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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 18:14
Les cosmonautes ne font que passer d'Elitza Gueorguieva (Verticales)

Les cosmonautes ne font que passer d'Elitza Gueorguieva

(Editions Verticales - septembre 2016 - 180 pages)

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Nous voici devant un premier roman "jubilatoire" écrit par une jeune bulgare de 36 ans (née à Sofia en 1981) directement en français. Et quel français ! Un français que l'on sent être celui de l'enfance, transcrit bien plus tard par Elitza. Car la jeune fille du roman a 8 ans au moment de la chute du mur de Berlin. Elle était en Bulgarie et ne parlait pas un mot de français.

Sa culture c'était celle martelée par le parti communiste soumis à la botte russe.

Le héros, ici, surtout à l'école où va la jeune enfant, c'est Youri Gagarine (1934-1968). Il est venu planté un arbre dans son école autrefois, du temps où il avait fait la "conquête spéciale". Il y avait une statue de lui et un véritable culte pour le héros soviétique.

Incipit du roman ; "Vous êtes devant une multitude de petits cailloux brillants de toutes les couleurs ne ressemblant à rien du tout, mais comme ta mère a l'air ému, tu comprends qu'on n'est pas là pour rigoler. Elle t'annonce que ça, c'est lui, c'est Youri Gagarine et quand elle avait ton âge, il y a quelques siècles au moins, elle l'a personnellement vu planter des sapins, ici, dans l'allée de ce bâtiment : il s'agit de ta future école, et vous y êtes pour t'y inscrire, te dit ta mère en allumant sa dix-neuvième cigarette de la journée."

 

Le roman s'adresse à cette jeune fille en lui disant "tu". En 1989, tout va basculer, comme on le sait et l'auteure nous raconte avec grand humour cette période de la chute du mur de Berlin et la suite en Bulgarie, où les communistes sont conspués, où la statue, entre autre, de Youri Gagarine est détruite... où la meilleure amie de la fillette, Constantza, si gentille devient une peste et part pour la Grèce... Et le rêve dédevenir cosmonaute comme Youri Gagarine s'effondre.

C'est la démocratie qui est annoncée, l'ouverture au capitalisme et à la culture occidentale. Alors, la jeune fille se tourne vers une nouvelle idole, Kurt Cobain (1967-1994), le grand chanteur et guitariste de Nirvana.

Page 122/123 "Maintenant, c'est officiel : Kurt Cobain vient de se suicider. Ou alors, c'est un accident, un meurtre, un complot, rien n'est clair sur MTV ces derniers jours. Les hypothèses surgissent de tous les côtés, s'entrechoquent, se contredisent, s'annulent, les pistes sont complètement brouillées (...) Une seule thèse est irréfutable : tu viens de perdre de nouveau une idole. La vie est un trou noir, avait chanté Kurt Cobain de son vivant, et l'angoisse inouïe qui se niche dans ce constat te prend au dépourvu".

 

Le grand-père communiste et le père au chômage ne savent plus que penser de ce "nouveau monde" qui s'ouvre et où s'est engouffré avec détermination le grand cousin Andrei.

Le seul fidèle parmi les fidèles reste son chien Joki...

L'humour est présent à toutes les pages pour analyser ces mutations compliquées pour la Bulgarie, tellement soviétique pendant si longtemps, et qui prend délibérément le virage démocratique, du moins c'est ce qu'elle croit fortement.

Et vivre tout cela quand on a eu 8 ans en 1989 ! c'est incroyable !

Je vous recommande ce roman qui est un véritable coup de cœur pour moi.

Vous verrez que l'humour d'Elitza Gueorguieva est fantastique dans la vidéo que j'ai rajoutée en fin d'article.

Son livre est publié aux Editions Verticales notamment suite au Master de Création littéraire à Paris et à la complicité d'Olivia Rosenthal et Maylis de Kerangal, deux auteurs phares de l'éditeur.

Un vrai moment de bonheur de lire pour moi que ce roman.

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

Les cosmonautes ne font que passer d'Elitza Gueorguieva (Verticales)
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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 17:35
Le Vide et le Plein de Nicolas Bouvier (Hoebeke)

Le Vide et le Plein : carnets du Japon 1964-1970

de Nicolas Bouvier

(Hoebeke - "Etonnants voyageurs" - 186 pages - Septembre 2004)

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Nicolas Bouvier (1929-1998) est indéniablement le symbole de "l'écrivain-voyageur" du 20e siècle, après ses aînés qui ont servi tant de modèles aux futurs écrivains qui feront de leurs voyages de la littérature : Jack London, Robert-Louis Stevenson ou Joseph Conrad.

Ses carnets de voyage au Japon ont été retrouvés après sa mort. Ecrits entre 1964 et 1970, ils se situent après "L'Usage du Monde", publié en 1963.

L'auteur relate ses séjours en trois lieux principaux : Kyoto, le cap Kyoga et Tokyo.

Il entrecoupe ses récits de propos sur la littérature ce qui montre plus que jamais sa sensibilité à la vie de ses contemporains et à l'oeuvre littéraire qu'il lit au cours de ses voyages.

Il écrit dans les premières pages de ses carnets, page 18-19 : "L'écriture naît d'une illusion : illusion que je suis meilleur que moi-même, plus pénétrant, généreux et sensible. Illusion aussi que je suis capable d'écrire. Lorsque cette illusion est maintenue assez longtemps - comme un révélateur qu'on porte à température - elle devient réalité, j'écris et je m'ajuste aux exigences de l'écriture. L'écriture c'est mon théâtre et si je ne sais pas toujours comment la pièce commence, je sais par contre qu'elle finit bien..."

 

Nicolas Bouvier sait observer le monde pour nous le restituer avec acuité et pertinence. Il entend aussi réfléchir sur son art du voyage et de l'écriture, ce qui fait réellement de lui un grand écrivain. Il donne toujours de l'épaisseur à ce qu'il raconte. Les êtres humains, leurs pensées et leurs coutumes ont plus d'importance pour lui que les monuments qu'il peut voir.

Page 134: "La culture japonaise a toujours eu ses émotifs, ses sentimentaux souvent, ses romantiques jamais. Par exemple, ce goût romantique de la solitude et des paysages sauvages, si fort en Occident, seuls quelques désabusés, ermites ou initiés le partagent".

 

Ce livre fait partie du parcours de Nicolas Bouvier au plus près de son intimité. Il y parle assez peu de lui, fait quelques références à son épouse Eliane qui l'a accompagné régulièrement dans ses voyages, jeune mère à l'époque.

 

Je ne connaissais pas cette précieuse collection "Etonnants voyageurs" dirigée par Michel Le Bris, le grand spécialiste de cette littérature et initiateur du salon du livre de Saint-Malo.

 

Bonne lecture,

Denis

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 17:25
Les naufrageurs de Louis Sanders (Editions Joëlle Losfeld)

Les naufrageurs de Louis Sanders

(Edtions Joëlle Losfeld - "Littérature française"

mai 2004 - 203 pages)

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Le narrateur arrive en Cornouailles en 1826 et est tout de suite intrigué par le manoir de Bonython où vit une vieille Lady autrefois femme pirate.

Une jeune femme a été victime d'un naufrage et ne se rappelle de rien quand elle reprend connaissance. Un médaillon lui fait dire qu'elle s'appelle Mary Trenam.

Elle se retrouve entre les mains de Ann et Jane. Mary voit lord Blond mandaté pour arrêter les naufrageurs de la côte. Pour l'heure il s'est rendu chez lady Bonython.

Le colonel John l'a aperçue et Matthew Trenam a appris la présence de Mary ici, celle avec qui il devait se marier.

Mary devant être cachée aux autres, Mad Davis qu'elle avait vu juste après le naufrage, la conduit chez lady Bonython. Contre toute attente elle est bien accueillie et travaille comme domestique. Mary impressionne William Blond venu avec son père souper chez lady Bonython.

Une nuit de tempête les naufrageurs voient un bateau s'échouer pour leur plus grand bonheur. Ils tuent les marins et s'emparent des marchandises. Lady Bonython est à la tête de ces hommes dont "colonel John" et Mad David. Pendant ce temps Mary, seule au manoir voit arriver Matthew Trenam qu'elle blesse avant de s'enfuir mais elle tombe sur Lady Bonython qui demande à Mad de la tuer, ce qu'il semble renoncer à faire...

 

Vous aurez sans doute compris qu'il s'agit d'un "roman d'aventures" dans la grande tradition des romans de ce type, notamment en Angleterre.

Ce roman a quelque chose en plus, c'est son style travaillé pour en faire un livre de grande qualité littéraire.


Début du chapitre 1 (après le prologue) : "Le monde s'était retourné sur lui-même et lamer avait pris la place du ciel. Les craquements de la foudre et du bois se répondaient et parfois l'horizon noir qui n'était plus fait que d'eau salée tombait sur le pont et les mâts. On avait ramené les voiles et ce qui restait du bateau avait pris l'allure d'un assemblage maladroit de planches et de câbles".

 

Un naufrageur est celui qui provoque volontairement le naufrage d’un navire, à la différence du pilleur d'épave qui se contente de piller un navire déjà échoué (une épave). (Wikipedia)

 

Ces naufrageurs attendaient les tempêtes pour voir s'échouer des navires en perdition après avoir allumé des feux pour les attirer vers les côtes. L'auteur a repris ce "mythe" pour nous proposer ce récit d'aventure où les personnages sont le reflet de ces "brigands" des côtes anglaises. On ne s'ennuie pas une seconde et on passe un vrai moment de lecture savoureuse.

Un livre à lire autant pour ses qualités littéraires que pour son cadre historique et romanesque.

Bonne lecture,

Denis

 

 

Les naufrageurs de Louis Sanders (Editions Joëlle Losfeld)
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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 15:24
Prévert l'irréductible d'Hervé Hamon (Tohubohu Editions)

Prévert l'irréductible - Tentative d'un portrait  de Hervé Hamon

(Tohubohu Editions - 144 pages - janvier 2017)

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La très jeune maison d'édition Tohubohu Editions a publié début janvier 2017, un passionnant livre de l'auteur Hervé Hamon, né en 1946, à l'occasion des 40 ans de la disparition de Jacques Prévert (1900-1977).

L'auteur a écrit plusieurs livres avec Patrick Rotman avant d'écrire en "solo". La mer l'a beaucoup inspiré et cette fois-ci, il se consacre à Jacques Prévert.

 

Prévert a été anarchiste dans l'âme se refusant à être endoctriné. Il a aimé rire. Rire de tout sans jamais être mièvre, son oeuvre étant souvent grave derrière le rire. 

Son éducation religieuse a tourné court à onze ans mais lui a permis de rendre visite à des pauvres. L'école s'est arrêtée pour lui à quatorze ans. Il a aimé l'école buissonnière tout en ayant de bonnes notes malgré tout. Il a alors appris aussi à marcher et à observer le monde parisien. 

Les premiers grands amis de jeunesse sont Yves Tanguy, futur peintre et Marcel Duhamel. Ils lisent beaucoup et Marcel leur fait découvrir la librairie d'Adrienne Monnier. Ils entrent alors dans l'univers du surréalisme. Prévert adore la poésie de Rimbaud et se délecte des Chants de Maldoror. 

Prévert commence à écrire au début des années 30. Son frère Pierre lui fait découvrir le cinéma mais c'est le théâtre "anarchiste" qui le lance avec le groupe octobre dont les pièces anticapitalistes font fureur notamment en Russie, celle d'avant les purges staliniennes. 

La rencontre avec Marcel Carné est déterminante pour faire quelques chef d'oeuvres tels "les visiteurs du soir" ou "les enfants du paradis" fait et terminé pendant la guerre. Arletty et surtout Jean Gabin ont contribué au succès du duo et de leur "belle équipe" (Kosma et les autres...). Ils ont tous été résistants et ont su faire des films sans compromissions. 

Par la suite, il y aura la fructueuse collaboration avec Paul Grimaud qui débouchera sur "Le Roi et l'Oiseau".

Il a bien sûr écrit de la poésie tout au long de sa vie mais on voit combien les autres arts l'ont toujours interpellé. C'est là le grand intérêt de cette "tentative de portrait".

Rappelez-vous le génial "Tentative de description de têtes à Paris - France", clin d'œil au sous-titre de ce livre.

 

Je remercie Manon Kauffmann des éditions Tohubohu qui m'a permis de découvrir ce livre que je vous recommande vivement.

On passe un bon moment avec Prévert à travers ce livre et on revisite les grands moments du cinéma et de la littérature des années 1930-1977.

A lire sans modération, et un éditeur à suivre...

Et je vous renvoie au petit article que j'avais fait sur Prévert dans ma série "Lire de la poésie de A à Z".

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

Prévert l'irréductible d'Hervé Hamon (Tohubohu Editions)
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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 17:30
Pêcheur d'Islande de Pierre Loti (Folio)

 

Pêcheur d'Islande de Pierre Loti (Folio - 340 pages)

Edition présentée et annotée par Jacques Dupont

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Yann est un des six marins embarqué sur la "Marie" pour l'expédition annuelle de six mois en mer d'Islande.

A terre, ici à Paimpol, on les appelle les islandais. Ils font fureur auprès des filles quand ils sont à terre. Gaud a repéré Yann, le grand, ami comme frère avec Sylvestre. Elle est amoureuse de lui mais il semble ne pas s'en rendre compte. Ils ont dansé ensemble puis il l'a ignorée par la suite repartant ce mois de mai pour les mers d'Islande sans imaginer combien elle se languit de lui. 

Sylvestre est appelé pour le service militaire et il part pour la Chine en tant que gabier. C'est le temps de la guerre du Tonkin et il attend avec impatience le moment du combat. Il apprend alors que le père de Gaud est mort brutalement. Finie la fortune et elle va devoir travailler l'éloignant encore plus de Yann. 

P. 139- début du chapitre : "Il avait pris le large emporté très vite sur des mers inconnues, beaucoup plus bleues que celle de l'Islande. // Le navire qui le conduisait en extrême Asie avait ordre de se hâter, de brûler les relâches.  // Déjà il avait conscience d'être bien loin, à cause de cette vitesse qui était incessante, égale, qui allait toujours, presque sans souci du vent ni de la mer. Etant gabier, il vivait dans sa mâture, perché comme un oiseau, évitant ces soldats entassés sur le pont, cette cohue d'en bas". 

Le très vaillant Sylvestre se fait tirer dessus et le retour en bateau n'a plus le goût du voyage plein d'espoir car celui-ci le conduit vers la mort. 

P. 165 : "A bord de ce transport qui allait partir, on le coucha dans l'un des petits lits de fer alignés à l'hôpital et il recommença en sens inverse sa longue promenade à travers les mers. Seulement, cette fois, au lieu de vivre comme un oiseau dans le plein vent des hunes, c'était dans les lourdeurs d'en bas, au milieu des exhalaisons de remèdes, de blessures et de misères."

Yann et Gaud vont-ils finir par se marier et vivre le parfait amour, dans ce monde difficile où l'apprentissage de la vie passe par le travail difficile, la douleur et l'angoisse.

Toutes les femmes "d'islandais" passent 6 mois de l'année à s'angoisser et à attendre le retour du bateau qui va leur rapporter leur "homme". Et eux attendent aussi le retour après ces mois difficiles pour revoir les leurs, pour courir les filles s'ils sont libres...

Pierre Loti, que l'on classe sans difficultés dans la catégorie des "écrivains-voyageurs" a, avec ce roman, rompu avec sa manière d'écrire des récits de voyages accomplis par lui-même.

On est beaucoup à terre dans ce roman mais on voyage par la pensée avec Yann ou Sylvestre dans leur "épopée" en mer d'Islande. Passe aussi la tragédie des jeunes appelés au Tonkin pour y faire une guerre "inutile" (si l'on ose dire que les guerres peuvent être utiles !).

"Pêcheur d'Islande" a été publié en 1886.Sa riche documentation a permis aux lecteurs de découvrir la vie difficile des pêcheurs bretons.

Ce livre a été considéré comme le "chef d'oeuvre" de Pierre Loti (1850-1923).

Ernest Renan a écrit : "Ces pêcheurs d'Islande sont mes cousins et arrière-cousins... Bréhat, Paimpol, Lézardieux et Plourivo sont peuplés du vieux clan d'où je sors. Vous les avez peints à merveille, cher et admirable artiste que vous êtes".

Une très belle plume qui sait être tragique (en mer ou dans l'attente du retour) ou romantique (les amours nés ou à naître). Un style pur et efficace dans la veine réaliste du XIXe siècle pour le plus grand plaisir de lecture. Jusqu'à la fin, on espère toujours une lueur de bonheur dans cette Bretagne ouverte au monde extérieur.

A lire sans modération.

Ce livre s'inscrit bien sûr dans ma thématique 2017 "Eloge du voyage - écrivains-voyageurs".

Bonne lecture,

Denis

 

 

Pêcheur d'Islande de Pierre Loti (Folio)
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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 17:40
Nouvelles et souvenirs d'Isabelle Eberhardt (Editions Eternel)

Nouvelles et souvenirs d'Isabelle Eberhardt

(Editions Eternel - 270 pages - mai 2016)

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Les Editions Eternel ont publié une anthologie des oeuvres d'Isabelle Eberhardt (1877-1904), écrivaine et voyageuse franco-suisse.

Elle arrive en Algérie en 1897 et en fera sa nouvelle patrie, se mariant avec un algérien, lui permettant de revenir dans le pays en 1900 après avoir été expulsée. Elle a partagé la vie des nomades et a transcrit ses expériences dans des nouvelles et des souvenirs essentiellement publiés après sa mort tragique à 27 ans lors de la crue d'un oued à Aîn Sefra.

Ainsi, ce livre reprend des textes publiés dans les recueils "Dans l'ombre chaude de l'Islam" (1921) et "Pages d'Islam" (1932) aux éditions Eugène Fasquelle.

33 nouvelles et 6 récits (souvenirs) constituent ce livre qui permet d'approcher la vie en Algérie au tournant du XXe siècle.

 

L'auteur nous présente quelques personnalités algériennes plus ou moins appréciées de leur entourage. Ils étaient marabouts, mages, meddahs ou talebs, vivant à Alger ou dans les montagnes. 

Les femmes, surtout de jeunes prostituées, trouvent l'amour sur leur chemin. Des amours contrariés car l'amant finit par quitter la ville, promettre de revenir et ne jamais retrouver celle qu'il aimait. Ces femmes sont alors dans l'attente déçue et se morfondent dans le chagrin. 

Un fellah, pauvre car dépossédé de ses terres, brûle la récolte du colon qui l'employe. C'est un "brave homme" mais indirectement il représente l'état colonial. 

L'Algérie est un lieu de bagne pour les français condamnés, essentiellement des militaires. 

Et il y a les algériens qui se font soldats car on leur a honteusement promis qu'ils seront exonérés d'impôt en abandonnant ainsi leur famille. Il finissent par la ruiner en ne l'aidant plus à produire les biens de la terre. 

Le racisme envers les "indigènes" est fréquent chez les colons. 

Un russe Dmitri a quitté l'Europe pour venir sous couvert de la légion en Algérie. Puis voulant être plus libre il est devenu ouvrier, a aimé une servante qui a dû se marier promise par son frère à un arabe. Quand le mari apprit que les deux amants se voyaient en cachette il a tué sa femme. Dmitri s'est alors résolu à retourner dans la légion. 

Un légionnaire allemand s' est senti abandonné de tous et a préféré se donner la mort. 

L'amitié entre arabes et français est possible, ce que montre l'auteur. 

 

Voici quelques thèmes et récits qu'Isabelle Eberhardt, avec pudeur et par petites touches, nous a révélés au hasard de ses rencontres. Elle ne fait pas pour autant de concessions, sachant montrer les travers des uns et des autres. Les femmes n'ont pas le très bon rôle dans cette société "machiste".
Dans ses souvenirs, l'auteure nous dit son besoin d'errance et de vagabondage :
Page 218 : "Un droit que bien peu d'intellectuels se soucient de revendiquer, c'est le droit à l'errance, au vagabondage. /Et pourtant, le vagabondage, c'est l'affranchissement, et la vie le long des routes, c'est la liberté. / Rompre un jour bravement toues les entraves dont la vie moderne et la faiblesse de notre cœur, sous prétexte de liberté, ont changé notre geste, s'armer du bâton et de la besace symbolique, et s'en aller ! "
Autres impressions page 232 : "J'ai retenu ce propos d'un marin, dit sur un ton à la fois résigné et sentencieux "La mer, il n'y a dessus que les fous et les pauvres". / Certes, ceux qu'il appelait les pauvres sont les vrais marins, soumis au perpétuel danger et à la plus dure des vies. Quant aux "fous", ce sont tous les rêveurs et les inquiets, tous les amoureux de la chimère, tous ceux qui, comme nous, "s'embarquent pour partir", les émigrants et les espérants."
 
Un excellent livre tout en sobriété pour nous rappeler combien grande fut cette femme écrivain-voyageur.
Merci à l'éditeur de m'avoir envoyé ce livre pour le lire et le présenter ici sur le blog.
Un éditeur à suivre, qui publie des classiques oubliés. Le catalogue contient actuellement quatre livres.
 
Une belle manière de commencer cette année 2017 que je place sous le signe de la littérature et le voyage sous toutes ses formes (voyage d'agrément, exil, voyage contraint etc...)
Bonne lecture 

 

 

Nouvelles et souvenirs d'Isabelle Eberhardt (Editions Eternel)
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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 21:44
Avant le matin de Jacques Chessex (Grasset)

Avant le matin de Jacques Chessex

(Grasset - 248 pages - Février 2006)

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Un bien étrange roman que celui-ci de l'écrivain suisse Jacques Chessex (1934-2009), sulfureux, savoureux par moments, grivois et irrévérencieux comme il se doit chez cet auteur.

 

Joseph d'Avry entreprend de raconter la vie de la sainte femme dont l'existence a été dédiée à Dieu, Aloysia Pia Canisia Piller, née le 16 août 1940 à Fribourg.

Après quelques années au couvent, sœur Canisia a offert son corps et du plaisir aux pauvres avant de s'isoler sur la colline où l'a rencontré Joseph quand elle avait 49 ans. Elle lui a dit alors qu'elle avait besoin d'amour plutôt que de nourriture.

Joseph est resté fidèlement à ses côtés recueillant ses bons mots sur la grâce et le bienfait qu'elle donnait aux pauvres âmes.

Un jour elle a rencontré Béatrice Conté une belle jeune fille dont elle a fait sa disciple. Une nouvelle prostituée de Dieu est née et le scandale a commencé à naître à Fribourg.

Et puis la jeune fille a été tuée et Canisia est morte.

Un an après la mort de la sainte, Joseph est parti s'installer dans un vallon loin du monde où il peut lire et marcher à son gré.

Mais très vite il se sent sous l'emprise de deux femmes : Mme Grivet, l'intendante de l'immeuble où il est locataire et la jeune employée de maison Lydie qui n'hésite pas à le provoquer en lui dévoilant des parties de son corps. Il résiste en allant voir des prostituées à Fribourg quand il s'y rend pour acheter des livres.

Quand il va apprendre qui sont réellement ces deux femmes, les choses vont se compliquer...

 

Un livre alerte, bien écrit, sur un thème on ne peut plus original : s'offrir aux autres au nom de Dieu !!! Quand on connaît Chessex, on n'est pas surpris.

Ce n'est pas un chef d'oeuvre mais c'est plaisant de se laisser surprendre par ces personnages qui pourraient sortir d'une BD. De courts chapitres aussi qui allègent la lecture et servent de respiration au texte.

Page 87, début du chapitre XVI - Première partie (page 87) : "Assez de méchanceté. Faites taire la rumeur, coupez court aux détails sales et autres laideurs de la calomnie. Surtout ne prenez pas ce ton entendu, interdisez-vous les mots de la foule et du discours indirect. Voilà ce que devaient se répéter ceux qui ont eu le privilège d'approcher de saintes personnes dans le monde mauvais. Mais si saintes? Et affreux, le monde?"

 

Bonne lecture,

Denis

 
Avant le matin de Jacques Chessex (Grasset)
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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 21:31
L'homme interdit de Catherine Lovey (Editions Zoé)

L'homme interdit de Catherine Lovey

(Editions Zoé - 167 pages - Août 2005)

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Le narrateur, Brown, raconte six mois plus tard à un médecin ce terrible jeudi 13 août. Il était à Londres sur le point de quitter son hôtel pour aller signer un contrat préparé, amendé depuis trois ans quand le téléphone a sonné et que le directeur des ressources humaines lui a passé un inspecteur de police. Sa femme, Rachele, a disparu depuis deux jours et ses enfants ont été confiés à une voisine. Il signe le contrat et rentre aussitôt, cueilli à l'aéroport par la police et interrogé au commissariat par l'inspecteur Smynn. 

 

Chapitre 1 - Mercredi, 9 heures 45. : "J'allais partir. Je partais. Le téléphone a sonné. Pas mon portable, dans la poche de mon veston, mais le téléphone, sur la table de nuit de l'hôtel. Cela m'a contrarié. Profondément. J'ai hésité. J'ai pensé, l'espace d'une demi-seconde, à laisser tomber. Je suis toujours à l'heure, exactement à l'heure et ce jour-là, il faut que vous le compreniez, nous allions signer. Je venais de passer deux semaines à négocier comme un fou, à repasser chaque alinéa, à retourner les mots dans tous les sens".

 

Il retrouve ses trois enfants un peu plus tard. Le lendemain Smynn arrive chez Brown pour une perquisition demandant mille détails sur les affaires de sa femme avec ce qui pourrait manquer mais il n'en sait rien ce qui agace le policier. 

Il manque tout ou partie de ses rendez-vous avec le médecin car le plus jeune enfant est malade. Il fait tout à la maison depuis six mois. 

Il reprend un rythme régulier mais se lasse de ce médecin qui ne fait que l'écouter sans jamais rien dire. 

Il a aussi compris que Smynn joue avec ses nerfs, persuadé que Brown a tué sa femme. 

Alors que l'affaire est temporairement classée s'ouvre une autre affaire celle de son entreprise qu'il a quittée après avoir signé le contrat de Londres. Il serait impliqué dans une affaire financière...

 

Ce livre est le premier roman publié de Catherine Lovey, auteure suisse, née en 1967.

Il y a quelque chose de Meursault chez ce M. Brown, qui semble subir tout ce qu'il vit. La seule vraie décision qu'il a prise a été de signer son contrat avant de rentrer en urgence chez lui. Cela lui sera reproché par ce policier inquisiteur.

 

Le roman se passe chez le médecin d'un mercredi à un vendredi et sur trois semaines. 15 monologues car le médecin n'intervient que pour dire que la séance est terminée. Petit à petit, Brown se révèle un peu plus...

 

Un très intéressante roman écrit avec fluidité, dans un style sobre et efficace pour nous "glacer" avec ce personnage qui semble détaché de la vie qui l'entoure, ne sachant presque rien de sa femme ou de ses enfants...

Une belle découverte.

L'auteure a un site que vous pouvez aller découvrir :

http://www.catherine-lovey.com/

Bonne lecture,

Denis

L'homme interdit de Catherine Lovey (Editions Zoé)
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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 21:18
L'insouciance de Karine Tuil (Gallimard)

L'insouciance de Karine Tuil

(Gallimard - septembre 2016 - 524 pages)

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Dixième roman de Karine Tuil, publié en cette rentrée littéraire.

Un roman fort au cœur des "ténèbres" de l'âme humaine.

Trois hommes sont au centre de ce roman : Le lieutenant Romain Roller meurtri par son passage en Afghanistan ; François Vély, un homme d'affaires dont le passé n'est pas très sain et Osman Diboula, noir des banlieues dont l'ascension politique ne plait pas à tout le monde.

Trois hommes dont les récits vont se recouper, puisqu'ils vont tous les trois se rencontrer en diverses occasions. La narration alterne de manière continue les moments de chacun en un même temps et en courts chapitres.

Quatre parties de longueur inégale pour raconter ces tensions, ces drames qui vont surgir à la manière d'un thriller, tellement on est happé par ces tourmentes. De courts chapitres pour dire tout cela !

 

L'Afghanistan a été envahi suite aux attentats du 11 septembre 2001, nous rappelle l'auteur en préambule.

1/ Retour d'Afghanistan 

Tous les afghans étaient des ennemis potentiels. Il y a eu des morts innocentes. Et puis des camarades de combat morts ou gravement blessés. Romain Roller fait partie des rescapés qui ont eu droit à un débriefing dans un hôtel de luxe sur une île à Chypre. Mais le mal est fait. 

François Vély a presque tout réussi dans sa vie. Il est riche et influant dans le monde des affaires. Et il a rencontré la jeune romancière et journaliste Marion Decker laquelle est actuellement à Chypre où elle croise Romain déboussolé. Ils font l'amour avec fougue mais avec désespoir.

Quant à Osman Diboula il a vécu à Clichy au moment des émeutes de 2005. Alors il fait de la politique avec difficultés du fait de sa condition de noir autodidacte. Et puis il est déchu, renvoyé de son poste à l'Élysée. 

A Chypre Osman croise Romain qu'il a connu à Clichy.  

François a voulu faire la surprise de venir à la rencontre de Marion qui se montre très désagréable avec lui en lui faisant comprendre que quelque chose est cassé entre eux. 

Elle lui dit que son fils Thibault est en passe de devenir juif intégriste et sa fille Domitille dit qu'elle le hait depuis son blog. Il est effondré et préfère rentrer à Paris. 

Marion revoit à Paris Romain. Il se rend compte ensuite que dans leurs moments de grande intimité il lui a révélé des secrets militaires. 

Quant à Issa, un grand ami de Osman, il lui raconte son engagement  contre le racisme et la discrimination. 

2/L'affaire 

Un article est paru dans la presse sur François après qu'il ait donné un entretien à un jeune journaliste. Mais ce qui fait scandale c'est que la photo prise le voit assis sur une chaise d'art moderne représentant une femme noire offerte avec vulgarité (cette chaise exige réellement).

Tout de suite la presse et les réseaux sociaux crient au scandale raciste susceptible de faire s'écrouler les ventes du groupe et le projet de fusion en cours. Il obtient le soutien tactique de son futur associé américain mais cette photo est vraiment insultante. Osman ressent la même chose. Lui et ses amis noirs se sentent frustrés par le racisme ambiant qu'ils subissent sans cesse.

Quant à Romain il continue à dériver dans ses angoisses post-traumatiques. Il finit par consulter un psychiatre car sa femme Agnès n'en peut plus de vivre ainsi auprès de lui. D'ailleurs elle part s'installer chez sa mère. Son seul réconfort il le trouve avec Marion quand ils passent trois jours ensemble à la montagne. Mais elle culpabilise de laisser ainsi François quand il a tant besoin d'elle. 

Sophie Kazal, la maîtresse cachée de François il y a quelques années affiche alors qu'elle a été contrainte par lui de coucher avec le patron new-yorkais Daniel Dean celui-là même qui doit signer la fusion avec son groupe. Le scandale est évité mais François est plus que jamais seul. On le traite de juif à présent puisque sa famille a changé le nom de Levy en Vély. 

Romain a la surprise de voir sa femme et son fils de retour à la maison. Alors il comprend qu'il ne pourra pas les quitter et il répond aux SMS enflammés de Marion qu'il vaut mieux qu'ils cessent leur relation. Mais il ne s'y résigne pas et la nuit avant d'aller la rejoindre et après avoir tout dit à sa femme son syndrome revient. Il tire dans la maison. La police avertie l'arrête et Agnès signe son internement en hôpital psychiatrique. 

Osman, conseillé par une amie, a écrit un article pour défendre François contre le racisme ce qui lui vaut les éloges de la presse et de certains politiques. Et il est appelé par le président de la république pour se voir nommé secrétaire d'état aux affaires économiques étrangères. François se voit écarté de la fusion mais va partir avec la délégation française qui se rend en Irak conduite par Osman.

Romain décide de partir pour l'Irak sous couvert d'une entreprise de sécurité qui recherche de fortes têtes pour intervenir là bas. 

Tous les protagonistes se retrouvent en Irak. Je n'en dirais pas plus sur cette partie qui annonce la fin du roman dans un climat de guerre et de tensions psychologiques extrêmes.

 

On est réellement transportés par l'intrigue qui devient de plus en plus intense. Un vrai roman noir.

Ces trois hommes ont été entraînés presque malgré eux dans les dérapages de leur vie.

Rappelons-nous la définition de l'insouciance :

 

 

  • Qui ne se préoccupe pas de quelque chose, ne s'en inquiète pas : Insouciant du danger.

  • Qui manifeste un esprit qui ne se soucie de rien : Mener une vie insouciante.

  • En savoir plus sur http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/insouciant_insouciante/43381#3QZbmkxx6TXBs1OG.99

 

Un roman de haute facture que je recommande vivement.

 

Merci à Alexia de Rakuten Price Minister pour ce "match de la rentrée littéraire"   #MRL16.

 

Bonne lecture

Denis

 

 

 

 

 

 

L'insouciance de Karine Tuil (Gallimard)
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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 18:09
Un fauve d'Enguerrand Guépy (Editions du Rocher)

Un fauve d'Enguerrand Guépy

(Editions du Rocher - 191 pages - 13 octobre 2006)

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Enguerrand Guépy, romancier et metteur en scène, né en 1974, nous livre son quatrième roman, "Un Fauve".

Il raconte la dernière journée de l'acteur Patrick Dewaere qui s'est suicidé le 16 juillet 1982.

 

 

Tout le monde l'appelle le fauve le comparant à un tigre. Et pourtant sa vie est devenue sobre, calme. Il s'est sevré et n'a plus d'addictions aux drogues. Il est de retour à Paris pour incarner Cerdan.

Ce matin il a reçu un appel sans message de sa femme. Il part donc en taxi au club 13, siège de la production. 

 

Il a décidé de se mettre à fond dans la peau de Cerdan et se met à distance des autres qui doivent continuer à penser qu'il est un type bizarre, farfelu. Claude Lelouch a fait son discours de début de tournage. Évelyne Bouix est là pour incarner Piaf. Il ne l'apprécie franchement pas. 

 

Ils partent près d'un étang où se tourne la première scène. Il se met en position de boxeur à l'entraînement. Puis c'est le retour au Club où les attend un buffet. Il commence à se détendre dans la voiture car jusqu'alors il est resté distant surtout avec Evelyne. 

Les clients du club le voient comme une star quand il rentre aux côtés de Claude. Il reste sobre pendant le repas comme il se l'est promis. Le fauve est devenu sage et Claude a bien vu qu'il sera parfait dans le rôle de Cerdan. 

 

Sa femme l'appelle pour lui dire qu'elle aime Mich et qu'elle le quitte. Alors il sent en lui que quelque chose vient de changer. 

Le chauffeur de taxi qui l'avait pris en charge le matin voit bien en ce début d'après-midi que l'acteur n'est plus le même. Il s'est renfermé sur lui-même. 

Il a souffert dans sa jeunesse d'être un batard. Il n'a jamais su qui était son père biologique. 

 

Patrick a du mal à faire à pied les derniers mètres qui doivent le conduire jusqu'à chez lui tellement l'amertume est forte en lui. Mich a brisé son amitié en s'accaparant Elsa. 

 

Claude croit en cet enfant terrible du cinéma et ce film en fera une gloire "hollywoodienne" avec ce film. Quand Claude apprend le suicide, il se précipite au domicile de Patrick et comprend que tout s'écroule. Il va lui falloir repenser son film et il culpabilise alors qu'il n'y est pour rien dans cette mort. 

 

Vous aurez compris qu'il n'y a aucun suspens dans ce roman puisque l'on connait bien le destin tragique de ce genre prodige du cinéma, Patrick Dewaere considéré comme un "mauvais garçon". Il en souffre car il a tout fait pour changer, mais dans le monde du cinéma les étiquettes vous collent à la peau pour longtemps, voire toujours.

 

​La trahison de l'ami Mich (Michel Colucci dit Coluche) lui est insupportable. Il rumine tout cela avant de décider de mettre fin à tout cela, alors qu'il sentait combien ce rôle de Cerdan lui collait à la peau.

 

​Le roman reprend tous ces moments d'une journée qui aurait dû être heureuse sans cette terrible nouvelle.

​On se laisse conduire dans la peau de Dewaere pour mieux le ressentir. On ne peut qu'avoir de l'empathie pour lui, surtout après l'appel téléphonique :

 

​(Page 80) : "- C'est fini. Mich et moi nous nous aimons d'un amour sans égal. Jamais je n'ai ressenti cela. Ne m'en veux pas. Tu sais très bien que c'est trop compliqué entre nous. Je fais ce que je peux avec ce que je suis. Adieu. // La voix lui raccroche au nez. Il demeure un long moment figé, le combiné en main. Il se passe lentement la main sur le visage en pressant ses joues. A présent, il regrette d'avoir rasé sa barbe et sa moustache".

 

​Si vous avez aimé cet acteur ou si vous voulez le découvrir, lisez ce livre qui nous replonge dans ce mois de juillet 1982 où Claude Lelouche croyait si fortement à ce film "Edith et Marcel"... Et Dewaere au renouveau de sa carrière..

 

​Merci aux "Editions du Rocher" de m'avoir adressé ce livre en avant-première.

 

Bonne lecture,

 

​Denis

 

Un fauve d'Enguerrand Guépy (Editions du Rocher)
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