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21 octobre 2017 6 21 /10 /octobre /2017 16:33
Un éditeur à ne pas oublier : Vladimir Dimitrijevic (1934-2011) - Editions l'âge d'homme

Je reproduis ci-dessous un article que l'on peut retrouver sous ce lien :

http://derives.tv/vladimir-dimitrijevic-les-editions/

 

VLADIMIR DIMITRIJEVIC

Vladimir Dimitrijevic, le fondateur des éditions l’Age d’homme, est mort à 77 ans dans un accident de la circulation. L’Age d’homme, fondé à Lausanne en 1966, qui avait aussi son antenne à Paris, publia d’abord des classiques slaves, a l’image de Petersbourg, d’Andrei Biély, roman jusqu’alors totalement inconnu du public français. C’est aussi l’Age d’homme qui fit découvrir Vie et Destin, de Vassili Grossman. Des textes jusque-là non traduits de Pouchkine et d’Alexandre Blok ou d’Ossip Mandelstam virent aussi le jour dans cette maison. Mais l’intérêt pour la littérature de Vladimir Dimitrijevic ne connut pas de frontière, et de nombreux romans de Gilbert Keith Chesterton sont aussi à son catalogue, ainsi que les Œuvres complètes de Laforgue, le Journal d’Amiel, Thomas Wolfe, Alexandre Zinoviev et la majeure partie des derniers livres de Friedrich Durrenmatt. Né yougoslave, il quitta son pays en 1954, à 19 ans, pour se retrouver sans papier en Italie puis en Suisse (où il fut naturalisé). Avant de devenir vendeur en librairie, puis éditeur, il fut ouvrier horloger, couvreur et jardinier. Durant la guerre en Yougoslavie, Vladimir Dimitrijevic a soutenu la position de la Serbie, ce qui ne contribua pas à sa bonne réputation dans le milieu littéraire. Libération, 1er juillet 2011.

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L’AGE D’HOMME – UN ENTRETIEN AVEC VLADIMIR DIMITRIJEVIC.

La maison d’édition L’Âge d’Homme est bien connue. Son fondateur s’est amplement décrit dans ses entretiens avec Jean-Louis Kuffer, Personne déplacée (1986). Nous avons donc essayé de creuser autre chose : la lecture et son éthique.

Y.T. : Ni Vassili Grossman, ni Thomas Wolfe ne se laissent lire d’une traite. Amiel, pour d’autres raisons, non plus. Est-ce cela, cette obligation à rêver, ce désir de penser à soi, à rêvasser, que vous aimez chez eux ?

 

Vous citez là quelques grands exemples de notre catalogue. Il est clair que quand il s’agit d’œuvres d’une telle ampleur, on ne peut pas concevoir ces lectures comme un simple amusement, un passe-temps. Thomas Wolfe est une connaissance de l’Amérique. S’il n’existait pas, c’est tout un domaine de la vie et de l’histoire américaine qui n’existerait pas. Je pense que c’est ça, pour moi, le grand apport de la littérature en général. Donner une réalité, la plus forte possible, réalité qui pour le lecteur se mélange avec le rêve puisque, de toute manière, il s’agit du passé. Le cas de Grossman est différent. Personne ne connaîtrait, de l’intérieur, les sentiments des soldats, de la population, lors d’un moment crucial de l’histoire humaine comme la bataille de Stalingrad. A partir de là, il fait le portrait de toute une époque. Nous pouvons avoir des témoins oculaires, des statistiques, des schémas stratégiques mais ce qui est extraordinaire dans la littérature, c’est qu’elle fait revivre les hommes dans l’époque. Nous pouvons ensuite la reconstituer, un siècle, vingt ans ou dix après. La littérature comme je la conçois a cette seule tâche, c’est sa mission: nous faire fraterniser avec les autres continents et avec les temps passés. Que l’événement se soit passé il y a plusieurs siècles ou aujourd’hui, qu’il s’agisse d’un Russe, d’un Esquimau, d’un Peau-Rouge, d’un Argentin ou d’un Serbe, cela ne m’intéresse pas. Ce qui reste, c’est le fait humain. Si vous voyez l’humain dans toute sa richesse, il est clair que vous ne pouvez que rêver mais c’est un rêve concret.

• Je ne suis pas du tout convaincu par ce que vous dites. Je ne vois pas l’aspect Zola chez Wolfe. Il me semble que Grossman, par exemple, est intéressant parce qu’à l’encontre de ce que nous sommes devenus – perfectionnistes, stériles, stylistes – il a un contenu. Le lien que je vois entre les livres de votre catalogue, c’est quelque chose de brouillon qui me plaît énormément. Cela me permet de retrouver la façon avide dont je lisais les grands Russes quand j’avais 18 ans. Avidité que j’ai perdue à cause de Flaubert ou de Joyce.

Le problème de l’écriture mérite qu’on s’y arrête. Une grande partie des oeuvres de Dostojevski ont été qualifiées de mal écrites. On a dit : Soljenitsyne écrit mal». Personnellement, je ne comprends pas cela.

• C’est la vie contre la contention. L’homme souterrain de Dostojevski m’a durablement impressionné par sa force mais c’est confus, brouillon…

Comme la vie !

• …d’un mauvais goût peu ordinaire, kitch…

Mais comme la vie ! On peut aimer des bibelots dans une vitrine. Il n’y a pas de honte. Mais quand il s’agit de pareilles irruptions, vous pouvez soit fermer les yeux et avoir une mine dégoûtée, soit dire : «nous sommes aussi comme ça ». Je ne vois pas en quoi ce serait péjoratif de dire que je suis aussi quelqu’un dont le kitch n’est pas absent, dont les larmes ne sont pas absentes. Quand vous regardez la littérature classique, vous vous apercevez que les grands personnages pleurent, se roulent par terre. A qui la faute? Nous n’avons plus de grands personnages? Peut-être que tout est devenu étriqué. La tragédie de l’homme est quand même une ! Elle n’a pas pu disparaître. La littérature, c’est le personnage.

• Oui mais je n’arrive pas à croire que vous lisez Wolfe pour comprendre les Américains.

D’une certaine manière, si… si…

• Ce qui fait la particularité de Wolfe, c’est la sensibilité, même la
sensiblerie, la rêverie.

Oui ! Mais l’Amérique était la rêverie ! L’Amérique est restée le kitch ! Quand vous allez à New York, quand vous allez dans les grandes surfaces, c’est kitch. Les Américains osent encore pleurer, osent encore se comporter comme nous nous comportions avant, même avant la guerre de 14-18. Regardez la rue améri-caine, vous avez du kitch. Et Thomas Wolfe est leur produit ! Il est l’écrivain du garçon qui rêve qu’il deviendra millionnaire en vendant des journaux à 16-20 ans. Vous avez, dans L’Ange exilé, cent pages où le garçon, dont le frère est malade, se meurt, pendant que lui fait tous les métiers. C’est la liberté. L’Amérique a fasciné par cela et elle continue de nous fasciner. Toutes les musiques d’aujourd’hui sont kitch. On l’appelle rock ou tout ce que vous voulez, mais c’est le kitch.

• D’accord. Le côté accent sur l’argent, c’est quelque chose qui n’existe pas ici.

L’argent est le rêve ! Il est beau ! Il est l’assouvissement des désirs. Qu’est-ce que c’est la liberté ? Je viens d’un pays sur lequel l’Amérique a exercé un très grand pouvoir, non pas après la deuxième guerre mondiale, mais au début du siècle. Les gens y allaient par dizaines, par centaines, comme les Siciliens, les Anatoliens, Kazan, le cinéaste qui a écrit Amerika-Amerika. Pour nous, c’était la liberté. Les gens d’un village quelconque qui n’avaient pas à manger, qui allaient à travers l’Europe pour scier du bois, allaient en Amérique pour réaliser leurs rêves. Ou bien ils crevaient. C’était la deuxième solution. Thomas Wolfe est l’écrivain de cela. Sans lui, personne ne pourrait comprendre plus tard. Il faut voir Le ventre de Paris, comme il était, pour comprendre Zola. Qui a senti les rigoles de sang à travers les Halles. Je ne veux pas dire que l’écrivain n’est pas photographe mais c’est quand même quelque chose d’autre. C’est lui qui crée le personnage grâce auquel nous sentons l’époque.

• Je pense que vous avez raison mais que j’ai raison aussi. Je pars de mon sentiment et lorsque je lis Wolfe, Grossman et Amiel, il est le même.

Alors là je suis tout à fait d’accord !

• Je ne cherche pas la photographie.

Vous cherchez quelque chose de plus ! Quelque chose qui nous lie profondément. La littérature sans cela n’est pas classique. Les classiques survivent par cela. Ce qui est vécu par Flaubert, à part le beau style, c’est quand même Emma qui lit et vit par procuration. Le monde bourgeois a vécu par procuration. Dans L’Education sentimentale son personnage est perdu dans le siècle. Le style ne suffit pas pour faire une œuvre.

• Par rapport à l’actuelle stérilité de l’Europe de l’Ouest, j’ai trouvé Wolfe désinhibant. Il m’a donné envie d’une écriture fleuve et sans correction. Ça passe ou ça casse. La vie est un long fleuve tranquille, ce titre…

Comme chez lui ! Moi, je suis pour et j’ai toujours été pour. Il n’y a pas de littérature sans le personnage. Voyez comme il naît, par exemple, le personnage de mon compatriote Tisma. Il est contemporain. Parfois, c’est presque fait de bric et de broc mais il naît ! Quand il est là, quand il est installé devant vous, quand il lui arrive des choses, il vous arrive des choses à vous aussi. Moi, je pense que c’est cette sympathie qui importe.

L’idiot de Dostoïevski. C’est la fascination totale.

On est bouche bée. D’une part l’accumulation des faits par l’observation et de l’autre par la sympathie. Tolstoï disait : « Il y a deux manières nécessaires à une grande œuvre : bien observer et aimer ses personnages». Quels qu’ils soient, tous… Et Grossman, c’est absurde, aime presque les Allemands. Presque…

• Mon idée, c’est que les avant-gardes ont gagné. Le formalisme. Et dans une version qui dégénère vers le desséché. Mais j’adore Beckett.

Oui mais lui c’est un écrivain religieux. Il se relie à une littérature presque monastique. C’est l’ascèse, la négation de tout. Il a des phrases que vous retrouverez chez Maître Eckhart, chez Pascal. Il est irlandais, pays profondément mystique. Comme Joyce, comme Synge.

• Je vois dans votre travail d’éditeur quelque chose comme un clan, une famille, une tribu, une horde, une résistance à notre atomisation.

C’est très difficile de le dire. Je le pense aussi. Je ne voudrais pas tirer un dénominateur commun, tout simplement pour pouvoir me laisser libre.

• J’ai lu les deux ouvrages de et sur Pizzuto que vous avez publiés. Pour moi ça, c’est sénile, stérile, formaliste. Est-ce cela votre liberté ?

Vous voyez, j’ai un ami écrivain qui, malheureusement, malgré son immense talent, n’a pas le succès qu’il mérite. C’est Pierre Gripari, J’ai publié une vingtaine de ses livres. C’est un écrivain maudit d’une certaine manière. C’est un conteur formidable mais malheureusement anti-chrétien, antisémite, anti un peu tout. C’est un athée convaincu. Je suis plutôt croyant. Eh bien, cette tension… parce que c’est un athée qui n’est pas indifférent, ce n’est pas un mou, c’est un athée militant, il trouve que les croyants précipitent la terre vers le désastre. Lui voudrait plutôt fraterniser. En plus, il est homosexuel, maudit par les homosexuels aussi. Enfin, une position très incommode. II est doué, très doué, très fin, un narrateur hors pair. Et je le publie parce qu’au fond les gens qui avec passion défendent des positions, mêmes formalistes, je trouve que c’est bien. J’ai publié Chklovski, Marinetti et Pizzuto qui est à la limite de la littérature comme je la conçois. La passion ! La tension ! Pizzuto est un vrai écrivain. Pour moi, comme Gripari dans le domaine religieux, ce sont de véritables remises en question de ma propre personne, de mes propres goûts. Sans ceux-là, je serais un béat. Non ! La littérature est une tension entre des goûts, des tendances et ce qu’on retire de la vie. Mallarmé, tout en desséchant une certaine littérature, a posé à la poésie telle qu’on la versifiait à l’époque des problèmes tels qu’on n’a plus vu versifier du tout. Si, depuis Apollinaire, on est aveugle et aphone, ça ne veut rien dire… La France aura de nouveau de la poésie… L’interrogation de Mallarmé, la poésie de Baudelaire, ils ne les ont pas faites pour s’amuser. Ce n’est pas pour faire le beau et le dandy.
Ce sont des questions essentielles étant donné que la poésie à la longue était devenue simplement bavarde: une bonne versification, des fleurs, un vase, un amour fané. Voilà… Et moi, de temps en temps, dans mes lectures, j’accepte cela. Mais il ne faut pas que ce soit fabriqué. Quand vous voyez un tableau de Poliakoff, vous savez que c’est un peintre. Il y a un mystère.

• Je pense de plus en plus que l’art n’est intéressant que quand il est plus fort que l’art.

Oui ! Si ce n’est pas ça, ce sont des métiers comme n’importe quel autre métier. Avec un danger: qu’ils vivent encore du privilège que donne ces métiers. C’est affreux. Ça devient une idéologie. Je ne l’apprécie pas non plus. Mais Pizzuto lui-même était très intéressant et très perspicace. Dans la littérature italienne, qui est assez bavarde, assez fleurie, il est une interrogation qu’on ne peut plus éviter.

• Que pensait Tolstoï d’Amiel ?

Tolstoï était fasciné par lui-même. En avançant dans l’âge, il voulait vivre des sentiments et écrire d’une manière involontaire, arriver à une ingénuité. Il a écrit un conte dont le personnage est le Père Serge. C’est un conte énigmatique mais l’un des plus forts qu’il ait écrits. C’est l’histoire d’un homme du monde, beau, qui a du succès et qui, à un moment donné, se retire. Il est dégoûté du monde. Il devient moine et avec son rayonnement – parce qu’il a un rayonnement donné par la nature – de nouveau se forme autour de lui un cercle d’admirateurs et de gens qui ne veulent se confesser qu’à lui. Lui, n’ayant pas oublié, ne s’étant pas débarrassé de sa vie ancienne, vit dans la crainte que sa vocation, qui est pieuse, divine, ne soit pas sincère, qu’il soit resté le même. Son interrogation devient si forte qu’il veut ressentir une douleur, c’est-à-dire s’ancrer dans le monde. Il n’y arrive pas. Dans ce doute, il se coupe un doigt. C’est pour arriver à Amiel que je viens de faire cette parabole. Tolstoï a beaucoup écrit, beaucoup renié ce qu’il a écrit, il s’est moqué de Guerre et Paix et d’Anna Karénine qui étaient «artistes» ! Au fond, il disait: «Comment arriver à la vie ? » Alors il a écrit des livres de contes pour les paysans, il s’est mêlé à ces moujiks, il a voulu travailler avec eux, faucher l’herbe. Tout cela était bon parce que c’était un homme vigoureux, il pouvait mimer les moujiks mais il n’était jamais moujik… Alors cette préoccupation d’arriver à la vie le tourmentait visiblement beaucoup, parce qu’à la fin de sa vie il note qu’il ne peut lire rien d’autre que les Evangiles et Amiel parce que – il le note aussi – il existe quelques rares livres involontaires dans l’histoire de ce que l’homme a écrit. Les Pensées de Pascal, le Manuel d’Epictète et le Journal d’Amiel. Il me semble qu’Amiel n’était pas totalement ingénu mais il l’était assez pour devenir involontaire. Pendant 16 000 pages, il ne sait pas ce qu’il fait. Il s’écrit à lui-même. Il n’adresse aucun mot à un quelconque lecteur futur ou présent, à un quelconque ami, à personne. C’est une sorte d’auto-perfectionnement de son être dans les détails les plus minimes, dans les écarts de ce que lui pense être « la vie transparente».

• Effectivement, il ne rature pas ce qui est fondamentalement anti-littéraire.

Il ne rature pas et tout cela est donné. On voit très bien que devant le papier, il est libre. Tout baigné qu’il est dans le romantisme, il ne donne l’absolution à aucun défaut. Il voit tout. Parce que, comme maintenant, les grands mouvements excessifs pouvaient passer pour une qualité. Il voit tout, et tout est noté, et tout est expié d’une certaine manière. C’est un peu ce que les écrivains d’aujourd’hui peuvent envier à Robert Walser : le naturel. Le mystère est «être soi-même». C’est un mystère impénétrable.

• Walser et Amiel ne sont pas sortis du cycle des réincarnations dans la vie pendant laquelle ils furent écrivains. Ils sont inaboutis. Est-ce intéressant de mimer cela ?

Ils sont là ! Ils sont mélangés. Si on compare les notes de Walser avec les pages du journal d’Amiel, il y a une similitude dans l’attention à perler les mots comme ça.

• Je vois une «suissitude», des points communs entre Zorn et Amiel.

Oui ! Oui ! Certainement! Avec une différence. Chez Zorn, tout homme riche est mauvais. Il y a une idéologie, une vengeance. Pas chez Amiel, pas chez Walser. L’humanité passe avant le fonctionnement. La conclusion, chez Zorn, est idéologique.

• Je parle de la brume dans laquelle ils sont. C’est le blues suisse.

Amiel l’explique de dedans. Imaginez Genève, le bastion du calvinisme, la Mecque du calvinisme. Une religion, une politique qui voulaient faire régner l’ordre des préceptes de la religion dans tous les domaines. Le comportement de la personne de A à Z devait être codifié. Le protestantisme du siècle passé subit, à partir de l’Allemagne, une grande influence d’un protestantisme expansionniste. Mais on ne fait pas l’expansion avec des codes trop rigides. Il y a une sorte de protestantisme qui est devenu idéaliste. Ça donne des sectes, beaucoup de penseurs, la théosophie, qui prennent une place très importante. Vous avez ce mélange de grande rigidité et en même temps d’un grand flou psychologique. Genève subit cette influence de la philosophie allemande. Amiel, élève allemand, est dans une brume allemande. Le christianisme n’est pas très profond en Allemagne. Il y a le luthéranisme mais l’Allemagne reste un pays très influencé par le fond païen.

• Pour Amiel, le luthéranisme est sensuel.

Oui. C’est tout à fait différent. Et la Suisse est le terrain du combat entre les deux tendances. A Bâle, vous avez des gens très ouverts, raffinés. Erasme répond à Luther. Burckhardt répond à l’Allemagne qui devient de plus en plus belliqueuse et, à la fin, nazie. La Suisse a le privilège d’avoir fourni parfois les réponses les plus promptes à cette déchristianisation.

• Quels rapports avez-vous avec les éditeurs romands ? Y a-t-il un conflit entre régionalistes et cosmopolites ?

Je me sens éditeur suisse. Pour moi, la Suisse est un lieu privilégié, pour mon travail, pour ma réflexion. Editeur, c’est un métier où chacun a sa vision du monde. Nous avons des collections qui sont ouvertes au monde entier et nous sommes l’éditeur de dix écrivains parmi les plus importants de Suisse romande. Qui a publié dix-sept romans de Barilier, Cherpillod, Kuffer, Haldas, Vuilleumier, Cingria ? A Lausanne, on veut toujours dire que je suis l’éditeur de Volkoff, de Zinoviev, de Rozanov. Ça veut dire : «Mais il n’est pas d’ici ! » D’accord ! Que voulez-vous que je réponde ? Je reviens du Salon du Livre de Bruxelles, j’y ai exposé quatre des meilleurs écrivains belges que j’édite ici, à Lausanne. Nous publions maintenant en coédition avec les Québécois, un de leurs très grands poètes, sa poésie complète, 700 pages. Je suis ravi. Avec les Belges, nous nous entendons bien, sur une bonne longueur d’onde. C’est bien. Cette ouverture est payante. Je n’ai jamais voulu faire « les Suisses romands», «les Belges», «les Québécois». Ils sont dans un catalogue avec John Cowper Powys, avec Thomas Wolfe. Je les aime tous…

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18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 15:23
Oscar Wilde par Daniel Salvatore Schiffer (Editions de La Martinière)

Oscar Wilde - splendeur et misère d'un dandy 

par Daniel Salvatore Schiffer

(Editions de la Martinière - 220 pages - septembre 2014)

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Que ne savons-nous pas d'Oscar Wilde (1854-1900 et de son nom complet Oscar Fingal O'Flahertie Wills Wilde) mondialement connu pour son unique roman "Le Portrait de Dorian Gray" (The Picture of Dorian Gray)?

Ce livre, richement illustré, permet de revisiter cet écrivain tant aimé mais aussi tant décrié dont sa vie donne "le vertige".

On aurait aimé être beau comme lui. Il a connu très tôt une gloire bien méritée pour son talent littéraire en poésie, théâtre et art du roman. Il eut la chance d'avoir une femme aimante, Constance qui lui donna deux fils. Il côtoya le meilleur du monde artistique et littéraire autour d'André Gide, Sarah Bernhard pour les français ; Thomas Hardy ou Henry James pour les anglo-saxons.

Tout aurait été pour le meilleur dans le meilleur des mondes possibles pour cet irlandais venu s'installer à Londres, s'il n'avait rencontré puis aimé d'une passion folle et ardente Lord Alfred Douglas de Queensberry (surnommé Bosie), son jeune cadet et affiché alors haut et fort dans Londres son homosexualité.

Un procès retentissant mené contre lui par le père d'Alfred, le marquis de Queensberry conduit pendant 2 ans Wilde en prison (1895 à 1897) dont il ne se remettra jamais.

Il va raconter par le détail ces années de galère dans trois prisons différentes dans son livre "De Profundis". Délaissé de ses amis, obligé à s'éloigner de sa famille (son épouse Constance décède en 1897), il meurt esseulé à Paris le 30 novembre 1900.

Il fut dandy comme le rappelle le sous-titre du livre c'est dire que toute sa vie il s'est exposé au regard des autres, provoquant ainsi les autres. Son épouse n'a jamais vraiment connu son homosexualité jusqu'au procès bien qu'il l'ait délaissée après la naissance de son deuxième fils, car il ne supportait pas le vieillissement et la "perte de charme" liée aux grossesses !!

Un drôle de personnage qui nous a laissé tout de même au-delà de ses "folies" un livre que l'on ose appelé à juste titre un "chef d'oeuvre" : "Le Portrait de Dorian Gray":

« Si je demeurais toujours jeune et que le portrait vieillisse à ma place ! Je donnerais tout, tout pour qu'il en soit ainsi. Il n'est rien au monde que je ne donnerais. Je donnerais mon âme ! »

 

Ce livre de Daniel Salvatore Schiffer né en 1957) est passionnant pour revisiter cette intense vie d'Oscar Wilde d'autant qu'il est illustré de très nombreuses illustrations et photos. 

L'auteur a beaucoup écrit sur les dandys, lui-même ayant une allure très "dandy".

Un livre à recommander très vivement.

Bonne lecture,

Denis

 

Oscar Wilde

Oscar Wilde

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1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 20:11
Une seconde vie de Dermot Bolger (Folio)

Une seconde vie de Dermot Bolger

(Folio - 355 pages - mai 2013)

Traduit de l'anglais (Irlande) par Marie-Hélène Dumas

Titre original :A Second Life (2010)

Première publication en France : 2012 (Editions Joëlle Losfeld)

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En un mot : EXCELLENT !

 

Sean Blake a été victime d’un accident de la circulation et s’est senti mort quelques secondes pendant lesquelles il a vu une autre vie de profiler, comme un état de grâce. Quand il a été réanimé il a eu l'impression qu’on lui volait cette vie. Il a fallu l’opérer d'urgence pour drainer le cerveau.

Elisabeth est restée persuadée toute sa vie que son fils Francis n'est pas mort à la naissance. Elle erre la nuit à sa recherche surtout qu'elle sait qu’il vient d'avoir un accident. Elle vit en Angleterre loin de son Irlande et a eu trois filles dont Sharon inquiète pour sa mère qui va mourir d'un cancer et est atteinte de démence.

Sean se rappelle des moments de jeunesse avec une mère absente qui l’a abandonné et  l'a obligé à vivre dans une famille d'accueil.  Aujourd’hui il est marié à Geraldine et à deux fils mais sa femme comprend que l’accident l’a transformé. Il parle de doubles vies.

Sean parle avec tante Cissie de sa mère biologique qu’il aimerait bien retrouver. Elle n'a que quelques indices à lui donner.

Pour l'heure il se doit de reprendre son activité de photographe. Il apprend qu'un accident a eu lieu et il comprend que c'est un ami Franck Conroy qui en a été la victime. Ils avaient travaillé ensemble sur le sujet de l’arrêt de la dernière mine irlandaise à Mullabeg.

Reprendre seul le volant après son accident est une épreuve mais il se doit d'aller sur les lieux de l'accident. Franck était jeune père et veuf presque en même temps, sa femme étant atteinte d'un cancer pendant sa grossesse. Et il se serait suicidé avec son bébé en se jetant dans la rivière au volant de sa voiture.

C'est Peter McHugh qui a racheté la mine pour en faire un terrain de golf. Comme Sean il a été élevé par une famille d’accueil. Alors il va lui rendre visite et McHugh le conduit vers un endroit qui pourrait être celui où Sean est né. Sans résultat. Il continue ses recherches et comprend que son couple est en danger car Geraldine ne sait pas qu’il a été adopté dans sa jeunesse et elle ne peut donc pas devenir pouvoir il s'absente régulièrement.

La quête du passé et de sa mère continue avec obstination et détermination...

 

Ce moment du "décès clinique" a été le déclencheur de cette recherche du passé.

Delmot Bolger sait nous entraîner avec brio dans les méandres de la mémoire et des oublis.

L'auteur nous dit en préambule qu'il a écrit une première version en 1993 et il précise qu'il a entendu beaucoup de témoignages de mères et d'enfants qui avaient été séparés dans les années 40 à 60, quand il était scandaleux d'avoir fait un enfant en dehors du mariage et souvent quand les jeunes femmes étaient très jeunes comme la mère de Sean âgée de 19 ans quand elle a accouché. L'adoption en a sauvé une majorité d'autant que la vie dans les couvents y était très difficile, les Sœurs n'étant pas franchement "humaines" dans leurs réactions face aux mères désespérées.

"Ce roman n'est donc ni l'ancien ni tout à fait un autre. J'aime à le considérer comme un roman remanié".

On se laisse emporter à chaque fois que l'on entre dans un nouveau chapitre (18 au total) par l'histoire que nous raconte l'auteur. Il revient en arrière quand il faut expliquer le présent et ce sont autant de "moments" littéraires à savourer. Par exemple, l'histoire de la mine qui ferme et l'engagement de Sean de faire un reportage photo qui saura rappeler le courage de ces mineurs qui ont travaillé avec panache jusqu'au dernier jour;les confrontations avec les membres de la famille de sa mère sont aussi magnifiquement restitués dans toute leur "vérité".

En conclusion, un formidable roman irlandais par un des grands représentants de cette littérature bien trop peu connue en France. Joëlle Losfeld fait partie de ces éditeurs qui ont plaisir à publier de grands auteurs souvent méconnus.

Lisez Dermont Bolger, né en 1959 dans le nord de Dublin d'une famille d'ouvriers, nous montre à quel point il est engagé pour son pays et son histoire souvent douloureuse.

Bonne lecture,

Denis

 

Une seconde vie de Dermot Bolger (Folio)
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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 15:59
Moonraker de Fryniwyd Tennyson Jesse (Le Félin Poche)

Moonraker de Fryniwyd Tennyson Jesse

(Editions du félin - septembre 2017 - 205 pages - Collection Le Félin Poche)

Traduit de l'anglais par Marie-Yvonne Guyon

Titre original : Moonraker (1927)

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On sait bien peu de choses sur Fryniwyd Tennyson Jesse (1888-1958) en France. C'est le deuxième livre publié après "Les derniers jours du Palais d'Or" en 1995 par les Editions du Félin.

Dans l'introduction de Bob Leeson (1981 pour l'édition anglaise), il cite les propres paroles de l'auteure : "C'était une féministe habile, enjouée, un peu clandestine, qui ne se refusa jamais un plaidoyer adroit pour la dignité et l'indépendance de la femme. Ceci revenait de façon à peine voilée dans ses livres, ses lettres, ses conversations quoiqu'elle n'a jamais participé à un mouvement féministe ou autre. Elle était solitaire".

Il ajoute "qu'elle était une navigatrice hors pair, bien meilleure que son modèle Robert Louis Stevenson. Elle savait tout des bateaux, des marins et des capitaines...".

Alors, voilà, Mooraker, c'est un vrai roman d'aventure et de pirate au début du XIXe siècle...

L'auteure entreprend de nous raconter l’histoire de Jacky Jacka au détour des années 1801-1802. Il est fils d'une lignée de marins anglais. Tamsin une vieille sorcière lui dit qu’elle voit dans ses yeux « de grands navires qui sombrent, et de sinistres actions dans le noir ». Il a alors la vision d’une femme blanche et d'un homme noir.

Elle lui dit qu’il doit immédiatement d’embarquer ce qu’il fait le jour même se faisant engagé sur la goélette le « Piskie » à destination des Caraïbes.

Le bateau est arraisonné par le bateau pirate le Moonraker dirigé par le capitaine Lovel. Jacky, épargné de la mort, devient un de ses mousses.

Nouveau combat cette fois avec un navire français et Lovel sauve de la mort un passager français, Raoul de Kerangal. Celui-ci s’avère être un ennemi de Napoléon et il vient ici prévenir Toussaint-Louverture (1743-1803) que l’empereur prépare une expédition contre lui. Lovel accepte de l'aider.

 

 

Toussaint-Louverture

Toussaint-Louverture

Les trois hommes débarquent à Port-au-Prince avec pour objectif de rencontrer le grand homme épris de liberté pour son peuple noir, Toussaint-Louverture. Mais l'armée française est arrivée par mer et demande à Toussaint de se rendre et d'abandonner son pouvoir sur l’île. Les trois hommes sont devenus intimes avec les Toussaint grâce à Raoul. Et ils ne savent plus quoi faire pour les aider car Toussaint veut rester ici. Melle Laura, une jeune américaine blanche au service des Toussaint est très séduisante et Raoul entend la sauver du marasme ambiant. Mais c'est Jacky qui reste auprès de Toussaint. Les noirs se rallient à Toussaint quand ils apprennent que les Français veulent rétablir l’esclavage sur l’île.

 

Ce qui est le plus passionnant dans ce roman, c'est de vivre la "révolution" à Haïti sous l'égide de Toussaint-Louverture (pour en savoir plus, j'ai mis le lien vers l'article de wikipedia).

On voit cet événement sous le regard des anglais, hostiles à Bonaparte, encore Premier Consul à l'époque, bien sûr. Il y aura un rebondissement original vers la fin du roman qu'il ne faut pas dévoiler ici.

C'est un livre plaisant à lire. Un bon roman d'aventure sur des bases historiques solides par une auteure qui maîtrise son art avec facilité.

Et à lire aussi pour replonger dans ces années "terribles" du début du XIXe siècle en rappelant qu'il a fallu attendre encore un demi-siècle pour voir l'esclavagisme enfin aboli.

Merci à Lauren des éditions du Félin de m'avoir adressé ce livre pour le lire et le présenter ici.

Bonne lecture,

Denis

 

Moonraker de Fryniwyd Tennyson Jesse (Le Félin Poche)
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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 19:33
Voyager de Russell Banks (Actes Sud)

Voyager de Russell Banks (Actes Sud - 315 pages - mai 2017

collection "Lettres anglo-saxonnes")

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Furlan

Titre original : Voyager - travel writings (New York - 2016)

Photo de couverture : Russel Banks en 1962

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L'auteur aime voyager dans les îles à commencer par celles des Caraïbes si proches des USA.

Il y était allé autrefois et s'en est inspiré pour écrire son premier roman "le livre de la Jamaïque". Il y est retourné à la fin des années 80 avec celle qui allait devenir sa quatrième épouse. Ce long périple dans les Caraïbes est alors l'occasion pour lui de raconter ses déboires conjugaux et sa culpabilité d'avoir fait souffrir trois femmes et sans doute quatre enfants.

Autres contrées ensuite avec l'est africain et son île aux esclaves Gorée.

Encore plus loin, les Seychelles paradis des plongeurs et des oiseaux. À chaque fois l'auteur fait tout pour éviter les lieux touristiques préférant marcher et méditer loin des foules. Et toutes ces îles sont riches de montagnes et de plages éloignées des centres d'attraction.

L'auteur et sa future quatrième femme ont décidé de se marier loin de chez eux pour n'incommoder personne. Ils ont choisi Édimbourg. Leur surprise a été de se dire que leur morphologie pouvait s'apparenter à celle des écossais.

Autre voyage :  l'Alaska au volant d'un Hummer H2 flambant neuf qui a fait sensation tout au long du voyage. Un véhicule pas trop approprié pour parcourir ces contrées qui devraient être respectées par les écologistes. Mais le véhicule lui a été prêté par un magazine new-yorkais pour le tester.

Attiré par l’alpinisme dans la région des Adirondacks où il vit Russell Banks a décidé de partir avec deux libraires, un couple d’amis et un guide rencontré l'an passé, pour l'Equateur et escalader la Cotopaxi. Une chute près du sommet lui donne une grande amertume. Trois ans plus tard, en 2000, il escalade, toujours en groupe, le plus haut sommet des Andes, l'Aconcagua et le deuxième derrière l’Himalaya.

Il fera une dernière ascension près de l'Himalaya.

 

Certains de ces récits de voyages ont été publiés en revue avant d'être réunis dans ce recueil.

Comme nous l'avons vu, la première partie, qui fait près de la moitié du livre, est intime, ce qui est rare chez l'auteur puisqu'il y raconte non seulement un voyage mais aussi une confession sur ses déboires conjugaux.

Le titre américain est identique au titre français "Voyager".

Autant en français, voyager, fait tout de suite pense au voyage, autant en américain, "Voyager" fait référence aux deux sondes spatiales américaines lancées en 1977. Russell Banks y fait d'ailleurs plus qu'allusion.

Page 137 : "La sonde visait Alpha Centauri, le sabot du Centaure, le système d'étoiles le plus proche de notre soleil, situé à 4.37 années-lumière d'ici, soit environ 41 300 milliards de kilomètres. A la vitesse actuelle de Voyager 1, le survol d'Alpha Centauri est programmé pour dans quarante mille ans à peu près (...) Voyager 1 pourrait  tout aussi bien être en route pour le paradis, l'enfer ou n'importe quel autre lieu purement imaginaire, n'importe quel autre pays des morts".

 

Un livre passionnant et toujours l'écriture limpide et magnifique de Russell Banks (né en 1940) l'un des plus grands écrivains américains.

 

Bonne lecture,

Denis

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23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 18:21
La muette d'Alexandre Lacroix (Don Quichotte Editions)

La Muette d'Alexandre Lacroix

(Don Quichotte Editions - 205 pages - août 2017)

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Elsa est née en 1921 à Lyon. En 1943 elle aimait Albert et lors d'un rendez-vous dans leur bar habituel il n'est pas venu et ce sont deux hommes qui ont "cueilli" Elsa la juive. Et c'est ainsi qu’à l’été 43 elle s'est retrouvé à Drancy où elle a été répertoriée "catégorie B, immédiatement déportable".

Dans ce même Drancy, de nombreuses années plus tard, un jeune homme, Nour, amené à appeler la police a été aussitôt déclaré présumé coupable et menotté avant d’être conduit au commissariat où il s'est montré forte tête avant d'accepter de parler à un inspecteur. 

Nour veut bien expliquer cette journée à la Muette à condition qu'on laisse tranquille sa pauvre mère qui parle à peine français.

La Muette était encore en chantier quand elle a servi de camp. Rien n’était achevé. Heureusement Elsa a trouvé de l’amitié dans sa chambrée avec Josèphe et plus encore avec Louise avec qui elle partageait la couche et la couverture.

Nour est ami d'enfance avec Samantha (Sam) et Jamie. Ils ont tout partagé même leurs premiers émois amoureux ensemble. Sam a préféré Jamie mais à présent quand Jamie part travailler Nour vient rejoindre Samantha.

Louise a pris un amant tchèque Marek ce qui déplait à Elsa. Elle s'improvise institutrice pour apprendre les rudiments de l’écriture et du calcul, ce qui lui donnera par la suite la vocation d’institutrice.

Quant à Nour il a été peiné par le suicide de Bernard un des derniers français à vivre à la Muette. Il avait été entre autre obsédé par le portrait d'une femme, dessiné dans sa cave et daté août 1943. La drogue a fait partie de leur quotidien surtout pour Samantha.

Les caves étaient un lieu de torture et Louise y eut droit après que sa liaison avec Marek ait été dénoncée auprès des allemands.

Ils savaient à Drancy que la destination finale serait en Pologne sans connaître le nom exact du lieu où ils iraient. Alors ils l’appelaient Pitchepoï...

 

Deux voix à plus d'un demi-siècle d'intervalle parlent d'un même lieu : la Cité de La Muette à Drancy, que vous pouvez découvrir dans les deux photos ci-dessous :

La muette d'Alexandre Lacroix (Don Quichotte Editions)
La muette d'Alexandre Lacroix (Don Quichotte Editions)

Un monument, lieu de mémoire, a été installé. Mais l'enfer reste présent ici.

L'auteur, Alexandre Lacroix, par ailleurs directeur de "Philosophie Magazine" explique dans une "note de l'auteur" en fin de roman les motivations et le "travail" accompli pour faire vivre cette cité maudite au plus prêt de la réalité.

Page 205 : " En entrelaçant le discours d'une survivante et celui d'un jeune homme d'aujourd'hui, j'ai voulu montrer ensemble les deux dimensions de la cité, son passé tragique et son présent pesant. Je ne considère pas que ces deux types de malheur sont équivalents ni même comparables, que les victimes d'hier et les exclus d'aujourd'hui subissent le même sort, et cependant il y a une continuité souterraine entre les époques".

 

Le livre fait alterner les récits, celui d'Elsa, au langage châtié qui s'adresse à un historien et celui de Nour, au langage vert et verlan, qui répond aux questions d'un inspecteur de police.

Je ne révèlerai bien sûr pas l'issue des récits de chacun. A vous de les lire dans ce roman intense, prenant et qui restitue bien la problématique de la vie à La Muette à chaque époque évoquée.

Un seul bémol qui m'a gêné :Nour dit être allé à un spectacle de Dieudonné, un type "bien" qui parle au nom des paumés des banlieues :

Page 115 : "Dieudo, il s'intéresse à nous. faut regarder les choses en face, inspecteur: moi, j'ai grandi au quartier. Qu'est-ce que tu crois que je vais pouvoir faire de ma life ? Est-ce que t'imagines qu'un jour je pourrais décoller de la cité et aller vivre ailleurs ? ".

Il dit même merci à Dieudonné !!

L'inspecteur ne fait pas arrêter Nour sur cette narration de l'ambiance autour du spectacle qui s'étale sur presque dix pages et qui n'apporte vraiment pas grand chose au récit de ce qui s'est passé "ce jour-là", objet de l'interrogatoire.

Malgré cette réserve qui m'est très personnelle c'est un roman de la rentrée 2017 à lire si vous aimez l'Histoire et la confrontation des époques dans un lieu sordide, lieu de mémoire !

Merci à Aurélie de  Don Quichotte Editions de m'avoir envoyé ce roman.

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 16:34
Personne ne gagne de Jack Black (Monsieur Toussaint Louverture)

Personne ne gagne de Jack Black

(Monsieur Toussaint Louverture -

collection "Les grands animaux" - mai 2017 - 470 pages)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jeanne Toulouse et Nicolas Vidalenc

Préface de Thomas Vinau

Postface de William S. Burroughs

Titre original : "You can't win"

 

Paru en France en 2008 avec cette traduction sous le titre :"Yegg, autoportrait d'un honorable hors-la-loi (Les Fondeurs de Briques)"

Paru une première fois en 1932, traduit par M. Lemierre, chez Gallimard sous le titre "Rien à faire... Souvenirs d'un cambrioleur américain"

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Voici un titre enfin proche du titre original pour un livre autobiographique d'un drôle de "bonhomme" au nom en forme de pseudonyme : Jack Black (1871-1932). Son vrai nom pourrait être Thomas Callaghan.

D'entrée de jeu, on comprend que l'on va avoir là un livre étonnant. Et il l'est assurément. On entre de plein pied dans sa vie qu'il décrit sans langue de bois.

 

Ainsi, John entreprend de raconter sa vie de "mauvais garçon". Et pourtant tout avait bien commencé par ses trois années d’études en pensionnat chez les Sœurs.

Il s’est intéressé au sort des frères James dont Jesse un des durs à été assassiné. A quatorze ans il part dans un collège public pour parachever son éducation et a aimé plus que jamais lire les histoires de gangsters à l'image de ces frères James.

À seize ans il arrête l’école et doit travailler pour payer sa pension. Il trouve un emploi chez in vendeur de tabac et encaisse les créances du laitier. C’est alors qu’il fait la connaissance de Julia une prostituée et qu’il fait un cours séjour en prison suite à une rafle dans la maison close.

Par la suite un cambriolage va conduire son ami Smiler à être tué par la femme chez qui ils venaient dérober les bijoux. Bien que complice il n’a rien avoué et s’est retrouvé en prison présenté comme un héros auprès des autres détenus. Son procès se termine par un acquittement qu’il avait pressenti en s’enfuyant du tribunal pendant la délibération. Il part en train mais est repéré et arrêté. Il fait dix jours de prison et retrouve très vite ses deux compagnons de prison de Salt Lake city libérés à leur tour.

Il fait quelques coups avec Sanc puis avec d'autres. Il va à Denver mais sa base reste San Francisco et ses environs . Régulièrement il se fait choper et écope de quelques jours de prison.

Georges est amené à tuer un homme qui calomniait une amie sûre Mary. Il a pu échapper à la condamnation pour meurtre et continue à faire équipe avec John pour des cambriolages​ alimentaires.

De pérégrinations en cambriolages en tout genre passant plusieurs fois par la case prison il vit de plus en plus souvent au Canada et l'opium devient son quotidien au même titre que des cambriolages.

En 30 ans de cambriolages, Jack passe la moitié de son temps en prison car la malchance s'acharne sur lui constamment. Il a beau s'évader, fuir en train le plus souvent, il finit toujours par se faire arrêter.

Il va connaître les prisons dans toute leur horreur, entre maltraitance, camisole de force. On aimerait tant que ce "gentleman cambrioleur" échappe aux policiers tellement perspicaces, surtout quand certains s'en font leur complice!

Quand il décide de se "ranger", il va avoir deux tâches à accomplir : supprimer l'opium de sa vie et plus encore tout faire pour améliorer la vie des détenus dans les années 20 aux U.S.A.

Son goût pour la lecture le conduit à écrire de manière très littéraire ses "aventures tumultueuses".

Il y a assez peu de paragraphes. Les phrases se suivent tel un fleuve déversant ses mots en continu, sans nous laisser le temps de respirer.

Un grand livre pour nous faire vivre ces années difficiles du début du XXe siècle aux U.S.A. où les hommes se font aussi bien cambrioleurs que chercheurs d'or. On circule beaucoup grâce au train et presque tout est permis malgré la répression plutôt efficace.

 

Merci à Anaïs de l'agence Anne & Arnaud de m'avoir permis de lire ce roman envoûtant.

Comme toujours, Monsieur Toussaint Louverture, est un éditeur de grand talent qui sait nous dénicher de sacrés auteurs.

Bonne lecture,

Denis

 

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 19:45
Aylal, une année en Mongolie de Linda Gardelle (Gaïa)

Aylal, une année en Mongolie de Linda Gardelle

(Gaïa - Février 2017 - 253 pages)

Première édition : Gaïa - 2004

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A 19 ans, Linda Gardelle (née en 1979) part pour une année en Mongolie. Elle y a quelques amies rencontrées un an auparavant avant ce voyage d'un an, si bien qu'elle n'est pas en terre vraiment étrangère quand elle arrive avec le Transsibérien à Oulan-Bator.

C'est son amie Tsetsgee qui l'accueille et la conduit chez elle. Les Mongols se montrent très hospitaliers. Peu après, elle part pour le désert de Gobi puis ira dans les villages éloignés de la capitale où elle va participer à la vie dans les yourtes sans confort et avec presque rien pour vivre.

Elle nous fait partager son quotidien souvent difficile surtout quand elle va apprendre au fil des mois que ses amis sont capables de la trahir, de la voler ou de profiter d'elle, alors qu'elle vit comme eux avec très peu de moyens financiers. Certes, elle observe leur vie mais elle y participe grandement.

Ce pays la fascine inéluctablement. Par moments, elle part seule à travers les immensités désertiques pour fuir les humains. Mais les loups sont proches et elle a besoin rapidement de se rassurer en retrouvant des amis.

Une année c'est tout de même long pour une jeune femme. Seulement, elle a du mal à parler français avec des français de passage, tellement elle s'est approprié la vie et la langue de la Mongolie.

Après des hauts et des bas, elle doit toutefois rentrer en France. Et on sent sa grande envie de revenir dans ce pays tellement atypique.

Une très belle écriture, littéraire, contribue au charme de ce récit de voyage. Elle nous embarque littéralement avec nous et on se prend à vivre son quotidien comme si on était à ses côtés.

Aylal signifie "voyage" et on est en plein dedans.

Pour l'anecdote, Linda Gardelle est de père français et de mère suédoise. On comprend mieux pourquoi elle a été éditée par Gaïa.

Elle est sociologue, spécialiste des nomades, et là on comprend d'où vient sa vocation et son besoin personnel et déjà professionnel à 19 ans d'étudier la vie des Mongols en s'immergeant complètement dans leur vie en ville, en campagne et dans le désert.

Un livre que je recommande chaleureusement, tellement il est magnifiquement écrit. Quel voyage !

Denis

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 15:14
La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole (10/18)

La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole

(10/18 - collection "Domaine étranger" - 534 pages - février 1989)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Pierre Carasso

Préface de Walker Percy

Titre original: A Confederacy of Dunces (1980 - édition posthume)

Première édition française : Robert Laffont (1981)

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Ignatius J. Reilly, 30 ans, attend sa maman devant un magasin de la Nouvelle Orléans. Il est bizarrement habillé avec une drôle de casquette sur la tête. Deux policiers l’interpellent. Un vieil homme s’interpose et traite les policiers de "communisses" et c’est lui qui se retrouve au poste tandis qu’Ignatius part boire une bière avec sa mère dans un bar un peu louche. Ils se font virer du bar par la patronne Mrs Lee qui reproche ensuite à son employée Darlene d’avoir laissé s’installer dans le bar de tels gens qui n’ont rien à voir avec la clientèle de "la folle nuit".

En sortant du bar la mère a heurté un bâtiment ce qui va avoir pour conséquence de donner encore du travail à l’agent Mancuso.

Lee a embauché un noir Jones par humanité ainsi elle ne pourra pas être traitée de raciste.

L’agent Mancuso se rend chez les Reilly. Il a pitié de cette femme et lui annonce que l’homme dont elle a abîmé sa maison demande mille dollars pour les travaux mais elle n’a pas d’argent et devra hypothéquer la maison. Ignatius se montre à nouveau odieux mais il finit par accepter de chercher un emploi. Ce sera toutefois au détriment de son grand œuvre en cours de rédaction. Il finit toutefois par obtenir un emploi dans l'entreprise des "pantalons Levy".

Il révolutionne la façon de travailler et tente une grève avec les ouvriers trop mal payés. Mais pendant la manifestation chez le chef de service il est dénoncé pour être recherché par la police et ses compagnons de lutte le lâchent au point qu’il est licencié par monsieur Levy. Mme Levy se montre très critique envers son mari qui exploite ses ouvriers sans s’intéresser à cette entreprise qui lui a été léguée par son père.

Les péripéties vont s'enchaîner pour ce "pauvre Ignatius" que personne ne comprend, à commencer par sa mère qui, sous l'influence d'une amie et de l'inspecteur Mancuso, se montre de plus en plus révoltée contre lui. Elle ne supporte plus la cohabitation avec ce fils qui devient de plus en plus extravagant  et de plus en plus gros.

Et lui de son côté, multiplie les "folles expériences", vendeur "foldingue" de hot dogs, aspirant politique influencé par une amie d'université, Myrna, qui semble travailler avec lui par télépathie et surtout par courrier espérant le voir venir la rejoindre à New York.

 

Ignatius, c'est l'histoire d'un surdoué dans un monde "d'imbéciles" (pour reprendre l'esprit du titre), car il est vraiment victime de ces esprits obtus, qui ne savent pas être visionnaires pour avancer dans un monde sclérosé, dominé par le racisme et la "chasse aux sorcières.

N'oublions pas que ce livre a été écrit dans les années 1960, dans un pays fermé à la modernité.

 

John Kennedy Toole (1937-1969), sans doute un double d'Ignatius, n'a pas cru en ses qualités d'écrivain et s'est suicidé en 1969, sans avoir rien publié de son vivant. C'est sa mère qui fera publier ce roman en 1980.

Un sacré drôle de roman, drôle justement dans sa vision "décalée" du monde. Qui plus est Ignatius nous est sympathique malgré ses soucis d'intégration, sans oublier ses "soucis de santé"...

 

En conclusion, ce roman est une critique burlesque et virulante toutefois d'un pays qui entend camper sur ses traditions... Un très grand livre fou ! à lire absolument.

Merci à Marjorie de m'avoir accompagné dans cette "lecture commune" toujours plus éclairante quand on est deux pour confronter notre vision du roman.

 

Bonne lecture,

Denis

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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 12:15
Les sacrifiés du Danube de Virgil Gheorghiu (La Différence)

Les sacrifiés du Danube de Virgil Gheorghiu

(Editions de la Différence - "Littérature étrangère" - 190 pages - Avril 2017)

Traduit du roumain par Livia Lamoure et présenté par Thierry Gillyboeuf

Titre original : Sacrificatii Dunarii (1957)

Première édition française dans cette traduction : 1957 (Editions Plon)

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Dans le livre "Virgil Gheorghiu l'écrivain calomnié" que je viens de lire et présenter sur le blog, Thierry Gillyboeuf présente comme suit ce roman : "C'est un bref récit écrit avant (sic - coquille de l'éditeur à la relecture car c'est après, ce que confirme Thierry Gillyboeuf dans sa préface au roman) les événements tragiques de l'automne 1956 en Hongrie. Situé en Bulgarie, ce roman est un cri violent, un réquisitoire impitoyable et un appel au secours à l'Occident qui a livré quinze pays de l'est de l'Europe à l'URSS à la conférence de Yalta". (page 47).

Ce livre est dédié à sa traductrice Livia Lamoure. (le lien que j'ai ajouté au nom de Livia Lamoure permet de la connaître un peu mieux).

 

Joseph Martin est un anthropologue occidental et à été engagé par les Etats-Unis pour s’installer à Sofia il y a onze ans, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

Depuis il s’est marié avec une autochtone, Monika, qui vient d’avoir enfin le droit de sortir de son pays pour aller à la rencontre de sa belle famille. Joseph viendra la rejoindre dans quinze jours.

Il la conduit à Varna d’où elle doit s’embarquer. C’est ici d'ailleurs qu’il l’a connue. Elle était une de ses étudiantes et lui avait demandé de sauver un éminent scientifique autrefois ministre car depuis que les soviets dirigent le pays les anciens ministres sont arrêtés, torturés puis pendus. Et Martin avait refusé d’aider à sauver cet homme qui aurait pu sinon être conduit clandestinement sur un navire compatriote.

Les soviets mettent comme un ver dans le cerveau des bulgares pour en faire des robots à l’image de cette mouche tropicale qui s’attaque à la tête des autochtones pour y déposer ses vers.

L’ambassadeur Pilate informe Joseph qu’il est suivi par la police et qu’il doit être arrêté sous peu, la police attendant que sa femme ait quitté le pays pour le mettre en prison.

On lui reproche notamment d'avoir aidé des fuyards du communisme. Pilate lui conseille de rester très calme ces temps-ci mais sera-ce possible quand un ami va lui amener une famille...

 

Ce livre est très militant au travers de cette "fable" qui montre bien les dessous du régime en place depuis que la Bulgarie et plus généralement les pays de l'Est ont été placés sous domination soviétique dès 1945/1946.

Virgil Gheorghiu, "dissident roumain" place son roman en Bulgarie et nous rappelle combien ces peuples soumis en veulent aux occidentaux qui les ont trahis en les mettant sous la coupe soviétique. Par exemple, Joseph Martin est fier que son pays envoie des projecteurs en Bulgarie. Or, il apprend très vite que ces projecteurs auront comme rôle d'éclairer la nuit les camps de travail des déportés pour que le rendement soit optimisé.

Joseph, Pilate : vous aurez compris que l'on est dans le rapprochement avec la Bible. Pour rappel, l'auteur est ordonné prêtre orthodoxe en 1963. Mais il n'y a aucune pesanteur dans ces références. Pilate représente le corps diplomatique occident chahuté par le pouvoir en place, aux pouvoirs plus que limités. Pilate espère faire changer le régime suite à la mort récente de Staline. Un leurre quand on sait le temps qu'il aura encore fallu attendre pour voir des lueurs dans le ciel de ces pays.

Et pour ce qui est du style, par ailleurs très sobre, il faut remarquer les répétitions de phrases, de sentences à l'image de ce qu'a pu être la "propagande" soviétique dans ces pays à l'époque.

La métaphore du ver est particulièrement bien vue : (page 59) "Un seul ver suffit à en produire des centaines d'autres. Pour cela, il n'a besoin que d'une seule chose : la matière grise du cerveau humain. C'est tout. Et il se multiple. Des centaines et des milliers de ces vers rationalistes apparaissent alors. Ils rongent le cerveau humain par portions, par compartiments. L'homme dont, par malheur, un de ces vers a pénétré le cerveau, perd d'abord sa gaieté. Puis il perd sa tristesse. Il n'es plus jamais gai, ni triste. Le ver rationaliste dvore ensuite un autre fragment de cerveau : l'homme n'a plus aucune espèce d'idéal, plus aucune espérance. Puis, l'homme qui a ce ver dans la tête devient indifférent à la notion de direction. Toutes les directions lui sont égales. La volonté commence à être grignotée à son tour. Tout ce qui peut arriver à cet homme lui est indifférent. Il n'a plus froid, ni faim, ni chaud, ni soif. Cet homme a une force de résistance terrible. Il peut vivre fort longtemps, au milieu des autres hommes. Mais il y vit comme un objet indifférent. Et c'est le plus obéissant des hommes. Il n'a plus aucune préférence, et si vous lui commandez de se jeter au feu, il se jette au feu. Le ver a rongé ses illusions, et jusqu'à son désir de vivre..."

 

Terrifiant ce passage et tellement vrai quand une dictature vous ôte tout droit de penser et plus encore d'ETRE.

Et quand on lit ce qui s'est passé en Bulgarie après "l'annexion" au régime stalinien, les anciens ministres ont réellement été arrêtés, à peine jugés et pendus.

Un livre qui claque et qui rappelle que la littérature se doit aussi et surtout dénoncer les travers des êtres humains.

Et quand tout va mal, Pilate se lave les mains à l'eau de Cologne !

Un livre à lire absolument et je vous garantis que, certes, j'ai reçu ce livre en "service de presse" de l'éditeur, mais tout ce que j'ai dit de ce livre ici, est authentique. Je n'ai rien écrit "pour faire plaisir à l'éditeur", puisque je suis même critique avec la coquille signalée au début de ce compte rendu. Et j'espère ne pas avoir de ver dans le cerveau...

Je dis avant tout merci à l'éditeur de m'avoir rappelé que cet auteur compte dans la littérature du 20e siècle et qu'il ne faut pas l'oublier...

Pour finir je renvoie à cet article passionnant dans lequel Gheorghiu est cité auprès de grands autres écrivains de la "dissidence" :

https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2004-3-page-261.htm

 

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

 

 

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