Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 17:19
Zorah sur la terrasse d'Abdelkader Djemaï (Le Seuil)

Zorah sur la terrasse  - Matisse à Tanger d'Abdelkader Djemaï

(Le Seuil - mai 2010 - 125 pages)

----------------------------

L'auteur, Abdelkader Djemaï (né à Oran en 1948), est l'auteur de nombreux récits et romans. Il a notamment écrit un "Camus à Oran" que je n'ai pas encore lu mais que le camusien que je suis ne pourra qu'apprécier. Il vit en France depuis 1993. ​Dans ce récit il met en scène ses souvenirs d'enfance à Oran et ceux de son gran-père qui est allé à Tanger, tout comme Henri Matisse.

 
 

C'est le lundi 30 janvier 1912 qu'Henri Matisse et sa femme Amélie débarquent à Tanger sur recommandation de leur ami, le peintre Albert Marquet. Le temps est exécrable avec pluie et vent pour les accueillir dans cette ville réputée "sulfureuse".

Matisse était venu en Algérie en 1906 mais n'est pas très familier avec la culture "orientale" qu'il va représenter toutefois dans ses tableaux.

Sa femme va rentrer en France fin mars mais Henri va rester encore un peu, inspiré par ces lieux pour continuer à y dessiner et peindre , le temps étant redevenu clément depuis début mars.

On ne sait rien ou presque de Zorah sans doute âgée de douze ans quand Matisse l'a rencontrée. Elle devait être farouche refusant de poser en modèle même si elle était déjà prostituée.

Il va peindre trois fois Zorah lors de ses deux séjours le second débutant le 8 octobre 1912 : un tryptique avec Zorah assise, Zorah debout et Zorah sur la terrasse.

Les décors de ses tableaux sont très sobres car ces jeunes prostituées  lieu de repos entre deux clients.

 

Ce livre est très court mais permet de s'imprégner de l'ambiance de vie à Tanger au début du XXe siècle avant que la ville ne devienne la ville des artistes et écrivains.

 

L'auteur s'adresse à Matisse, comme s'il lui écrivait une lettre.

 

Page 69 : "La première fois que vous faites connaissance avec Zorah elle ne vous apparait pas comme une odalisque flamboyante ou une madone des pauvres, même si certains critiques et historiens de l'art diront, en voyant  "Zorah sur la terrasse", qu'elle avait, en occupant la place centrale de votre Trytique marocain, l'air d'une icône. Dans un entretien repris dans "La Chapelle de Vence. Journal d'une création", vous déclarez à son propos :"On aurait dit une petite sainte".

 

Si vous aimez Matisse, n'hésitez pas à lire ce livre bien écrit en plus, et qui met aussi en "confrontation" la vie de sa famille en Algérie et au Maroc avec ce séjour de 1912-1913. 

 

Bonne lecture 

Denis

 

 

 

 
 
 
 
 

 

Zorah sur la terrasse d'Abdelkader Djemaï (Le Seuil)
Repost0
24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 18:21
Lettre à Jimmy d'Alain Mabanckou (Points/Seuil)

Lettre à Jimmy d'Alain Mabanckou

(Points-Seuil - 190 pages - janvier 2009)

Première édition Fayard - 2007

-----------------------------------------

 

James Baldwin (1924-1987) est né, noir et nègre, sans savoir qui a été son père biologique. C'est David Baldwin qui va lui donner son nom en se mariant avec sa mère. A eux deux ils vont amener une fratrie de neuf enfants.

Pasteur, David transmet à Jimmy sa foi et de 14 à 17 ans James va se faire prédicateur. Mais il n'a pas envie, comme son père adoptif, d'avoir une haine farouche des blancs. Et la religion l'ennuie profondément car ce n'est pas par ce biais que les noirs vont s'émanciper.

David meurt en 1943 bien esseulé et incompris dans sa paranoïa.

James a découvert son homosexualité et son goût pour la littérature au lycée. Mais les USA sont malsains pour les noirs dans l'après-guerre où la ségrégation est plus que jamais active. C'est ainsi qu'il décide de quitter son pays et il arrive à Paris le 11 novembre 1948.

Richard Wright (1908-1960) va être son modèle d'écrivain noir américain et sans se l'avouer il va être une des causes de son départ pour Paris où il espère le revoir, lui qui l'avait aidé et encouragé à devenir écrivain.

Cependant dès ses premiers articles en France il s'en prend à l'oeuvre de Wright qu'il considère comme non fidèle à la vie réelle des noirs.

Il dit que l'art a un "devoir de violence" qu'il ne retrouve pas dans les textes des auteurs noirs.

James Baldwin n'a jamais été un "bon nègre".

En 1963 il retourne dans son pays et participe au meeting de Martin Luther King où celui-ci a déclaré son "I have a dream".

Il  défend la cause noire dans un livre et une pièce de théâtre  quand la justice est ségrégationniste, au nom de la justice. Et là encore il est incompris de ses compatriotes.

Autre incompréhension : L'antisémitisme des noirs vis-à-vis des juifs. Bien qu'exilés les juifs ont tout de suite eu leur place devenant propriétaires à Harlem par exemple, exploitant les noirs salariés ou locataires. Baldwin en a fait état dans son autobiographie, à titre documentaire, sans en faire pour autant une apologie de l'antisémitisme mais encore une fois sa pensée a été trahie.

Sa dernière demeure a été Saint Paul de Vence la patrie des artistes. Mais quand il est arrivé il était le "nègre". Il a fini par être adopté par les voisins et il est devenu "Jimmy".

 

C'est ainsi qu'Alain Mabanckou a écrit cette "lettre à Jimmy", pour rendre hommage à l'écrivain noir américain James Baldwin, incompris en son temps. En quelque sorte il le réhabilite aux yeux des américains, ses principaux "ennemis" et le fait mieux connaitre aux français d'autant qu'il a passé de longues années en France sans y trouver la reconnaissance pour autant.

 

Le mieux, après avoir lu cet essai, serait de lire l'oeuvre de James Baldwin.

 

Et puis, cet essai est également une réflexion sur la "négritude", chère à Aimé Césaire et a Alain Mabanckou qui en a fait le thème de ses cours au Collège de France en 2016.

 Les noirs sont "nés" en Afrique, beaucoup ont été transférés dans les pays occidentaux dont les Etats-Unis, comme esclaves, mais leur culture trouve ses origines sur cette terre des origines, ce qui ne parait plus évident aujourd'hui, avec le temps qui est passé.

 

Une approche intéressante de James Baldwin et des USA des années 1950-1970.

 

Bonne lecture

 

Denis

 

 

 

 

 

Lettre à Jimmy d'Alain Mabanckou (Points/Seuil)
Lettre à Jimmy d'Alain Mabanckou (Points/Seuil)
Repost0
23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 17:15
Ainsi vint la nuit d'Estelle Surbranche (La Tengo)

Ainsi vint la nuit d'Estelle Surbranche

(La Tenga - 350 pages - mars 2015)

-----------------------------

Un roman très rythmé où le lecteur tombe vite en addiction de lecture, bien moins nocive que la consommation de cocaïne très pure qui va "tomber du ciel" même si elle arrive par la mer pour ceux qui vont en goûter dans ce livre. Elle aura un goût amer pour plusieurs d'entre eux.

 

"Ainsi vint la nuit" est le premier roman d'Estelle Surbranche aux multiples facettes : journaliste, surfeuse à ses heures, DJ... et romancière.

 

 

Nathalie a survécu à la guerre en Croatie et elle se trouve confrontée en septembre 2003 à de la perte de drogue à cause de marins espagnols qui ont jeté cette drogue à la mer quand la police est venue arraisonner leur navire. L'organisation est furieuse ce que montre Nathalie en martyrisant un des matelots.

Romain et Matthieu en vacances à Biarritz font du surf. Et ils découvrent des paquets de drogue parmi ceux qui ont été jetés à la mer. Ils décident de la garder et des amis parisiens qui se droguent pourront les mettre en rapport avec des vendeurs. Et leur grand ami Alex accepte de revendre cette came haut de gamme.

Gabrielle est chargée de l'affaire.

Quant à Nathalie elle a retrouvé un des dealers de Biarritz, Thomas qui parle alors d'un parisien, Matt que sa copine Amélie connaît.

Et quand Gabrielle retrouve aussi les traces de Thomas c'est pour le  voir mort, émasculé et sauvagement assassiné.

Nathalie a tué Thomas et un peu plus tard Amélie la copine de Thomas après qu'elle lui eût donné le nom et le numéro de téléphone de Matthieu. 

Gabrielle en venant chez Thomas avait croisé une fille à peu près à l'heure du crime. Elle voudrait la retrouver. Le portrait-robot approximatif qu'elle a fait d'elle n'a pas donné de résultats.

Romain est devenu accro de la came et a blessé Charlotte avant de se faire insulter par Nicole qu'il a voulu draguer quand elle a dit qu'elle voulait quitter Alex.

Gabrielle a enfin trouvé trois jeunes camés qui peuvent lui parler de Nicole même s'ils ont peu d'informations sur elle, partie de Biarritz depuis au moins trois mois.

Nathalie a fini par voir arriver Matthieu chez ses parents..

 
 

Aller-retour entre Paris et Biarritz pour une enquête haletante et qui va durer environ 4 mois. Qui gagnera entre Gabrielle et Nathalie, la dure, la traumatisée de la guerre des Balkans? Ces jeunes étudiants de leur côté vivent un "rêve" sans trop comprendre que cette drogue vaut de l'or et qu'elle ne leur appartiendra jamais.

 

Un très bon premier roman, bien écrit et bien construit. Comme dans de nombreux romans policiers, l'auteure situe dans le temps et dans l'espace chaque chapitre, avec un léger décalage sur le temps de la narration entre Paris et Biarritz.

 

Une belle lecture pour moi.

 
Denis

 

 

Ainsi vint la nuit d'Estelle Surbranche (La Tengo)
Repost0
13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 19:47
Les mains gamines d'Emmanuelle Pagano (P.O.L.)

Les mains gamines d'Emmanuelle Pagano

(P.O.L. - 2008 - 170 pages)

-----------------------------------

"Les mains gamines" était le 5e roman publié d'Emmanuelle Pagano, née en 1969, et a reçu le prix Wepler et le prix Rhône-Alpes pour ce roman.

 

4 personnages vont parler tour à tour de la fillette devenue femme de ménage, violée dans sa jeunesse, au CM2, par des garçons aux "mains gamines", car ils ne savaient s'amuser avec son intimité que par leur main.

 

1/Otalgie

Une femme de mari vigneron se doit d'être à la hauteur de son rang et elle s'ennuie fortement. Alors elle regarde travailler la jeune femme de ménage. Elle a la particularité d'écrire régulièrement dans un petit carnet. Elle va lui prendre un jour son carnet et lire quelques pages aux mots très crus souvent. La jeune femme, Emma, est obsédée par sa période pré pubère où elle aurait voulu être cousue pour éviter toute pénétration. C'était le temps du CM2 comme un traumatisme. Quant à la narratrice elle est victime d'une otalgie et n'arrive pas à faire partir la bête qui est dans son oreille malgré l'aide et les astuces de sa femme de ménage.

2/ Bogues

Cette femme a eu deux fils à l'époque où on était baba cool, peace and love. Elle est veuve mais toute la famille vit ici. Ainsi de sa petite fille. Et puis il y a le loir et sa famille qui vivent dans le grenier juste au dessus d'elle et qui la fatiguent.

Sa petite-fille a eu une hernie à opérer. Et elle a vu dans la chambre de son fils Claude qui collectionnait les photos de jeunes garçons nus dans sa jeunesse et qui sans doute participait aux souillures d'Emma.

3/ L'ensoleillée

L'ancienne institutrice d'Emma est en résidence de personnes âgées à L'ensoleillée. Elle aussi a remarqué que la jeune femme a son carnet de notes sur elle quand elle travaille. Sa mémoire vacille mais elle se rappelle que le midi les garçons venaient la trousser. C'était sa dernière année d'enseignement et elle était laxiste, n'intervenant pas dans ces "viols".

4/ Pertes blanches

Pendant que la fête bat son plein chez les amis de ses parents, ceux où la femme a un insecte dans l'oreilleet que l'employée va finir par extraire dans la nuit (c'est une forme de chenille), la jeune narratrice a enfin ses règles douloureuses comme on lui avait prédit...

 

Roman polyphonique de la douleur féminine quand elle est naturelle ou provoquée. Des "je" pour parler d'une femme qui n'a pu exprimer ses souffrances que grâce à son carnet qui n'est plus secret quand elle le fait lire...

 

Un livre dur, sans concessions, au style puissant, capable de nous égarer entre rêve, cauchemar et réalité. Les phrases sont souvent courtes non dénuées de poésie.

 

La deuxième partie débute comme ceci :

(Page 55) "Sur les fraysses, en dehors du village, à l'abri de la bise et des on-dit, le lever de soleil est toujours synchro au début de l'automne, juste en face. De la route, on voit la maison se détacher dans l'adret, toute violacée dans le rose confondant des murets".

 

Un livre dont certains passages peuvent indisposer mais qui ne peut nous laisser indifférents.

 

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

 

Les mains gamines d'Emmanuelle Pagano (P.O.L.)
Repost0
20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 18:32
Un avenir de Véronique Bizot (Actes Sud)

Un avenir de Véronique Bizot

(Actes Sud - 104 pages - Août 2011)

-----------------------------------

Un livre, petit par la taille mais grand par son style. Un style bien dans la veine de l'éditeur. Un style très poétique pour raconter quelques jours avec des "flash-backs" sur la vie de la famille, avant le présent du roman.

Les chapitres ne sont pas numérotés mais chacun est fait de phrases qui s'enchainent sans paragraphes. On est happé par ces pages comme de longs serpents qui nous envoûtent et nous enlacent.

 

L'histoire est très simple et bien résumée en 4e de couverture : "Paul reçoit une lettre de son frère Odd qui lui annonce qu'il disparait pour un temps indéterminé et lui demande en post-scriptum s'il peut passer chez lui pour vérifier que le robinet d'un lavabo du deuxième étage de la maison familiale a bien été purgé. Malgré un rhume colossal, Paul prend sa voiture et parcours les trois cents kilomètres qui le séparent dudit robinet".

 

Paul arrive donc dans cette maison froide, humide, en cet hiver où la neige vient de tomber au point qu'il ne pourra pas repartir avant trois jours. Certes, ici, c'est la montagne mais le temps est particulièrement désagréable. Alors, Paul s'installe dans la bibliothèque et fait du feu dans la cheminée, après avoir vérifié les robinets tout de même.

 

Odd en a peut-être fait exprès de ramener Paul dans la maison familiale. Son autre frère et ses trois soeurs ne pouvaient pas se déplacer ici. D'ailleurs l'une d'elle a des problèmes psychiatriques graves. Il est alors le "porte-parole" de la famille si d'aventure Odd ne revenait jamais car son départ est énigmatique.

 

Se retrouver seul dans cette maison ne peut que faire ressurgir les moments marquants de l'enfance passée ici. Il va parvenir à sortir le lendemain mais à pied. Comme il est jumeau avec son frère, les quelques habitants qu'il croise, croient que c'est Odd qui vient vers eux. Il se rend à la piscine déserte par ce temps et y passe quelques minutes. Et puis il rentre en tracteur, comme à l'allée, avec un cultivateur qui a bien voulu le prendre avec lui.

 

Page 75 : "Passé une série de pavillons aumon, j'étais arrivé devant la piscine municipale, située à l'amorce d'une vaste zone de plaine silencieuse et enneigée au milieu de quoi, à quelques cinq cents mètres, c'est l'établissement pénitentiaire hérissé d'une double épaisseur de barbelés et dont je distinguais dans le lointain les halos jaunâtres des projecteurs qui perçaient le brouillard? En poursuivant au-delà de la prison, on aboutit à l'asile où notre frère Harald a un temps placé notre soeur Margrete et, encore au-delà, à la déchetterie, après quoi la plaine laisse place aux petites montagnes où notre mère a été éjectée de son cheval. Prison, asile, déchetterie, tel est le parcours qu'on peut suivre sur un kilomètre de cette place grotesque."  (Et ainsi pendant 6 pages pour ce "chapitre")

 

L'écriture de Véronique Bizot est attachante. Quand on rentre dans un chapitre, on n'en sort pas indemne. On est plongé dans cette petite ville ou dans cette maison ou encore dans cette famille de 6 enfants. Et on chemine de courts chapitres en cours "moments" en retenant sa respiration, puisque l'écrivaine l'a voulu ainsi.

 

Je ne connaissais pas du tout Véronique Bizot (née en 1958) qui avait publié avant "Un avenir", deux recueils de nouvelles et un roman. Elle a reçu le "prix du style" pour ce roman, ce qui est très justifié pour ce texte. Depuis 2011, elle a publié deux autres courts romans, comme quoi il n'est pas toujours nécessaire d'écrire de longs textes pour exprimer son univers littéraire.

 

Cette écrivaine mérite d'être lue assurément et je vous y invite très sincèrement. C'est tellement agréable de découvrir des écrivains qui construisent discrètement leur oeuvre.

Bonne lecture,

Denis

 

Un avenir de Véronique Bizot (Actes Sud)
Repost0
6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 21:41
Ce coeur changeant d'Agnès Desarthe (L'Olivier)

Ce coeur changeant d'Agnès Desarthe

(Editions de l'Olivier - août 2015 - 337 pages)

------------------------------------

Roman de la rentrée d'automne 2015, primé par le Prix Littéraire du Monde, qui nous permet de suivre l'itinéraire de Rose entre sa naissance en 1889 et 1931.

Une drôle de famille pour un drôle d'itinéraire.

 

René de Maisonneuve est au Danemark en 1887 où, militaire, il a rencontré la famille Matthisen, amie de son père. Trude, la mère ne se remet pas de la mort de ses quatre ainés du choléra. Kristina et René sont amoureux et la famille accepte d' emblée le mariage dont va naître dix-neuf mois plus tard Rose.

 

Rose a 20 ans en 1909 quand elle décide de partir seule à Paris. Sa mère est rentrée au Danemark et son père est resté en Afrique où il est commandant.

Effrayée par un homme qui l'interpelle dans la rue elle rentre dans un bar puis dit à la patronne, Marthe, qui l'interroge, qu'elle cherche un travail. Elle se fait aussitôt embaucher comme femme de ménage. Se rappelant le travail de sa nounou Zelada elle s'applique à bien travailler ce qui plait à Marthe.

Elle dort à la cave dans l'humidité mais se plaît bien chez Marthe malgré tout et elle aime innover comme de faire du hareng fumé.

 

Et puis elle a rencontré Émile, légèrement plus jeune qu'elle, enseignant de grec et latin, mais aussi pauvre que Rose. Elle vient dormir chez lui mais ils sont restés très chastes d'autant qu'Emile souffre d'eczéma et tousse beaucoup.

Kristina écrit à sa fille qu'elle ne l'aime pas. Rose de son côté écrit à son père et lui enjolive sa vie faisant croire qu'elle est traductrice à l'ambassade du Danemark à Paris.

Emile meurt et heureusement elle recroise Louise qui venait au bar de Marthe. Elle vient vivre chez elle et elles deviennent amantes. Louise épouse Ronan plus pour son argent que pour lui car elle reste fidèle à Rose.

Huit ans ont passé et on se retrouve en 1921 toujours à Paris. Rose travaille et continue de vivre avec Louise. Entretemps, il y a eu la guerre. Louise a été ambulancière et Rose radiographe. Et c'est alors qu'elle a retrouvé son père qui ne savait plus que dire son nom sans reconnaître sa fille.

 

La vie de Rose semble stabilisée jusqu'à ce que deux agents viennent frapper à la porte de Rose.

 

Une tranche de vie de Rose entre espoir et désespoir, entre pauvreté extrême et aisance factice. Un livre aux dates bien tranchées en début de chaque chapitre mais au fil narratif fluctuant entre présent et passé.

Une belle plume que celle d'Agnès Desarthe qui a déjà fait ses preuves depuis une douzaine de livres.

Une histoire bien intéressante. On se dit que Rose a eu de la chance dans son "malheur" d'avoir dû fuir des parents excentriques et de trouver tant bien que mal un peu de bonheur à Paris.

 

Bonne lecture,

Denis

 

      

                                                      

Repost0
25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 20:44

 Lu ce petit livre émouvant qui m'a beaucoup plu : " Une forêt d'arbres creux " de Antoine Choplin ( Editions La fosse aux ours )

Le titre se réfère aux deux arbres que le dessinateur Fritta Bedrich aperçoit par delà les barbelés à son arrivée au camp. Les dessins réalisés en cachette la nuit et dissimulés derrière cette latte de bois dans le bureau des dessins sont destinés à servir de témoignage quant à la vie réelle dans le camp.

Une vie décrite avec simplicité et précision mais un récit qui émeut et terrorise aussi.

A savoir que les dessins de Bedrich Fritta ont été exposés au musée Juif de Berlin.

http://collectifhistoirememoire.org/collectifhistoirememoire.org/UserFiles/file/Fritta.pdf

Résumé : TEREZIN, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE, décembre 1941. Bedrich arrive dans la ville-ghetto avec femme et enfant. Il intègre le bureau des dessins.

Il faut essayer de trouver chaque matin un peu de satisfaction en attrapant un crayon, jouir de la lumière sur sa table à dessin, pour enfin s'échapper du dortoir étouffant, oublier la faim, la fatigue et l'angoisse.

Chaque jour se succèdent commandes obligatoires, plans, aménagements de bâtiments.

Chaque nuit, le groupe se retrouve, crayon en main, mais en cachette cette fois. Il s'agit de représenter la réalité de Terezin sans consigne d'aucune sorte.

Et alors surgissent sur les feuilles visages hallucinés, caricatures. Tout est capté et mémorisé la nuit puis dissimulé précieusement derrière cette latte de bois du bureau des dessins.

 Fabienne Lecomte.

" Une forêt d'arbres creux " de Antoine Choplin
Repost0
19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 20:37
L'échange des princesses de Chantal Thomas (Points)

L'échange des princesses de Chantal Thomas (Points / Seuils - 318 pages - 2014)

Première édition Le Seuil, collection Fiction & Cie, 2013

 

------------------------------------------------------------

 

Roman historique de l'historienne et romancière Chantal Thomas, spécialiste du XVIIIe siècle qui met en scène deux princesses :

Anna Maria Victoria de Bourbon (1718-1776), infante d'Espagne, appelée, après son mariage avec Louis XV, l'infante-reine de France.

 

Louise-Elisabeth d'Orléans (1709-1742), Melle de Montpensier, qui devient par son mariage avec don Luis, prince des Asturies, princesse des Asturies, puis reine d'Espagne.

Anna Maria Victoria                                               Louise ElisabethAnna Maria Victoria                                               Louise Elisabeth

Anna Maria Victoria Louise Elisabeth

Le régent Philippe d' Orléans en cet été 1721 a eu l'idée de marier sa fille au fils de Philippe V d'Espagne. Un mariage entre Bourbons ! Saint Simon, le mémorialiste, se propose d'aller présenter le projet en Espagne.

Mais pour que le projet se réalise il est prévu en contrepartie que le jeune roi âgé de onze ans épouse l'infante d'Espagne alors âgée de quatre ans. Louis XV pleure mais accepte l'échange des princesses.

Louise-Elisabeth d'Orléans, Melle de Montpensier, fait ses adieux au roi et part pour l'Espagne. Elle va faire un voyage interminable. Pendant ce temps Saint-Simon est arrivé en Espagne et la très jeune infante commence de son côté son voyage vers la France.

L'échange des princesses se fait sur l'île des faisans.

L'arrivée de Melle de Montpensier ne se fait pas sans difficultés. Elle est malade dans ce pays infesté par les épidémies et puis elle refuse de se soumettre à certains protocoles dont celui de danser avec son futur époux. Saint-Simon réussit juste à imposer l'union des futurs mariés présentés dans leur futur lit de noces pour officialiser leur union alors que la cour d'Espagne se voit déjà récuser la jeune fille.

Par contre le voyage de l'infante-reine Anna Maria Victoria se passe très bien et tout le monde ne tarit pas d'éloges pour cette petite fille si attachante. Elle est éblouie par la beauté du roi.

Melle de Montpensier guérit et redonne espoir aux espagnols notamment en acceptant d'assister à un autodafé.

La jeune infante-reine se plaît au Louvre non loin du roi installé aux Tuileries. Elle se sent bien avec la Palatine dite Madame mais se désole de devoir partir à Versailles en juin 1722.

Louise Elisabeth a ses règles et peut donc convoler au plus vite en justes noces. Malgré tout, elle se montre toujours autant distante même à l'escurial où elle passe l'été.

Versailles revit après sept ans d'abandon. L'infante s' y plait beaucoup et Louis XV goute aux joies de la pédérastie.

L'automne est marqué par le sacre à Reims de Louis XV et par la mort de la palatine dite Madame.

Février 1723 marque le droit à Louis XV âgé de 13 ans de devenir roi. Louise Elisabeth et le prince de leur côté n'arrivent pas à consommer leur nuit de noces.

Louise Elisabeth se montre impudente et dévergondée si bien qu'elle est enfermée au début de l'été pour revenir à la raison. Mais très vite elle est veuve.

Quant à Louis XV et la cour, ils se lassent de la petite reine. Pour l'heure les préparatifs se font pour un séjour à Fontainebleau...

 

Tout au long du roman on passe de Madrid à Paris pour suivre le parcours de chacune des princesses. Hélas, l'Histoire ne peut pas être contredite et il faut bien en arriver au constat d'échec. Et à la mi mai 1725, le roman se termine sur ces quelques phrases :

" Elles se croisent à nouveau , ne s'embrassent pas au passage. L'échange s'effectue en sens inverse. La reine douairière d'Espagne contre l'infante-reine de France, une demi-folle contre une enfant déchue".

 

Une petite reine aimée mais trop jeune et une adolescente rebelle qui finissent toutes deux par être "bannies" dans leur pays d'adoption. Un échec qui n'aura pas d'incidence particulière sur les relations entre l'Espagne et la France, déjà assez dégradées.

 

Une passionnante plongée dans ces années 1721-1725 merveilleusement restituées par Chantal Thomas par petites touches, un peu comme si on regardait une galerie de tableaux et de portraits.

 

A lire absolument par les amateurs de littérature et d'Histoire.

 

Bonne lecture,

 

Denis

Repost0
7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 21:18
La brigade du rire de Gérard Mordillat (Albin Michel)

La brigade du rire de Gérard Mordillat

(Albin Michel - août 2015 - 528 pages)

-------------------------------------------------

Etrange livre que celui-ci où l'on kidnappe un journaliste économique pour le mettre face à ses idées en le faisant travailler aux cadences et au salaire qu'il propose pour sauver le pays de la concurrence chinoise.

 

Pierre Ramut a écrit"la France qui bouge" et un soir la belle Anne -Sophie le croise et lui fait dédicacer son livre qu'elle dit avoir adoré d'ailleurs elle a d'autres exemplaires dans sa voiture. Il la suit ravi et elle le conduit pendant ce temps à son rendez-vous .

Kowalski dit Kol a été licencié et en ce jour de neige il se rend à un rendez-vous où il va revoir tous les copains de l'équipe de handball après tant d'années. Une bonne chose? Pas sûr!

L'enfant-loup, lui, est devenu garagiste dans le nord. Et Dylan prof d'anglais.

Tous trois se connaissent depuis le collège et ont été les "trois mercenaires" du handball notamment. Dylan veut écrire leur histoire et celle du club mais il n'y arrive pas. C'est pourquoi il les a tous invités. Sinon, il est heureux depuis qu'il partage sa vie avec deux soeurs Dorith et Muriel.

Kol se montre soucieux alors qu'il est à trois mois de ses fins de droit. Mais son militantisme syndical nuit fortement à ses recherches. Il voit régulièrement Betty une ancienne de l'imprimerie mais elle est mariée avec deux enfants et lui n'a pas grand chose à lui apporter sauf de coucher avec elle. Zac arrive puis Rousseau et Hurel. L'équipe sera au complet avec Bob le goal. C'est sa compagne Victoria qui arrive et explique à Dylan que Robert s'est suicidé il y a trois mois.

Kol lit un édito de Pierre Ramut cet homme hostile au monde ouvrier qui semblait heureux que l'imprimerie ait fermée non rentable à cause des ouvriers trop laxistes.

Victoria et Isaac seront dans le même jury que Ramut au Touquet. Ils ont alors l'idée de le kidnapper et de le faire travailler selon ses intentions. Tous sont unanimes pour créer "la brigade du rire".

Dans le bunker qui servira à faire travailler Ramut, Kol et Victoria sont pris d'une brutale envie de faire l'amour.

Le kidnapping a réussi au Touquet avec la fausse Anne Sophie, en fait Dorith déguisée. Arrivés au bunker ils expliquent tout à Ramut qui proteste mais n'a pas le choix.

Ramut refuse de travailler donc il n'aura pas de nourriture. Il essaie de défendre ses convictions contrées immédiatement par ses kidnappeurs.

La police a été alertée de sa disparition et sa femme continue à coucher sans émois avec un autre journaliste de son journal "Valeurs françaises", Alex.

Le week-end tous se retrouvent avec leurs femmes ou amies. Ils font même un match de handball avec les jeunes du club. La revanche est du même acabit: les anciens perdent.

Betty a trouvé un emploi de nuit dans un restauroute et elle s'est aussitôt liée avec Jacky qui travaille avec lui et elle partage son lit quand il n'y a plus de clients.

Hurel a des soucis dans ses affaires et des problèmes de financement.

Quant à Ramut, il est arrivé au terme de son premier mois de travail et reçoit 76 € nets de charges, loyer et nourriture. Il n'a aucune notion de la rude vie d'un smicard assurément.

La vie de chacun continue en grandes transformations pour Kol au regard de sa liaison avec Victoria; pour Zac dont sa vie ressurgit d'abord avec sa rencontre avec sa fille israélienne inconnue de lui puis en retrouvant en Israël celle qu'il a aimée, mère de Rachel et qui veut rentrer en France depuis que son mari est mort.

 

Par touches successives on suit ainsi la vie de chacun. Qu'adviendra-t-il de Ramut? Oublié du monde réel ? Relâché par ses ravisseurs ?

Et la bande des 7 va suivre de nouveaux chemins.

Ce livre, bien que long avec ses plus de 500 pages, se lit bien , avec plaisir. L'humour n'est pas oublié? Ce qui pose problème tout de même, c'est une certaine mysoginie où les femmes sont là pour assouvir leurs besoins sexuels et ceux de leurs compagnons. Le "social politique" est un peu daté : le livre aurait pris bien plus de sens si l'auteur l'avait situé dans les années 1970. Mais parler aujourd'hui avec les idées et les pensées du temps de la jeunesse de cette équipe de handball, c'est marquer qu'ils n'ont pas évolué dans leurs pensées.

A lire tout de même si le livre passe entre vos mains.

Bonne lecture,

Denis

Repost0
23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 19:23
Arsène Lupin contre Herlock Sholmès de Maurice Leblanc

Arsène Lupin contre Herlock Sholmès de Maurice Leblanc

(Omnibus - Les aventures extraordinaires d'Arsène Lupin - tome 1) -----------------------------

Après le journaliste Rouletabille et le détective privé Sherlock Holmes, je poursuis cette petite série des héros des romans policiers des "origines" avec un gentleman cambrioleur, Arsène Lupin, le héros de Maurice Leblanc (1864-1941).

La "série" d'ouvrages originaux écrits par Maurice Leblanc comprend 17 romans et 39 nouvelles (ainsi que cinq pièces de théâtre), écrits de 1905 à 1941.

(Source Wikipédia)

 

L'originalité du roman "Arsène Lupin contre Herlock Sholmès" composé de deux récits "La dame blonde" et "La lampe juive" est qu'il met en opposition le rusé gentleman cambrioleur au célèbre Herlock Sholmès et son acolyte Wilson. Autrement dit Sherlock Holmes et Watson.

 

Episode 1 : La dame blonde

M. Gerbois achète chez un antiquaire pour sa fille un secrétaire qu' Arsène Lupin convoitait. L'homme ne voulant pas faire de transaction avec lui Arsène lui vole mais il y avait dans le meuble un billet de loterie gagnant pour un million de francs. Arsène s' en déclare le propriétaire et après bien des démêlés propose une transaction 50/50. Gerbois n'accepte pas et la fille est kidnappée, consentante d'ailleurs, car même un demi million serait une belle dot. Ainsi, elle part en voyage avec une dame blonde amie de Lupin. Tout se termine tel qu'orchestré par Arsène, chez son avocat puis il part avec sa complice blonde sans se faire choper par le commissaire Ganimard son éternel poursuivant incapable de le capturer face à ses éternelles ruses.

Autre affaire plus grave, le meurtre sans doute par une blonde du baron d'Hautrec chez lui la nuit. Assorti peu après du vol d' un diamant bleu. Lupin et sa blonde sont derrière et comme Ganimard n'arrive pas à démêler tout cela il est fait appel à Herlock Sholmès et son acolyte Wilson pour faire arrêter Lupin et sa blonde, preuves à l'appui. Alors d' entrée de jeu Lupin rencontre le détective anglais puis lui joue un mauvais tour en l'enfermant une nuit chez Hautrec.

Holmes et Wilson sont victimes de bousculades qui conduisent Wilson à avoir le bras cassé. Le détective poursuit seul l'enquête et découvre que tous les lieux où a sévi Lupin ont été construits par l'architecte Destange. Il se fait introduire pour être son secrétaire remplaçant et s'aperçoit que son ami est Lupin déguisé. Une nouvelle filature et Holmes fait intervenir Ganimard pour faire de nouveau chou blanc.

Holmes réussit à capturer Clothilde la fille de l'architecture en fait l'amie de Lupin mais le cochet qui conduit le fiacre n'est autre qu' Arsène qui renvoie Holmes en Angleterre par bateau privé. Holmes revient par ruse et arrête enfin Lupin qu'il remet à Ganimard. C'est encore une fois sans compter sur la malice de Lupin.

Épisode 2 : La lampe juive

Sholmes est sollicité par le baron d'Imblevalle pour une enquête sur le vol d'une lampe juive à son domicile. Et tout de suite Lupin se manifeste...

Décidément, les deux adversaires sont faits pour se rencontrer. Et plus encore, Lupin sort toujours vainqueur de leurs duels tandis que le pauvre Wilson est à chaque aventure blessé. Quant à Ganimard, il est incapable d'arrêter Lupin qui lui échappe tout le temps.

 

J'avoue avoir pris beaucoup plus d'intérêt dans la lecture des aventures de Rouletabaille et de Sherlock Holmes que dans cette histoire du duel entre Lupin et Sholmès. Beaucoup de légèreté ici mais pas de profondeur des personnages, ce qui gâche un peu le plaisir de la lecture. On est presque dans une "comédie"...

 

Bonne lecture,

Denis

Arsène Lupin contre Herlock Sholmès de Maurice Leblanc
Repost0

Présentation

  • : BONHEUR DE LIRE
  •                       BONHEUR DE LIRE
  • : BLOC D'UN COUPLE PASSIONNE DE LIVRES, ART , HISTOIRE, LITTERATURE ET COLLECTIONNEURS DE MARQUE-PAGES.
  • Contact

             

  

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Recherche

Texte Libre

*** Phrases diverses ***