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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 20:40
Shoot : 1 - L'autre d'Iza de Gisse (La Bourdonnaye)

Shoot : 1 - L'autre d'Iza de Gisse

(La Bourdonnaye - Août 2015 - 333 pages)

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Lire un livre reçu en S.P. est souvent synonyme de piège : avons-nous le droit de dire la vérité, toute la vérité ?  Oui, oui et oui.

Et j'ai osé prévenir l'auteure : j'ai vraiment aimé son roman et son style.

Merci à Loley de m'avoir mis en contact avec Iza de Gisse pour découvrir son livre.

D'entrée, je peux dire que je n'ai jamais touché à la drogue d'une manière ou d'une autre. Je suis un "sage homme" ! Alors, plonger dans l'univers de Benjamin dit "papi", jeune homme toxicomane et vendeur de drogue était une aventure originale pour moi.

 

 

Nous sommes en 1994.

Benjamin dit papi vient de voler de l'alcool dans un supermarché et s'enfuit en voiture avec son complice Kevin. Depuis cinq ans il n'avait plus rien fait avec ce "fou" mais comme il doit de l'argent à. Bruno il n'avait pas le choix. Ils se sont bien shootés avant le vol pour se sentir plus à l'aise et moins conscients des risques.

Bruno est photoreporter mais aussi dealer. Papi va chercher la drogue à Rotterdam et la vend à ses amis. Papi se rend compte qu'il se tue à consommer toute cette drogue et il pense aussi à sa mère chez qui il vit et à qui il fait endurer ses comportements de camé.

Papi est allé en prison à cause de Kevin mais il ne lui en veut plus. Et là dans la voiture de la fuite il ne sait plus où il est entre rêve et réalité. La cavale continue à pied car il n'y a plus d'essence dans la voiture. Kevin a braqué un barman entretemps et papi ne comprend rien à tout cela. Il n'est pas lucide et poursuivi ll se cache dans un trou plein d'immondices.

Il ressort du chantier et marche dignement dans Paname. Il a trouvé une bouteille de vin et en boit quelques gorgées quand il tombe sur une patrouille de flics. Il ne dit rien mais se retrouve au"36" où là on trouve de la came sur lui. C'en est fini de ses rêves!

C'est Pujol qui l'interroge, un flic qui se veut compréhensif d'autant qu'un de ses flics s' est suicidé la semaine dernière et il lui disait qu'il fallait aider les toxicomanes.

Le soir il est conduit en prison en attendant sa comparution devant le juge. L'endroit est insalubre et surchargé en détenus. Là aussi on vit l'humiliation de la promiscuité et de l'absence de toute hygiène sans oublier qu'il a fallu passer par la fouille humiliante.

Il passe devant le tribunal et écope de trois mois de prison avec sursis.

Il deale à nouveau près du centre commercial. Mais sa mère lui a dit qu'elle venait de prendre sa retraite par anticipation et cela change tout pour lui. Finie sa liberté de faire venir qui il veut dans la journée et de recevoir des appels téléphoniques. Il va devoir réorganiser sa vie.

 

Une vie déjà tellement gâchée par son addiction à la drogue. Mais en sortir est tellement difficile. Bruno est son gourou et Benjamin a une rénération pour lui. Kevin est un ami qu'il a envie de fuir régulièrement. Quant à sa mère, elle a sans doute tout compris de sa vie mais elle reste passive devant la vie de son fils.

 

Shoot est cette vision intérieure de l'esprit d'un drogué. Il écrit avec lucidité cet état de fait. On se laisse entraîné avec lui, dans ses confusions de temps et de lieux. On croit à son histoire et on oublie que la fiction de ses hallucinations vient perturber le récit. Mais justement la force du roman est là, de nous "hypnotiser" en tant que lecteur. On court à ses côtés et bien sûr on voudrait l'aider à sortir de tout cela.

L'autre, c'est la voix qui est en lui et qui lui dit ce qu'il devrait faire, sentir. Ses propos sont en italique tout au long du livre. Car il y a une voix intérieure très puissante qui contrebalance les instincts du moment de Benjamin. Un voix de la conscience pour cet être toujours entre deux "eaux".

 

Benjamin est lui-même le narrateur de son roman. Il a pris la distance du temps car il écrit son histoire dans les temps du passé.

 

Extrait page 60 : "Je progressais dans une espèce de transe de peur et de dégoût. Mes pieds tâtonnaient le sol à chaque pas, mes mains raclaient une paroi hasardeuse. Toute la came que je m'étais collée dans la soirée bouillait dans mes veines. L'odeur de charogne me donnait des haut-le-coeur. Je vomissais de la bile toutes les trois secondes... Je me sentais à la fois mou et survolté... J'étais en nage".

 

Comme il s'agit d'un titre 1 - L'autre, on attend avec impatience la suite car la fin du livre nous laisse augurer qu'il va se passer quelque chose d'inattendu au bout du voyage...

 

Un livre que je recommande très sincèrement car il a du corps et du caractère.

 

Encore merci à l'auteure, à l'éditeur et à Loley.

 

Denis

 

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 17:42
Profession du père de Sorj Chalandon (Grasset)

Profession du père de Sorj Chalandon

(Grasset - 316 pages - Août 2015)

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"Profession du père" est le septième roman de Sorj Chalandon, né en 1952, journaliste devenu écrivain en 2005 et régulièrement primé. Dans ce roman, il se vieillit de trois ans pour naître en 1949 et raconter sa jeunesse auprès de cet étrange père.

 

André Choulans, le père, est incinéré le 23 avril 2011 en présence de sa veuve et de son fils Émile. 50 ans avant jour pour jour avait lieu le putsch d'Alger que le père encensait, farouche adversaire du Général de Gaulle.

Salan, un héros pour le père. Il impose à Émile d'écrire à la craie sur les murs des rues ce nom. Et quand le putsch est terminé Émile doit écrire OAS. Et le père parle de Ted un ami américain rencontré à la base militaire de Châteauroux et qui va revenir en France. André peut enfin dire tout ces "secrets" à son fils qui est pour lui un homme à présent qu'il a douze ans.

Quelle profession du père à mettre sur les papiers de l'école? Agent secret ou encore mieux "sans". Émile doit aussi être un soldat de la clandestinité. Alors son père veut en faire un sportif et un agent secret comme lui.

Il lui invente un dimanche une mission : aller porter un message secret à Salan caché chez Ted pour qu'Emile apprenne ainsi à se cacher, surveiller et espionner.

Et puis le père fait aussi croire qu'il est en contact par écrit avec de Gaulle depuis plusieurs années. D'ailleurs il a mis en gage chez son ami garagiste une lettre du général.

Le père se montre souvent violent avec son fils. Il lui raconte une nouvelle histoire. Lui et Ted doivent cacher un danseur russe qui ne veut pas rentrer en URSS.

Et bien sûr le père et Ted ont été impliqués dans l'attentat du Petit Clamart.

La guerre d'Algérie est terminée et Luca Biglioni est rentré d'Algérie avec ses parents, chassés du pays. Arrivé dans sa classe, Émile veut en faire un adepte de l'OAS.

Et Émile éduque Luca à la manière de son père. La prochaine mission est l'assassinat de de Gaulle le 1er janvier 1963. Et ce sera Luca qui le tuera. Sa récompense sera d'épouser la fille du chef de l'OAS. Luca semble tout gober. Quant à Émile ses mauvaises notes le prive de Noël et est sévèrement sanctionné.

Luca a suivi toutes les instructions d' Émile y compris couper les fils électriques de chez lui et fuir avec l'argent et les papiers de ses parents. Il s' est présenté à la porte des parents d'Émile compliquant encore plus les choses. Et puis il a fugué, retrouvé deux jours plus tard et mis en pension. L'enquête au lycée n'a rien donné sur un éventuel complice.

Émile est venu en tenue d'agent secret avec le pistolet de son père ce qui a fait scandale à l'école.

Emile passe un encéphalogramme pour être sûr qu'il n'est pas fou mais c'est son père qui semble fou à la fin de sa vie.

 

 

Un père mégalomane, violent, égocentrique, solitaire, mystérieux et une mère soumise au père, sans envergure au point d'abandonner l'éducation "militaire" de son fils à son mari.

Un fils qui se vange sur un ami de classe en faisant de Luca un nouveau "bouc-émissaire".

Emile a-t-il été heureux malgré tout ? Après une enfance difficile puis une vie d'adulte loin de parents isolés qui refusent de s'intéresser à la vie de leur fils.

Le livre débute et se termine sur l'inhumation du père, comme une boucle bouclée.

Le style du livre est à l'image de cette éducation martiale. Phrases courtes qui claquent comme les sentances et agissements d'André Choulans.

 

Exemple page 89 : "J'ai été privé de dîner. Il a allumé la radio. Chaque soir, la voix du transistor m'aidait à m'endormir. La vaisselle, l'eau, les chaises raclées sur le sol, le pas des parents, une rumeur qui disait la fin du jour. // Personne n'est venu me voir. Ma jambe me faisait mal. Je grelottais. Petits mouvements de mâchoire. J'avalais ma salive pour soulager mon oreille. Pas un bruit dans l'appartement, pas un mot. Rien? Ni sa voix à lui, ni sa voix à elle. J'ai attendu longtemps que quelqu'un parle de nouveau. Le sommeil m'a surpris comme ça, les yeux ouverts".

 

Un livre fort, émouvant, dérangeant aussi car on a du mal à accepter toutes ces brimades envers Emile et envers Luca.

 

A lire absolument,

Denis

 

 

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 20:35
La rascasse avant la bouillabaisse de Gilles Del Pappas (Lajouanie)

La rascasse avant la bouillasbaisse de Gilles Del Pappas

(Lajouanie - mars 2015 - 197 pages)

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Le titre nous annonce bien que l'action va se passer à Marseille et il ne nous donne pas très faim, il faut bien le reconnaitre.

N'oublions pas le sous-titre de l'éditeur pour les romans qu'il publie : "Roman policier mais pas que...". On n'est donc pas dans un "polar standardisé". Et c'est tout à fait exact.

Voici l'histoire en quelques phrases :

 

Robert dit Bob, le narrateur s'apprête à faire un mauvais coup un soir de poker entre malfrats marseillais. Celui pour lequel il vient est un certain Guy rencontré en Guyane. Il raconte alors dans le détail comment il en est arrivé là.

 

Les deux hommes  sont allés pêcher en Guyane et se trouvent en présence d'un sac d'or dont ils s'emparent et qu'ils vont vendre au Surinam à un ami de Guy, ce dernier sans scrupules envoie deux tueurs à leur trousse pour récupérer l'argent. Mais les deux français les tuent et s'envolent pour Belém.

Comme Guy est un sale type, violent, bob s'en détache, lit Amado en français sur un banc ce qui lui vaut d'être abordé par Eduarda une belle étudiante en traduction. Elle parle bien français et voudrait le perfectionner avec lui.

Guy replonge dans les magouilles alors que Bob vit discrètement son amour pour Eduarda. Guy vient toutefois toujours se rappeler à lui car Bob reste complice de tout ce qu'ils ont fait.

Guy rôde et quand il apprend que le père d'Eduarda dirige un laboratoire de médicaments il veut lui être présenté.

Il emmène Bob dans une bijouterie et tue l'ouvrier. Bob s'enfuit outré mais il est cueilli à l'hôtel par la police et écope d'une peine de vingt ans...

C'est alors que tout s'emballe. Guy est capable du pire sans scrupules. Le lecteur n'est pas au bout de ses peines avec ce sale type... On a déjà compris que Bob a toutes bonnes raisons de vouloir la peau de Guy.

De retour en France, il va préparer l'attaque avec une complice... Mais là encore, le lecteur ne va pas s'attendre du tout à l'issue finale du roman.

 

Ce livre est génial pour tout cela. En moins de 200 pages, donc en allant à l'essentiel dans une langue truculente, on va de rebondissements en rebondissements. Autant Guy est tout le temps un "pourri", Bob est capable de grande tendresse, voire d'honnêteté, sachant apprécier les livres, le cinéma et les filles bien sûr...

Tous les clichés du "polar sans flics mais entre truands" se cachent dans ce roman mais Gilles Del Pappas sait nous "envoûter" pour le meilleur de la lecture et pour le pire des atrocités commises par Guy...

A lire absolument...

 

Denis

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 19:00
La pieuvre de Jacques Saussey (Toucan Noir)

La pieuvre de Jacques Saussey

(Toucan Noir - mars 2015 - 556 pages)

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La couverture nous annonce "Elle est partout. Elle est impitoyable...". Il s'agit bien sûr de la pieuvre qui sévit partout en Italie, en France notamment. C'est la mafia dirons-nous.

L'auteur nous avertit d'entrée de jeu : "Tous les personnages et les événements de ce roman, hormis les points historiques liés aux juges Falcone et Borsellino, sont purement fictifs".

Je vous renvoie à cet article écrit à l'occasion des 20 ans de l'assassinant des deux juges antimafias :

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/assassinats-de-falcone-et-borsellino-je-n-ai-jamais-reussi-a-oublier-ces-images_1138032.htm

 

Le livre a été écrit sous le "haut patronage" de Franck Thilliez, dédicataire du roman.

J'avoue avoir été emporté par l'histoire qui se lit comme un vrai thriller où les rebondissements, les meurtres tiennent en alerte. Par contre, je n'ai pas été subjugué par le style que je trouve plat, en ce sens où l'histoire se suffit à elle-même et il n'y a pas de place à autre chose qu'à l'efficacité du suspens. C'est dommage car j'attache toujours beaucoup d'importance à la forme.

La grande originalité vient de ce que deux temps très proches se superposent et viennent à la fin se rejoindre au jour J. Tout le reste du roman commence à deux dates précises : 3 septembre (J-5) et 26 août (J-13).

J-5 : Samir vient livrer en scooter de la cam dans un immeuble et ne voit pas entrer un type en noir qui le tue.

J-13 : Lisa Heslin apprend au téléphone que sa mère est sur le point de mourir. Elle décide aussitôt de prendre le train pour Sanary. Mariée à Daniel Magne elle est flic comme lui et bien que sa mère l'ait abandonnée quand elle avait huit ans elle veut aller la voir avant qu'elle ne meure. Un homme l'observe dans le train sans savoir qu'elle est suivie.

J-4 : Daniel apprend que ce sont de semblables balles qui ont tué Samir et plus de 20 ans plus tôt le juge Heslin le père de Lisa.

J-13 : Lisa est enfin arrivée à la clinique. Elle apprend par le médecin que sa mère n'a jamais porté d'enfants un examen médical le révèle formellement. Qui est donc sa mère? Elle prend les clés de sa mère et se rend à l'appartement. Elle va d'ailleurs y dormir après avoir mangé dans une pizzeria où elle n'a pas remarqué la présence d'un homme.

 

Et ainsi se poursuit l'intrigue où le couple vit deux instants différents : l'un à Paris essentiellement et l'autre à Sanaris puis en Suisse où se situe le mystérieux chalet du juge avant de se réunir pour la fin de l'enquête à Paris et sa banlieue.

Les meurtres vont s'enchaïner et ce qui surprend surtout c'est que l'arme qui a tué le juge est de retour 20 ans après !! Lisa elle-même va devoir échapper à des tueurs dans un parking souterrain. La "pieuvre" mafieuse est partout et elle a décidé de réattaquer tous ceux qui étaient plus ou moins liés au juge Heslin.

 

Lisa va de révélations en révélations au sujet de son passé : son père lui a laissé une lettre édifiante concernant sa mère d'origine italienne. Elle a vu un règlement de comptes entre mafieux et a dû fuir en France. C'est alors que son père l'a protégée puis aimée. Lisa est née mais peu après Gina a été tuée.

 

Un chirurgien assassiné à son domicile. Un troisième meurtre avec l'arme qui a tué le juge il y a plus de vingt ans. Magne ne sait que penser de tout cela. Lisa pourrait être impliquée dans ces meurtres !! Tous ces meurtres qui ne cessent de croitre ne peuvent venir que de très haut, peut-être même des ministères...

 

Les cartes sont brouillées pour troubler le lecteur qui n'arrive pas à s'arracher à cette histoire. Jusqu'aux derniers chapitres on ne sait pas qui exécute tous ces meurtres et puis l'auteur nous le révèle pour nous entraîner dans son sillage et vivre ce jour J qui va bien sûr terminer le roman.

 

Un très passionnant thriller assurément, malgré le bémol d'un style trop "terre à terre" à mon goût.

 

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

 

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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 21:10
Augustino et le choeur de la destruction de M.C. Blais (Le Seuil)

Augustino et le choeur de la destruction de Marie-Claire Blais

(Edtions du Seuil - 2006 - 302 pages)

Première édition Canada : Editions du Boréal - 2005

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Un livre original à l'écriture envoûtante qui saisit  beaucoup plus que l'histoire en elle-même que l'on pourrait résumer en une courte phrase : moments d'une famille en état de décomposition, voire de destruction pour faire référence au titre du roman.

Un roman de 302 pages uniquement ponctué de virgules et de rares points pour former un ensemble "compact" sans retour à la ligne, sans paragraphes.

Un serpent de mer qui se passe sur une île des Caraïbes et un peu partout dans le monde dont le Rwanda du temps du génocide.

Une famille composée en partie d'artistes qui vivent dans "leur monde" aimant Stravinski, Britten ou Messiaen ou Marie Curie... selon leurs affinités.

Certains ont mal tourné entre drogue et prostitution. Mai, la jeune enfant, est fugueuse et en avance sur son âge, n'ayant peur de rien.

La mère, une des "patriarches" de la famille, est malade, à présent sa main tremblant de plus en plus...

On voit passer Lou, Nora, Ari, Caroline... Une cinquantaine de personnes entre présent et passé.

 

Il y a bien longtemps que je n'avais pas lu un roman comme celui-ci que l'on pourrait classer en "littérature expérimentale" comme on en lisait dans les années 80-90. Mathias Enard a relevé le défi tout comme Marie-Claude Blais.

 

On est pratiquement dans un livre de poésie où la langue, les mots, les consonnances rappellent que l'on "flirte" avec cet univers poétique.

Augustino est le maître d'oeuvre, jeune écrivain brimé par son père qui voulait en faire un médecin. Mais il écrit tout de même "sous le manteau".

 

Un extrait pour mieux "entendre" le ton du roman (page 182-183) :

"... , j'aime vous écouter, Nora, dit Mère, comme si votre engagement me soulageait de ma vie peu active, sauf auprès de ma famille bien entendu, pourquoi n'ai-je pas fondé des hôpitaux moi aussi, comme l'ont fait vos amies, des femmes médecins, pendant qu'elles retirent de la rue des enfants et des handicapés qui n'ont d'abris que des auvents pendant la saison des pluies, je ne sers qu'à éduquer mes petits-enfants, j'étais et suis toujours la directrice culturelle de quelques musées, mais c'est bien peu, les joues de Mère s'étaient embrasées, elle était soudain fière d'elle-même et de Nora, ..."

 

Une auteure, Marie-Claire Blais, née en 1939, et qui a obtenu le Prix Médicis en 1966, pour "Une saison dans la vie d'Emmanuel". Elle est considérée comme une des grandes écrivaines canadiennes sans doute pas assez connue, au moins en France.

 

C'est une lecture parfois difficile car on mélange les personnages mais quand on avance dans ces méandres on se laisse emporter dans un univers familial étonnant...

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Lecture faite dans le cadre de "Québec en novembre" organisé par Karine et Laurence.

Augustino et le choeur de la destruction de M.C. Blais (Le Seuil)
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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 18:07
Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier (XYZ)

Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saussier

(XYZ Editeur - Canada - 179 pages - 2011)

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Une photographe en quête de Boychuk, un vieillard qu'elle espère rencontrer au fin fonds des bois, tombe sur le vieux Charlie et son chien. Il l'héberge pour la nuit et lui dit que celui qu'elle cherche est mort. Il était un des derniers survivants du Grand Feu de 1913 et qu'elle espérait photographier.

Tom vient les rejoindre et ils vont sur la tombe de Boychuk puis la photographe repart après avoir pris quelques photos qu'elle promet de ramener.

Bruno est plus jeune que ses trois compagnons et quand il arrive il apprend lui aussi la mort de Ted Boychuk. Il cherchait un terrain pour cultiver de la marijuana et Ted avait accepté moyennant l'obtention de matériel pour sa peinture. Et de fait quand ils sont allés dans ses cabanes ils ont découvert nombre de tableaux plus sombres les uns que les autres.

Steve tient en gérance l'hôtel souvent désert du coin. Et Bruno arrive avec sa vieille tante Gertrude qui a passé plus de 60 ans dans un asile. Elle est venue voir sa belle-soeur et n'a plus voulu retourner à l'asile de Toronto si bien qu'il l'a amenée ici. Il lui faut de faux papiers. C'est le job de Steve.

 

Ted Boychuck a survécu jeune adolescent au terrible Grand Feu de 1916 à Matheson. Sa famille a péri et lui a erré pendant des mois et des années marquant ceux qui l'ont croisé et en ont fait la légende du jeune "aveugle" victime d'une cécité temporaire due à l'incendie.

La photographe a eu vent de cette légende et une vieille rescapée lui a dit qu'il pleuvait des oiseaux carbonisés. Ces regards de vieux, ces légendes l'ont ainsi conduite jusque chez cet homme hélas mort juste avant son arrivée.

Il faut construire une maison pour Gertrude qui se fait appeler maintenant Marie-Desneige. Et la photographe revient quand la maison devient habitable et tout de suite elles deviennent amies. Mais la première nuit est difficile pour cette femme venue de l'asile et toujours habituée à être entourée trouve asile chez Charlie.

On ne parle plus de la mort ici à présent. Charlie et Marie-Desneige deviennent très intimes et elle lui raconte quelques horreurs de sa vie à l'asile.

Les tableaux de Ted sont à regrouper en séries et Marie-Desneige reconnaît les jumelles Polson. On pourrait penser que Ted a été amoureux de l'une d'elles.

 

La photographe va au musée de Matheson où elle retrouve les traces des jumelles entre autres...

 

Etrange roman que ce livre "Il pleuvait des oiseaux". Le titre est déjà une intrigue à lui seul. On se croirait dans un conte et puis le tragique des vies cotoie le bonheur de la solitude et de l'éloignement du monde.

Livre optimiste par l'amour qui peut survenir à tout moment et surtout quand on ne l'attend pas. Malgré tous les efforts pour être heureux seul ou à plusieurs, il y a toujous un moment où les difficultés, le malheur reviennent.

Ce roman fait ainsi alterner des temps de "ravissement" et des moments de doute, de tristesse. On croirait aussi que l'art peut sauver une vie et pourtant l'oeuvre de Ted qui domine une grande partie du roman est sombre et veut dire l'horreur par les couleurs sombres et l'espoir qui point entre les couleurs. L'espoir de retrouver les êtres chers en pleine tragédie.

 

Je ne suis pas sûr d'avoir aimé ce livre et pourtant au-delà de sa lecture au premier degré que l'on peut en faire, il faut aller entre les lignes, entre le sens et les sens, pour y trouver une profondeur qui fait dire que ce livre est à lire comme un conte philosophique qui lui donne son ton et sa force.

 

Bonne lecture "troublée", "troublante",

 

Denis

 

Lecture faite dans le cadre de Québec en novembre organisé comme chaque année par Laurence et Karine

Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier (XYZ)
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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 17:50
Ravensbrück mon amour de Stanislas Petrosky (Atelier Mosesu)

Ravensbrück mon amour de Stanislas Petrosky

(L'Atelier Mosesu - collection 39-45 - 230 pages - février 2015)

 

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Premier roman "choc" de Stanislas Petrosky, annoncé en préambule comme tel : "Ce livre est sombre, violent, l'auteur utilise des mots crus, odorants, bruyants, gênants, grinçants, qui brûlent les yeux et peuvent révolter, simplement parce qu'il ne faut pas oublier, c'était il n'y a pas si longtemps, ce n'était pas de la fiction".

 

Et en effet, on est très vite plongé dans l'univers du camp de Ravensbrück (Le pont aux corbeaux) :

 

Au seuil de la mort à 77 ans, Gunther Frazentich, allemant, raconte son histoire. Fils de paysans, passionné d'art et de dessin, né en 1918, il est enrôlé à 20 ans pour participer à la construction du camp de concentration de Ravensbrück. Devenu par la force des choses kapo , il voit arriver les premiers convois de femmes.

Rosenthal le gynécologue du camp se montre atroce avec les femmes qu'il oblige à avorter. Günther se met à dessiner les scènes cruelles qu'il voit pour témoigner plus tard des atrocités commises. Il est surpris par une chef qui décide alors qu'il sera le dessinateur du camp.

Il se sent lâche d'accepter toutes ces exactions contre ces femmes prisonnières. Pour se consoler il dessine avec le plus de véracité possible.

Les kapos ne sont pas épargnés dès lors où ils ne doivent montrer aucune compassion pour les détenues. Lui réussit à leur faire des sourires dans l'infirmerie par exemple.

Et il doit assister aux expériences du Dr Gebhardt sur de jeunes femmes car le chirurgien veut créer des plaies importantes sur des jambes saines pour ensuite expérimenter un traitement au sulfamide.

Convoquées dès trois heures du matin, les heures d'appel sont interminables pour les prisonnières et Günther est obligé de dessiner encore et toujours.

Bientôt, des prisonniers hommes sont  détenus pour effectuer les travaux difficiles et comble de l'humiliation on aime montrer ces femmes aux hommes en les faisant se mettre nues face à eux derrière les barbelés.

Avec la solution finale mise en place un four crématoire est construit à Ravensbrück et Günther réussit à cacher ses doubles de dessins dans les murs.

En 1942 commencent à arriver les enfants qui ne sont pas ménagés non plus mais les adultes font ce qu'ils peuvent pour les aider, les soigner à l'image d'une française Hélène que Günther aide à intervenir dans les blocs.

Et puis arrive une française juive, Edna, étudiante en histoire que Günther remarque pour sa beauté.il la dessine et tombe amoureux aussitôt. Il décide de la sauver et lui dit de se faire passer pour couturière car alors Hélène pourra la prendre en charge.

 

Une histoire d'amour pour faire souffler le lecteur. C'est ce que l'on se dit vers le tiers du livre car rien n'a été épargné au lecteur jusqu'à présent.

Mais l'amour peut-il exister et survivre à la lourde loi d'un camp de concentration et de travail où rien n'est épargné aux prisonniers et aux kapos.

 

Livre pesant par sa noirceur annoncée mais très bien mené. Un livre très documenté avec des personnages réels qui passent tels ces monstrueux médecins Rosenthal et Gebhardt, Himmler aussi l'initiateur de la solution finale. Et une narration sous le signe du "je" pour montrer de l'intérieur comment un être humain est plongé contre son gré dans un monde de l'infamie où toute trace d'humanité est bannie par ses dirigeants.

 

Le titre du livre m'a fait penser à "Hiroshima mon amour" le film d'Alain Resnais écrit par Marguerite Duras. Coïncidence ou volonté de clin d'oeil de l'auteur !!!

 

A lire, à méditer...

Bonne lecture,

 

Denis

 

Et merci à Martine Beau-Delomos de m'avoir mis entre les mains ce livre.

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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 20:23
Un lundi sans bruit de Max Férandon (Carnets Nord)

Un lundi sans bruit de Max Férandon

(Carnets Nord - avril 2015 - 172 pages)

Première édition : 2014 - Editions Alto -Canada

                                        

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Deux parties dans ce roman au ton souvent « caustique » malgré son humour très « premier degré » :

1/Aujourd'hui

Amédée travaille dans une scierie et n'aime pas les lundis. Il fait de la lundinite aiguë. Goguenard le patron de la scierie n'est pas là. Ainsi, c'est Amédée qui accueille les frères Crasimir, 2 redoutables bulgares "mafieux". Il est toujours dans les coups foireux son patron et quand il rentre, Amédée apprend qu'il a fait convoyer dans un cercueil un tableau qui a été volé et les bulgares croient que Goguenard est complice du vol.

Saint-Priest-la-brume a ainsi vu arriver ce lundi les deux bulgares ainsi que les Prunier, mimes de père en fils. Et c’est Ginette, l’amante d'Amédée, qui va recevoir ce monde à l'hôtel d'Auvergne.

Le pauvre Goguenard a eu bien des déboires avec les émirs du Qatar qui voulaient des cercueils en chêne. Trois cents ont été commandés mais le onze-septembre est passé par là et ses cercueils lui sont restés sur les bras. Et alors qu'il vient de faire affaires avec un négociant de vin qui lui a demandé d'ajouter de la sciure de bois pour faire vin vieilli en fût, le type se tue sur la route. C’est dire que cette histoire du tableau volé complique encore la situation.

Mme Goguenard a pour amant le charcutier. Les Crasimir croient que c'est le mari, l'assomme et partent avec lui en camion. Mais Amédée les suit, récupère le cercueil dans lequel est placé le charcutier Alors survient un accident avec un camion de lait qui complique tout…

2/ Hier

La famille juive Ackermann doit fuir l'Alsace au moment de l'exode pendant la deuxième guerre mondiale, faisant halte à Montluçon non sécurisée et finissent par arriver à Saint-Priest-la-brume. Le jeune Josef devenu Jérôme, est placé chez un agriculteur et va à l'école. Grâce à ses instituteurs et à un gendarme complaisant il échappe à une rafle.

Le mime Prunier arrive également à Saint-Priest-la-brume en juin 1943.

Brehmer, lui, est le responsable allemand de la ville et essaye tant bien que mal de temporiser quand il le peut. Seulement les temps changent et les ordres deviennent plus sévères et sur proposition de français soumis à l'autorité allemande une liste est dressée de français à arrêter.

Car il est beaucoup question de listes dans cette partie du récit.

Jérôme se retrouve seul dans la ville quand un lundi matin l'armée allemande vient anéantir la ville… Sera-ce un lundi sans bruit ?

 

On l’aura compris, 2 parties qui sont le miroir de l’autre car le fameux tableau volé était déjà présent dans l’histoire d’hier ainsi que les mimes. M. de La Mothe Grébière, bien vieux et sans tête se voit acheter, racheter son tableau sans cesse, ce qui n’est pas si grave quand on apprend dans la 2e partie, qu’il était pronazi…

Alors, comme je le disais en préambule, l’auteur joue beaucoup avec les mots, même dans les moments tragiques.

Quelques exemples :

Les titres par exemple des « chapitres » : tueurs en scierie, symphonie picturale…

Page 11 : « Le scieur de long n’en mène pas large »

Page 139 : « Le colonel Heindorf vient de se faire limoger ». (Il était en poste à Limoges).

 

Un ton léger pour des situations compliquées qui font basculer les histoires du morbide dans le « burlesque ». On comprend donc très vite qu’il faut accepter ce ton pour entrer dans ce roman.

Ce n’est pas un coup de cœur, mais une très bonne lecture tout de même. Il n’y aurait pas eu ce contexte lourd de deuxième guerre mondiale j’aurais pris plus de plaisir à accepter un ton léger.

 

Merci à Fleur de Carnets Nord de m'avoir envoyé ce livre au demeurant de très belle facture littéraire.

 

A lire pour rire et pleurer...

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

A noter que j'ai lu et présenté il y a deux ans le premier roman de l'auteur chez le même éditeur : Monsieur Ho

 

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7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 17:30
BRUGES-LA-MORTE de Georges Rodenbach (Labor)

Bruges-la-morte de Georges Rodenbach (Editions Labor 167 pages)

Préface de François Duyckaerts

Lecture de Christian Berg

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Roman publié en 1892 par Georges Rodenbach né à Tournai en 1855 et mort à Paris en 1898.

Avocat, il devient écrivain et publie des contes, drames et romans dont "Bruges-la-Morte" qui lui vaut sa renommée.

 

Trois femmes envahissent l'espace de Hugues Viane : la femme morte, Barbe sa servante dévote et Jane Scott sa maîtresse. Sans oublier Bruges, la ville morte où Hugues est allé se réfugier après la mort de sa femme. Bruges est indiscutablement un des personnages clés de ce roman.

 

Sa femme est morte de maladie en quelques semaines à l'aube de la trentaine. Il l'aimait intensément et ne s'est pas remis de cette mort. Il s'est installé, il y a cinq ans ici juste après la mort car la ville ressemble vraiment à ce qu'il ressent.

Page 25 : "Et comme Bruges aussi était triste en ces fins d'après-midi!Il l'aimait ainsi! C'est pour sa tristesse même qu'il l'avait choisie et y était venu vivre après le grand désastre".

Un soir, il remarque une jeune femme dans la rue et se met à la suivre et voici comment il la voit : (Page 29)"Eh bien! oui! cette fois, il l'avait bien reconnue, et à toute évidence. Ce teint de pastel, ces yeux de prunelle dilatée et sombre dans la nacre, c'étaient les mêmes. Et tandis qu'il marchait derrière elle, ces cheveux qui apparaissaient dans la nuque, sous la capote noire et la voilette, étaient bien d'un or semblable, couleur d'ambre et de cocon, d'un jaune fluide et textuel".

Il trouve en cette femme qui se nomme Jane Scott le double de sa première femme. Le lendemain soir, il découvre qu'elle est danseuse et se met à l'aimer sachant que la ressemblance lui permet de ne pas trahir sa femme morte. Il lui loue une maison aux abords de la ville mais bien vite, à son insu, toute la ville connait sa liaison avec une femme volage qui a mauvaise réputation. Il est alors la risée de la ville.

Barbe, la servante, se rend à une fête dans son village et sa soeur lui parle de son maître et de cette femme. le curé lui dit ensuite qu'elle devra partir de chez Hugues si Jane vient s'installer chez lui, d'autant qu'à sa retraite elle doit entrer au couvent. C'est dire que sa "bigoterie" lui interdit toute compromission.

Et puis le temps passe et Hugues comprend que Jane prend ses distances avec lui, dépense beaucoup sur son compte et rencontre d'autres hommes.

Dans le même temps, il se rend compte qu'elle ne ressemble plus vraiment à son épouse. Mais Jane pense à un futur héritage possible puisque Hugues est seul et riche et s'accroche à lui...

Les choses vont finir par se compliquer, mais je n'en dirai rien pour ceux qui ne connaissent pas la fin de ce roman.

Le roman est assez court au style et à la narration efficaces. On sent une vraie atmosphère de mort et de tristesse, de malheur qui plâne sur la vie de Hugues dans une ville entièrement en phase avec sa psychologie.

Un grand roman dans la veine de cette fin de XIXe siècle avec "La jeune Belgique" et les auteurs français tels Mirbeau ou Huysmans. Beaucoup de lyrisme également dans cette prose. Bref, une belle lecture pour ce grand classique belge.

Bonne lecture,

Denis

 

Livre lu dans le cadre du "mois belge"organisé par Mina et Anne dont le thème pour ce mardi 7 avril est la lecture d'un classique d'avant 1960

 

BRUGES-LA-MORTE de Georges Rodenbach (Labor)
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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 15:42
Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud (Actes Sud)

Meursaut, contre-enquête de Kamel Daoud

(Actes Sud - mai 2014 - 155 pages)

Première édition : Alger 2013

Prix des cinq continents de la francophonie 2014

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"L'Etranger" d'Albert Camus paru en 1942 met en scène Meursault, un français d'Algérie qui apprend la mort de sa mère.

Pour mémoire, le roman débute ainsi "Aujourd'hui, maman est morte".

Dans sa "contre-enquête, l'auteur algérien Kamel Daoud commence comme ceci : "Aujourd'hui, M'ma est encore vivante".

Meursault va sembler très indifférent par rapport à cette mort puisqu'il va aller au cinéma par exemple plutôt que de vivre son deuil immédiatement. Et puis surtout il va tuer un arabe, anonyme, car Camus ne dit rien de cet homme. Personne ne s'intéresse à cette victime dans le roman. Alors Kemal Daoud a l'idée de cette "contre-enquête", donnant un nom à l'arabe. Il s'appelait  Moussa et son frère, Haroun, lui a survécu de longues années. Il avait 7 ans en 1942 et 70 ans plus tard il parle de son frère avec un jeune universitaire français venu en Algérie sur les traces de Camus et du roman. Ils se retrouvent dans un café où Haroun parle inlassablement car c'est la première fois qu'il peut réellement raconter ce passé, ce crime et puis aussi de ce qui s'est passé pendant la guerre d'Algérie. Ces rencontres sont un clin d'oeil de Daoud à "La chute" d'Albert Camus qui reprend également un dialogue dans un bar...

Haroun et plus encore sa mère, ne se sont jamais vraiment remis de cette mort "froide", anonyme. Il est allé sur la plage où son frère a été tué. Mais tout a changé à Alger depuis. Lui et sa mère sont allés ensuite vivre à Hadjout mais une nouvelle vie ne pouvait effacer la mort de Moussa. Il fallait d'une façon ou d'une autre, un jour... venger cette mort atroce et c'est la mère plus que Haroun qui souhaite cette vengeance.

L'amateur de Camus que je suis a trouvé beaucoup de plaisir à lire ce livre comme contrepoint de "l'histoire officielle". Cette fois, on est placé du côté des autochtones, frustrés d'avoir toujours été malmenés pendant la période coloniale. Si Meursault n'avait pas montré de la "négligence" vis-à-vis de sa mère morte, il n'aurait sans doute jamais été jugé.

Revivre le meurtre est troublant et montre que Camus s'est servi d'un fait divers avec des incohérences narratives qui voudraient démontrer que "L'Etranger" est un roman et que Moussa l'anonyme est peut-être bien réellement un anti-héros romanesque.

Kamel Daoud joue avec le romanesque à travers cet excellent "roman" à l'écriture de grande qualité et fluide. Les camusiens devraient aimer ce livre.

N'oublions pas que Kamel Daoud est menacé dans son pays d'une "fatwa". Il faut reconnaitre que dans son livre il fait quelques allusions sans complaisance pour l'Islam.

Bonne lecture,

Denis

 

 

J'ai lu ce livre également dans le cadre d'un challenge très original "un mois - une illustration" organisé par Sophie du blog amis-lecteurs (les lectures d'Angeselphie) et dont le thème ce mois-ci était une paire de chaussure que l'on devine sur la couverture du livre car elle laisse des traces sur le sable.

Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud (Actes Sud)
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