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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 08:00

 

 

 

L'instituteur d'Albert Camus ( photo internet )

 

 

 

 

L'attachement de Camus à l'école de la république remonte au temps où il était élève de l'école communale du quartier populaire de Belcourt à Alger.

Quarante ans plus tard , il revient sur cette expérience initiale dans le chapitre intitulé " L'école " de son roman autobiographique inachevé , " Le Premier Homme " , en rendant hommage à son instituteur.

A travers la méthode d'enseignement de Mr Bernard , il a voulu exalter les grandes valeurs de l'école républicaine.

Cette intention apparaît clairement dans une note en bas de page de ce chapitre : " Allonger et faire exaltation de l'école laïque ".

Dans la lettre qu'il adressera , au moment de l'attribution du prix Nobel , à son ancien instituteur , qui retrouve son vrai nom , Louis Germain , Camus souligne à nouveau à travers son cas personnel , l'une de ces valeurs , l'éducation offerte à tous sans tenir compte de l'origine sociale : " Sans vous , sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j'étais , sans votre enseignement , et votre exemple , rien de tout cela ne serait arrivé. "

 

 

 

 

 

 

 Albert Camus , enfant , photo de classe de l'école AUMERAT

 ( 1922 , 1923 ou 1924 )

 

( photo internet )

 

 

 

 

Une fois passée l'expérience initiale , le contexte de l'Algérie coloniale a amené Camus à réfléchir sur les conditions dans lesquelles l'école pouvait y jouer son rôle.

Il exprime fortement sa préoccupation à l'occasion de l'enquête qu'il mène en Kabylie en 1939.

Dans le chapitre qu'il consacre à l'enseignement , il écrit : " Les Kabyles auront plus d'écoles le jour où on aura supprimé la barrière artificielle qui sépare l'enseignement européen de l'enseignement indigène , le jour enfin où , sur les bancs d'une même école , deux peuples faits pour se comprendre commenceront à se connaître. "

 

 

( Source Hors-série Le Monde Camus )

 

 

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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 08:00

 

 

 

 

 

Pour Camus , la littérature doit " faire vivre des mythes ".

Dans ses " Carnets " , il se définit d'ailleurs lui-même comme

 " un artiste qui crée des mythes à la mesure de sa passion et de son angoisse ".

Il ajoute : " Les êtres qui m'ont transporté en ce monde sont toujours ceux qui avaient la force et l'exclusivité de ces mythes. "

Camus trouve dans les mythes, en particulier ceux de l'Antiquité grecque , la matière vivante qui stimule sa réflexion sur la condition humaine.

Il se les approprie selon une démarche qu'il explique dans

" Le Mythe de Sisyphe " :

" Un monde demeure dont l'homme est le seul maître. Ce qui le liait, c'était l'illusion d'un autre monde.

Le sort de sa pensée n'est plus de se renoncer mais de rebondir en images.

Elle se joue - dans des mythes sans doute - mais des mythes sans autre profondeur que celle de la douleur humaine et comme elle inépuisables. "

Il dira ensuite la richesse et la liberté que procurent les mythes :

ils " n'ont pas de vie par eux-mêmes.

 Ils attendent que nous les incarnions. Qu'un seul homme réponde à leur appel , et ils nous offrent leur sève intacte ".

Nourri depuis toujours d'hellénisme , Camus a reconnu une dette particulière envers Eschyle dont il avait monté à Alger

le " Prométhée enchaîné ".

L'ambition de Camus était d'aboutir à un mythe moderne , prenant comme modèle de référence Moby Dick ,de l'écrivain américain Herman Melville , " l'un des mythes les plus bouleversants qu'on ait imaginés sur le combat de l'homme contre le mal ".

Dans  " La Peste " , Camus a voulu développer un mythe en s'appuyant sur le monde réel.

Il l'a doté d'une pluralité de significations qui correspondent aux différents visages de la terreur.

Son dernier roman " Le Premier Homme " , est centré sur le mythe d'Adam , nom qu'il avait envisagé comme titre initial.

Quelques mois avant sa mort , Camus déclarait , en 1959 :

" En réalité , chacun de nous , y compris moi , est d'une certaine façon le premier homme , l'Adam de sa propre histoire. "

 

 

 

( Source Le Monde - Hors-série CAMUS )

 

 

 

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 07:00

 

 

BHL écrit en 1991, dans Les aventures de la liberté (p. 291-294) que Camus fut un « intellectuel courageux », un écrivain jamais pris « en défaut de noblesse ou de cœur ».

Il le trouve « joyeux fêtard », « bon copain »,

avoue avoir le même humour que lui ( !) et affirme que, s’il avait vécu, il lui aurait sûrement « apporté les épreuves de la Barbarie ». Il conclut, après des digressions sur sa ressemblance avec Humphrey Bogart : « J’aime Camus, donc. C’est, dans cette galerie d’ancêtres, l’un des rares dont je me sente vraiment proche. Et c’est un de mes rêves que d’écrire un jour un livre qui rendrait justice à cet ancêtre ».

Puis BHL traite d’« imbéciles » ceux qui feraient de lui un défenseur de l’Algérie Française, sinon un « fasciste »…

Enfin ceci : « Camus et Sartre.

Camus qui a eu raison contre Sartre. On ne répétera jamais assez, combien il a eu raison contre Sartre et la bande des Temps modernes. » Suit une énumération des raisons qui permettent d’étayer cette thèse…

Ce livre a été écrit, en effet, il s’appelle Le siècle de Sartre.

Sa parution eut lieu fort opportunément en 2000, autrement dit pour le vingtième anniversaire de sa mort – il y a toujours un effet de souffle en librairie pour ces fêtes funestes, pourquoi s’en priver…

On peut y lire ceci (p. 420-421) à propos du goût qu’avait Camus de la nature , notamment dans L’été : « Quand on se proclame ainsi l’ami du monde, des choses du soleil, quand on ne se reconnaît plus d’autre loi que celle de la fidélité à la sainte loi de la nature et de ses harmonies spontanées ».

Suivent alors sur le mode lyrique une évocation de Nietzsche, de la « grande raison du corps » puis, cette conclusion à la fin d’une longue cadence proustienne : « N’y-a-t-il pas là, mine de rien, une autre matrice du pire ? n’est-elle pas, cette foi aveugle dans la nature, l’autre grande source, après l’ubris ou avant elle, du totalitarisme et, en tout cas, du meurtre ? ». On aura bien lu : Camus défenseur ontologique du totalitarisme et du crime !

La stratégie de BHL apparaît clairement dans cette volte-face majeure : il s’agit d’occuper dans le champ médiatico-philosophique une place facilement identifiable.

Camus, un fils de pauvre resté fidèle à son milieu, un socialiste libertaire, un philosophe qui n’a pas appris la misère à l’Ecole Normale Supérieure mais dans sa famille, un anti-mondain plus soucieux de méditerranée que de Saint Germain des Près, un nietzschéen de gauche, l’ami des gens de peu, un pupille de la nation, boursier reconnaissant au système d’éducation de la République et défenseur de la méritocratie par l’instituteur, un solitaire solidaire, voilà, de fait, qui ne pèse pas lourd face à Sartre le fils des beaux quartiers bourgeois, l’enfant peaufiné au précepteur, le normalien agrégé plus à l’aise dans le livre que dans le monde, le socialiste autoritaire, l’ami des dictateurs, l’animal qui chasse en meute et lance ses chiens germanopratins pour tuer, sinon ses serpents pour séduire…

On comprend, idiosyncrasie écrirait Nietzsche, combien BHL a pu aspirer jadis à la pureté camusienne comme à un idéal du moi, mais combien aussi, quand on veut faire carrière, l’auteur de L’homme révolté ne peut être un modèle au contraire de celui de la Critique de la raison dialectique

 

 

 

Michel Onfray - Février 2010 -

 

 

 

 

 

 

Michel Onfray, philosophe, écrivain, créateur de l'Université populaire de Caen

 

 

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 07:00

 

 

 

 

 

 

Avec les années , Camus s'est de plus en plus souvent considéré comme un écrivain et de moins en moins comme un philosophe.

Cependant , les critiques n'ont cessé de souligner combien ses préoccupations faisaient de lui un moraliste.

Toute son oeuvre témoigne du fait qu'il n'acceptait pas le vide moral de son époque et qu'il s'est efforcé d'apporter une réponse par la révolte solidaire , qui suit la révolte solitaire : le révolté découvre que le mouvement qui l'anime , fait de refus et de consentement , ne va pas sans la création ou la découverte de valeurs , telles que la dignité du révolté et de ses semblables , la solidarité , la liberté et la justice.

Son mouvement même de révolte lui révèle qu'il partage quelque chose avec les autres hommes , ne serait - ce que la condition mortelle.

S'affirment ainsi la complicité et la communauté des hommes.

Le révolté fera l'expérience de la difficulté qu'il y a à respecter des valeurs qui peuvent entrer en conflits et donner lieu à des antinomies.

C'est le cas par exemple de la liberté et de la justice. C'est le cas aussi de l'attitude à adopter à l'égard de la violence , la racine du mal : le révolté doit respecter la dignité de chacun , y compris celle des maîtres qui s'opposent à la libération des esclaves.

Mais ce serait trahir la révolte que de maintenir le statu quo de l'esclavage , lui - même violent.

Le révolté peut ainsi être amené à recourir à la violence , devenir un

" meurtrier innocent " ( L'Homme révolté ) , et entrer dans ce que l'écrivain appelle la " culpabilité raisonnable ".

Pour faire face à ces antinomies , Camus a développé ce qu'il appelle la philosophie des limites : le révolté doit s'efforcer de trouver un équilibre , constamment remis en question par les évênements et dons sans cesse réajusté.

Il n'y a pas de hiérarchie statique des valeurs qui permette de résoudre les problèmes une fois pour toutes.

Camus souligne un conflit qui déchire les activités humaines : la finalité de la morale n'est pas celle de la politique , et recourir à une conception idéalisée de la politique ne résout le problème que théoriquement.

Pour le journaliste de COMBAT ( métier dont il a défini une éthique ) , l'introduction du langage de la morale trouble le jeu politique.

Au risque de s'attirer le reproche d'être une " belle âme " , qui déserte l'histoire et se réfugie dans l'univers des principes moraux.

Deux grands écueils sont à éviter aux yeux de Camus : sombrer dans le moralisme et porter des jugements péremptoires ou définitifs sur ses semblables.

La CHUTE par exemple et REFLEXION SUR LA GUILLOTINE évoquent ce problème de jugement.

Dans ses CAHIERS , Camus souligne à plusieurs reprises que la morale trouve sa limite irréductible dans l'amour.

" Si j'avais à écrire ici un livre de morale , il aurait cent pages et 99 seraient blanches. Sur la dernière , j'écrirais : " Je ne connais qu'un seul devoir et c'est celui d'aimer. "

 

 

( Source Le Monde - Hors -série CAMUS )

 

 

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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 06:00

 

 

albert-camus-l-etat-de-siege.jpg

 

 

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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 09:00







 " Le premier homme " de Camus à l'écran



Il y a cinquante ans, lors de l’accident de voiture qui coûta la vie à Albert Camus, un manuscrit inachevé fut retrouvé dans une valise, enlisée sous la dépouille de la carrosserie. Il s’agissait de celui de son roman autobiographique inachevé Le premier homme.
Ce n’est cependant qu’en 1996, avec l’accord de la fille de Camus, que le livre fut publié.
Et voilà que l’Italien Gianni Amelio (Les Enfants volés) annonce
qu'il en fera une adaptation cinématographique.
Le tournage est prévu pour avril, en France et en Algérie et la distribution sera assurée par Claudia Cardinale, Denis Podalydès
et Jacques Gamblien dans le rôle de l’alter ego de Camus,
Jacques Comery.


L’histoire est celle d’un homme adulte, Jacques, qui vit difficilement l’absence de son père, mort durant la guerre. Plusieurs chapitres racontent l’enfance de Jacques, entre sa mère et sa grand-mère, dans un village arabe d’une Algérie prolétaire, alors que les autres relatent plutôt les interrogations liées à la perte du paternel, au fait qu’il soit maintenant un adulte plus âgé que son père l’était lorsqu’il est mort.

Source : Le LIBRAIRE - Portail du livre au Québec

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 10:00






Nous avons tous plus d'une dizaine de livres préférés.
Nos inclinaisons changent tout en restant les mêmes , selon un mode assez cyclique.
Je m'aperçois que , dans mon  " top ten " manquent Kundera , Barrès , Nabokov , Rumi , Morand.
Depuis quelques années pourtant , " Le Premier Homme " reste au sommet.
Peut -être parce qu'il prouve l'importance de la fiction.
Tout ce que Camus n'a pas pu dire ou expliquer , il l'a confié à ce roman.
L'histoire , pour Camus , n'est source ni de progrès ni de justice , elle est seulement , jusque dans ses impostures démocratiques , affreuse et exaltante.
Son " Premier Homme " est le grand roman russe de la littérature française.
Camus , comme Tolstoï ( lui aussi devrait être dans ma liste ! ) , comme Dostoïevski savait aimer son peuple , avec ses douleurs et ses blessures.
Et il n'oubliait pas les morts.





En célébrant l'auteur de L'Etranger, Daniel Rondeau livre une réflexion pugnace sur l'engagement, la liberté, la vérité



Lire les premières pages



Ça commence par un garçon qui lit sur le bord de la fenêtre de sa chambre, le soleil baigne les pages de La Peste et dépose sur son front ces mots mystérieux: «L'homme n'est pas une idée.»
Ebloui, le gamin recopie, sans bien comprendre qu'il s'agit d'un viatique pour la vie.
Aujourd'hui, Daniel Rondeau, éditorialiste à L'Express, règle une dette de lumière.
En Albert Camus, il célèbre moins l'intellectuel engagé que «l'engagement d'un homme dans ses textes, sa liberté».
Un récit recueilli, une réflexion pugnace, où le Prix Nobel de littérature, mort en 1960, à 46 ans, dans un accident de voiture, n'apparaît jamais comme un maître à penser, mais comme un grand frère éclairé, mélancolique et ardent, toujours épris de vérité.

La vérité, Camus la dira sur les camps soviétiques dès 1951, ce qui lui vaudra d'être fusillé par Sartre pour atteinte au moral de la révolution prolétarienne.
 Il la redira, notamment dans ses chroniques de L'Express,
lors de la guerre en Algérie, prônant la réconciliation et l'égalité des droits sur sa terre natale.
Aux charmes sanglants et narcissiques de la révolution, il préférait la bravoure et les nuances de la révolte.
Il ne draguait pas l'Histoire, trop de bourreaux avaient couché dans ses draps. Il tenait sa ligne: «Ni victimes ni bourreaux», et cette ligne traçait la geste des humbles sans mémoire. Camus, écrit Rondeau, «a refusé de se plier à la loi des conformismes, ce mélange de suffisance dans l'affirmation et cette insuffisance, pas toujours involontaire, du regard et de la pensée, qui pétrifie tout, et pas seulement l'innocence».
Manière d'en revenir aux combats de notre temps, pour opposer la fluide lumière camusienne aux fumées des clercs dévoyés - ceux que Soljenitsyne nommait la «tribu instruite».

En regard d'un texte inspiré, l'ouvrage est richement illustré: un homme, ce n'est pas une idée, c'est un visage (magnifique), un regard (de bonté), une enfance (Alger), des ruines chrétiennes (Tipasa), des femmes (si belles), une solitude (les manuscrits), des amis (Malraux et Char). «La vérité est toujours à construire, comme l'amour, comme l'intelligence», lâchait Camus sans hausser la voix.
Beau programme auquel ce livre solaire pourrait servir de socle en ces temps boueux.

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 13:22







Présent dans toute la production camusienne , le thème de la révolte en constitue la clef de voûte.
Dans ses " Carnets " , il constate : " Je cherche à légitimer ma révolte que , jusqu'ici , rien , dans les faits , n'est venu fonder. "
Parmi des notations sur " Essai sur la révolte " , il s'agit de la préparation de " Remarque sur la révolte " , on trouve :
" L'homme peut -il à lui seul créer ses propres valeurs ? C'est tout le problème. "
Ce à quoi répond dans " L'Homme révolté " : " Il faut donc bien que la révolte tire ses raisons d'elle - même , puisqu'elle ne peut les tirer de rien d'autre. Il faut qu'elle consente à s'examiner pour apprendre à se conduire " ; et de manière plus précise : " La solidarité des hommes se fonde sur le mouvement de révolte et celui-ci , à son tour , ne trouve de justification que dans cette complicité. "
Comme le révolté est susceptible de recourir à la violence et au meurtre , l'auteur écrit : " La limite du raisonnement révolté : accepter de tuer soi-même pour refuser la complicité avec le meurtre en général. "
Ce qui signifie que , confronté à la violence généralisée et justifiée philosophiquement , spécifique du XX è siècle , le révolté peut être obligé de la combattre avec des moyens violents pour ne pas se faire son complice en choisissant de ne pas agir.
Par là même , cependant , il se heurte à une limite : il entre dans la " culpabilité raisonnable " ( L'Homme révolté ).
Et dans Carnets III , après la publication de " L' Homme révolté " , l'écrivain note : " Révolte , vrai creuset des dieux. Mais elle forme aussi les idoles. "
Elle a donc ses perversions.





( Source Hors - Série LE MONDE - Albert Camus )

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 09:00







Dans les circonstances les plus officielles comme dans les plus intimes , Camus a toujours souligné l'indéfectible lien qui l'attachait à sa terre natale.
Sa sensibilité trouve son fondement dans sa naissance au sein d'une famille pauvre de la communauté française d'Algérie compensée par une proximité avec la nature méditerranéenne.
Il l'évoque souvent dans la fulgurance de symboles poétiques :
" J'ai grandi dans la mer et la pauvreté m' a été fastueuse , puis j'ai perdu la mer , tous les luxes m'ont alors paru gris , la misère intolérable " ( La Mer au plus près ).
Dans leur saisissante concision , de telles images montrent une tendance constante à éluder ou diluer le rapport à l'histoire dans un élan lyrique.
Tout au long de son oeuvre , la terre algérienne le porte à de constantes professions d'amour.
Eloigné de cette terre , aucune autre nature n'arrêtera plus vraiment ses regards et ses mots.
A l'inverse de l'écriture littéraire , son écriture journalistique vise à la clarté et à l'efficacité.
Nulle ambiguïté dans le discours. Une fermeté , une audace inouïe même se font jour dans les grands reportages que , jeune journaliste , Camus rédige pour Alger Républicain , en 1939.
Les onze articles qu'il regroupe sous l'intitulé général  " Misère de la Kabylie " dévoilent sans fards la famine , le dénuement , le scandale des bas salaires , le coup d'éclat de la construction d'un bâtiment de prestige masquant le manque cruel des écoles attendues pour tous les enfants ( y compris les filles ) , bref  l'incurie et l'iniquité dont l'administration coloniale fait preuve à l'égard  de ces populations.
Non seulement les papiers dénoncent , chiffres , exemples à l'appui , mais ils proposent des solutions , des progrès à mettre en oeuvre et somment les responsables politiques de prendre leurs responsabilités.
Son intérêt se porte aussi sur le sort des ouvriers nord - africains de Paris ( article du 4 avril 1939 ).
Plus tard , ce sont les évênements de 1945 ( manifestations et répressions de Sétif et Guelma ) que le journaliste de Combat qu'il est devenu vient couvrir en cherchant à les éclairer par une enquête de terrain.
Il faut , écrit-il " rendre toute justice au peuple arabe d'Algérie et le libérer du système colonial ( ... ) L'ère du colonialisme ".
Voilà qui ne laisse aucun doute sur son engagement en faveur de la justice , même s'il se rallie non à l'idée d'une nation indépendante , mais à celle d'une " Algérie nouvelle " , qui offrirait " l'exemple rarissime de populations différentes imbriquées sur le même territoire ".
L'attitude anticolonialiste est manifeste , mais le propos politique est à la recherche d'un équilibre improbable , qui s'avérera au fil du temps de plus en plus difficile à tenir.
Dans une lettre adressée , en octobre 1955 , à Aziz Kessous , il se rattache toujours à la possibilité de voir " Arabes et Français réconciliés dans la liberté et la justice " pour fonder ensemble une patrie.
La guerre d'indépendance est pourtant déjà engagée , qui provoque son déchirement et bien des incompréhensions quand il s'obstine à condamner , fût - ce au nom d'une justice supérieure , tout terrorisme frappant des victimes civiles.
En 1958 , lorsqu'il constate que sa voix n'est audible ni pour les uns ni pour les autres ou qu'elle ne fait qu'attiser les haines au lieu de les dissiper , il prend la décision de ne plus s'exprimer publiquement sur la question.


 ( Source Hors-Série Le Monde spécial Camus )




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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 07:00




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