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11 octobre 2018 4 11 /10 /octobre /2018 16:10
Article 353 du code pénal de Tanguy Viel (Editions de Minuit)

Article 353 du code pénal de Tanguy Viel

(Editions de Minuit - 174 pages - Juin 2017)

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Lire Tanguy Viel est toujours un plaisir. Ce livre en est un nouvel exemple.

7 livres en 20 ans montrent à quel point l'auteur entend peaufiner ses romans avant de les envoyer à son éditeur.Certains auteurs devraient s'en inspirer pour éviter cet encombrement de livres souvent peu intéressants.

Pairs-Brest en 2009 ou La disparition de Jim Sullivan en 2013, ses deux romans précédents avaient eu un beau succès mérité.

L'auteur revient avec ce roman qui fait référence à un article de loi.L'article 353 du code pénal :

" Sous réserve de l'exigence de motivation de la décision, la loi ne demande pas compte à chacun des juges et jurés composant la cour d'assises des moyens par lesquels ils se sont convaincus, elle ne leur prescrit pas de règles desquelles ils doivent faire particulièrement dépendre la plénitude et la suffisance d'une preuve ; elle leur prescrit de s'interroger eux-mêmes dans le silence et le recueillement et de chercher, dans la sincérité de leur conscience, quelle impression ont faite, sur leur raison, les preuves rapportées contre l'accusé, et les moyens de sa défense. La loi ne leur fait que cette seule question, qui renferme toute la mesure de leurs devoirs : " Avez-vous une intime conviction ? ". "

 

Et c'est là l'un des grands intérêts de ce livre :  comment le juge d'instruction va réagir au récit de Martial Kermeur? Sera-t-il sensible au contexte du meurtre dont est accusé cet homme? Qui est le"salaud" dans cette affaire?

La victime s'appelle Antoine Lazenec, un promoteur immobilier,venu dans le village acheter le château et ses deux hectares de parc. Martial y travaillait, c'est dire que le chômage le menaçait. Lazenec lui a proposé d'acheter un des logements qu'il allait construire. Seulement, le temps a passé et rien n'est venu alors que Kermeur et une trentaine d'autres "pauvres gens" ont payé pour rien !!!

 

Donc vous êtes revenu seul, a dit le juge.
Oui, on était deux et puis voilà, je suis revenu seul.
Alors vous savez pourquoi vous êtes là.
Oui.
On a retrouvé le corps ce matin.
Je sais.
Le mieux, a dit le juge, ce serait de reprendre depuis le début... (page 15)

Et tout défile du passé de Martial, entre divorce, vie avec un flls devenu "délinquant" en lien avec cette affaire, chômage et "ruine financière".

Contexte compliqué pour un homme qui avait tout pour être un "bravetype", sans histoire.Il était même membre du conseil municipal et tout a changé dans ce petit coin tranquille du bord de mer avec l'arrivée d'Antoine Lazenec.

 

Pas un mot de trop.Tout est parfaitement maîtrisé par l'auteur et donne un réel bonheur de lecture au lecteur.

Si vous ne connaissez pas Tanguy Viel plongez au plus vite dans son univers, vous en serez pas déçu et vous aurez lu un authentique auteur de très grande classe.

Bonne lecture,

Denis

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8 septembre 2018 6 08 /09 /septembre /2018 16:59
Une femme invisible de Nathalie Piégay (Editions du Rocher) - Rentrée littéraire été 2018

Une femme invisible de Nathalie Piégay

(Editions du Rocher - 347 pages - Août 2018)

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Louis Aragon (1897-1982) est né sous un nom d’emprunt par son père Louis Andrieux, notable, marié, préfet de police et homme politique controversé, qui ne l'a jamais reconnu. Il a vécu avec sa mère sans savoir pendant longtemps qu'elle l’était alors qu'on lui disait qu'elle était sa sœur : Marguerite Toucas-Massillon et que Claire, sa grand-mère était sa mère. Il l’a su de sa bouche même au moment où il est parti à la guerre en juin 1917. Il l’évoque dans trois poèmes et parle de son enfance dans « Le roman inachevé », sans plus.

Naïve, Marguerite a cru en l'amour et enceinte, elle décide de garder l'enfant bien qu'Andrieux lui ait dit qu’il ne le reconnaîtra pas. Elle accouche en un lieu inconnu qu'Aragon ne connaîtra jamais,puis rentre à Paris où la famille annonce que les parents de l'enfant sont morts dans un accident en Espagne et ils s'appelaient Aragon.

Elle continue à voir régulièrement Andrieux, sans oublier qu’il est le parrain de Louis.

Après Paris, elle s'installe à Neuilly pour être plus près d'Andrieux. Elle travaille sans le révéler à personne car elle ne veut pas dépendre de lui.

Louis Andrieux a officialisé la naissance de son fils en 1914 mais en faisant écrire sur l'acte de naissance «de père et de mère non dénommés ». Et Aragon devra attendre encore trois ans pour connaître enfin qui sont ses parents.

A partir du moment où Aragon, après guerre vit sa propre vie il devient très difficile de connaître celle de Marguerite.

Louis Aragon a renoncé à être médecin et s'affiche avec les dadaïstes et Breton, ce qui ne plait ni à Marguerite ni à Andrieux. Il est tout de même parti en vacances en Autriche en 1922 avec sa mère, ce qu'il a raconté dans « Aurélien ».

Claire, sa grand-mère, meurt en 1930 et Andrieux, veuf, se fait bien vieux mais Marguerite est comblée d’être plus longtemps à ses côtés. Elle recopie son travail d’écriture dont il a plus de temps pour s'occuper dès lors où il a quitté la vie politique. Mais il meurt en 1931, adulé malgré ses erreurs du passé.

Marguerite a traduit des romans policiers et a publié plusieurs romans dans les années 30 à l'insu de de son fils. Ce sont surtout des romans à l'eau de rose et elle traduit des livres de l'anglais.

En 1940, alors que son fils réussit à survivre au désastre de Dunkerque, elle fuit Paris pour s’établir à Cahors qui va être son dernier lieu de vie. L'écrivain est allé à son enterrement à Cahors pendant la deuxième guerre mondiale.

 

Ce récit en forme d'enquête est mené avec beaucoup de finesse et de ténacité par Nathalie Piégay, enseignante de littérature moderne et contemporaine à l'Université de Genève, spécialiste de Louis Aragon.

Car il paraissait cohérent que d'avoir étudié Louis Aragon pendant de nombreuses années mène à connaître les origines de l'auteur. On aura bien compris avec ce livre que cette femme "invisible", car toujours effacée tant par son amant que par son fils méritait d'être mise en lumière. Une lumière en clair obscure tant on sait peu de choses sur elle après la majorité de son fils.

 

Comme une enquête "policière", l'auteure part sur les traces de cette femme qui nous devient familière et attachante au fil de ces pages. Un beau combat de femme pour s'émanciper sans le paraître.

Nathalie Piégay a lu les livres de Marguerite mais ceux-ci, "insipides", n'apprennent rien sur elle, car elle s'est bien protégée, inventant des histoires d'amour sans aucun lien avec de quelle était.

 

Les amateurs de littéraire ne peuvent qu'aimer ce livre que je conseille vivement.

 

Merci aux Editions du Rocher de m'avoir adressé ce livre.

Bonne lecture,

Denis

 

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24 août 2018 5 24 /08 /août /2018 16:47
L'âge d'or de Diane Mazloum (JC Lattès)

L'âge d'or de Diane Mazloum

(JC Lattès - 336 pages - août 2018)

(Livre de la rentrée littéraire été 2018)

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13 dates, une par année entre le mardi 6 juin 1967 et le lundi 22 janvier 1979, qui ont marqué l’histoire du Liban.

Georgina, 14 ans en 1967, libanaise ; Roland, même âge, libanais ; Ali Hassan, 25 ans, palestinien et quelques autres dont Yasser Arafat ou Bob Amis, agent de la CIA viennent s’intégrer dans le roman, montrant l’alliance entre Histoire et fiction, « pour donner au récit un ancrage réaliste » ce que précise l’auteure en préambule à « L’âge d’or ».

Le contexte historique montre l’implication du Liban dans le « terrorisme » puis dans le projet de l’OLP d’Arafat de parvenir par la négociation à la reconnaissance de la Palestine. Ceci conduira le Liban dans la guerre civile

Les personnages fictifs que sont Georgina ou Roland permettent « d’humaniser » cette période historique. Georgina rêve d’être chanteuse et mannequin ; Roland l’aime mais comprend vite qu’il n’a pas les mêmes ambitions. C’est un « âge d’or » libanais qui au fil des mois sombre dans la « dépression ». Ali Hassan se montre virulent, recherché par le MOSSAD et il est au cœur du terrorisme tout en étant le bras droit d’Arafat.

Il ne faut pas s’effrayer de ce contexte politique car l’auteure sait rester accessible dans ses explications et elle sait très bien restituer l’ambiance à Beyrouth à cette époque. C’est là que le lecteur se laisse emporter et plonger dans un univers du passé qui reste hélas d’actualité.

Une lecture attentive à avoir bien sûr mais au style fluide et « charmeur ».

 

Un livre à recommander et lu dans le cadre de la rentrée littéraire de la Librairie La Buissonnière à Yvetôt (Seine Maritime)

Bonne lecture,

Denis

L'âge d'or de Diane Mazloum (JC Lattès)
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9 août 2018 4 09 /08 /août /2018 15:27
La tresse de Laetitia Colombani (Grasset)

La tresse de Laetitia Colombani

(Grasset - 222 pages - mai 2017)

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Trois femmes sur trois continents forment la trame de ce roman. On les suit alternativement au fur et à mesure de l'avancement de leur aventure.

Nous avons tout d'abord Smita, une indienne "intouchable" dont le métier est de vider les toilettes chaque jour à main nue, ici à Badlapur, où il n'y a pas de sanitaires. Comme elle n'a pu recevoir d'éducation de par son statut, elle a décidé que sa fille Lalita ira à l'école. Seulement, ce n'est pas si simple. Elle a beau avoir payé la scolarité de sa fille, le brahmane traite la fillette en "domestique" et lui a demandé de balayer l'école, ce que l'enfant a refusé.

Le mari de Smita , lui, est chasseur de rat et son revenu est de les ramener à la maison pour les manger. Mais, à la différence de sa femme, il ne veut pas changer sa vie ni celle de sa famille. Il ne reste alors aucune autre alternative à Smita que de partir avec sa fille et de traverser le pays pour retrouver de la famille et espérer un meilleur sort...

 

La deuxième femme est Giula. Elle vit à Palerme et travaille à l'atelier de son père, dont le métier est de faire des perruques à partir des chutes de cheveux. Elle dévore les livres pendant ses temps de loisir et se sent bien célibataire. Mais le "papa" a eu un accident avec son Vespa et est entre la vie et la mort.

Giula aperçoit un étranger malmené par des gendarmes. Elle revoit l'homme au turban à la bibliothèque et lui propose un livre à lire. Elle le revoit le lendemain et sent que quelque chose est en train de se passer entre eux et débute alors un amour clandestin. Mais son grand tracas est l'avenir de l'atelier, d'autant qu'elle découvre que l'affaire est au bord de la faillite.

 

La dernière femme s'appelle Sarah. Elle vit à Montréal et est avocate associée. Elle a bien séparé sa vie de mère de trois enfants : une fille et deux jumeaux. Mais son travail l'absorbe de plus en plus et elle a su, en tant que femme, s'imposer dans ce monde très machiste. Seulement, pendant une plaidoirie elle est victime d'un malaise. Elle se retrouve aux urgences et une série d'examen concluent à un cancer. Elle ne dit rien au bureau et réussit à se faire opérer puis à suivre un traitement post-opératoire sans en parler. Ses collègues pensent qu'elle a un amant, d'où ses absences régulières. Seulement, un jour, sa collaboratrice directe se retrouve dans la même salle d'attente que Sarah, pour y conduire sa mère. Le "mystère" se révèle au grand jour et les ennuis commencent pour elle !

 

Un lien va se faire entre ces trois femmes que la fin du roman nous révélera.

 

Ce premier roman de Laetitia Colombani, née en 1976, par ailleurs actrice et réalisatrice,  a eu un grand succès à sa sortie, mérité. Son écriture est fluide et ses trois histoires se lisent avec grand intérêt. On fait des allers-retours entre l'Inde, l'Italie et le Canada pour s’imprégner de la vie de chacune, en leur propre combat. Un combat de survie et d'espoir en un futur meilleur.

A lire absolument.

Bonne lecture,

Denis

La tresse de Laetitia Colombani (Grasset)
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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 07:00
Rue Blondel de Valéry Sauvage (HD - Ateliers Henry Dougier)

Rue Blondel de Valéry Sauvage

(HD - Ateliers Henry Dougier 

collection "Littérature" - mai 2018 - 123 pages)

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Cela fait plus de vingt ans, en 1972, que Lucienne fréquente le bar de la rue Blondel à Paris, quartier de Strasbourg-Saint-Denis, le Select. Elle y boit son verre de blanc et on l'appelle Lulu ici.

Seulement aujourd'hui est un jour particulier  : il y a l'information d'un changement de propriétaire et de fait les propriétaires du bar partent en retraite et ont vendu leur affaire.

Lucienne fait alors défiler ses souvenirs.

En 1947, elle avait quinze ans et vivait avec sa mère Josette, prostituée, soumise à son mac Raoul, ultra violent. Il viola Lucienne et brutalisa sa mère si bien que la jeune fille le tua. Elle fut condamnée à cinq ans de prison et en sortit après trois ans pour bonne conduite. Trois ans de mutisme.

De retour chez elle, Lucienne n'a pas d'autre solution que de se prostituer et elle est postée rue Blondel. Elle n’a plus de joie de vivre avant de rencontrer une sœur à l’hôpital qui lui redonne ce goût. Elle devient alors actrice de sa vie et elle s’épanouit même dans ce métier là. C'est à ce moment-là qu'elle vient boire son verre le midi au Select de la rue Blondel.

Maurice est devenu apprenti serrurier ce qui lui a permis d’aider un ami à faire des cambriolages le conduisant à aller en prison deux ans.

Quand Maurice sort de prison il vit de petits boulots et se lance dans la boxe. Mais surtout il a repéré Lulu et grâce aux gains de ses combats de boxe s’offre des après midis heureux avec elle. Et il replonge pour 15 ans cette fois pour un braquage de bijouterie qui tourne très mal.

Edmond, lui, après son bac a voyagé notamment en Grèce où il a connu le grand amour avec Angeliki.

Maintenant, on est en 1956, et c'est Edmond qui s’intéresse à Lulu et revient souvent prendre du plaisir avec elle. Elle devient vite sa confidente. Il s’ennuie dans son emploi et décide de postuler à la poste où il est pris ce qui lui permet de partir soulagé de l’assurance.

Trois destins qui se croisent, qui s'aiment et vivent beaucoup dans la mélancolie et la difficulté de vies plutôt ratées.

 

L'auteur sait nous attacher à ces "paumés" et nous fait voyager dans le temps entre 1947 et 1972. 25 années qui montrent les changements fondamentaux de mode de vie.

Seulement, Lulu, Momo et Edmond n'ont pas vraiment pris le train de la "modernité" et ils restent figés dans leur triste vie, même s'ils font tout pour que cela change. Ils retombent inlassablement dans leurs travers et leur mélancolie.

L'espoir est-il au bout du chemin?  On l'espère pour eux... 

Un très beau court roman en 24 chapitres et un épilogues qui égrènent les années autour de cette rue Blondel dans ce quartier de Paris où il faut s'imposer pour survivre et tenter de s'y épanouir.

Merci à Nadia de m'avoir envoyé ce roman envoûtant, tellement "vrai" et vibrant.

HD - Ateliers Henry Dougier présente ainsi, sa collection : 

Littérature :

Un personnage, un lieu, une époque, un récit inspiré …

Rue Blondel de Valéry Sauvage (HD - Ateliers Henry Dougier)
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21 avril 2018 6 21 /04 /avril /2018 16:18
Faire mouche de Vincent Almendros (Editions de Minuit)

Faire mouche de Vincent Almendros

(Editions de Minuit - mars 2018 - 127 pages)

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Troisième roman de Vincent Almendros après "Ma chère Lise" (2011) et "Un été" (2015), publié chez Minuit.

Le narrateur, Laurent, revient dans son village, Saint-Fourneau, pour le mariage de sa cousine Lucie. Il arrive avec  Claire.

Revenir sur les lieux de son enfance ne l'enthousiasme pas et surtout de revoir sa mère. 

Mais son oncle, Roland, va mourir prochainement de maladie. C'est pourquoi Laurent a accepté ce retour aux origines. C'est d'ailleurs l’oncle qui les accueille. Claire est alors devenue Constance pour les présentations.

Le narrateur explique à Claire qu'il a quitté cette maison à dix ans pour aller vivre chez ses grands-parents après que sa mère "aurait" essayé de l'empoisonner en lui donnant à boire un verre d'eau de javel.

La rencontre avec la mère se passe plutôt bien.

Luc, le frère de Constance, appelle Laurent qui lui avoue qu'elle n'est pas avec lui. Il n'ose pas avouer qu'ils sont séparés. Il ne dit donc pas que Claire est avec lui.

Laurent voit Lucie avant le mariage et elle lui ressasse les vieilles histoires de famille autour des empoisonnements de sa mère...

 

Derrière des phrases simples qui claquent pour nous dire la réalité d'un moment de retrouvailles complexes comme cela arrive souvent dans les familles. Peut-on espérer que ces moments vont être relâchés ou tendus?

Et puis pourquoi Constance est devenue Claire? 

120 pages dans le style très "Editions de Minuit" où tout se dit et évolue sans circonvolutions pour aller à l'essentiel sans lasser le lecteur et en sachant mener le suspens avec brio.

Il y eut un moment de flottement, quelques secondes durant lesquelles tous deux hésitèrent à se serrer la main. On ne pouvait désormais plus revenir en arrière. Je me demandai si ce que nous étions en train de faire n'était pas vain ou bien complètement idiot. Mais, quand Claire avait une idée, on ne pouvait plus l'en détourner. Et puis, soyons honnête, ça m'arrangeait bien. (page 24)

Faire mouche de Vincent Almendros (Editions de Minuit)
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11 mars 2018 7 11 /03 /mars /2018 17:20
Dans la jungle d'Agnès Vannouvong (Mercure de France)

Dans la jungle d'Agnès Vannouvong

(Mercure de France - 2016 - 113 pages)

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Je ne connaissais pas du doute Agnès Vannouvong avant de découvrir ce roman à la bibliothèque du Havre.

"Dans la jungle" est son troisième roman et elle avait publié en 2010 un essai sur Jean Genet avant ce livre.

Et j'ai beaucoup aimé ce livre, que ce soit le style et le ton de la narration. Pas de circonvolutions. L'histoire se déroule avec limpidité et on suit ainsi May.

Qui est May? Une femme de cinquante ans qui se retrouve seule, après que son mari l'a quittée et que ses enfants suivent leur vie d'adultes. Un ami très cher, Stéphane, est mort d'un accident de moto en Thaïlande. Alors, elle décide de partir là-bas, sur les traces de son ami et de sa famille. Elle avait quitté le pays en guerre quand elle était bébé.

Ainsi débute le roman :

 

Les portières claquent, le jour se lève, les oiseaux gueulent. Une jungle épaisse, dense, profonde encercle deux ombres. La marche est laborieuse. Il faut regarder où l'on met les pieds, c'est fou ce qu'on peut se faire engloutir, disparaître aisément, tomber dans un trou, un ravin, une absence, mourir tranquille.

May avait tout prévu pour que le voyage se passe du mieux possible. Comme Stéphane lui avait laissé un bel héritage, elle a pu s'offrir avec l'appui d'une agence de voyage un circuit taillé sur mesure.

Son guide s'appelle Say. Il connait parfaitement la jungle et a connu Stéphane. Il la mène, comme prévu au contrat, jusque sur les lieux de l'accident de Stéphane, puis il conduit May au village où elle est née, environ cinquante ans plus tôt. Elle y retrouve des membres de sa famille puis elle part pour Bangkok. 

Après ces jours de jungle, c'est pour elle un retour à la civilisation mais son but ultime est d'aller sur l'île où a vécu quelque temps Stéphane. Là, il a connu l'amour, celui qu'il refoulait en lui depuis si longtemps...

La quête de May est celle des origines. Elle ne sait pas trop ce qu'elle cherche au fond d'elle-même. Pourrait-elle venir vivre ici, loin du monde moderne? Et pour ce qui concerne Stéphane, était-ce réellement un accident?

Autant de questions à espérer résoudre pour May?

May contemple une photo de son ami prise devant la maison de Say. Il se tient contre un palmier et regarde droit l'objectif, les yeux fixes, la peau très blanche. May demande au guide si Stéphane était heureux à ce moment-là. Il dit que oui. Elle a une intuition, elle ne peut l'expliquer, il n'est pas mort sur cette route. (Page 51)

Les énigmes s'enchaînent. May observe beaucoup le paysage pour s'en imprégner. Pour retrouver des odeurs, les plantes... qui sont aussi les siennes...

Vous aurez pu constater la limpidité du style au travers de ces deux extraits.

Un très beau texte à lire.

Bonne lecture,

Denis

Vous pouvez vous procurer le livre sur bookwitty. (Livraison gratuite)

 

Dans la jungle d'Agnès Vannouvong (Mercure de France)
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10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 16:33
Ce qui se dit la nuit d'Elsa Roch (Livre de Poche - Thriller)

Ce qui se dit la nuit d'Elsa Roch

(Le livre de poche - Thriller - 285 pages - février 2018)

Première édition : Calmann-Lévy (2017)

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Amaury Marsac s'est vu écarter d'une affaire policière en cours. Il reçoit une lettre de Manon, la soeur d'Elsa qui l'invite à venir lui rendre visite.

Il se décide à se rendre chez Elsa, son ancienne amie et amour de jeunesse. Elle vit avec son compagnon Christophe et sa sœur Manon.

Elsa, psychologue, est en burn out et se retrouve comme Marsac dans une période difficile de sa carrière professionnelle.

Marsac dort à l’hôtel et apprend par la télé qu'une vieille femme a été tuée chez elle dans ce coin tranquille de son enfance. Il décide de se rendre sur les lieux et y retrouve un ami d'enfance devenu comme lui commissaire de police, Batthe. 

Marianne qui vient d'être assassinée de manière barbare, Marsac l'a connue quand il était enfant. Il l'aimait beaucoup. Qui a pu la tuer ? Un de ses fils peut être ? Ils sont très violents quand ils ont bu. Sans être écarté de l'enquête on lui fait comprendre qu’il doit être très discret. Batthe n'a pas envie de l'avoir dans ses jambes surtout qu’il est amoureux d'Elsa et le voit comme un concurrent.

Manon fait de graves crises régulièrement et il faut faire avoir. Elle a toujours aimé Marsac et aime en le retrouvant ainsi se blottir près de lui pour se rassurer de ses angoisses et crises régulières.

Marsac s'est vu adjoindre un jeune lieutenant Coffe et ils vont ensemble interroger les plus bourrus du village tel le Maître ou Henry Baranger.

L’autopsie révèle que Marianne a bu une substance qui pourrait l'avoir tuée avant même d’être égorgée.

Marsac est le seul à savoir qu’elle a été internée à Auschwitz quand elle avait cinq ans. Il s’en confie à Coffe. Ils ont vu des gars tatoués et bizarres dans un bar d’ici. Pourrait-il y avoir un lien ?

 

On suit pas à pas l'enquête qui se déroule du lundi au samedi. 5 jours pour découvrir ce qui s'est tramé dans ce village.

Un premier roman tout en finesse qui joue avec les règles du thriller nous laissant avancer au rythme de Marsac, Manon et Elsa, un trio qui s'est reformé le temps d'une semaine de crise majeure où la violence est présente presque à chaque coin de rue.

L'auteure a toujours voulu qu'une de ses héroïnes se prénomme Elsa mais elle précise que ce n'est pas elle qu'elle a mis en scène ici, même si, comme elle, elle est psychologue.

 

Pour ceux qui auront aimé cette atmosphère d'angoisse psychologique forte avec un Marsac qui a le calme  du flic chevronné, le nouveau roman d'Elsa Roch vient d'être publié chez Calmann-Lévy "Oublier nos promesses"

A suivre donc...

Une très belle découverte et une magnifique rencontre avec l'auteure en février à Fleury sur Orne dans le cadre du salon du polar  Bloody Fleury.

 

Bonne lecture,

Denis

Ce qui se dit la nuit d'Elsa Roch (Livre de Poche - Thriller)
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13 décembre 2017 3 13 /12 /décembre /2017 17:16
Ma reine de Jean-Baptiste Andrea (L'iconoclaste)

Ma Reine de Jean-Baptiste Andrea

(L'iconoclaste - août 2017 - 222 pages)

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Ce premier roman a déjà reçu plusieurs prix : Prix du Premier Roman de la Forêt des Livres / Prix Femina des Lycéens / Prix "Envoyé par La Poste".

Ces prix sont mérités tant ce livre est original, merveilleusement bien écrit et rafraichissant au bon sens du terme dans ces périodes où l'on a souvent l'impression que "le rêve", "le romantisme" sont à mettre dans la colonne des "périmés".

Nous sommes au début de l'été 1965. Le narrateur, dont on ne connaitra pas le prénom, a douze ans. On est dans la vallée de l'Asse, région oubliée, où survit une vieille station service. C'est là que le garçon habite avec ses parents. Sa sœur, plus âgée que lui de 15 ans, vit sa propre vie. Alors, il s'ennuie car il n'a pas d'amis et a arrêté d'aller à l'école. Un jour, il a trouvé des cigarettes dans les WC de la station et a failli mettre le feu avec ses allumettes.

Ses parents, trop vieux, ne peuvent plus assurer l'éducation de leur fils. Ils demandent à leur fille de s'occuper de son frère. Mais lui n'entend pas accepter et se décide de "partir à la guerre"

J'avais un plan. A la guerre, je me battrais, on me donnerait des médailles, je reviendrais et là, tout le monde serait bien forcé d'admettre que j'étais un adulte, ou tout comme. A la guerre on pouvait fumer, on levoyait tout le temps à la télé, et le mieux c'est qu'on ne risquait pas de mettre le feu, vu que là-bas tout est déjà en feu. La seule chose qui m'ennuyait, c'est que les soldats avaient l'air sales, je n'étais pas sûr que ça me plairait.

Et une nuit, il part. Durant la nuit, il fait une chute et perd l'arme qu'il avait dérobée à son père en partant. Quand il se réveille le matin, il voit une jeune fille frêle, Viviane, qui lui dit quelques mots et lui promet de revenir très vite.

Il entend continuer sa route mais préfère tout de même attendre son retour. Et elle revient. C'est alors qu'elle se déclare être "sa reine". Il devra lui obéir sans faille et surtout ne jamais chercher à savoir où était situé son chateau.

Entre deux visites, il égrène ses souvenirs et se concentre sur la Nature qui l'entoure.

Quand Viviane va cesser de venir le voir sans qu'elle sache ce qui en est la cause, il rencontre le berger Matti et passe plusieurs semaines en sa compagnie dans sa bergerie.

 

Viviane reviendra-t-elle? Arrivera-t-il à échapper aux gendarmes qui le recherchent? Ira-t-il à la guerre? Rentrera-t-il chez lui? Rêve-t-il?

 

Telles sont les questions que l'on se pose au fur et à mesure que le roman avance.

En résumé, beaucoup de fraîcheur et d'esprit de liberté dans ce roman qui se laisse lire avec grand plaisir. L'originalité de l'histoire est ce qui marque le plus. On se met dans la peau de ce jeune garçon maladroit qui croit en l'avenir. N'oublions pas que l'on est en 1965, dans ce qui est pour nous un "monde d'autrefois" où la technologie n'est pas encore au centre de nos vies.

C'est d'ailleurs peut-être cela qui donne de la liberté? Ne pas être asservi au quotidien et à ce qui nous attache à ce monde !

Un livre à lire absolument.

L'auteur est par ailleurs réalisateur et scénariste.

Denis

Ma reine de Jean-Baptiste Andrea (L'iconoclaste)
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26 novembre 2017 7 26 /11 /novembre /2017 17:06
Le mystère Walter Boehmer de Norman Ginzberg (Editions Privat - Polar)

Le mystère Walter Boehmer de Norman Ginzberg

(Editions Privat - Collection Polar - 415 pages - octobre 2017)

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"Le mystère Walter Boehmer" est le 4e roman de Norman Ginzberg, flls d'un soldat américain dont il a rendu hommage dans son livre "Omaha", puisqu'il y a débarqué le 6 juin 1944.

Norman Ginzberg a été journaliste avant de créer une entreprise de conseil en communication et de s'installer dans le Gers.

Son nouveau roman qui parait dans la "collection polar" des Editions Privat est très "bluffant" et relève du "polar historique", encore que le terme "polar" est à prendre ici au sens d'une "enquête" autour de meurtres dans un contexte de guerre.

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Le narrateur, Spencer Schullmann, voit débarquer chez lui le matin du 8 mai 1975 un drôle de type. Il s’aperçoit qu’il s'agit d’un allemand en uniforme de la Wafen SS. Il appartenait au régiment Der Führer de la division Das  Reich. Le jour du trentième anniversaire de la fin de la guerre, c'est largement cohérent même si c’est de mauvais goût de s’habiller en soldat allemand. Sauf que le type s’appelle Walter Boehmer et qu'il dit venir de s’évader de la ferme voisine, les Garrigues, où il est resté prisonnier jusqu’à ce qu’il s'en évade aujourd’hui.

Pour lui la guerre n'est pas terminée. Sidération !

Et quand le narrateur lui parle d’aujourd’hui Walter comprend que la guerre continue sous forme de guerre froide et que sa région d’Allemagne la Poméranie est sous domination russe. Or il a été traumatisé par les combats menés sur le front Est tandis qu’il à beaucoup aimé la période en France avant d’être fait prisonnier.

Le narrateur ne l’entend pas ainsi où ici tous ont souffert des atrocités de l'occupant.

Spencer se rend chez les Garrigues qui confirment tout ce qu’a dit Walter. Il les fait trembler en leur disant qu’il va tout dévoiler dans le journal local puisqu’il y est journaliste et qu’il va également en faire un livre.

La situation reste intenable avec cet ancien S.S. au passé forcément trouble avec le risque de perdre Rebecca qui, repoussée pendant deux jours finit par débarquer à la ferme et apprenant la vérité dit à Spencer de choisir entre elle et Walter. Mais l'allemand à entrepris des travaux et dit qu’il ne partira que quand tout sera achevé dans quelques semaines.

Spencer décide d’enquêter lui-même sur le passé de Walter qui semble avoir été présent lors de la tuerie de Roquefabre le 7 juin 1944 : 10 fusillés pour l'exemple devant le village atterré. Deux gamins ont été assassinés ensuite pour avoir insulté les « boches » sans oublier une femme enceinte tabassée...

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Comme me l'a dit l'auteur rencontré début novembre à la Foire du Livre de Brive-la-Gaillarde, on n'est pas au bout de ses surprises en lisant ce livre. J'en étais à la page 40 lors de notre entretien, c'est dire qu'en effet on est happés par cette folle histoire d'un type qui revient au monde sans savoir qu'il s'est passé tant de choses en 30 ans ! Et qui plus est qui se dit de bonne foi en disant qu'il n'a pas le souvenir d'avoir commis des atrocités alors que tout l'accable : l'uniforme, le lieu où il a été arrêté à l'époque...

Je n'en dis pas plus mais ce roman est très bien écrit, l'histoire est bien menée et on se laisse emporter dans le tourbillon de l'Histoire de la fin d'une guerre immonde...

Le roman débute ainsi :

 

8 mai 1975. Comme chaque lendemain de cuite, je n'étais pas d'humeur à parler. Ca tombait bien, j'étais seul en ce matin gris. Personne à qui causer. C'est tout juste si j'ai salué d'un signe de la main Castor et Pollux, mes deux ânes gris qui pâturaient près du verger. Je me suis assis dans un vieux fauteuil en rotin sur la terrasse et ai posé mon regard aussi vide que mon cerveau sur la vallée de la Gimone plongée dans le brouillard.

Merci à Céline des Editions Privat de m'avoir adressé ce très bon livre et à l'auteur avec qui j'ai pu avoir un échange très intéressant.

D'ailleurs, je lui ai proposé un entretien par Internet au sujet de son roman. A suivre de près...

Bonne lecture,

Denis

Le mystère Walter Boehmer de Norman Ginzberg (Editions Privat - Polar)
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