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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 16:34
Personne ne gagne de Jack Black (Monsieur Toussaint Louverture)

Personne ne gagne de Jack Black

(Monsieur Toussaint Louverture -

collection "Les grands animaux" - mai 2017 - 470 pages)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jeanne Toulouse et Nicolas Vidalenc

Préface de Thomas Vinau

Postface de William S. Burroughs

Titre original : "You can't win"

 

Paru en France en 2008 avec cette traduction sous le titre :"Yegg, autoportrait d'un honorable hors-la-loi (Les Fondeurs de Briques)"

Paru une première fois en 1932, traduit par M. Lemierre, chez Gallimard sous le titre "Rien à faire... Souvenirs d'un cambrioleur américain"

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Voici un titre enfin proche du titre original pour un livre autobiographique d'un drôle de "bonhomme" au nom en forme de pseudonyme : Jack Black (1871-1932). Son vrai nom pourrait être Thomas Callaghan.

D'entrée de jeu, on comprend que l'on va avoir là un livre étonnant. Et il l'est assurément. On entre de plein pied dans sa vie qu'il décrit sans langue de bois.

 

Ainsi, John entreprend de raconter sa vie de "mauvais garçon". Et pourtant tout avait bien commencé par ses trois années d’études en pensionnat chez les Sœurs.

Il s’est intéressé au sort des frères James dont Jesse un des durs à été assassiné. A quatorze ans il part dans un collège public pour parachever son éducation et a aimé plus que jamais lire les histoires de gangsters à l'image de ces frères James.

À seize ans il arrête l’école et doit travailler pour payer sa pension. Il trouve un emploi chez in vendeur de tabac et encaisse les créances du laitier. C’est alors qu’il fait la connaissance de Julia une prostituée et qu’il fait un cours séjour en prison suite à une rafle dans la maison close.

Par la suite un cambriolage va conduire son ami Smiler à être tué par la femme chez qui ils venaient dérober les bijoux. Bien que complice il n’a rien avoué et s’est retrouvé en prison présenté comme un héros auprès des autres détenus. Son procès se termine par un acquittement qu’il avait pressenti en s’enfuyant du tribunal pendant la délibération. Il part en train mais est repéré et arrêté. Il fait dix jours de prison et retrouve très vite ses deux compagnons de prison de Salt Lake city libérés à leur tour.

Il fait quelques coups avec Sanc puis avec d'autres. Il va à Denver mais sa base reste San Francisco et ses environs . Régulièrement il se fait choper et écope de quelques jours de prison.

Georges est amené à tuer un homme qui calomniait une amie sûre Mary. Il a pu échapper à la condamnation pour meurtre et continue à faire équipe avec John pour des cambriolages​ alimentaires.

De pérégrinations en cambriolages en tout genre passant plusieurs fois par la case prison il vit de plus en plus souvent au Canada et l'opium devient son quotidien au même titre que des cambriolages.

En 30 ans de cambriolages, Jack passe la moitié de son temps en prison car la malchance s'acharne sur lui constamment. Il a beau s'évader, fuir en train le plus souvent, il finit toujours par se faire arrêter.

Il va connaître les prisons dans toute leur horreur, entre maltraitance, camisole de force. On aimerait tant que ce "gentleman cambrioleur" échappe aux policiers tellement perspicaces, surtout quand certains s'en font leur complice!

Quand il décide de se "ranger", il va avoir deux tâches à accomplir : supprimer l'opium de sa vie et plus encore tout faire pour améliorer la vie des détenus dans les années 20 aux U.S.A.

Son goût pour la lecture le conduit à écrire de manière très littéraire ses "aventures tumultueuses".

Il y a assez peu de paragraphes. Les phrases se suivent tel un fleuve déversant ses mots en continu, sans nous laisser le temps de respirer.

Un grand livre pour nous faire vivre ces années difficiles du début du XXe siècle aux U.S.A. où les hommes se font aussi bien cambrioleurs que chercheurs d'or. On circule beaucoup grâce au train et presque tout est permis malgré la répression plutôt efficace.

 

Merci à Anaïs de l'agence Anne & Arnaud de m'avoir permis de lire ce roman envoûtant.

Comme toujours, Monsieur Toussaint Louverture, est un éditeur de grand talent qui sait nous dénicher de sacrés auteurs.

Bonne lecture,

Denis

 

Personne ne gagne de Jack Black (Monsieur Toussaint Louverture)
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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 19:45
Aylal, une année en Mongolie de Linda Gardelle (Gaïa)

Aylal, une année en Mongolie de Linda Gardelle

(Gaïa - Février 2017 - 253 pages)

Première édition : Gaïa - 2004

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A 19 ans, Linda Gardelle (née en 1979) part pour une année en Mongolie. Elle y a quelques amies rencontrées un an auparavant avant ce voyage d'un an, si bien qu'elle n'est pas en terre vraiment étrangère quand elle arrive avec le Transsibérien à Oulan-Bator.

C'est son amie Tsetsgee qui l'accueille et la conduit chez elle. Les Mongols se montrent très hospitaliers. Peu après, elle part pour le désert de Gobi puis ira dans les villages éloignés de la capitale où elle va participer à la vie dans les yourtes sans confort et avec presque rien pour vivre.

Elle nous fait partager son quotidien souvent difficile surtout quand elle va apprendre au fil des mois que ses amis sont capables de la trahir, de la voler ou de profiter d'elle, alors qu'elle vit comme eux avec très peu de moyens financiers. Certes, elle observe leur vie mais elle y participe grandement.

Ce pays la fascine inéluctablement. Par moments, elle part seule à travers les immensités désertiques pour fuir les humains. Mais les loups sont proches et elle a besoin rapidement de se rassurer en retrouvant des amis.

Une année c'est tout de même long pour une jeune femme. Seulement, elle a du mal à parler français avec des français de passage, tellement elle s'est approprié la vie et la langue de la Mongolie.

Après des hauts et des bas, elle doit toutefois rentrer en France. Et on sent sa grande envie de revenir dans ce pays tellement atypique.

Une très belle écriture, littéraire, contribue au charme de ce récit de voyage. Elle nous embarque littéralement avec nous et on se prend à vivre son quotidien comme si on était à ses côtés.

Aylal signifie "voyage" et on est en plein dedans.

Pour l'anecdote, Linda Gardelle est de père français et de mère suédoise. On comprend mieux pourquoi elle a été éditée par Gaïa.

Elle est sociologue, spécialiste des nomades, et là on comprend d'où vient sa vocation et son besoin personnel et déjà professionnel à 19 ans d'étudier la vie des Mongols en s'immergeant complètement dans leur vie en ville, en campagne et dans le désert.

Un livre que je recommande chaleureusement, tellement il est magnifiquement écrit. Quel voyage !

Denis

Aylal, une année en Mongolie de Linda Gardelle (Gaïa)
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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 15:14
La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole (10/18)

La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole

(10/18 - collection "Domaine étranger" - 534 pages - février 1989)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Pierre Carasso

Préface de Walker Percy

Titre original: A Confederacy of Dunces (1980 - édition posthume)

Première édition française : Robert Laffont (1981)

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Ignatius J. Reilly, 30 ans, attend sa maman devant un magasin de la Nouvelle Orléans. Il est bizarrement habillé avec une drôle de casquette sur la tête. Deux policiers l’interpellent. Un vieil homme s’interpose et traite les policiers de "communisses" et c’est lui qui se retrouve au poste tandis qu’Ignatius part boire une bière avec sa mère dans un bar un peu louche. Ils se font virer du bar par la patronne Mrs Lee qui reproche ensuite à son employée Darlene d’avoir laissé s’installer dans le bar de tels gens qui n’ont rien à voir avec la clientèle de "la folle nuit".

En sortant du bar la mère a heurté un bâtiment ce qui va avoir pour conséquence de donner encore du travail à l’agent Mancuso.

Lee a embauché un noir Jones par humanité ainsi elle ne pourra pas être traitée de raciste.

L’agent Mancuso se rend chez les Reilly. Il a pitié de cette femme et lui annonce que l’homme dont elle a abîmé sa maison demande mille dollars pour les travaux mais elle n’a pas d’argent et devra hypothéquer la maison. Ignatius se montre à nouveau odieux mais il finit par accepter de chercher un emploi. Ce sera toutefois au détriment de son grand œuvre en cours de rédaction. Il finit toutefois par obtenir un emploi dans l'entreprise des "pantalons Levy".

Il révolutionne la façon de travailler et tente une grève avec les ouvriers trop mal payés. Mais pendant la manifestation chez le chef de service il est dénoncé pour être recherché par la police et ses compagnons de lutte le lâchent au point qu’il est licencié par monsieur Levy. Mme Levy se montre très critique envers son mari qui exploite ses ouvriers sans s’intéresser à cette entreprise qui lui a été léguée par son père.

Les péripéties vont s'enchaîner pour ce "pauvre Ignatius" que personne ne comprend, à commencer par sa mère qui, sous l'influence d'une amie et de l'inspecteur Mancuso, se montre de plus en plus révoltée contre lui. Elle ne supporte plus la cohabitation avec ce fils qui devient de plus en plus extravagant  et de plus en plus gros.

Et lui de son côté, multiplie les "folles expériences", vendeur "foldingue" de hot dogs, aspirant politique influencé par une amie d'université, Myrna, qui semble travailler avec lui par télépathie et surtout par courrier espérant le voir venir la rejoindre à New York.

 

Ignatius, c'est l'histoire d'un surdoué dans un monde "d'imbéciles" (pour reprendre l'esprit du titre), car il est vraiment victime de ces esprits obtus, qui ne savent pas être visionnaires pour avancer dans un monde sclérosé, dominé par le racisme et la "chasse aux sorcières.

N'oublions pas que ce livre a été écrit dans les années 1960, dans un pays fermé à la modernité.

 

John Kennedy Toole (1937-1969), sans doute un double d'Ignatius, n'a pas cru en ses qualités d'écrivain et s'est suicidé en 1969, sans avoir rien publié de son vivant. C'est sa mère qui fera publier ce roman en 1980.

Un sacré drôle de roman, drôle justement dans sa vision "décalée" du monde. Qui plus est Ignatius nous est sympathique malgré ses soucis d'intégration, sans oublier ses "soucis de santé"...

 

En conclusion, ce roman est une critique burlesque et virulante toutefois d'un pays qui entend camper sur ses traditions... Un très grand livre fou ! à lire absolument.

Merci à Marjorie de m'avoir accompagné dans cette "lecture commune" toujours plus éclairante quand on est deux pour confronter notre vision du roman.

 

Bonne lecture,

Denis

La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole (10/18)
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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 12:15
Les sacrifiés du Danube de Virgil Gheorghiu (La Différence)

Les sacrifiés du Danube de Virgil Gheorghiu

(Editions de la Différence - "Littérature étrangère" - 190 pages - Avril 2017)

Traduit du roumain par Livia Lamoure et présenté par Thierry Gillyboeuf

Titre original : Sacrificatii Dunarii (1957)

Première édition française dans cette traduction : 1957 (Editions Plon)

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Dans le livre "Virgil Gheorghiu l'écrivain calomnié" que je viens de lire et présenter sur le blog, Thierry Gillyboeuf présente comme suit ce roman : "C'est un bref récit écrit avant (sic - coquille de l'éditeur à la relecture car c'est après, ce que confirme Thierry Gillyboeuf dans sa préface au roman) les événements tragiques de l'automne 1956 en Hongrie. Situé en Bulgarie, ce roman est un cri violent, un réquisitoire impitoyable et un appel au secours à l'Occident qui a livré quinze pays de l'est de l'Europe à l'URSS à la conférence de Yalta". (page 47).

Ce livre est dédié à sa traductrice Livia Lamoure. (le lien que j'ai ajouté au nom de Livia Lamoure permet de la connaître un peu mieux).

 

Joseph Martin est un anthropologue occidental et à été engagé par les Etats-Unis pour s’installer à Sofia il y a onze ans, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

Depuis il s’est marié avec une autochtone, Monika, qui vient d’avoir enfin le droit de sortir de son pays pour aller à la rencontre de sa belle famille. Joseph viendra la rejoindre dans quinze jours.

Il la conduit à Varna d’où elle doit s’embarquer. C’est ici d'ailleurs qu’il l’a connue. Elle était une de ses étudiantes et lui avait demandé de sauver un éminent scientifique autrefois ministre car depuis que les soviets dirigent le pays les anciens ministres sont arrêtés, torturés puis pendus. Et Martin avait refusé d’aider à sauver cet homme qui aurait pu sinon être conduit clandestinement sur un navire compatriote.

Les soviets mettent comme un ver dans le cerveau des bulgares pour en faire des robots à l’image de cette mouche tropicale qui s’attaque à la tête des autochtones pour y déposer ses vers.

L’ambassadeur Pilate informe Joseph qu’il est suivi par la police et qu’il doit être arrêté sous peu, la police attendant que sa femme ait quitté le pays pour le mettre en prison.

On lui reproche notamment d'avoir aidé des fuyards du communisme. Pilate lui conseille de rester très calme ces temps-ci mais sera-ce possible quand un ami va lui amener une famille...

 

Ce livre est très militant au travers de cette "fable" qui montre bien les dessous du régime en place depuis que la Bulgarie et plus généralement les pays de l'Est ont été placés sous domination soviétique dès 1945/1946.

Virgil Gheorghiu, "dissident roumain" place son roman en Bulgarie et nous rappelle combien ces peuples soumis en veulent aux occidentaux qui les ont trahis en les mettant sous la coupe soviétique. Par exemple, Joseph Martin est fier que son pays envoie des projecteurs en Bulgarie. Or, il apprend très vite que ces projecteurs auront comme rôle d'éclairer la nuit les camps de travail des déportés pour que le rendement soit optimisé.

Joseph, Pilate : vous aurez compris que l'on est dans le rapprochement avec la Bible. Pour rappel, l'auteur est ordonné prêtre orthodoxe en 1963. Mais il n'y a aucune pesanteur dans ces références. Pilate représente le corps diplomatique occident chahuté par le pouvoir en place, aux pouvoirs plus que limités. Pilate espère faire changer le régime suite à la mort récente de Staline. Un leurre quand on sait le temps qu'il aura encore fallu attendre pour voir des lueurs dans le ciel de ces pays.

Et pour ce qui est du style, par ailleurs très sobre, il faut remarquer les répétitions de phrases, de sentences à l'image de ce qu'a pu être la "propagande" soviétique dans ces pays à l'époque.

La métaphore du ver est particulièrement bien vue : (page 59) "Un seul ver suffit à en produire des centaines d'autres. Pour cela, il n'a besoin que d'une seule chose : la matière grise du cerveau humain. C'est tout. Et il se multiple. Des centaines et des milliers de ces vers rationalistes apparaissent alors. Ils rongent le cerveau humain par portions, par compartiments. L'homme dont, par malheur, un de ces vers a pénétré le cerveau, perd d'abord sa gaieté. Puis il perd sa tristesse. Il n'es plus jamais gai, ni triste. Le ver rationaliste dvore ensuite un autre fragment de cerveau : l'homme n'a plus aucune espèce d'idéal, plus aucune espérance. Puis, l'homme qui a ce ver dans la tête devient indifférent à la notion de direction. Toutes les directions lui sont égales. La volonté commence à être grignotée à son tour. Tout ce qui peut arriver à cet homme lui est indifférent. Il n'a plus froid, ni faim, ni chaud, ni soif. Cet homme a une force de résistance terrible. Il peut vivre fort longtemps, au milieu des autres hommes. Mais il y vit comme un objet indifférent. Et c'est le plus obéissant des hommes. Il n'a plus aucune préférence, et si vous lui commandez de se jeter au feu, il se jette au feu. Le ver a rongé ses illusions, et jusqu'à son désir de vivre..."

 

Terrifiant ce passage et tellement vrai quand une dictature vous ôte tout droit de penser et plus encore d'ETRE.

Et quand on lit ce qui s'est passé en Bulgarie après "l'annexion" au régime stalinien, les anciens ministres ont réellement été arrêtés, à peine jugés et pendus.

Un livre qui claque et qui rappelle que la littérature se doit aussi et surtout dénoncer les travers des êtres humains.

Et quand tout va mal, Pilate se lave les mains à l'eau de Cologne !

Un livre à lire absolument et je vous garantis que, certes, j'ai reçu ce livre en "service de presse" de l'éditeur, mais tout ce que j'ai dit de ce livre ici, est authentique. Je n'ai rien écrit "pour faire plaisir à l'éditeur", puisque je suis même critique avec la coquille signalée au début de ce compte rendu. Et j'espère ne pas avoir de ver dans le cerveau...

Je dis avant tout merci à l'éditeur de m'avoir rappelé que cet auteur compte dans la littérature du 20e siècle et qu'il ne faut pas l'oublier...

Pour finir je renvoie à cet article passionnant dans lequel Gheorghiu est cité auprès de grands autres écrivains de la "dissidence" :

https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2004-3-page-261.htm

 

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

 

 

Les sacrifiés du Danube de Virgil Gheorghiu (La Différence)
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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 16:23
Virgil Gheorghiu l'écrivain calomnié par Thierry Gillyboeuf (Différence)

Virgil Gheorghiu, l'écrivain calomnié par Thierry Gillyboeuf

(Editions de la Différence -

collection "littérature - 96 pages - mai 2017)

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Les éditions de la Différence entreprennent de publier les "oeuvres indispensables" de Virgil Gheorghiu, écrivain roumain (1916-1992)

Cet essai de 96 pages permet de rappeler les moments essentiels de la vie et de l'oeuvre de Gheorghiu, né au mauvais moment et au mauvais endroit.

Ecrivain calomnié, sans aucun doute. Vivre une vie de jeune adulte dans la Roumanie alliée des nazis ne pouvait que jeter l'opprobre sur les qctions (ou non actions) de ses ressortissants. Gheorghiu a écrit quelques textes antisémites dans ces temps troublés, même si son épouse était juive.

Il connaît très vite le succès en Europe occidentale avec "La Vingt-cinquième heure" en 1949. Il dénonce alors le régime roumain passé aux mains des soviétiques.

En 1953 éclate l'affaire des Lettres Françaises. Francis Crémieux écrit un article dans lequel il dénonce Gheorghiu  de "criminel de guerre, militant hitlérien, apologiste du crime de génocide, informateur de la police roumaine" (page 39) en faisant de lui un imposteur quand il entend défendre la liberté et combattre l'oppression soviétique.

Ceci n'empêcha pas Gherghiu de continuer à écrire des romans engagés. Il fut plutôt prolixe, certains romans n'étant pas d'aussi grande qualité que "La vingt-cinquième heure" par exemple.

La religion a toujours beaucoup compté pour Virgil Gheorghiu. Il s'exile en France et le 23 mai 1963 il est ordonné prêtre de l'église orthodoxe roumaine à Paris. Il va alors se sentir obligé d'écrire ses livres directement en français. Son premier texte en français parait en 1967 "La tunique de peau" chez l'éditeur qui lui est fidèle depuis toujours, Plon.

Il a été un auteur lu, écouté. Il a donné de nombreuses conférences de par le monde entier et s'est intéressé à la Corée  du Sud à la fin de sa vie.

Les rééditions de romans de l'auteur vont permettre de redécouvrir un auteur quelque peu oublié.

Thierry Gillyboeuf, né en 1967, est traducteur et a annoté la correspondance de Georges Perros, notamment. Il est aussi le préfacier du roman que vient de publier "Les éditions de la Différence" "Les sacrifiés du Danube" et que je chroniquerai ces jours-ci.

Je remercie l'éditeur de m'avoir adressé ce livre passionnant pour redécouvrir cet auteur roumain qui mérite une nouvelle chance d'être lu.

Bonne lecture,

Denis

 

Virgil Gheorghiu / Thierry GillyboeufVirgil Gheorghiu / Thierry Gillyboeuf

Virgil Gheorghiu / Thierry Gillyboeuf

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 16:50
Autour de ma chambre de Bernd Stiegler (Hermann)

Autour de ma chambre : Petite histoire du voyage immobile

de Bernd Stiegler

(Hermann -collection "Echanges littéraires"

- 260 pages - Octobre 2016)

Traduit de l'allemand par Laurent Cassagnau

Titre original : ReisenderStillsand. Eine kleine Gesischichte der Reisen im und um das Zimmer (2010)

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Tout a commencé avec le devenu célèbre "Voyage autour de ma chambre" de Xavier de Maistre, publié en 1794 qui va devenir un genre littéraire assez étonnant. L'auteur prouve par son récit que l'on peut explorer l'intégralité de ce qui se trouve dans sa chambre. On y fait forcément des découvertes par ailleurs.

De fait, peut-on vraiment voyager sans sortir de sa chambre?

En deux cent cinquante pages et 21 étapes Bernd Stiegler, professeur de littérature allemande moderne et d'histoire et théorie des médias àl'université de Constance, relève le défi en scrutant et explorant deux siècles de littérature et d'arts.

Bernd Stiegler nous donne une belle leçon d'histoire littéraire.

"Toutefois ces voyages si différents entre eux ont un point commun : ils présentent l'exploration de l'espace proche comme une véritable découverte, comme une expédition dans un univers prétendument connu, qui dans l'optique du voyage, se métamorphose soudain et devient étranger et résistant, énigmatique et instructif."

Jules Verne,  Huysmans, Nerval, Goethe et bien d'autres auteurs sont invités dans ce livre.

La photographie a aussi contribué à montrer la chambre dans tous ses états.

Les objets prennent vie et le flâneur sait aussi contempler tant sa chambre que son environnement. On peur aussi raconter ce que l'on voit depuis sa chambre.

Des expériences littéraires et artistiques ont continué à se perpétuer jusqu'à aujourd'hui. Samuel Beckett, l'Oulipo, des auteurs allemands se sont emparé de l'espace clos, celui de nos propres limites, pour en faire des oeuvres aussi exhaustives que possible.

De nombreuses illustrations et des bibliographies complètes, agrémentent  chaque étape de ce livre.

Un livre érudit assurément mais facile à lire quand on aime la littérature dans tous ses états, y compris dans les marges, car avec ce livre on est vraiment dans l'histoire littéraire des 200 dernières années.

Je remercie les Editions Hermann de m'avoir adressé ce livre paru il y a quelques mois dans la collection "Echanges littéraires". Tout un programme passionnant à découvrir également, comme "Sous le roman, la poésie. Le défi de Roberto Bolano" par Florence Olivier (2016).

N'oublions pas que les Editions Hermann existent depuis 1876 !

Bonne lecture,

Denis

Autour de ma chambre de Bernd Stiegler (Hermann)
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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 16:00
Notre aventure aux Samoa de Fanny et Robert L. Stevenson (Phébus)

Notre aventure aux Samoa de Fanny et Robert-Louis Stevenson

(Phébus - Libretto - mai 2006 - 293 pages)

Traduit de l'anglais par Isabelle Py Balibar

Préface de Michel Le Bris

Titre original : Our Samoan Adventure (Première édition posthume - 1955 - New York)

Première édition française :Phébus - 1994

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Une drôle d'aventure et de fin de vie pour le célèbre écrivain écossais Robert-Louis Stevenson (1850-1894) que ces 4 ans passés aux îles du Pacifique Samoa.

Le début de la préface de Michel Le Bris rappelle le cadre de vie des Stevenson :"Le Vailima des Stevenson? - Une clairière à peine débroussaillée, encore encombrée de souches brûlées. Un taudis irlandais, d'une saleté repoussante, un toit de métal galvanisé, avec une échelle à l'extérieur pour grimper à l'étage - : ainsi l'historien Henry Adams décrivit-il l'endroit lorsqu'il découvrit, effaré, les Stevenson en leur royaume samoan".

 

 

Fanny Stevenson (1840-1914) et Robert sont installés aux Samoa à Vailima et écrivent chacun leur journal de leur vie quotidienne. Ils ont acheté un terrain et y ont fait construire une maison et une ferme pour y élever des cochons notamment. Ils ont des ouvriers Samoëns pas toujours très courageux. Fanny expérimente toutes sortes de plantations et fait ou venir plusieurs races d'animaux de ferme.

En cette fin d'année 1890, Fanny a une otite et c'est la saison des pluies et des ouragans. Ils fêtent tout de même Noël avec des amis occidentaux à Apia.

Durant le premier semestre 1891 leur maison finit d'être construite. La fille de Fanny, Belle et sa famille s'installent près d'eux et la mère de Louis vient également les rejoindre. Louis continue à avoir une santé chancelante et une guerre éclate aux Samoa. Une guerre plutôt souterraine d'ailleurs, entre deux rois et qui met les occidentaux en porte-à-faux. Louis publie en 1892 " En marge du monde" qui lui vaut ainsi quelques inimitiés alors qu'il prône une paix durable.

Juillet 1893 est l'objet d'une "réelle" guerre "éclaire" qui met en fuite le roi Mataafa que les Stevenson ont toujours soutenu. L'art de la guerre chez les Samoans est de couper des têtes et trous femmes ont été victimes de cette coutume.

 

Voici en quelques phrases les événements qui se sont échelonnés entre 1890 et 1894.

L'essentiel de la vie quotidienne est détaillé par Fanny qui se montre passionnée pour faire de ces terres, un "laboratoire" où l'on peut expérimenter des cultures et de l'élevage, aux fins entre autre d'apporter un bien être aux Stevenson et à leurs ouvriers, sans oublier de favoriser les échanges avec les autochtones.

Robert-Louis est plus spécialement occupé par son oeuvre et ses échanges épistolaires avec ses amis occidentaux. Il s'intéresse aussi à la vie politique locale très compliquée et ne cache pas qu'il souhaiterait que le roi Mataafa soit confirmé dans ses fonctions, alors qu'il a été détrôné lors de cette guerre civile, contrôlée à distance par les occidentaux représentant leurs gouvernements.

N'oublions pas que Robert-Louis est déjà très malade quand il arrive en 1890 aux Samoa. Mais ce climat lui réussit assez bien et son épouse a compris que c'est ici qu'il mourra.

Après la mort de l'écrivain en 1894, Fanny et les siens quitteront la région pour rentrer aux USA mais fidèle à son mari, Fanny demandera à faire venir ses cendres aux Samoa auprès du corps de Robert-Louis.

 

Je ne cacherai pas que les longues pages écrites par Fanny sont parfois ennuyeuses car elle parle inlassablement de ses travaux, de ses difficultés relationnelles avec certains employés samoans et donc des tracas terre-à-terre du quotidien, sans prendre aucun recul.

Ceci reste un récit intéressant pour mieux connaître les dernières années de vie de Stevenson dans ces terres lointaines.

J'ai lu ce livre dans le cadre de mon année "littérature de voyage" et dans le cadre également du "mois kiltissime" animé par Cryssilda sur Facebook et sur son blog.

 

 

Notre aventure aux Samoa de Fanny et Robert L. Stevenson (Phébus)
Notre aventure aux Samoa de Fanny et Robert L. Stevenson (Phébus)
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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 17:31
Une part de ciel de Claudie Gallay (Actes Sud)

Une part de ciel de Claudie Gallay

(Actes Sud - Août 2013 - 446 pages)

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Un livre bien étrange que ce huitième roman de Claudie Gallay.

J'avais envie de lire cette auteure qui a été reconnue avec "Les déferlantes" publiées en 2008 aux éditions du Rouergue.

Une amie, Catherine Rechenmann, m'a dit que "Une part de ciel" était un excellent roman, si bien que je suis décidé à lire ce roman. Marjorie Littérature s'est jointe à moi pour en faire une lecture commune.

De fait, oui, un étrange roman. Il se présente sous la forme d'un journal et s'étend sur une période qui va du Lundi 3 décembre au Dimanche 20 janvier. 7 semaines, soit 49 jours.

 

Carole vient d'arriver en train dans le village où elle est née, convoquée par son père que tout le monde connaît ici sous le nom de Curtil. Gaby et Philippe, eux, ont toujours demeuré là et ils ne savent pas quand le père arrivera. Il a toujours vécu ainsi, fuyant et revenant à son gré. Leur mère a subi avec résignation ce mode de vie jusqu'à sa mort.

Gaby est mariée à Ludo qui passe la plupart du temps en prison. " La môme" a été recueillie par eux et elle vit avec eux plutôt rebelle et très libre. Carole vit seule depuis que son mari l'a quittée et que ses deux filles vivent en Australie.

Ses journées commencent à devenir une routine entre traduction, repas et moments au café de Francky, passages chez Gaby et des ballades près du village.

Toujours pas de père en vue. Jean semble s'intéresser à elle. Il aime être en sa présence.

Un des souvenirs marquants de sa jeunesse ici a été l'incendie de la maison et le choix de sortir d'abord avec deux des trois enfants, Gaby étant restée seule dans le grenier en attendant les secours. Et il y a eu la mort de la mère qui n'a pas su la reconnaître avant de mourir.

Ludo semble être sorti de prison mais avant la date prévue. Philippe a appris que trois hommes le recherchent.

Une piste de ski est prévue ouvrir au village contre le gré des= la majorité des autochtones. Les tramps repartent car l'hiver arrive et le tronçonnage reprendra plus tard.

Toujours pas de Curtil et de Ludo. On a retrouvé une voiture abandonnée et une chaussure de Ludo. C'est tout. Carole a prolongé son séjour en espérant toujours voir son père et elle s'occupe de Gaby malade et en détresse.

 

Carole prend une photo tous les jours, entre 11 heures et midi, de la femme de ménage de l'hôtel en face quand elle ouvre la fenêtre pour secouer les draps des clients. Il y aura quelques exceptions mais cette photo fait partie des rites journaliers dans ce temps qui semble s'être immobilisé. Elle traduit une biographie de l'artiste de Land Art Christo. Cette activité qui pourrait la faire passer pour "intellectuelle", fait d'elle une femme en marge. Elle est si différente de Gaby et Philippe. Et pourtant, c'est un même sang qui circule dans leurs veines...

 

Le style est très minimaliste. Si vous aimez les envolées lyriques, vous serez forcément déçus. Au moins au début. Se passera-t-il quelque chose ou resterons-nous dans l'attente lancinante, ennuyeuse comme la vie qui généralement se répète de jour en jour.

Des phrases courtes, des dialogues plutôt brefs, avec de temps en temps des propos sur la philosophie de la vie.

Mardi 4 décembre (page 21) : "Un temps de chien au petit matin. Les yeux pas encore ouverts, je me suis tiré les jambes du lit. J'ai monté le thermostat des radiateurs. Il me restait des biscuits du voyage, un fond de café dans le placard. // J'ai poussé la table pour être face à la fenêtre. Je voulais pouvoir travailler et voir la route sans avoir à bouger, juste en levant la tête.// J'ai traduit le début d'un chapitre".

Vendredi 7 décembre (page53) : "Les températures ont chuté pendant la nuit. Quand je me suis lev, il y avait du givre sur les vitres et aussi sur le pare-brise. // J'ai attaqué un chapitre. // Un peu avant huit heures, j'ai vu passer Gaby, contrairement à ses habitudes elle montait à l'hôtel à pied. // A onze heures, la serveuse à Francky a ouvert ses fenêtres. Elle portait une robe rouge. Ses bras étaient nus. Elle a sorti un premier drap, s'est penchée, l'a secoué. Elle l'a retiré et a secoué le second, le ventre au balcon. Ensuite, elle a tapé les oreillers, du plat de la main et de chaque côté".

 

On se croirait par moment dans un musée, en train de décrire un tableau réaliste. Les détails sont méticuleusement décrits. Honnêtement, cette méticulosité sur plus de 440 pages, c'est parfois lassant. Alors on s'accroche à un personnage. J'ai particulièrement aimé "la môme" car on sent que cette vie dans ce village ne sera qu'un passage tandis que Gaby ou Philippe semblent condamner à vivre inlassablement dans cette contrée ingrate l'hiver et qui un jour ou l'autre deviendra un lieu touristique avec ses pistes, ses hôtels et commerces... Car ce paysage changera plus vite que ses habitants, assurément. Pour oublier le présent, Philippe, garde forestier, cherche à retracer le parcours d'Hannibal et ses éléphants dans ces Alpes, bien près d'ici, sans certitude toutefois.

Lire ce livre sur une vingtaine de jours est une bonne solution pour avancer presque au rythme des jours de ce journal et éviter l'ennui. Car finalement, ce livre est très riche. On apprend beaucoup sur la vie au quotidien dans un village de montagne, juste avant l'hiver et puis en pleine période de neige où tout change dans les comportements, l'organisation du travail etc... Et puis il y a cette histoire de famille "en attendant Curtil" dont on doute de plus en plus qu'il arrive, sans oublier Ludo qui est en fuite. Gaby va sur ses traces car il devrait venir obligatoirement la voir, même s'il est traqué...

Voilà. Lisez ce livre qui vous surprendra inévitablement...

Bonne lecture,

Denis

Une part de ciel de Claudie Gallay (Actes Sud)
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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 16:47
Ecrivains voyageurs par Laurent Maréchaux (Arthaud Poche)

Ecrivains voyageurs : ces vagabonds qui disent le monde

par Laurent Maréchaux (Arthaud Poche - janvier 2017 - 220 pages)

(Illustration de couverture : Nicolas Biouvier - Kurdistan - 1954)

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Ce livre est sorti au bon moment pour la thématique que je me suis proposé de suivre cette année : la littérature et le voyage.

L'auteur a fait le pari de diviser les 19 auteurs présentés dans ce livre en deux catégories :

- Voyageurs, ils devinrent écrivains :

Joshua Slocum  /  Pierre Loti  / Robert Louis Stevenson / Joseph Conrad / Alexandra David-Neel / Victor Segalen / Nikos Kavvadias / Wilfred Thesiger / Bernard Moitessier / Nicolas Bouvier.

Page 17/18  : "Tous, avant d'être voyageurs, avaient été des lecteurs boulimiques.(...) En devenant écrivains, ils s'acquittaient d'une dette : léguer au plus grand nombre ce goût de l'aventure né de leurs vertes lectures."

Ecrivains, ils se firent voyageurs :

Rudyard Kipling / Jack London / Pierre Mac Orlan / Blaise Cendrars / Joseph Kessel / Georges Simenon / Romain Gary / Jack Kerouac / Bruce Chatwin.

Page 117 : "Si leur vie mouvementée traverse des continents et des temps agités (guerres coloniales, Première et Deuxième Guerre Mondiale, crise de 1929, conflits régionaux) dans lesquels ils puisent situations romanesques et personnages pittoresques, ces professionnels de l'écriture ont vite compris le profit qu'ils pouvaient tirer de leur situation d'observateurs privilégiés des soubresauts de l'histoire. De journalistes, ils se muent - tels Kipling ou Kessel - en auteurs de nouvelles, avant de faire renaître leurs reportages sous forme de romans. Leur imagination se montre foisonnante."

Je laisse à l'auteur la responsabilité de ses choix d'auteurs et des deux catégories. Mais de fait, certains ont voyagé et en ont fait des livres qui les ont rangé dans le monde de la littérature et pour ceux qui étaient écrivains, le voyage les a fortement influencé dans l'approche de leur oeuvre littéraire.

Ces 19 auteurs sont présentés par Laurent Maréchaux sous forme de courtes biographies de quelques pages, mettant en avant leurs voyages qui ont influencé leurs publications.

Laurent Maréchaux a l'impression que la littérature de voyage n'a plus ses lettres de noblesse au début de ce XXIe siècle.

Il cite Nicolas Bouvier comme mise en garde aux apprentis écrivains voyageurs : "Il ne faut jamais que l'écrivain bouche le paysage. Il faut qu'il perde cette corpulence, et le voyage, s'il s'y soumet, s'en chargera pour lui. Quant à son écriture, elle doit devenir aussi transparente et mince qu'un cristal légèrement fumé".

 

Voyages en partie rêvés, recréés et donc objets de fictions ou récits "authentiques", la littérature de voyage n'a pas fini de nous étonner ou de nous émerveiller. Ce livre offre de bonnes pistes de lectures. C'est là l'essentiel.

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

 

 

 

Ecrivains voyageurs par Laurent Maréchaux (Arthaud Poche)
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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 18:09
Le rempart de Théodore Dreiser (Editions Motifs)

Le Rempart de Theodore Dreiser

(Editions Motifs - Janvier 2017 - 382 pages)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Paul Roche

Titre original : The Bulwark (1946 - publié à titre posthume)

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Theodore Dreiser (1871-1945) a été journaliste engagé et militant socialiste. Il a écrit plusieurs romans dont celui-ci qui a été publié en 1946, un an après sa mort.

 

Phoebe, la soeur de Hannah Barnes, veuve demande à son beau-frère de s'occuper de son patrimoine. Rufus accepte et se voit déjà restaurer un des bâtiments.

Solon Barnes a passé une partie de son enfance à Segookit avant de rejoindre la nouvelle maison restaurée par son père à Dukla. Il a été chouchouté par sa mère mais sa corpulence lui a permis de s'affirmer face aux jeunes de son âge tout en se montrant pacifiste.

Il est impressionné par l'amie de sa soeur, Benecia Wallin, mais il n'ose pas lui parler. Sa famille entre en contact avec Mr Wallin à l'occasion d'une messe le dimanche où une solidarité se dessine quand une femme dit sa détresse de savoir son fils très malade. Hannah puis Solon témoignent de la force de Dieu à sauver les siens quand Solon avait été grièvement blessé à huit ans. Ceci émeut Mr Wallin et c'est ainsi qu'il est entré en contact avec les Barnes. La solidarité des quakers fait le reste et les deux familles deviennent amies.

Solon et Benecia se déclarent enfin leur amour et leur mariage est conclu après que Solon est venu à Philadelphie travailler dans la banque de Mr Wallin.

Ils vont avoir cinq enfants. L'aînée Isobel se trouve laide. Stewart le plus jeune se montre très vite intrépide. Etta a été la première à s'émanciper de la traduction quaker trop pesante à son goût dans ce début du XXe siècle. Elle a tenu à aller à l'université du Wisconsin avec une amie très "libérée". Orville et Dorothéa se montrent plus discrets.

Page 191 : "Lorsque Etta vint à la maison en compagnie de Volida, pour les vacances du Thanksgiving, la famille Barnes n'eut pas une impression très favorable de l'amie qu'elle s'était choisie. Solon et Benecia se montrèrent bons et aimables à son égard, mais ils jugèrent qu'elle manquait de tact et d'éducation et n'approuvèrent ni ses manières ni ses idées".

Stewart va suivre l'élan donné par Etta en choisissant sa destinée contre l'avis de ses parents.

Pour rappel, la Société religieuse des Amis est un mouvement religieux fondé en Angleterre au XVII e siècle par des dissidents de l'Église anglicane. Les membres de ce mouvement sont communément connus sous le nom de quakers mais ils se nomment entre eux « Amis » et « Amies ». La Communauté suit des règles strictes de vie mais se montre très unie. Elle n'est plus adaptée aux modes de vie du tournant du XXe siècle, ce que montre très bien "Le Rempart".

Une religion "rempart" contre le modernisme assurément. Solon et Benecia n'ont pas senti venir ces changements. Solon est resté immergé dans la finance sans voir là aussi que les méthodes de gestion ont changé et qu'il est victime lui-même de ses associés.

Un monde qui change en même temps que la prohibition fait son apparition aux USA.

Une famille en pleine mutation, heureuse quand les enfants sont jeunes et déchirée quand ils atteignent l'âge de s'émanciper...

Un roman qui parfois montre des "bons sentiments" un peu trop appuyés quand tout va bien dans la famille, comme si les quakers étaient alors en mesure de créer une réelle empathie entre les êtres.

C'est le seul bémol que j'ai relevé car on est vraiment happé par cette famille et on vit au sein de ce monde en mouvement.

Une lecture que je conseille à tous et plus particulièrement à ceux qui aiment la littérature US et qui ont envie de découvrir cet auteur considéré aujourd'hui comme un des auteurs novateurs de la première moitié du XXe siècle.

Je remercie les éditions Motifs (département des éditions du Rocher) de m'avoir envoyé ce roman. Une belle découverte et aventure littéraire.

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

Le rempart de Théodore Dreiser (Editions Motifs)
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