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27 septembre 2014 6 27 /09 /septembre /2014 21:03
Ondine de Jean Giraudoux (Livre de Poche)

Ondine de Jean Giraudoux (Le Livre de Poche - 160 pages)

Préface, commentaires et notes de Colette Weil

Pièce en trois actes (1939)

d'après le conte de Frédéric de La Motte-Fouqué

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Ondine est d'abord un retour et un adieu, compte tenu du contexte politique de 1939, aux sources germaniques de l'inspiration de Jean Giraudoux (1882-1944). Il rend, avec cette pièce, hommage à son prédécesseur romantique, "Le Percifal des écrivains" : Frédéric de La Motte-Fouqué. Toutefois, il se démarque aussitôt du conte de 1811 : "J'ai gardé de la nouvelle son titre, son sujet et la ligne générale. Pour le reste, tout est modifié. Les personnages ne sont plus les mêmes, leurs noms sont changés, l'action même est différente. J'ai écrit si vous voulez, une divagation sur le sujet d'Ondine, qui est une pure féérie sans attaches avec la vie réelle " (Paris Soir - 4 mai 1939).

Et c'est donc bien une féérie : Ondine marche sur l'eau par exemple. Cependant, Ondine est avant tout un conte tragique d'amour et de mort.     

(Présentation succincte inspirée des notes de Colette Weil)

C'est Louis Jouvet (1887-1951) qui a créé la pièce le 4 mai 1939 au théâtre de l'Athénée.  Il y joue le rôle du Chevalier Hans tandis que Madeleine Ozeray (1908-1989), actrice belge mariée à Louis Jouvet, interprète le rôle d'Ondine. 

Cette pièce est devenue l'oeuvre fétiche de Charlotte Delbo pendant sa déportation à Auschwitz, elle qui fut avant guerre l'assistante de Louis Jouvet et qui connut ainsi Ondine.                

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Trois actes, trois lieux et aucune unité de temps, c'est dire que Ondine n'est pas une pièce "classique" en ce début du vingtième siècle où l'on aime revisiter les mythes anciens, ce que fit d'ailleurs Jean Giraudoux avec Electre, Amphitryon ou Siegfried...

Les ondines, dont le nom dérive du mot « onde », sont des génies des eaux dans la mythologie germanique (où elles sont également désignées sous le terme de « nixe ») ou alsacienne. (Wikipedia)

 

On est donc encore dans la légende, le mythe avec Ondine.

L'acte I se passe dans la cabane de pécheurs d'Auguste et Eugénie. On les voit inquiets parce que leur fille de 15 ans n'est pas rentrée alors que l'orage gronde. Et au lieu de la voir arriver, c'est un Chevalier errant qui se présente à eux. Ils lui offrent l'hospitalité et Eugénie lui prépare une truite. Survient alros Ondine, survoltée et dès qu'elle voit le Chevalier, Hans, elle lui dit qu'il est beau et qu'elle veut l'épouser. Il accepte bien qu'il vient de dire à ses parents "adoptifs" (ils lui disent l'avoir recueillie après la disparition de leur fille) qu'il doit épouser Bertha, fille adoptive du Roi. Ondine vit sur l'eau et dans le lac, en grande liberté. Elle est belle mais plus "fée" que femme.

 

L'acte II se passe dans la salle d'honneur du palais du Roi. Le Chambellan prépare la fête qui va permettre au Roi de connaitre l'épouse du Chevallier. Ondine se présente tandis que Bertha est présente de par son rang. Hans a rétrogradé dans le niveau de rang de la Cour de par son mariage avec une femme non noble. Tout de suite, Ondine, qui veut dire la vérité et rien que cela, se révèle impertinante ce qui blesse Hans car il sait que cette fois il va être complètement discrédité. La personnalité d'Ondine plait à la Reine qui lui parle en privé car elle veut qu'elle laisse Hans épouser Bertha. Elle pourra toutefois habiter avec eux, ce qu'elle accepte. Seulement, elle a autorisé le Roi des Ondins à tuer Hans s'il est infidèle à Ondine.

 

Le dernier acte se situe au chateau d'Hans, le matin de son mariage avec Bertha. Pour sauver Hans, Ondine, de retour après six mois d'absence, devant les juges venus au château dans l'espoir de la trouver et de la juger, avoue l'avoir trompé avec Bertram, un autre Chevalier de la Cour. Des témoins viennent dire au Juge qu'Ondine a toujours été bonne pour eux. La sentance tombe : la décapitation... Mais Hans devra-t-il mourir pour avoir de son côté trompé Ondine avec Bertha !!!

 

Il faut se laisser porter par la beauté et l'immortalité d'Ondine, sans chercher à y trouver de la rationnalité. Le texte est très bien écrit mais j'avoue ne pas avoir été vraiment conquis par la pièce, de facture trop classique sans doute, malgré l' histoire féérique et extra-ordinaire. Il est certain que le théâtre des années cinquante l'a révolutionné et Giraudoux semble être un auteur du passé. Les puristes ne seront pas d'accord avec moi, c'est certain.

 

Bonne lecture,

Denis

 

Lecture qui se rattache au challenge d'Ankya

Ondine de Jean Giraudoux (Livre de Poche)
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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 16:36
Redburn ou sa première croisière d'Herman Melville (Gallimard)

Redburn ou sa première croisière d'Herman Melville

(Gallimard - Du monde entier - 390 pages - édition de 1976)

traduit de l'anglais (USA) par Armel Guerne

Préface de Pierre Mac Orlan (1951)

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N'oublions pas le long sous-titre qui résume l'objet du roman : "Confessions et souvenirs d'un fils de famille engagé comme mousse dans la marine marchande américaine".

 

Et cette édition reprend la préface de Pierre Mac Orlan qui rappelle l'intérêt de Melville pour la mer et Redburn tient beaucoup de sa propre expérience.

Le conseil de Mac Orlan à la fin de sa préface devrait donner envie à chacun de lire cet auteur américain : "Herman Melville est un homme extraordinaire, armé jusqu'aux dents par ses expériences avant d'entrer dans les étranges paysages de sa fantaisie toujours généreuse. On ne saurait trop conseiller à ceux qui veulent le suivre dans ces paysages incomparables de faire attention. Dans les Edens d'Herman Merville, il ne faut pas nécessairement prendre les fleurs pour des fleurs, les fruits pour des fruits ; mail il faut demander au concierge du livre la clé pour visiter à l'intérieur. Et ce serviteur n'est pas tout à fait de ce monde".

 

Redburn raconte "sa première croisière" dans ce roman. Alors, tout de suite, en suivant les conseils de Mac Orlan, il faut "un décodage" pour comprendre le sens de cette histoire.

Dans l'esprit de beaucoup, la croisière est une aventure heureuse à bord d'un navire. Et bien là, il valait mieux ne pas prendre son billet pour monter à bord du "Highlander" mené d'une main de fer par le Capitaine Riga.

Redburn, bien jeune et bien naïf, a vu une annonce dans un journal. Peu après il arrive à New York et par l'entremise d'un ami de son frère, il se fait engager comme mousse à bord du navir, direction Liverpool.

Mais en ces années (le voyage de Melville qui a inspiré ce roman est de 1839), la navigation est rude et longue. Et les rêves de Redburn sont vite remis à plus tard, car personne ne se fait de cadeaux à bord du navire ettrès vite il devient un des bouc-émissaires à bord. Il n'est pas de ce monde, c'est évident et ses allures, sa façon d'être et de parler n'a rien à voir avec ces hommes rustres, brutaux, mal polis qui sont ses "compagnons" de voyage. Il est mousse, donc au bas de l'échelle, et personne ne le respecte en tant qu'être. Il est corvéable à merci et n'a pas droit au chapitre.

 

Page 50 : "Et ce sont là les hommes, pensais-je par devers moi, avec qui il me faut vivre ; les hommes avec qui je vais partager tout le temps la nourriture et le sommeil ! En outre, je commençais à me rendre compte qu'ils ne se montraient pas très aimables avec moi."

 

Le Highlander transporte des marchandises mais a également à bord des passagers. Redburn explique dans le détail cette traverse faisant de très beaux portraits des marins et des passagers et racontant par le menu le travail et la vie à bord.

 

La traversée est longue mais Liverpool finit par se montrer au loin au terme d'une trentaine de jours!!! Et là encore, c'est une déception pour Redburn :

Page 162 :" Bien sûr, je ne m'imaginais tout de même pas que chaque immeuble de Liverpool serait la tour penchée de Pise ou la cathédrale de Strasbourg, non! mais je dois avouer, malgré tout, que ces affreux édifices furent pour moi une triste et très amère déception".

 

Beaucoup d'humour chez Redburn qui continue à aller de déception en déception ! Et quand il va aller se promener dans Liverpool avec son vieux "guide touristique" qui l'avait tant fait rêver, il ne retrouve rien des descriptions des lieux. Tout est devenu laid et la longue escale va être aussi une longue période de désillusions. Heureusement, il va rencontrer Harry Bolton, un ancien riche londonien déchu. Il croit trouver en son ami un allié de son "rang" qui va l'aider à mieux supporter ce séjour. Mais, là aussi, il va être déçu, notamment quand Harry l'emmène à Londres.

Au lieu de visiter la capitale et s'extasier devant ses monuments mythiques, il va rester juste une nuit dans une chambre et repartir le matin avec un Harry survolté, encore plus ruiné qu'avant d'arriver à Londres. Il décide alors de s'engager à bord du Highlander pour aller à la conquête de l'Amérique. Ce sera là la seule bonne nouvelle que son ami lui aura annoncé.

 

Et arrive le temps du retour vers New York, et cette fois contre "vents et tempêtes" ce qui rend le voyage périlleux, long et laborieux.

Harry apprend à son tour ce qu'est la vie difficile d'un mousse à bord.

Page 315 : "Oh ! comme ils t'ont fait la chasse, Harry, mon beau zèbre ! nos barbares de l'océan, nos insensibles, nos grossiers matelots ! Comme ils t'ont pourchassé du beaupré au grand mât, et traqué dans toutes tes retraites !"

Et puis, dans ce sens Liverpool - New York, ily a de nombreux émigrants, entassés pour les plus pauvres dans les cales. Et la nourriture va manquer du fait des retards occasionnés par le "gros temps". Malades, atteints par les fièvres, beaucoup meurent et sont jeter à la mer.

 

New York sera le port de la séparation des deux amis et la fin de cette "croisière" de l'enfer devrions-nous dire!!

 

Je n'ai pas peur de dire que ce livre est un CHEF D'OEUVRE absolu. Les descriptions, les portraits, les événements... tout est génial dans ce livre où le tragique cotoie l'humour car Redburn a une âme de naïf éclairé qui veut croire qu'il y aura du mieux à un moment ou à un autre.

 

A lire sans hésitation, comme quoi la littérature américaine a de grands auteurs depuis très longtemps !!!

 

Pour rappel, Herman Melville est né en 1819 près de Manhattan et mort en 1891 à New York, oublié de presque tous et redécouvert au 20e siècle notamment avec "Moby Dick" mais n'oublions pas ces autres oeuvres dont ce magnifique "Redburn".

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Livre lu notamment dans le cadre du "challenge de littérture américaine"  dont on peut suivre le "fil" sur facebook.

Les billets des blogs sont à déposer ici :

http://plaisirsacultiver.wordpress.com/2014/09/02/billet-recapitulatif-du-mois-americain-2014/

Redburn ou sa première croisière d'Herman Melville (Gallimard)
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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 10:52
(Edition différente sur la couverture de celle reprise ici chez le même éditeur)

(Edition différente sur la couverture de celle reprise ici chez le même éditeur)

Créanciers (ou les mauvais comptes) d'August Strindberg

(Circé / théâtre - 95 pages)

Traduction de Jean-Claude Amyl et Marc-Vincent Howlett

Préface de Marc-Vincent Howlett

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August Strindberg (1849-1912) n'eut d'autre horizon que celui de la souffrance. D'avoir trop aimé les femmes, il a fini par en avoir la haine le menant par ses excès y compris littéraires aux portes de la folie.

Lorsque dans l'été 1888, Strindberg écrit "Créanciers" en une quinzaine de jours, juste après avoir terminé "Mademoiselle Julie", il est persuadé d'avoir écrit "une nouvelle tragédie naturaliste meilleure que Mademoiselle Julie".

Il s'agit de la vengeance d'un homme (Gustave) clamant haut et fort qu'il a été vampirisé par son ex-femme (Tekla), convainquant alors son ami (Adolphe), le nouveau mari, qu'il va subir le même sort que lui, sans avouer à Adolphe que c'est lui l'ex-mari.

Gustave est un homme du passé qui n'en finit pas de périr dans un présent mortifère  ;  Adolphe est soumis à un présent vacillant ; Tekla est présente pour le futur. Les deux hommes sont dans l'échec, seuls et impuissants ; elle, est une femme entourée, désirée...

(Présentation inspirée de la préface à ce livre par Marc-VIncent Howlett)

 

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Trois personnages : Tekla, Adolphe (son mari peintre) et Gustave (son premier mari, professeur de lycée)

Un décor : un salon dans une station balnéaire

Ni acte, ni scènes pour ce drame à trois.

Un début avec Adolphe et Gustave; puis Gustave se cache dans la pièce d'à côté pendant que Tékla et Adolphe se parlent et enfin Adolphe sort de la pièce tandis que Gustave feint d'arriver et découvre Tekla (Adlphe est à son tour dans la pièce d'à-côté et entend ledialogue qui va lui faire découvrir les liens passés entre Gustave et Tékla

 

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Peu de mouvements donc mais des propos sans concessions entre ces trois personnages qui ne seront réunis qu'à la dernière page de la pièce. Trois duos pour dire le mal de vivre d'hommes "trahis" par une femme qui a pris toute leur substance en aimant un autre quand le temps de l'amour est passé. Vous aurez compris que ce texte est très misogyne et qu'il risque de "choquer" les femmes sensibles...

Adolphe a épousé Tekla alors que le fils de son premier mariage n'est plus avec elle car il ressemblait trop à son mari, un mari qu'elle qualifiait d'ailleurs d'idiot. Il dit ausi l'avoir connue pendant le voyage de son premier mari... Pour Gustave entendre tout cela ne peut que l'inciter à se montrer aigri. Il peut alors répondre à Adolphe qui ne sait pas qui est le premier mari, qu'il sera lui aussi pris dans les filets de cette femme. Il dit la connaitre et l'avoir vue avec des jeunes gens sur un bateau cet après-midi. Il incite Adolphe à se rebeller, ce qu'il fait quand il retrouve son épouse.

Très vite elle comprend qu'il est sous l'emprise d'un homme qui l'a conduit à parler ainsi. Il latraite même de coquette. Mais quand Gustave vient à son tour auprès d'elle et qu'Adolphe s'est retiré, Tekla se sent capable de recommencer une aventure amoureuse avec Gustave. Elle séduit, aime être séduite... Adolphe ne peut que comprendre derrière la porte combien les sentiments peuvent être volatiles...Chacun est un "crancier" qui vient frapper à la porte...

 

L'atmosphère est tendue, lourde, tout au long de ces dialogues, presque des monologues, tellement chacun est dans "son monde" et qu'il convient d'aller vers celui de l'autre.

 

Une lecture "terrible" mais qui permet de cerner l'univers douloureux de l'auteur.

Denis

 

Lecture faite notamment dans le cadre du cycle proposé par Ankya "En 2014, je lis du théâtre.

 

Pour mémoire, c'est ma 21e lecture "chronologique" du théâtre mondial.

Prochaine lecture, pour le cycle du 20e siècle : "Ondine" de Jean Giraudoux (1939)

 

Créanciers d'August Strindberg (Circé / Théâtre)
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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 20:26
Les feuilles mortes de Thomas H. Cook (Gallimard -Série noire)

Les feuilles mortes de Thomas H. Cook

(Gallimard - Série noire - 280 pages - Août 2008)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par L.

Titre original : Red Leaves - 2005 

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Eric Moore tient une boutique de photographie à Wesley, USA. Il est marié avec Meredith et a un fils, Keith, plutôt taciturne et enfermé dans son monde d'adolescent de 15 ans, très introverti. Un soir, les voisins téléphonent demandant si Keith peut venir garder leur fillette de 8 ans, Amy car ils doivent sortir et la baby-sitter n'est pas disponible. Keith a déjà gardé Amy donc il accepte sans difficulté. Il téléphone à son père pour lui dire qu'il ne rentrera pas directement mais sera à la maison avant minuit. Et de fait, il rentre vers minuit. Eric ne dit rien mais a cru voir des phares et une voiture s'éloigner ensuite. Quant à Eric il dit être rentré à pied.

 

Le lendemain matin, Vince Giordano téléphone pour dire qu'Amy a disparu et il vient de s'en apercevoir. Il veut absolument savoir ce qui s'est passé le soir précédent et Eric promet d'interroger Keith et de le rappeler. Keith n'a rien de spécial à dire. Il lui a racontéune histoire vers 20h30 puis elle s'est endormie. Rien de plus. Il dit être resté sans sortir, se faisant livrer une pizza.

 

Keith demeure le suspect principal aux yeux des policiers, y compris pour les Giordano. Eric finit par s'interroger sur la sincérité des propose de Keith car il reste persuadé qu'il a menti sur les conditions de son retour au domicile, si bien qu'il peut avoir menti et au fil des jours, il devient aussi suspect aux yeux de son père puis de sa mère.Il pourrait fort bien être pédophile.

 

Comme Keith est parti chez les Giordano avec Warren, le frère d'Eric, il devient suspect à son tour, car il aurait pu être complice pour un enlèvement dans sa voiture.

 

L'enquête piétine, car malgré des soupçons grandissants sur Keith dont des photos de fillettes nues dans son PC, aucune preuve ne peut le "confondre". Le pyjama d'Amy a été retrouvé mais rien de plus...

 

Tous ces tourments compliquent la vie quotidienne d'Eric et le rendent dubitatif. Il a tendance à faire des conclusions attives et surtout se retourne vers son passé familial : Jenny, sa soeur, est morte très jeune d'une tumeur ; sa mère est morte, peut-être par suicide ; son père a fait faillite entraînant la ruine familiale tant au niveau financier qu'au niveau psychologique. Et Warren, vieux célibataire, ivrogne, peut-être pédophile !!! Et sa femme qui pourrait avoir une liaison...  Tout cela tourne dans sa tête et il veut savoir au point de tourmenter son père et son frère avec ses questions incessantes. Il veut connaitre la vérité, au risque de tout détruire autour de lui. Cet enlèvement l'a rendu "fou" !!! ...

 

Un très bon thriller vu du point de vue d'Eric avec des rebondissements et une fin surprenante, empreinte de violence. Mais j'en ai déjà trop dit... Il faut se laisser conduire par ce roman prenant, écrit sans fioritures. On est dans le "minimalisme" des actions autour de ces personnages dont on ne sait jamais si la vérité sortira ou si chacun restera dans son vécu et sa vision de sa propre vie.

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Livre lu notamment dans le cadre du "challenge Le mois américain"

Les feuilles mortes de Thomas H. Cook (Gallimard -Série noire)
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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 21:27
Sur la grand-route d'Anton Tchékhov (Bouquins - Laffont)

Sur la grand-route d'Anton Tchékhov

(Théâtre - Robert Laffont - collection Bouquins)

Traduit du russe par Denis Roche et Anne Coldefy-Faucard -----------------------------

Sous-titrée "Etude dramatique en un acte"

 

Tchékhov écrit à Léïkine le 4 novembre 1884 :"J'écris une petite bêtise pour la scène, quelque chose de tout à fait raté". Phrase emplie de modestie et de prudence, écrite au rédacteur des "Eclats" pour s'excuser de ne pas publier ce texte dans son journal.

"Sur la grand-route" est une transposition pour la scène du récit "En automne". On y retrouve le cabaret de Tikhone, lieu de l'action. Thcekhov traite avec beaucoup plus de détails la clientèle du cabaret. Un nouveau personnage, le vagabond et voleur Merek apporte un supplément de tension dramatique.

La pièce, présentée à la censure en 1885 n'en reçoit pas l'agrément, sans doute parce qu'il était question dans la pièce d'un barine ivrogne, ce qui ternissait la "représentation" officielle du barine. La pièce fut publiée en 1914 pour le 10e anniversaire de la mort de Tchekhov et la première eut lieu alors mais la critique y trouve beaucoup de défauts. (Texte inspiré par la présentation du texte par Jean Bonamour)

 

Quand on a lu, comme moi, tout le théâtre de Tchékhov : "Les trois soeurs", "La cerisaie", "Platonov", "La mouette" ou "L'oncle Vania" il n'y a plus que ces courtes pièces à lire telles celle-ci. Des "expérimentations" d'ailleurs.

 

Tchékhov plante magistralement le décor : "Le cabaret de Tikhone. A droite, comptoir et bouteilles. Au fond, la porte d'entrée. Au-dessus de la porte, à l'extérieur, pend une lanterne rouge, graisseuse. Le plancher et les bancs, qui entourent les murs, sont occupés par des pèlerins et des passants. Beaucoup d'entre eux, faute de place, dorment assis. Nuit profonde. Au lever du rideau on entend le tonnerre, et on voit par lesinterstices de la porte le reflet des éclairs".

 

Vous aurez compris que dès la didascalie d'introduction, on entre de plein pied dans un texte "littéraire". Tchekhov n'écrit pas ces scénettes à l'emporte-pièce. Il s'applique à décrire ses personnes, à leur donner une consistance en quelques mots, à nous offrir un texte fort avec ces personnages étranges et marginaux.

 

Six personnages au départ parmi tous ces inconnus venus se réfugier dans et autour du cabaret et au fil des 4 scènes, un nouveau personnage arrive de l'extérieur : Mérik, le vagabond voleur, homme sans gêne qui prend la place du rêveur qu'est Fédia, accordéoniste à ses heures ; Kouzma, moujik qui a travaillé pour le barine Bortsov et qu'il retrouve ici en ivrogne, tandis qu'il fut un homme si puissant, ruiné par une femme et à la dernière scène un cocher.

 

Bortsov veut boire mais Tikhone lui refuse un nouveau verre car il sait qu'il ne sera pas payé. Chacun est en route vers un destin bien souvent mal défini. Savva fait un "tour du monde" avec pour objectif Jérusalem. Merik est en quête d'argent ou d'objets à voler et Fédia joue de l'accordéon pour donner un peu de joie à ces gens-là.

 

On se prend au jeu et on se croirait au milieu de ces "paumés" en quête d'un avenir incertain qui pourrait aussi bien mener au suicide, l'alcool en étant une forme pour Bortsov.

 

Trente pages réjouissantes pour se rappeler que la littérature russe a offert des auteurs et des livres de grande qualité.

Denis

 

Livre lu notamment dans le cadre de mes lectures autour du théâtre et à travers le challenge d' Ankya "En 2014, je lis du théâtre".

Sur la grand-route d'Anton Tchékhov (Bouquins - Laffont)
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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 20:46
Long week-end de Joyce Maynard (Philippe Rey)

Long week-end de Joyce Maynard

(Philippe Rey - janvier 2010 - 285 pages)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise Adelstain

Titre original : Labor Day - 2009

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Quand on a lu "L'Attrape Coeur" (1951) de J.D. Salinger (1919-2010 ), on a envie d'en savoir plus sur Joyce Maynard (née en 1953) qui a eu une aventure d'un an en 1972 avec l'auteur. Un auteur anti-médiatique qui n'a pas accordé d'entretiens, n'a pas publié pendant 40 ans... Et cette jeune étudiante de 19 ans vient voir ce monsieur, son aîné de 34 ans. Je lirai plus tard son livre "Et devant moi, le monde" qui raconte son éblouissement devant l'écrivain. Je voulais donc découvrir Joyce Maynard, comparée à Françoise Sagan !!! pour avoir publié très jeune et s'être montrée de grand talent.

Ce livre, donc !! Un chef d'oeuvre, non !! Un très bon roman avec du suspens, oui.

Henry vient d'avoir 13 ans et il vit seul avec Adele, sa mère depuis que son père les a quittés pour vivre avec une nouvelle femme avec qui il a eu une fille. Ils sortent peu, sauf pour aller faire des courses au supermarché ou pour aller à la banque. A chaque fois, c'est Henry seul qui s'y rend, sa mère l'attendant dans la voiture. En ce jour de canicule et de veille du long week-end de Labor Day de 1987, ils vont tous les deux au supermarché pour acheter quelques affaires en prévision de la rentrée scolaire qui suivra le Labor Day. Un homme, Franck, aborde Henry qui voit que l'homme est blessé à la tête et à une jambe. Il dit être passé par accident à travers une fenêtre et demande du secours au jeune adolescent, lui disant qu'il aurait besoin d'aller chez lui pour se soigner. Henry en parle à sa mère qui accepte de l'emmener à leur domicile, ce qui est très étonnant car ils ne reçoivent personne, ne voient personne...

 

La 4e de couverture nous dit alors : "Pendant quatre jours, le trio va vivre un surprenant huis-clos, chacun se dévoilant un peu plus au fil des heures..."

 

C'est donc bien un huis-clos qui débute alors, pas si clos car ils vont sortir, Henry va voir son père, rencontrer une jeune anorexique, Eleanor qui va lui apprendre beaucoup sur lui et ce que vit sa mère avec cet homme. Evelyn va venir les voir pour leur demander de s'occuper de son fils Barry, fortement handicapé. Alors, qui est Franck, et pourquoi s'être blessé? On l'apprend très vite mais le lecteur doit découvrir toute cette "folle aventure" par lui-même... Alors, restons muet sur la suite... La fin ne m'a pas trop plu.

 

Le livre aurait pu s'arrêter 30 pages plus tôt et laisser ainsi au lecteur le droit d'imager la suite de cette histoire... C'est ce qui m'a déçu dans ce livre et pourquoi je n'en fais pas un "grand livre". Sinon, la narration est bien menée, faite de courtes phrases et de courts paragraphes. Pas de réthorique même si chacun cherche à comprendre qui il est, ce qu'il devrait être ou devenir...

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Livre lu notamment dans le cadre du "blogoclub" de Lisa et Sylire qui proposait de lire pour aujourd'hui un livre de Joyce Maynard.

http://www.sylire.com/article-et-devant-moi-le-monde-joyce-maynard-124469269.html

http://www.sylire.com/article-et-devant-moi-le-monde-joyce-maynard-124469269.html

Et lu également pour le challenge "Mois américain"

Long week-end de Joyce Maynard (Philippe Rey)
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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 17:06
Les Fiancés de Loches de Georges Feydeau (Avant-scène)

Les Fiancés de Loches de Georges Feydeau

(L'Avant-Scène théâtre - avril 2009)

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Le vaudeville, théâtre du quiproquo par excellence, a très longtemps souffert de préjugés. Eugène Labiche (1815-1888) et Georges Feydeau (1862-1921), son cadet, en ont été les chantres au XIXe siècle.

Labiche avait écrit "sa" loi dramatique : "Une pièce est une bête à mille pattes qui doit toujours être en route. Si elle ralentit , le public baille ; si elle s'arrête, il siffle".

"Les fiancés de Loches" est une oeuvre de jeunesse, peu représentée depuis sa création en 1888. Cette pièce laisse entrevoir derrière la comédielégère à rebondissement l'étendue effrayante du vide qui entoure les certitudes de ces personnages finissant à l'asile psychiatrique. Elle a été écrite en collaboration avec M. Desvallières et s'inspire de la pièce de Labiche

L'acte III est sans doute une critique des méthodes de Charcot. D'ailleurs les frères Choquart sont l'anagramme de Charcot.

 

L'avant-Scène reprend la représentation de la pièceau théâtre des Amandiers en 2009, dans la mise en scène de Jean-Louis Martinelli. C'est la première fois que le metteur en scène travaille sur un texte de Feydeau. Ce qui l'a intéressé ici c'est le "théâtre de l'oralité" par contraste avec le "théâtre littéraire" très écrit qu'il a surtout fait jouer.

 

Oui, on a bien là du théâtre de l'oralité et du mouvement. Les personnages n'arrêtent pas de parler, d'interrompre une conversation, de courir de çi, de là, comme on le voit dans le théâtre dit de"boulevard", tel qu'on peut levoir de temps à autre à la télévision. Pas de phrases longues, jamais de tirades ou de monologues consistants. Des mots dits en aparté par exemple. Et puis, comme on est dans du théâtre de mouvement, beaucoup de didascalies.

 

Trois actes en trois lieux différents. Tout commence dans un bureau de placement où travaille Séraphin. Sa spécialisation : le placement de domestiques. Le voisin du dessus Plucheux vient le voir et lui annonce que l'agence pour laquelle il travaille a fermé brusquement. Il a donc mis une affiche pour que ses clients aillent voir Seraphin. Sa spécialité était celle d'une agence matrimoniale. Surviennent les Gevaudan, l'ainé appelé Gevaudan, le frère cadet Alfred et leur soeur Laure, tous droits venus de Loches pour "conquérir" Paris et surtout y trouver l'âme soeur. On comprend tout de suite le quiproquo qui débute et qui tiendra la pièce jusqu'au dénouement dans les dernières phrases. Un autre personnage arrive alors, le Docteur Saint-Galmier qui recherche des domestiques et ces trois provinciaux feraient bien son affaire. Lui est poursuivi par Michette qui vient de le reconnaitre, tandis qu'il s'était présenté à elle comme colonel. Il lui avait promis le mariage et elle y tient, alors qu'il est sur le point d'épouser Leonie. Deuxième intrigue "perturbatrice" qui va, là aussi, tenir toute la pièce.

 

On retrouve tous ces personnages à l'acte II dans le salon du docteur, dans leurs fonctions mal définies puisque les trois domestiques se croient destinerà épouser, pour Laure, le docteur, et pour les deux frères Rachel la soeur du Docteur et Leonie, la fiancée du Docteur. Et Michette, elle, se sent trahie, prête à casser le futur mariage de Saint-Galmier. Les scènes cocasses s'enchainent autour des mots mal interprétés remis par chacun dans son propre contexte. Et soudain, on apprend que les Choquart se sont enfuis d'un hôpital psychiatrique et Saint Galmier directeur du Louvre hydrothérapique croit avoir avec les Gevaudan qu'il trouve dérangés (et pour cause), ceux qu'il doit interner.

 

Acte III dans l'hôpital psychiatrique où tout va finir par se dénouer...

 

On est quelque peu dans un théâtre de l'absurde se disant qu'à la place de ces gens on aurait vite compris les erreurs de jugement. Mais là, chacun s'enfonce dans son rôle et pendant toute la pièce personne n'est en mesure de parler avec les autres. C'est aussi du théâtre de l'incompréhension. C'est là que l'on trouve quelque intérêt au vaudeville car sinon on rit un peu mais on se lasse vite, surtout à la lecture. Plus que jamais c'est du théâtre qui se regarde, il est quasiment illisible sans les effets de scène.

 

Denis

 

Lecture faite dans le cadre de "2014, je lis du théâtre" à suivre sur la page facebook d'Ankya.

Les Fiancés de Loches de Georges Feydeau (Avant-scène)
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19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 21:01
Gaspard de René Benjamin (Archipoche)

Gaspard de René Benjamin (Archipoche - 280 pages - janvier 2014)

Préface de Pauline Bochant - Postface d'Etienne Benjamin

Première édition 1915 - Prix Goncourt 1915  

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La Grande Guerre a été l'occasion pour les écrivains partis au "feu' de raconter "leur guerre", souvent avec des titres explicites, comme "La boue" (Maurice Genevoix), "Le feu" d'Henri Barbusse, "La peur" de Gabriel Chevallier ou "La main coupée" de Blaise Cendrars... Des romans graves pour dire "l'indicible"...

Et puis, dès les premiers mois de la guerre, un auteur a publié "Gaspard", l'histoire de cette sorte de "titi" parisien, marchant d'escargot, qu'a été ce "fanfaron" engagé comme tant d'autres pour aller au feu, vivre dans la boue, avoir peur sans le montrer et se blessant avec une jambe coupée pour finir... Un mixte de tous ces hommes qui ont vécu ces horreurs...

L'auteur est né en 1885 et est parti dès les premiers jours d'août 1914 sur le front où il est très vite blessé. Les notes qu'il a prises vont lui servir  de trame pour son roman. Il a cotoyé ce "Gaspard", dont il fait le héros de son livre.

Il a déjà publié un roman, un essai et une comédie et est également journaliste. Il a eu le goût de la lecture grâce à son grand-père et son père et sa mère est pianiste, si bien que la culture fait partie de son quotidien. Ami de Lucien Descaves de l'académie Goncourt, il ne doute pas que le livre, inspiré de faits réels issus de ses carnets, aura le Prix Goncourt en novembre 1915. Il dépeint un "poilu gouailleur" avec ses mots d'argot, celui des tranchées et de Paris, montrant le réalisme profond du roman. Après ce succès conséquent, René Benjamin, à partir de 1916, il fait de nombreuses conférences autour de la littérature. Il va écrire encore quelques romans sur la Grande Guerre, des pamphlets et une biographie de Balzac.

C'est l'occasion du centenaire de cette guerre qui a valu de republier ce texte oublié, malgré son prix déjà auréolé de "gloire" (pour rappel le premier lauréat fut John-Antoine Nau en 1903).

 

C'est évident qu'au début on est surpris par ce Gaspard (qui aurait pu être joué au cinéma par Fernandel) jovial, toujours porté à rire et à la plaisanterie pas toujours finaude. Mais, tout de même ce parisien venu en province, à Alençon, pour participer au recrutement des futurs "poilus", amuse, divertit et ferait presque oublier la mobilisation générale. Et puis, on est en août 14, et tout le monde croit, comme Gaspard que la Guerre sera terminée dans quelques semaines, après avoir repoussé les "alboches" (sic) hors de France. On prend le train dans la bonne humeur et le voyage parait bien long. Et "enfin", c'est le front. Ou plutôt pour les réservistes qu'ils sont c'est être un peu en retrait du front. Un début de guerre sans "guerre". Ils finissent par aller sur le front, marcher dans la boue et voir ses amis mourir. Gaspard voit ainsi mourir Burette, son ami journaliste. Bientôt, il est blessé à la fesse, est transféré vers l'arrière et c'est le départ en train vers Saumur où il va vivre pendant deux mois dans un lieu "paradisiaque", sauf que les blessés gémissent, meurent pour certains et la joie pourrait disparaitre mais fidèle à lui-même, Gaspard reprend goût à la vie plus que jamais. Trois femmes vont marquer sa convalescence, infirmières improvisées : Mme Anne, Mme Aranud et Melle Viette. Retour à Alençon où il est déclaré inapte. Il s'ennuie et obtient une permission ce qui lui permet de retrouver son bébé et son amie, Marie. Illui dit qu'il veut se marier pour "légitimer" son fils.

Après ce nouveau moment de grâce, il veut retourner sur le front et une nouvelle fois il est blessé mais cette fois plus gravement...

Une vie de soldat comme tant d'autres pour ce soldat Gaspard, au demeurant très sympathique, car il a toujours le coeur sur la vie pour aider les autres, voire les accompagner dans leur fin de vie.

J'avoue avoir été surpris au début par ce personnage, "bouffon" mais il y a de très belles pages sur l'amitié, la solidarité. Il nous donne une belle leçon de vie dans un temps tellement tragique...

 

Quand il est blessé voici comment il voit la situation (p.126) : "Il bougonna. Il aurait fallu lui citer un nom de grande bataille historique, pour qu'il fût satisfait. Gercourt... ce n'était pas célèbre ! Avoir été blessé à Gercourt, ça ne serait même pas à dire - quoiqu'il l'eût échappé belle : il en avait tant vu tomber et rester sans mouvement ! Il n'y avait que les boches qu'il n'avait pas vus".

 

Et quand il arrive à l'hôpital (p. 147) : "Un soldat blessé, qui arrive à l'hôpital, pénètre dans un monde nouveau. Il vient de se battre et de souffrir parmi les hommes de son pays. Soudain, il repose entre les mains des femmes. Autre face de la vie. On le commandait ; on lui demande ce qu'il veut. On ne lui parle plus de la mort ; on lui promet qu'il va guérir".

 

Enfin, sur le front (p. 226) : "Un jour de brume d'hiver est en soi si mortel, que lorsque la nuit tombe, l'homme à peine s'en effraie. Gaspard mit sur sa tête sa couverture mouillée ; et Mousse, qui tremblait de froid, se serra contre lui. - La tranchée, toute la nuit, remue autant que le jour. Les hommes ronflent, mais ils grelottent et se cherchent l'un l'autre".

 

Et pour entendre la "voix" de Gaspard (p. 62) : "- Huit lieues ! oh, y a du bon... On est rserve, faut pas s'en faire... Les copains, eh, les copains, on va toujours se taper la cerise avec une bonne soupe mitonnée".

 

Lisez ce livre, rien que pour des phrases comme celles que j'ai tirées du roman et vous direz sans doute comme Claude Duneton : "Indispensable à la connaissance intime de la Première Guerre Mondiale".

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Livre lu notamment dans le cadre de mes lectures "Histoire-littérature autour de la Grande Guerre" (groupe créé sur Facebook pour partager nos lectures)

 

 

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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 21:25
On ne badine pas avec l'amour d'Alfred de Musset

On ne badine pas avec l'amour d'Alfred de Musset

(Livre de Poche - Collection "Le théâtre de poche" - 190 pages)

Préface, notes et dossier par Frank Lestringant

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Ecrite en 1834, la pièce reflète le contexte de la crise politique née de la reprise en main de la Révolution par Charles X. Et plus encore, c'est l'époque de la crise profonde avec George Sand survenue au cours de leur séjour à Venise. Alfred de Musset tombe malade et rentre brusquement en France alors que George Sand qui a eu une liaison avec le médecin qui a soigné Alfred, reste à Venise. Leur amour renait à partir des lettres enflammées qu'ils s'écrivent. Il relit Rousseau et Goethe et écrit "On ne badine pas..." en 6 semaines après en avoir d'abord fait un texte tout en vers.

La pièce est sous-titrée "proverbe", le proverbe dramatique étant un genre prisé depuis le XVIIIe siècle. Le titre en lui-même a le ton d'un proverbe à l'image des titres de Calderon ou Shakespeare. Publiée le 1er juillet 1834, la pièce ne sera jouée à la Comédie Française que le 18 novembre 1861, dans une version épurée par Paul, le frère d'Alfred. Alfred de Musset (1810-1857) est mort depuis 4 ans, si bien qu'il n'a jamais vu "On ne badine pas..." de son vivant dans un théâtre. Et n'oublions pas qu'il est un jeune de 24 ans quand il écrit la pièce. Autour des trois personnages principaux on retrouve des figures de "fantoches" tels qu'on pouvait les voir au XVIIIe siècle au théâtre dans des rôles de personnages grotesques (Présentation inspirée par la préface pasisionnante de Frank Lestringant)

 

Alors, oui, un "proverbe" tel qu'on ne badine pas avec l'amour, est démontré dans la pièce car à faire souffrir quelqu'un en lui faisant croire qu'on l'aime et en lui montrant que l'on se joue de l'amour avec cette personne peut conduire à la mort... L'amour est affaire sérieuse...

 

Maître Blazius annonce au choeur des paysans le retour de Perdican, le fils du baron, après 10 ans d'études qui l'ont conduit à être docteur en plusieurs disciplines. Dame Pluche, elle, annonce l'arrivée de Camille, héritière de sa mère et cousine de Perdican. Le projet du baron est de marier les deux jeunes gens, qui ne se sont pas vus depuis 10 ans alors qu'ils ont passé les premières années de leur vie au chateau. Mais très vite, le baron s'aperçoit que Camille repousse les avances de son fils. Et pourtant, Perdican fait le maximum pour séduire sa cousine, lui reparlant de leurs souvenirs de jeunesse. Mais, cinglante, elle lui dit qu'elle n'aime pas les souvenirs et qu'elle repart dès le lendemain pour le couvent après avoir réglé ses papiers d'héritage.

Perdican rencontre alors Rosette, la soeur de lait de Camille, jeune paysanne. Il l'embrasse. Puis Camille revient vers Perdican et lui demande si elle a raison d'aller s'enfermer dans un couvent. Il ne sait plus quoi lui répondre dès lors où c'est son choix, il lui rappelle surtout que la plupart des religieuses sont au couvent suite à des amours malheureux. Perdican joue alors avec les sentiments de Camille en lui donnant un rendez-vous au moment où il déclare à Rosette qu'il l'aime. Et de fait, elle entend cette déclaration. C'est alors que le choeur, comme dans les drames antiques, reformule la situation et montre bien que l'on va vers un drame... On sort en effet de la comédie pour vivre des moments de tension qui vont conduire au drame...

 

Le baron ne peut que s'opposer à un mariage entre un noble et une paysanne. Et puis, c'est Camille cette fois qui tend un piège à Rosette. Elle lui donne rendez-vous et la jeune paysanne entend Perdican dire à Camille qu'il l'aime.S'en est trop pour Rosette qui se sent bafouée. Elle a compris qu'elle va être la risée du village d'avoir cru à un amour sans espoir. Elle se sent humiliée et n'a plus de raison de vivre...

 

Un drame romantique assurément dans le ton de l'époque pour une pièce qui se lit avec plaisir, le lecteur étant toutefois "bouleversé" par ces "tromperies" qui sont une forme de "libertinage" par deux jeunes insouciants qui ne comprennent que trop tard qu'ils ont blessé profondément une jeune crédule.

 

Bonne lecture, 

 

Denis

 

Nouvelle lecture dans le cadre de mes lectures sur le théâtre pour le challenge de Ankya "2014, je lis du théâtre !"

On ne badine pas avec l'amour d'Alfred de Musset
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3 août 2014 7 03 /08 /août /2014 20:04
Petit éloge de l'héroïsme d'Ariane Charton (Folio)

Petit éloge de l'héroïsme à travers des écrivains de la Grande Guerre d'Ariane Charton (Folio - inédit - janvier 2014 - 128 pages) --------------------------------

Parler d'héroïsme n'est pas chose aisée car il se cache toujours derrière une connotation "politique". On peut aussi parler de "héros" et là on fait glisser le sens vers celui de l'art. Et dans ce cas il y a le héros positif et le héros négatif.

Dans le cadre de l'héroïsme, la Grande Guerre de 1914-1918 a été un "modèle". Il n'était pas question de ne pas être "héroïque" quand la mobilisation générale a été décidée. Il fallait partir à la guerre, sans discuter et avec "fougue". Oubliés les pacifistes dont Jean Jaurès qui venait d'être assassiné... L'heure de la revenche avait sonnée et des hommes comme Péguy, Alain-Fournier ou Jean de la Ville de Mirmont sont partis la "fleur au fusil" comme nombre de leurs concitoyens. Et puis la guerre ne devait durer que quelques semaines...

 

Ariane Charton, dans ce livre, montre ainsi l'héroïsme au travers de quelques écrivains : les 3 auteurs que j'ai cités ci-dessus et qui sont morts très tôt dans cette guerre et 2 écrivains étrangers devenus français suite à leur engagement auprès des armées françaises et qui ont vécu toute la guerre : le suisse Blaise Cendrars et le russe au nom de plume Guillaume Apollinaire.

 

Car pour parler d'héroïsme dans cette guerre, il faut ne l'avoir vécue que quelques semaines car sinon les morts inutiles, les conditions de vie  exécrables des soldats ont conduit à réviser l'enthousiasme du début. Alors, oui, bien sûr quand son pays est envahi, il convient de combattre "l'ennemi", même si le soldat en face de soi est "innocent" comme soi-même. Ceci étant, la guerre est une abomination et avant qu'elle n'éclate il faut tout faire pour l'éviter. C'est là pour moi qu'est l'héroïsme avant tout. L'auteure montre bien ces ambiguités dans son livre.

Elle prend l'exemple de Paul Léautaud qui a montré une indifférence indcente, quand un auteur comme Barbusse, pacifiste, a tout de même fait partie des "volontaires". Comme quoi, tout mot n'a de sens que dans un contexte précis. Ici, une patrie en danger.

Georges Duhamel, médecin, a tout fait pour sauver des hommes et leur apporter du soutien. Il a été un "homme de l'arrière", mais comme les infirmières et tant d'autres, il s'est "battu" pour exercer son "art médical". Et lui, comme d'autres écrivains, ont écrit pour expliquer, raconter ce qu'ils ont vu avec humilité, sans se mettre en avant, faisant à partir de mots, oeuvre littéraire. Cette guerre a été souvent synonyme d'ennui et de dsenchantement, comme le relève l'auteure, page 59 : "L'ennui et le désenchantement  peuvent paraître en opposition avec l'héroïsme. En réalité, ils lui sont intimement liés, ils représentent les moments d'inaction, d'attente ou de déception qui rendent ensuite l'acte héroïque d'autant plus remarquable. Le héros veut toujours davantage d'actions éclatantes".

Ariane Charton cite alors Blaise Cendrars dans "La Main Coupée" : "L'ennui nous écrasait.(...) Les obus marquaient le temps". Son analyse de l'héroïsme est passionnante, convoquant les écrivains à l'appui de ses propos.

Alors, oui, on reste pacifiste après la lecture de ce "Petit éloge de l'héroïsme" mais en se disant, comme je le précisais au début de cet article, qu'il faut toujours combattre toute injustice. C'est l'esprit de "l'homme révolté" !!! si cher à Camus.

 

Merci Ariane Charton pour ce livre très pertinant et intelligent, excellente introduction aux lectures d'auteurs liés à la Grande Guerre.

 

Bonne lecture,

Denis 

 

Livre qui se rattache à mes "lectures autour de la Grande Guerre" et au groupe que j'ai créé sur facebook "Histoire - littérature autour de la Grande Guerre"

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