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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 17:40
Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby (Actes Sud)

Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby

(Editions Actes Sud - Août 2016 - 267 pages)

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Mathilde Blanc revient le 1er juillet 2012 soit 50 ans après, jour pour jour, après le décès de son père, au sanatorium en forme de paquebot à Aincourt devenu une ruine classée aux monuments historiques.

Les parents, Odile et Paul (dit Paulot), tenaient le bar le Balto à La Roche. Le samedi soir c'était bal et Paul lançait le bal avec sa fille aînée, Annie, 16 ans, resplendissante.. Il jouait de l'harmonica. Mathilde les regardait de loin. Elle était née cinq ans après la mort de son frère encore jeune bébé. Alors elle a voulu être "le fils" de Paul à ses yeux et a toujours eu des jeux de garçon. Un peu casse-cou aussi malgré ses neuf ans. Après il y a eu tout de même le petit Jacques.

On est en 1952 et les mots pleurésie ou tuberculose et sanatorium sont souvent inconnus. Et Mathilde va les découvrir quand on va parler de la maladie de Paulot. Deux mois à Aincourt et tout doit rentrer dans l'ordre. Mais juste après Noël la maladie s'aggrave et la vie au Balto devient impossible pour le père.

Et une partie de la clientèle ne vient plus car on dit comme à l'école que le "bacille" est contagieux.

Il faut se séparer du Balto et emménager en face et ouvrir une librairie-presse. Mais vivre auprès du balto est insupportable pour Paulot. Alors ils s'installent à Limay et font bientôt faillite. Retour en face du balto où il faut survivre de petits boulots. Difficile pour Mathilde d'être heureuse et de faire rire son père.

Elle veut danser comme Annie ce qui lui permet de rencontrer Mathieu. Mais Odile et Paul sont de plus en plus malades de cette tuberculose. Avec quelques aides de l'état ils vont à Aincourt. Jacques et Mathilde mineurs doivent partir dans une famille d'accueil. On est le 2 janvier 1960.

Mathilde est une rebelle et contre vents et marées elle va voir ses parents chaque semaine y compris le père en cellule d'isolement. Elle est bien avec Mathieu. Se plaint de la veuve qui l'a recueillie et finit par rentrer chez eux à La Roche où elle  ôte les sellés.

Mathilde mène seule alors le combat pour le mieux être de la famille. Sa meilleure alliée est Jeanne, jeune fille handicapée, qui lui apporte de l'amitié, de la complicité, lui donnant de l'énergie pour lutter contre les malheurs des Blanc.

L'auteure nous introduit, comme si on y était, de par le langage de la narratrice adapté au "monde de Mathilde", de par le contexte historique où la "guerre" d'Algérie est l'événement majeur, en dehors du combat quotidien au temps où l'aide sociale, la sécurité sociale sont loin d'être un "paradis" pour ramener les malades à "la vie". On survit tant bien que mal quand on est atteint d'une grave maladie dans ces années 50-60, surtout si on est commerçant.

Une "fille courage" que cette Mathilde qui porte toute la famille et qui accompagne ses parents dans la maladie, qui essaie de donner un peu de confort à son petit frère, tandis qu'Annie, elle, fiat sa vie avec son mari et son enfant aussi loin que possible des risques de contamination par ce "bacille" destructeur.

 

Le livre n'a pas l'intensité de Kinderzimmer, le précédent roman de Valentine Goby. Le roman s'essouffle un peu sur la fin. On peut être dérangé comme moi par le style fait de simplicité, de juxtaposition de mots, mais après réflexion, je me suis dit que ce style est lié au langage de l'époque, dans cette famille.

Page 66 :" Mathilde veut voir Paulot vivant. Elle veut qu'il rie, elle s'en donne la mission. Ce jour-là, elle marche, ultra-légère dans l'air de juin, traversée de lumière comme les fins corps d'insectes. Elle a quatorze ans, elle est sèche comme une gosse de dix ans, pas de formes, pas de gras, que du muscle".

 

Le roman est inspiré par le témoignage d'Elise Bellion et d'autres témoins de cette époque où la "paquebot" d'Aincourt était en activité. Il est devenu en partie une ruine.

 

Une nouvelle lecture faite en commun avec Marjorie dont les échanges sont très éclairant tout au long de notre lecture.

 

Denis

 

Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby (Actes Sud)Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby (Actes Sud)
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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 16:38
Le garçon incassable de Florence Seyvos (L'Olivier)

Le garçon incassable de Florence Seyvos

(Editions de l'Olivier - 173 pages - Mai 2013)

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Elle est française, écrivain, et se trouve à Los Angeles car elle écrit un livre sur Buster Keaton et se rend à la villa où il vécut.

Elle se rappelle deux Henri, tous deux déficients mentaux. Mais surtout elle a vécu avec son demi-frère handicapé d'abord en Côte d'ivoire puis en France quand sa mère est partie vivre avec le père d'Henri. Un père plutôt sévère avec son fils.

Buster Keaton a reçu ce surnom de Buster quand il a dévalé bébé un escalier. Il est devenu alors une "chose" dans les spectacles de ses parents volant de place en place pour le plaisir des spectateurs. C'est ainsi qu'il est devenu acteur physique dès son enfance.

Henri à force de persévérance et soutenu par les siens a pu savoir lire puis il a pu travailler dans un CAT. Henri a passé beaucoup de temps à attendre. Attendre que l'on s'occupe de lui, attendre que les activités auxquelles il ne pouvait pas se mêler se terminent...

Keaton a eu plus de bas que de hauts dans sa vie d'artiste. Mais avec le temps il a eu du succès notamment lors de rétrospectives de des films dans les années 50-60. Sa femme l'a quitté mais Eleanor une jeune femme l'a suivi dans sa fin de carrière avec amour et dévouement. L'alcool et plus encore le tabac ont eu raison de sa vue et il est mort en 1966.

 

Le roman alterne ainsi entre la "biographie" de Buster Keaton et la narration des années passées aux côtés de Henri, le "demi-frère" que la famille a pris en charge et a accompagné dans sa vie.

On ne comprend pas trop bien le lien entre les deux histoires si ce n'est que ce sont des moments de vie de la narratrice.

La quatrième de couverture nous éclaire ainsi : "A travers leur commune étrangeté au monde (ne passent-ils pas tous deux pour des idiots ?), et cette fragilité qui semble les rendre invulnérables, Henri et Buster sont peut-être détenteurs d'un secret bouleversant."

Le grand intérêt de ce roman est le style de l'auteure qui nous emporte. En courts chapitres, ce sont des moments de vie qui sont racontés, comme de courtes nouvelles juxtaposées.

Florence née à Lyon en 1967 a peu publié :4 livres en 20 ans, dont "Les apparitions" qui a obtenu le Prix Goncourt du premier roman en 1995.

Un livre à lire pour ces instants de vie et pour se rappeler qui était Buster Keaton.

Denis 

Le garçon incassable de Florence Seyvos (L'Olivier)
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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 16:28
Trois jours à Oran d'Anne Plantagenet (J'ai lu)

Trois jours à Oran d'Anne Plantagenet (J'ai lu - 222 pages - décembre 2014)

Suivi de "Le désir et la peur" (Texte de septembre 2014)

Première édition : Stock - janvier 2014

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C'est l'auteure qui a persuadé son père qu'il serait bien qu'il retourne à Oran sur les traces de sa jeunesse. On est le 15 septembre 2005 à Orly et le père tarde à arriver. Anne culpabilise de l'avoir entraîné dans ce voyage.

Ils partent tout de même et le premier endroit où ils vont c'est rue Condorcet où le père a vécu avec ses parents, de condition modeste, en Algérie, ce que la grand-mère n'a jamais vraiment dit quand elle habita à Dijon à partir de 1961, un peu avant l'indépendance.

Anne aussi a habité une rue Condorcet mais à Paris.

L'habitant de l'appartement finit par ouvrir sa porte au père.

Amine est leur guide dans Oran et le soir ils vont sur la plage en compagnie d'un deuxième oranais Mohamed.

Le lendemain ils se rendent au village de Misserghin. Mais là le père ne reconnaît plus rien du village où il passait ses vacances dans la ferme des grands-parents. Et à force de persévérance ils voient un algérien qui reconnaît le père et ils passent un bon moment avec cette famille qui malheureusement n'a pas bien entretenu la ferme.

Avant de partir ils vont au cimetière où est demeuré le tombeau familial des Montoya.

Le troisième jour se passe à Oran et dans les alentours mais n'apporte plus grand chose aux souvenirs.

A Paris le père remercie sa fille.

 

Trois jours pour se retourner vers soi. Pour le père c'est évident puisqu'il revient sur les traces de son passé. Mais pour sa fille Anne c'est l'occasion de prendre du recul par rapport à sa vie parisienne entre sa famille et P., l'homme qui a changé sa vie récemment, qui l'aime et qu'elle aime, mais avec la réticence de faire exploser son univers familial.

 

"Trois jours à Oran" est donc un récit de voyage mais aussi un récit d'introspection qui vient télescoper cette Algérie "nouvelle" que retrouve le père et que découvre sa fille, ce qui rend parfois ce texte déroutant, décalé.

Il fallait "faire ce voyage", ce que certains lecteurs ont confirmé à Anne Plantagenet dans les courriers qu'elle a reçu à la suite de la première édition et qu'elle explique dans le texte "Le désir et la peur".

Ce livre entre dans mon cycle de lectures sur la littérature et le voyage.

Bonne lecture,

Denis

Trois jours à Oran d'Anne Plantagenet (J'ai lu)
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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 18:14
Les cosmonautes ne font que passer d'Elitza Gueorguieva (Verticales)

Les cosmonautes ne font que passer d'Elitza Gueorguieva

(Editions Verticales - septembre 2016 - 180 pages)

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Nous voici devant un premier roman "jubilatoire" écrit par une jeune bulgare de 36 ans (née à Sofia en 1981) directement en français. Et quel français ! Un français que l'on sent être celui de l'enfance, transcrit bien plus tard par Elitza. Car la jeune fille du roman a 8 ans au moment de la chute du mur de Berlin. Elle était en Bulgarie et ne parlait pas un mot de français.

Sa culture c'était celle martelée par le parti communiste soumis à la botte russe.

Le héros, ici, surtout à l'école où va la jeune enfant, c'est Youri Gagarine (1934-1968). Il est venu planté un arbre dans son école autrefois, du temps où il avait fait la "conquête spéciale". Il y avait une statue de lui et un véritable culte pour le héros soviétique.

Incipit du roman ; "Vous êtes devant une multitude de petits cailloux brillants de toutes les couleurs ne ressemblant à rien du tout, mais comme ta mère a l'air ému, tu comprends qu'on n'est pas là pour rigoler. Elle t'annonce que ça, c'est lui, c'est Youri Gagarine et quand elle avait ton âge, il y a quelques siècles au moins, elle l'a personnellement vu planter des sapins, ici, dans l'allée de ce bâtiment : il s'agit de ta future école, et vous y êtes pour t'y inscrire, te dit ta mère en allumant sa dix-neuvième cigarette de la journée."

 

Le roman s'adresse à cette jeune fille en lui disant "tu". En 1989, tout va basculer, comme on le sait et l'auteure nous raconte avec grand humour cette période de la chute du mur de Berlin et la suite en Bulgarie, où les communistes sont conspués, où la statue, entre autre, de Youri Gagarine est détruite... où la meilleure amie de la fillette, Constantza, si gentille devient une peste et part pour la Grèce... Et le rêve dédevenir cosmonaute comme Youri Gagarine s'effondre.

C'est la démocratie qui est annoncée, l'ouverture au capitalisme et à la culture occidentale. Alors, la jeune fille se tourne vers une nouvelle idole, Kurt Cobain (1967-1994), le grand chanteur et guitariste de Nirvana.

Page 122/123 "Maintenant, c'est officiel : Kurt Cobain vient de se suicider. Ou alors, c'est un accident, un meurtre, un complot, rien n'est clair sur MTV ces derniers jours. Les hypothèses surgissent de tous les côtés, s'entrechoquent, se contredisent, s'annulent, les pistes sont complètement brouillées (...) Une seule thèse est irréfutable : tu viens de perdre de nouveau une idole. La vie est un trou noir, avait chanté Kurt Cobain de son vivant, et l'angoisse inouïe qui se niche dans ce constat te prend au dépourvu".

 

Le grand-père communiste et le père au chômage ne savent plus que penser de ce "nouveau monde" qui s'ouvre et où s'est engouffré avec détermination le grand cousin Andrei.

Le seul fidèle parmi les fidèles reste son chien Joki...

L'humour est présent à toutes les pages pour analyser ces mutations compliquées pour la Bulgarie, tellement soviétique pendant si longtemps, et qui prend délibérément le virage démocratique, du moins c'est ce qu'elle croit fortement.

Et vivre tout cela quand on a eu 8 ans en 1989 ! c'est incroyable !

Je vous recommande ce roman qui est un véritable coup de cœur pour moi.

Vous verrez que l'humour d'Elitza Gueorguieva est fantastique dans la vidéo que j'ai rajoutée en fin d'article.

Son livre est publié aux Editions Verticales notamment suite au Master de Création littéraire à Paris et à la complicité d'Olivia Rosenthal et Maylis de Kerangal, deux auteurs phares de l'éditeur.

Un vrai moment de bonheur de lire pour moi que ce roman.

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

Les cosmonautes ne font que passer d'Elitza Gueorguieva (Verticales)
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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 17:35
Le Vide et le Plein de Nicolas Bouvier (Hoebeke)

Le Vide et le Plein : carnets du Japon 1964-1970

de Nicolas Bouvier

(Hoebeke - "Etonnants voyageurs" - 186 pages - Septembre 2004)

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Nicolas Bouvier (1929-1998) est indéniablement le symbole de "l'écrivain-voyageur" du 20e siècle, après ses aînés qui ont servi tant de modèles aux futurs écrivains qui feront de leurs voyages de la littérature : Jack London, Robert-Louis Stevenson ou Joseph Conrad.

Ses carnets de voyage au Japon ont été retrouvés après sa mort. Ecrits entre 1964 et 1970, ils se situent après "L'Usage du Monde", publié en 1963.

L'auteur relate ses séjours en trois lieux principaux : Kyoto, le cap Kyoga et Tokyo.

Il entrecoupe ses récits de propos sur la littérature ce qui montre plus que jamais sa sensibilité à la vie de ses contemporains et à l'oeuvre littéraire qu'il lit au cours de ses voyages.

Il écrit dans les premières pages de ses carnets, page 18-19 : "L'écriture naît d'une illusion : illusion que je suis meilleur que moi-même, plus pénétrant, généreux et sensible. Illusion aussi que je suis capable d'écrire. Lorsque cette illusion est maintenue assez longtemps - comme un révélateur qu'on porte à température - elle devient réalité, j'écris et je m'ajuste aux exigences de l'écriture. L'écriture c'est mon théâtre et si je ne sais pas toujours comment la pièce commence, je sais par contre qu'elle finit bien..."

 

Nicolas Bouvier sait observer le monde pour nous le restituer avec acuité et pertinence. Il entend aussi réfléchir sur son art du voyage et de l'écriture, ce qui fait réellement de lui un grand écrivain. Il donne toujours de l'épaisseur à ce qu'il raconte. Les êtres humains, leurs pensées et leurs coutumes ont plus d'importance pour lui que les monuments qu'il peut voir.

Page 134: "La culture japonaise a toujours eu ses émotifs, ses sentimentaux souvent, ses romantiques jamais. Par exemple, ce goût romantique de la solitude et des paysages sauvages, si fort en Occident, seuls quelques désabusés, ermites ou initiés le partagent".

 

Ce livre fait partie du parcours de Nicolas Bouvier au plus près de son intimité. Il y parle assez peu de lui, fait quelques références à son épouse Eliane qui l'a accompagné régulièrement dans ses voyages, jeune mère à l'époque.

 

Je ne connaissais pas cette précieuse collection "Etonnants voyageurs" dirigée par Michel Le Bris, le grand spécialiste de cette littérature et initiateur du salon du livre de Saint-Malo.

 

Bonne lecture,

Denis

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 17:25
Les naufrageurs de Louis Sanders (Editions Joëlle Losfeld)

Les naufrageurs de Louis Sanders

(Edtions Joëlle Losfeld - "Littérature française"

mai 2004 - 203 pages)

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Le narrateur arrive en Cornouailles en 1826 et est tout de suite intrigué par le manoir de Bonython où vit une vieille Lady autrefois femme pirate.

Une jeune femme a été victime d'un naufrage et ne se rappelle de rien quand elle reprend connaissance. Un médaillon lui fait dire qu'elle s'appelle Mary Trenam.

Elle se retrouve entre les mains de Ann et Jane. Mary voit lord Blond mandaté pour arrêter les naufrageurs de la côte. Pour l'heure il s'est rendu chez lady Bonython.

Le colonel John l'a aperçue et Matthew Trenam a appris la présence de Mary ici, celle avec qui il devait se marier.

Mary devant être cachée aux autres, Mad Davis qu'elle avait vu juste après le naufrage, la conduit chez lady Bonython. Contre toute attente elle est bien accueillie et travaille comme domestique. Mary impressionne William Blond venu avec son père souper chez lady Bonython.

Une nuit de tempête les naufrageurs voient un bateau s'échouer pour leur plus grand bonheur. Ils tuent les marins et s'emparent des marchandises. Lady Bonython est à la tête de ces hommes dont "colonel John" et Mad David. Pendant ce temps Mary, seule au manoir voit arriver Matthew Trenam qu'elle blesse avant de s'enfuir mais elle tombe sur Lady Bonython qui demande à Mad de la tuer, ce qu'il semble renoncer à faire...

 

Vous aurez sans doute compris qu'il s'agit d'un "roman d'aventures" dans la grande tradition des romans de ce type, notamment en Angleterre.

Ce roman a quelque chose en plus, c'est son style travaillé pour en faire un livre de grande qualité littéraire.


Début du chapitre 1 (après le prologue) : "Le monde s'était retourné sur lui-même et lamer avait pris la place du ciel. Les craquements de la foudre et du bois se répondaient et parfois l'horizon noir qui n'était plus fait que d'eau salée tombait sur le pont et les mâts. On avait ramené les voiles et ce qui restait du bateau avait pris l'allure d'un assemblage maladroit de planches et de câbles".

 

Un naufrageur est celui qui provoque volontairement le naufrage d’un navire, à la différence du pilleur d'épave qui se contente de piller un navire déjà échoué (une épave). (Wikipedia)

 

Ces naufrageurs attendaient les tempêtes pour voir s'échouer des navires en perdition après avoir allumé des feux pour les attirer vers les côtes. L'auteur a repris ce "mythe" pour nous proposer ce récit d'aventure où les personnages sont le reflet de ces "brigands" des côtes anglaises. On ne s'ennuie pas une seconde et on passe un vrai moment de lecture savoureuse.

Un livre à lire autant pour ses qualités littéraires que pour son cadre historique et romanesque.

Bonne lecture,

Denis

 

 

Les naufrageurs de Louis Sanders (Editions Joëlle Losfeld)
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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 15:24
Prévert l'irréductible d'Hervé Hamon (Tohubohu Editions)

Prévert l'irréductible - Tentative d'un portrait  de Hervé Hamon

(Tohubohu Editions - 144 pages - janvier 2017)

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La très jeune maison d'édition Tohubohu Editions a publié début janvier 2017, un passionnant livre de l'auteur Hervé Hamon, né en 1946, à l'occasion des 40 ans de la disparition de Jacques Prévert (1900-1977).

L'auteur a écrit plusieurs livres avec Patrick Rotman avant d'écrire en "solo". La mer l'a beaucoup inspiré et cette fois-ci, il se consacre à Jacques Prévert.

 

Prévert a été anarchiste dans l'âme se refusant à être endoctriné. Il a aimé rire. Rire de tout sans jamais être mièvre, son oeuvre étant souvent grave derrière le rire. 

Son éducation religieuse a tourné court à onze ans mais lui a permis de rendre visite à des pauvres. L'école s'est arrêtée pour lui à quatorze ans. Il a aimé l'école buissonnière tout en ayant de bonnes notes malgré tout. Il a alors appris aussi à marcher et à observer le monde parisien. 

Les premiers grands amis de jeunesse sont Yves Tanguy, futur peintre et Marcel Duhamel. Ils lisent beaucoup et Marcel leur fait découvrir la librairie d'Adrienne Monnier. Ils entrent alors dans l'univers du surréalisme. Prévert adore la poésie de Rimbaud et se délecte des Chants de Maldoror. 

Prévert commence à écrire au début des années 30. Son frère Pierre lui fait découvrir le cinéma mais c'est le théâtre "anarchiste" qui le lance avec le groupe octobre dont les pièces anticapitalistes font fureur notamment en Russie, celle d'avant les purges staliniennes. 

La rencontre avec Marcel Carné est déterminante pour faire quelques chef d'oeuvres tels "les visiteurs du soir" ou "les enfants du paradis" fait et terminé pendant la guerre. Arletty et surtout Jean Gabin ont contribué au succès du duo et de leur "belle équipe" (Kosma et les autres...). Ils ont tous été résistants et ont su faire des films sans compromissions. 

Par la suite, il y aura la fructueuse collaboration avec Paul Grimaud qui débouchera sur "Le Roi et l'Oiseau".

Il a bien sûr écrit de la poésie tout au long de sa vie mais on voit combien les autres arts l'ont toujours interpellé. C'est là le grand intérêt de cette "tentative de portrait".

Rappelez-vous le génial "Tentative de description de têtes à Paris - France", clin d'œil au sous-titre de ce livre.

 

Je remercie Manon Kauffmann des éditions Tohubohu qui m'a permis de découvrir ce livre que je vous recommande vivement.

On passe un bon moment avec Prévert à travers ce livre et on revisite les grands moments du cinéma et de la littérature des années 1930-1977.

A lire sans modération, et un éditeur à suivre...

Et je vous renvoie au petit article que j'avais fait sur Prévert dans ma série "Lire de la poésie de A à Z".

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

Prévert l'irréductible d'Hervé Hamon (Tohubohu Editions)
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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 17:30
Pêcheur d'Islande de Pierre Loti (Folio)

 

Pêcheur d'Islande de Pierre Loti (Folio - 340 pages)

Edition présentée et annotée par Jacques Dupont

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Yann est un des six marins embarqué sur la "Marie" pour l'expédition annuelle de six mois en mer d'Islande.

A terre, ici à Paimpol, on les appelle les islandais. Ils font fureur auprès des filles quand ils sont à terre. Gaud a repéré Yann, le grand, ami comme frère avec Sylvestre. Elle est amoureuse de lui mais il semble ne pas s'en rendre compte. Ils ont dansé ensemble puis il l'a ignorée par la suite repartant ce mois de mai pour les mers d'Islande sans imaginer combien elle se languit de lui. 

Sylvestre est appelé pour le service militaire et il part pour la Chine en tant que gabier. C'est le temps de la guerre du Tonkin et il attend avec impatience le moment du combat. Il apprend alors que le père de Gaud est mort brutalement. Finie la fortune et elle va devoir travailler l'éloignant encore plus de Yann. 

P. 139- début du chapitre : "Il avait pris le large emporté très vite sur des mers inconnues, beaucoup plus bleues que celle de l'Islande. // Le navire qui le conduisait en extrême Asie avait ordre de se hâter, de brûler les relâches.  // Déjà il avait conscience d'être bien loin, à cause de cette vitesse qui était incessante, égale, qui allait toujours, presque sans souci du vent ni de la mer. Etant gabier, il vivait dans sa mâture, perché comme un oiseau, évitant ces soldats entassés sur le pont, cette cohue d'en bas". 

Le très vaillant Sylvestre se fait tirer dessus et le retour en bateau n'a plus le goût du voyage plein d'espoir car celui-ci le conduit vers la mort. 

P. 165 : "A bord de ce transport qui allait partir, on le coucha dans l'un des petits lits de fer alignés à l'hôpital et il recommença en sens inverse sa longue promenade à travers les mers. Seulement, cette fois, au lieu de vivre comme un oiseau dans le plein vent des hunes, c'était dans les lourdeurs d'en bas, au milieu des exhalaisons de remèdes, de blessures et de misères."

Yann et Gaud vont-ils finir par se marier et vivre le parfait amour, dans ce monde difficile où l'apprentissage de la vie passe par le travail difficile, la douleur et l'angoisse.

Toutes les femmes "d'islandais" passent 6 mois de l'année à s'angoisser et à attendre le retour du bateau qui va leur rapporter leur "homme". Et eux attendent aussi le retour après ces mois difficiles pour revoir les leurs, pour courir les filles s'ils sont libres...

Pierre Loti, que l'on classe sans difficultés dans la catégorie des "écrivains-voyageurs" a, avec ce roman, rompu avec sa manière d'écrire des récits de voyages accomplis par lui-même.

On est beaucoup à terre dans ce roman mais on voyage par la pensée avec Yann ou Sylvestre dans leur "épopée" en mer d'Islande. Passe aussi la tragédie des jeunes appelés au Tonkin pour y faire une guerre "inutile" (si l'on ose dire que les guerres peuvent être utiles !).

"Pêcheur d'Islande" a été publié en 1886.Sa riche documentation a permis aux lecteurs de découvrir la vie difficile des pêcheurs bretons.

Ce livre a été considéré comme le "chef d'oeuvre" de Pierre Loti (1850-1923).

Ernest Renan a écrit : "Ces pêcheurs d'Islande sont mes cousins et arrière-cousins... Bréhat, Paimpol, Lézardieux et Plourivo sont peuplés du vieux clan d'où je sors. Vous les avez peints à merveille, cher et admirable artiste que vous êtes".

Une très belle plume qui sait être tragique (en mer ou dans l'attente du retour) ou romantique (les amours nés ou à naître). Un style pur et efficace dans la veine réaliste du XIXe siècle pour le plus grand plaisir de lecture. Jusqu'à la fin, on espère toujours une lueur de bonheur dans cette Bretagne ouverte au monde extérieur.

A lire sans modération.

Ce livre s'inscrit bien sûr dans ma thématique 2017 "Eloge du voyage - écrivains-voyageurs".

Bonne lecture,

Denis

 

 

Pêcheur d'Islande de Pierre Loti (Folio)
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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 17:40
Nouvelles et souvenirs d'Isabelle Eberhardt (Editions Eternel)

Nouvelles et souvenirs d'Isabelle Eberhardt

(Editions Eternel - 270 pages - mai 2016)

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Les Editions Eternel ont publié une anthologie des oeuvres d'Isabelle Eberhardt (1877-1904), écrivaine et voyageuse franco-suisse.

Elle arrive en Algérie en 1897 et en fera sa nouvelle patrie, se mariant avec un algérien, lui permettant de revenir dans le pays en 1900 après avoir été expulsée. Elle a partagé la vie des nomades et a transcrit ses expériences dans des nouvelles et des souvenirs essentiellement publiés après sa mort tragique à 27 ans lors de la crue d'un oued à Aîn Sefra.

Ainsi, ce livre reprend des textes publiés dans les recueils "Dans l'ombre chaude de l'Islam" (1921) et "Pages d'Islam" (1932) aux éditions Eugène Fasquelle.

33 nouvelles et 6 récits (souvenirs) constituent ce livre qui permet d'approcher la vie en Algérie au tournant du XXe siècle.

 

L'auteur nous présente quelques personnalités algériennes plus ou moins appréciées de leur entourage. Ils étaient marabouts, mages, meddahs ou talebs, vivant à Alger ou dans les montagnes. 

Les femmes, surtout de jeunes prostituées, trouvent l'amour sur leur chemin. Des amours contrariés car l'amant finit par quitter la ville, promettre de revenir et ne jamais retrouver celle qu'il aimait. Ces femmes sont alors dans l'attente déçue et se morfondent dans le chagrin. 

Un fellah, pauvre car dépossédé de ses terres, brûle la récolte du colon qui l'employe. C'est un "brave homme" mais indirectement il représente l'état colonial. 

L'Algérie est un lieu de bagne pour les français condamnés, essentiellement des militaires. 

Et il y a les algériens qui se font soldats car on leur a honteusement promis qu'ils seront exonérés d'impôt en abandonnant ainsi leur famille. Il finissent par la ruiner en ne l'aidant plus à produire les biens de la terre. 

Le racisme envers les "indigènes" est fréquent chez les colons. 

Un russe Dmitri a quitté l'Europe pour venir sous couvert de la légion en Algérie. Puis voulant être plus libre il est devenu ouvrier, a aimé une servante qui a dû se marier promise par son frère à un arabe. Quand le mari apprit que les deux amants se voyaient en cachette il a tué sa femme. Dmitri s'est alors résolu à retourner dans la légion. 

Un légionnaire allemand s' est senti abandonné de tous et a préféré se donner la mort. 

L'amitié entre arabes et français est possible, ce que montre l'auteur. 

 

Voici quelques thèmes et récits qu'Isabelle Eberhardt, avec pudeur et par petites touches, nous a révélés au hasard de ses rencontres. Elle ne fait pas pour autant de concessions, sachant montrer les travers des uns et des autres. Les femmes n'ont pas le très bon rôle dans cette société "machiste".
Dans ses souvenirs, l'auteure nous dit son besoin d'errance et de vagabondage :
Page 218 : "Un droit que bien peu d'intellectuels se soucient de revendiquer, c'est le droit à l'errance, au vagabondage. /Et pourtant, le vagabondage, c'est l'affranchissement, et la vie le long des routes, c'est la liberté. / Rompre un jour bravement toues les entraves dont la vie moderne et la faiblesse de notre cœur, sous prétexte de liberté, ont changé notre geste, s'armer du bâton et de la besace symbolique, et s'en aller ! "
Autres impressions page 232 : "J'ai retenu ce propos d'un marin, dit sur un ton à la fois résigné et sentencieux "La mer, il n'y a dessus que les fous et les pauvres". / Certes, ceux qu'il appelait les pauvres sont les vrais marins, soumis au perpétuel danger et à la plus dure des vies. Quant aux "fous", ce sont tous les rêveurs et les inquiets, tous les amoureux de la chimère, tous ceux qui, comme nous, "s'embarquent pour partir", les émigrants et les espérants."
 
Un excellent livre tout en sobriété pour nous rappeler combien grande fut cette femme écrivain-voyageur.
Merci à l'éditeur de m'avoir envoyé ce livre pour le lire et le présenter ici sur le blog.
Un éditeur à suivre, qui publie des classiques oubliés. Le catalogue contient actuellement quatre livres.
 
Une belle manière de commencer cette année 2017 que je place sous le signe de la littérature et le voyage sous toutes ses formes (voyage d'agrément, exil, voyage contraint etc...)
Bonne lecture 

 

 

Nouvelles et souvenirs d'Isabelle Eberhardt (Editions Eternel)
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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 21:44
Avant le matin de Jacques Chessex (Grasset)

Avant le matin de Jacques Chessex

(Grasset - 248 pages - Février 2006)

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Un bien étrange roman que celui-ci de l'écrivain suisse Jacques Chessex (1934-2009), sulfureux, savoureux par moments, grivois et irrévérencieux comme il se doit chez cet auteur.

 

Joseph d'Avry entreprend de raconter la vie de la sainte femme dont l'existence a été dédiée à Dieu, Aloysia Pia Canisia Piller, née le 16 août 1940 à Fribourg.

Après quelques années au couvent, sœur Canisia a offert son corps et du plaisir aux pauvres avant de s'isoler sur la colline où l'a rencontré Joseph quand elle avait 49 ans. Elle lui a dit alors qu'elle avait besoin d'amour plutôt que de nourriture.

Joseph est resté fidèlement à ses côtés recueillant ses bons mots sur la grâce et le bienfait qu'elle donnait aux pauvres âmes.

Un jour elle a rencontré Béatrice Conté une belle jeune fille dont elle a fait sa disciple. Une nouvelle prostituée de Dieu est née et le scandale a commencé à naître à Fribourg.

Et puis la jeune fille a été tuée et Canisia est morte.

Un an après la mort de la sainte, Joseph est parti s'installer dans un vallon loin du monde où il peut lire et marcher à son gré.

Mais très vite il se sent sous l'emprise de deux femmes : Mme Grivet, l'intendante de l'immeuble où il est locataire et la jeune employée de maison Lydie qui n'hésite pas à le provoquer en lui dévoilant des parties de son corps. Il résiste en allant voir des prostituées à Fribourg quand il s'y rend pour acheter des livres.

Quand il va apprendre qui sont réellement ces deux femmes, les choses vont se compliquer...

 

Un livre alerte, bien écrit, sur un thème on ne peut plus original : s'offrir aux autres au nom de Dieu !!! Quand on connaît Chessex, on n'est pas surpris.

Ce n'est pas un chef d'oeuvre mais c'est plaisant de se laisser surprendre par ces personnages qui pourraient sortir d'une BD. De courts chapitres aussi qui allègent la lecture et servent de respiration au texte.

Page 87, début du chapitre XVI - Première partie (page 87) : "Assez de méchanceté. Faites taire la rumeur, coupez court aux détails sales et autres laideurs de la calomnie. Surtout ne prenez pas ce ton entendu, interdisez-vous les mots de la foule et du discours indirect. Voilà ce que devaient se répéter ceux qui ont eu le privilège d'approcher de saintes personnes dans le monde mauvais. Mais si saintes? Et affreux, le monde?"

 

Bonne lecture,

Denis

 
Avant le matin de Jacques Chessex (Grasset)
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