Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 08:00

 

 

 

 

 

Vue de Lourmarin , un des plus beaux villages de France

 

 

 

Par l'intermédiaire de notre blog , j'ai été contactée par Peter

des Pays - Bas , car il a réalisé un magnifique reportage photos

sur Lourmarin , village d' Albert Camus , Henri Bosco ...

Je vous invite à aller voir son reportage photos sur son Blog :

 

 " ARTOXE - fotografie "

 

Cela en vaut le détour ...

 

 

Repost0
26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 07:00

 

En avril 2007 , comme nous passions quelques jours en Bretagne ,

 nous nous sommes rendus sur la tombe de Lucien Camus ,

père d'Albert Camus ,

 qui repose au cimetière de Saint - Brieuc.

 

 

 

numerisation0015.jpg

 

 

 

 

 

numerisation0016.jpg 

 

 

 

 

 

numerisation0017.jpg 

 

 

 

 

 

 

 

  

En 1914 , Lucien Camus est mobilisé à 28 ans

 dans le premier régiment des zouaves.

Blessé à la bataille de la Marne , il meurt le 11 octobre

 à l'hôpital militaire de Saint - Brieuc.

Son fils ne connaîtra de lui qu'une photo et l'éclat d'obus

 qu'on envoya à sa veuve.

 

 

Repost0
10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 06:00

 

 

solitude-camus.jpg

 

 

 

Repost0
27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 09:00

 

 

 

 

 

Camus résume sa conception dans ses Carnets

au printemps de 1948 :

" Pour les Grecs , la beauté est au départ.

Pour un Européen, elle est un but, rarement atteint.

 Je ne suis pas moderne."

Et il dénonce , dès L'Envers et l'Endroit ,

ce qui demeurera son Evangile :

" Tout mon royaume est de ce monde."

" Le monde est beau , et hors de lui , point de salut ",

 lit-on aussi dans NOCES ( Le Désert ).

Aux yeux de Camus , cette beauté est celle du monde

( du paysage ou de la voûte stellaire ) ,

mais aussi celle des corps, vivant en harmonie avec le monde.

La beauté est liée au tragique parce que,

à l'image du corps, elle est éphémère : 

 s'imposant d'autant mieux à nous que nous sommes

à chaque instant menacés de la perdre,

elle devient par la même insoutenable.

" C'est que la beauté est insupportable. Elle nous désespère,

 éternité d'une minute que nous voudrions pourtant

étirer tout le long du temps " ,

 lit-on dans les carnets de 1935.

 

( Source Hors -série Le Monde )

 

Repost0
23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 06:00

 

 

albert-camus-carnets.jpg

 

 

Repost0
4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 08:00

 

 

 

 

 

 

Camus est l'un des seuls écrivains français qui aient affronté et pensé

le terrorisme.

Dès la fin des années 1940 , il s'y intéresse. Sous le titre de

" Tu peux tuer cet homme ", il a édité un recueil de textes russes

présentés par Brice Parain dans la collection " Espoir "

 qu'il dirige aux éditions Gallimard.

Deux pièces , " Les Justes ", en 1949, et l'adaptation scénique

des " Possédès " , dix ans plus tard, manifestent la constance

 de cette préoccupation.

" L'homme révolté ", en tant qu'essai sur la perversion de la révolte,

 fournit un cadre théorique à cette représentation du geste terroriste.

La guerre qui , à partir de 1954, ravage son Algérie natale, a permis

 à Camus d'affiner sa réflexion.

Dans plusieurs de ses articles à " L'Express ", il aborde la question

qui frappe le plus l'opinion métropolitaine.

La flambée d'attentats qui ensanglante sa terre natale a,

pour lui, des causes.

" Le terrorisme, en effet, n'a pas mûri tout seul ; il n'est pas le fruit

du hasard et de l'ingratitude malignement conjugués...

En Algérie, comme ailleurs, le terrorisme s'explique par l'absence d'espoir.

 Il naît toujours et partout , en effet , de la solitude, de l'idée qu'il n'y a

 plus de recours ni d'avenir,

que les murs et les fenêtres sont trop épais et que,

pour respirer seulement, pour avancer un peu, il faut les faire sauter."

Il est le fruit amer des humiliations accumulées par une population marginalisée, la conséquence des revendications insatisfaites,

le résultat des promesses jamais tenues.

" Le terrorisme algérien , écrit encore Camus , est une erreur sanglante ,

 à la fois en lui-même et dans ses conséquences."

Il est l'expression de la " haine ", il est porteur de " racisme ".

Il a pour premier effet de mettre les "libéraux "

dans une position intenable.

En 1945 , il avait titré l'un de ses articles : 

" C'est la justice qui sauvera l'Algérie de la haine."

" Quelle que soit la cause que l'on défend, elle restera toujours

déshonnorée par le massacre aveugle d'une foule innocente où le tueur

sait d'avance qu'il atteindra la femme et l'enfant " , peut - on lire dans Chroniques algériennes.

Camus n'en reste pas à cette dénonciation morale et politique.

" Le sang, s'il fait parfois avancer l'Histoire, la fait avancer

vers plus de barbarie encore. "

L'attentat suicide et le bombardement aveugle d'un village, en tant que

 moyens de guerre, sont des crimes contre l'humanité injustifiables

dans la mesure où ils ne distinguent pas les combattants et les civils.

L'organisation terroriste, parce qu'elle s'attaque au premier venu,

 parce qu'elle postule la diabolisation de l'adversaire et met en avant

l'idée de responsabilité collective, reproduit ce qu'elle voulait abolir,

l'arbitraire.

Elle joue toujours contre la démocratie.

Il existe, pour Camus , une relation de causalité entre une pratique cynique

de la violence et sa codification par un pouvoir absolu.

Il a distingué le terrorisme groupusculaire et le terrorisme d'Etat , mais pressenti qu'on pouvait passer de l'un à l'autre.

En d'autres termes, le parti d'avant - garde armé sert de laboratoire sinon de matrice au " despotisme ", à l'Etat totalitaire qui institutionnalise

 ses agissements meurtriers.

 

 

( Source Le Monde / Hors - série CAMUS )

 

 

***

 

 

Si vous voulez en savoir plus encore , je vous conseille ce livre

 

 

 

 

 

 

"Ce n'est pas la révolte ni sa noblesse qui rayonnent aujourd'hui sur le monde, mais le nihilisme." Dans ces textes d'une troublante actualité, réunis dans Réflexions sur le terrorisme, Albert Camus, écrivain, penseur et combattant aborde avec une fulgurante lucidité les questions posées par l'exercice de cette violence totale, tout en prenant parti : "Quelle que soit la cause que l'on défend, elle restera toujours déshonorée par le massacre aveugle d'une foule innocente..."
 
***
Repost0
24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 07:00

 

*** 

 

Juste envie de partager avec vous cette enveloppe & timbre

1er Jour ALBERT CAMUS ,

que nous a gentiment offert notre ami Jacques.

 

 

 

numérisation0062

 

 

 

 LOURMARIN le 24 juin 1967

 

 

***

Repost0
23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 08:00

Voici le message que nous avons reçu de la part de Manuela, de

 l'Atelier 210 à Bruxelles et que nous reproduisons

ci-dessous :

 

 

La Chute

Albert Camus / Benoit Verhaert

De fin septembre à fin novembre

 

Jean-Baptiste Clamence est un homme seul.  Dans un bar de nuit d’Amsterdam, il cherche à tromper sa solitude, quelqu'un pour écouter la confession de sa lente descente aux enfers. 

De cette chaire de vérité, il clame les sentences du « juge-pénitent » qu’il prétend être. Où commence la confession, où l’accusation ?

Pour délivrer son message au cœur du public, le spectacle sort du théâtre et s’installe dans un vrai bistrot.

La parole de Clamence, insidieuse, se faufile parmi les tables et nous touche de plein fouet.

Accompagné d’une chanteuse de jazz, 

Benoit Verhaert transmet la force sans pareil des mots de Camus, disparu il ya tout juste 50 ans.

A voir sur notre site web : la liste des cafés qui accueilleront le spectacle.

Adaptation  : Benoit Verhaert.  Mise en  scène et création lumières : Claude Enuset. Scénographie et costumes : Renata Gorka. Création sonore : Helène Lamy. Avec : Benoit Verhaert, Laïla Amézian , Almamy Barry

Un spectacle du Théâtre de La Chute en  coproduction avec l’Atelier 210, avec la participation de la Maison de la Culture d’Arlon/Centre dramatique. Réalisé avec l’aide du Ministère de la Communauté française - Service du Théâtre, et  avec l’aide du Théâtre Varia. 

 

-----------------------------------------------------------------


-----------------------------------------------------------------
Atelier 210
Théâtre, concerts, festivals & extras!

-----------------------------------------------------------------
Chaussée Saint-Pierre 210
210 Sint-Pieterssteenweg
B - 1040 Bruxelles/Brussel

T/F +32 (0)2 732 25 98
www.atelier210.be
-----------------------------------------------------------------
En complément, voici ce que l'on peut lire sur
 
 
La Chute Atelier 210 Bruxelles

 Théâtre 13 Septembre 2010 >> 22 Octobre 201
A 20h30
13&14 septembre: Café central - 14, Rue Borgval 1000 Bxl
18 septembre: Murmure - 18, rue du Belvédère 1050 Ixelles
15-17, 21-24 septembre & 19-22 octobre - à côté de l'Atelier 210
(210, Chée St-Pierre 1040 Etterbeek)

Plus de dates encore en novembre et décembre au Petit Varia.

Infos et réservation: 02/732.25.98
info@atelier210.be
P.A.F: 16€/13€/8€
Repost0
6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 13:05

 

   

 

   

Les quelques deux cents lettres inédites rassemblées dans leur « Correspondance (1946-1959) »

 

  

 

   

publiée chez Gallimard attestent de leur amitié

née dans les lendemains de la libération.

 Elles retracent ce que furent les engagements et les travaux

communs des deux hommes après-guerre, et leur proximité

attentive et réciproque.

 

 

   

« Je crois que notre fraternité, sur tous les plans, va encore
plus loin que nous l'envisageons.
De plus en plus, nous allons gêner la frivolité des exploiteurs,
 des fins diseurs de tous bords de notre époque.
Tant mieux. Notre nouveau combat commence et notre raison d'exister. Du moins j'en suis persuadé... Je le devine et
je le sens. »
René Char à Albert Camus,  (3 novembre 1951)

 

   

 

« Avant de vous connaître, écrit Camus, je me passais de la poésie. Rien de ce qui paraissait ne me concernait.

Depuis deux ans au contraire, j'ai une place vide, un creux que je ne remplis qu'en vous lisant, mais alors jusqu'au bord »

(16 mai, 1956)

 

   

 

 

« Fureur et mystère est le plus beau livre de notre malheureuse époque. Avec vous le poème devient courage et fierté.

 On peut enfin s'en aider pour vivre »

(21 septembre 1948)

 

 

( Source photos internet ) 

 

 

Repost0
3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 09:00

 

 C'est après avoir assister samedi soir au spectacle

" Sysiphe Heureux ? "

donné par Joséphine Laurens que j'ai eu envie de relire cet extrait de " Noces " d'Albert Camus.

Il faut imaginer le décor que nous conte Camus , le ressentir , le vivre comme si nous y étions ...car il nous emmène à Tipasa par le rêve et la magie des mots ...

C'est tout simplement MAGNIFIQUE ...

 

 

 

 

 

  

Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l'odeur des absinthes, la mer cuirassée d'argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres.

A certaines heures, la campagne est noire de soleil.

Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils.

L'odeur volumineuse des plantes aromatiques racle la gorge et suffoque dans la chaleur énorme.

A peine, au fond du paysage, puis-je voir la masse noire du Chenoua qui prend racine dans les collines autour du village, et s'ébranle d'un rythme sûr et pesant pour aller s'accroupir dans la mer.

Nous arrivons par le village qui s'ouvre déjà sur la baie.

Nous entrons dans un monde jaune et bleu où. nous accueille le soupir odorant et âcre de la terre d'été en Algérie.

Partout, des bougainvillées rosat dépassent les murs des villas; dans les jardins, des hibiscus au rouge encore pâle, une profusion de roses thé épaisses comme de la crème et de délicates bordures de longs iris bleus.

Toutes les pierres sont chaudes.

A l'heure où nous descendons de l'autobus couleur de bouton d'or, les bouchers dans leurs voitures rouges font leur tournée matinale et les sonneries de leurs trompettes appellent les habitants.

A gauche du port, un escalier de pierres sèches mène aux ruines, parmi les lentisques et les genêts.

Le chemin passe devant un petit phare pour plonger ensuite en pleine campagne.

Déjà, au pied de ce phare, de grosses plantes grasses aux fleurs violettes, jaunes et rouges, descendent vers les premiers rochers que la mer suce avec un bruit de baisers. Debout dans le vent léger, sous le soleil qui nous chauffe un seul côté du visage, nous regardons la lumière descendre du ciel, la mer sans une ride, et le sourire de ses dents éclatantes. Avant d'entrer dans le royaume des ruines, pour la dernière fois nous sommes spectateurs.

Au bout de quelques pas, les absinthes nous prennent à la gorge. Leur laine grise couvre les ruines à perte de vue. Leur essence fermente sous la chaleur, et de la terre au soleil monte sur toute l'étendue du monde un alcool généreux qui fait vaciller le ciel.

Nous marchons à la rencontre de l'amour et du désir.

 Nous ne cherchons pas de leçons, ni l'amère philosophie qu'on demande à la grandeur.

Hors du soleil, des baisers et des parfums sauvages, tout nous paraît futile.

Pour moi, je ne cherche pas à y être seul.

J'y suis souvent allé avec ceux que j'aimais et je lisais sur leurs traits le clair sourire qu'y prenait le visage de l'amour. Ici, je laisse à d'autres l'ordre et la mesure.

 C'est le grand libertinage de la nature et de la mer qui m'accapare tout entier.

Dans ce mariage des ruines et du printemps, les ruines sont redevenues pierres, et perdant le poli imposé par l'homme, sont rentrées dans la nature.

Pour le retour de ces filles prodigues, la nature a prodigué les fleurs. Entre les dalles du forum, l'héliotrope pousse sa tête ronde et blanche, et les géraniums rouges versent leur sang sur ce qui fut maisons, temples et places publiques.

Comme ces hommes que beaucoup de science ramène à Dieu, beaucoup d'années ont ramené les ruines à la maison de leur mère. Aujourd'hui enfin leur passé les quitte, et rien ne les distrait de cette force profonde qui les ramène au centre des choses qui tombent.

Que d'heures passées à écraser les absinthes, à caresser les ruines, à tenter d'accorder ma respiration aux soupirs tumultueux du monde! Enfoncé parmi les odeurs sauvages et les concerts d'insectes somnolents, j'ouvre les yeux et mon cœur à la grandeur insoutenable de ce ciel gorgé de chaleur. Ce n'est pas si facile de devenir ce qu'on est, de retrouver sa mesure profonde.

Mais à regarder l'échine solide du Chenoua, mon cœur se calmait d'une étrange certitude. J'apprenais à respirer, je m'intégrais et je m'accomplissais. Je gravissais l'un après l'autre des coteaux dont chacun me réservait une récompense, comme ce temple dont les colonnes mesurent la course du soleil et d'où  on voit le village entier, ses murs blancs et roses et ses vérandas vertes. Comme aussi cette basilique sur la colline Est : elle a gardé ses murs et dans un grand rayon autour d'elle s'alignent des sarcophages exhumés, pour la plupart à peine issus de la terre dont ils participent encore. Ils ont contenu des morts; pour le moment il y pousse des sauges et des ravenelles. La basilique Sainte-Salsa est chrétienne, mais chaque fois qu'on regarde par une ouverture, c'est la mélodie du monde qui parvient jusqu'à nous : coteaux plantés de pins et de cyprès, ou bien la mer qui roule ses chiens blancs à une vingtaine de mètres. La colline qui supporte Sainte-Salsa est plate à son sommet et le vent souffle plus largement à travers les portiques. Sous le soleil du matin, un grand bonheur se balance dans l'espace.

Bien pauvres sont ceux qui ont besoin de mythes. Ici les dieux servent de lits ou de repères dans la course des journées. Je décris et je dis: « Voici qui est rouge, qui est bleu, qui est vert. Ceci est la mer, la montagne, les fleurs. » Et qu'ai-je besoin de parler de Dionysos pour dire que j'aime écraser les boules de len­tisques sous mon nez? Est-il même à Déméter ce vieil hymne à quoi plus tard je songerai sans contrainte : « Heureux celui des vivants sur la terre qui a vu ces choses. » Voir, et voir sur cette terre, comment oublier la leçon? Aux mystères d'Éleusis, il suffisait de contempler. Ici même, je sais que jamais je ne m'approcherai assez du monde. Il me faut être nu et puis plonger dans la mer, encore tout parfumé des essences de la terre, laver celles-ci dans celle-là, et nouer sur ma peau l'étreinte pour laquelle soupirent lèvres à lèvres depuis si longtemps la terre et la mer. Entré dans l'eau, c'est le saisissement, la montée d'une glu froide et opaque, puis le plongeon dans le bourdonnement des oreilles, le nez coulant et la bouche amère -la nage, les bras vernis d'eau sortis de la mer pour se dorer dans le soleil et rabattus dans une torsion de tous les muscles; la course de l'eau

sur mon corps, cette possession tumultueuse de l'onde par mes jambes - et l'absence d'horizon. Sur le rivage, c'est la chute dans le sable, aban­donné au monde, rentré dans ma pesanteur de chair et d'os, abruti de soleil, avec, de loin en loin, un regard pour mes bras où les flaques de peau sèche découvrent, avec le glissement de l'eau, le duvet blond et la poussière de sel.

Je comprends ici ce qu'on appelle gloire: le droit d'aimer sans mesure. Il n'y a qu'un seul amour dans ce monde. Étreindre un corps de femme, c'est aussi retenir contre soi cette joie étrange qui descend du ciel vers la mer. Tout à l'heure, quand je me jetterai dans les absinthes pour me faire entrer leur parfum dans le corps, j'aurai conscience, contre tous les préjugés, d'accomplir une vérité qui est celle du soleil et sera aussi celle de ma mort. Dans un sens, c'est bien ma vie que je joue ici, une vie à goût de pierre chaude, pleine de soupirs de la mer et des cigales qui commencent à chanter mainte­nant. La brise est fraîche et le ciel bleu. J'aime cette vie avec abandon et veux en parler avec liberté: elle me donne l'orgueil de ma condition d'homme. Pourtant, on me l'a souvent dit : il n'y a pas de quoi être fier. Si, il y a de quoi: ce soleil, cette mer, mon cœur bondissant de jeunesse, mon corps au goût de sel et l'immense décor où la tendresse et la gloire se rencontrent dans le jaune et le bleu. C'est à conquérir cela qu'il me faut appliquer ma force et mes res­sources. Tout ici me laisse intact, je n'abandonne rien de moi-même, je ne revêts aucun masque: il me suffit d'apprendre patiemment la difficile science de vivre qui vaut bien tout leur savoir vivre.

Un peu avant midi, nous revenions par les ruines vers un petit café au bord du port. La tête retentissante des cymbales du soleil et des couleurs, quelle fraîche bienvenue que celle de la salle pleine d'ombre, du grand verre de menthe verte et glacée. Au-dehors, c'est la mer et la route ardente de Poussière. Assis devant la table, je tente de saisir entre mes cils battants l'éblouis­sement multicolore du ciel blanc de chaleur. Le visage mouillé de sueur, mais le corps frais dans la légère toile qui nous habille, nous étalons tous l'heureuse lassitude d'un jour de noces avec le monde.

On mange mal dans ce café, mais il y a beau­coup de fruits - surtout des pêches qu'on mange en Y mordant, de sorte que le jus en Coule sur le menton. Les dents refermées sur la pêche, j'écoute les grands coups de mon sang monter jusqu'aux oreilles, je regarde de tous mes yeux. Sur la mer, c'est le silence énorme de midi. Tout être beau a l'orgueil naturel de sa beauté et le monde aujourd'hui laisse son orgueil suinter de toutes parts. Devant lui, pourquoi nierais-je la joie de vivre, si je sais ne pas tout renfermer dans la joie de vivre? Il n'y a pas de honte à être heureux. Mais aujourd'hui l'imbécile est roi, et j'appelle imbécile celui qui a peur de jouir. On nous a tellement parlé de l'orgueil : vous savez, c'est le péché de Satan. Méfiance, criait-on, vous vous perdrez, et vos forces vives. Depuis, j'ai appris en effet qu'un certain orgueiL. Mais à d'autres moments, je ne peux m'empêcher de revendiquer l'orgueil de vivre que le monde tout entier conspire à me donner. A Tipasa, je vois équivaut à je crois, et je ne m'obstine pas à nier ce que ma main peut toucher et mes lèvres caresser. Je n'éprouve pas le besoin d'en faire une œuvre d'art, mais de raconter ce qui est différent. Tipasa m'apparaît comme ces per­sonnages qu'on décrit pour signifier indirecte­ment un point de vue sur le monde. Comme eu;x, elle témoigne, et virilement. Elle est aujour­d'hui mon personnage et il me semble qu'à le caresser et le décrire, mon ivresse n'aura plus de fin. Il y a un temps pour vivre et un temps pour témoigner de vivre. Il y a aussi un temps pour créer, ce qui est moins naturel. Il me suffit de vivre de tout mon corps et de témoigner de tout mon cœur. Vivre Tipasa, témoigner et l'œuvre d'art viendra ensuite. Il y a là une liberté.

Jamais je ne restais plus d'une journée à Tipasa. Il vient toujours un moment où l'on a trop vu un paysage, de même qu'il faut longtemps avant qu'on l'ait assez vu. Les mon­tagnes, le ciel, la mer sont comme des visages dont on découvre l'aridité ou la splendeur, à force de regarder au lieu de voir. Mais tout visage, pour être éloquent, doit subir un certain renouvellement. Et l'on se plaint d'être trop rapidement lassé quand il faudrait admirer que le monde nous paraisse nouveau pour avoir été seulement oublié.

Vers le soir, je regagnais une partie du parc plus ordonnée, arrangée en jardin, au bord de la route nationale. Au sortir du tumulte des parfums et du soleil, dans l'air maintenant rafraîchi par le soir, l'esprit s'y calmait, le corps détendu goûtait le silence intérieur qui naît de l'amour satisfait. Je m'étais assis sur un banc. Je regardais la campagne s'arrondir avec le jour. J'étais repu. Au-dessus de moi, un grenadier laissait pendre les boutons de ses fleurs, clos et

côtelés comme de petits poings fermés qui contiendraient tout l'espoir du printemps. Il y avait du romarin derrière moi et j'en percevais seulement le parfum d'alcool. Des collines s'encadraient entre les arbres et, plus loin encore, un liséré de mer au-dessus duquel le ciel, comme une voile en panne, reposait de toute sa tendresse. J'avais au cœur une joie étrange, celle-là même qui naît d'une conscience tranquille. Il y a un sentiment que connaissent les acteurs lors­qu'ils ont conscience d'avoir bien rempli leur rôle, c'est-à-dire, au sens le plus précis, d'avoir fait coïncider leurs gestes et ceux du personnage idéal qu'ils incarnent, d'être entrés en quelque sorte dans un dessin fait à l'avance et qu'ils ont d'un coup fait vivre et battre avec leur propre cœur. C'était précisément cela que je ressentais : j'avais bien joué mon rôle. J'avais fait mon métier d'homme et d'avoir connu la joie tout un long jour ne me semblait pas une réus­site exceptionnelle, mais l'accomplissement ému d'une condition qui, en certaines circonstances, nous fait un devoir d'être heureux. Nous retrou­vons alors une solitude, mais cette fois dans la satisfaction.

Maintenant, les arbres s'étaient peuplés d'oiseaux. La terre soupirait lentement avant d'entrer dans l'ombre. Tout à l'heure, avec la pre­mière étoile, la nuit tombera sur la scène du monde. Les dieux éclatants du jour retourneront à leur mort quotidienne. Mais d'autres dieux viendront. Et pour être plus sombres, leurs faces ravagées seront nées cependant dans le cœur de la terre.

A présent du moins, l’incessante éclosion des vagues sur le sable me parvenait à travers tout un espace où dansait un pollen doré. Mer, cam­pagne, silence, parfums de cette terre, je m’emplissais d’une vie odorante et je mordais dans le fruit déjà doré du monde, bouleversé de sen­tir son jus sucré et fort couler le long de mes lèvres. Non, ce n’était pas moi qui comptais, ni le monde, mais seulement l’accord et le silence qui de lui à moi faisait naître l’amour. Amour que je n’avais pas la faiblesse de revendiquer pour moi seul, conscient et orgueilleux de le partager avec toute une race, née du soleil et de la mer, vivante et savoureuse, qui puise sa grandeur dans sa simplicité et debout sur les plages, adresse son sourire complice au sourire éclatant de ses ciels.

 

 

 

ALBERT  CAMUS

 

 

 

Quelques vues de Tipasa 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Stèle à Tipasa avec cette magnifique phrase de Camus :

 

 

 " Je comprends ici ce qu'on appelle gloire,

le droit d'aimer sans mesure. "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

( Source photos internet ) 

 

 

Repost0

Présentation

  • : BONHEUR DE LIRE
  •                       BONHEUR DE LIRE
  • : BLOC D'UN COUPLE PASSIONNE DE LIVRES, ART , HISTOIRE, LITTERATURE ET COLLECTIONNEURS DE MARQUE-PAGES.
  • Contact

             

  

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Recherche

Texte Libre

*** Phrases diverses ***