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21 janvier 2020 2 21 /01 /janvier /2020 17:30
Lune de glace de Jan Costin Wagner (Gallimard - Série Noire)

Lune de glace de Jan Costin Wagner

(Gallimard - Série Noire - février 2006 - 320 pages)

(Disponible en Babel - poche)

Traduit de l'allemand par Stéphanie Lux

Titre original : Eismond (2003)

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Kimmo Joentra reste au chevet de Sanna, son épouse, jusqu'à son dernier souffle à l'hôpital. Le Dr Rintanen l'avait prévenu que ses jours étaient comptés et il avait obtenu l'autorisation de dormir près d'elle à l'hôpital.

Son décès est un choc émotionnel dont Joentra va avoir bien du mal à surmonter, d'autant qu'il est inspecteur de police et deux affaires brûlantes viennent assombrir la Finlande et Turku en particulier. Il y a eu un attentat échoué contre un homme politique mais qui fait beaucoup de bruit.Et puis il y a un meurtre, celui d'une jeune femme à son domicile en pleine nuit, sans effraction.

Le lecteur connaît le meurtrier et son mode opératoire car son histoire et son "mental" sont évoqués en parallèle à la conduite de l'enquête à laquelle participer Kimmo Joentra.

Avons-nous affaire à un serial-killer quand un deuxième meurtre intervient selon un procédé très proche? L'homme s'appelle Vesa.

Pour Joentra, il y a des similitudes de souffrance entre son veuvage et celui du mari de la première victime.

Le roman fait donc alterner le point de vue de Vesa et de Kimmo Joentra, qui se sont croisés à un moment dans un café.

L'auteur est allemand, marié à une finlandaise, d'où ce roman situé près d'un lac. On retrouve l'ambiance de la littérature nordique qui aime montrer la force de la nature dans l'approche psychologique des personnages.

Ce roman est le premier d'une série policière dont le héros est Kimmo Joentra.

Jacqueline Chambon a publié les volumes suivants que l'on peut retrouver en poche Babel.

Le second a eu un réel succès de librairie :"Le silence", adapté au cinéma en 2010.

6 volumes sont ainsi parus à ce jour.

Pour moi cela a été une belle découverte et j'entends bien lire les autres romans de l'auteur par la suite.

Bonne lecture,

Denis

Lune de glace de Jan Costin Wagner (Gallimard - Série Noire)
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21 janvier 2019 1 21 /01 /janvier /2019 17:35
Heinrich Heine : Recueil Nouveaux Poèmes (Poésie/Gallimard)

Nouveaux poèmes de Heinrich Heine

(Poésie / Gallimard - 333 pages - 1998)

Edition de Gerhard Höhn

Traduction de l'allemand par Anne-Sophie Astrup et Jean Guégan

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Heinrich Heine est né en 1797 à Düsseldorf. Il publie ses premiers poèmes en 1817 et obtient à Göttingen le titre de docteur en droit en 1825 et rencontre Goethe.

En 1825, d'origine juive il se convertit au protestantisme et change son prénom Harry en Heinrich.

Il voyage beaucoup pendant ses années de jeunesse : Angleterre, Italie, France.

A partir de 1831, il devient correspondant pour la presse allemande et il publie régulièrement des poèmes dans des recueils qu'il nomme "Salons", des "Tableaux de voyages"... et se marie en 1834 avec Eugénie Mirat, appelée "Mathilde". Il intègre le mouvement libéral progressiste de la "Jeune Allemagne" et se voit interdire tous ses textes considérés comme subversifs.

Il se lie d'amitié avec Karl Marx et Friedrich Engels avant de souffrir d'une paralysie progressive à partir de 1845 et vit en France. Il ne quitte plus son lit en 1848 et meurt à Paris le 17 février 1856.

Théophile Gauthier et Alexandre Dumas père, entre autres, assistent à son enterrement au cimetière Montmartre.

Heinrich Heine est considéré comme l'un des plus grands poètes allemands du XIXe siècle.

 

Son recueil "Nouveaux poèmes" se décompose comme suit :

- Nouveau printemps (44 poèmes)

- Quelques autres (13 poèmes)

- Romances (23 poèmes)

- A propos d'Ollea (10 poèmes)

- Poèmes actuels (24 poèmes)

Soit au total 114 poèmes dont les thèmes principaux sont l'Amour, l'Histoire et la Politique.

 

Voyage d'une vie (Poème X de "Poèmes actuels)

Rires et chansons ! Les lumières du soleil
Etincellent et bondissent. Les vagues balancent
La barque joyeuses. Je m'y trouvais
Avec de bons amis, j'avais le cœur léger.

La barque s'est brisée en mille morceaux,
Les amis n'étaient pas bons nageurs,
Ils ont sombré dans la patrie ;
Moi, la tempête m’a rejeté sur la berge de la Seine.

J’ai embarqué sur un nouveau navire,
Avec d'autres compagnons ; les flots étrangers
M'ont balancé, bercé de-ci, de-là –
Comme mon pays est loin, et que mon cœur est lourd !

Et à nouveau, on chante, on rit - 
Le vent siffle, les planches craquent –
Au ciel s'éteint l'ultime étoile –
Comme mon cœur est lourd, que mon pays est loin !

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Bonne lecture et n'hésitez pas à découvrir les poèmes de Heinrich Heine.

Denis

Heinrich Heine : Recueil Nouveaux Poèmes (Poésie/Gallimard)
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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 17:05
Une vie entière de Robert Seethaler (Sabine Wespieser Editeur)

Une vie entière de Robert Seethaler

(Sabine Wespieser Editeur - octobre 2015 - 157 pages)

Traduit de l'allemand (Autriche) par Elisabeth Landes

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Une nouvelle fois, un roman court, qui en plus se veut être une "biographie" d'une "vie entière" (encore que le titre a un double sens que je tairai ici), est d'une très grande qualité. Pas de défauts dans ce roman. Tout est dit avec justesse, humour et le style est implacablement parfait.

On suit donc la vie d'un "brave type", Andreas Egger.

Tout commence quand il se souvient qu'il a ramené un homme blessé dans la montagne. Il a alors 35 ans.

L'auteur, alors, reprend la vie de cet homme depuis son enfance. Orphelin à 4 ans et maltraité le conduisant à devenir boiteux, Egger a dû se construire lui-même. Il n'a jamais refusé les petits bouleaux qui pouvaient l'aider à survivre. Il a pu se loger là où c'était possible pour lui. Pas de vrai chez soi. 

Heureusement, pour lui, sa rencontre avec Marie, une serveuse dans une auberge lui a offert du bonheur durant quelques années. 

Seulement, les ennuis vont s'accumuler, entre décès, guerre... Il est prisonnier en Russie 8 ans avant de rebondir une nouvelle fois à son retour en Autriche.

On croirait que rien ne peut l'arrêter malgré tous ses handicaps et embûches.

Ce parcours est un réel "challenge" en faveur de la vie et de l'espoir. Il a un "feeling" qui l'aide à chaque fois à trouver des solutions à ses problèmes par lui-même, comme s'il ne dépendait de personne. Il est un homme libre !

A son retour au pays, Egger logea les premiers temps dans une remise en bois accolée au nouveau bâtiment de l'école, que la commune lui avait généreusement cédée sur intervention du maire. Le maire n'était plus nazi maintenant, à la place des croix gammées les géraniums ornaient de nouveau les fenêtres des maisons ; cela mis à part,le village avait beaucoup changé.On avait élargi la route. (page 98)

C'est en quelque sorte ce regard "naïf" qui prévaut chez Egger, même s'il a l'intelligence de gérer sa vie au mieux.

Un livre a lire absolument comme une belle leçon de vie et l'auteur nous montre dans le même temps que vivre ainsi en Autriche au XXe siècle a conduit nombre d'hommes à accepter le nazisme comme un fatalisme et il fallait "sauver le pays" contre les barbares russes.

Toutefois, toutes ces demi-teintes sont traitées avec une grande maîtrise du style et on ne peut qu'avoir de l’empathie pour Egger.

Denis 

Une vie entière de Robert Seethaler (Sabine Wespieser Editeur)
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31 mars 2018 6 31 /03 /mars /2018 16:22
L'assassin des ruines de Cay Rademacher (Editions du Masque)

L'assassin des ruines de Cay Rademacher

(Editions du Masque - 335 pages - février 2017)

Traduit de l'allemand par Georges Sturm (2011 - Cologne)

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Franck Stave est inspecteur de police criminelle et au réveil est cueilli par le jeune policier Ruge. Une jeune femme a été retrouvée nue et assassinée dans les ruines de Hambourg, pas encore remise de la guerre en 1947.

La femme de Stave est morte en juillet 1943 dans leur appartement effondré par les bombes et marcher dans les ruines lui rappellent inévitablement des souvenirs angoissés.

Aujourd’hui, Hambourg est sous contrôle britannique et ce sont eux qui ont nommé les policiers au regard de leur passé antinazi. Ainsi, Stave se voit affecté un militaire britannique, Macdonald pour l’enquête.

Ils vont dans le quartier chaud enquêter. Rien n'en ressort. Personne n’a signalé la disparition de la victime. Au terme du lundi 20 janvier 1947, il n'y a aucun indice pour faire avancer l'enquête.

L'hiver est très rude avec des températures entre -20° et -40° avec très peu de chauffage dans les habitations . De plus il y a rationnement ce qui laisse présager des conditions de vie très rudes. Or le corps de la victime ne montre pas franchement des conditions de vie difficiles.

À présent c'est un corps de vieillard nu qui est retrouvé dans d'autres ruines de la ville. Toujours pas d'indices et toujours personne pour venir réclamer un "corps" suite à une disparition.

Les britanniques demandent à ce que l'affaire ne fasse peur à personne ici et pourtant, deux nouveaux corps vont être découverts. Il faut bien afficher les visages des victimes pour espérer que quelqu'un enfin vienne reconnaître un des corps !

Dans le même temps que cette enquête, Franck Stave espère bien avoir enfin des nouvelles de son fils parti à la guerre et qui n'est pas encore rentré. Il n'a aucune nouvelle de lui. Bien que fâchés tous les deux, ce serait bien de savoir si ce fils vit toujours. Aussi, va-t-il très souvent à la gare de Hambourg voir qui arrive !

Une jeune femme qui pratique avec assiduité le marché noir de la ville, Anna von Veckinhausen, l'intrigue. Elle est venue spontanément au commissariat, disant qu'elle a vu la silhouette de "l'assassin des ruines" tel que le meurtrier est à présent appelé.

 

 

Lundi, 20 janvier 1947
Encore à moitié endormi, l'inspecteur principal Frank Stave cherche sa femme en tâtonnant, quand il se rappelle qu'elle a péri dans un incendie trois ans et demi plus tôt. Il serre le point, repousse la couverture du lit. Un air glacial chasse les derniers voiles du cauchemar. (début du roman)

Une intrigue bien ficelée et un style impeccable, fluide qui se lit avec bonheur, pour un roman qui annonce une trilogie dont le premier volume est paru en février 2017 en France.

Ce livre s'inspire d'une affaire vraie qui, elle, n'est toujours pas élucidée, tandis que l'auteur ici "offre" au lecteur un nom à l'assassin des ruines.polar

Un polar comme je les aime, très bien écrits, et qui savent restituer une "atmosphère" dans laquelle on se glisse pour le meilleur et le pire.

A recommander +++

Bonne lecture,

Denis

"Ce roman prend sa source dans ce fait divers authentique. Je me suis efforcé de écrire le plus précisément possible la réalité historique de cette ville bombardée, des cartes d'alimentation à la pièce radiophonique diffusée par la toute nouvelle NWDR. Quelques personnages ont réellement existé, comme le maire de la ville ou le patron de la police judiciaire "Cuddel" Breuer." (Extrait de la postface de l'auteur)

L'assassin des ruines de Cay Rademacher (Editions du Masque)
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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 16:52
Greenland d'Heinrich Steinfest (Carnets Nord)

 

Greenland d'Heinrich Steinfest

(Carnets Nord - 278 pages - mars 2017)

Traduit de l'allemand (Autriche) par Corinne Gepner

Titre original : Das grüne Rollo (2015)

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Le narrateur, Théo, a dix ans et vit dans un appartement où ses parents ont décidé qu’il n’y aurait aucun store, volet et rideau, la famille n'ayant rien à cacher à personne.

Et une nuit il voit apparaître comme un store vert avec la mer en toile de fonds avec une pointe de ciel. Tout disparaît quand il allume la lumière.

Chaque nuit à 23h02 réapparaît le store vert et le monde de Greenland comme le baptise le narrateur.

Cette nuit il a tout fait pour sauver une fillette prisonnière des hommes aux yeux de jumelles. De retour dans sa chambre il s’aperçoit que le couteau qui lui a servi à couper la corde qui arrachait la fille est dans sa chambre. Il le dépose dans la cuisine au matin.

Quand il retourne à Greenland il trouve un mot de la fillette avec son prénom Hélène et une adresse. Un routier, Bela, le conduit et il s’aperçoit qu’Helene est un chien et la fille s’appelle en fait Anna disparue depuis deux ans. Mme Leflor, la mère, décide de retourner sur les lieux où Théo l'a vue et Bela les y conduit. Mais très vite il se retrouve seul avec son couteau qu'il a appelé Lucian. Et tous deux après un passage en cuisine arrivent au bord d'une piscine dans laquelle Anna est en train de nager attachée à une corde. Une nouvelle fois le couteau fait son travail et permet de libérer Anna. Tous trois s’enfuient sous l’œil aux jumelles des hommes rassemblés autour de la piscine.

Théo rentre dans son monde avec Anna ce qui n’étonne pas sa famille car elle serait sa sœur.

Quarante ans plus tard, en 2050, Théo, astronaute, part en exploration direction Mars. Il a été marié à une caissière Sophie qui lui a donné cinq fils. Il s'est remarié plus tard avec Annabell...

 

Vous aurez compris que l'on est dans une drôle d'histoire ici mais l'auteur est habitué à nous surprendre en créant des univers, des ambiances qui sont totalement innovantes. C'est là son grand charme.

L'éditeur nous aide à distinguer les deux mondes, car toutes les pages qui se passent dans "Greenland" sont écrites à l'encre verte, celles de "notre monde" en couleur habituelle : noire.

Vous verrez, en lisant ce livre, que vous ne serez pas au bout de vos surprises... Je n'en dirais pas plus...

Page 12 : "Je repoussai prudemment la couette. Je vis aussitôt que quelque chose avait changé. La lumière était différente. Pas blanche, mais verte. Devant la fenêtre s'étalait le rectangle d'un panneau de tissu plus sombre que clair, mais la vive clarté de la lune propageait dans la pièce une grande partie de ce vert - un vert bouteille, pour la couleur et l'éclat. Je me serias cru dans une serre".

 

L'écriture est majestueuse et le récit totalement maîtrisé.

Merci à Fleur de Carnets Nord de m'avoir adressé ce roman d'un auteur que j'apprécie particulièrement. C'est le cinquième roman publié par l'éditeur depuis 2011. Une fidélité bien méritée pour un éditeur qui ne cherche jamais la "facilité" et a une réelle exigence littéraire.

Je vous renvoie également vers mon article sur "Requin d'eau douce" et "le poil de la bête".

 

Bonne lecture,

Denis

 

Greenland d'Heinrich Steinfest (Carnets Nord)
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30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 17:45
La petite fille au dé à coudre de Michael Köhlmeier (Jacqueline Chambon)

La petite fille au dé à coudre de Michael Köhlmeier

(Jacqueline Chambon - février 2017 - 111 pages)

Traduit de l'allemand par Marie-Claude Auger

Titre original : Das Mädchen mit dem Fingerhut (Munich - 2014)

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Une sacrée belle découverte que ce court roman de l'auteur allemand Michael Kôhlmeier, né en 1949, dont Jacqueline Chambon (Actes Sud) publie ici un quatrième livre.

La fillette à six ans et son oncle lui dit d’aller passer la journée dans la boutique de Bogdan ce qu'elle fait sans déroger à ses consignes. Bogdan lui donne à manger puis e soir elle s'échappe et rejoint son oncle et ils rentrent au foyer où ils sont hébergés. Mais un soir l’oncle n'est pas là pour la récupérer.

Alors elle va errer dans les rues, cueillie par la police et mise dans un orphelinat dont elle s’évade en compagnie de deux jeunes garçons. Nouvelle errance dans le froid glacial de l'hiver en terre inconnue. C’est alors que l’on apprend son prénom, Yiza et celui de ses compagnons de fuite, Arian et Schamhan. Ils prennent bien soin d'elle mais invariablement ils se retrouvent au poste de police sans rien connaître de la langue dans laquelle on leur parle.

 

Un livre de l'errance et de la découverte du monde "cruel" des adultes, vus par le regard d'enfants égarés, perdus, orphelins de toute famille à qui se raccrocher. Leur amitié est leur force. Ils sont également isolés dans leur langue qui n'est pas celle de la région dans laquelle ils errent.

 

Page 60 : "Ils étaient assis côte à côte dans le car de police, tournant le dos au conducteur, en face d'eux était assis un agent. Ils ne voyaient son visage que dans les phares des voitures qui venaient de l'autre côté. La fenêtre du passager dans leur dos était grillagée. Arian et Yiza ne comprenaient pas la langue de l'agent. Ils ne pouvaient pas répondre. Schamhan comprenait les questions mais faisaitt semblant de ne pas comprendre. // Sans regarder Arian et Yiza, il dit : Parlez pas. Le regardez pas. C'est le mieux. Il le dit une fois dans la langue de Yiza puis dans la langue d'Arian. L'agent ne connaissant ni l'une ni l'autre, il pensa que c'était une et même langue".

 

Un très grand texte qui prouve une fois de plus que ce ne sont pas les livres les plus longs qui sont les meilleurs. On peut écrire des bijoux littéraires en quelques pages.

 

Un méga coup de cœur qui nous rappelle que la littérature de langue allemande n'est pas à oublier car elle a toujours su nous donner des auteurs d'envergure.

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

 

La petite fille au dé à coudre de Michael Köhlmeier (Jacqueline Chambon)
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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 17:04
Le jeu de l'amour et du vent d'Arthur Schnitzler (Actes Sud - Papiers)

Le jeu de l'amour et du vent d'Arthur Schnitzler

(Actes Sud - Papiers - 77 pages - octobre 2005)

Traduit de l'allemand (Autriche) par Henri Christophe

Titre original : Im Spiel der Sommerlüfte (1928)

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On a peu d'informations sur cette pièce d'Arthur Schnitzler éditée par Actes Sud dans sa très intéressante collection de théâtre "Papiers", si ce n'est qu'elle est la dernière pièce achevée de l'auteur parue en 1928. Une petite vingtaine de pièces de l'auteur ont été publiées dans cette collection. La dramaturgie a pris une grande place dans son oeuvre surtout connue pour deux oeuvres : "Vienne au crépuscule" et "Mademoiselle Else". L'auteur a été considéré comme le chef de fil de la "Jeune Vienne", groupe d'écrivains dont font partie Stefan Zweig et Hugo Von Hofmannsthal.

 

L'action se passe sur 24 heures à Kirchau, un bourg en Basse-Autriche, à la fin du XIXe siècle.

Le titre fait bien sûr penser au "Jeu de l'amour et du hasard" de Marivaux et de fait on peut évoquer le marivaudage en la personne de la jeune héroïne Augusta Pflegner pas très fixée sur ses intentions amoureuses.

 

 

 

Augusta est la nièce du sculpteur Vincent Friedlein. Elle est amoureuse de Felix étudiant en médecine. Elle croise le frère de l'abbé, Robert, militaire, qui a entendu Augusta répéter Roméo et Juliette avec son cousin Édouard. Il lui dit être impatient de la voir jouer sur scène.

 

Augusta apprend qu'elle est engagée au théâtre d'Innsbruck. C'est le moment où Édouard lui dit qu'il voudrait aussi être acteur et suivre sa cousine au point d'arrêter ses études à l'insu de sa famille. Elle dit qu'il est hors de question qu'il aille à Innsbruck alors qu'il est encore mineur et lycéen. Elle parlera dans quelques mois de sa passion du théâtre à ses parents s'il fait des progrès entretemps.

 

L'abbé arrive bouleversé et rencontre Josépha la femme du sculpteur. Il lui lit la lettre que son frère a écrite et qu'il aurait dû recevoir le lendemain sans doute après qu'il aurait été tué dans un duel. Que faire? Attendre ou aller à sa rencontre à Vienne sans savoir où il loge. II croit pouvoir au moins le sauver par ses prières car l'abbé pense qu'il est venu ici aujourd'hui pour recevoir des paroles fortes de son frère comme pour une rédemption future.

Le lendemain matin :

Au matin Augusta et Édouard rentrent amoureux après une nuit d'amour. Il lui dit qu'elle doit rompre avec le médecin. Josépha les surprend à leur arrivée et comprend vite la situation. Ils disent avoir dû passer la nuit au refuge à cause de l'orage. Ensuite arrive l'abbé. Il dit à Josépha avoir apprécié leur conversation de la veille.

Felix arrive furieux d'avoir appris par le journal qu'Augusta allait à Innsbruck loin de lui sans avoir eu le courage de lui dire. Elle lui répond qu'elle ne peut plus lui accorder que de l'amitié.

Le frère de l'abbé est vivant et lui aussi est muté à Innsbruck !

 

Badinage, mais aussi pensées philosophiques autour de la mort, de la religion émaillent cette pièce qui se lit avec beaucoup d'intérêt par la grande intelligence de l'auteur à nous faire partager ces 24 heures où finalement pas mal de choses vont se passer. Des instants "clés". Des tensions aussi entre personnages. Tout ce qui fait le sel d'un "théâtre" que je placerais plutôt du côté de Tchekhov que de Marivaux, dans le ton.

A découvrir assurément.

 

Denis

 
Lecture qui se rattache au challenge théâtre 2016 animé par Eimelle

 

 

 

Le jeu de l'amour et du vent d'Arthur Schnitzler (Actes Sud - Papiers)
Le jeu de l'amour et du vent d'Arthur Schnitzler (Actes Sud - Papiers)
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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 17:40
Une minute de silence de Siegfried Lenz (Robert Laffont)

Une minute de silence de Siegfried Lenz

(Robert Laffont - collection Pavillons - mars 2009 - 125pages)

Traduit de l'allemand par Odile Demange

Titre original : Schweigeminute (2008)

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On observe au lycée une minute de silence en mémoire de Stella Petersen, le professeur d'anglais. Christian fait partie des élèves et il se rappelle alors son amour pour elle.

Un été, elle était sur la plage, l'a reconnu et est allée vers lui, alors installé dans le bateau de son père, chercheur de pierres dans les fonds marins. Ensuite, il y a eu une soirée dansante où elle a dansé avec lui.

Ainsi, se créent petit à petit des liens intimes entre Stella et son élève.

Stella va, par ailleurs montrer de la bravoure en sauvant un jeune le jour d'une compétition en mer.

Lorsque les cours reprennent à la rentrée, Stella ne montre aucun signe de complicité avec Christian et quand il se rend chez elle pour rattraper des cours, elle lui demande de ne pas la toucher d'autant que son père vit avec elle.

La littérature les rapproche car dans son enseignement en anglais, elle a fait étudier "Animal Farm" de George Orwell.

Le récit oscille entre le souvenir des moments d'intimité et le présent au lycée à l'occasion de la minute de silence. Le présent, c'est aussi le moment où Christian vole la photo de Stella qui avait été accrochée au tableau d'honneur de l'école.

Ce pourrait être le moment où le secret de Christian se révèle à tous... Et comment est morte Stella?

 

Ce roman parait très simple, basique autour d'une histoire entre un mineur et une majeure. Il donne une force au récit par le style très juste et poétique.

 

« De longues vagues déferlantes venues du large s’élevaient, elles se cabraient comme si on les empoignait avant de s’effondrer, laissant soupçonner la violence de leur chute. Les nuages, sombres, déchirés, étaient bas. Tout d’un coup je l’ai aperçu, tout d’un coup j’ai aperçu le deux-mâts au loin, qui entrait dans notre baie en louvoyant, il avançait avec constance poussé par un inflexible vent du nord-est. Je ne suis pas arrivé à lire son nom, mais tout de suite j’ai su que c’était L’Etoile polaire qui ramenait Stella, qui me la ramenait. »

 

Apprentissage de la vie dans la douleur aussi pour le jeune homme qui ne comprend pas toujours les attitudes de Stella à son égard entre chaleur et distance. On a bien affaire à un "roman de formation". On sent bien la tradition allemande de ce type de récit mais l'auteur ne fait pas pour autant un roman classique. Il sait être moderne dans la construction du texte.

 

L'auteur, Siegfried Lenz (1926-2014) est strictement contemporain de Gunter Grass (1927-2015) et est beaucoup moins connu en France. Il a obtenu le prix Goethe en 1999 et a écrit 14 romans et des nouvelles. Il aurait comme beaucoup de jeunes de l'époque adhéré au parti nazi en 1943. Arrêté par les britanniques il a été interprète puis l'après-guerre lui a permis de terminer ses études de lettres et de philosophie.

 

Un auteur à découvrir avec ce livre ou "La leçon d'allemand" publié dans la même collection.

Bonne lecture,

Denis

 

Pour le 1er juin, le blogoclub de Sylvie et Liza a proposé de lire "Le liseur" de Bernhard Schlink. Comme j'avais lu ce livre et que le thème était "la littérature de langue allemande", j'ai choisi ce livre.

Une minute de silence de Siegfried Lenz (Robert Laffont)
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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 21:45
Thomas Mann : souvenirs à bâtons rompus par Katia Mann (Albin Michel)

Thomas Mann : souvenirs à bâtons rompus par Katia Mann

Recueillis par Elisabeth Plessen et Michael Mann

(Albin Michel - 178 pages - octobre 1975)

Traduit de l'allemand par Louise Servicen

Titre original : Meine Ungeschriebenen Memoiren (Francfort - 1974)

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Katia Mann a été l'épouse pendant 50 ans de l'écrivain Thomas Mann. Elle n'a jamais écrit et disait : "Dans cette famille, il faut bien qu'au moins une personne s'abstienne d'écrire".

Pour ce livre, elle a bien voulu répondre à une longue interview à laquelle a contribué son fils Michael : "Si aujourd'hui je me prête à cette interview, il faut l'attribuer exclusivement à ma faiblesse et à mon humeur conciliante". (1970)

 

Ainsi, elle nous raconte avec beaucoup d'intérêt pour les amateurs de Thomas Mann. Je crains par contre que ce livre soit très difficile à trouver aujourd'hui. J'ai eu la chance de l'acheter récemment dans une bouquinerie.

Katia Mann parle tout d'abord de sa famille les Pringsheim, dont le père était mathématicien et des circonstances qui lui ont fait rencontrer Thomas Mann, dans un tramway puis chez des amis (rencontre arrangée par l'écrivain). Il était déjà renommé pour son roman "Les Buddenbrook".

Tout au long de leur vie, les Mann ont cotoyé de nombreux écrivains, musiciens ou intellectuels. Katia raconte les liens avec Hesse ou Hauptmann. Bruno Walter, le célèbre chef d'orchestre, a été un ami de toujours, d'autant que Thomas était passionné comme Walter par l'oeuvre de Wagner.

En 1929, Thomas Mann reçoit le Prix Nobel de Littérature et Katia l'accompagne à Stockholm comme Il en sera pour tous les voyages qu'il entreprendra, d'où la richesse de ses souvenirs. Elle lui donnait aussi des conseils, des idées pendant que son mari écrivait. Elle a fortement influencé l'écriture de "La Montagne Magique" ayant vécu l'expérience des sanatoriums compte tenu de la fragilité de sa santé.

L'on connait les difficultés rencontrées avec le nazisme puisque dès l'accession de Hitler au pouvoir en janvier 1933, les Mann, alors en voyage à l'étranger n'ont pas pu rentrer en Allemagne. Le Sud de la France, la Suisse puis les USA ont été alors leur terre d'accueil.

Katia évoque également Schonberg, pas très agréable ; Adorno, "le conseiller" pour l'écriture du "Docteur Faustus" qui osa ensuite dire que c'était lui l'auteur du livre.

 

On suit ainsi la vie de ce couple "généreux" toujours pris entre famille, politique, écriture, amitiés... au point de sacrifier une partie de leur vie aux autres. Katia, encore plus, par fidélité sans faille à son époux, que les aînés appelaient "le magicien"... oui, un magicien des lettres...

Un livre passionnant de bout en bout à lire absolument.

Bonne lecture,

Denis

 

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 21:57
Maître Puntila et son valet Matti de Bertold Brecht (L'Arche)

Maître Puntila et son valet Matti  - pièce populaire

de Bertold Brecht (L'Arche - 97 pages)

Texte français de Michel Cadot

Titre original : Herr Puntila und sein Knecht Matti (1950)

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La pièce de Brecht a été écrite en 1940 d'après les récits et un porjet de pièce de Hella Wuolijok, écrivain finlandais qui avait donné l'hospitalité à Brecht et sa famille durant l'été 1940.

Le texte français a été publié en 1956, revu et remanié en 1976 et c'est dans cette version qu'il a été publié aux éditions L'Arche où est parue l'édition complète de son théâtre.

 

12 tableaux de longueur inégale constituent l'architecture de la pièce.

Puntila est dans une auberge avec un juge ivre et endormi. Survient Matti qui s'annonce comme son chauffeur depuis cinq semaines et s'indigne d'être bloqué dans la voiture depuis deux jours à attendre son maïtre. Riche propriétaire notamment d'une forêt, il ne veut pas parler argent avec Matti.Et il rentre dans son domaine de Puntila avec le juge. Les trois hommes sont accueillis par Eva, la fille du maître. Elle dit alors qu'elle va se fiancer avec "L'attaché" et son père s'en félicite.

Le grand pêché de Puntila est l'alcool. Et un matin, à peine dégrisé, il annonce à trois femmes différentes qu'il va se fiancer avec elle, si bien que le jour des fiançailles d'Eva, les trois femmes invitées débarquent ensemble. Elles ont bien compris que Puntila leur a fait croire un mariage futur sans fondement au point qu'elles lui disent avoir créé une "association des fiancées de Puntila".

Lors d'un marché de recrutement de salariés, Puntila a "corrigé" un homme, montrant ainsi la violence qu'il a en lui.

Eva n'est plus trop disposée à épouser l'Attaché d'ambassade et Matti simule avec elle une scène d'amour pour troubler son maître. D'ailleurs, les fiançailles se passent mal et Puntila expulse le fiancé et tous les invités de "marque" au risque d'y perdre beaucoup pour ses affaires.

Comme il a compris qu'il boit trop, Puntila se décide au lendemain des fiançailles râtées de ne plus boire. Seulement, il boit un dernier verre qui entraîne un deuxième verre ... et il entre en colère puis en délire au point de détruire sa bibliothèque pour en faire un "mont" !!!

 

Vous aurez compris que cette "pièce populaire" est plutôt étrange, sans vraie intrigue, avec cette juxtaposition de tableau. Il reste que Bertold Brecht est un grand auteur et que son style est alerte, limpide et charme le lecteur.

Une pièce à lire pour tous les amateurs de Bertold Brecht. J'avoue pour ma part que ma pièce préférée reste "Mère courage", son chef d'oeuvre.

Bonne lecture,

Denis

 

Un de mes dernières lectures au titre de "2014, je lis du théâtre".

Maître Puntila et son valet Matti de Bertold Brecht (L'Arche)
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