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7 juillet 2019 7 07 /07 /juillet /2019 16:21
Les villages verticaux de Toufik Abou-Haydat (Le laboratoire existentiel)

Les villages verticaux de Toufik Abou-Haydar

(Le laboratoire existentiel - mars 2019 - 196 pages - collection l'Illuscript)

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L'éditrice Anne-Ségolène Estay a pris beaucoup de soins pour l'édition de ce roman, "illustré" des mains de l'auteur Toufik Abou-Haydar.

Il faut le signaler, tellement c'est devenu rare de trouver des livres agréables à tenir en main. C'est tout le mérite de ce "laboratoire existentiel", énigmatique nom pour un éditeur. Si vous cliquez sur "laboratoire existentiel" vous saurez tout sur ces deux mots mis en harmonie.

"Illustration" au cœur du livre et "artisanat" au centre de ses préoccupations peuvent être annoncés comme slogan qui prend tout son sens quand on tient le livre en main.

J'ai noté quelques imperfections dans le texte, toutefois, globalement j'ai apprécié l'histoire de ce roman sur fonds historique.

 

Quand Aïda était enfant, une voyante lui prédit qu'elle se marierait avec un prince charmant. 

Elle l'a attendu en vain et au moment de sa puberté, elle pouvait être mariée à tout moment selon les coutumes de son pays. Mais comme elle était belle, elle a dû se voiler pour cacher son visage. Et puis, un jour, dans la campagne, elle a été violée ce qui accéléré le cours de sa vie : il fallait absolument se marier pour effacer la "honte", ses parents devant même partir au Liban.

Aïda a tout perdu dans cette dramatique affaire : ses racines et sa famille.

Et puis, en février 2015, tout bascule en Syrie et dans le village d'Aïda. Son mari est arrêté et un médecin français, Marteneau, vient s'installer pour soigner les djihadistes.

Elle est obligée de se marier au mokhdar mais comme il veut s'assurer qu'elle n'est pas enceinte, il la met en "isolement" pendant 100 jours sous le contrôle de sa première femme, Tahiya.

Son histoire du "prince charmant" lui revient comme un boomerang quand on lui donne à lire "La princesse endormie".

Les cent jours arrivent à leur thème mais sa liberté n'est que conditionnelle et elle n'a qu'un espoir, c'est de s'échapper d'ici et de rejoindre sa famille au Liban.

Plusieurs personnes dont Tahiya vont tout faire pour que son espoir puisse devenir réalité.

Débute alors, une sorte de "road-movie" à travers le chaos syrien.

Comme l'annonce la 4e de couverture : "Quoi que tu fasses, le boomerang finit toujours par revenir dans ta main".

 

Un roman et plus encore un éditeur à découvrir.

Merci à Anne-Ségolène Estay de m'avoir adressé ce roman. J'avais dit que je serais honnête, donc je répète que ce roman a des défauts, avec des coïncidences de rencontres, par exemple, qui font penser aux contes. Mais, finalement, ce roman est peut-être un conte ! Je n'y avais pas pensé avant d'écrire ces lignes, tellement ce livre s'inscrit dans la triste réalité de la Syrie d'aujourd'hui.

Et puis il y a les illustrations qui vienne concrétiser les propos et en livrer leur "magie", sans oublier que le style est bien ciselé et donne de belles envolées lyriques.

Faites-vous donc votre propre opinion en lisant ce livre.

Bonne lecture,

Denis

Malgré sa prison en terre cuite, la présence du livre donnait à Aïda l'envie de sourire, de rire, de palpiter, de sauter de joie et de s'envoler comme jamais depuis longtemps. Le souvenir de la prédiction de la Bédouine en avait réveillé d'autres, comme un lac qui se remplit d'eau après une longue période de sécheresse : le village de son enfance ressurgissait sous ses yeux, elle courait de nouveau dans les ruelles du petit hameau, de ce minuscule point de la terre qui l'avait vue grandir et resplendir. (page 43)

Les villages verticaux de Toufik Abou-Haydat (Le laboratoire existentiel)
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13 mai 2019 1 13 /05 /mai /2019 16:18
Sans Silke de Michel Layak (Editions Zoé)

Sans Silke de Michel Layaz

(Editions Zoé - 157 pages - Janvier 2019)

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Le roman débute ainsi :

J'avais l'âge des métamorphoses récentes : dix-neuf ans. C'était le premier soir. Avant de m'endormir, j'ai ouvert la fenêtre. Rien. Pas un bruit. Dans le ciel, chaque étoile veillait sur son coin de terre. Seuls les pas d'un animal, ou le vent dans un feuillage, contrariaient le calme. A l'intérieur de la maison, le silence aussi. Pas le même. Plus lourd. Comme mis en boîte. Ce double silence exigeait d'être apprivoisé. Jusqu'alors, j'avais toujours vécu dans un immeuble, avec des routes proches et des avenues plus loin, avec en prime des clameurs de fête ou de dispute, avec des noctambules qui se déréglaient la raison. Ici, le premier village se trouvait à trois kilomètres, derrière la forêt ; et devant la maison, après le jardin et le verger, il y avait des champs, et plus loin encore, un bois qui bloquait le regard.

Et on est embarqué dans une histoire qui va nous attacher et ne pas nous quitter si facilement que cela quand les 150 pages auront été lues.

 

Avec un tel roman et avec des "moments" de vie de deux, trois pages, il faut humer les ambiances, se laisser porter par les mots. Car le texte est vraiment très, très beau. 

 

L'histoire est simple. Un couple qui vit à l'orée d'une forêt, loin du bruit, très fusionnel dans son amour, a presque oublié qu'il a une jeune enfant de 9 ans, Ludivine. Leur lieu de vie s'appelle "La Favorite".

 

Ils décident de l'aider dans ses études et devoirs, aussi ils ont passé une annonce pour recruter une étudiante, avec obligation de vivre dans la maison aussi près que possible de l'enfant.

 

Et c'est Silke qui sonne à la porte. Elle est embauchée sans avoir vu Ludivine. La mère dit que ce sera sans doute difficile de sortir sa fille de son enfermement. Mais Silke y croit, elle. Et aussitôt, elles s'entendent à merveille.

 

Ludivine adore la nature, les arbres. Elle entraîne Silke dans ses rêveries, des déambulations sans oublier de travailler quand il le faut, ce qui fait leur force, car on ne peut rien leur reprocher.

 

Le père est artiste plasticien, peintre mais il vit reclus à "La Favorite" et n'a aucun succès. C'est la mère qui rapporte les revenus et qui dynamise le couple, avocate de son état.

 

Ludivine reste en marge, encore et toujours. Silke est devenue son amie. Elles font quelques escapades, notamment, elles "s'offrent" une nuit à la belle étoile.

 

La quasi indifférence des parents est troublante, malgré des vacances à la neige passées ensemble.

 

Et le contraste entre l'amour réciproque des parents pour eux-mêmes et le rejet inconscient de leur fille contribue à créer un état proche de la violence, même si Ludivine n'a pas encore l'âge de vraiment se révolter, d'autant qu'elle a trouvé un certain équilibre grâce à sa relation privilégiée avec Silke.

 

Mais, les belles histoires finissent souvent mal...

 

A lire absolument,

Denis

 

Sans Silke de Michel Layak (Editions Zoé)
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10 mars 2019 7 10 /03 /mars /2019 21:25
Le musée imaginaire de Marcel Proust (Thames & Hudson)

Le musée imaginaire de Marcel Proust 

Tous les tableaux de "A la recherche du temps perdu" 

par Eric Karpeles (Thames & Hudson - 350 pages - 2009)

Traduit de l'anglais (USA) par Pierre Saint-Jean

206 illustrations

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Cet ouvrage est un guide des tableaux que le lecteur rencontre sur son chemin au fil de sa lecture du chef d'ouvre (n'oublions pas de le rappeler) de Marcel Proust : "A la recherche du temps perdu".

Dans son introduction Eric Karpeles rappelle que "Proust a essentiellement évoqué des tableaux que son expérience personnelle lui a permis de découvrir ; des oeuvres soigneusement étudiées pendant d'innombrables heures passées dans des musées, des galeries et des collections privées du XIXe siècle à Paris. (...) Néanmoins, Proust ne vit jamais en vrai un certain nombre des tableaux qui ont été incorporés dans les pages du roman".

"Proust choisit des peintres au sein du panthéon des maîtres : Vélasquez, Bellini, Ingres. Au bout d'une trentaine de pages seulement, Corot est le premier peintre mentionné, et plusieurs milliers de pages plus loin, Chardin est le dernier à être évoqué. (...) Proust suggère également des peintures d'une façon moins précise : par exemple pour Morel, le beau violoniste, qui a l'air d'une espèce de Bronzino. Il y a enfin des peintures fictives qui n'ont existé que dans l'imagination de Proust, comme l'étude à l'aquarelle réalisée par Elistir et représentant la jeune Odette de Crécy en "demi-travesti".

Il avait des peintres préférés : Mantegna, Rembrandt, Titien, Chardin.

Elstir serait un mélange de  Moreau, Degas, Turner, Renoir et Monet.

 

Eric Karpeles est peintre et écrit sur la peinture, la poésie et l'esthétique.

 

Deux exemples ci-dessous d'illustrations accompagnées du texte en référence :

  

La mère, Pieter de Hooch (1670)

La mère, Pieter de Hooch (1670)

"A son entrée, tandis que Mme Verdurin montrant des roses qu'il avait envoyées le matin lui disait :"je vous gronde" et lui indiquait une place à côté d'Odette, le pianiste jouait,pour eux deux, la petite phrase de Vinteuil qui était comme l'air national de leur amour. Il commençait par la tenue des trémolos de violon que pendant quelques mesures on entend seuls, occupant tout le premier plan, puis tout d'un coup ils semblaient s'écarter et, comme dans ces tableaux de Pieter de Hooch qu'approfondit le cadre étroit d'une porte entrouverte, tout au loin, d'une couleur autre, dans le velouté d'une lumière interposée, la petite phrase apparaissait, dansante, pastorale, intercalée, épisodique, appartenant à un autre monde". (Du côté de chez Swann)

Olympia, Edouard Manet, 1863

Olympia, Edouard Manet, 1863

Une odalisque, dite La grande odalisque, Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1814

Une odalisque, dite La grande odalisque, Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1814

"Pourtant les plus vieux auraient pu se dire qu'au cours de leur vie ils avaient vu, au fur et à mesure que les années les en éloignaient, la distance infranchissable entre ce qu'ils jugeaient un chef d'oeuvre d'Ingres et ce qu'ils croyaient devoir rester à jamais une horreur (par exemple l'Olympia de Manet) diminuer jusqu'à ce que les deux toiles eussent l'air jumelles." (Le côté de Guermantes)

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3 mars 2019 7 03 /03 /mars /2019 12:35
L'affaire Rose Keller de Ludovic Miserole (French Pulp Editions)

L'affaire Rose Keller - Les crimes du marquis de Sade : tome 1

de Ludovic Miserole

(French Pulp Editions - septembre 2018 - 400 pages)

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En forme de préambule : âmes sensibles, attention, les 50 premières pages vous plongent dans ménagement dans l'univers pervers de Donatien, marquis de Sade et risquent de vous choquer. Mais l'auteur reste pudique autant qu'il le peut, mais c'est un roman historique et il faut accepter de subir le choc des pratiques du marquis pour comprendre le contexte.

J'ai lu plusieurs commentaires de personnes qui ont arrêté le roman. Je réponds, non, il faut absolument continuer ce roman car il est efficacement construit et puis il répond parfaitement aux critères énoncés par l'éditeur :

French Pulp Editions : "Pulp,comme ces feuilletons d'autrefois, ces romans qui depuis des siècles remplissent notre imaginaire de détectives durs à cuir, de femmes fatales... Du roman noir à la saga familiale... Ils ont donné naissance à une littérature dynamique et généreuse, qui fait aujourd'hui le bonheur de tous grâce à des textes fluides et percutants".

 

Avec ce roman, on est vraiment pris dans cette "dynamique fluide et percutante". J'ai pris un très grand intérêt à lire cette sordide histoire.

Nous sommes le dimanche 3 avril 1768. Rose Keller est une jeune veuve alsacienne et pour survivre mendie dans les rues de Paris. Elle est abordée par Sade (1740-1814) sans savoir quel est cet homme distingué. Il lui promet de l'argent si elle vient faire son ménage à sa maison d'Arcueil. Elle accepte bien volontiers. Mais, là-bas il n'est plus question de ménage mais de sévices corporels et sexuels dont elle se remet très mal compte tenu des maux infligés tant à son corps qu'à son esprit.

Dans le même temps, une prostituée, Julie dite Follecuisse (un des personnages fictifs du roman),est à la recherche du marquis dont elle a été victime. Elle espère retrouver Sade pour le tuer afin de sauver les prochaines jeunes femmes qui tomberont entre ses mains. Mais en route elle est prise à partie par une bande de voleurs conduite par Daniel Holtelano, qui vient de tuer un aubergiste. Daniel viole sans complexe Julie devant ses complices et la veuve de l'aubergiste;

Une troisième femme est concernée par le marquis et c'est sa jeune épouse, Renée Pélagie (1741-1810). Elle l'aime et lui pardonne tous ses excès dont elle est parfois elle-même victime. Seulement ce qui va s'appeler "l'affaire Rose Keller" risque "d'éclabousser" la réputation des parents de Renée. Déjà qu'il y avait eu l'affaire Jeanne Testard, quelques années auparavant, qui avait valu un séjour du marquis à la prison de Vincennes.

Tout doit être fait pour étouffer l'affaire. C'est ce à quoi la mère de Renée va s'adonner, tandis que de son côté Rose Keller, évadée et recueillie par des habitants d'Arcueil va tout faire, aidée par Julie qui a eu vent de l'affaire et qui a réussie à l'approcher, pour condamner Sade.

C'est ce duel à distance qui est conduit dans le roman avec à l'appui des documents inédits retrouvés par Ludovic Miserole dans des archives publiques ou privées. Qui l'emportera dans cet Ancien Régime où la noblesse avait beaucoup plus de pouvoirs que les "petites gens"?

 

Je vous recommande une nouvelle fois de lire ce roman historique bien construit, très bien écrit, fluide et passionnant pour suivre ces trois femmes, dont deux qui ont réellement existé... une plongée glaçante dans ces années de fin de règne de Louis XV (1710 - 1774), sollicité dans cette histoire par ailleurs.

En attendant la deuxième histoire des "crimes du marquis"... qui devrait nous conduire du côté de Marseille, en 1772, si l'on en croit wikipedia.

Bonne lecture,

Denis

 

Pour information, ce roman fait partie de la sélection du neuvième Prix du Balai d'Or 2019, orchestré par Richard Contin 

L'affaire Rose Keller de Ludovic Miserole (French Pulp Editions)
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7 février 2019 4 07 /02 /février /2019 20:49
Marcel Proust à 20 ans de Jean-Pascal Mahieu (Au Diable Vauvert)

Marcel Proust à 20 ans : le temps de la recherche 

de Jean-Pascal Mahieu

(Au Diable Vauvert - collection "à 20 ans" - janvier 2010 - 150 pages)

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Né le 10 juillet 1871 à Auteuil, Marcel Proust a 18 ans en 1889, quand il s'engage volontaire pour un an dans l'armée. Ainsi, il s'éloigne de sa mère qui l'a tant couvé jusque là. Mais il est asthmatique, bien peu sportif et son écriture est notée tellement alambiquée que l'armée n'a rien à faire d'un tel homme, en plus affable et poli. Là n'est pas son univers.

 

Marcel inquiète ses parents car il pratique la masturbation et plus encore il se révèle homosexuel. Et puis, il rêve de littérature alors que ses parents lui imposent un cursus de droit à son retour de l'armée. Il accepte contraint et forcé. Mais les Weil, du côté de sa mère Jeanne, sont riches et il espère bien vivre de ses rentes pour avoir le temps d'écrire.

Il sort beaucoup à Paris et rencontre chez Madame de Caillavet, Anatole France (1844-1924) dont il aime les livres. France est amant de son hôte.

 

Anatole France

Anatole France

Chez Madame Strauss il rencontre Charles Haas qui prendra les traits de Swann plus tard. La comtesse de Chevigné, elle, deviendra Madame de Guermantes. Montesquieu sera Charlus...

 

Marcel fonde une revue en 1891, à 21 ans, "Le banquet" avec des amis. Il est alors en deuxième année de droit.

Marcel Proust à 20 ans de Jean-Pascal Mahieu (Au Diable Vauvert)

Trouville et Cabourg l'accueillent l'été Et il confirme par ses notes qu'il déteste le droit. et à 22 ans, il opte pour une licence de lettres contrariant une nouvelle fois son père.

 

En octobre 1894 éclate l'affaire Dreyfus. Marcel se montre tout de suite dreyfusard.

C'est le moment où il rencontre Reynaldo Hahn et il publie un premier livre "Les plaisirs et les jours" au Mercure de France, qui regroupe des nouvelles, des poèmes, des portraits et des pastiches.

 

Marcel Proust à 20 ans de Jean-Pascal Mahieu (Au Diable Vauvert)

Sa liaison avec Reynaldo Hahn dure deux ans puis il s'éprend de Lucien Daudet, le fils d'Alphonse Daudet.

Et il crée son propre salon chez ses parents, ce qu'ils n'apprécient guère d'autant qu'ils craignent des affrontements entre "ennemis" qu'il invite.

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Le sous-titre du livre : "Le temps de la recherche" montre bien l'esprit de Marcel Proust dans cette décennie des années 90 de ses 20 ans. Il se "cherche" et rencontre la majorité de ceux et celles qu'il fera apparaître dans son "grand oeuvre" : "A la recherche du temps perdu".

Pendant ces 150 pages, on se sent au plus proche du jeune écrivain et on voit tout se mettre en place.

Ce livre n'apprendra pas grand chose aux "proustiens" aguerris. Par contre, il sera passionnant à lire pour tous ceux qui veulent approcher Proust et en savoir plus sur la genèse de son oeuvre dans le Paris "mondain" de la fin du XIXe siècle.

Bonne lecture,

Denis

Marcel Proust par Jacques-Emile Blanche (1892)

Marcel Proust par Jacques-Emile Blanche (1892)

Marcel Proust à 20 ans de Jean-Pascal Mahieu (Au Diable Vauvert)
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13 janvier 2019 7 13 /01 /janvier /2019 17:40
La poésie française du XIXe siècle de Dominique Rincé (PUF - Que sais-je?)

La poésie française du XIXe siècle de Dominique Rincé

(PUF - Que sais-je? - 125 pages - septembre 1983)

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Cette collection devenue "mythique" permet d'apporter un éclairage en 125 pages sur tous les thèmes possibles et imaginables.

Ce livre fait ainsi le tour de la poésie du XIXe siècle autour de deux grands axes et courants littéraires :

- L'âge romantique (1820-1850) : Lamartine, Musset, Vigny, Hugo et Nerval

 

- L'âge de la contestation poétique (1850-1900) :

        a) La contestation parnassienne : Leconte de Lisle, Heredia, Sully Prudhomme (premier prix  Nobel de Littérature), Banville

 

          b) Le renouveau baudelairien

 

          c) Symbolisme et modernité : Lautréamont, Rimbaud, Verlaine, Mallarmé, Laforgue

 

Voilà un bon canevas de lecture de la poésie de ce siècle qui a su mettre ainsi la mettre à l'honneur.

 

Je ne peux résister à l'idée de reproduire ici une partie de la conclusion qui résume brillamment l'esprit des poètes du XIXe siècle :

Lyrique chez Lamartine, intimiste chez Verlaine, sérieuse chez Leconte de Lisle ou Moréas, mythique chez Nerval ou Hugo, dramatique chez Vigny ou Baudelaire, désinvolte chez Musset ou Laforgue, fantastique chez Lautréamont, expérimentale chez Rimbaud ou Mallarmé, la poésie du XIXe siècle aura épuisé tous les registres, tous les tons et toutes les formes qui s'offraient à elle. On pourra lui reprocher de n'avoir pas toujours échappé aux vieux démons du didactisme et de l'esthétisme gratuit, ou de s'être laissé tenter parfois par de nouveaux démons, q'ils s'appellent facilité ou hermétisme. Qu'importe ! Ce qui s'affirme durant tout le siècle, c'est l'essentialité de la parole poétique. (page 125)

Tout ou presque est dit dans cette phrase.

 

Il reste bien sûr à lire de la poésie pour se faire sa propre opinion et prendre du plaisir de lecture en priorité dans ce siècle foisonnant.

 

Je me ferai l'écho de mes lectures au fil de mes "rencontres" avec des poètes.

 

J'ai commencé hier avec un des précurseurs : Alphonse de Lamartine.

 

Je ne me limiterai pas aux poètes français. Byron, Heine, Lermontov, Maeterlinck ou Verhaeren entre autres ont écrit également des textes marquants.

 

A suivre...

Bonne lecture,

Denis

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10 janvier 2019 4 10 /01 /janvier /2019 17:47
Shoot : 2 - Businessman Mytho d'Iza de Gisse (Les Indés)

Shoot : 2 - Businessman Mytho d'Iza de Gisse

(Les Indés - 304 pages - 2017)

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J'avais lu avec beaucoup d'intérêt le premier tome de Shoot, publié à l'époque chez La Bourdonnaye et republié chez le nouvel éditeur d'Iza de Gisse, Les Indés.

On retrouve ici, toujours en 1994, Benjamin et Bruno, et le sous-titre montre que leur "aventure" autour de la drogue entend prendre un tournant "professionnel" !

Aux abords de Noël 1994, Benjamin dit Pape, sous les ordres de Bruno, l'accompagne par deux fois à Rotterdam pour y aller chercher de la drogue qu'ils dissimulent dans leur fondement. La seconde fois qui est la veille de Noël, l'affaire se complique sérieusement. Leur voiture est volée et ils sont suivis par des malfrats.  

Pape se défonce plus que jamais pour éviter la panique. Ils se séparent et finissent par se retrouver pendant leur cavale plutôt rocambolesque. Enfin ils arrivent à la gare du Nord et doivent encore se séparer pour éviter d’être arrêtés ce qui serait synonyme de prison.


Ils se revoient un peu plus tard puis Bruno ne donne plus aucun signe à Pape.

En rentrant chez sa mère il voit une jeune fille de quinze ans Nina plutôt désespérée. Il l'invite chez lui ce qui facilitera son retour à la maison et éviter les cris de sa mère.
Le lendemain, jour de Noël, Nina appelle Sixtine qui vient la chercher. Et elles l'embarquent pour une promenade à la mer. 
Benjamin a apprécié cette virée et se sent l'envie de revoir Sixtine.


Il n'a pas revu Bruno depuis une semaine. Il a vendu un peu de came à ses « poteaux », dont Kevin avec qui il s'entend le mieux. On est à la veille du premier janvier et enfin Bruno réapparaît furtivement lui donnant rendez vous le soir à 20 heures.
 

Sera-t-il au rendez-vous et Pape a-t-il un avenir avec Bruno? Son indécision continuelle le fait osciller entre l'envie de tout arrêter et de se "désintoxiquer" au besoin avec l'aide d'un service médical ou l'envie de continuer malgré les dangers, surtout qu'une "rumeur" dans le quartier où vit et sévit Pape pourrait faire penser que la police est sur leur trace.

 

Ces retrouvailles m'ont toujours autant intéressé car on entre dans la vie de Pape de plein pied, avec toujours ces phrases en italiques qui viennent régulièrement nous dire ce que son "subconscient" lui propose comme thème de réflexion. Et quand on est "en dehors" du contexte, on s'immerge dans cet univers. Le lecteur aurait envie d'intervenir pour demander à Benjamin de se prendre en main. Nina et Sixtine lui ont donné des issues de sortie. Saura-t-il les prendre?

 

Une nouvelle belle lecture d'une auteure au style limpide, structuré et qui embarque le lecteur dans ces aventures sordides de types paumés mais attachants malgré tout.

Merci à Anne des éditions "Les Indés" de m'avoir adressé ce livre sur conseil de l'auteure.

Bonne lecture,

Denis

Shoot : 2 - Businessman Mytho d'Iza de Gisse (Les Indés)
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23 décembre 2018 7 23 /12 /décembre /2018 17:22
Rencontre entre André Gide et Marcel Proust (racontée dans le journal de Gide)

André Gide (1869 - 1951) parle régulièrement de Marcel Proust (1871 - 1922) dans son journal, dont voici quelques fragments sur la rencontre entre les deux hommes :

14 mai 1921 : Passé avec Proust une heure de la soirée d'hier. Depuis quatre jours il envoie chaque soir une auto pour me prendre, mais qui chaque soir m'a manqué... Hier, comme précédemment je lui avais dit que je ne pensais pas être libre, il s'apprêtait à sortir, ayant pris rendez-vous au dehors. Il dit ne s'être pas levé depuis longtemps. Bien que, dans la chambre où il me reçoit, l'on étouffe, il grelotte ; il vient de quitter une autre pièce beaucoup plus chaude où il est en nage ; il se plaint que sa vie ne soit plus qu'une lente agonie et bien que s'étant mis, dès mon arrivée, à me parler de l'uranisme, il s'interrompt pour me demander si je peux lui donner quelques clartés sur l’enseignement de l’Évangile, dont je ne sais qui lui a redit que je parlais particulièrement bien. Il espère y trouver quelque soutien et soulagement à ses maux, qu'il me peint longuement comme atroces. Il est gras, ou plutôt bouffi ; il me rappelle un peu Jean Lorrain. Je lui apporte "Corydon" dont il me promet de ne parler à personne ; et comme je lui dis quelques mots de mes Mémoires : "Vous pouvez tout raconter,s'écrit-il ; mais à condition de ne jamais dire : "je". Ce qui ne fait pas mon affaire"...

 

Mercredi : Hier soir, j'allais monter me coucher lorsque retentit un coup de sonnette. C'est le chauffeur de Proust, le mari de Céleste, qui me rapporte l'exemplaire de "Corydon" que je prêtais à Proust le 13 mai, et qui me propose de m'emmener, car Proust va un peu mieux et me fait dire qu'il peut me recevoir, si toutefois cela ne me dérange pas de venir.(...) Longtemps j'ai pu douter si Proust ne jouait pas un peu de sa maladie pour protéger son travail (ce qui me paraissait très légitime) ; mais hier, et déjà l'autre jour, j'ai pu me convaincre qu'il était réellement très souffrant. Il dit rester des heures durant sans même pouvoir remuer la tête ; il reste couché tout le jour, et de longues suites de jours. Par instants il promène le long des ailes du nez le tranchant d'une main qui paraît morte, aux doigts bizarrement raides et écartés et rien n'est plus impressionnant que ce geste maniaque et gauche, qui semble un geste d'animal ou de fou. (...) Il dit se reprocher cette "indécision" qui l'a fait, pour nourrir la partie hétérosexuelle de son livre, transposer "à l'ombre des jeunes filles" tout ce que ses souvenirs homosexuels lui proposaient de gracieux, de tendre et de charmant, de sorte qu'il ne lui reste plus pour "Sodome" que du grotesque et de l'abject. (...) Ce qui l'attire ce n'est presque jamais la beauté et qu'il estime qu'elle n'a que peu à voir avec le désir et que, pour ce qui est de la jeunesse, c'était ce qu'il pouvait le plus aisément transposer.

(Journal - tome 1 - Gallimard -Bibliothèque de la Pléiade 1951)

Rencontre entre André Gide et Marcel Proust (racontée dans le journal de Gide)
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25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 20:18
Saint Exupéry dans la guerre d'Alain Vicondelet (Editions du Rocher)

Saint Exupéry dans la guerre : légendes et vérités

d'Alain Vircondelet

(Editions du Rocher - octobre 2018 - 239 pages)

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Saint Exupéry a été orphelin de père à l’âge de 7 ans et en a souffert toute sa vie au point de penser que sa course vers le danger et les exploits vient de là.

Au moment de la deuxième guerre mondiale, il se montre plus que jamais maniaco-dépressif. Sa relation avec sa femme Consuelo est constamment houleuse. Ses amours d'un jour ou ses relations plus suivies avec Natalie Paley ou Hélène de Vogüe, dite Nelly, entre autres, ne le satisfont pas non plus.

Ce qu'il aime par-dessus tout c’est de voler et de sortir de la littérature de salon pour faire de la littérature de l’expérience de vie. Gide l'a beaucoup encouragé à raconter sa vie d'aviateur.

La montée des périls l’inquiète car il comprend que rien ne pourra arrêter cette guerre à venir.

Il écrit et publie »Terre des hommes » juste quelques mois avant la guerre. Il obtient un franc succès en France et son livre remanié pour les américains sort aux USA en anglais. C'est un livre qui réconforte les lecteurs en ces moments de crainte d'une guerre.

Dès septembre 1939, il s'engage dans l'aviation et vit comme tous cette drôle de guerre jusqu’en mai 1940 où la guerre devient effective. Son premier raid se fait sur Arras. Et très vite une grande partie de son escadron est décimée.

Il envoie Consuelo en zone libre et lui part à New York où il s’installe au tout début de 1941. Aussitôt, il se sent très mal à l'aise dans ce qu’il voit comme un exil. Il ne croit pas aux chances de de Gaulle et ne se montre pas hostile à Pétain. Ceci lui vaudra de nombreuses inimitiés. Ses meilleurs amis français exilés aux USA sont Jean Renoir et l'actrice Annabella qu'il suit à Los Angeles en convalescence suite à une intervention chirurgicale.

Et sur demande de son éditeur américain il écrit « Pilote de guerre ».

Consuelo le rejoint à New York fin 1941 mais à son arrivée il se montre très froid avec elle.

Debut 1942 paraît en anglais aux USA "Wind, Sand and stars" qui connait aussitôt un énorme succès auprès des lecteurs et de la presse . Mais les français de New York lui sont encore plus hostiles car ce livre qui va s'appeler pour la France "Pilote de guerre", renforce leur idée qu'il est pro vichyste.

C'est alors qu’il se lance dans le dessin et la rédaction du petit prince.

Mais pour qu'il ait un peu de sérénité, Consuelo trouve une vaste maison à Northport : "Bevin House", qu'elle surnomme "la maison du bonheur ».

A l'automne 1942 il replonge dans l'enfer de New York. Mais en avril 1943, il peut enfin réaliser son rêve de servir son pays et arrive à Alger puis est transféré au Maroc et en Tunisie où il pourra voler. Il est seulement désemparé de savoir que le général Giraud a été démis au profil de son adversaire de toujours de Gaulle.

Il a un accident de vol et se voit interdit de vol. Pour lui c’est un complot monté contre lui.

Il est enfin appelé en Sardaigne pour plusieurs opérations de photographie aérienne. Il commence son entraînement sur un lightning en mai 1944. C'est comme une résurrection pour lui. Mais il prend des risques inconsidérés jusqu’à ce fatal jour du 31 juillet 1944.

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Voici résumées les 5 dernières années de la vie d'Antoine de Saint-Exupéry, objet de ce livre écrit par un des spécialistes de l'auteur, Alain VIrcondet, lequel a écrit plus de 10 livres sur lui depuis 1994.

 

Il prend ici l'angle de la guerre et de toutes les frustrations qui ont conduit le couple Antoine / Consuelo dans les plus grandes tourmentes de leur vie déjà bien difficile.

 

On comprend toutefois que leur amour est "invincible" et qu'il finit toujours pas triompher dans la douleur.

 

Mais ce qui tourmente le plus l'écrivain c'est l'inaction de la France dans cette guerre.Seulement, il ne veut pas cautionner Charles de Gaulle, dès  lors où pour Saint-Exupéry il faut combattre de l'intérieur. On comprend assez mal sa bienveillance pour Pétain et le régime de Vichy. Son exil aux U.S.A. pourrait expliquerait son ignorance des compromissions sur le terrain. Mais ses compatriotes de New York, dont André Breton, ne lui pardonnent pas son attitude à travers ses paroles et ses écrits, trop condescendants.

 

Ses seules compensations viennent de ses succès littéraires et "féminins" aux Etats-Unis, avant son "grand" retour sur le sol européen et français.

 

L'auteur donne ses propres interprétations et "preuves" à partir de la correspondance et des écrits de l'époque, dont certains inédits, pour démêler comme l'indique le sous-titre " les légendes et les réalités" et rappeler que Saint Exupéry est un écrivain à prendre au sérieux.

 

Un livre à lire par les familiers de Saint Exupéry et par ceux qui veulent le découvrir.

 

Merci à Stefania des Editions du Rocher de m'avoir adressé le livre pour le lire.

 

Bonne lecture,

Denis

 

Saint Exupéry dans la guerre d'Alain Vicondelet (Editions du Rocher)
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23 octobre 2018 2 23 /10 /octobre /2018 16:51
Pascal Quignard : une enfance havraise (L'écho des vagues)

Pascal Quignard : une enfance havraise

(Editions L'écho des vagues - 64 pages - avril 2013)

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Un petit livre de 64 pages pour nous rappeler que le grand écrivain Pascal Quignard a vécu au Havre de 1950 à 1958.

Né en 1948 à Verneuil sur Avre, Pascal Quignard est venu s'installer au Havre avec ses parents en 1950 pour en repartir en 1958, son père, Jacques Quignard, y venant pour enseigner les Lettres au lycée.

Les souvenirs de Pascal Quignard seront ceux d'un très jeune enfant. La guerre a laissé ses affreuses cicatrices à la ville normande bombardée par les anglais début septembre 1944. Les ruines sont encore bien présentes et la reconstruction de la ville en est tout juste commencée. Auguste Perret en est l'architecte principal.

Et ces huit années "bornent" les grands moments de cette métamorphose du centre ville où habite le futur écrivain.

Le nouvel hôtel de ville, le square Saint Roch, la rue de Paris et la rue Bernardin de Saint Pierre où logent les Quignard revivent enfin. 

Le Havre en 1950 (copyright : Le Havre en photo - canalblog)

Le Havre en 1950 (copyright : Le Havre en photo - canalblog)

Hôtel de ville et jardins (copyright : Le Havre d'avant - canalblog)

Hôtel de ville et jardins (copyright : Le Havre d'avant - canalblog)

Ce livre débute par un court texte de Pascal Quignard : 

J'ai passé mon enfance dans les ruines d'un port. Il avait été complètement rasé par l'aviation alliée. Il ne restait rien. Je jouais dans le square qui avait été édifié sur le charnier des marins. J'étudiais dans les baraquements. (page 8)

Des textes complètent ce texte de Quignard avec de nombreuses photos du Havre dans ces années-là, par Dominique Rouet, Elisabeth Chauvin, Pierre Gency et Agnès Cousin de Ravel.

Ils racontent ce Havre tel que vu par les yeux de Pascal Quignard, en rappelant le contexte historique et l'aventure architecturale qui  valu depuis à la ville d'être reconnue au patrimoine mondial de l'Unesco.

Livre publié à l'occasion du colloque international "Les lieux de Pascal Quignard", organisé par l'Université du Havre.

Le havrais que je suis n'a pas connu la reconstruction puisque je suis né peu après de départ de Quignard mais mon père et mon grand-père maternel ont travaillé sur les chantiers de l'époque. C'est aussi une partie de moi qui est revenue à ma mémoire.

C'est dire que je vais lire la série de livres de Pascal Quignard sur sa mémoire de ses années de jeunesse "Dernier royaume" dont le premier tome est paru en 2002 chez Grasset : "Les ombres errantes".

J'en reparlerai après l'avoir lu.

Bonne lecture,

Denis

Pascal Quignard : une enfance havraise (L'écho des vagues)
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