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7 février 2019 4 07 /02 /février /2019 20:49
Marcel Proust à 20 ans de Jean-Pascal Mahieu (Au Diable Vauvert)

Marcel Proust à 20 ans : le temps de la recherche 

de Jean-Pascal Mahieu

(Au Diable Vauvert - collection "à 20 ans" - janvier 2010 - 150 pages)

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Né le 10 juillet 1871 à Auteuil, Marcel Proust a 18 ans en 1889, quand il s'engage volontaire pour un an dans l'armée. Ainsi, il s'éloigne de sa mère qui l'a tant couvé jusque là. Mais il est asthmatique, bien peu sportif et son écriture est notée tellement alambiquée que l'armée n'a rien à faire d'un tel homme, en plus affable et poli. Là n'est pas son univers.

 

Marcel inquiète ses parents car il pratique la masturbation et plus encore il se révèle homosexuel. Et puis, il rêve de littérature alors que ses parents lui imposent un cursus de droit à son retour de l'armée. Il accepte contraint et forcé. Mais les Weil, du côté de sa mère Jeanne, sont riches et il espère bien vivre de ses rentes pour avoir le temps d'écrire.

Il sort beaucoup à Paris et rencontre chez Madame de Caillavet, Anatole France (1844-1924) dont il aime les livres. France est amant de son hôte.

 

Anatole France

Anatole France

Chez Madame Strauss il rencontre Charles Haas qui prendra les traits de Swann plus tard. La comtesse de Chevigné, elle, deviendra Madame de Guermantes. Montesquieu sera Charlus...

 

Marcel fonde une revue en 1891, à 21 ans, "Le banquet" avec des amis. Il est alors en deuxième année de droit.

Marcel Proust à 20 ans de Jean-Pascal Mahieu (Au Diable Vauvert)

Trouville et Cabourg l'accueillent l'été Et il confirme par ses notes qu'il déteste le droit. et à 22 ans, il opte pour une licence de lettres contrariant une nouvelle fois son père.

 

En octobre 1894 éclate l'affaire Dreyfus. Marcel se montre tout de suite dreyfusard.

C'est le moment où il rencontre Reynaldo Hahn et il publie un premier livre "Les plaisirs et les jours" au Mercure de France, qui regroupe des nouvelles, des poèmes, des portraits et des pastiches.

 

Marcel Proust à 20 ans de Jean-Pascal Mahieu (Au Diable Vauvert)

Sa liaison avec Reynaldo Hahn dure deux ans puis il s'éprend de Lucien Daudet, le fils d'Alphonse Daudet.

Et il crée son propre salon chez ses parents, ce qu'ils n'apprécient guère d'autant qu'ils craignent des affrontements entre "ennemis" qu'il invite.

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Le sous-titre du livre : "Le temps de la recherche" montre bien l'esprit de Marcel Proust dans cette décennie des années 90 de ses 20 ans. Il se "cherche" et rencontre la majorité de ceux et celles qu'il fera apparaître dans son "grand oeuvre" : "A la recherche du temps perdu".

Pendant ces 150 pages, on se sent au plus proche du jeune écrivain et on voit tout se mettre en place.

Ce livre n'apprendra pas grand chose aux "proustiens" aguerris. Par contre, il sera passionnant à lire pour tous ceux qui veulent approcher Proust et en savoir plus sur la genèse de son oeuvre dans le Paris "mondain" de la fin du XIXe siècle.

Bonne lecture,

Denis

Marcel Proust par Jacques-Emile Blanche (1892)

Marcel Proust par Jacques-Emile Blanche (1892)

Marcel Proust à 20 ans de Jean-Pascal Mahieu (Au Diable Vauvert)
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21 janvier 2019 1 21 /01 /janvier /2019 17:35
Heinrich Heine : Recueil Nouveaux Poèmes (Poésie/Gallimard)

Nouveaux poèmes de Heinrich Heine

(Poésie / Gallimard - 333 pages - 1998)

Edition de Gerhard Höhn

Traduction de l'allemand par Anne-Sophie Astrup et Jean Guégan

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Heinrich Heine est né en 1797 à Düsseldorf. Il publie ses premiers poèmes en 1817 et obtient à Göttingen le titre de docteur en droit en 1825 et rencontre Goethe.

En 1825, d'origine juive il se convertit au protestantisme et change son prénom Harry en Heinrich.

Il voyage beaucoup pendant ses années de jeunesse : Angleterre, Italie, France.

A partir de 1831, il devient correspondant pour la presse allemande et il publie régulièrement des poèmes dans des recueils qu'il nomme "Salons", des "Tableaux de voyages"... et se marie en 1834 avec Eugénie Mirat, appelée "Mathilde". Il intègre le mouvement libéral progressiste de la "Jeune Allemagne" et se voit interdire tous ses textes considérés comme subversifs.

Il se lie d'amitié avec Karl Marx et Friedrich Engels avant de souffrir d'une paralysie progressive à partir de 1845 et vit en France. Il ne quitte plus son lit en 1848 et meurt à Paris le 17 février 1856.

Théophile Gauthier et Alexandre Dumas père, entre autres, assistent à son enterrement au cimetière Montmartre.

Heinrich Heine est considéré comme l'un des plus grands poètes allemands du XIXe siècle.

 

Son recueil "Nouveaux poèmes" se décompose comme suit :

- Nouveau printemps (44 poèmes)

- Quelques autres (13 poèmes)

- Romances (23 poèmes)

- A propos d'Ollea (10 poèmes)

- Poèmes actuels (24 poèmes)

Soit au total 114 poèmes dont les thèmes principaux sont l'Amour, l'Histoire et la Politique.

 

Voyage d'une vie (Poème X de "Poèmes actuels)

Rires et chansons ! Les lumières du soleil
Etincellent et bondissent. Les vagues balancent
La barque joyeuses. Je m'y trouvais
Avec de bons amis, j'avais le cœur léger.

La barque s'est brisée en mille morceaux,
Les amis n'étaient pas bons nageurs,
Ils ont sombré dans la patrie ;
Moi, la tempête m’a rejeté sur la berge de la Seine.

J’ai embarqué sur un nouveau navire,
Avec d'autres compagnons ; les flots étrangers
M'ont balancé, bercé de-ci, de-là –
Comme mon pays est loin, et que mon cœur est lourd !

Et à nouveau, on chante, on rit - 
Le vent siffle, les planches craquent –
Au ciel s'éteint l'ultime étoile –
Comme mon cœur est lourd, que mon pays est loin !

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Bonne lecture et n'hésitez pas à découvrir les poèmes de Heinrich Heine.

Denis

Heinrich Heine : Recueil Nouveaux Poèmes (Poésie/Gallimard)
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15 janvier 2019 2 15 /01 /janvier /2019 20:01
Chronologie politique du XIXe siècle
Proclamation de la 3ème république

Proclamation de la 3ème république

Pour bien se repérer dans les grandes périodes du XIXe siècle, entre Empire, Monarchie et République, il n'est pas inutile de se les remémorer :

CHRONOLOGIE DU XIXe SIECLE :

1799 / 1804 : Consulat dirigé par le premier consul Napoléon Bonaparte (Les 2e et 3e consuls n'ont pas de réel pouvoir : Jacques-Régis Cambacérès et Charles-François Lebrun)

1804 - 1814 : 1er empire : Napoléon Bonaparte (Napoléon 1er)

1814 - 1815 : 1ère restauration : Louis XVIII

1815 :             Les Cent jours : Napoléon Bonaparte

1815 - 1830 : (Napoléon II :fils de Napoléon Bonaparte et de Marie-Louise d'Autriche - règne de deux semaines. Il a alors 4 ans)

                        2ème restauration : Louis XVIII de 1815 à 1824

                                                          Charles X  de 1824 à 1830

1830 - 1848 : Monarchie de Juillet : Louis-Philippe 1er

1848 - 1851 : 2ème république : Louis Napoléon Bonaparte

1851 - 1870 : 2ème empire : Louis Napoléon Bonaparte (Napoléon III)

1870 - 1940 : 3ème république

                      Adolphe Tiers : 1871 - 1873

                      Edmé-Patrice de Mac-Mahon : 1873 - 1879

                      Jules Grévy : 1879 - 1887

                      Sadi Carnot : 1887 - 1894

                      Jean Casimir-Perier : 1894 - 1895

                      Felix Faure : 1895 - 1899

                      Emile Loubet : 1899 - 1906  etc... jusqu'en 1945

 

Pour retrouver tous les détails année par année : e-chronologie.org

Et pour retrouver leurs "visages" :

http://paris1900.lartnouveau.com/documents/rois_et_dirigeants_19_siecle.htm

 

Denis

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13 janvier 2019 7 13 /01 /janvier /2019 17:40
La poésie française du XIXe siècle de Dominique Rincé (PUF - Que sais-je?)

La poésie française du XIXe siècle de Dominique Rincé

(PUF - Que sais-je? - 125 pages - septembre 1983)

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Cette collection devenue "mythique" permet d'apporter un éclairage en 125 pages sur tous les thèmes possibles et imaginables.

Ce livre fait ainsi le tour de la poésie du XIXe siècle autour de deux grands axes et courants littéraires :

- L'âge romantique (1820-1850) : Lamartine, Musset, Vigny, Hugo et Nerval

 

- L'âge de la contestation poétique (1850-1900) :

        a) La contestation parnassienne : Leconte de Lisle, Heredia, Sully Prudhomme (premier prix  Nobel de Littérature), Banville

 

          b) Le renouveau baudelairien

 

          c) Symbolisme et modernité : Lautréamont, Rimbaud, Verlaine, Mallarmé, Laforgue

 

Voilà un bon canevas de lecture de la poésie de ce siècle qui a su mettre ainsi la mettre à l'honneur.

 

Je ne peux résister à l'idée de reproduire ici une partie de la conclusion qui résume brillamment l'esprit des poètes du XIXe siècle :

Lyrique chez Lamartine, intimiste chez Verlaine, sérieuse chez Leconte de Lisle ou Moréas, mythique chez Nerval ou Hugo, dramatique chez Vigny ou Baudelaire, désinvolte chez Musset ou Laforgue, fantastique chez Lautréamont, expérimentale chez Rimbaud ou Mallarmé, la poésie du XIXe siècle aura épuisé tous les registres, tous les tons et toutes les formes qui s'offraient à elle. On pourra lui reprocher de n'avoir pas toujours échappé aux vieux démons du didactisme et de l'esthétisme gratuit, ou de s'être laissé tenter parfois par de nouveaux démons, q'ils s'appellent facilité ou hermétisme. Qu'importe ! Ce qui s'affirme durant tout le siècle, c'est l'essentialité de la parole poétique. (page 125)

Tout ou presque est dit dans cette phrase.

 

Il reste bien sûr à lire de la poésie pour se faire sa propre opinion et prendre du plaisir de lecture en priorité dans ce siècle foisonnant.

 

Je me ferai l'écho de mes lectures au fil de mes "rencontres" avec des poètes.

 

J'ai commencé hier avec un des précurseurs : Alphonse de Lamartine.

 

Je ne me limiterai pas aux poètes français. Byron, Heine, Lermontov, Maeterlinck ou Verhaeren entre autres ont écrit également des textes marquants.

 

A suivre...

Bonne lecture,

Denis

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12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 17:59
Poèmes du XIXe siècle : A une fleur séchée dans un album d'Alphonse de Lamartine

À une fleur séchée dans un album

Il m'en souvient, c'était aux plages 
Où m'attire un ciel du Midi, 
Ciel sans souillure et sans orages, 
Où j'aspirais sous les feuillages 
Les parfums d'un air attiédi.

Une mer qu'aucun bord n'arrête 
S'étendait bleue à l'horizon ; 
L'oranger, cet arbre de fête, 
Neigeait par moments sur ma tête ; 
Des odeurs montaient du gazon.

Tu croissais près d'une colonne 
D'un temple écrasé par le temps ; 
Tu lui faisais une couronne, 
Tu parais son tronc monotone 
Avec tes chapiteaux flottants ;

Fleur qui décores la ruine 
Sans un regard pour t'admirer ! 
Je cueillis ta blanche étamine, 
Et j'emportai sur ma poitrine 
Tes parfums pour les respirer.

Aujourd'hui, ciel, temple, rivage, 
Tout a disparu sans retour : 
Ton parfum est dans le nuage, 
Et je trouve, en tournant la page, 
La trace morte d'un beau jour !

Alphonse de Lamartine.

Recueil : Méditations poétiques (1820).

 

Texte de présentation (site poetes.com)

Les Méditations poétiques ont été publiées en 1820. Ces vingt-quatre pièces furent créées entre 1815 et 1820 et constituaient une sorte de journal intime des expériences vécues ces années-là par le poète, expériences dont la plus célèbre fut inspirée par Julie Charles, la femme évoquée par Lamartine dans Le Lac. À l'origine, les Méditations eurent un tel succès, en particulier au sein des milieux catholiques, qu'en moins d'un an sept éditions en furent faites. Même le roi de France et quelques-uns de ses ministres, Talleyrand notamment, en récitaient les vers. Au plan historique, l'importance de ce petit livre est également considérable, et il n'est pas inutile de rappeler que plusieurs lecteurs et critiques ont reconnu, dans les Méditations, la première oeuvre, avec celles de Chateaubriand, pleinement romantique de la littérature française.


Mais à quoi, justement, tient ce caractère romantique?


Rappelons d'abord que le poète, chez Lamartine, est un être seul, isolé, plus près de Dieu et de la Nature que de ses frères humains. Ajoutons que ce poète souffre d'une mélancolie, d'une maladie de l'âme qui annonce le Mal du siècle de Musset ou le spleen baudelairien. Il n'est pas non plus indifférent de noter que les épanchements de Lamartine - ceux qu'on entend dans Le Lac, L'Automne ou Le Vallon - ont cette qualité proprement romantique d'êtres nés de son expérience la plus intime, la plus personnelle, mais d'avoir en même temps pu rejoindre des générations entières de lecteurs où chacun prend cette expérience comme la sienne.


Parfois le style de Lamartine est emphatique, parfois aussi ses plaintes sont trop appuyées pour qu'on les sente parfaitement authentiques, mais n'est-ce pas justement ce sens de l'excès qui, au-delà de tout le reste, fait des Méditations l'un des recueils les plus typiquement romantiques qui soient ?

 

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Lamartine n'est plus un auteur beaucoup lu mais il symbolise réellement le romantisme poétique. Il fut un "précurseur" de l'éclosion de la poésie du XIXe siècle. Hugo, Nerval, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Mallarmé, Lautréamont et beaucoup d'autres lui succéderont. 

 

Ce siècle est riche en littérature et la poésie y tient une grande place. Je m'en ferai l'écho tout au long de cette année.

 

Un beau texte que celui-ci, issu de ses "Méditations poétiques". il publiera de "Nouvelles Méditations poétiques" en 1823.

 

"Le lac" est sans doute sa méditation la plus connue que l'on peut écouter ci-dessous, lu par Maria Casares.

 

Bonne lecture,

Denis

Poèmes du XIXe siècle : A une fleur séchée dans un album d'Alphonse de Lamartine
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10 janvier 2019 4 10 /01 /janvier /2019 17:47
Shoot : 2 - Businessman Mytho d'Iza de Gisse (Les Indés)

Shoot : 2 - Businessman Mytho d'Iza de Gisse

(Les Indés - 304 pages - 2017)

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J'avais lu avec beaucoup d'intérêt le premier tome de Shoot, publié à l'époque chez La Bourdonnaye et republié chez le nouvel éditeur d'Iza de Gisse, Les Indés.

On retrouve ici, toujours en 1994, Benjamin et Bruno, et le sous-titre montre que leur "aventure" autour de la drogue entend prendre un tournant "professionnel" !

Aux abords de Noël 1994, Benjamin dit Pape, sous les ordres de Bruno, l'accompagne par deux fois à Rotterdam pour y aller chercher de la drogue qu'ils dissimulent dans leur fondement. La seconde fois qui est la veille de Noël, l'affaire se complique sérieusement. Leur voiture est volée et ils sont suivis par des malfrats.  

Pape se défonce plus que jamais pour éviter la panique. Ils se séparent et finissent par se retrouver pendant leur cavale plutôt rocambolesque. Enfin ils arrivent à la gare du Nord et doivent encore se séparer pour éviter d’être arrêtés ce qui serait synonyme de prison.


Ils se revoient un peu plus tard puis Bruno ne donne plus aucun signe à Pape.

En rentrant chez sa mère il voit une jeune fille de quinze ans Nina plutôt désespérée. Il l'invite chez lui ce qui facilitera son retour à la maison et éviter les cris de sa mère.
Le lendemain, jour de Noël, Nina appelle Sixtine qui vient la chercher. Et elles l'embarquent pour une promenade à la mer. 
Benjamin a apprécié cette virée et se sent l'envie de revoir Sixtine.


Il n'a pas revu Bruno depuis une semaine. Il a vendu un peu de came à ses « poteaux », dont Kevin avec qui il s'entend le mieux. On est à la veille du premier janvier et enfin Bruno réapparaît furtivement lui donnant rendez vous le soir à 20 heures.
 

Sera-t-il au rendez-vous et Pape a-t-il un avenir avec Bruno? Son indécision continuelle le fait osciller entre l'envie de tout arrêter et de se "désintoxiquer" au besoin avec l'aide d'un service médical ou l'envie de continuer malgré les dangers, surtout qu'une "rumeur" dans le quartier où vit et sévit Pape pourrait faire penser que la police est sur leur trace.

 

Ces retrouvailles m'ont toujours autant intéressé car on entre dans la vie de Pape de plein pied, avec toujours ces phrases en italiques qui viennent régulièrement nous dire ce que son "subconscient" lui propose comme thème de réflexion. Et quand on est "en dehors" du contexte, on s'immerge dans cet univers. Le lecteur aurait envie d'intervenir pour demander à Benjamin de se prendre en main. Nina et Sixtine lui ont donné des issues de sortie. Saura-t-il les prendre?

 

Une nouvelle belle lecture d'une auteure au style limpide, structuré et qui embarque le lecteur dans ces aventures sordides de types paumés mais attachants malgré tout.

Merci à Anne des éditions "Les Indés" de m'avoir adressé ce livre sur conseil de l'auteure.

Bonne lecture,

Denis

Shoot : 2 - Businessman Mytho d'Iza de Gisse (Les Indés)
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8 janvier 2019 2 08 /01 /janvier /2019 16:38
La carte du souvenir et de l'espoir de Jennifer Zeynab Joukhadar (Les Escales)

La carte du souvenir et de l'espoir de Jennifer Zeynab Joukhadar

(Les Escales - 424 pages - Octobre 2018)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Séverine Gupta

Titre original : The Map of Salt and Stars (New York - 2018)

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Un premier roman d'une auteure américano-syrienne, nouvelliste et ancienne chercheuse scientifique, très prometteuse.

 

Ses origines imprègnent le roman puisque l'héroïne principale, la narratrice, Nour est née aux Etats-Unis d'une famille syrienne.

 

Suite à la mort de Baba le père, la mère (Mama) et ses trois filles : Nour, Zahra et Houda quittent en 2011 New York pour rentrer au "pays", la Syrie et plus spécialement à Homs qui se trouve être au même temps en guerre. Les retrouvailles familiales sombrent aussitôt dans le cahot. La maison d'Abou Sayyid est détruite et il faut fuir au plus vite ce pays à peine retrouvé.

 

Nour est encore une enfant et elle porte en elle la fabuleuse histoire que lui racontait Baba, celle de Rawiya, née à Benzu, non loin de Ceuta au XIIe siècle. Il se trouve qu'elle va suivre le même itinéraire d'errance à quelques siècles de distance que celui que va suivre Nour avec sa famille.

 

Le contexte n'était pas le même. Autant c'est la guerre qui conduit Nour à parcourir une partie du monde, autant c'était la science géographique qui a conduit Rawiya à quitter sa famille pour se faire passer pour un garçon, Rami et rejoindre le grand géographe de l'époque, Al-Idrisi. Cet éminent savant a été missionné par Roger II, normand devenu roi de Sicile à Palerme, pour cartographier le Moyen Orient et l'Afrique du Nord.

 

Mama est également cartographe, Al-Idrisi est aussi un savant, passionné par les pierres. On sent donc ces résonances à distance. Le livre se construit ainsi par un comparatif du voyage au XIVe siècle et celui de 2011 dans les pays traversés : Syrie, Jordanie, Egypte, Libye, Algérie, Maroc pour arriver à Ceuta, cette ville espagnole enclavée dans le Maroc, berceau de Ramiya et de membres de la famille de Nour.

 

Les aventures de Rawiya ont un côté fantastique car elle réussit à dompter des animaux gigantesques et destructeurs : deux rocs et des serpents, sauvant ainsi Al-Idrisi et lui permettant de réussir sa mission géographique. Le poète Khaldoun s'est intégré à l'équipe au cours du voyage.

 

Le voyage de Nour et sa famille est bien compliquée aussi car en 2011, la Syrie, l'Egypte et la Libye sont en plein conflit suite au "printemps arabe" qui a débuté fin 2010.

 

On oscille ainsi entre géographie, histoire, réalité et fiction. Al-Idrisi, le roi Roger et Khaldou ont réellement existé. L'auteure nous le rappelle dans une note de fin de roman.

 

Nous avons ainsi affaire à un roman de grande envergure, merveilleusement bien mené par l'auteure, très inspirée, qui sait nous captiver.

 

Un seul bémol, la fin devient une "belle romance". Mais après avoir vécu de telles souffrances dans ces voyages - quêtes, l'amour doit pouvoir récompenser les survivants à ces épopées ! Ce n'est pas dans ce ton-là que j'aime les scènes de "retrouvailles", mais bon, on peut pardonner une trentaine de pages quand les 400 autres ont été si bien conduites avec un style impeccable.

 

A lire donc assurément.

Merci à Nadia de m'avoir envoyé ce service de presse pour le compte des Editions Les Escales.

Bonne lecture,

Denis

 

La carte du souvenir et de l'espoir de Jennifer Zeynab Joukhadar (Les Escales)
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1 janvier 2019 2 01 /01 /janvier /2019 11:38
L'invitation au voyage de Charles Baudelaire

L’Invitation au Voyage

Charles Baudelaire

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Charles Baudelaire

L'invitation au voyage de Charles Baudelaire
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31 décembre 2018 1 31 /12 /décembre /2018 17:43
Arthur Rimbaud - Paul Verlaine : Un concert d'enfers (Gallimard - Quarto)

Arthur Rimbaud - Paul Verlaine : un concert d'enfers (Vies et poésie)

Quarto - Gallimard - 1856 pages - février 2017

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Présentation de l'éditeur :

Lorsque le jeune Verlaine appelle à lui l'enfant sauvage des Ardennes – «Venez, chère grande âme, on vous appelle, on vous attend» –, sait-il qu'il va provoquer un de ces chocs dont la violence fera voler en éclats les résolutions sur lesquelles l'auteur des Fêtes galantes voudrait établir l'équilibre de sa vie personnelle, littéraire et publique? Rimbaud ange exterminateur – ange dominateur? – rompt les conventions, brise les âmes, sépare les époux, de même qu'au centre des cercles littéraires les moins académiques où il paraît, il inspire autant de fascination que de répulsion. 
Rimbaud-Verlaine, c'est un dialogue séminal attisé par le désir, qu'attestent Romances sans paroles et les poèmes rimbaldiens de 1872 ; un concert de voix que reprend Une saison en enfer ; un air entêté, et désormais distancié, qui se prolonge aussi dans certains textes des Illuminations. De l'un à l'autre passent des fragments de vues et des fragments de vie, tous voués à réorchestrer selon d'autres lois le dire poétique et les formes de la figuration lyrique. 
Il nous a semblé que cette aventure à deux, tantôt à l'unisson et tantôt discordante, assoiffée toujours d'une «nouvelle harmonie» et consacrée sans cesse à l'invention d'un «concert d'enfers», méritait d'être offerte d'un seul tenant, en un volume qui rassemble les œuvres de l'un et l'autre et qui rende plus net encore, dans le jeu de l'entre-lecture et l'entre-écriture, ce même désir d'émancipation du langage dans l'espoir de dynamiter l'ennui.

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Mon épouse, Fabienne, m'a offert ce très volumineux ouvrage pour ce Noël 2018.

Plus que jamais ce livre arrive au bon moment car je vais consacrer l'année 2019 à lire prioritairement des livres qui vont s'attacher au XIXe siècle, tout comme l'an dernier je l'ai consacrée pour une bonne part au XVIIIe siècle.

La poésie fait bien sûr partie de cette approche thématique et Rimbaud, Verlaine comme Baudelaire ou Mallarmé sont les poètes incontournables à lire.

Il faut se rappeler que la poésie a eu son heure de gloire tout au long du XIXe siècle. Il est bien dommage qu'elle ait disparu (ou presque) du champ littéraire depuis quelques décennies.

Le grand intérêt de ce livre, c'est de rapprocher et entrecroiser la biographie et l'oeuvre de ces enfants terribles.

Pour se mettre en appétit :

 

Voyelles

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d’ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
— O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

Arthur Rimbaud

 

À Victor Hugo


Recueil : Amour (1888).

(En lui envoyant « Sagesse »)

Nul parmi vos flatteurs d'aujourd'hui n'a connu
Mieux que moi la fierté d'admirer votre gloire :
Votre nom m'enivrait comme un nom de victoire,
Votre œuvre, je l'aimais d'un amour ingénu.

Depuis, la Vérité m'a mis le monde à nu.
J'aime Dieu, son Église, et ma vie est de croire
Tout ce que vous tenez, hélas ! pour dérisoire,
Et j'abhorre en vos vers le Serpent reconnu.

J'ai changé. Comme vous. Mais d'une autre manière.
Tout petit que je suis j'avais aussi le droit
D'une évolution, la bonne, la dernière.

Or, je sais la louange, ô maître, que vous doit
L'enthousiasme ancien ; la voici franche, pleine,
Car vous me fûtes doux en des heures de peine.

Paul Verlaine.

Arthur Rimbaud - Paul Verlaine : Un concert d'enfers (Gallimard - Quarto)
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23 décembre 2018 7 23 /12 /décembre /2018 17:22
Rencontre entre André Gide et Marcel Proust (racontée dans le journal de Gide)

André Gide (1869 - 1951) parle régulièrement de Marcel Proust (1871 - 1922) dans son journal, dont voici quelques fragments sur la rencontre entre les deux hommes :

14 mai 1921 : Passé avec Proust une heure de la soirée d'hier. Depuis quatre jours il envoie chaque soir une auto pour me prendre, mais qui chaque soir m'a manqué... Hier, comme précédemment je lui avais dit que je ne pensais pas être libre, il s'apprêtait à sortir, ayant pris rendez-vous au dehors. Il dit ne s'être pas levé depuis longtemps. Bien que, dans la chambre où il me reçoit, l'on étouffe, il grelotte ; il vient de quitter une autre pièce beaucoup plus chaude où il est en nage ; il se plaint que sa vie ne soit plus qu'une lente agonie et bien que s'étant mis, dès mon arrivée, à me parler de l'uranisme, il s'interrompt pour me demander si je peux lui donner quelques clartés sur l’enseignement de l’Évangile, dont je ne sais qui lui a redit que je parlais particulièrement bien. Il espère y trouver quelque soutien et soulagement à ses maux, qu'il me peint longuement comme atroces. Il est gras, ou plutôt bouffi ; il me rappelle un peu Jean Lorrain. Je lui apporte "Corydon" dont il me promet de ne parler à personne ; et comme je lui dis quelques mots de mes Mémoires : "Vous pouvez tout raconter,s'écrit-il ; mais à condition de ne jamais dire : "je". Ce qui ne fait pas mon affaire"...

 

Mercredi : Hier soir, j'allais monter me coucher lorsque retentit un coup de sonnette. C'est le chauffeur de Proust, le mari de Céleste, qui me rapporte l'exemplaire de "Corydon" que je prêtais à Proust le 13 mai, et qui me propose de m'emmener, car Proust va un peu mieux et me fait dire qu'il peut me recevoir, si toutefois cela ne me dérange pas de venir.(...) Longtemps j'ai pu douter si Proust ne jouait pas un peu de sa maladie pour protéger son travail (ce qui me paraissait très légitime) ; mais hier, et déjà l'autre jour, j'ai pu me convaincre qu'il était réellement très souffrant. Il dit rester des heures durant sans même pouvoir remuer la tête ; il reste couché tout le jour, et de longues suites de jours. Par instants il promène le long des ailes du nez le tranchant d'une main qui paraît morte, aux doigts bizarrement raides et écartés et rien n'est plus impressionnant que ce geste maniaque et gauche, qui semble un geste d'animal ou de fou. (...) Il dit se reprocher cette "indécision" qui l'a fait, pour nourrir la partie hétérosexuelle de son livre, transposer "à l'ombre des jeunes filles" tout ce que ses souvenirs homosexuels lui proposaient de gracieux, de tendre et de charmant, de sorte qu'il ne lui reste plus pour "Sodome" que du grotesque et de l'abject. (...) Ce qui l'attire ce n'est presque jamais la beauté et qu'il estime qu'elle n'a que peu à voir avec le désir et que, pour ce qui est de la jeunesse, c'était ce qu'il pouvait le plus aisément transposer.

(Journal - tome 1 - Gallimard -Bibliothèque de la Pléiade 1951)

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