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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 16:42
Marguerite de Jacky Durand (Carnets Nord)

Marguerite de Jacky Durand

(Carnets Nord - janvier 2017 - 238 pages)

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En août 44, Marguerite et Josette sont tondues sur la place publique pour avoir couché avec des allemands.

 

Cinq ans plus tôt, le 2 août 39, Marguerite s’est mariée avec Pierre et vit le grand amour.

Mais Pierre est parti dès le début septembre sur le front est. Elle doit assumer toutes les tâches seule et son retard de règles la fait croire enceinte mais le médecin dit que c’est dû au départ de Pierre qui a conduit à un choc émotionnel.

Elle reçoit des nouvelles de Pierre qui s’amuse sur le front car il n’y a rien à faire. Elle ne comprend pas la situation quand elle trime ici à assurer le quotidien.

Elle le voit à Noël là-bas près de son cantonnement puis il est fait prisonnier au court moment de la guerre face aux allemands en mai/juin 1940.

Elle travaille comme femme de ménage à la poste et apprend lors d’une perquisition que Raymonde la postière est résistante. On l’a croit même complice. On est alors en janvier 42.

Marguerite travaille à présent dans un atelier et elle aperçoit son amie Josette en compagnie d’un allemand.

Quant à André, il est un enfant gitan que Marguerite aide en lui donnant de la nourriture. Elle a même rencontré sa famille dans leur roulotte. Et depuis quelques semaines il passe ses dimanches dans la cour avec un allemand Frantz qui lui apprend à chanter et à mieux lire. Marguerite garde ses distances et ne veut pas parler à un allemand, cause de tous ses malheurs...

 

Vous aurez compris que ce roman raconte le destin difficile d'une jeune femme au cours de la seconde guerre mondiale. Un destin "ordinaire" pour Marguerite qui pense au quotidien sans trop chercher à comprendre plus en avant ce qui se passe dans cette époque trouble.

Son seul "héroïsme" est d'aider une famille gitane.

L'auteur a fait le pari de nous dévoiler dès le début que Marguerite a couché avec un allemand. Puis il déroule les grandes étapes de "sa" guerre d'août 1939 à l'été 1945, sans mettre au centre cette relation tardive. Ainsi, Jacky Durand nous fait comprendre qu'il faut avant tout s'attacher à cette femme qui s'endurcit avec cette guerre tout en gardant un regard humain sur son temps et montrant qu'elle est une femme "libre".

Juin 40 : "La nuit dernière, Marguerite n'a pas fermé l'œil. Elle s'est assise sur le rebord de la fenêtre, scrutant par l'entrebâillement des volets le flux ininterrompu de l'exode s'étirant le long du faubourg. C'est une masse informe, grouillante, hétéroclite où elle devine dans l'obscurité des autos qui roulent tous feux éteints par crainte de bombardements, des tombereaux écrasés par leurs chargements, des bicyclettes, des animaux de trait et surtout, surtout, des escouades de piétons, familles agglutinées autour d'une carriole, d'un landau, où l'on a installé les plus fragiles, vieillards, nourrissons, mères allaitantes, malades" (page 91)

L'écriture et le style sont sobres, sans fioriture mais ils nous emportent dans cette histoire qui pourrait être une "énième" histoire autour de la deuxième guerre mondiale. Certes, les grandes périodes sont "marquées" (la drôle de guerre, l'exode, la résistance et la collaboration, la libération et l'épuration) mais on s'attache à cette Marguerite qui ne baisse jamais les bras alors que son amour pour Pierre semble s'amenuiser après avoir vécu quelques mois enchanteurs et que "sa faute" n'a pas été le fait de "mauvaises intentions" !!

Bonne lecture et merci à Fleur de m'avoir adressé ce livre des éditions Carnets Nord dont j'ai toujours plaisir à lire les livres.

A noter que c'est le premier roman de Jacky Durand, par ailleurs, journaliste et chroniqueur gourmand à "Libération".

 

Denis

 

Marguerite de Jacky Durand (Carnets Nord)
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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 17:57
Récidive - Sonja Delzongle

J'avais découvert Sonja Delzongle avec " DUST " , vu que mon mari et moi - même étions jurys pour le Prix du Balai d'or 2016 et l'auteur a d'ailleurs été récompensée du Prix " Balai d'argent " pour notre plus grande joie.

L'occasion de la rencontrer dans un contexte intimiste, et de partager un resto à l'issue de la remise des Prix.

Une auteur très sympathique, talentueuse  qu'il faut absolument découvrir !

Quand j'ai reçu " Récidive " , je me suis plongée aussitôt dans la lecture de ce thriller qui nous fait voyager entre Saint Malo et New - York, en présence d'Hanah, ,cette jeune profileuse, forte et fragile à la fois qui apprend la libération de son père, son géniteur comme elle l'appelle.

Et elle a peur pour sa vie, peur qu'il la retrouve et qu'il la tue à son tour.

Pour rappel :

Son père a tué sa mère à la suite d'une dispute et il a enterré le corps dans le jardin.

Hanah était toute jeune mais c'est elle , quelques années plus tard , qui dénonce son père pour le crime qu'il a commis.

Elle pourrait se croire à l'abri de l'autre côté de l'Atlantique mais il n'en est rien, Hanah a des appréhensions, fait des cauchemars qu'ils lui perturbent la vie en général et son sommeil.

A Saint - Malo, sitôt son père sorti de prison , une série de meurtres a lieu dans la cité corsaire et la police associent ceux - ci à cet individu.

On retrouve également le squelette de l'oncle d'Hanah remonté comme par magie à la surface de la mer après avoir séjourner de longues années dans l'eau !

Commence alors le début de différentes enquêtes et Hanah vient incognito à Saint - Malo.

J'ai beaucoup aimé l'écriture vive de Sonja Delzongle , le suspens qui nous tient en haleine jusqu'au bout et j'avoue que j'ai passé un bon moment de lecture grâce à la plume de cette auteur.

Je me suis très attachée au personnage d'Hanah , cette jeune profileuse qui se sert d'un pendule de Herkimer pour mener à bien ses recherches.

Vraiment hâte de la retrouver dans le prochain roman !

4ème de couverture

Saint-Malo, hiver 2014. Du haut des remparts, sorti de prison, Erwan Kardec contemple la mer en savourant sa liberté. Il y a trente ans, il a tué sa femme à mains nues, devant leur fille, Hanah. Jamais il n’aurait été démasqué si la fillette n’avait eu le courage de le dénoncer. Malade, nourri d’une profonde haine, il n’aura de cesse de la retrouver avant de mourir.
À New York, au même moment, Hanah, qui a appris la libération de l’assassin de sa mère, est hantée par le serment qu’il lui a fait de se venger. De cauchemars en insomnies, son angoisse croît de jour en jour. Pourquoi a-t-il tué sa mère? Quand surgira-t-il? Quels sont ces appels anonymes?

Récidive
Auteur : Sonja Delzongle
Éditions : Denoël (Avril 2017)
Collection : Sueurs Froides
ISBN : 9782207135624
416 pages

 

 

Récidive - Sonja Delzongle
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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 17:40
Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby (Actes Sud)

Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby

(Editions Actes Sud - Août 2016 - 267 pages)

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Mathilde Blanc revient le 1er juillet 2012 soit 50 ans après, jour pour jour, après le décès de son père, au sanatorium en forme de paquebot à Aincourt devenu une ruine classée aux monuments historiques.

Les parents, Odile et Paul (dit Paulot), tenaient le bar le Balto à La Roche. Le samedi soir c'était bal et Paul lançait le bal avec sa fille aînée, Annie, 16 ans, resplendissante.. Il jouait de l'harmonica. Mathilde les regardait de loin. Elle était née cinq ans après la mort de son frère encore jeune bébé. Alors elle a voulu être "le fils" de Paul à ses yeux et a toujours eu des jeux de garçon. Un peu casse-cou aussi malgré ses neuf ans. Après il y a eu tout de même le petit Jacques.

On est en 1952 et les mots pleurésie ou tuberculose et sanatorium sont souvent inconnus. Et Mathilde va les découvrir quand on va parler de la maladie de Paulot. Deux mois à Aincourt et tout doit rentrer dans l'ordre. Mais juste après Noël la maladie s'aggrave et la vie au Balto devient impossible pour le père.

Et une partie de la clientèle ne vient plus car on dit comme à l'école que le "bacille" est contagieux.

Il faut se séparer du Balto et emménager en face et ouvrir une librairie-presse. Mais vivre auprès du balto est insupportable pour Paulot. Alors ils s'installent à Limay et font bientôt faillite. Retour en face du balto où il faut survivre de petits boulots. Difficile pour Mathilde d'être heureuse et de faire rire son père.

Elle veut danser comme Annie ce qui lui permet de rencontrer Mathieu. Mais Odile et Paul sont de plus en plus malades de cette tuberculose. Avec quelques aides de l'état ils vont à Aincourt. Jacques et Mathilde mineurs doivent partir dans une famille d'accueil. On est le 2 janvier 1960.

Mathilde est une rebelle et contre vents et marées elle va voir ses parents chaque semaine y compris le père en cellule d'isolement. Elle est bien avec Mathieu. Se plaint de la veuve qui l'a recueillie et finit par rentrer chez eux à La Roche où elle  ôte les sellés.

Mathilde mène seule alors le combat pour le mieux être de la famille. Sa meilleure alliée est Jeanne, jeune fille handicapée, qui lui apporte de l'amitié, de la complicité, lui donnant de l'énergie pour lutter contre les malheurs des Blanc.

L'auteure nous introduit, comme si on y était, de par le langage de la narratrice adapté au "monde de Mathilde", de par le contexte historique où la "guerre" d'Algérie est l'événement majeur, en dehors du combat quotidien au temps où l'aide sociale, la sécurité sociale sont loin d'être un "paradis" pour ramener les malades à "la vie". On survit tant bien que mal quand on est atteint d'une grave maladie dans ces années 50-60, surtout si on est commerçant.

Une "fille courage" que cette Mathilde qui porte toute la famille et qui accompagne ses parents dans la maladie, qui essaie de donner un peu de confort à son petit frère, tandis qu'Annie, elle, fiat sa vie avec son mari et son enfant aussi loin que possible des risques de contamination par ce "bacille" destructeur.

 

Le livre n'a pas l'intensité de Kinderzimmer, le précédent roman de Valentine Goby. Le roman s'essouffle un peu sur la fin. On peut être dérangé comme moi par le style fait de simplicité, de juxtaposition de mots, mais après réflexion, je me suis dit que ce style est lié au langage de l'époque, dans cette famille.

Page 66 :" Mathilde veut voir Paulot vivant. Elle veut qu'il rie, elle s'en donne la mission. Ce jour-là, elle marche, ultra-légère dans l'air de juin, traversée de lumière comme les fins corps d'insectes. Elle a quatorze ans, elle est sèche comme une gosse de dix ans, pas de formes, pas de gras, que du muscle".

 

Le roman est inspiré par le témoignage d'Elise Bellion et d'autres témoins de cette époque où la "paquebot" d'Aincourt était en activité. Il est devenu en partie une ruine.

 

Une nouvelle lecture faite en commun avec Marjorie dont les échanges sont très éclairant tout au long de notre lecture.

 

Denis

 

Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby (Actes Sud)Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby (Actes Sud)
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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 16:38
Le garçon incassable de Florence Seyvos (L'Olivier)

Le garçon incassable de Florence Seyvos

(Editions de l'Olivier - 173 pages - Mai 2013)

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Elle est française, écrivain, et se trouve à Los Angeles car elle écrit un livre sur Buster Keaton et se rend à la villa où il vécut.

Elle se rappelle deux Henri, tous deux déficients mentaux. Mais surtout elle a vécu avec son demi-frère handicapé d'abord en Côte d'ivoire puis en France quand sa mère est partie vivre avec le père d'Henri. Un père plutôt sévère avec son fils.

Buster Keaton a reçu ce surnom de Buster quand il a dévalé bébé un escalier. Il est devenu alors une "chose" dans les spectacles de ses parents volant de place en place pour le plaisir des spectateurs. C'est ainsi qu'il est devenu acteur physique dès son enfance.

Henri à force de persévérance et soutenu par les siens a pu savoir lire puis il a pu travailler dans un CAT. Henri a passé beaucoup de temps à attendre. Attendre que l'on s'occupe de lui, attendre que les activités auxquelles il ne pouvait pas se mêler se terminent...

Keaton a eu plus de bas que de hauts dans sa vie d'artiste. Mais avec le temps il a eu du succès notamment lors de rétrospectives de des films dans les années 50-60. Sa femme l'a quitté mais Eleanor une jeune femme l'a suivi dans sa fin de carrière avec amour et dévouement. L'alcool et plus encore le tabac ont eu raison de sa vue et il est mort en 1966.

 

Le roman alterne ainsi entre la "biographie" de Buster Keaton et la narration des années passées aux côtés de Henri, le "demi-frère" que la famille a pris en charge et a accompagné dans sa vie.

On ne comprend pas trop bien le lien entre les deux histoires si ce n'est que ce sont des moments de vie de la narratrice.

La quatrième de couverture nous éclaire ainsi : "A travers leur commune étrangeté au monde (ne passent-ils pas tous deux pour des idiots ?), et cette fragilité qui semble les rendre invulnérables, Henri et Buster sont peut-être détenteurs d'un secret bouleversant."

Le grand intérêt de ce roman est le style de l'auteure qui nous emporte. En courts chapitres, ce sont des moments de vie qui sont racontés, comme de courtes nouvelles juxtaposées.

Florence née à Lyon en 1967 a peu publié :4 livres en 20 ans, dont "Les apparitions" qui a obtenu le Prix Goncourt du premier roman en 1995.

Un livre à lire pour ces instants de vie et pour se rappeler qui était Buster Keaton.

Denis 

Le garçon incassable de Florence Seyvos (L'Olivier)
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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 16:28
Trois jours à Oran d'Anne Plantagenet (J'ai lu)

Trois jours à Oran d'Anne Plantagenet (J'ai lu - 222 pages - décembre 2014)

Suivi de "Le désir et la peur" (Texte de septembre 2014)

Première édition : Stock - janvier 2014

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C'est l'auteure qui a persuadé son père qu'il serait bien qu'il retourne à Oran sur les traces de sa jeunesse. On est le 15 septembre 2005 à Orly et le père tarde à arriver. Anne culpabilise de l'avoir entraîné dans ce voyage.

Ils partent tout de même et le premier endroit où ils vont c'est rue Condorcet où le père a vécu avec ses parents, de condition modeste, en Algérie, ce que la grand-mère n'a jamais vraiment dit quand elle habita à Dijon à partir de 1961, un peu avant l'indépendance.

Anne aussi a habité une rue Condorcet mais à Paris.

L'habitant de l'appartement finit par ouvrir sa porte au père.

Amine est leur guide dans Oran et le soir ils vont sur la plage en compagnie d'un deuxième oranais Mohamed.

Le lendemain ils se rendent au village de Misserghin. Mais là le père ne reconnaît plus rien du village où il passait ses vacances dans la ferme des grands-parents. Et à force de persévérance ils voient un algérien qui reconnaît le père et ils passent un bon moment avec cette famille qui malheureusement n'a pas bien entretenu la ferme.

Avant de partir ils vont au cimetière où est demeuré le tombeau familial des Montoya.

Le troisième jour se passe à Oran et dans les alentours mais n'apporte plus grand chose aux souvenirs.

A Paris le père remercie sa fille.

 

Trois jours pour se retourner vers soi. Pour le père c'est évident puisqu'il revient sur les traces de son passé. Mais pour sa fille Anne c'est l'occasion de prendre du recul par rapport à sa vie parisienne entre sa famille et P., l'homme qui a changé sa vie récemment, qui l'aime et qu'elle aime, mais avec la réticence de faire exploser son univers familial.

 

"Trois jours à Oran" est donc un récit de voyage mais aussi un récit d'introspection qui vient télescoper cette Algérie "nouvelle" que retrouve le père et que découvre sa fille, ce qui rend parfois ce texte déroutant, décalé.

Il fallait "faire ce voyage", ce que certains lecteurs ont confirmé à Anne Plantagenet dans les courriers qu'elle a reçu à la suite de la première édition et qu'elle explique dans le texte "Le désir et la peur".

Ce livre entre dans mon cycle de lectures sur la littérature et le voyage.

Bonne lecture,

Denis

Trois jours à Oran d'Anne Plantagenet (J'ai lu)
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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 18:14
Les cosmonautes ne font que passer d'Elitza Gueorguieva (Verticales)

Les cosmonautes ne font que passer d'Elitza Gueorguieva

(Editions Verticales - septembre 2016 - 180 pages)

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Nous voici devant un premier roman "jubilatoire" écrit par une jeune bulgare de 36 ans (née à Sofia en 1981) directement en français. Et quel français ! Un français que l'on sent être celui de l'enfance, transcrit bien plus tard par Elitza. Car la jeune fille du roman a 8 ans au moment de la chute du mur de Berlin. Elle était en Bulgarie et ne parlait pas un mot de français.

Sa culture c'était celle martelée par le parti communiste soumis à la botte russe.

Le héros, ici, surtout à l'école où va la jeune enfant, c'est Youri Gagarine (1934-1968). Il est venu planté un arbre dans son école autrefois, du temps où il avait fait la "conquête spéciale". Il y avait une statue de lui et un véritable culte pour le héros soviétique.

Incipit du roman ; "Vous êtes devant une multitude de petits cailloux brillants de toutes les couleurs ne ressemblant à rien du tout, mais comme ta mère a l'air ému, tu comprends qu'on n'est pas là pour rigoler. Elle t'annonce que ça, c'est lui, c'est Youri Gagarine et quand elle avait ton âge, il y a quelques siècles au moins, elle l'a personnellement vu planter des sapins, ici, dans l'allée de ce bâtiment : il s'agit de ta future école, et vous y êtes pour t'y inscrire, te dit ta mère en allumant sa dix-neuvième cigarette de la journée."

 

Le roman s'adresse à cette jeune fille en lui disant "tu". En 1989, tout va basculer, comme on le sait et l'auteure nous raconte avec grand humour cette période de la chute du mur de Berlin et la suite en Bulgarie, où les communistes sont conspués, où la statue, entre autre, de Youri Gagarine est détruite... où la meilleure amie de la fillette, Constantza, si gentille devient une peste et part pour la Grèce... Et le rêve dédevenir cosmonaute comme Youri Gagarine s'effondre.

C'est la démocratie qui est annoncée, l'ouverture au capitalisme et à la culture occidentale. Alors, la jeune fille se tourne vers une nouvelle idole, Kurt Cobain (1967-1994), le grand chanteur et guitariste de Nirvana.

Page 122/123 "Maintenant, c'est officiel : Kurt Cobain vient de se suicider. Ou alors, c'est un accident, un meurtre, un complot, rien n'est clair sur MTV ces derniers jours. Les hypothèses surgissent de tous les côtés, s'entrechoquent, se contredisent, s'annulent, les pistes sont complètement brouillées (...) Une seule thèse est irréfutable : tu viens de perdre de nouveau une idole. La vie est un trou noir, avait chanté Kurt Cobain de son vivant, et l'angoisse inouïe qui se niche dans ce constat te prend au dépourvu".

 

Le grand-père communiste et le père au chômage ne savent plus que penser de ce "nouveau monde" qui s'ouvre et où s'est engouffré avec détermination le grand cousin Andrei.

Le seul fidèle parmi les fidèles reste son chien Joki...

L'humour est présent à toutes les pages pour analyser ces mutations compliquées pour la Bulgarie, tellement soviétique pendant si longtemps, et qui prend délibérément le virage démocratique, du moins c'est ce qu'elle croit fortement.

Et vivre tout cela quand on a eu 8 ans en 1989 ! c'est incroyable !

Je vous recommande ce roman qui est un véritable coup de cœur pour moi.

Vous verrez que l'humour d'Elitza Gueorguieva est fantastique dans la vidéo que j'ai rajoutée en fin d'article.

Son livre est publié aux Editions Verticales notamment suite au Master de Création littéraire à Paris et à la complicité d'Olivia Rosenthal et Maylis de Kerangal, deux auteurs phares de l'éditeur.

Un vrai moment de bonheur de lire pour moi que ce roman.

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

Les cosmonautes ne font que passer d'Elitza Gueorguieva (Verticales)
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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 17:35
Le Vide et le Plein de Nicolas Bouvier (Hoebeke)

Le Vide et le Plein : carnets du Japon 1964-1970

de Nicolas Bouvier

(Hoebeke - "Etonnants voyageurs" - 186 pages - Septembre 2004)

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Nicolas Bouvier (1929-1998) est indéniablement le symbole de "l'écrivain-voyageur" du 20e siècle, après ses aînés qui ont servi tant de modèles aux futurs écrivains qui feront de leurs voyages de la littérature : Jack London, Robert-Louis Stevenson ou Joseph Conrad.

Ses carnets de voyage au Japon ont été retrouvés après sa mort. Ecrits entre 1964 et 1970, ils se situent après "L'Usage du Monde", publié en 1963.

L'auteur relate ses séjours en trois lieux principaux : Kyoto, le cap Kyoga et Tokyo.

Il entrecoupe ses récits de propos sur la littérature ce qui montre plus que jamais sa sensibilité à la vie de ses contemporains et à l'oeuvre littéraire qu'il lit au cours de ses voyages.

Il écrit dans les premières pages de ses carnets, page 18-19 : "L'écriture naît d'une illusion : illusion que je suis meilleur que moi-même, plus pénétrant, généreux et sensible. Illusion aussi que je suis capable d'écrire. Lorsque cette illusion est maintenue assez longtemps - comme un révélateur qu'on porte à température - elle devient réalité, j'écris et je m'ajuste aux exigences de l'écriture. L'écriture c'est mon théâtre et si je ne sais pas toujours comment la pièce commence, je sais par contre qu'elle finit bien..."

 

Nicolas Bouvier sait observer le monde pour nous le restituer avec acuité et pertinence. Il entend aussi réfléchir sur son art du voyage et de l'écriture, ce qui fait réellement de lui un grand écrivain. Il donne toujours de l'épaisseur à ce qu'il raconte. Les êtres humains, leurs pensées et leurs coutumes ont plus d'importance pour lui que les monuments qu'il peut voir.

Page 134: "La culture japonaise a toujours eu ses émotifs, ses sentimentaux souvent, ses romantiques jamais. Par exemple, ce goût romantique de la solitude et des paysages sauvages, si fort en Occident, seuls quelques désabusés, ermites ou initiés le partagent".

 

Ce livre fait partie du parcours de Nicolas Bouvier au plus près de son intimité. Il y parle assez peu de lui, fait quelques références à son épouse Eliane qui l'a accompagné régulièrement dans ses voyages, jeune mère à l'époque.

 

Je ne connaissais pas cette précieuse collection "Etonnants voyageurs" dirigée par Michel Le Bris, le grand spécialiste de cette littérature et initiateur du salon du livre de Saint-Malo.

 

Bonne lecture,

Denis

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 17:25
Les naufrageurs de Louis Sanders (Editions Joëlle Losfeld)

Les naufrageurs de Louis Sanders

(Edtions Joëlle Losfeld - "Littérature française"

mai 2004 - 203 pages)

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Le narrateur arrive en Cornouailles en 1826 et est tout de suite intrigué par le manoir de Bonython où vit une vieille Lady autrefois femme pirate.

Une jeune femme a été victime d'un naufrage et ne se rappelle de rien quand elle reprend connaissance. Un médaillon lui fait dire qu'elle s'appelle Mary Trenam.

Elle se retrouve entre les mains de Ann et Jane. Mary voit lord Blond mandaté pour arrêter les naufrageurs de la côte. Pour l'heure il s'est rendu chez lady Bonython.

Le colonel John l'a aperçue et Matthew Trenam a appris la présence de Mary ici, celle avec qui il devait se marier.

Mary devant être cachée aux autres, Mad Davis qu'elle avait vu juste après le naufrage, la conduit chez lady Bonython. Contre toute attente elle est bien accueillie et travaille comme domestique. Mary impressionne William Blond venu avec son père souper chez lady Bonython.

Une nuit de tempête les naufrageurs voient un bateau s'échouer pour leur plus grand bonheur. Ils tuent les marins et s'emparent des marchandises. Lady Bonython est à la tête de ces hommes dont "colonel John" et Mad David. Pendant ce temps Mary, seule au manoir voit arriver Matthew Trenam qu'elle blesse avant de s'enfuir mais elle tombe sur Lady Bonython qui demande à Mad de la tuer, ce qu'il semble renoncer à faire...

 

Vous aurez sans doute compris qu'il s'agit d'un "roman d'aventures" dans la grande tradition des romans de ce type, notamment en Angleterre.

Ce roman a quelque chose en plus, c'est son style travaillé pour en faire un livre de grande qualité littéraire.


Début du chapitre 1 (après le prologue) : "Le monde s'était retourné sur lui-même et lamer avait pris la place du ciel. Les craquements de la foudre et du bois se répondaient et parfois l'horizon noir qui n'était plus fait que d'eau salée tombait sur le pont et les mâts. On avait ramené les voiles et ce qui restait du bateau avait pris l'allure d'un assemblage maladroit de planches et de câbles".

 

Un naufrageur est celui qui provoque volontairement le naufrage d’un navire, à la différence du pilleur d'épave qui se contente de piller un navire déjà échoué (une épave). (Wikipedia)

 

Ces naufrageurs attendaient les tempêtes pour voir s'échouer des navires en perdition après avoir allumé des feux pour les attirer vers les côtes. L'auteur a repris ce "mythe" pour nous proposer ce récit d'aventure où les personnages sont le reflet de ces "brigands" des côtes anglaises. On ne s'ennuie pas une seconde et on passe un vrai moment de lecture savoureuse.

Un livre à lire autant pour ses qualités littéraires que pour son cadre historique et romanesque.

Bonne lecture,

Denis

 

 

Les naufrageurs de Louis Sanders (Editions Joëlle Losfeld)
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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 15:24
Prévert l'irréductible d'Hervé Hamon (Tohubohu Editions)

Prévert l'irréductible - Tentative d'un portrait  de Hervé Hamon

(Tohubohu Editions - 144 pages - janvier 2017)

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La très jeune maison d'édition Tohubohu Editions a publié début janvier 2017, un passionnant livre de l'auteur Hervé Hamon, né en 1946, à l'occasion des 40 ans de la disparition de Jacques Prévert (1900-1977).

L'auteur a écrit plusieurs livres avec Patrick Rotman avant d'écrire en "solo". La mer l'a beaucoup inspiré et cette fois-ci, il se consacre à Jacques Prévert.

 

Prévert a été anarchiste dans l'âme se refusant à être endoctriné. Il a aimé rire. Rire de tout sans jamais être mièvre, son oeuvre étant souvent grave derrière le rire. 

Son éducation religieuse a tourné court à onze ans mais lui a permis de rendre visite à des pauvres. L'école s'est arrêtée pour lui à quatorze ans. Il a aimé l'école buissonnière tout en ayant de bonnes notes malgré tout. Il a alors appris aussi à marcher et à observer le monde parisien. 

Les premiers grands amis de jeunesse sont Yves Tanguy, futur peintre et Marcel Duhamel. Ils lisent beaucoup et Marcel leur fait découvrir la librairie d'Adrienne Monnier. Ils entrent alors dans l'univers du surréalisme. Prévert adore la poésie de Rimbaud et se délecte des Chants de Maldoror. 

Prévert commence à écrire au début des années 30. Son frère Pierre lui fait découvrir le cinéma mais c'est le théâtre "anarchiste" qui le lance avec le groupe octobre dont les pièces anticapitalistes font fureur notamment en Russie, celle d'avant les purges staliniennes. 

La rencontre avec Marcel Carné est déterminante pour faire quelques chef d'oeuvres tels "les visiteurs du soir" ou "les enfants du paradis" fait et terminé pendant la guerre. Arletty et surtout Jean Gabin ont contribué au succès du duo et de leur "belle équipe" (Kosma et les autres...). Ils ont tous été résistants et ont su faire des films sans compromissions. 

Par la suite, il y aura la fructueuse collaboration avec Paul Grimaud qui débouchera sur "Le Roi et l'Oiseau".

Il a bien sûr écrit de la poésie tout au long de sa vie mais on voit combien les autres arts l'ont toujours interpellé. C'est là le grand intérêt de cette "tentative de portrait".

Rappelez-vous le génial "Tentative de description de têtes à Paris - France", clin d'œil au sous-titre de ce livre.

 

Je remercie Manon Kauffmann des éditions Tohubohu qui m'a permis de découvrir ce livre que je vous recommande vivement.

On passe un bon moment avec Prévert à travers ce livre et on revisite les grands moments du cinéma et de la littérature des années 1930-1977.

A lire sans modération, et un éditeur à suivre...

Et je vous renvoie au petit article que j'avais fait sur Prévert dans ma série "Lire de la poésie de A à Z".

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

Prévert l'irréductible d'Hervé Hamon (Tohubohu Editions)
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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 17:30
Pêcheur d'Islande de Pierre Loti (Folio)

 

Pêcheur d'Islande de Pierre Loti (Folio - 340 pages)

Edition présentée et annotée par Jacques Dupont

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Yann est un des six marins embarqué sur la "Marie" pour l'expédition annuelle de six mois en mer d'Islande.

A terre, ici à Paimpol, on les appelle les islandais. Ils font fureur auprès des filles quand ils sont à terre. Gaud a repéré Yann, le grand, ami comme frère avec Sylvestre. Elle est amoureuse de lui mais il semble ne pas s'en rendre compte. Ils ont dansé ensemble puis il l'a ignorée par la suite repartant ce mois de mai pour les mers d'Islande sans imaginer combien elle se languit de lui. 

Sylvestre est appelé pour le service militaire et il part pour la Chine en tant que gabier. C'est le temps de la guerre du Tonkin et il attend avec impatience le moment du combat. Il apprend alors que le père de Gaud est mort brutalement. Finie la fortune et elle va devoir travailler l'éloignant encore plus de Yann. 

P. 139- début du chapitre : "Il avait pris le large emporté très vite sur des mers inconnues, beaucoup plus bleues que celle de l'Islande. // Le navire qui le conduisait en extrême Asie avait ordre de se hâter, de brûler les relâches.  // Déjà il avait conscience d'être bien loin, à cause de cette vitesse qui était incessante, égale, qui allait toujours, presque sans souci du vent ni de la mer. Etant gabier, il vivait dans sa mâture, perché comme un oiseau, évitant ces soldats entassés sur le pont, cette cohue d'en bas". 

Le très vaillant Sylvestre se fait tirer dessus et le retour en bateau n'a plus le goût du voyage plein d'espoir car celui-ci le conduit vers la mort. 

P. 165 : "A bord de ce transport qui allait partir, on le coucha dans l'un des petits lits de fer alignés à l'hôpital et il recommença en sens inverse sa longue promenade à travers les mers. Seulement, cette fois, au lieu de vivre comme un oiseau dans le plein vent des hunes, c'était dans les lourdeurs d'en bas, au milieu des exhalaisons de remèdes, de blessures et de misères."

Yann et Gaud vont-ils finir par se marier et vivre le parfait amour, dans ce monde difficile où l'apprentissage de la vie passe par le travail difficile, la douleur et l'angoisse.

Toutes les femmes "d'islandais" passent 6 mois de l'année à s'angoisser et à attendre le retour du bateau qui va leur rapporter leur "homme". Et eux attendent aussi le retour après ces mois difficiles pour revoir les leurs, pour courir les filles s'ils sont libres...

Pierre Loti, que l'on classe sans difficultés dans la catégorie des "écrivains-voyageurs" a, avec ce roman, rompu avec sa manière d'écrire des récits de voyages accomplis par lui-même.

On est beaucoup à terre dans ce roman mais on voyage par la pensée avec Yann ou Sylvestre dans leur "épopée" en mer d'Islande. Passe aussi la tragédie des jeunes appelés au Tonkin pour y faire une guerre "inutile" (si l'on ose dire que les guerres peuvent être utiles !).

"Pêcheur d'Islande" a été publié en 1886.Sa riche documentation a permis aux lecteurs de découvrir la vie difficile des pêcheurs bretons.

Ce livre a été considéré comme le "chef d'oeuvre" de Pierre Loti (1850-1923).

Ernest Renan a écrit : "Ces pêcheurs d'Islande sont mes cousins et arrière-cousins... Bréhat, Paimpol, Lézardieux et Plourivo sont peuplés du vieux clan d'où je sors. Vous les avez peints à merveille, cher et admirable artiste que vous êtes".

Une très belle plume qui sait être tragique (en mer ou dans l'attente du retour) ou romantique (les amours nés ou à naître). Un style pur et efficace dans la veine réaliste du XIXe siècle pour le plus grand plaisir de lecture. Jusqu'à la fin, on espère toujours une lueur de bonheur dans cette Bretagne ouverte au monde extérieur.

A lire sans modération.

Ce livre s'inscrit bien sûr dans ma thématique 2017 "Eloge du voyage - écrivains-voyageurs".

Bonne lecture,

Denis

 

 

Pêcheur d'Islande de Pierre Loti (Folio)
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