu beaucoup d'alcool ce soir-là et il n'a plus aucune lucidité pour se rendre compte qu'il a pris une bretelle d'autoroute à contresens. Katsuko survit mais William est mort et Achille Nucci comprend aussitôt ce qu'il a fait. Il va essayer de voir Katsuko pour lui expliquer pourquoi il avait bu avec son père ce soir-là, qui aurait dû être un bon moment entre William et Katsuko à Deauville où ils se rendaient.

 

Le roman se compose de courts chapitres en trois parties : l'errance, l'espoir et l'adieu, écrits par William, le narrateur "d'outre-tombe" et entrecoupés de chapitres en italique qui suivent l'itinéraire d'Eden écrits par un narrateur extérieur. La grande originalité de ce livre vient de ce que l'essentiel de la vie après la mort est racontée par le mort qui raconte ainsi son enterrement, le rapprochement entre Achille et Katsuko, les problèmes d'héritage alors que sa fille apprend qu'il est mort par le notaire et puis aussi et surtout les "retrouvailles" avec Eden. L'avantage d'être mort c'est aussi dans le ciel de revoir ceux qui sont morts avant soi : le père, la grand-mère. Et le prénom de sa fille, Eden, est très symbolique dans cet "entre deux mondes" que vit William.

 

Et n'oublions pas le titre du livre : "Est-ce que tu m'entends ?", car William veut communiquer avec les vivants et infléchir leurs décisions : Serait-il possible que Katsuko soit amoureuse du chauffard ? Eden pourrait-elle terminer le manuscrit inachevé de son père, encore faut-il que le manuscrit soit découvert ? ... William arrive à faire passer des "fluides", des mots chuchotés afin qu'il achève son oeuvre terrestre avant de mourir définitivement pour les vivants. Et son bonheur est d'avoir retrouvé Eden et d'être fier d'elle.

 

Je craignais vraiment qu'une telle histoire "surnaturelle" m'ennuie. Et bien non, j'ai pris un réel et grand plaisir à lire ce livre, fluide, bien écrit et qui sait nous fasciner si bien que l'on a envie de savoir comment vont évoluer ces personnages "choqués" depuis la mort brutale de William, chacun selon le rôle qu'il a tenu dans la vie de l'écrivain.

 

Merci à l'éditeur L'Archipel et à Sybille de LP Conseils pour l'envoi de ce livre et cette lecture très attachante.

 

L'auteur Hugues Royer a écrit plusieurs livres dont des biographies d'artistes : Francis Cabrel et Mylène Farmer. C'est dire qu'il connait bien le monde des médias et de la littérature qu'il décrit à travers ce livre, non sans quelque humour. L'auteur a un site Internet que je vous invite à aller voir : http://huguesroyer.wordpress.com/

 

Bonne lecture,

 

Denis

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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 21:04
La vie est un songe de Pedro Calderon (Livre de Poche)

La vie est un songe de Pedro Calderon de la Barca

(Classiques de Poche - Le livre de poche 200 pages)

Traduction de l'espagnol par Antoine de Latour,

revue par Didier Souiller

Introduction, commentaires de Didier Souiller

Titre original : La vida es sueño

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L'Espagne est très puissante au XVIIe siècle de par ses conquêtes en Amérique. Ce "siècle d'or" est très fructueux en matière artistique. Ce siècle s'est fondé aussi sur des valeurs : l'honneur, le service du roi et le divin, ce que l'on retrouve dans le théâtre de l'époque.

"La vie est un songe", écrite vers 1627-1629, développe une réflexion sur la liberté, le destin et le sens du monde, un monde piège illusoire. L'homme doit se déprendre du monde qui l'aliène et le conduit à sa perte. L'autre vie, celle d'après la mort, est la seule réelle, lorsque l'on franchit la porte de la mort.

 

Trois hommes dominent le théâtre de cette époque : Lope de Vega (1562-1635), Calderon (1600-1681) et Tirso de Molina (1579-1648). C'est l'âge du baroque européen où le rythme classique énoncé par Aristote est bafoué. Seule la France restera fidèle aux 3 unités dictées par l'Antiquité : temps, lieu et action. La littérature baroque s'interroge sur l'image d'un homme assailli par ses passions d'où la recherche obsédante de la connaissance de soi (cf. Descartes, Pascal ...).

La grande leçon du drame baroque est que le monde est un théâtre où tout le monde joue la comédie sous l'oeil de l'autre. Ainsi, l'erreur et l'illusion (ici le songe) sont les maîtres mots.

(Informations issues de la très riche présentation faite par Didier Souiller) 

 

Trois journées composent cette pièce. Trois moments phares autour de Sigismond, héritier du trône de Pologne. Et oui, à l'époque, il valait mieux transposer les scènes de Cour loin du pays de l'auteur.

Et Sigismond est le mal aimé. Son père, Basilio, l'a écarté de tout espoir de pouvoir dès sa jeunesse au point qu'au début de la tragédie, il est enfermé dans une tour loin des regards, gardé par un vieillard Clotardo. C'est là que Rosaura et Clarin arrivent par hasard un soir, entendant la voix plaintive et monotone de l'infortuné prince.

Soudain, Basilio se décide à mettre à l'épreuve du pouvoir son fils. Il imagine alors un stratagème : l'endormir et le droguer pour le sortir de sa tour et l'amener au palais. C'est alors le thème de la 2e journée : comment Sigismond va se comporter ? Il se montre très gauche mais non ridicule. Et puis, surtout, il prend cette aventure dont il ne comprend rien pour un "songe", un rêve qu'il est en train de vite. D'ailleurs, quand il va retourner dans sa tour, il va être persuadé de vivre dans un rêve.

Fin de la deuxième journée : "Dans ce monde , en conclusion, chacun rêve ce qu'il est, sans que personne s'en rende compte. Moi, je rêve que je suis ici, chargé de ces fers, et j'ai rêvé que je me voyais dans une autre condition plus flatteuse. Qu'est-ce que la vie ? - Une fureur. Qu'est-ce que la vie ? - Une illusion, une ombre, une fiction, et le plus grand bien est peu de choses, car toute la vie est un songe, et les songes mêmes ne sont que songes".

 

Et puis, le peuple va comprendre que Sigismond est bafoué dans ses droits, car Adolfo, duc de Moldavie, devrait succéder à Basilio. Alors, le peuple se révolte et libère le prince de sa tour pour le porter vers la guerre et la prise du pouvoir. C'est alors que Rosaura prend partie pour Sigismond, espérant pouvoir l'espérer, mais le destin d'un prince est tracé et c'est Estrella qui lui est promise s'il parvient à conquérir le pouvoir.

 

Nous avons ici un drame baroque passionnant, axé sur la métaphysique et la réflexion sur la vie, sur le destin humain "romanesque", rêvé avec espoir d'un "ailleurs meilleur". Un certain fatalisme s'est installé chez Sigismond dont il doit se réveiller... Une magnifique pièce à lire, découvrir et méditer, en un siècle difficile, de mutation qui va lentement vers les "lumières" du XVIIIe siècle.

 

Bonne lecture,

Denis.

Livre lu dans le cadre du cycle "2014 - je lis du théâtre"

Livre lu dans le cadre du cycle "2014 - je lis du théâtre"

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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 21:38
Les Jui(f)ves de Robert Garnier (Belles Lettres)

Les Jui(f)ves de Robert Garnier

(Belles Lettres - Les textes français - 1949)

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La tragédie "Les juives" (juifves dans la version originale) a sans conteste la première place dans le théâtre de la Renaissance par son intérêt psychologique, ses effets pathétique et par la beauté du style.

1534 pourrait être l'année de naissance de Robert Garnier, mais plusieurs événements et documents feraient pencher pour 1545-1546. Il est mort en 1590. Né dans le Maine, il fait ses études à Toulouse et exerce ensuite des fonctions d'avocat et de magistrat. Il écrit des poèmes, des tragédies et une tragi-comédie "Bramante". Sa dernière tragédie est "les Juifves", tirée de la Bible et des récits de Flavius Josèphe.

 

Garnier a gardé pour sa pièce les deux antagonistes qui ont réellement existé : Nabuchodonosor, roi d'Assyrie  et Sédécias, roi des juifs. On y trouve aussi Nabuzardan, général du roi d'Assyrie et Amital, la mère du roi des juifs Sédécias.

 

Au début de la tragédie, la ville de Jérusalem a été prise et les fuyards ont été capturés. Les trois unités de la poétique d'Aristote sont respectées : unité d'action, de temps et de lieu.

 

Le propos principal de Garnier est d'inspirer la terreur et la pitié. Quant à Amital, elle apparait dans 4 des 5 actes, ce qui en fait le personnage principal. Elle est le porte-parole des juives.

 

L'acte I se présente comme une apostrophe du prophète envers Dieu, le peuple juif et sa nation. Le choeur rappelle qu'Adam et Eve sont cause du malheur des juifs. Dieu a "lâché" son peuple...

 

Dans l'acte II apparait Nabuchodonosor qui se confie à Nabuzardan sur les sanctions qu'il souhaite infliguer à ses prisonniers. Il envisage de tuer leur roi. Le choeur s'exclame pour espérer que leur voix portera pour que la clémence vienne jusqu'au roi assyrien. Amital, de son côté, parle avec la reine d'Assyrie, laquelle lui demande de raconter ses malheurs. Elle compatit mais ne croit pas pouvoir convaincer Nabuchodonosor.

 

L'acte III donne la parole à la reine qui essaie de convaincre son mari d'être clément  mais il lui répond que ce peuple doit être châtié au travers de son roi. Amital offre son corps à la mort plutôt que celle de son fils. Sédécias (devenu ici Sédécie), dans l'acte suivant ne va pas aider à sa défense quand il dit à Nabuchodonosor que Dieu est unique et qu'il n'est pas question de se soumettre. Le prévôt, alors, vient annoncer le verdict. Les enfants seront tué et le roi deviendra aveugle. Les juives pleurent ce sacrifice ridicule... Le dernier acte, assez court, redonne la parole au prophète qui raconte ce qui s'est passé...

 

Nous voyons que cette tragédie ne reprend pas les thèmes mythologiques grecs ou romains, mais le catholicisme de Robert Garnier l'a conduit à s'intéresser à un épisode douloureux de la Bible.

 

Tout comme pour l'autre pièce du XVIe siècle que j'ai lue en mars de Jodelle , le texte lu dans le texte original de l'oeuvre n'est pas simple car l'écriture de l'époque a des subtilités qui échappe au français moderne et a quelque peu gâché le plaisir de lecture. Et il y a des longueurs qui pourraient être évitées.

Ceci dit, comme pour "Cléôpatre captive" de Jodelle, j'ai pris un grand intérêt "littéraire" à lire cette pièce. Je pourrai, dans la continuité de cette année "histoire du théâtre" mieux appréhender les évolutions du théâtre qui vont me conduire en avril à arpenter le XVIIe siècles si riche avec Shakespeare, Calderon, Corneille, Molière et Racine.

 

Bonne lecture,

Denis

Livre lu dans le cadre du challenge d'Ankya "2014, je lis du théâtre"

Livre lu dans le cadre du challenge d'Ankya "2014, je lis du théâtre"

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