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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 19:21
Nous dînerons en français d'Albena Dimitrova (Galaade)

Nous dînerons en français d'Albena Dimitrova

(Galaade - septembre 2015 - 210 pages)

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C'est toujours un plaisir de savoir que des auteurs étrangers ont un jour, parfois par force, du fait d'un exil, ce qui est le cas pour Albena Dimitrova, née en Bulgarie en 1969 et arrivée en France en 1989, d'écrire dans notre langue.

Elle écrit d'ailleurs : "J'écris en français des histoires vécues en Bulgare. J'en ai gardé l'accent".

 

Ce roman pourrait être autobiographique.

 

La narratrice, Alba, est étudiante et a 17 ans. Guéo lui a 55 ans et ils s'aiment. Il a une activité politique importante en Bulgarie où il fait partie des dignitaires du régime communiste. Il a été embrigadé à l'âge de onze ans alors qu'il vivait plus dans la rue que chez sa tante.

Alba nous raconte comment elle a connu Guéo au moment où elle a été admise à l'hôpital de Sofia réservé aux membres du gouvernement. Les menaces de paralysie inquiétaient les médecins qui ne savaient pas trop quoi faire d'elle.

Elle avait alors seize ans. Guéo prend soin d'elle et bientôt ils sont inséparables. Il part pour le sanatorium et elle peut le rejoindre quelques jours plus tard après dérogation signée  par la commission santé du Politburo.

Elle sent l'attirance pour Guéo mais au moment de coucher ensemble il se rétracte. Il lui présente son fils Christo et ils deviennent amants mais de courte durée et Guéo revient vers elle l'appelant "ma petite Alba".

Et c'est avec Guéo qu'elle va être enceinte mais pas question de garder l'enfant. Alors à ses dix huit ans elle accouche par anticipation et le bébé meurt.

Le haut dignitaire du parti qu'est Guéo ne voit pas venir la menace d'un changement radical de politique en Bulgarie alors que le mur de Berlin va tomber et tout "l'empire soviétique".

On leur dit que leur amour doit cesser et à 20 ans elle part à Paris et apprend le français langue que connaît Guéo avecl'espoir qu'ils pourront "dîner en français".

 

Roman de l'amour impossible en pleine tourmente politique alors que Guéo renonce à lire son projet de réforme parlementaire qui aurait peut-être pu éviter le chaos !

 

Un très bon livre bien écrit dans un français très frais, à découvrir. Ce n'est pas tous les jours que l'on parle de la Bulgarie de l'intérieur et dans notre langue !

 

Denis

 

 

Nous dînerons en français d'Albena Dimitrova

(Galaade - septembre 2015 - 210 pages)

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C'est toujours un plaisir de savoir que des auteurs étrangers ont un jour, parfois par force,

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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 16:11
Le coeur des enfants léopards de Wilfried N'Sondé (Babel)

Le coeur des enfants léopards de Wilfried N'Sondé

(Babel - 132 pages - mars 2010)

Première édition Actes Sud - 2007

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William N'Sondé est né en 1968 et a publié ce premier roman en 2007 pour lequel il a reçu le prix des Cinq Continents de la Francophonie et le prix Senghor de la création littéraire. Il a publié trois romans depuis et "Le Coeur des Enfants Leopards" a été adapté au théâtre. L'auteur est par ailleurs musicien et chanteur.

 

​Comme presque toujours avec Actes Sud, on a affaire à un texte où la prose est proche de la poésie lyrique. On lit un tel livre autant pour le rythme des mots et des phrases que pour l'histoire elle-même, d'autant que l'auteur aime nous laisser longtemps dans le "flou".

 

Le narrateur a été placé en garde à vue suite à des problèmes sur la voie publique. Il sait que son ami Drissa était avec lui mais comme il n'était pas dans son état normal il ne se souvient pas des détails. Tout est confus et il a été maltraité par un policier. Il se remémore des bribes de ses racines au pays kongo avec la figure du grand-père autoritaire et respecté en ce pays des léopards.

Souvenir de Mireille son amour de jeunesse si belle si aimante.

Magie noire, vaudou ou sorcellerie. Il est capable de l'invoquer dans sa cellule. Ce sont ses racines et un policier avoue avoir eu peur de cela quand le détenu a parlé et chanté dans sa langue africaine au point de le taper quand il l'a découvert caché sous le lit.

Mireille a eu la même enfance que Drissa et le narrateur. Petits vols à droite, à gauche. Des parents peu présents pour leur ouvrir l'avenir. Il a fallu l'entrée à l'université et donc la sortie de banlieue pour que Mireille découvre la lecture, la culture au risque de passer pour snob reniant ses origines.

Leur première fois a été magnifique dans une voiture volée par Kamel le dur de la bande, assagi depuis en devenant musulman. Le souvenir de Mireille est tellement beau pour lui.

Le père a fait partie de ceux qui ont œuvré pour l'indépendance du pays  mais qui sont partis très vite pour un ailleurs d'où l'arrivée en France.

Drissa est devenu violent et délinquant au fil des années renié par Mireille notamment qui ne supporte plus sa violence et celle du quartier. Drissa aime Carole entièrement assujettie à ses bons vouloirs et ses violences. Il a aussi couché avec la mère de Mireille. 

Et puis Mireille a dit qu'elle devait partir pour changer d'air et de vie.

Et alors que l'alcool s'évapore, il commence à prendre conscience qu'il s'est mis dans une drôle de situation.

 

Page 45 : "Le silence est revenu, et c'est à Drissa que je pense. Drissa c'est du gâchis, ce qui reste de toi. C'est quoi un nègre, un vrai ? Et tu tremblais déjà ! Quoi, t'es pas né au pays ? Tu ne le connais pas ? Tu ne parles pas la langue ? Noir dehors, blanc dedans ! Accroche-toi pour rester au moins dans ton paragraphe, sinon tu n'es plus rien après le point d'interrogation. Prends garde mon ami, ils veulent te rayer du texte, prends racine, ancre ta vie très vite, là où tu te sens bien, une toute petite parenthèse à ouvrir, rien que pour toi avec un peu de bonheur avant le point final."

 

Un excellent court roman onirique qui sort petit à petit des brumes du cerveau du narrateur pour nous révéler une triste réalité.

 
Bonne lecture,
 
Denis
 

 

 

 

Le coeur des enfants léopards de Wilfried N'Sondé (Babel)
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10 mai 2016 2 10 /05 /mai /2016 17:23
L'ange aveugle de Tahar Ben Jelloun (Le Seuil)

L'ange aveugle de Tahar Ben Jelloun

(Le Seuil - 204 pages - 1992)

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L'auteur marocain Tahar Ben Jelloun, né en 1944, déjà célèbre en 1990, après avoir écrit notamment "Jour de silence à Tanger" ou "La nuit sacrée" (1987 - prix Goncourt), se voit proposer par le journal de Naples "Il Mattino" d'écrire une série de nouvelles qui va avoir pour sous-titre "Le roman de la mafia". Voyage au pays de la mafia entre Sicile, région de Naples et Calabre. 

Dans la préface au recueil, l'auteur nous dit avoir collecté nombre d'informations. "Ce fut une idée belle et stimulante : il s'agissait de faire de la fiction avec les matériaux de la réalité et reconnaître à la littérature sa fonction primordiale, celle de "cambrioler" le réel apparent". (...) Ce roman de la mafia est à peine imaginaire. Il est même en deçà de la réalité qui est souvent plus folle et plus imprévisible que toutes les fictions".

 

Les noms sont changés mais Ben Jelloun nousprécise que "certains se reconnaîtront". Ces nouvelles (12 au départ, 14 dans le recueil publié) ont paru en feuilleton du 30 mars au 15 mai 1990.

 

Les enfants sont armés et parfois meurent jeunes et il n'y a pas d'ange pour les emmener au ciel et seul un ange aveugle se porte volontaire !

 
 

Nouvelle II - L'amour à Palerme

L'auteur cite le grand écrivain italien Leonardo Sciasca sur Palerme :"Dans cette ville, les ordures atteignent les genoux et la mafia notre pomme d'Adam".

 

Emilio, 64 ans, est à Palerme en tant qu'expert, pour une énième réunion à la mairie sur la lutte antimafia. Il s'y ennuie, voit une belle secrétaire Chiara et pense à son goût pour le sexe et a ce qu'il pourrait faire avec elle mais il devient impuissant et tout devient confus jusqu'à l'amitié qu'il a pu lui donner la nuit suivante en lui parlant dans sa chambre. Une balle va arrêter ces pensées amalgamées.

 

Nouvelle III -  Journal d'un criminologue angoissé

Un criminologue avoue avoir peur à force de travailler sur les morts liés à la mafia ici dans la région de Naples. Sa fiancée Stefania est rentrée à Turin dans sa famille ne supportant plus la pression. Son nom est proche de celui d'un des chefs de la camorra ce qui lui a valu bien des soucis. Et puis les enfants tuent ou sont tués. Si bien que le criminologue décide d'aller aussi respirer auprès de Stefania et y terminer sans angoisse son mémoire sur les meurtres napolitains.

 

Nouvelle V - Nuit africaine

Il n'y a pas que la mafia dans la région napolitaine, il y a également les émigrés d'Afrique noire à loger, à nourrir.

 

Nouvelle IX - Veuve courage

Maria Rosa est mariée à Giacomo boucher à Palerme. Mais les ennuis ont commencé quand il a voulu changer de fournisseur quittant Tito de Catane pour "Pancho Villa" de Bari. Et une nuit Giacomo et sept autres hommes ont été tués dans son étable. Tout laissait penser que Tito était le responsable du massacre. Maria Rosa a gardé longtemps le silence avant de sa confier à une amie. Le téléphone étant sur écoute elle a fini par accepter de témoigner et d'intenter un procès qu'elle a perdu faute de preuves. Ses fils l'ont lâchée puis ont fini par comprendre qu'elle avait eu beaucoup de courage.

 

Nouvelle X - Au sommet de l'Aspromonte la neige est propre

Une belle leçon est donnée par un instituteur: 'clamer la poésie contre la violence".

 

Je n'ai pas détaillé toutes les nouvelles mais chacune apporte un éclairage sur cette région où la mort peut surger à tout moment en un temps où les magistrats, maires, policiers et autres fonctionnaires engagés dans la lutte antimafia se sont heurtés à des "murs" au péril de leur propre vie..

Certes ces observations romancées datent de 1990, soit plus de 25 ans mais qui y-a-t-il de changé? Pas grand chose je le crains !

 

Denis

 

Cette lecture rentre également dans le cadre du thème de mai 2016 du "mois italien" sur les régions du sud de l'Italie.

 
 
 
 
 

 

 

 

 

L'ange aveugle de Tahar Ben Jelloun (Le Seuil)
L'ange aveugle de Tahar Ben Jelloun (Le Seuil)
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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 19:43
La femme aux pieds nus de Scholastique Mukasonga (Gallimard)

La femme aux pieds nus de Scholastique Mukasonga

(Gallimard - collection Continents Noirs - février 2008 - 145 pages)

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Scholastique Mukasonga est née en 1956 au Rwanda et sa vie a été marquée par l'histoire de son pays. En 1960, sa famille est déplacée dans une région insalubre du Rwanda, Nyamata au Bugesera. En 1973, elle est chassée de l’école d’assistante sociale de Butare et doit s’exiler au Burundi.  Elle s’établit en France en 1992 et apprendra que 27 membres de sa famille dont sa mère Stefania ont été massacrés pendant le génocide des Tutsis, ordonné par les Hutus. Elle a raconté dans un premier livre en 2006 son enfance au Rwanda "Inyenzi ou les Cafards". Dans ce deuxième livre "La femme aux pieds nus" elle se penche sur le portrait de sa mère Stefania, une "mère courage".

 

 

Lorsque les Hutus ont été mis à là direction du Rwanda suite à l'indépendance, les Tutsis ont été parqués dans des camps devenus des villages non loin de la frontière avec le Burundi. C'est là que vivait Scholastique avec sa famille. Régulièrement les militaires venaient faire des fouilles au mépris de leur intimité familiale, saccageant leurs biens, maltraitant les refugiés. Pour eux c'étaient des cafards et il n'y avait aucune raison de les ménager. Aussi la mère Stefania voulant protéger ses trois filles avait prévu un plan de fuite pour elles vers le Burundi.

Ils habitaient dans ce qui s'appelait " les cases des déplacés", relégués dans cette région , le Bugesera.

Ils arrivent à cultiver le sorgho. Avec le sorgho on fait aussi de la bière, une de leur seule "richesse".

Il faut aller dans la capitale Kigali à deux jours de marche pour acheter du pain, lequel est considéré comme un médicament pour les enfants.

Et puis une salariée de blancs surnommée kilimadame est venue s'installer à Nyamata, y a ouvert boutique avec vente de pains. Mais seuls les instituteurs et nantis en achètent. Les pauvres économisent pour acheter un pain si leur enfant sort premier de classe.

Et il y a le progrès qui s'appelle ici amajyambere. Cela passe par l'évolution de l'habillement, de la coiffure entre autres. Et c'est aussi l'arrivée des WC venus des grandes villes.

Le mariage impose aussi un rituel et Stefania est experte pour donner un verdict sur la qualité des filles à marier. Elle a eu toutefois une déconvenue pour le mariage de son fils Antoine car sa future épouse a été enlevée par ceux qui l'employaient...

 

L'auteure, sans aucun pathos et sans langue de bois, raconte ces moments de vie familiale autour de la "mater familias", car la femme a un rôle primordial dans la vie quotidienne.  Une vie que l'on sent tout le temps en sursis car il semblait inéluctable à chacun que tout cela finirait mal. Les militaires rodent, la violence est présente mais les Tutsis, sans se résigner, vivent comme si tout allait bien, comme s'il y avait un avenir dans ce "pays perdu". Et eux se montrent "non-violents". Elle a obtenu pour livre le prix Seligmann contre le racisme.

 

Une lecture très intéressante, documentaire, très bien écrit car ce n'est pas qu'un récit, c'est aussi une oeuvre littéraire que Scholastique Mukasonga continue de tisser autour de son vécu, de son pays d'origine. Tous les livres sont publiés chez Gallimard, les cinq premiers dans la collection "Continents Noirs". Si vous ne connaissez pas cette très intéressante collection, n'hésitez pas à la découvrir et à lire des livres de cette collection.

 

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Continents-Noirs

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

 

 

La femme aux pieds nus de Scholastique Mukasonga (Gallimard)
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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 17:19
Zorah sur la terrasse d'Abdelkader Djemaï (Le Seuil)

Zorah sur la terrasse  - Matisse à Tanger d'Abdelkader Djemaï

(Le Seuil - mai 2010 - 125 pages)

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L'auteur, Abdelkader Djemaï (né à Oran en 1948), est l'auteur de nombreux récits et romans. Il a notamment écrit un "Camus à Oran" que je n'ai pas encore lu mais que le camusien que je suis ne pourra qu'apprécier. Il vit en France depuis 1993. ​Dans ce récit il met en scène ses souvenirs d'enfance à Oran et ceux de son gran-père qui est allé à Tanger, tout comme Henri Matisse.

 
 

C'est le lundi 30 janvier 1912 qu'Henri Matisse et sa femme Amélie débarquent à Tanger sur recommandation de leur ami, le peintre Albert Marquet. Le temps est exécrable avec pluie et vent pour les accueillir dans cette ville réputée "sulfureuse".

Matisse était venu en Algérie en 1906 mais n'est pas très familier avec la culture "orientale" qu'il va représenter toutefois dans ses tableaux.

Sa femme va rentrer en France fin mars mais Henri va rester encore un peu, inspiré par ces lieux pour continuer à y dessiner et peindre , le temps étant redevenu clément depuis début mars.

On ne sait rien ou presque de Zorah sans doute âgée de douze ans quand Matisse l'a rencontrée. Elle devait être farouche refusant de poser en modèle même si elle était déjà prostituée.

Il va peindre trois fois Zorah lors de ses deux séjours le second débutant le 8 octobre 1912 : un tryptique avec Zorah assise, Zorah debout et Zorah sur la terrasse.

Les décors de ses tableaux sont très sobres car ces jeunes prostituées  lieu de repos entre deux clients.

 

Ce livre est très court mais permet de s'imprégner de l'ambiance de vie à Tanger au début du XXe siècle avant que la ville ne devienne la ville des artistes et écrivains.

 

L'auteur s'adresse à Matisse, comme s'il lui écrivait une lettre.

 

Page 69 : "La première fois que vous faites connaissance avec Zorah elle ne vous apparait pas comme une odalisque flamboyante ou une madone des pauvres, même si certains critiques et historiens de l'art diront, en voyant  "Zorah sur la terrasse", qu'elle avait, en occupant la place centrale de votre Trytique marocain, l'air d'une icône. Dans un entretien repris dans "La Chapelle de Vence. Journal d'une création", vous déclarez à son propos :"On aurait dit une petite sainte".

 

Si vous aimez Matisse, n'hésitez pas à lire ce livre bien écrit en plus, et qui met aussi en "confrontation" la vie de sa famille en Algérie et au Maroc avec ce séjour de 1912-1913. 

 

Bonne lecture 

Denis

 

 

 

 
 
 
 
 

 

Zorah sur la terrasse d'Abdelkader Djemaï (Le Seuil)
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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 18:21
Lettre à Jimmy d'Alain Mabanckou (Points/Seuil)

Lettre à Jimmy d'Alain Mabanckou

(Points-Seuil - 190 pages - janvier 2009)

Première édition Fayard - 2007

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James Baldwin (1924-1987) est né, noir et nègre, sans savoir qui a été son père biologique. C'est David Baldwin qui va lui donner son nom en se mariant avec sa mère. A eux deux ils vont amener une fratrie de neuf enfants.

Pasteur, David transmet à Jimmy sa foi et de 14 à 17 ans James va se faire prédicateur. Mais il n'a pas envie, comme son père adoptif, d'avoir une haine farouche des blancs. Et la religion l'ennuie profondément car ce n'est pas par ce biais que les noirs vont s'émanciper.

David meurt en 1943 bien esseulé et incompris dans sa paranoïa.

James a découvert son homosexualité et son goût pour la littérature au lycée. Mais les USA sont malsains pour les noirs dans l'après-guerre où la ségrégation est plus que jamais active. C'est ainsi qu'il décide de quitter son pays et il arrive à Paris le 11 novembre 1948.

Richard Wright (1908-1960) va être son modèle d'écrivain noir américain et sans se l'avouer il va être une des causes de son départ pour Paris où il espère le revoir, lui qui l'avait aidé et encouragé à devenir écrivain.

Cependant dès ses premiers articles en France il s'en prend à l'oeuvre de Wright qu'il considère comme non fidèle à la vie réelle des noirs.

Il dit que l'art a un "devoir de violence" qu'il ne retrouve pas dans les textes des auteurs noirs.

James Baldwin n'a jamais été un "bon nègre".

En 1963 il retourne dans son pays et participe au meeting de Martin Luther King où celui-ci a déclaré son "I have a dream".

Il  défend la cause noire dans un livre et une pièce de théâtre  quand la justice est ségrégationniste, au nom de la justice. Et là encore il est incompris de ses compatriotes.

Autre incompréhension : L'antisémitisme des noirs vis-à-vis des juifs. Bien qu'exilés les juifs ont tout de suite eu leur place devenant propriétaires à Harlem par exemple, exploitant les noirs salariés ou locataires. Baldwin en a fait état dans son autobiographie, à titre documentaire, sans en faire pour autant une apologie de l'antisémitisme mais encore une fois sa pensée a été trahie.

Sa dernière demeure a été Saint Paul de Vence la patrie des artistes. Mais quand il est arrivé il était le "nègre". Il a fini par être adopté par les voisins et il est devenu "Jimmy".

 

C'est ainsi qu'Alain Mabanckou a écrit cette "lettre à Jimmy", pour rendre hommage à l'écrivain noir américain James Baldwin, incompris en son temps. En quelque sorte il le réhabilite aux yeux des américains, ses principaux "ennemis" et le fait mieux connaitre aux français d'autant qu'il a passé de longues années en France sans y trouver la reconnaissance pour autant.

 

Le mieux, après avoir lu cet essai, serait de lire l'oeuvre de James Baldwin.

 

Et puis, cet essai est également une réflexion sur la "négritude", chère à Aimé Césaire et a Alain Mabanckou qui en a fait le thème de ses cours au Collège de France en 2016.

 Les noirs sont "nés" en Afrique, beaucoup ont été transférés dans les pays occidentaux dont les Etats-Unis, comme esclaves, mais leur culture trouve ses origines sur cette terre des origines, ce qui ne parait plus évident aujourd'hui, avec le temps qui est passé.

 

Une approche intéressante de James Baldwin et des USA des années 1950-1970.

 

Bonne lecture

 

Denis

 

 

 

 

 

Lettre à Jimmy d'Alain Mabanckou (Points/Seuil)
Lettre à Jimmy d'Alain Mabanckou (Points/Seuil)
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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 17:15
Ainsi vint la nuit d'Estelle Surbranche (La Tengo)

Ainsi vint la nuit d'Estelle Surbranche

(La Tenga - 350 pages - mars 2015)

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Un roman très rythmé où le lecteur tombe vite en addiction de lecture, bien moins nocive que la consommation de cocaïne très pure qui va "tomber du ciel" même si elle arrive par la mer pour ceux qui vont en goûter dans ce livre. Elle aura un goût amer pour plusieurs d'entre eux.

 

"Ainsi vint la nuit" est le premier roman d'Estelle Surbranche aux multiples facettes : journaliste, surfeuse à ses heures, DJ... et romancière.

 

 

Nathalie a survécu à la guerre en Croatie et elle se trouve confrontée en septembre 2003 à de la perte de drogue à cause de marins espagnols qui ont jeté cette drogue à la mer quand la police est venue arraisonner leur navire. L'organisation est furieuse ce que montre Nathalie en martyrisant un des matelots.

Romain et Matthieu en vacances à Biarritz font du surf. Et ils découvrent des paquets de drogue parmi ceux qui ont été jetés à la mer. Ils décident de la garder et des amis parisiens qui se droguent pourront les mettre en rapport avec des vendeurs. Et leur grand ami Alex accepte de revendre cette came haut de gamme.

Gabrielle est chargée de l'affaire.

Quant à Nathalie elle a retrouvé un des dealers de Biarritz, Thomas qui parle alors d'un parisien, Matt que sa copine Amélie connaît.

Et quand Gabrielle retrouve aussi les traces de Thomas c'est pour le  voir mort, émasculé et sauvagement assassiné.

Nathalie a tué Thomas et un peu plus tard Amélie la copine de Thomas après qu'elle lui eût donné le nom et le numéro de téléphone de Matthieu. 

Gabrielle en venant chez Thomas avait croisé une fille à peu près à l'heure du crime. Elle voudrait la retrouver. Le portrait-robot approximatif qu'elle a fait d'elle n'a pas donné de résultats.

Romain est devenu accro de la came et a blessé Charlotte avant de se faire insulter par Nicole qu'il a voulu draguer quand elle a dit qu'elle voulait quitter Alex.

Gabrielle a enfin trouvé trois jeunes camés qui peuvent lui parler de Nicole même s'ils ont peu d'informations sur elle, partie de Biarritz depuis au moins trois mois.

Nathalie a fini par voir arriver Matthieu chez ses parents..

 
 

Aller-retour entre Paris et Biarritz pour une enquête haletante et qui va durer environ 4 mois. Qui gagnera entre Gabrielle et Nathalie, la dure, la traumatisée de la guerre des Balkans? Ces jeunes étudiants de leur côté vivent un "rêve" sans trop comprendre que cette drogue vaut de l'or et qu'elle ne leur appartiendra jamais.

 

Un très bon premier roman, bien écrit et bien construit. Comme dans de nombreux romans policiers, l'auteure situe dans le temps et dans l'espace chaque chapitre, avec un léger décalage sur le temps de la narration entre Paris et Biarritz.

 

Une belle lecture pour moi.

 
Denis

 

 

Ainsi vint la nuit d'Estelle Surbranche (La Tengo)
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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 19:47
Les mains gamines d'Emmanuelle Pagano (P.O.L.)

Les mains gamines d'Emmanuelle Pagano

(P.O.L. - 2008 - 170 pages)

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"Les mains gamines" était le 5e roman publié d'Emmanuelle Pagano, née en 1969, et a reçu le prix Wepler et le prix Rhône-Alpes pour ce roman.

 

4 personnages vont parler tour à tour de la fillette devenue femme de ménage, violée dans sa jeunesse, au CM2, par des garçons aux "mains gamines", car ils ne savaient s'amuser avec son intimité que par leur main.

 

1/Otalgie

Une femme de mari vigneron se doit d'être à la hauteur de son rang et elle s'ennuie fortement. Alors elle regarde travailler la jeune femme de ménage. Elle a la particularité d'écrire régulièrement dans un petit carnet. Elle va lui prendre un jour son carnet et lire quelques pages aux mots très crus souvent. La jeune femme, Emma, est obsédée par sa période pré pubère où elle aurait voulu être cousue pour éviter toute pénétration. C'était le temps du CM2 comme un traumatisme. Quant à la narratrice elle est victime d'une otalgie et n'arrive pas à faire partir la bête qui est dans son oreille malgré l'aide et les astuces de sa femme de ménage.

2/ Bogues

Cette femme a eu deux fils à l'époque où on était baba cool, peace and love. Elle est veuve mais toute la famille vit ici. Ainsi de sa petite fille. Et puis il y a le loir et sa famille qui vivent dans le grenier juste au dessus d'elle et qui la fatiguent.

Sa petite-fille a eu une hernie à opérer. Et elle a vu dans la chambre de son fils Claude qui collectionnait les photos de jeunes garçons nus dans sa jeunesse et qui sans doute participait aux souillures d'Emma.

3/ L'ensoleillée

L'ancienne institutrice d'Emma est en résidence de personnes âgées à L'ensoleillée. Elle aussi a remarqué que la jeune femme a son carnet de notes sur elle quand elle travaille. Sa mémoire vacille mais elle se rappelle que le midi les garçons venaient la trousser. C'était sa dernière année d'enseignement et elle était laxiste, n'intervenant pas dans ces "viols".

4/ Pertes blanches

Pendant que la fête bat son plein chez les amis de ses parents, ceux où la femme a un insecte dans l'oreilleet que l'employée va finir par extraire dans la nuit (c'est une forme de chenille), la jeune narratrice a enfin ses règles douloureuses comme on lui avait prédit...

 

Roman polyphonique de la douleur féminine quand elle est naturelle ou provoquée. Des "je" pour parler d'une femme qui n'a pu exprimer ses souffrances que grâce à son carnet qui n'est plus secret quand elle le fait lire...

 

Un livre dur, sans concessions, au style puissant, capable de nous égarer entre rêve, cauchemar et réalité. Les phrases sont souvent courtes non dénuées de poésie.

 

La deuxième partie débute comme ceci :

(Page 55) "Sur les fraysses, en dehors du village, à l'abri de la bise et des on-dit, le lever de soleil est toujours synchro au début de l'automne, juste en face. De la route, on voit la maison se détacher dans l'adret, toute violacée dans le rose confondant des murets".

 

Un livre dont certains passages peuvent indisposer mais qui ne peut nous laisser indifférents.

 

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

 

Les mains gamines d'Emmanuelle Pagano (P.O.L.)
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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 18:32
Un avenir de Véronique Bizot (Actes Sud)

Un avenir de Véronique Bizot

(Actes Sud - 104 pages - Août 2011)

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Un livre, petit par la taille mais grand par son style. Un style bien dans la veine de l'éditeur. Un style très poétique pour raconter quelques jours avec des "flash-backs" sur la vie de la famille, avant le présent du roman.

Les chapitres ne sont pas numérotés mais chacun est fait de phrases qui s'enchainent sans paragraphes. On est happé par ces pages comme de longs serpents qui nous envoûtent et nous enlacent.

 

L'histoire est très simple et bien résumée en 4e de couverture : "Paul reçoit une lettre de son frère Odd qui lui annonce qu'il disparait pour un temps indéterminé et lui demande en post-scriptum s'il peut passer chez lui pour vérifier que le robinet d'un lavabo du deuxième étage de la maison familiale a bien été purgé. Malgré un rhume colossal, Paul prend sa voiture et parcours les trois cents kilomètres qui le séparent dudit robinet".

 

Paul arrive donc dans cette maison froide, humide, en cet hiver où la neige vient de tomber au point qu'il ne pourra pas repartir avant trois jours. Certes, ici, c'est la montagne mais le temps est particulièrement désagréable. Alors, Paul s'installe dans la bibliothèque et fait du feu dans la cheminée, après avoir vérifié les robinets tout de même.

 

Odd en a peut-être fait exprès de ramener Paul dans la maison familiale. Son autre frère et ses trois soeurs ne pouvaient pas se déplacer ici. D'ailleurs l'une d'elle a des problèmes psychiatriques graves. Il est alors le "porte-parole" de la famille si d'aventure Odd ne revenait jamais car son départ est énigmatique.

 

Se retrouver seul dans cette maison ne peut que faire ressurgir les moments marquants de l'enfance passée ici. Il va parvenir à sortir le lendemain mais à pied. Comme il est jumeau avec son frère, les quelques habitants qu'il croise, croient que c'est Odd qui vient vers eux. Il se rend à la piscine déserte par ce temps et y passe quelques minutes. Et puis il rentre en tracteur, comme à l'allée, avec un cultivateur qui a bien voulu le prendre avec lui.

 

Page 75 : "Passé une série de pavillons aumon, j'étais arrivé devant la piscine municipale, située à l'amorce d'une vaste zone de plaine silencieuse et enneigée au milieu de quoi, à quelques cinq cents mètres, c'est l'établissement pénitentiaire hérissé d'une double épaisseur de barbelés et dont je distinguais dans le lointain les halos jaunâtres des projecteurs qui perçaient le brouillard? En poursuivant au-delà de la prison, on aboutit à l'asile où notre frère Harald a un temps placé notre soeur Margrete et, encore au-delà, à la déchetterie, après quoi la plaine laisse place aux petites montagnes où notre mère a été éjectée de son cheval. Prison, asile, déchetterie, tel est le parcours qu'on peut suivre sur un kilomètre de cette place grotesque."  (Et ainsi pendant 6 pages pour ce "chapitre")

 

L'écriture de Véronique Bizot est attachante. Quand on rentre dans un chapitre, on n'en sort pas indemne. On est plongé dans cette petite ville ou dans cette maison ou encore dans cette famille de 6 enfants. Et on chemine de courts chapitres en cours "moments" en retenant sa respiration, puisque l'écrivaine l'a voulu ainsi.

 

Je ne connaissais pas du tout Véronique Bizot (née en 1958) qui avait publié avant "Un avenir", deux recueils de nouvelles et un roman. Elle a reçu le "prix du style" pour ce roman, ce qui est très justifié pour ce texte. Depuis 2011, elle a publié deux autres courts romans, comme quoi il n'est pas toujours nécessaire d'écrire de longs textes pour exprimer son univers littéraire.

 

Cette écrivaine mérite d'être lue assurément et je vous y invite très sincèrement. C'est tellement agréable de découvrir des écrivains qui construisent discrètement leur oeuvre.

Bonne lecture,

Denis

 

Un avenir de Véronique Bizot (Actes Sud)
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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 21:41
Ce coeur changeant d'Agnès Desarthe (L'Olivier)

Ce coeur changeant d'Agnès Desarthe

(Editions de l'Olivier - août 2015 - 337 pages)

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Roman de la rentrée d'automne 2015, primé par le Prix Littéraire du Monde, qui nous permet de suivre l'itinéraire de Rose entre sa naissance en 1889 et 1931.

Une drôle de famille pour un drôle d'itinéraire.

 

René de Maisonneuve est au Danemark en 1887 où, militaire, il a rencontré la famille Matthisen, amie de son père. Trude, la mère ne se remet pas de la mort de ses quatre ainés du choléra. Kristina et René sont amoureux et la famille accepte d' emblée le mariage dont va naître dix-neuf mois plus tard Rose.

 

Rose a 20 ans en 1909 quand elle décide de partir seule à Paris. Sa mère est rentrée au Danemark et son père est resté en Afrique où il est commandant.

Effrayée par un homme qui l'interpelle dans la rue elle rentre dans un bar puis dit à la patronne, Marthe, qui l'interroge, qu'elle cherche un travail. Elle se fait aussitôt embaucher comme femme de ménage. Se rappelant le travail de sa nounou Zelada elle s'applique à bien travailler ce qui plait à Marthe.

Elle dort à la cave dans l'humidité mais se plaît bien chez Marthe malgré tout et elle aime innover comme de faire du hareng fumé.

 

Et puis elle a rencontré Émile, légèrement plus jeune qu'elle, enseignant de grec et latin, mais aussi pauvre que Rose. Elle vient dormir chez lui mais ils sont restés très chastes d'autant qu'Emile souffre d'eczéma et tousse beaucoup.

Kristina écrit à sa fille qu'elle ne l'aime pas. Rose de son côté écrit à son père et lui enjolive sa vie faisant croire qu'elle est traductrice à l'ambassade du Danemark à Paris.

Emile meurt et heureusement elle recroise Louise qui venait au bar de Marthe. Elle vient vivre chez elle et elles deviennent amantes. Louise épouse Ronan plus pour son argent que pour lui car elle reste fidèle à Rose.

Huit ans ont passé et on se retrouve en 1921 toujours à Paris. Rose travaille et continue de vivre avec Louise. Entretemps, il y a eu la guerre. Louise a été ambulancière et Rose radiographe. Et c'est alors qu'elle a retrouvé son père qui ne savait plus que dire son nom sans reconnaître sa fille.

 

La vie de Rose semble stabilisée jusqu'à ce que deux agents viennent frapper à la porte de Rose.

 

Une tranche de vie de Rose entre espoir et désespoir, entre pauvreté extrême et aisance factice. Un livre aux dates bien tranchées en début de chaque chapitre mais au fil narratif fluctuant entre présent et passé.

Une belle plume que celle d'Agnès Desarthe qui a déjà fait ses preuves depuis une douzaine de livres.

Une histoire bien intéressante. On se dit que Rose a eu de la chance dans son "malheur" d'avoir dû fuir des parents excentriques et de trouver tant bien que mal un peu de bonheur à Paris.

 

Bonne lecture,

Denis

 

      

                                                      

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