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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 12:14
La chanson de Passavant de François Sureau (Gallimard)

La chanson de Passavant de François Sureau

(Gallimard - 205 pages - Avril 2005)

Recueil de poésie

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L'auteur, par ailleurs avocat et haut fonctionnaire, publie régulièrement depuis 1983.

"La chanson de Passavant" a été écrit en mémoire du lieutenant de vaisseau Patrocle Passavant des Baleines, commandant la Torti Zian, disparu en mer au large d'Aldabra, le 2 décembre 2004.

4 parties composent ce recueil et s'inspirent des voyages de Passavant entre Yougoslavie, Cambodge, Djibouti, Afghanistan et autres lieux, comme rappelé en quatrième de couverture.

 

          Vers Odessa

 

Sur les bords de la Neva

J'ai vu hâler deux soldats rouges

Ils étaient saoûls ils avaient froid

Deux amis nés au fond d'un bouge

 

Je suis parti pour Odessa

Dans un wagon plein de prières

La neige autour bloquait les voies

Des officiers faisaient l'enchère

 

Cela sentait le pigeon gris

Le lait caillé et les soucis

Gare de Kiev en plein midi

Souvenir de Djougachvili

 

Dans la Russie des jours anciens

La halle en fer brillait soudain

Les feux désolés du matin

Tendaient de soie les beaux raisins

 

Nul enfant mort dans l'escalier

Nul Potemkine en cuirassé

Nulle danseuse aux bras levés

Mais c'est Pouchkine que j'ai croisé

 

En haut de la rue maritime

Il écoutait le carillon

Musique froide d'Onéguine

Un concerto sur un glaçon

 

Je n'aime pas les mondes morts

Les opéras qu'on se joue seul

Les rescapés qui se décorent

Ni les voyages dans un linceul

 

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François Sureau a fait revivre Patrocle Passavant des Baleines en 2011 dans le recueil "Sans bruit sans trace" puis en 2016 avec un troisième volume " Sur les bords de tout".

 

Bonne lecture et n'oubliez pas que la poésie rafraîchit le cerveau.

Denis

La chanson de Passavant de François Sureau (Gallimard)
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26 mai 2020 2 26 /05 /mai /2020 16:50
Reste la forêt de Mathias Lair (Editions Sans Escale)

Reste la forêt de Mathias Lair

(Editions Sans Escale - Février 2019 - 130 pages)

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Sous-titré "Roman", ce livre pourrait également être un essai sur la forêt, un refuge pour l'être humain.

Un arbre planté dans la propriété au pays de Retz a survécu au passage d'une tondeuse à gazon quand le narrateur était enfant. Depuis, il est devenu un bel arbre, "son arbre" !

Le narrateur, peut-être l'auteur lui-même, a parcouru la forêt depuis son jeune âge, souvent avec son grand-père et jusqu'aux dernières heures de celui-ci. Il allait de branche en branche avec le plaisir de fuir le monde des humains.

La vie d'adulte est arrivée avec toutes ses contraintes et la forêt est redevenue un lieu de retour sur soi, pour y retrouver aussi des moments de sérénité et d'oxygène.

"D'outre-tombe", le grand-père raconte son vécu en forêt.

Et puis, il y a "Petite Anne", née sans amour et qui a trouvé sa voie en humant la forêt. Par la suite, elle a appris les langues indiennes d'Amérique Centrale et du Sud. Elle est partie au Costa Rica à la rencontre des forêts situées à plus de 3 000 mètres d'attitude, son objectif restant d'aller se confronter à la forêt amazonienne.

La ville où nous habitions était au fond d'une vallée, les collines qui l'entouraient étaient toutes en forêt. Ce qui me donnait le sentiment de vivre dans une clairière. C'étaient ses lisières qui m'attiraient. Le passage de la clarté à l'ombre. Franchie cette ligne, c'était comme si j'avais disparu. J'escaladais les grands arbres, je me nichais au plus loin de la terre, j'y passais des après-midis. J'aurais voulu devenir autre chose. Un oiseau peut-être, pour m'envoler. Il me fallait toujours redescendre pour rentrer. Arrivée au sol, je me sentais pataude. Là-haut, je ne sentais plus mon poids. En haut on saute, on virevolte, on chute et on se rattrape. Ici-bas on ne peut rien faire d'autre que mettre un pied devant l'autre, c'est toujours la même chose. (Pages 108-109)

Un livre qui aide à la méditation, à la recherche d'ailleurs, réels ou mentaux par le souvenir.

La poésie s'empare des mots comme la forêt nous offre sa protection. Sans doute très "rousseauiste" mais il faut bien rêver et se trouver des "lieux à soi", qui soient capables de s'approcher de nos aspirations.

 

J'avais lu le premier texte de Mathias Lair en 1979 : "Journal en Lair" (Apostrophe) et j'ai eu plaisir à retrouver cet auteur 40 ans plus tard.

 

Mathias Lair Liaudet est écrivain, philosophe et psychanalyste.

Il a exercé la psychanalyse et pratiqué l'intervention psycho-sociologique.

Poète, essayiste et journaliste, il publie régulièrement en revues et chez de petits éditeurs, sous le nom de Mathias Lair.

Sous le nom de Jean-Claude Liaudet, il publie des ouvrages de psychanalyse destinés au grand public chez L'Archipel, Fayard, Flammarion, Albin Michel, Odile Jacob.

Il a animé les éditions Apostrophe, puis la revue Mot pour Mot qui fut soutenue par le CNL.

Mathias Lair Liaudet a fondé le CALCRE (Comité des Auteurs en Lutte contre le Racket de l’Édition) en 1979 ; a participé aux travaux du CPE (Conseil Permanent des Écrivains) depuis 1980.

Après avoir présidé le SELF (Syndicat des Écrivains de Langue Française), il est devenu Secrétaire général de l’Union des écrivains. Il a également participé au lancement du MOTif (Observatoire du livre et de l’écrit en Île-de-France).

Aujourd’hui, il préside la Commission poésie de la SGDL, il représente l’association en tant que président du Conseil de gestion de la formation des artistes-auteurs de l’Afdas (Fonds d'assurance formation des secteurs de la culture, de la communication et des loisirs).

Il publie en 2016 son premier roman, "L'amour hors sol".

Source : sergesafranediteur.fr

( https://www.babelio.com/auteur/Mathias-Lair/284022 )

 

Je recommande vivement ce roman qui m'a été adressé par Valéry des Editions Sans Escale et que je remercie et félicite pour sa maison d'édition qui mérite d'être découverte.

Reste la forêt de Mathias Lair (Editions Sans Escale)
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12 mai 2020 2 12 /05 /mai /2020 16:42
Nul si découvert de Valérian Guillaume (Editions de l'Olivier)

Nul si découvert de Valérian Guillaume

(Editions de l'Olivier - janvier 2020 - 128 pages)

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Un drôle de bonhomme que le narrateur de cette histoire qui est son histoire !

Avec toutes ces idées qui me brûlaient le cœur je me suis dit qu'il fallait vraiment que je me bouge que je fasse quelque chose alors je suis parti au Corner voir s'il y avait quelque chose à voir et pour ce jeudi matin c'est clair il y avait pas grand monde il y avait même carrément personne

J'ai dit bonjour à Martine et au sourd elle m'a demandé si ça allait et elle m'a donné un petit vere à sa façon pour me changer l'esprit (Incipit page 7)

120 pages pour plonger dans l'esprit de cet homme que l'on imagine comme étant "marginal", un peu "à part", souvent malmené par les autres mais qui sait toujours rebondir, sourire, se sentir heureux. Si on le taquine, c'est pour son bien. Cela veut dire qu'il intéresse les autres.

Dans la vidéo que j'ai mise en fin d'article, l'auteur nous rappelle qu'il est écrivain mais aussi homme de théâtre. Ce premier roman aurait pu être une pièce de théâtre, un long monologue.

 

La mère du narrateur est morte. Martine qu'il apprécie tant et qu'elle sait protéger quand il le faut, dans son bar, lui a conseillé de voir les autres, de ne pas s'enfermer en lui.

Son univers, le seul qu'il connaît et aime, c'est celui du Centre commercial. Il y est comme chez lui et généralement il arrive de bonne heure, à l'ouverture. Il aime être fouillé, surtout par un des vigiles, plus efficace que les autres et qui sait effleurer ses parties plus intimes, au point de lui apporter du bonheur.

Il connaît  tous les magasins, toutes les marques qu'il aime acheter, tous les vendeurs et vendeuses. Son plus grand plaisir reste de participer à des jeux organisés au sein du Carrefour. Il ne gagne jamais mais il se plaît à se confronter aux autres.

Et puis, il sort du Centre Commercial et se rend à la piscine. Il est obnubilé par Leslie, la caissière, si belle et si gentille. Comme il n'avait pas de bonnet, elle lui en a offert. Alors, certes, il est allé nager, il est allé vers les bulles pour s'amuser mais il a surtout attendu avec impatience le moment de sortir pour revoir Leslie et lui parler, surtout que c'était l'heure de la pose cigarette.

Chaque jour alors se reproduit le même déroulement de la journée : le Centre Commercial puis la piscine. Et il trouve toujours quelque chose ou quelqu'un a contemplé pour se sentir heureux.

Ses bonheurs sont simples, comme il l'est lui-même. Seulement, il doit constamment combattre son "démon" qui est en lui et qui devient monstrueux quand il s'empare de son esprit et de son corps. Il ne peut plus se contrôler et les pires ennuis sont susceptibles de survenir. Dans ces moments essentiellement, il transpire à grosses gouttes.

 

Et il dit souvent  "Ah lala" :  comme une ponctuation dans ce monologue sans ponctuation scandé par des paragraphes.

 

Je n'en dirai pas plus sur cette histoire. On a bien ici l'esprit du roman, fait d'émerveillements dans un quotidien que la plupart des lecteurs exécrerait mais dont ce "drôle de bonhomme" en fait son paradis.

Et on vit pendant 120 pages à ses côtés, voire en lui, en se demandant comment il peut rester toujours optimiste alors que des histoires sordides tentent de s'abattre sur lui.

 

J'ai apprécié dans la vidéo le rapprochement que l'auteur fait avec les descriptions précises de Georges Perec en "tentative d'épuisement des lieux" qu'il observe. Je pense que Perec aurait aimé ce roman et ce rapprochement avec son oeuvre.

 

L'auteur m'a envoyé ce roman pour que je lui donne mon sentiment sur son livre.

Je veux toujours être objectif dans mes jugements et je dois avouer bien fort que j'ai vraiment adoré "Nul si découvert", tellement bien écrit, tellement original. Ce livre est un plaisir absolu de lecture et que je recommande chaleureusement.

Bonne lecture,

Denis

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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 21:03
Le monde n'existe pas de Fabrice Humbert (Gallimard)

Je viens de terminer la lecture " Le monde n'existe pas " de Fabrice Humbert, un thriller entre fiction et réalité, racontant la violence à l'âge des Fake News.


Digne d'une série Américaine, Fabrice Humbert nous transporte à New - York où sur les écrans de Times Square , Adam Vollman, journaliste au New Yorker, croît reconnaître celui qui fût 20 ans au paravant son grand amour : Ethan Shaw.
Celui - ci est recherché pour le viol et l'assassinat d'une jeune Mexicaine de 16 ans.


Adam ne veut pas y croire et il va retourner enquêter à Drysden, où ils se sont connus.
Mais à mesure qu’il se confronte au passé, toutes ses certitudes vacillent...
Roman haletant et réflexion virtuose sur la puissance du récit.
" Le monde n’existe pas " interroge jusqu'au vertige une société aveuglée par le mensonge, où réalité et fiction ne font qu'un.

Un livre que je vous conseille vivement tant pour l'écriture et la façon dont il a été conçu, et j'avoue avoir beaucoup aimé ce mélange entre réalité et fiction qui donne au roman une toute autre dimension.


Beaucoup aimé.


Je suis fidèle à ses romans depuis le début et vraiment là je suis stupéfaite par l'écriture de ce livre.

Fabienne

Le monde n'existe pas de Fabrice Humbert (Gallimard)

Photo prise lors de notre rencontre en février 2020 au Havre à la librairie "Au fil des pages"

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22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 19:32
Souvenirs /Ecran de Noël Herpe (Bartillat)

Souvenirs / Ecran - Voyages en France 2017-2018

de Noël Herpe

(Editions Bartillat - Mai 2019 - 236 pages)

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Noël Herpe est parti sur les routes de France en 2017 et 2018 pour présenter et commenter les films de Henri-Georges Clouzot (1907-1977).

Auparavant, il nous entraîne dans une errance dans Paris sur les lieux du temps passé qui ont marqué des moments de vie avec sa famille ou des amis.

Puis, il reprend étape par étape son périple dans 37 lieux entre banlieue parisienne et province.

Les projections en banlieue sont à l'image de la vie quotidienne : les gens sont pressés, en retard à cause des transports en commun : que ce soit à Ris-Orangis, Neuilly-Plaisance, Tremblay-en-France, Le Plaissy-Robinson ou Le Blanc-Mesnil. 

Pire, les débats et surtout les questions sont souvent d'un intérêt moindre. Clouzot n'attire pas forcément les foules, y compris les cinéphiles.

Noël Herpe va manger pendant les projections puis revient à l'issue de celles-ci pour animer le débat.

Parmi les villes "obligatoires", Il y a Niort, la ville où naquit Clouzot et dont le seul souvenir dans la ville est une plaque qui marque le lieu de sa naissance.

Souvenirs /Ecran de Noël Herpe (Bartillat)
Souvenirs /Ecran de Noël Herpe (Bartillat)

Niort, comme tant d'autres villes, a un centre ville bien triste. Est-ce un signe des temps où la culture, l'attrait du "beau" se perd au bénéfice de "l'utilitaire". C'est ce que j'ai ressenti à la lecture de ces souvenirs.

On sent que Noël Herpe n'est pas très optimiste. On sent que parfois il n'a pas envie de discuter de cinéphilie auprès des spectateurs et des organisateurs, trop peu réceptifs ou trop "sectaires" dans leurs goûts, n'hésitant pas à émettre des "clichés" sur certains films et cinéastes.

L'auteur vit beaucoup dans les bars, restaurants et hôtels pendant son périple. Il est attentif à ce qui s'y dit autour d'un verre ou d'un plat.

Il en profite aussi pour projeter son film "Fantasmes et fantômes" (2017) souvent controversé lors des débats. Le cinéma expérimental n'est pas forcément très bien perçu et compris.

Passionné également par Eric Rohmer, il y fait souvent allusion notamment à Clermont-Ferrand et au Chambon qui ont été des lieux de tournage.

Cette tournée ne grandit pas la France contemporaine, du moins celle que l'auteur a rencontrée. Le cinéma de nos "parents" ou "grand-parents" ne sont plus dans notre champ "visuel", que ce soit "Le corbeau", "L’assassin habite au 21", "Les diaboliques", "Le mystère Picasso", "Quai des Orfèvres" ou "Le salaire de la peur" du seul Clouzot. Des titres "mythiques" pourtant !

Merci à Juliette, attachée de presse des éditions Bartillat de m'avoir adressé ce livre passionnant au-delà de ses constats pessimistes mais sincères.

Bonne lecture,

Denis

Je traverse une France morte, un pays peuplé d'ombres, de regrets, de traces vaines.Ne suis-je pas le plus mort d'entre ces morts? page 147)

Souvenirs /Ecran de Noël Herpe (Bartillat)
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12 novembre 2019 2 12 /11 /novembre /2019 14:59
Les petits de Décembre de Kaouther Adimi (Seuil)

Les petits de Décembre de Kaouther Adimi

(Le Seuil - Fiction & Cie - Août 2019 - 248 pages)

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Quatrième roman de la jeune romancière née à Alger en 1986 et qui en France désormais.

"Nos richesses" en 2017 avait obtenu un franc succès autour de la personnalité remarquable du libraire et éditeur (notamment d'Albert Camus) Edmond Charlot.

Cette fois-ci, avec ce roman, elle s'intéresse à une cité de la périphérie ouest d'Alger: la cité du 11-décembre-1960 à Dely Brahim.

Le 2 février 2016, trois enfants jouent au ballon dans l'immense terrain vague de la cité.

Inès a 11 ans et elle est la fille de Yasmina et la petite-fille d'Adila. Adila, moudjahida, est une femme devenue mythique en Algérie après ses combats pour l'indépendance algérienne.

Jamyl vit chez ses grands-parents et Mahdi vit avec son père, mutilé lors d'un attentat en novembre 1999.

Le lendemain, mercredi 3 février 2016, deux généraux arrivent en voiture d’apparat devant le terrain vague : Saïd et Athmane. Ils annoncent qu'ils sont devenus propriétaires de ce terrain, anciennement militaire, comme la cité, pour bâtir deux grandes villas. Leurs propos déclenchent une révolte des jeunes à laquelle s'associe Adila. Le chauffeur alerte la gendarmerie puis ils repartent croyant l'endroit paisible, d'oùleur stupeur d'avoir été agressés.

 

 

Comment ça s'est passé? demandèrent les épouses des deux généraux lorsque ces derniers rentrèrent furieux et humiliés. Il furent agacés de cette question.
Le général Saïd ne répondit pas tout de suite et sortit dans le jardin fumer quelques cigarettes. (...) Le général Athmane, lui, réunit ses cinq enfants dans le salon ainsi que son épouse.
(...) - A vrai dire, reconnut froidement Saïd, on avait baissé la garde. On s'est fait avoir comme des bleus.
- C'est rare que tu sois si peu vigilant, s'étonna sa femme.
- Oui, c'est une bonne leçon, la racaille se cache partout,même chez les enfants de hauts officiers. (page 45-46)

Mohamed et Cherif, d'anciens militaires à la retraite ont tout vu, sans intervenir. 

D’ailleurs les deux généraux les invitent pour essayer de trouver avec eux un accord pour éviter de nouvelles échauffourées.

Mais rien n'y fait et les enfants s'organisent pour sauver leur terrain quand les militaires reviendront car ils savent qu'ils ne lâcheront pas l'affaire. On est en Algérie et personne n'a réussi jusqu'à présent à s'opposer de manière "définitive" à toute décision gouvernementale.

Les enfants des quartiers alentours viennent en renfort armées de pierres et de bâtons, prêts à accueillir les généraux ou leurs représentants.

Kaouther Adimi sait maintenir le suspens et elle nous rappelle par l'intermédiaire  d'Adila quelques moments clés de l'histoire contemporaine de l'Algérie et de l'impossibilité de s'exprimer et d'intervenir contre le régime en place depuis l'indépendance.

Et si les enfants y arrivaient pour la plus grande honte de leurs aînés !!!

 

- Ah, Mohamed, mon ami, comment les choses vont-elles se terminer? J'ai peur pour ces enfants.
- Moi aussi Cherif. Les généraux ne vont pas se laisser faire.
- Non, ils ne vont pas se laisser faire mais les gosses non plus ! Ils sont courageux et ils sont décidés à se battre pour une cause importante. Reconnais-le, ils ont mis notre génération hors jeu en quelques jours. Nous vivons dans la peur, pas eux. (page 219)

Belle leçon de "morale", quelle que soit l'issue du combat ! Les enfants sont devenus "les petits de décembre".

https://www.huffpostmaghreb.com/entry/histoire-algerie-independance_mg_6307402

(Le lien ci-dessus rappelle ce 11 décembre 1960 décisif pour l'indépendance de l'Algérie, d'où le nom de cette cité qui existe réellement)

Très beau livre que je recommande chaleureusement.

Bonne lecture 

Denis

 

Les petits de Décembre de Kaouther Adimi (Seuil)
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10 novembre 2019 7 10 /11 /novembre /2019 18:40
Reprise des activités de plein air de Jean-Claude Lalumière (Editions du Rocher)

Reprise des activités de plein air de Jean-Claude Lalumière

(Editions du Rocher - Octobre 2019 - 221 pages)

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Trois hommes ont en commun l'île d'Oléron où ils vont se rencontrer.

Mickael est le plus jeune. Il a 22 ans et est amoureux, sans lui avouer dans ses courriels. Il est sur l'île, de passage, mais sa solitude l'incite à poursuivre son séjour.

Il est logé chez Christophe, installé depuis un an sur l'île. Il a 47 ans et a hérité de la maison de sa grand-mère Henriette. Au départ, il était venu pour la vider. Valérie l'a aidé au début puis elle l'a quitté. Alors, il a décidé de garder la maison, d'y habiter et de la rénover. Pour ce faire, il a accepté de loger Mickael, l'exonérant de loyer à condition qu'il l'aide pour les travaux, ce qu'il accepter volontiers.

Et puis, il y a sur l'île, Philippe, 85 ans, bientôt veuf d'Elisabeth, l'ancienne institutrice de la commune de Saint Georges d'Oléron. Un soir, il a annoncé à Christophe la mort de son épouse, ce qui a resserré les liens entre les deux hommes, voisins depuis quelques mois. 

Mickael et Christophe ne voulant pas que Philippe reste seul dans la journée, ils le font venir sur le "chantier" pour qu'il puisse leur parler et leur préparer les repas du midi.

Et soudain, Christophe a l'idée de créer un restaurant d'autant qu'il a retrouvé le carnet de recettes de sa grand-mère.

Une autre idée va également leur venir à l'esprit d'autant qu'ici on est sur une île entourée d'eau !

Chacun vit ses angoisses, ses espoirs dans un cadre idéal pour la recherche de solutions, même si on sent bien que Philippe ne croit plus en grand chose.

Par courts chapitres dont l'intitulé rappelle lequel des trois va être le personnage principal des quelques pages qui vont suivre et par l'entrelacement de leur histoire sur l'île, on entre réellement dans l'intimité des trois hommes.

L'écriture impeccable, entre courriels, dialogues, articles de journaux permet d'éclairer les trois parcours, sans les alourdir, de manière souvent "plaisante", au bon sens du mot. On se laisse emporter sur l'île aux côtés de Mickael, Christophe et Philippe. 

Un beau livre, agréable à lire, réflexion sur la vie et sur le temps, loin du monde, du bruit et de l'urgence de la vie urbaine.

Merci aux Editions du Rocher de m'avoir adressé ce roman.

Bonne lecture,

Denis

 

Reprise des activités de plein air de Jean-Claude Lalumière (Editions du Rocher)
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17 septembre 2019 2 17 /09 /septembre /2019 16:50
Olya de Michel Louyot (HD - Ateliers Henry Dougier)

Olya de Michel Louyot

(HD - Ateliers Henry Dougier - Septembre 2019 - 224 pages)

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Livre de la rentrée littéraire d'un éditeur dont j'aime bien les livres.

Le roman nous entraîne dans le Japon contemporain. Toutefois, le roman débute à Paris où le narrateur habite. Il espère qu'Olya pourra venir l'y rejoindre, comme elle le lui a promis.

Yoshi san est né au Japon et sa mère est décédée à sa naissance et il eut bien peu de liens avec son père, homme d'affaires japonais devenu un temps ministre.

il lui a fallu du temps avant de se ranger et de vivre une vie "saine" !

Fasciné depuis toujours par la Russie et sa rencontre avec Sacha, conférencier russe, ne fait que renforcer son amour pour ce pays et sa culture. Et pourtant, les relations entre le Japon et la Russie ont été compliquées depuis de longues années.

Le grand-père aurait participé à des massacres en 1905 en Russie. Le narrateur va d'ailleurs entreprendre un voyage vers ses origines près de la frontière russe avant de la franchir.

Sacha va brusquement disparaître et Olya va entrer dans sa vie. Elle aussi est russe. Elle est venue au Japon pour se prostituer. Le narrateur l'a rencontrée dans un bar et a eu immédiatement une attirance pour elle. Ils vont se revoir régulièrement jusqu'à ce qu'elle aussi s’éclipse.

Deux russes qui entrent dans sa vie puis en sortent brusquement. Etrange situation. Et si c'étaient des espions?

On en est là de ses interrogations quand il quitte le Japon.

Le lecteur entre dans ce monde russo-japonais pour se rappeler que ces pays si proches géographiquement sont en fait complètement différents dans tous les domaines : culture, conditions de vie, économie etc...

On décroche de temps en temps, il faut l'avouer mais la langue est toujours de grande qualité, proche de la poésie dans son élaboration et dans sa narration.

L'auteur, Michel Louyot a été attaché culturel à Moscou puis il a vécu neuf ans au Japon, où il a dirigé l'institut franco-japonais de Kyushu et enseigné le français à l'université du Kurumu, d'où sa parfaite connaissance du contexte historico-culturel du roman. 

"Sacha a disparu". J'avais gardé le billet, le lisant et le relisant en cherchant à deviner quelque intention ou émotion derrière les mots. L'écriture était d'une femme, à n'en pas douter. Une écriture raffinée. Sans doute une connaissance de Sacha, peut-être une amie intime. il était resté discret sur ses relations. L'âme russe recelait bien des mystères. Je n'en avais pas fini de sonder l'énigme de ce pays composite, asiate vu de l'Europe, branche orientale du continent européen vu de l’Asie.

Merci à Estelle, attachée de presse et à l'éditeur HD de m'avoir adressé ce roman que je recommande pour sa langue et son contexte historico-culturel.

Bonne lecture,

Denis

Olya de Michel Louyot (HD - Ateliers Henry Dougier)
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10 août 2019 6 10 /08 /août /2019 16:18
Une fleur éclot dans la nuit de Maxime Patry (L'Age d'Homme)

Une fleur éclot dans la nuit de Maxime Patry

(L'âge d'homme - Collection "Littératures" - 137 pages - mars 2019)

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Un titre éminemment poétique pour un premier roman d'un jeune auteur normand, Maxime Patry, titulaire d'un "Master ès Lettres", assorti d'une publication chez un éditeur de prestige "L'âge d'homme".

Tout pour m'avoir donné envie d'accepter un exemplaire de la part de l'auteur pour lire le livre et en parler ainsi sur le blog.

 

Le roman nous entraîne dans un étrange pays : Terracognita.

Et l'auteur présente ainsi la première partie du roman, à la manière des romans du XIXe siècle :

 

Ce qu'il en est de Securù, de ce garçon à l'avenir prompt et fier d'homme, c'est précisément ce que nous voulons savoir et dire. Ainsi la parole doit naître : il faut laisser se dérouler ce flux incertain, une voix légère comme un vent se déploie, venue de l'invisible.
Ce que nous voulons, c'est laisser venir les mots comme la rivière creuse son sillon et s'enfonce dans les strates toujours plus profondes et inconnues des vies.
De ce flot naissant jaillissent de plus anciennes paroles à travers les voix des vivants. Pour comprendre,il nous faut les écouter.

Laissons donc venir les mots et nous familiariser avec Terracognita et le "héros" du roman Securù au fil des pages.

Retour aux origines de ces terres dominées par un désert, une forêt et la mer, composées également d'un Domaine des Dieux, des Chemins sacrés, une mangrove et une ville, comme nous le montre une carte.

Puis apparaît Securù. Il travaille sur le port et rêve comme tous les habitants de l'île de naviguer. 

Un soir, il aperçoit une belle femme à la poitrine nue, évanescente. Elle semble venir du navire à quai, "La Vierge des Mers". Au matin, le navire est prêt à appareiller, alors Securù se propose à embarquer et il est accepté.

Son rêve, qui est aussi une réalité chez les insulaires, de naviguer se réalise mais son objectif est de revoir cette femme.

Seulement, il comprend très vite qu'elle est l'épouse du Capitaine et il la protège des autres marins en la cachant soigneusement au regard de ces hommes.

Sauf qu'il parle de vouloir la rencontrer, et quand le second, Marsile, en parle au Capitaine tout se complique pour lui. Il est mis aux arrêts et enfermé dans une geôle, avec interdiction de descendre du navire lors des escales. Une seule compensation, il fait les comptes et peut donner des conseils de "rentabilité" au Capitaine.

Pourra-t-il espérer quand même revoir cette femme? Tout le roman est bâti sur cette énigme.

 

J'ai pensé au roman de jack London : "Le loup des Mers" où il y a également une telle confrontation entre un Capitaine de navire et un jeune homme novice qui finit par beaucoup apprendre à son contact et progresser, au point d'arriver, non sans violence, "presque" à une complicité entre eux.

 

Un beau premier roman suffisamment court pour ne pas lasser le lecteur en lui disant l'essentiel de l'histoire.

On ne s'ennuie pas un instant et on se sent vivre aux côtés de Securù dans ce "huis-clos" promis au rêve et à l'angoisse tout autant.

 

Une belle découverte et encore merci à l'auteur de m'avoir proposé son livre à ma lecture.

Bonne lecture,

Denis

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30 juillet 2019 2 30 /07 /juillet /2019 16:48
Journal des Goncourt : fin de la préface et début du journal le 2 décembre 1851 (épisode 2)

La semaine dernière, j'ai annoncé la lecture du Journal des Goncourt

Ci-dessous, fin de la préface :

"Ce journal a été commencé le 2 décembre 1851, jour de la mise en vente de notre premier livre, qui parut le jour du coup d'état.
(...) Mon frère mort, regardant notre oeuvre littéraire comme terminée, je prenais la résolution de cacheter le journal à la date du 20 janvier 1870, aux dernières lignes tracées par sa main. Mais alors j'étais mordu du désir amer de me raconter à moi-même les derniers mois et la mort du pauvre cher, et presque aussitôt les tragiques épisodes du siège et de la Commune m'entraînaient à continuer ce journal, qui est encore, de temps en temps, le confident de ma pensée"
Edmond de Goncourt (Schliersee, août 1872)

"(...) Je demande enfin au lecteur de se montrer indulgent pour les premières années, où nous n'étions que d'assez imparfaits rédacteurs de la "note d'après nature ; puis il voudra bien songer aussi qu'en ce temps de début, nos relations étaient très restreintes et, par conséquent, le champ de nos observations assez borné."
E de G

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Et ensuite le journal commence ainsi, comme annoncé par Edmond, le 2 décembre 1851 :


"Au jour du jugement dernier, quand les âmes seront amenées à la barre par de grands anges, qui, pendant les longs débats, dormiront, à l'instar des gendarmes, le menton sur leurs deux gants d'ordonnance, et quand Dieu le père, en son auguste barbe blanche, ainsi  que les membres de l'Institut le peignent dans les coupoles des églises, quand Dieu m'interrogera sur mes pensées, sur mes actes, sur les choses auxquelles j'ai prêté la complicité de mes yeux, ce jour-là : "Hélas ! Seigneur, répondrai-je, j'ai vu un coup d'Etat !" "

 

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Denis

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