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11 mars 2018 7 11 /03 /mars /2018 17:20
Dans la jungle d'Agnès Vannouvong (Mercure de France)

Dans la jungle d'Agnès Vannouvong

(Mercure de France - 2016 - 113 pages)

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Je ne connaissais pas du doute Agnès Vannouvong avant de découvrir ce roman à la bibliothèque du Havre.

"Dans la jungle" est son troisième roman et elle avait publié en 2010 un essai sur Jean Genet avant ce livre.

Et j'ai beaucoup aimé ce livre, que ce soit le style et le ton de la narration. Pas de circonvolutions. L'histoire se déroule avec limpidité et on suit ainsi May.

Qui est May? Une femme de cinquante ans qui se retrouve seule, après que son mari l'a quittée et que ses enfants suivent leur vie d'adultes. Un ami très cher, Stéphane, est mort d'un accident de moto en Thaïlande. Alors, elle décide de partir là-bas, sur les traces de son ami et de sa famille. Elle avait quitté le pays en guerre quand elle était bébé.

Ainsi débute le roman :

 

Les portières claquent, le jour se lève, les oiseaux gueulent. Une jungle épaisse, dense, profonde encercle deux ombres. La marche est laborieuse. Il faut regarder où l'on met les pieds, c'est fou ce qu'on peut se faire engloutir, disparaître aisément, tomber dans un trou, un ravin, une absence, mourir tranquille.

May avait tout prévu pour que le voyage se passe du mieux possible. Comme Stéphane lui avait laissé un bel héritage, elle a pu s'offrir avec l'appui d'une agence de voyage un circuit taillé sur mesure.

Son guide s'appelle Say. Il connait parfaitement la jungle et a connu Stéphane. Il la mène, comme prévu au contrat, jusque sur les lieux de l'accident de Stéphane, puis il conduit May au village où elle est née, environ cinquante ans plus tôt. Elle y retrouve des membres de sa famille puis elle part pour Bangkok. 

Après ces jours de jungle, c'est pour elle un retour à la civilisation mais son but ultime est d'aller sur l'île où a vécu quelque temps Stéphane. Là, il a connu l'amour, celui qu'il refoulait en lui depuis si longtemps...

La quête de May est celle des origines. Elle ne sait pas trop ce qu'elle cherche au fond d'elle-même. Pourrait-elle venir vivre ici, loin du monde moderne? Et pour ce qui concerne Stéphane, était-ce réellement un accident?

Autant de questions à espérer résoudre pour May?

May contemple une photo de son ami prise devant la maison de Say. Il se tient contre un palmier et regarde droit l'objectif, les yeux fixes, la peau très blanche. May demande au guide si Stéphane était heureux à ce moment-là. Il dit que oui. Elle a une intuition, elle ne peut l'expliquer, il n'est pas mort sur cette route. (Page 51)

Les énigmes s'enchaînent. May observe beaucoup le paysage pour s'en imprégner. Pour retrouver des odeurs, les plantes... qui sont aussi les siennes...

Vous aurez pu constater la limpidité du style au travers de ces deux extraits.

Un très beau texte à lire.

Bonne lecture,

Denis

Vous pouvez vous procurer le livre sur bookwitty. (Livraison gratuite)

 

Dans la jungle d'Agnès Vannouvong (Mercure de France)
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10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 16:33
Ce qui se dit la nuit d'Elsa Roch (Livre de Poche - Thriller)

Ce qui se dit la nuit d'Elsa Roch

(Le livre de poche - Thriller - 285 pages - février 2018)

Première édition : Calmann-Lévy (2017)

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Amaury Marsac s'est vu écarter d'une affaire policière en cours. Il reçoit une lettre de Manon, la soeur d'Elsa qui l'invite à venir lui rendre visite.

Il se décide à se rendre chez Elsa, son ancienne amie et amour de jeunesse. Elle vit avec son compagnon Christophe et sa sœur Manon.

Elsa, psychologue, est en burn out et se retrouve comme Marsac dans une période difficile de sa carrière professionnelle.

Marsac dort à l’hôtel et apprend par la télé qu'une vieille femme a été tuée chez elle dans ce coin tranquille de son enfance. Il décide de se rendre sur les lieux et y retrouve un ami d'enfance devenu comme lui commissaire de police, Batthe. 

Marianne qui vient d'être assassinée de manière barbare, Marsac l'a connue quand il était enfant. Il l'aimait beaucoup. Qui a pu la tuer ? Un de ses fils peut être ? Ils sont très violents quand ils ont bu. Sans être écarté de l'enquête on lui fait comprendre qu’il doit être très discret. Batthe n'a pas envie de l'avoir dans ses jambes surtout qu’il est amoureux d'Elsa et le voit comme un concurrent.

Manon fait de graves crises régulièrement et il faut faire avoir. Elle a toujours aimé Marsac et aime en le retrouvant ainsi se blottir près de lui pour se rassurer de ses angoisses et crises régulières.

Marsac s'est vu adjoindre un jeune lieutenant Coffe et ils vont ensemble interroger les plus bourrus du village tel le Maître ou Henry Baranger.

L’autopsie révèle que Marianne a bu une substance qui pourrait l'avoir tuée avant même d’être égorgée.

Marsac est le seul à savoir qu’elle a été internée à Auschwitz quand elle avait cinq ans. Il s’en confie à Coffe. Ils ont vu des gars tatoués et bizarres dans un bar d’ici. Pourrait-il y avoir un lien ?

 

On suit pas à pas l'enquête qui se déroule du lundi au samedi. 5 jours pour découvrir ce qui s'est tramé dans ce village.

Un premier roman tout en finesse qui joue avec les règles du thriller nous laissant avancer au rythme de Marsac, Manon et Elsa, un trio qui s'est reformé le temps d'une semaine de crise majeure où la violence est présente presque à chaque coin de rue.

L'auteure a toujours voulu qu'une de ses héroïnes se prénomme Elsa mais elle précise que ce n'est pas elle qu'elle a mis en scène ici, même si, comme elle, elle est psychologue.

 

Pour ceux qui auront aimé cette atmosphère d'angoisse psychologique forte avec un Marsac qui a le calme  du flic chevronné, le nouveau roman d'Elsa Roch vient d'être publié chez Calmann-Lévy "Oublier nos promesses"

A suivre donc...

Une très belle découverte et une magnifique rencontre avec l'auteure en février à Fleury sur Orne dans le cadre du salon du polar  Bloody Fleury.

 

Bonne lecture,

Denis

Ce qui se dit la nuit d'Elsa Roch (Livre de Poche - Thriller)
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13 décembre 2017 3 13 /12 /décembre /2017 17:16
Ma reine de Jean-Baptiste Andrea (L'iconoclaste)

Ma Reine de Jean-Baptiste Andrea

(L'iconoclaste - août 2017 - 222 pages)

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Ce premier roman a déjà reçu plusieurs prix : Prix du Premier Roman de la Forêt des Livres / Prix Femina des Lycéens / Prix "Envoyé par La Poste".

Ces prix sont mérités tant ce livre est original, merveilleusement bien écrit et rafraichissant au bon sens du terme dans ces périodes où l'on a souvent l'impression que "le rêve", "le romantisme" sont à mettre dans la colonne des "périmés".

Nous sommes au début de l'été 1965. Le narrateur, dont on ne connaitra pas le prénom, a douze ans. On est dans la vallée de l'Asse, région oubliée, où survit une vieille station service. C'est là que le garçon habite avec ses parents. Sa sœur, plus âgée que lui de 15 ans, vit sa propre vie. Alors, il s'ennuie car il n'a pas d'amis et a arrêté d'aller à l'école. Un jour, il a trouvé des cigarettes dans les WC de la station et a failli mettre le feu avec ses allumettes.

Ses parents, trop vieux, ne peuvent plus assurer l'éducation de leur fils. Ils demandent à leur fille de s'occuper de son frère. Mais lui n'entend pas accepter et se décide de "partir à la guerre"

J'avais un plan. A la guerre, je me battrais, on me donnerait des médailles, je reviendrais et là, tout le monde serait bien forcé d'admettre que j'étais un adulte, ou tout comme. A la guerre on pouvait fumer, on levoyait tout le temps à la télé, et le mieux c'est qu'on ne risquait pas de mettre le feu, vu que là-bas tout est déjà en feu. La seule chose qui m'ennuyait, c'est que les soldats avaient l'air sales, je n'étais pas sûr que ça me plairait.

Et une nuit, il part. Durant la nuit, il fait une chute et perd l'arme qu'il avait dérobée à son père en partant. Quand il se réveille le matin, il voit une jeune fille frêle, Viviane, qui lui dit quelques mots et lui promet de revenir très vite.

Il entend continuer sa route mais préfère tout de même attendre son retour. Et elle revient. C'est alors qu'elle se déclare être "sa reine". Il devra lui obéir sans faille et surtout ne jamais chercher à savoir où était situé son chateau.

Entre deux visites, il égrène ses souvenirs et se concentre sur la Nature qui l'entoure.

Quand Viviane va cesser de venir le voir sans qu'elle sache ce qui en est la cause, il rencontre le berger Matti et passe plusieurs semaines en sa compagnie dans sa bergerie.

 

Viviane reviendra-t-elle? Arrivera-t-il à échapper aux gendarmes qui le recherchent? Ira-t-il à la guerre? Rentrera-t-il chez lui? Rêve-t-il?

 

Telles sont les questions que l'on se pose au fur et à mesure que le roman avance.

En résumé, beaucoup de fraîcheur et d'esprit de liberté dans ce roman qui se laisse lire avec grand plaisir. L'originalité de l'histoire est ce qui marque le plus. On se met dans la peau de ce jeune garçon maladroit qui croit en l'avenir. N'oublions pas que l'on est en 1965, dans ce qui est pour nous un "monde d'autrefois" où la technologie n'est pas encore au centre de nos vies.

C'est d'ailleurs peut-être cela qui donne de la liberté? Ne pas être asservi au quotidien et à ce qui nous attache à ce monde !

Un livre à lire absolument.

L'auteur est par ailleurs réalisateur et scénariste.

Denis

Ma reine de Jean-Baptiste Andrea (L'iconoclaste)
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26 novembre 2017 7 26 /11 /novembre /2017 17:06
Le mystère Walter Boehmer de Norman Ginzberg (Editions Privat - Polar)

Le mystère Walter Boehmer de Norman Ginzberg

(Editions Privat - Collection Polar - 415 pages - octobre 2017)

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"Le mystère Walter Boehmer" est le 4e roman de Norman Ginzberg, flls d'un soldat américain dont il a rendu hommage dans son livre "Omaha", puisqu'il y a débarqué le 6 juin 1944.

Norman Ginzberg a été journaliste avant de créer une entreprise de conseil en communication et de s'installer dans le Gers.

Son nouveau roman qui parait dans la "collection polar" des Editions Privat est très "bluffant" et relève du "polar historique", encore que le terme "polar" est à prendre ici au sens d'une "enquête" autour de meurtres dans un contexte de guerre.

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Le narrateur, Spencer Schullmann, voit débarquer chez lui le matin du 8 mai 1975 un drôle de type. Il s’aperçoit qu’il s'agit d’un allemand en uniforme de la Wafen SS. Il appartenait au régiment Der Führer de la division Das  Reich. Le jour du trentième anniversaire de la fin de la guerre, c'est largement cohérent même si c’est de mauvais goût de s’habiller en soldat allemand. Sauf que le type s’appelle Walter Boehmer et qu'il dit venir de s’évader de la ferme voisine, les Garrigues, où il est resté prisonnier jusqu’à ce qu’il s'en évade aujourd’hui.

Pour lui la guerre n'est pas terminée. Sidération !

Et quand le narrateur lui parle d’aujourd’hui Walter comprend que la guerre continue sous forme de guerre froide et que sa région d’Allemagne la Poméranie est sous domination russe. Or il a été traumatisé par les combats menés sur le front Est tandis qu’il à beaucoup aimé la période en France avant d’être fait prisonnier.

Le narrateur ne l’entend pas ainsi où ici tous ont souffert des atrocités de l'occupant.

Spencer se rend chez les Garrigues qui confirment tout ce qu’a dit Walter. Il les fait trembler en leur disant qu’il va tout dévoiler dans le journal local puisqu’il y est journaliste et qu’il va également en faire un livre.

La situation reste intenable avec cet ancien S.S. au passé forcément trouble avec le risque de perdre Rebecca qui, repoussée pendant deux jours finit par débarquer à la ferme et apprenant la vérité dit à Spencer de choisir entre elle et Walter. Mais l'allemand à entrepris des travaux et dit qu’il ne partira que quand tout sera achevé dans quelques semaines.

Spencer décide d’enquêter lui-même sur le passé de Walter qui semble avoir été présent lors de la tuerie de Roquefabre le 7 juin 1944 : 10 fusillés pour l'exemple devant le village atterré. Deux gamins ont été assassinés ensuite pour avoir insulté les « boches » sans oublier une femme enceinte tabassée...

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Comme me l'a dit l'auteur rencontré début novembre à la Foire du Livre de Brive-la-Gaillarde, on n'est pas au bout de ses surprises en lisant ce livre. J'en étais à la page 40 lors de notre entretien, c'est dire qu'en effet on est happés par cette folle histoire d'un type qui revient au monde sans savoir qu'il s'est passé tant de choses en 30 ans ! Et qui plus est qui se dit de bonne foi en disant qu'il n'a pas le souvenir d'avoir commis des atrocités alors que tout l'accable : l'uniforme, le lieu où il a été arrêté à l'époque...

Je n'en dis pas plus mais ce roman est très bien écrit, l'histoire est bien menée et on se laisse emporter dans le tourbillon de l'Histoire de la fin d'une guerre immonde...

Le roman débute ainsi :

 

8 mai 1975. Comme chaque lendemain de cuite, je n'étais pas d'humeur à parler. Ca tombait bien, j'étais seul en ce matin gris. Personne à qui causer. C'est tout juste si j'ai salué d'un signe de la main Castor et Pollux, mes deux ânes gris qui pâturaient près du verger. Je me suis assis dans un vieux fauteuil en rotin sur la terrasse et ai posé mon regard aussi vide que mon cerveau sur la vallée de la Gimone plongée dans le brouillard.

Merci à Céline des Editions Privat de m'avoir adressé ce très bon livre et à l'auteur avec qui j'ai pu avoir un échange très intéressant.

D'ailleurs, je lui ai proposé un entretien par Internet au sujet de son roman. A suivre de près...

Bonne lecture,

Denis

Le mystère Walter Boehmer de Norman Ginzberg (Editions Privat - Polar)
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5 novembre 2017 7 05 /11 /novembre /2017 16:56
Caché dans la maison des fous de Didier Daeninckx (Editions Bruno Doucey)

Caché dans la maison des fous de Didier Daeninckx

(Editions Bruno Doucey - 120 pages - avril 2015)

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Denise Glaser est étudiante en philosophie à Clermont-Ferrand mais elle est juive, résistante et doit partir de cacher. C'est ainsi qu'elle arrive en train à l'asile de Saint Alban sur Limagnole en pleine période de marasme de nourriture.

L'asile est géré par les médecins Tosquelles et Bonnafé.

Denise se rend dans la bibliothèque ce qui lui vaut de devenir bibliothécaire. Elle apprend qu'ici depuis 1933 on prend enfin en considération les « fous » qui ne sont plus enchaînés.

Peu après arrive un couple Eugène et Marie Grindel. Mais son épouse par erreur l'appelle à un moment par son vrai prénom, Paul. Et de fait elle apprend qu’il s'agit du poète Paul Eluard qu'elle dit ne pas connaître, ce qui n'est pas vraiment le cas puisqu'elle sait réciter par cœur son poème « Liberté », sans avoir su auparavant qu'il en était l'auteur.

Il est obligé lui aussi de se cacher avec  son épouse Nusch car il est recherché par la police.

Denise s'investit dans l'asile et apprécie leur compagnie.

 

Le roman est fait de 14 courts chapitres. On entre ainsi très vite dans la vie de cet asile, à la fois foyer de résistance contre l'envahisseur allemand et lieu d'expérimentation d'une approche humaine de la folie.

L'auteur nous rappelle à la fin que tout est vrai dans ce livre.

Certes, on ne présente plus Paul et Nusch Eluard. Par contre, les jeunes lecteurs n'ont pas pu connaître Denise Glaser, cette qui a animé avec tant de majesté "Discorama" dans les années 60-70. J'ai appris avec tristesse qu'elle est morte en 1983, oubliée et dans la misère.

On ne connaît pas par contre ces deux médecins qu'ont été Lucien Bonnafé (1912-2003) et François Tosquelles (1912-1994) qui ont tant œuvré pour améliorer la condition de ceux que l'on appelait les "fous".

Et pour en savoir plus sur l'asile, je vous renvoie à ce lien de wikipedia :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_hospitalier_Fran%C3%A7ois-Tosquelles

 

Une très intéressante lecture assurément que je recommande vivement d'autant que le livre est paru depuis en Folio.

Bonne lecture,

Denis

Caché dans la maison des fous de Didier Daeninckx (Editions Bruno Doucey)
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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 17:58
Lettres croisées (1858-1887) Paul Cézanne - Emile Zola (Gallimard)

Lettres croisées (1858-1887)

entre Paul Cézanne et Emile Zola

(Gallimard - 460 pages - Septembre 2016)

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115 lettres ont été retrouvées de la correspondance entre le peintre Paul Cézanne (1839-1906) et l'écrivain Emile Zola (1940-1902)  pour la période 1858 et 1887.

Henri Mitterand, spécialiste de Zola, nous propose une édition richement présentée et commentée. En plus des lettres, on a une véritable biographie croisée des deux correspondants.

Ils se sont connus très jeunes au lycée à Aix en Provence où tous deux habitaient. L'un, Cézanne, était issu de la bourgeoisie, son père étant banquier, tandis que l'autre, Zola était issu d'un milieu plus modeste, même si le père était ingénieur.

La première lettre connue date du 9 avril 1858, un peu moins de trois mois après le départ de Zola pour Paris. Cézanne écrit alors de longues lettres en vers.

Entre 1860 et 1877, il reste très peu de lettres et ce sont essentiellement celles écrites par Emile Zola.

Les 70 lettres écrites entre 1877 et 1887 deviennent des lettres courtes écrites entre deux rencontres dans la région parisienne ou à Aix (plus rarement).

La dernière lettre a été découverte en 2013 et permet d'atténuer la "querelle" entre les deux hommes au sujet de "L'oeuvre"  un des tomes de Rougon Macquart dont Zola aurait pris comme modèle d'un peintre "raté" Paul Cézanne.

Cézanne remercie Zola de l'envoi de "La terre" en septembre et il termine sa lettre en lui disant "Quand tu seras de retour , j'irai te voir pour te serrer la main".

Cette correspondance a inspiré le film de Danièle Thompson "Cézanne et moi".

Ce livre s'adresse assurément à tous ceux qui s'intéressent à l'art et à la littérature de la seconde moitié du XIXe siècle. Pour rappel, Emile Zola a beaucoup fait pour aider et faire connaître les peintres impressionnistes. Il demande beaucoup d'attention au lecteur par ces nombreuses "explications" et "éclairages" autour de la vie de ces deux êtres d'exception.

Bonne lecture,

Denis

 

 

Paul Cézanne / Emile ZolaPaul Cézanne / Emile Zola

Paul Cézanne / Emile Zola

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 15:03
L'homme qui courait après son nez de Gérald Cahen (HD - Ateliers Henry Dougier)

L'homme qui courait après son nez de Gérald Cahen - Nouvelles

(HD - Ateliers Henry Dougier - Octobre 2017 - 151 pages)

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Ce recueil est composé de 17 courtes nouvelles "rangées" en 5 types de personnages :

1/ Les grands timides

Le bon Dieu arrive trop tard le dimanche à la messe alors il part se promener dans la vieille ville et il aime entrer incognito dans une salle de spectacle où Eve se fait effeuiller sur scène par les spectateurs mais ce soir il est reconnu.

Un homme a été traumatisé dans sa jeunesse par les expériences culinaires de sa mère au point d'avoir envie de vomir à chaque fois qu’il pourrait faire l'amour à une femme car un plat immonde de sa mère vient alors l'obliger à partir dans les WC.

Alain rêve la nuit à côté du magnifique corps de Marie-jo mais qui va devenir plus lourd au fil du temps. Et il voit un chat dans ses rêves…

2/ Les délirants

Pierre est gardien au Louvre et vient dire bonjour à Mona la Joconde tous les matins. Il aime son sourire et un matin il voit qu’elle a bougé une main puis il voit qu'elle est enceinte…

Arthur a des problèmes avec son corps qui ne lui obéit plus et à bien des caprices à l'image de son nez qui s'est détaché de lui et est parti cette nuit dans un hôtel à nez... (c'est cette nouvelle qui donne son titre au recueil)

Tout se délite dans un pays où le président devient sourd puis gâteux et que la pollution prend le dessus sur tout.

Et le vent peut être dévastateur au point de changer les maison de place. Pierre se trompe alors et atterrit dans le lit d'une autre femme.

3/ Les rieurs

Une femme est masseuse mais d'une spécialité originale : chatouilleuse. Ainsi les stressés viennent chez elle pour trouver le moyen de rire.

Une femme se réveille un vendredi avec un fou rire qui va durer la journée entière. Dans son rêve elle voyait le bon Dieu courir en petite culotte. Mais plus le dimanche approche plus elle pleure car elle sait que le bon Dieu va se venger d'elle à la messe.

.../...

4/ Les mal élevés

.../...

5/ Les mal aimés

.../...

 

Je ne vous résume pas toutes les nouvelles mais vous aurez compris que l'on est là dans "un vent frais de folie et d'humour... dont les héros sont tous affligés de manies ou de ridicules qui leur rendent la vie impossible". (Extrait de la 4e de couverture qui dit bien le contexte comique de ces histoires à "dormir debout" et à "courir après son nez").

En résumé, un livre rafraichissant à lire pour le plaisir des mots et des situations cocasses à savourer sans aucune autre prétention que de s'imaginer soi-même victime de ces aventures "surréalistes".

A noter que la dernière nouvelle met en scène l'auteur et son recueil !

Un auteur, Gérald Cahen qui publie depuis pas mal d'année et qui a débuté dans les années 70 par des fictions radiophoniques.

Merci à Nadia des éditions HD - Ateliers Henry Dougier pour m'avoir envoyé ce livre réjouissant et de belle facture littéraire

Bonne lecture,

Denis

 

L'homme qui courait après son nez de Gérald Cahen (HD - Ateliers Henry Dougier)
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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 16:41
Entretien avec Natacha Nisic (La zone des murmures) : 1 - Ses lectures et ses débuts littéraires

Après avoir lu avec grand plaisir le roman de Natacha Nisic  "La zone des murmures" (Editions Tohubohu - rentrée littéraire d'août 2017), j'ai demandé à l'auteure si elle voulait bien que l'on puisse concevoir un entretien via Internet, ce qu'elle a accepté aussitôt.

Je vous propose ici le début de notre entretien qui porte sur son approche de l'écriture et sur ses goûts littéraires.

Un second entretien portera plus précisément sur "La zone des murmures".

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Qu'est-ce qui vous a conduite à écrire et être publiée ? D’autant que votre premier éditeur n'était rien moins que L'Age d'Homme, spécialisé dans les littératures de l'Est ? Votre nom ayant une consonance par ailleurs de l'est de l'Europe ?

 

J'ai toujours aimé lire, et écrire. Les aventures que je découvrais dans les livres faisaient partie intégrante de ma vie quotidienne, tout ça se mélangeait un peu (mon côté "fantaisiste") et je notais des anecdotes de la vie réelle en les déformant dans un carnet. Depuis toute petite, j'inventais des histoires, des poèmes, des enquêtes, réécrivais des paroles de chanson. Je lisais tout ce qui me tombait sous la main : romans, notices, prospectus, emballages d'aliments, règles de jeux de société, livres d'art... Mon oncle, passionné par la langue française et sa grammaire en particulier (il aura étudié le Bescherelle jusqu'à ses derniers jours), m'avait offert une machine à écrire mécanique grâce à laquelle j'ai tapé des débuts d'histoires. Depuis la pénombre de ma petite chambre, j'étais fascinée par l'odeur du ruban encreur, par cette force de la frappe, cette manière bruyante de composer des mots, lettre après lettre, avant de retourner manuellement à la ligne. J'aimais ce rapport physique et mécanique à l'écriture. D'ailleurs, en y repensant, c'est peut-être pourquoi je continue aujourd'hui de taper comme une brute sur le clavier de mon ordinateur !

 

Lorsque je suis passée à la machine à écrire électrique, avec la possibilité de corriger des coquilles à l'aide d'un ruban correcteur blanc, j'ai été au bout de ces courtes fictions que je partageais déjà avec mon entourage. Je traquais le passage du Bibliobus devant notre HLM de banlieue parisienne, empruntais le maximum de livres autorisé par semaine. Avec une amie du collège, nous avions créé un petit journal avec blagues, charades et rébus en noir et blanc (très mal photocopié sur du papier A4 plié en deux) que nous avons vendu dans les plus hautes tours de Fontenay-sous-Bois (côté ZUP, là où nous habitions) en porte à porte, entre deux fous rires. Je ne sais plus ce qu'on a fait de l'argent gagné, on a dû s'acheter pas mal de bonbons. Il n'y a jamais eu de numéro 2.

 

Mes parents, originaires d'ex-Yougoslavie, sont arrivés en France l'année précédant ma naissance. Comme ils ne parlaient pas bien français, j'étais plus tard en charge du courrier administratif ; à l'époque, j'y prenais du plaisir (contrairement à aujourd'hui !).

Bref, vers la fin de mes études de Littérature générale et comparée à la fac de Censier, j'ai écrit quelques chroniques littéraires pour la presse, interviewé notamment Brice Matthieussent (traducteur de beaucoup d'auteurs américains que j’aimais bien, dont John Fante). Désormais parisienne, je lisais des manuscrits pour le Seuil et un des éditeurs maison m'a conseillé de contacter Vladimir Dimitrijevic, alors directeur des éditions L'Age d'Homme. Je l'ai rencontré avec l'intention de  traduire des romans serbes, et ça a marché. J'avais par ailleurs écrit un roman, mon premier, intitulé La tentation de Lazar. Naturellement Vladimir a souhaité le lire et il m'a appelée durant l'été pour m'annoncer : « C'est prometteur. »

J'ai passé le reste du mois d'août à essayer de comprendre le sens de ces quelques mots. J'étais en vacances avec ma sœur, à la mer, au Monténégro. A la rentrée, Vladimir Dimitrijevic, qu'on appelait "Dimitri", m'a confirmé vouloir le publier.

Il faut dire que j'avais aussi en parallèle envoyé le manuscrit par la Poste (je ne connaissais absolument personne du milieu littéraire) à quelques "grandes" maisons, dont Albin Michel, au cas où. Sylvie Genevoix, éditrice chez Albin, m'a donné rendez-vous. Enthousiasmée par l'originalité du texte, elle comptait présenter mon roman au prochain comité de lecture, mais le délai de décision aurait été plus long et l'issue plus incertaine. Du coup, j'ai choisi L'Age d'Homme. La tentation de Lazar est sorti en février 1998, j'avais 25 ans.

 

Merci Natacha pour ces précieuses informations sur la naissance de votre envie d'écrire et votre goût prononcé pour la lecture depuis votre plus tendre jeunesse.

On a alors très envie de vous demander quels sont les auteurs qui vous ont fascinée et qui ont eu éventuellement une influence sur votre pensée d'écrivain(e) (au passage aimez-vous ce mot "écrivaine" ?).

J'ai toujours aimé les livres que publiait Vladimir Dimitrijevic (1934 - 2011) et qui a tant fait pour nous faire connaître la littérature d'Europe de l'Est dans le monde francophone. J'imagine "Dimitri" comme un homme exceptionnel ! Comment l'avez-vous "ressenti" dans son approche en tant qu'éditeur inspiré.

Beaucoup de questions qui viennent ainsi...

 

Trop d’écrivains pour que je puisse tous les citer, mais parmi ceux qui me viennent spontanément à l’esprit : des poètes (Baudelaire, Blake, Lautréamont), Stephen King et d’autres auteurs fantastiques, l’existentialisme de Sartre, Nietzsche, la langue de Duras ou Modiano, l’imaginaire de Vian, des Américains (Bukowski, Selby, Fante), des Italiens (Moravia, Baricco), des auteurs japonais (Ogawa, Murakami). Kafka, forcément, et Shakespeare. Sans oublier Borges. Point d’orgue avec l’Enfer de Dante ou le Paradis perdu de Milton. Plus récemment, j’ai découvert les livres de Georges Hyvernaud, dont le style et l’humour noir m’ont beaucoup impressionnée, fait rire aussi, ainsi que Sonate sans accompagnement, longue nouvelle proche de la perfection, de Scott Card.

 

Concernant le terme « écrivaine », je n’aime pas trop, surtout à cause de la sonorité : dans « écrivaine », il y a « vaine ». Je préfère « écrivain » !

 

Rencontrer Vladimir Dimitrijevic et discuter longuement avec lui, de littérature, de la vie, était en effet passionnant. Dimitri avait une personnalité à part, une véritable vocation d’éditeur un peu décalé et hors des conventions. Il semblait avoir décidé de consacrer sa vie à la littérature et à ses lecteurs, pas au marketing ni aux services de presse, mais à ce que représentait pour lui « l’essence » de la littérature, dans ce qu’elle avait de fondateur, de libérateur et d’universel. Avec beaucoup d’humour aussi, et d'esprit.

« Le soleil est l’ennemi de la lecture » m’avait-il dit un soir, au café, lui dont la vue avait baissé à force de lire des livres russes sur microfilms. On ne peut pas lire au soleil, trop de lumière. Dimitri avait la réputation (justifiée) d’être un « découvreur ». Il n’hésitait pas à offrir, avec élégance, des livres à tous ceux qui le souhaitaient. Depuis Lausanne et sa librairie de la rue Férou, à deux pas de sa place préférée, celle de St Sulpice, il voulait partager sa vision du monde, ouvrir la littérature notamment à celle de l’Est. Je me souviens avoir lu alors le génial Pétersbourg de Biély et l’Usage de l’homme de Tisma. Dimitri s’intéressait aussi aux contemporains (pas forcément slaves), d’où le nom d’une de ses collections. Il était très attaché aux personnages.

C’était quelqu’un de complexe, un homme de conviction et d’une grande richesse intérieure, à la fois solitaire et sociable, mais sans concession. Il faut préciser que s’il était chic dans les années 80 de se faire publier chez l’Age d’Homme, c’était différent avec la guerre en ex-Yougoslavie et les prises de position de Dimitri qui ont amené sa maison d’édition à être longtemps boycottée par les libraires et les médias.

 

Mais c’est quand même fou que Dimitri soit mort dans un accident de la route, à bord de son véhicule chargé de livres, juste avant le succès fulgurant qu’allait connaître La Vérité sur l'affaire Harry Quebert, best-seller qu’aucun autre n’avait pressenti, sauf Dimitri. Il aura été le seul éditeur à avoir accepté de publier ce roman, en co-édition avec son ami De Fallois.

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A suivre...

Denis

 
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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 15:56
David Bowie n'est pas mort de Sonia David (Robert Laffont)   #MRL17

David Bowie n'est pas mort de Sonia David

(Editions Robert Laffont - Août 2017 - 174 pages)

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Le roman se décompose en trois jours qui sont en fait des périodes de quelques jours :

Premier jour : vendredi 22 – mercredi 27 mai 2015

Hélène, la narratrice,  alors qu’elle était en vacances avec des amis, a appris que sa mère a eu un AVC.

C'est alors la troisième fois qu'elle se sent proche d'elle tandis que sa mère a toujours été ingrate peu amante de ses trois filles. La première fois c’était il y a quinze ans quand Edith a eu l’appendicite. Puis ce fut en 2013 avec l'annonce d'un cancer du sein. Et l'AVC qui va se terminer cette fois par le décès le 23 mai 2015.

Après avoir accepté l'euthanasie, les trois sœurs se doivent de trier les affaires de leur mère et plus que jamais entrer dans l'intimité de cette femme intelligente, érudite mais qui a montré tant de froideur à son côté maternel. Elle a tout de même écrit dans ses instructions post mortem, à la fin « je vous embrasse ».

C'est l'occasion pour Anne, l’aînée, Hélène et Émilie la plus jeune de voir défiler les souvenirs du passé d'autant que la vie les a souvent éloignées. Et elles sont aussi très différentes.

Deuxième jour : lundi 2 – mercredi 11 mai 2016

Un peu moins d'un an plus tard le 6 mai 2016, c’est le père d’Hélène qui meurt après avoir lutté plusieurs années contre la maladie.

En 1973 il a quitté le domicile conjugal et sa femme exaspérante pour vivre avec Kirstin la jeune fille au pair de 19 ans d'origine norvégienne. Hélène est toujours restée fidèle à son père alors qu'Anne s'est détournée de lui à l’âge adulte. Le père a eu une fille Juliette avec sa nouvelle femme qui l'a aimé profondément et est restée avec lui jusqu’à la fin de sa vie.

Le 2 le père est opéré en urgence mais Hélène doit aller en Corse avec Pierre son compagnon. Sauf que, comme pour sa mère elle est obligée de rentrer en urgence après que Juliette, médecin urgentiste par ailleurs, lui dit qu’il va très mal.

Et le vendredi 6 mai avec l'accord de la famille les médecins arrêtent les machines. Pendant qu’elles font les démarches, Kirstin et les filles apprennent que le père était couvert de dettes au point de devoir renoncer à l’héritage.

Troisième jour : lundi 11 janvier 2016 - …

David Bowie est mort et Hélène se souvient qu’au lieu d’aller voir Bowie en concert sa mère l’avait emmenée au dernier moment voir un opéra de Mozart. C’était Anne qui était allée seule entendre Bowie. Les deux sœurs ont pu renouer quelques liens quand Anne a eu un cancer du sein qu'elle est venue traiter en France peu après la mort de leur mère...

 

On aura compris que ce roman parle beaucoup de mort et de remords. Hélène et ses sœurs perdent leurs parents à un an d'intervalle tandis que David Bowie est "réellement" mort le 11 janvier 2016.

C'est une "histoire" de famille où rien n'a été simple et ces morts permettent de revivre les moments forts de ces relations distendues.

Je me dois d'avouer que ce roman m'a peu convaincu. Je n'y ai pas appris grand chose.

J'ai lu ce roman dans le cadre du "match de la rentrée littéraire" organisé par "Price Minister".

Ce livre ne m'a pas inspiré une chronique créative car je l'ai lu sans enthousiasme.

Dommage.

Toutefois, si vous aimez les histoires de famille ce roman vous plaira sans doute, mais si vous êtes fan de David Bowie vous serez déçu(e) par ce roman qui parle bien peu de lui.

Denis

 

P.S. : Suite à ce compte rendu j'ai eu l'occasion d'échanger quelques idées au sujet de ce roman avec Sonia David.

Ainsi, je lui ai donné un "droit de réponse" qui est en fait un éclairage de l'auteure sur son roman que je vous livre tel que l'a écrit Sonia, que je remercie d'avoir "joué le jeu" :
 

 

"Répondre à la critique mitigée de Denis Lecomte. Voilà un sacré défi. Je me sens là  comme l’amoureuse éconduite tentant à coup de mots de convaincre l’autre de l’aimer quand même, de l’aimer malgré tout quand évidemment il n’est pas question d’argument, mais bien de sentiment. L’exercice est d’autant plus délicat que je comprends très bien, oui vraiment très bien, que mon livre puisse laisser froid. Et pourquoi pas? Une lecture c’est une rencontre, et on ne peut pas rencontrer tout le monde, n’est-ce pas. Il n’empêche: moi il me plait beaucoup mon roman ! Pour le coup, lui et moi nous sommes bien trouvés. Normal, me direz-vous, j’ai essayé de l’écrire à l’image de mes espoirs, d’évoquer la vie bien plus que la mort, l’apaisement né du chagrin, l’humour qui gagne la partie, et la famille, vivier sans fond de familiarité et de mystère, d’évidence et de complexité. 

 

Et David Bowie dans tout ça? Ah, David !

Bien sûr, il n’est pas question d’une biographie, là-dessus la couverture du livre ne prête pas à confusion: David Bowie, c’est un membre du souvenir à part entière, un révélateur de nostalgie, une nostalgie avec cheveux rouges." (Sonia David) 

 

Il ne vous reste plus qu'à lire ce roman à présent et n'hésitez pas à laisser un commentaire qui donnera un autre regard, celui du lecteur (ou lectrice mieux encore car je crois sincèrement que ce roman parle plus aux femmes qu'aux hommes)

 

David Bowie n'est pas mort de Sonia David (Robert Laffont)   #MRL17
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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 15:56
La zone des murmures de Natacha Nisic (Tohubohu Editions)

mLa zone des murmures de Natacha Nisic

(Tohubohu Editions -  295 pages - août 2017)

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Tout commence par un signalement : "Femme de type européen, âgée de 42 ans au moment de sa disparition, 1,69 m, poids 53 kilos, corpulence fine, yeux gris-vert, cheveux bruns et longs".

 

Lise et Frankie décident de passer le week-end prolongé du 15 août ensemble dans les montagnes du Sud est de la France, les Alpes de Haute-Provence, loin du monde, sans téléphone et autres accès au monde extérieur. Juste un appareil photo numérique non communiquant. Un début de flirt et les voilà sur l'horrible D 717 détériorée.

Une chose est sûre, ils sont isolés comme ils l’espéraient. Mais l'angoisse monte vite en Lise surtout qu'il fait horriblement chaud et que des insectes viennent s'attaquer à leur pare-brise.

Cette scène est assurément un clin d'œil aux "oiseaux" de Hitchcock.

Ils se sont connus à "The Web Agency" près du père Lachaise dans une entreprise innovante où Lise travaillait déjà quand Frankie a été embauché. Ils sont plusieurs employés. Le Boss appelé « l'autre », au premier étage et eux au sous-sol. Des heures de travail à n’en plus finir mais une bonne ambiance finalement où il est bon d’être innovant et imaginatif.

Frankie a utilisé la technologie de l'entreprise pour restituer au mieux la voix de sa mère dans le dernier entretien qu’il a eu avec elle avant qu’elle ne disparaisse quand il avait douze ans. Lise comprend soudain que ce voyage n'est pas un hasard. Frankie revient sur les traces de son passé ici dans les Alpes de Haute- Provence. Le hameau "le Poil" a disparu. Ils se dirigent à pied par un chemin difficile vers l’observatoire abandonné du mont Pelé où il dit être sûr qu’ils pourront y dormir. En route ils arrivent à une maison presque insalubre où vivent deux sœurs âgées et étranges, retirées du monde.

On va vite comprendre que l'on est entré dans la "zone des murmures".

Tout "explose" alors. On entre dans la nuit, le vertige où plus rien n'est certain. Tout s'efface, s'embrume. Rêves, cauchemars, frontière entre réel et imaginaire. C'est un nouveau monde intérieur qui s'offre aux deux amis.

Tout au long du roman, pendant que Lise nous raconte ces trois jours, en voix off, pourrions-nous dire, Frankie se rappelle son passé ici dans cette contrée aride et sauvage : disparition brutale de la mère, accident mortel du père, obligation d'aller vivre chez la tante à Paris, sœur de sa mère.

Quand Lise perd conscience du temps présent, c'est Frankie qui prend le relai de la narration.

 

C'est un roman dans lequel on oublie le réel et les certitudes. Je ne cacherai pas que par moments le lecteur ne sait plus où il est.

Seulement, voilà, à quoi cela sert la littérature? Vaste question? Une piste avec ce roman : c'est partir vers d'autres univers, loin de son présent et de la rationalité qui envahit nos vies. Un roman, c'est fait pour surprendre, dérouter le lecteur en lui donnant un vrai plaisir de lecture.

Eh bien, "La zone des murmures" nous fait entrer dans ce monde-là, de la littérature.

Natacha Nisic avec qui j'ai eu quelques échanges pendant ma lecture m'a écrit : "Je crois en effet qu'un des projets, avec ce livre, c'était que chacun puisse se raconter sa propre histoire, et s'interroger sur ce qui est réel, ou plutôt sur ce qui compte vraiment dans la vie, avec l'aide de la fiction, de la mémoire... et du virtuel".

Je ne vous ai bien sûr pas tout dit de l'intrigue et encore moins de sa "chute". Vous verrez vous serez surpris au terme de ces trois jours de "cavale", retour ou non vers le passé !

Vous aurez compris que j'ai beaucoup aimé ce roman qui a su me dérouter ! et le cartésien que je suis a aimé cette "zone des murmures" ! (Un beau titre en plus).

Merci à Charlotte de Tohubohu et à l'auteure de m'avoir permis de lire ce roman, le cinquième ouvrage de Natacha Nisic.

Bonne lecture,

Denis

La zone des murmures de Natacha Nisic (Tohubohu Editions)
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