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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 16:12
La correction d'Elodie Llorca (Rivages)

La correction d'Elodie Llorca

(Rivages - mai 2016 - 188 pages)

Prix Stanislas du premier roman 2016

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François a été embauché comme "retoucheur pour fautes de frappe" à la revue du Tellière par Reine une femme d'environ 45 ans plutôt nerveuse.

A présent il la soupçonne de laisser passer les coquilles qu'il corrige pour le piéger. Comme Il note dans un carnet toutes ses corrections sa méthode de contrôle est imparable pour lui.

Il essaie de savoir si elle a des intentions particulières mais elle ne laisse rien transparaître.

Lors d'une pause il capture un oiseau et le garde dans sa poche jusqu'à son retour chez lui où il doit retrouver son épouse Marie.

Marie lui a mis un mot qu'il fallait qu'ils se parlent. Et elle laisse tout le temps traîner son journal pour qu'il lise ce qu'elle y met. 

Il retourne au travail avec l'oiseau attendant ce moment où parler rappellera la tension de leur couple.

La mort de sa mère il y a sept mois l'a profondément marqué. Heureusement Marie a bien géré son désarroi surtout qu'elle est morte brusquement sous ses yeux.

Leur dimanche à Fontainebleau se passe dans le silence...

Retour difficile au bureau toujours avec l'oiseau dans sa poche, le seul compagnon de sa solitude...

 

​Le couple va mal, l'ambiance au travail est celle de la suspicion. Quand tout semble aller mal, ce petit oiseau est une porte de sortie pour François.

Porté par une belle écriture, simple mais efficace, ce roman est de très bonne qualité. La fin est un peu longue et répétitive. Mais l'ensemble reste très cohérent.

Premier paragraphe du roman :

"Depuis quelques temps, je soupçonnais ma patronne de volontairement introduire quelques coquilles dans la copie afin de pouvoir me prendre en faute. J'avais ce jour-là relevé le mot roulure étrangement susbtitué à celui de coulure. J'avais corrigé ce document la veille et alors que je m'apprêtais à le lui apporter, mes yeux étaient venus buter sur cette coquille, flangrante, posée là, au coeur du texte. Je fus stupéfait à la vue de ce mot qui se détachait nettement du reste. Je n'avais pas pu laisser passer cette erreur grossière lors de ma première lecture".

 

Elodie Llorca est dramaturge, comédienne et scénariste. Ce roman qui vient d'être primé à Nancy est son premier roman, plutôt réussi.

 

La correction d'Elodie Llorca (Rivages)
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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 17:09
Ouragan de Laurent Gaudé (Actes Sud)

Ouragan de Laurent Gaudé

(Actes Sud - 189 pages - Août 2010)

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Que dire de ce livre ?

 

 

Josephine Linc. Steelson, la vieille négresse presque centenaire a compris avant tout le monde ce mardi matin que le vent qui s'est levé annonce un drame d'ampleur exceptionnelle. Quelques heures plus tard la radio et la télévision confirment qu'un ouragan approche. Les prisonniers pourtant excités ce matin au point d'aboyer en voyant le pasteur venir vers leurs cellules se disent que cet ouragan ne changera rien à leur vue présente d'enfermement.

Keanu Burns a quitté la nouvelle Orléans il y a six ans se séparant de Rose. Depuis elle a eu un enfant Byron et vient de se voir supprimer une pension par le tribunal pour avoir dit que l'homme qui devait être condamné à lui en payer une n'était pas le père.

Keanu vient de vivre un drame sur une plateforme pétrolière au Texas et il vient de décider de retourner auprès de Rose. C'est ce qu'il a dit au téléphone à Byron il y a peu de temps. Rose est affolée.

Et l'ouragan qui s'annonce!!

Ceux qui n'ont pas de moyens de quitter la ville doivent se barricader chez eux ce que fait Rose. Josephine, elle, s'est cachée car elle ne veut aucune aide de qui que ce soit.

Keanu roule à contre sens de ceux qui fuient mais il a trouvé une petite route qui passe par les bayous. Il parvient à rejoindre Rose malgré la violence de la pluie et du vent. Les prisonniers voient l'eau monter dans leur cellule mais une coupure d'électricité leur permet d'ouvrir la porte et ils sont neuf à s'enfuir avant d'être interpellés dans la rue par des policiers alors que le silence est soudain apparu.

Pendant que Rose et Keanu ont fait l'amour Byron s'est enfui de la maison et a été recueilli pendant un moment par Josephine. Les prisonniers ont réussi à échapper aux policiers et de sont emparés d'armes dans une armurerie...

 

Voilà une parties des faits que j'ai relevés, arrêtant de les noter par lassitude.

Ce roman est passé complètement à côté de ce que j'en attendais. L'ouragan, Katrina, n'est pas nommé mais on a compris que c'est lui qui est là. Il est malgré tout presque absent de l'intrigue car on comprend vite que le livre aurait pû se passer n'importe où.

 

On pourrait être sur un plateau de tournage à Hollywood d'un film de série B, kitch. Il n'y a pas d'âme et de conscience du danger dans ce roman. On vit comme s'il n'y avait pas d'ouragan.

Keanu roule contre vents et marées (c'est le cas de le dire ici) puis il fait l'amour avec Rose en pleine tempête, au point que le petit Byron s'évade. Le pasteur devient fou !

Ouvrir une porte de prison quand l'eau a envahi les cellules me paraît relever du miracle !!!

Seule Josephine comprend ce qui se passe et a décidé de rester "libre" malgré ce nouvel ouragan ! Elle en a vu passer tant !

 

Ce livre m'a ennuyé et je n'y ai trouvé aucun intérêt. Alors, oui, il y a le style bien lissé, à la manière "Actes Sud".Mais cela ne suffit pas pour me faire aimer ce livre, plutôt conte qu'autre chose.

 

Je vous renvoie au sublime "Landfall" d'Ellen Urbani, qui, lui est documenté pour rendre admirablement l'ambiance sinistre de Katrina.

 

J'ai rarement détesté un livre autant que celui-ci qui m'a indisposé dès le début.

 

Lecture faite en commun avec Marjorie Littérature qui avait aimé au début mais qui, je pense, a fini par me rejoindre sur les travers de l'intrigue mal ficelée. On croirait un brouillon de roman.

 

Denis

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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 16:55
Brouillard au pont de Tolbiac de Léo Malet (Pocket)

Brouillard au pont de Tolbiac de Léo Malet (Pocket - 187 pages)

Première édition : 1956

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Brouillard au pont de Tolbiac met en scène le détective privé Nestor Burma créé par Léo Malet (1909-1996) en 1942. Ce personnage est considéré comme le premier détective de la littérature française.

Ce roman fait partie de la série "Les nouveaux mystères de Paris" constituée de quinze romans et se déroule à Paris.​ 16 autres romans ont été écrits. Nestor Burma a fait l'objet de séries télévisées et de bandes dessinées.

 

 

Nestor Burma a reçu une lettre d'un  ancien camarade de classe Abel Benoit qui le somme de venir le voir en urgence à l'hôpital La Salpêtrière. Nestor prend le métro et aperçoit une jolie gitane, Bélita, d'environ 20/22 ans. A la sortie du métro elle l'interpelle et lui dit que c'est elle qui a posté la lettre mais son "ami" est mort depuis.

L'infirmière lui confirme la mort et quand il va voir le cadavre à la morgue il rencontre l'inspecteur Fabre de la section criminelle. Après échange de quelques plaisanteries ils se rendent auprès du cadavre et Burma finit par reconnaître l'homme côtoyé vers 1928 quand tous deux étaient anarchistes. Mais son vrai nom était Albert Lenantais. La police sait que le mort s'intéressait à Burma car ils ont retrouvé de nombreuses coupures de journaux concernant le détective anarchiste. Le commissaire Florimond Faroux vient les rejoindre. Il y aurait bien une histoire avec des nords africains à l'origine des blessures qui ont conduit Albert à la mort. Nestor se rend chez la gitane et tombe sur Dolorès une matrone que Nestor a du mal à maîtriser quand elle l'agresse. Enfin seul avec la jeune femme elle lui explique qu'Albert l'a sortie de son milieu mais à présent qu'il est mort son clan veut la récupérer.

Tous deux recherchent des indices chez Albert et ne trouvent rien d'intéressant sauf à se réchauffer dans le même lit et s'y aimer. Mais au matin Nestor va à la rencontre de Salvador un gitan qui comprend alors que les deux ont couché ensemble. Le secteur devient malsain.

Comme l'ancien anarchiste était chiffonnier Nestor et Bélita partent interroger sans succès certains de ceux avec qui il avait travaillé. L'infirmier qu'il est allé voir ne donne pas la réponse attendue de savoir qui est le médecin que la victime connaissait. Ils reviennent chez Albert car Bélita se souvient que ce médecin était venu le voir il y a deux ans et avait prescrit une ordonnance. En la retrouvant ils sauraient qui il était.

 

Mais ils sont loin d'avoir résolu le mystère de la mort d'Albert car les ennuis ne vont que continuer à les poursuivre... Et Nestor Burma qui voit son passé le rattraper ne renforce pas ses liens avec la police !

 

Un roman au style "polar" des années 1950.

 

En témoigne le début du roman : "Ma bagnole étant à la révision, je pris le métro. / J'aurais pu essayer de fréter un taxe, mais le Père Noël, c'était pour dans un mois et demi. Il crachinait salement et dès qu'il flotte un tant soit peu, les bahuts se raréfient. Ils doivent rétrécir à l'humidité. Je ne vois pas d'autre explication."

 

​Ceci étant, le texte reste très lisible et se lit surtout dans le contexte de l'époque, dans ces années où la guerre d'Algérie était présuméé amener des crimes racistes ! même si le meurtre n'a rien à voir avec ce climat particulier.

 

Denis

Brouillard au pont de Tolbiac de Léo Malet (Pocket)
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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 17:57
Baptiste de Vincent Borel (Points - Seuil)

Baptiste de Vincent Borel (Points - Seuil - 504 pages)

Première édition : 2002 (Sabine Wespieser Editeur)

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Vincent Borel, né en 1962, est passionné de musique et d'opéra. A partir de  1999, il plonge dans les XVIe et XVIIe siècle d'où sort ce roman en 2002 sur un personnage haut en couleur à la Cour de Louis XIV : Giovanni Baptista (Giambattista) Lulli, devenu  par sa naturalisation française, Jean-Baptiste Lully avant d'être annobli pour finir sa vie en Jean-Baptiste de Lully (1632-1687).

Vincent Borel a publié en 2008 chez Actes Sud une biographie du musicien "Jean-Baptiste Lully", confirmant s'il en était besoin son grand intérêt pour le florentin.

 
 

L'annonce de la mort de Lully en 1687 a plutôt ravi le monde des musiciens.

Peut-être pour se justifier, Lully nous entraîne dans son autobiographie qui débute dans un moulin florentin sur les bords de l'Arno en 1632.

Grâce au père Bonaventure, dès l'âge de 8 ans il s'initie à la musique. Le Père est pédophile mais Giambattista prend ces attouchements comme faisant partie de l'éducation d'un enfant florentin de ces temps.

Lors d'une soirée où l'on joue une pièce qui met en scène la fin de Cinq-Mars Lulli improvise une musique très dansante, une chaconne qui va être baptisée une battistina. Ceci le fait remarquer et recommander au duc de Guise venu en visite et à la recherche d'un jeune homme qui saura divertir les soirées de Mme de Montpensier à la cour du roi de France. Les parents acceptent contre rémunération que leur jeune fils de 14 ans parte.

L'arrivée en France se fait par Marseille puis c'est enfin Paris, et la présentation à Mademoiselle, duchesse de Montpensier, 19 ans et du caractère, cousine du futur Louis XIV. Lulli le florentin voit la Cour en son entier et le premier soir il est déjà l'objet de moqueries et d'une rixe en tant que jeune violoniste italien qui voudrait déjà se montrer meilleur que les français !

Il étudie avec Louis Couperin qui malheureusement va quitter Paris. Baptiste voit un rite en faveur de Théophile de Viau enterré dans une église. Puis il suit ces poètes pédérastes qui l'initient à leur confrérie par un rite de passage.

En 1648 a lieu une petite révolution contre Mazarin et Anne d'Autriche. Le roi n'a que 10 ans. Et une amitié nait entre lui et Lulli dont les sonorités italiennes commencent à être appréciées à la Cour et dans les fêtes parisiennes.

Mademoiselle va se discréditer en affichant ses préférences à Condé et à la fronde en ces années très tourmentées. Elle va se réfugier à Saint Fargeau. Lulli qui vient d'avoir 20 ans lui demande son congé car il veut rentrer à. Paris où Mazarin est lui, de retour en grâce. Et il est de plus italien comme lui !

Baptiste se retrouve rapidement auprès du roi et en 1653 il obtient la charge de compositeur de la musique instrumentale.

Sa passion pour Louis Couperin est intense. Le Roi aime Marie Mancini mais il va devoir épouser l'infante d'Espagne en 1660.

Mazarin meurt et le Roi décide de gouverner sans premier ministre. Colbert devient tout de même l'homme fort et dit à Lullyique Mazarin a laissé pour instructions que le musicien reste à la cour. Et il devient surintendant de la musique du Roi.

Lulli devient Lully en se faisant naturaliser français mais peu après Louis Couperin se tue en tombant dans un escalier. Baptiste accepte alors de se marier avec Madeleine mais chacun gardera sa liberté sexuelle. On est alors en 1662.

Louis demande à Lully un opéra, le premier de France, et ce sera "Cadmus et Hermione" juste au moment où Molière meurt. On est en 1673.

Guichard est soupçonné d'avoir tenté d'empoisonner Lully et d'autres personnes et est condamné à la prison puis au bannissement début 1676 quand triomphe le deuxième opéra de Lully  "Atys" surnommé ensuite l'opéra du roi.

La Cour est de plus en plus délurée et adore les compositions de Lully. Danser étant un art il crée le corps de balai de l'opéra. Il ne lui reste plus qu'à être anobli et devenir M. de Lully.

Louvois remplace Colbert mort ce qui n'est pas favorable à Lully. Son librettiste arrête sa collaboration avec lui. Sa vie glisse doucement vers la mort car Lully est malade...

 

Le roman s'applique à être le plus fidèle possible à la vie de ce singulier personnage, sérieusement homosexuel et plus sérieusement encore passionné de musique, de danse au point de dépasser tous les musiciens français de l'époque.

 

Un roman passionnant, bien écrit, non voyeuriste et qui nous plonge avec brio dans ce siècle du Roi Soleil que l'on ne connait pas si bien que cela.

 

Bonne lecture,

Denis

 

Baptiste de Vincent Borel (Points - Seuil)Baptiste de Vincent Borel (Points - Seuil)
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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 15:04
Le sérieux bienveillant des platanes de Christian Laborde (Le Rocher)

 Le sérieux bienveillant des platanes de Christian Laborde

(Editions du Rocher - août 2016 - 131 pages)

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Je ne cherche pas à tout prix être sur les rangs des premiers articles publiés le jour de la rentrée littéraire.

Mais quand Jean-Philippe Bertrand (que je remercie) des Editions du Rocher m'a proposé un partenariat pour lire "Le sérieux bienveillant des platanes", roman signé Christian Laborde, j'ai tout de suite répondu oui, car je savais les liens qui unissaient l'auteur à Claude Nougaro. Il a consacré pas moins de quatre livres à son ami.

Christian Laborde est écrivain aux multiples facettes, écrivant sur le cyclisme, sur les vaches. Il est pamphlétaire, romancier, essayiste... et tout cela en étant né en 1955. 25 livres à son actif. Bref, un multicarte de l'écriture...

 

Et là, en 131 pages, il nous fait voyager vers Lumac pour aller rendre un dernier hommage à "pépé". Un road movie... mais pas que cela...

Qui sont ces deux marginaux ?

 
 

Tom a joué dans un groupe de rock qu'il a créé avec son copain Bébert, devenu boucher. Ils ont étudié à Paulac et ont fui bien vite la ville trop arriérée pour leur musique. Et ils vivent à Paris. Tom est logé chez Max, propriétaire d'un bar. Et Tom l'aide pour payer le loyer.

Il apprend par son père au téléphone que son grand-père est décédé. Bébert se propose de lui prêter sa voiture. Et quand il dit à Joy qu'il part pour enterrer celui qu'elle appelle "pépé" elle dit aussitôt qu'elle l'accompagne.

Joy se prostitue y compris avec le curé de sa paroisse et Tom vole pour vivre ou survivre ! Il n'aime pas les écolos et bourgeois (sauf pour les voler).

Ils partent donc pour Lumac. Autant il a détesté son père autant il a aimé son grand-père ancien légionnaire et fan des platanes qu'il n'a cessé de photographier.

Lumac est un lieu paumé à 800 kms de Paris. Il faut aller à Paulac pour y trouver les lycées et compagnie.

Ils se sont arrêtés pour manger et à présent ils quittent l'autoroute pour les nationales puis les départementales.

Stupeur en arrivant à Lumac, les "platanes de pépé" ont été coupés. 

Les platanes sont le symbole du peuple. Ils sont généreux pour leur ombre dans les région chaudes et leurs feuilles sont très belles a toujours dit pépé. Et la société Jungle Books les a faits coupés car ils sont dangereux pour les conducteurs, en bord de route.

Il faut un drapeau pour enterrer pépé. Tom va à la mairie et en obtient un du maire qui l'invite à venir chez lui parler du grand-père car il l'appréciait bien.

Pépé n'aurait pas aimé la messe entre charabia et musique de Bach.

Mais voilà, le maire a une révélation à faire à Tom sur son grand-père alsacien !

 

J'ai trouvé quelques effets de langage au début du roman un peu "lourds", je dois le reconnaitre. Mais le ton est enlevé, on ne s'ennuie pas une seconde avec ces personnages qui pourraient être sortis d'une bande dessinée.

Et quand on lit cela, on se dit que ce roman est aussi une sorte de pamphlet déguisé sur notre époque :

 

Début du chapitre 4 (page43) : "Le frein à main, la carte bleue que je récupère dans le pare-soleil : direction les frites. Joy descend de la voiture, allume une cigarete. Elle porte un T-shirt échancré de couleur rosé sous lequel, libres, ses seins s'agitent dès qu'elle bouge. Seul le frémissement des seins sous un chemisier peut rivaliser avec celui du feuillage quand le vent d'été s'égare dans les branches des arbres. C'est un truc que je sais et que je ne lis nulle part. Y a le corps dans les livres d'aujourd'hui, bien que leurs auteurs prétendent le contraire. Ca exhibe, ça affiche, ça filme de près, mais le corps, ils le râtent, ils passent à côté, parce que le merveilleux, c'est pas leur truc. Ce sont des huissiers, des adeptes de l'inventaire. Et les poètes, les mecs qui marchent à l'imagination, ils les dénoncent aux flics. Ce sont des balances".

 

En ces temps de rentrée littéraire, on peut se poser la question de savoir si les romans savent parler du "merveilleux" !  Un roman qui coule mais qui sait être rugueux aussi. Ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais c'est un livre que j'ai aimé lire assurément, surtout de par son ton "décalé".

 

Et pour conclure, un dernier petit extrait "pour la route" : (page 70) "... Mon père il dit qu'il faut sauver les emplois avant de sauver les platanes. Il a tout compris, mon père. Et l'emploi en question, je te dis pas ! Je te dis pas les conditions de travail chez Jungle Books ! C'est eux qui ont eu la peau de la mère de Katia, je te rappelle... Ce sont des négriers, ces mecs, des négriers qui, en plus, sont responsables de la mort des librairies dans tout le pays".

 

Bonne lecture,

 

 

 

Denis

 

 

 

 

 

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 16:54
Sarajevo omnibus de Velibor Colic (Gallimard)

Sarajevo omnibus de Velibor Čolić

(Gallimard - mars 2012 - 171 pages)

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Né en 1964 en Bosnie, Velibor Čolić  a été réfugié en France en 1992, pendant la guerre des Balkins.  Il a réappris à vivre dans une nouvelle langue, le français. ce livre et d'autres ont ainsi été directement écrits dans cette langue.

 

L'auteur nous dit en préambule à "Sarajevo omnibus", "Le texte qui suit est une oeuvre de fiction avec des personnages historiques. Il n'est donc pas une interprétation historique, encore moins une analyse scientifique, juste un roman, imaginé et conçu comme un omnibus cinématographique, comme cinq chapitres d'une même histoire. (...) Ce n'est qu'une fiction. J'ai voulu l'imposer comme une histoire vraie, parce que, par essence, chaque roman est vrai".

 

J'ignorais l'expression "omnibus" qui s'emploie au cinéma pour les films à sketches donc à séquences. C'est vrai que ce genre de films a plutôt disparu de nos jours.

 

Là, un seul auteur et cinq séquences autour de Sarajevo. Et une composition romanesque bâtie sur des faits historiques avérés. Ce qui est littérature dans ce livre c'est l'approche "humaine" des personnages. On les voit de l'intérieur et non de l'extérieur comme le ferait un historien. L'auteur fait revivre le pont de Sarajevo ou le "Conseil" au fil des siècles, leur donnant "chair" en quelque sorte. Ce sont aussi des "témoins" d'une ville qui est passée par tous les états.

 

 

 

Le pont latin

Au XVIe siècle Husein Karadagli dit le Sellier, astronome amateur et mathématicien construisit à Sarajevo un pont dit "pont des chèvres". Il a été reconstruit peu de temps après, en 1565, en pierre par Ali Ajni-Bey.

 

Attentat de Sarajevo

C'est de Belgrade qu'est venue l'idée en 1912 d'assassiner l'archiduc austro-hongrois François-Ferdinand. Apis avait créé la "main noire" et a recruté des étudiants pour exécuter la sentence le 28 juin 1914 près du pont latin.

Princip en a été le principal exécutant avec la complicité des russes  notamment avec Artamanov qui fut en 1918 exécuté dans son pays par les bolcheviques.

Le futur prix Nobel de littérature Ivo Andric a participé de très loin à l'attentat de Sarajevo car il fut relâché. Sa vie fut celle d'un intellectuel discret jusqu'à sa mort.

Cinq coups de feu ont été tirés pour tuer le couple austro-hongrois mais par ricochet le cinquième a tué le rabbin de Sarajevo, Abramovicz, une innocente victime.

Parmi les témoins de cet attentat le hadji Dizdarevic ou le curé Latinovic qui étaient aux côtés d'Abramovicz.

C'est l'occasion pour l'auteur de présenter chacun de ces "personnages".

 

Le conseil

Ce bâtiment, qui recueillît le corps de l'archiduc, d'architecture très orientale fut conçu par Alexandre Witteck devenu fou (un comble pour un joueur d'échecs de renommée mondiale) quand il vit que le Conseil manquait de lumière.

 

La haggadah

C'est au "Conseil" que la gestapo s'est installée pendant l'occupation allemande. Parmi les officiers, un "érudit" passionné d'art Ernst Rosenbaum.

Ce fameux livre juif est parti en 1492 de Tolède pour sa destination finale que sera Sarajevo. Rosenbaum voudra récupérer ce livre dernier "vestige" juif de la ville mais Daoud Cohen préférera mourir sous la torture plutôt que de dire où il est caché.

 

Appendice

Sous-titré "biographie non autorisée de Nikola Barbarich", dans cette partie on assiste aux "multiples" vies de cet homme.

J'avoue que cette partie m'a moins intéressé.

 

 

Un livre à lire pour aborder par le biais de l'histoire vue par un écrivain des moments importants de l'histoire de Sarajevo du XVe au XXe siècle, avec un éclairage particulier sur l'attentat du 28 juin 1914.

Un auteur contemporain à suivre de près car il a beaucoup à nous dire sur notre monde, son dernier "roman" parlant de son expérience d'exilé "Manuel d'exil : comment réussir son exil en trente-cinq leçons".

 

Bonne lecture,

Denis

 
Sarajevo omnibus de Velibor Colic (Gallimard)
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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 16:19
Lumières de Pointe-Noire d'Alain Mabanckou (Le Seuil)

Lumières de Pointe-Noire d'Alain Mabanckou

(Le Seuil - Fiction & Cie - 28​2 pages - Janvier 2013)

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C​e livre pourrait s'appeler "Retour au pays natal", 23 ans après en être parti.

Retour dans un Congo et une ville, Pointe-Noire, qui ont bien changé. Alain Mabanckou nous raconte ces moments d'émotion que sont les retrouvailles familiales et ces lieux qui ont marqué une enfance.

Chaque chapitre reprend un titre d'un film qui a marqué l'histoire du cinéma. Par exemple : La femme d'à côté ; La mort aux trousses ; Rencontres du troisième type ; Adieu ma concubine.

Et l'auteur nous "donne" une "photo de famille" (famille ou lieu) à chaque fin de chapitre. La majorité des photos est signée Caroline Blache.

 

 

Au début du livre, l'auteur avoue que sa mère, Pauline Kengué, est morte en 1995. Il ne l'avait pas dit avant ce retour au Congo où il est né en 1966. Le père a abandonné sa mère avant sa naissance. Elle est venue s'installer à Pointe-Noire et a connu celui qu'il a appelé "papa", Roger.

La dernière fois qu'il a vu sa mère c'est en 1989 juste avant de partir pour Nantes où il voulait suivre des études de droit. Pour elle c'était un abandon et elle se retrouvait bien seule. Puis en 1995 il a refusé de participer à l'enterrement de sa mère se donnant pour bonne conscience de n'avoir pas de quoi payer le voyage.

Il eut deux soeurs aînées mortes peu après leur naissance et longtemps pendant son enfance il a fait croire qu'elles étaient toujours vivantes car ce n'était pas dans les coutumes locales d'être fils unique.

Papa Roger travaillait au Victoria où il était comme le second de madame Ginette. Il aimait emporter les journaux et les lire le weekend. L'auteur revient sur les lieux et l'hôtel n'a pas changé.

Papa Roger avait une autre concubine maman Martine plus âgée que Pauline et elle avait eu avec lui huit garçons. La cohabitation allait pour le mieux jusqu'au jour où il y eut une Célestine. Ses fils ont été sidérés de voir que c'était une vielle femme, une sorcière pour eux et bientôt tout est rentré dans l'ordre.

Maman Pauline a eu aussi un homme qui est passé dans sa vie donnant quelques grosses colères et une bagarre de rue mémorable avec Marcel qu'elle a dit ne pas aimer.

Sa grand-mère a été une femme de caractère, excellente cuisinière et il a eu la chance de la revoir juste avant sa mort lors de ce retour à Pointe-Noire.

Ce sont donc les retrouvailles avec sa famille du côté de sa mère. Sur le terrain où elle vivait subsiste la cabane en bois qu'il aimerait faire restaurer.

Quand il voit un fils et une fille de papa Roger c'est beaucoup moins convivial car on lui demande de l'argent à titre de dédommagement pour l'enterrement de papa Roger. Il arrive à se soustraire en donnant un acompte se jurant bien de ne pas les revoir.

Rencontre avec Grand Poupy que l'on nommait le dragueur dans la famille.

Tonton Mompero, le frère de sa mère Pauline a été comme un troisième père pour lui. Il est devenu l'ancêtre de la famille.

Il n'y a plus de salle de cinéma à Pointe-Noire. Le Rex a été reconverti en salle de prière pour les pentecôtistes. L'écrivain repense au plaisir de voir des films dans sa jeunesse et il retrouve toujours là le propriétaire de la salle.

L'auteur se rend dans le quartier des prostituées et est interpellé par l'une d'elles qui l'a aperçu la veille au Rex et qui veut lui parler car elle le croit journaliste.

Un homme l'invite à manger à sa table et lui dit que le nord du pays s'est battu avec le sud parce que le pétrole était ici. Et en assez grande quantité pour attirer les français et éloigner les USA qui préfèrent le pétrole irakien plus conséquent.

Visite à son ancien lycée et au bord de mer assez rude ici.

 

Ce sont tous ces gens et ces lieux qui marquent les étapes de ce voyage. Et on est en pleine empathie avec l'auteur. Il comprend qu'il est devenu célèbre mais il sait rester humble, écouter les congolais et se juger qu'il reviendra avant 23 ans...

 

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

 

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 19:40
L'ardoise magique de Valérie Tong Cuong (Stock)

L'ardoise magique de Valérie Tong Cuong

(Stock - mars 2010 - 174 pages)

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Une très belle découverte que ce roman, septième roman, en 2010, de l'auteure Valérie Tong Cuong, née en 1964, par ailleurs chanteuse dans le groupe Quark. On plonge dans l'univers de Mina et Alice, deux jeunes filles de condition très opposée et on ressort du roman complètement abasourdis. Quelle plongée introspective que ce livre !

 

 

Mina, la narratrice, et son amie Alice qu'elle connait depuis le collège, ont décidé de se suicider au moment où passerait le train en se jetant du pont. Alice a sauté mais Mina ne l'a pas fait et elle est partie se cacher dans les bois.

Elle se rappelle le moment où Alice est arrivée dans la classe et le moment où elle est allée habiter chez son oncle et sa tante parce que sa mère était en fin de vie, atteinte d'une cirrhose.

Fille de banquier, Alice vivait dans le luxe, avec chauffeur et belle voiture à la sortie de l'école. Mais très vite elle a montré à Mina qu'elle enviait sa vie simple et a pris le bus avec elle lui demandant de visiter sa chambre, qu'elle a trouvé belle car simple.

Quelqu'un a trouvé Mina dans la forêt et la ramène jusqu'à sa ville. Elle vient roder dans le riche quartier d'Alice et voit une maison en vente avec potager et cabane en bois. Elle s'y installe et voit un garçon de café qui vient tous les soirs se changer ici. Elle qui vient juste d'avoir 18 ans se sent libre.

Elle vient observer la maison de son amie et comprend que la mère est très inquiète alors que le père ne semble penser qu'à son boulot de banquier.

Le garçon s'appelle Sans-Larme et lui parle quand il vient se changer ici avant ou après son service. Et Mina finit par lui dire pourquoi elle est là. Il répond qu'Alice avait peut-être une raison cachée, de sauteret que Mina n'aurait pas décelée. En tout cas elle espérait jusqu'au dernier moment qu'Alice ne se suiciderait pas.

Après que Sans-Larme lui ait annoncé que la mère d'Alice cherchait une femme de ménage elle s'est dit que c'est elle qui doit l'avoir ce job. Et de fait Sans-Larme obtient un rendez-vous. C'est alors qu'il lui dit pourquoi il a choisi son pseudonyme. Parce qu'il a tant souffert et pleuré pour son ami Rémi martyrisé chaque jour à  l'internat au point de le brûler au troisième degré. Il s'est depuis juré de ne jamais plus pleurer.

Mina s'annonce comme étant Angélique. La femme lui présente la maison sans faire aucune allusion à une fille et même la chambre d'Alice est présentée comme une chambre d'amis. Très vite la mère d'Alice lui fait pleine confiance et lui dit qu'elle va la prendre plus longtemps chaque semaine et qu'elle aura des tâches à responsabilité. Sans-Larme la met en garde car l'objectif devient très différent de ce qu'il en était au début.

Sans-Larme a quitté son travail pour en savoir plus sur la relation entre Alice et Mina... Il ne faut pas en dire plus sur la suite de cette histoire...

 

Une très belle écriture pour un récit qui montre cette histoire à partir de ce que Mina en dit. Le livre dit Je et se met donc dans les traces et dans l'esprit de cette toute jeune adulte puisque le fait déclencheur du roman se situe au passage à 18 ans.

 

Le début en dit long sur cette histoire : "Le jour où j'ai décidé de vivre est aussi celui où j'ai perdu officiellement toute raison d'exister. // Le tout s'est produit un mercredi matin, dans un intervalle d'un centième de seconde, comme une gigantesque claque du destin;"

 

 Et la phrase mise en exergue est celle d'Albert Camus dans "L'envers et l'endroit" : "Il n'y a pas d'amour de vivre sans désespoir de vivre."

 

 

 

Un livre coup de coeur complètement inattendu et c'est encore meilleur ainsi.

 

Bonne lecture Denis

 

 

 
 

 

L'ardoise magique de Valérie Tong Cuong (Stock)
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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 19:21
Nous dînerons en français d'Albena Dimitrova (Galaade)

Nous dînerons en français d'Albena Dimitrova

(Galaade - septembre 2015 - 210 pages)

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C'est toujours un plaisir de savoir que des auteurs étrangers ont un jour, parfois par force, du fait d'un exil, ce qui est le cas pour Albena Dimitrova, née en Bulgarie en 1969 et arrivée en France en 1989, d'écrire dans notre langue.

Elle écrit d'ailleurs : "J'écris en français des histoires vécues en Bulgare. J'en ai gardé l'accent".

 

Ce roman pourrait être autobiographique.

 

La narratrice, Alba, est étudiante et a 17 ans. Guéo lui a 55 ans et ils s'aiment. Il a une activité politique importante en Bulgarie où il fait partie des dignitaires du régime communiste. Il a été embrigadé à l'âge de onze ans alors qu'il vivait plus dans la rue que chez sa tante.

Alba nous raconte comment elle a connu Guéo au moment où elle a été admise à l'hôpital de Sofia réservé aux membres du gouvernement. Les menaces de paralysie inquiétaient les médecins qui ne savaient pas trop quoi faire d'elle.

Elle avait alors seize ans. Guéo prend soin d'elle et bientôt ils sont inséparables. Il part pour le sanatorium et elle peut le rejoindre quelques jours plus tard après dérogation signée  par la commission santé du Politburo.

Elle sent l'attirance pour Guéo mais au moment de coucher ensemble il se rétracte. Il lui présente son fils Christo et ils deviennent amants mais de courte durée et Guéo revient vers elle l'appelant "ma petite Alba".

Et c'est avec Guéo qu'elle va être enceinte mais pas question de garder l'enfant. Alors à ses dix huit ans elle accouche par anticipation et le bébé meurt.

Le haut dignitaire du parti qu'est Guéo ne voit pas venir la menace d'un changement radical de politique en Bulgarie alors que le mur de Berlin va tomber et tout "l'empire soviétique".

On leur dit que leur amour doit cesser et à 20 ans elle part à Paris et apprend le français langue que connaît Guéo avecl'espoir qu'ils pourront "dîner en français".

 

Roman de l'amour impossible en pleine tourmente politique alors que Guéo renonce à lire son projet de réforme parlementaire qui aurait peut-être pu éviter le chaos !

 

Un très bon livre bien écrit dans un français très frais, à découvrir. Ce n'est pas tous les jours que l'on parle de la Bulgarie de l'intérieur et dans notre langue !

 

Denis

 

 

Nous dînerons en français d'Albena Dimitrova

(Galaade - septembre 2015 - 210 pages)

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C'est toujours un plaisir de savoir que des auteurs étrangers ont un jour, parfois par force,

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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 16:11
Le coeur des enfants léopards de Wilfried N'Sondé (Babel)

Le coeur des enfants léopards de Wilfried N'Sondé

(Babel - 132 pages - mars 2010)

Première édition Actes Sud - 2007

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William N'Sondé est né en 1968 et a publié ce premier roman en 2007 pour lequel il a reçu le prix des Cinq Continents de la Francophonie et le prix Senghor de la création littéraire. Il a publié trois romans depuis et "Le Coeur des Enfants Leopards" a été adapté au théâtre. L'auteur est par ailleurs musicien et chanteur.

 

​Comme presque toujours avec Actes Sud, on a affaire à un texte où la prose est proche de la poésie lyrique. On lit un tel livre autant pour le rythme des mots et des phrases que pour l'histoire elle-même, d'autant que l'auteur aime nous laisser longtemps dans le "flou".

 

Le narrateur a été placé en garde à vue suite à des problèmes sur la voie publique. Il sait que son ami Drissa était avec lui mais comme il n'était pas dans son état normal il ne se souvient pas des détails. Tout est confus et il a été maltraité par un policier. Il se remémore des bribes de ses racines au pays kongo avec la figure du grand-père autoritaire et respecté en ce pays des léopards.

Souvenir de Mireille son amour de jeunesse si belle si aimante.

Magie noire, vaudou ou sorcellerie. Il est capable de l'invoquer dans sa cellule. Ce sont ses racines et un policier avoue avoir eu peur de cela quand le détenu a parlé et chanté dans sa langue africaine au point de le taper quand il l'a découvert caché sous le lit.

Mireille a eu la même enfance que Drissa et le narrateur. Petits vols à droite, à gauche. Des parents peu présents pour leur ouvrir l'avenir. Il a fallu l'entrée à l'université et donc la sortie de banlieue pour que Mireille découvre la lecture, la culture au risque de passer pour snob reniant ses origines.

Leur première fois a été magnifique dans une voiture volée par Kamel le dur de la bande, assagi depuis en devenant musulman. Le souvenir de Mireille est tellement beau pour lui.

Le père a fait partie de ceux qui ont œuvré pour l'indépendance du pays  mais qui sont partis très vite pour un ailleurs d'où l'arrivée en France.

Drissa est devenu violent et délinquant au fil des années renié par Mireille notamment qui ne supporte plus sa violence et celle du quartier. Drissa aime Carole entièrement assujettie à ses bons vouloirs et ses violences. Il a aussi couché avec la mère de Mireille. 

Et puis Mireille a dit qu'elle devait partir pour changer d'air et de vie.

Et alors que l'alcool s'évapore, il commence à prendre conscience qu'il s'est mis dans une drôle de situation.

 

Page 45 : "Le silence est revenu, et c'est à Drissa que je pense. Drissa c'est du gâchis, ce qui reste de toi. C'est quoi un nègre, un vrai ? Et tu tremblais déjà ! Quoi, t'es pas né au pays ? Tu ne le connais pas ? Tu ne parles pas la langue ? Noir dehors, blanc dedans ! Accroche-toi pour rester au moins dans ton paragraphe, sinon tu n'es plus rien après le point d'interrogation. Prends garde mon ami, ils veulent te rayer du texte, prends racine, ancre ta vie très vite, là où tu te sens bien, une toute petite parenthèse à ouvrir, rien que pour toi avec un peu de bonheur avant le point final."

 

Un excellent court roman onirique qui sort petit à petit des brumes du cerveau du narrateur pour nous révéler une triste réalité.

 
Bonne lecture,
 
Denis
 

 

 

 

Le coeur des enfants léopards de Wilfried N'Sondé (Babel)
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