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30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 17:45
La petite fille au dé à coudre de Michael Köhlmeier (Jacqueline Chambon)

La petite fille au dé à coudre de Michael Köhlmeier

(Jacqueline Chambon - février 2017 - 111 pages)

Traduit de l'allemand par Marie-Claude Auger

Titre original : Das Mädchen mit dem Fingerhut (Munich - 2014)

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Une sacrée belle découverte que ce court roman de l'auteur allemand Michael Kôhlmeier, né en 1949, dont Jacqueline Chambon (Actes Sud) publie ici un quatrième livre.

La fillette à six ans et son oncle lui dit d’aller passer la journée dans la boutique de Bogdan ce qu'elle fait sans déroger à ses consignes. Bogdan lui donne à manger puis e soir elle s'échappe et rejoint son oncle et ils rentrent au foyer où ils sont hébergés. Mais un soir l’oncle n'est pas là pour la récupérer.

Alors elle va errer dans les rues, cueillie par la police et mise dans un orphelinat dont elle s’évade en compagnie de deux jeunes garçons. Nouvelle errance dans le froid glacial de l'hiver en terre inconnue. C’est alors que l’on apprend son prénom, Yiza et celui de ses compagnons de fuite, Arian et Schamhan. Ils prennent bien soin d'elle mais invariablement ils se retrouvent au poste de police sans rien connaître de la langue dans laquelle on leur parle.

 

Un livre de l'errance et de la découverte du monde "cruel" des adultes, vus par le regard d'enfants égarés, perdus, orphelins de toute famille à qui se raccrocher. Leur amitié est leur force. Ils sont également isolés dans leur langue qui n'est pas celle de la région dans laquelle ils errent.

 

Page 60 : "Ils étaient assis côte à côte dans le car de police, tournant le dos au conducteur, en face d'eux était assis un agent. Ils ne voyaient son visage que dans les phares des voitures qui venaient de l'autre côté. La fenêtre du passager dans leur dos était grillagée. Arian et Yiza ne comprenaient pas la langue de l'agent. Ils ne pouvaient pas répondre. Schamhan comprenait les questions mais faisaitt semblant de ne pas comprendre. // Sans regarder Arian et Yiza, il dit : Parlez pas. Le regardez pas. C'est le mieux. Il le dit une fois dans la langue de Yiza puis dans la langue d'Arian. L'agent ne connaissant ni l'une ni l'autre, il pensa que c'était une et même langue".

 

Un très grand texte qui prouve une fois de plus que ce ne sont pas les livres les plus longs qui sont les meilleurs. On peut écrire des bijoux littéraires en quelques pages.

 

Un méga coup de cœur qui nous rappelle que la littérature de langue allemande n'est pas à oublier car elle a toujours su nous donner des auteurs d'envergure.

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

 

La petite fille au dé à coudre de Michael Köhlmeier (Jacqueline Chambon)
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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 17:04
Le jeu de l'amour et du vent d'Arthur Schnitzler (Actes Sud - Papiers)

Le jeu de l'amour et du vent d'Arthur Schnitzler

(Actes Sud - Papiers - 77 pages - octobre 2005)

Traduit de l'allemand (Autriche) par Henri Christophe

Titre original : Im Spiel der Sommerlüfte (1928)

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On a peu d'informations sur cette pièce d'Arthur Schnitzler éditée par Actes Sud dans sa très intéressante collection de théâtre "Papiers", si ce n'est qu'elle est la dernière pièce achevée de l'auteur parue en 1928. Une petite vingtaine de pièces de l'auteur ont été publiées dans cette collection. La dramaturgie a pris une grande place dans son oeuvre surtout connue pour deux oeuvres : "Vienne au crépuscule" et "Mademoiselle Else". L'auteur a été considéré comme le chef de fil de la "Jeune Vienne", groupe d'écrivains dont font partie Stefan Zweig et Hugo Von Hofmannsthal.

 

L'action se passe sur 24 heures à Kirchau, un bourg en Basse-Autriche, à la fin du XIXe siècle.

Le titre fait bien sûr penser au "Jeu de l'amour et du hasard" de Marivaux et de fait on peut évoquer le marivaudage en la personne de la jeune héroïne Augusta Pflegner pas très fixée sur ses intentions amoureuses.

 

 

 

Augusta est la nièce du sculpteur Vincent Friedlein. Elle est amoureuse de Felix étudiant en médecine. Elle croise le frère de l'abbé, Robert, militaire, qui a entendu Augusta répéter Roméo et Juliette avec son cousin Édouard. Il lui dit être impatient de la voir jouer sur scène.

 

Augusta apprend qu'elle est engagée au théâtre d'Innsbruck. C'est le moment où Édouard lui dit qu'il voudrait aussi être acteur et suivre sa cousine au point d'arrêter ses études à l'insu de sa famille. Elle dit qu'il est hors de question qu'il aille à Innsbruck alors qu'il est encore mineur et lycéen. Elle parlera dans quelques mois de sa passion du théâtre à ses parents s'il fait des progrès entretemps.

 

L'abbé arrive bouleversé et rencontre Josépha la femme du sculpteur. Il lui lit la lettre que son frère a écrite et qu'il aurait dû recevoir le lendemain sans doute après qu'il aurait été tué dans un duel. Que faire? Attendre ou aller à sa rencontre à Vienne sans savoir où il loge. II croit pouvoir au moins le sauver par ses prières car l'abbé pense qu'il est venu ici aujourd'hui pour recevoir des paroles fortes de son frère comme pour une rédemption future.

Le lendemain matin :

Au matin Augusta et Édouard rentrent amoureux après une nuit d'amour. Il lui dit qu'elle doit rompre avec le médecin. Josépha les surprend à leur arrivée et comprend vite la situation. Ils disent avoir dû passer la nuit au refuge à cause de l'orage. Ensuite arrive l'abbé. Il dit à Josépha avoir apprécié leur conversation de la veille.

Felix arrive furieux d'avoir appris par le journal qu'Augusta allait à Innsbruck loin de lui sans avoir eu le courage de lui dire. Elle lui répond qu'elle ne peut plus lui accorder que de l'amitié.

Le frère de l'abbé est vivant et lui aussi est muté à Innsbruck !

 

Badinage, mais aussi pensées philosophiques autour de la mort, de la religion émaillent cette pièce qui se lit avec beaucoup d'intérêt par la grande intelligence de l'auteur à nous faire partager ces 24 heures où finalement pas mal de choses vont se passer. Des instants "clés". Des tensions aussi entre personnages. Tout ce qui fait le sel d'un "théâtre" que je placerais plutôt du côté de Tchekhov que de Marivaux, dans le ton.

A découvrir assurément.

 

Denis

 
Lecture qui se rattache au challenge théâtre 2016 animé par Eimelle

 

 

 

Le jeu de l'amour et du vent d'Arthur Schnitzler (Actes Sud - Papiers)
Le jeu de l'amour et du vent d'Arthur Schnitzler (Actes Sud - Papiers)
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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 17:40
Une minute de silence de Siegfried Lenz (Robert Laffont)

Une minute de silence de Siegfried Lenz

(Robert Laffont - collection Pavillons - mars 2009 - 125pages)

Traduit de l'allemand par Odile Demange

Titre original : Schweigeminute (2008)

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On observe au lycée une minute de silence en mémoire de Stella Petersen, le professeur d'anglais. Christian fait partie des élèves et il se rappelle alors son amour pour elle.

Un été, elle était sur la plage, l'a reconnu et est allée vers lui, alors installé dans le bateau de son père, chercheur de pierres dans les fonds marins. Ensuite, il y a eu une soirée dansante où elle a dansé avec lui.

Ainsi, se créent petit à petit des liens intimes entre Stella et son élève.

Stella va, par ailleurs montrer de la bravoure en sauvant un jeune le jour d'une compétition en mer.

Lorsque les cours reprennent à la rentrée, Stella ne montre aucun signe de complicité avec Christian et quand il se rend chez elle pour rattraper des cours, elle lui demande de ne pas la toucher d'autant que son père vit avec elle.

La littérature les rapproche car dans son enseignement en anglais, elle a fait étudier "Animal Farm" de George Orwell.

Le récit oscille entre le souvenir des moments d'intimité et le présent au lycée à l'occasion de la minute de silence. Le présent, c'est aussi le moment où Christian vole la photo de Stella qui avait été accrochée au tableau d'honneur de l'école.

Ce pourrait être le moment où le secret de Christian se révèle à tous... Et comment est morte Stella?

 

Ce roman parait très simple, basique autour d'une histoire entre un mineur et une majeure. Il donne une force au récit par le style très juste et poétique.

 

« De longues vagues déferlantes venues du large s’élevaient, elles se cabraient comme si on les empoignait avant de s’effondrer, laissant soupçonner la violence de leur chute. Les nuages, sombres, déchirés, étaient bas. Tout d’un coup je l’ai aperçu, tout d’un coup j’ai aperçu le deux-mâts au loin, qui entrait dans notre baie en louvoyant, il avançait avec constance poussé par un inflexible vent du nord-est. Je ne suis pas arrivé à lire son nom, mais tout de suite j’ai su que c’était L’Etoile polaire qui ramenait Stella, qui me la ramenait. »

 

Apprentissage de la vie dans la douleur aussi pour le jeune homme qui ne comprend pas toujours les attitudes de Stella à son égard entre chaleur et distance. On a bien affaire à un "roman de formation". On sent bien la tradition allemande de ce type de récit mais l'auteur ne fait pas pour autant un roman classique. Il sait être moderne dans la construction du texte.

 

L'auteur, Siegfried Lenz (1926-2014) est strictement contemporain de Gunter Grass (1927-2015) et est beaucoup moins connu en France. Il a obtenu le prix Goethe en 1999 et a écrit 14 romans et des nouvelles. Il aurait comme beaucoup de jeunes de l'époque adhéré au parti nazi en 1943. Arrêté par les britanniques il a été interprète puis l'après-guerre lui a permis de terminer ses études de lettres et de philosophie.

 

Un auteur à découvrir avec ce livre ou "La leçon d'allemand" publié dans la même collection.

Bonne lecture,

Denis

 

Pour le 1er juin, le blogoclub de Sylvie et Liza a proposé de lire "Le liseur" de Bernhard Schlink. Comme j'avais lu ce livre et que le thème était "la littérature de langue allemande", j'ai choisi ce livre.

Une minute de silence de Siegfried Lenz (Robert Laffont)
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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 21:45
Thomas Mann : souvenirs à bâtons rompus par Katia Mann (Albin Michel)

Thomas Mann : souvenirs à bâtons rompus par Katia Mann

Recueillis par Elisabeth Plessen et Michael Mann

(Albin Michel - 178 pages - octobre 1975)

Traduit de l'allemand par Louise Servicen

Titre original : Meine Ungeschriebenen Memoiren (Francfort - 1974)

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Katia Mann a été l'épouse pendant 50 ans de l'écrivain Thomas Mann. Elle n'a jamais écrit et disait : "Dans cette famille, il faut bien qu'au moins une personne s'abstienne d'écrire".

Pour ce livre, elle a bien voulu répondre à une longue interview à laquelle a contribué son fils Michael : "Si aujourd'hui je me prête à cette interview, il faut l'attribuer exclusivement à ma faiblesse et à mon humeur conciliante". (1970)

 

Ainsi, elle nous raconte avec beaucoup d'intérêt pour les amateurs de Thomas Mann. Je crains par contre que ce livre soit très difficile à trouver aujourd'hui. J'ai eu la chance de l'acheter récemment dans une bouquinerie.

Katia Mann parle tout d'abord de sa famille les Pringsheim, dont le père était mathématicien et des circonstances qui lui ont fait rencontrer Thomas Mann, dans un tramway puis chez des amis (rencontre arrangée par l'écrivain). Il était déjà renommé pour son roman "Les Buddenbrook".

Tout au long de leur vie, les Mann ont cotoyé de nombreux écrivains, musiciens ou intellectuels. Katia raconte les liens avec Hesse ou Hauptmann. Bruno Walter, le célèbre chef d'orchestre, a été un ami de toujours, d'autant que Thomas était passionné comme Walter par l'oeuvre de Wagner.

En 1929, Thomas Mann reçoit le Prix Nobel de Littérature et Katia l'accompagne à Stockholm comme Il en sera pour tous les voyages qu'il entreprendra, d'où la richesse de ses souvenirs. Elle lui donnait aussi des conseils, des idées pendant que son mari écrivait. Elle a fortement influencé l'écriture de "La Montagne Magique" ayant vécu l'expérience des sanatoriums compte tenu de la fragilité de sa santé.

L'on connait les difficultés rencontrées avec le nazisme puisque dès l'accession de Hitler au pouvoir en janvier 1933, les Mann, alors en voyage à l'étranger n'ont pas pu rentrer en Allemagne. Le Sud de la France, la Suisse puis les USA ont été alors leur terre d'accueil.

Katia évoque également Schonberg, pas très agréable ; Adorno, "le conseiller" pour l'écriture du "Docteur Faustus" qui osa ensuite dire que c'était lui l'auteur du livre.

 

On suit ainsi la vie de ce couple "généreux" toujours pris entre famille, politique, écriture, amitiés... au point de sacrifier une partie de leur vie aux autres. Katia, encore plus, par fidélité sans faille à son époux, que les aînés appelaient "le magicien"... oui, un magicien des lettres...

Un livre passionnant de bout en bout à lire absolument.

Bonne lecture,

Denis

 

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 21:57
Maître Puntila et son valet Matti de Bertold Brecht (L'Arche)

Maître Puntila et son valet Matti  - pièce populaire

de Bertold Brecht (L'Arche - 97 pages)

Texte français de Michel Cadot

Titre original : Herr Puntila und sein Knecht Matti (1950)

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La pièce de Brecht a été écrite en 1940 d'après les récits et un porjet de pièce de Hella Wuolijok, écrivain finlandais qui avait donné l'hospitalité à Brecht et sa famille durant l'été 1940.

Le texte français a été publié en 1956, revu et remanié en 1976 et c'est dans cette version qu'il a été publié aux éditions L'Arche où est parue l'édition complète de son théâtre.

 

12 tableaux de longueur inégale constituent l'architecture de la pièce.

Puntila est dans une auberge avec un juge ivre et endormi. Survient Matti qui s'annonce comme son chauffeur depuis cinq semaines et s'indigne d'être bloqué dans la voiture depuis deux jours à attendre son maïtre. Riche propriétaire notamment d'une forêt, il ne veut pas parler argent avec Matti.Et il rentre dans son domaine de Puntila avec le juge. Les trois hommes sont accueillis par Eva, la fille du maître. Elle dit alors qu'elle va se fiancer avec "L'attaché" et son père s'en félicite.

Le grand pêché de Puntila est l'alcool. Et un matin, à peine dégrisé, il annonce à trois femmes différentes qu'il va se fiancer avec elle, si bien que le jour des fiançailles d'Eva, les trois femmes invitées débarquent ensemble. Elles ont bien compris que Puntila leur a fait croire un mariage futur sans fondement au point qu'elles lui disent avoir créé une "association des fiancées de Puntila".

Lors d'un marché de recrutement de salariés, Puntila a "corrigé" un homme, montrant ainsi la violence qu'il a en lui.

Eva n'est plus trop disposée à épouser l'Attaché d'ambassade et Matti simule avec elle une scène d'amour pour troubler son maître. D'ailleurs, les fiançailles se passent mal et Puntila expulse le fiancé et tous les invités de "marque" au risque d'y perdre beaucoup pour ses affaires.

Comme il a compris qu'il boit trop, Puntila se décide au lendemain des fiançailles râtées de ne plus boire. Seulement, il boit un dernier verre qui entraîne un deuxième verre ... et il entre en colère puis en délire au point de détruire sa bibliothèque pour en faire un "mont" !!!

 

Vous aurez compris que cette "pièce populaire" est plutôt étrange, sans vraie intrigue, avec cette juxtaposition de tableau. Il reste que Bertold Brecht est un grand auteur et que son style est alerte, limpide et charme le lecteur.

Une pièce à lire pour tous les amateurs de Bertold Brecht. J'avoue pour ma part que ma pièce préférée reste "Mère courage", son chef d'oeuvre.

Bonne lecture,

Denis

 

Un de mes dernières lectures au titre de "2014, je lis du théâtre".

Maître Puntila et son valet Matti de Bertold Brecht (L'Arche)
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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 22:19
Quand les lumières s'éteignent d'Erika Mann (Grasset)

Quand les lumières s'éteignent d'Erika Mann

(Grasset - 365 pages - 2011)

Traduit de l'allemand et préfacé par Danielle Risterucci-Roudnicky

Postface d'Irmela von der Lühe

Titres originaux : The Lights Go Down (1940)

et Wenn die Lichter Ausgehen (2005)

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Erika Mann (1905 - 1969) est la fille de Thomas Mann et la soeur de Klaus Mann.Sa vie d'adulte va se partager entre les voyages, notamment avec Klaus et l'écriture.

La satire politique du nazisme va contribuer à son succès au début des années 30 grâce à son cabaret théâtral "le moulin à poivre" qu'elle ne pourra pas exporter aux USA car elle y fait un fiasco alors que l'Europe l'a applaudie avant qu'elle ne parte en exil là-bas.

Elle se lance alors dans des conférences où elle part du particulier pour aller vers le général ce qui rend vivants ces moments de parole face au public. Et ce sont des témoignages "percutants" sur le nazisme qui sévit en Allemagne. Pendant la guerre, elle va aussi faire des émissions de radio à la BBC

Erika Mann s'inspire du genre littéraire américain "The small Town Literature" pour composer "Quand les lumières s'éteignent". Sinclair Lewis et Thornton Wilder ont utilis ce mode littéraire.

Ainsi, elle plante le décor d'une ville allemande du Sud et rentre dans les maisons ou lieux publics pour y établir son récit : 10 lieux de "Notre ville". Elle met en lumière la destruction, par la dictature puis la guerre, de ce monde quotidien des "allemands moyens". L'aberration de l'idéologie raciste et l'absurdité d'une politique de l'espace vital conduisent à des excès tellement fous que les allemands finissent par s'opposer à certaines décisions malgré les risques majeurs encourus.

 

Malgré cette tenaille nazie, des personnages osent refuser certains ordres comme ce chef des S.A. qui prévient les juifs qu'un pogrom est prévu en novembre 1938, permettant à la majorité d'entre eux de s'enfuir avant l'assaut. Lui, bien sûr, ne sera pas épargné car très vite on a compris qu'il était complice de cette désertion...

Un paysan a donné à manger de l'orge à ses volailles et il se retrouve en prison car il a désobéi aux nazis qui ont prohibé cet aliment pour ces animaux... Un professeur de droit arrive avec des sous-entendus à faire comprendre à ses étudiants que le droit et les lois sont soumis aux exigeances du nazisme. Où est la liberté de la justice ? Et les études sont raccourcies au détriment de la qualité...

Un médecin s'offusque que l'hygiène soit de plus en plus "bannie" des pratiques médicales...

Dix histoires donc avec certains personnages qui passent d'un texte à l'autre "discrètement" montrant une certaine continuité narrative, car on n'est pas dans de la "nouvelle".

Et puis, tout est vrai dans ces textes, notamment les textes nazis qui servent de base aux critiques des uns ou des autres. Eirka Mann, exilée à l'époque (fin des années 30) a recueilli des témoignages précis qu'elle intègre dans le corps de ses textes.

Page 121 : "Herr Alfred Huber, l'industriel, était un citoyen typique de notre ville. Les autres étaient comme lui : déprimés et désorientés, "victimes des circonstances extérieures".C'est ledestin, pensaient-ils, notre destin, le destin de l'Allemagne (...). Mais comme aucune réponse ne venait, ils continuaient - pour l'instant - d'obéir".

Toutefois, une "résistance passive" s'organise pour traîner des pieds face aux décisions, notamment celles qui consistent à "obliger" les allemands à travailler pour les usines d'armement ou à construire la ligne Siegfried, à l'exemple de Franz Deiglmeyer, le S.A. :

(page 154) Franz Deiglmeyer exécutait ses tâches avec assiduité, fidélité et conscience.Il tentait d'adoucir les peines qu'il était obligé d'appliquer. (...) Il accordait avec générosité les autorisations de visite aux familles. Il permettait aussi aux prisonniers d'emporter des provisions et des vêtements".

Le chirurgien Scherbach dit page 249 : "Je n'ai pas l'intention de gêner le gouvernement et, de son côté, le gouvernement ne va pas me gêner. Un certain temps s'écoula avant que le professeur ne s'avoue en secret qu'en Allemagne, la vie dans sa totalité était pourrie depuis que l'état 'totalitaire" était idolâtré".

 

Ce livre permet de mieux comprendre combien le nazisme a pesé sur les allemands pris entre l'obligation d'idolâtrer le parti afin de continuer à vivre presque normalement et l'envie de s'en émanciper au risque presque toujours inéluctable d'être réprimandé, emprisonné, voire tué...

 

Vous avez sans doute compris que j'ai beaucoup apprécié ce livre très bien présenté par la traductrice pour le texte et par une universitaire, biographe de l'auteure, Irmela von der Lühe, pour la  présentation d'Erika Mann et de son oeuvre.

 

Un livre qui plait tant aux littéraires pour le style qu'aux passionnés d'Histoire pour le contexte de ce texte.

Je le recommande vivement.

 

Bonne lecture,

Denis

 

Pour rappel, dans le cadre de ces quelques livres lus autour de la famille Mann, j'ai présenté récemment le très intéressant livre de Klaus Mann : Ludwig.

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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 18:11
Ludwig de Klaus Mann (Alinéa)

Ludwig : Nouvelle sur la mort du roi Louis II de Bavière

de Klaus Mann

(Alinéa - 105 pages - mai 1987)

Traduit de l'allemand par Pierre-François Kaempf

Titre original : Vergittertes Fenester

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Les cinéphiles apprécieront le fait que ce texte a inspiré Luchino Visconti pour son chef d'oeuvre : Ludwig (Le crépuscule des Dieux). Klaus Mann publie ce texte en 1937, peu avant de quitter l'Allemagne nazie.

 

J'ai une grande fascination pour la famille Mann immortalisée par Thomas Mann, prix Nobel de Littérature. Et cet automne, j'ai décidé de lire quelques livres de cette famille. Et j'ai commencé avec ce court texte de très belle facture : Ludwig. Je vous renvoie également vers mon article de 2008 sur son autobiographie, absolument GENIALE : "Le tournant"

 

Dans ce texte, Klaus Mann évoque les derniers moments de la vie de ce "roi fou", Ludwig II, roi de Bavière (1845-1886).

 

Juin 1886, chateau de Berg : Ludwig, déclaré paranoïaque par le Docteur Von Gudden, est interné ici. Le roi n'est pas étonné de voir que les fenêtres de sa chambre sont grillagées et qu'on veut le faire mourir ici, peut-être par empoisonnement, demande t-il à Von Gudden, car il sait que son oncle veut prendre sa place. Pas si fou que cela Ludwig que l'on découvre ici très lucide sur ce qui lui arrive.

Une fois seul dans sa chambre, Ludwig repense à Richard Wagner (1813-1883), mort à Venise et qui l'a "trahi" en pleine gloire. Et pourtant, c'était grâce à Ludwig que le musicien a pu mettre en oeuvre sa "monumentale" oeuvre.

Ludwig implore Dieu : comment sortir d'ici et retrouver le cours de sa vie ! Une vie de passionné d'art, construisant des chateaux dignes de Louis XIV. Personne ne l'a alors traité de fou et aujourd'hui, on lui en veut à mort. Il demande alors à un infirmier de lui permettre de se promener dans le chateau, là même où il a rencontré Wagner pour la première fois, il y a 22 ans.Il revoit aussi en esprit sa cousine Sophie qu'il a failli épouser.

Et puis, Ludwig demande cette fois au Dr Von Duggen de l'accompagner dans le parc et au bord du lac où il a également de bons souvenirs, ce qui se fait sans difficulté, lui montrant ainsi qu'il n'est pas vraiment "prisonnier" ici.

Seulement, le soir, Ludwig demande une nouvelle fois à aller au bord du lac, mais cette fois, seul avec le Docteur. Et c'est alors que Ludwig se jette dans l'eau et entraîne dans sa mort Von Duggen... Elisabeth d'Autriche, sa cousine, va alors venir voir le corps de Ludwig.

 

Ces dernières heures de la vie de Ludwig sont magistralement retracées par Klaus Mann, décidément un très grand auteur, digne de son père et de sa famille écrivaine. Ce texte est sans doute épuisé dans cette version de l'édition Alinéa (diffusée à l'époque par Payot), mais vous le trouverez en édition Phebus.

 

A lire absolument, je ne le dirai jamais assez...

A bientôt pour d'autres livres de la famille Mann...

 

Bonne lecture,

Denis

Ludwig de Klaus Mann (Alinéa)
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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 18:36

Dans le cadre de mon partenariat de lecture avec Carnets Nord, je lirai en octobre "Terminus Allemagne" d'Ursula Krechel.

L'éditeur nous informe que ce livre sorti en librairie le 4 septembre dernier est sélectionné dans la première liste du prix Medicis Etranger 2014

http://prixmedicis.wordpress.com/

http://www.carnetsnord.fr/presse/communiques/terminus-allemagne/

Promis, je vous en reparle en octobre prochain.

Bonne lecture,

Denis

Terminus Allemagne d'Ursula Krechel (Carnets Nord)
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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 21:31

(Photo site carnetsnord.fr)

 

Le poil de la bête d'Heinrich Steinfest

(Carnets Nord - 656 pages - Octobre 2013)

Traduit de l'allemand (Autriche) par Corinna Gepner

Titre original : Ein dickes Fell (2006)

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Nouveau partenariat de lecture avec Carnets Nord et merci à Fleur pour sa fidélité.

J'avais lu il y a un peu plus de deux ans "Requins d'eau douce", également publié chez Carnets Nord et qui m'avait fait forte impression. Je lisais peu de "romans noirs" à l'époque et j'avais senti la force littéraire de ce roman.

Dans ce nouveau roman, paru en 2006 dans sa version originale, on retrouve ce ton qui fait la singularité de l'auteur.

 

On parle souvent de "page turner" pour les romans noirs ou policiers. Avec ce livre, on a aussi envie de tourner les pages pour en savoir plus sur l'intrigue entremêlée entre Anne Gemini, mère célibataire d'un jeune homme handicapé Carl et Cheng mi-asiatique mi-viennois, détective privé, avec au milieu Smolek, fonctionnaire pas si calme que cela.

 

Anne "accapare" les 140 pages. Elle est sans emploi et se met à rêver qu'elle pourrait devenir tueuse à gage, pour l'argent et peut-être aussi pour le plaisir. Le hasard la fait rencontrer Smolek le jour de l'éclipse totale de soleil. Et justement, il cherche un tueur à gage après avoir eu quelques déconvenues. Et l'affaire se conclut très vite, permettant à Anne de satisfaire son envie d'acheter une maison. Survient l'affaire du meurtre d'un ambassadeur norvégien en représentation à Vienne à l'occasion d'une exposition sur Dürer confiée à Anna.

 

Alors, surgit un autre personnage, qui devient principal, mettant dans l'ombre Anne, comme on ferait au théâtre avec un jeu de lumière, où soudain Anne tombe dans la pénombre et Markus Cheng est éclairé. C'est lui, l'ancien viennois, parti après avoir perdu un bras lors d'une enquête à Vienne et arrivé à Copenhague où il exerce son activité de détective privé. Et justement, on lui demande d'aller à Vienne enquêter sur le meurtre de l'ambassadeur pour être certain qu'il ne s'agit pas d'un attentat politique.

 

Arrivé à Vienne, il rencontre Smolek, celui-là même qui a mis Anne sur la route de l'ambassadeur. Double jeu, voire double je... L'intrigue se "corse" alors. Ainsi Cheng et Anna vont très vite se connaitre.

 

Retrouvailles avec Vienne pour Cheng. Il se rend à son ancien appartement et y rencontre la nouvelle locataire avec qui il va entretenir de très bonnes relations par la suite. Et l'enquête le conduit à retrouver ses amis d'autrefois dont le commissaire Straka.

 

Nouveau personnage à "abattre", Janoka, un compositeur renommé mais plutôt "loufoque". Quand on sait qu'il est venu à Vienne après qu'il ait su qu'Alban Berg, arrivé 3 heures avant le départ de son train a fini par le râter. Il espère rencontrer le célèbre compositeur Berg, sauf qu'il est mort depuis longtemps (1935).

 

Et là, cet exemple montre la force et l'intelligence du texte d'Heinrich Steinfest. Il est truffé de références culturelles, à commencer par le philosophe Ludwig Wittgenstein (1889-1951), cité en début de chaque partie du roman et qui sera associé à l'écrivain prix Nobel Knut Hamsun (1859-1952) dans une intrigue autour de manuscrits mis en vente à Vienne.

 

Ce livre est foisonnant. N'oublions pas Mme veuve l'Ambassadrice, Magda Gude, que l'auteur met aussi en avant dans un récit de sa vie qu'elle nous livre, c'est alors un nouvel éclairage narratif. 

 

Vraiment ce livre est singulier, génial par sa construction, par ses digressions qui restent en lien avec cette histoire de meurtres tout de même. On sourit souvent de voir ces personnages se débattre dans des faux semblants.

 

650 pages denses et je peux vous garantir que je ne me suis pas ennuyé une seule minute. Cela reste un roman "noir" mais tellement innovant, original, intelligent...

 

Voici le début du roman : "Commençons par une mise au point : Anna Gemini ne se servait nullement de son enfant pour camoufler ses activités. Ce camouflage ressemblait plutôt à un effet secondaire. Etre chaque jour, et presque chaque heure, auprès de cet enfant représentait au contraire un énorme problème et un risque considérable. Dans ces conditions, le camouflage faisait office de compensation aux difficultés que rencontrait Anne : il était compliqué, en effet, d'être à la fois une mère et une tueuse, de s'occuper d'un enfant lourdement handicapé tout en assassinant de parfaits inconnus sur l'ordre d'autres inconnus tout aussi parfaits."

 

Franchement, si vous aimez comme moi, la littérature qui a du "corps", pimentée ici à l'huile policière, ce livre ne pourra que vous enchanter.

 

Bonne lecture,

 

Denis 

 

 

Ce livre publié le 10 octobre 2013 rentre dans le challenge "rentrée littéraire" de Sophie Hérisson

 

4/6

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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 22:17

 

Stefan Zweig entre dans la prestigieuse collection de la Pléiade avec un superbe coffret de deux volumes le 19 avril prochain : "Romans, nouvelles et récits".

Deux volumes d'environ 1 500 pages chacun, regroupant par date de rédaction l'intégralité de ses nouvelles connues à ce jour (en effet des inédits paraissent encore pratiquement chaque), ainsi que son seul roman "La pitié dangereuse" et deux romans inachevés "Ivresse de la métamorphose" et "Clarissa".

Deux récits sont également réunis dans ces deux volumes : "Grandes heures de l'humanité" (miniatures historiques) et "Le monde d'hier", l'un de ses plus gands livres, sorte d'autobiographie, témoignage personnel sur la première moitié du XXe siècle.

Ce sont des traductions nouvelles, éditées sous la direction de Jean-Pierre Lefebvre, spécialiste de littérature germanique et auteur pour la Pléiade en 1993, d'une anthologie bilnigue de la poésie allemande.

(Source de cet article : "Le bulletin Gallimard" de mars-avril 2013)

 

 

Une édition à ne manquer sous aucun prétexte pour les amoureux de l'oeuvre de Stefan Zweig, dont je fais partie.

Bonnes futures lectures avec tous les chef d'oeuvres littéraires de Stefan Zweig

Denis

 

 

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