Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 10:46
Illustration par Marjolaine Fillon      http://marjolainefillon.blogspot.com/

Illustration par Marjolaine Fillon http://marjolainefillon.blogspot.com/

                   Le bateau ivre



Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’oeil niais des falots !

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sûres,
L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
– Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux…

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d’azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
– Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,
Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !

Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

Arthur Rimbaud, Poésies (1871?)

(Texte sur Internet :  https://www.poetica.fr/poeme-1906/arthur-rimbaud-le-bateau-ivre/ )

 

-----------------------------------------

On ne connait que trop ce poème qu'il fallait apprendre par coeur !! mais on ne se lasse pas de lire et relire pour "s'enivrer" des mots de Rimbaud.

Le poème est écrit au moment où Rmbaud arrive à Paris en septembre 1871.

C'est un poème débridé qui ne répond à aucune norme "poétique". Est-il utile de tout comprendre dans un tel poème tellement riche et foisonnant d'images?

 Il faut à mon sens réellement se laisser porter par les mots.

Je vous renvoie à ce site qui donne des idées d'interprétation du poème :

http://rimbaudexplique.free.fr/poemes/bateau.html

Merci à Marjolaine Fillon de m'avoir autorisé à illustrer ce poème avec ses illustrations.

Denis

Le bateau ivre d'Arthur Rimbaud
Repost0
21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 21:03
Le monde n'existe pas de Fabrice Humbert (Gallimard)

Je viens de terminer la lecture " Le monde n'existe pas " de Fabrice Humbert, un thriller entre fiction et réalité, racontant la violence à l'âge des Fake News.


Digne d'une série Américaine, Fabrice Humbert nous transporte à New - York où sur les écrans de Times Square , Adam Vollman, journaliste au New Yorker, croît reconnaître celui qui fût 20 ans au paravant son grand amour : Ethan Shaw.
Celui - ci est recherché pour le viol et l'assassinat d'une jeune Mexicaine de 16 ans.


Adam ne veut pas y croire et il va retourner enquêter à Drysden, où ils se sont connus.
Mais à mesure qu’il se confronte au passé, toutes ses certitudes vacillent...
Roman haletant et réflexion virtuose sur la puissance du récit.
" Le monde n’existe pas " interroge jusqu'au vertige une société aveuglée par le mensonge, où réalité et fiction ne font qu'un.

Un livre que je vous conseille vivement tant pour l'écriture et la façon dont il a été conçu, et j'avoue avoir beaucoup aimé ce mélange entre réalité et fiction qui donne au roman une toute autre dimension.


Beaucoup aimé.


Je suis fidèle à ses romans depuis le début et vraiment là je suis stupéfaite par l'écriture de ce livre.

Fabienne

Le monde n'existe pas de Fabrice Humbert (Gallimard)

Photo prise lors de notre rencontre en février 2020 au Havre à la librairie "Au fil des pages"

Repost0
21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 16:56
Ophélie - poème d'Arthur Rimbaud

Ophélie

I

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
– On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
– Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

II

Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!
– C’est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté;

C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d’étranges bruits;
Que ton cœur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits;

C’est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;
C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux !

Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
– Et l’infini terrible effara ton oeil bleu !

III

– Et le poète dit qu’aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

Arthur Rimbaud, Recueil de Douai

 

PS : Ophélie s'écrit ici Ophélia, orthographe souvent employée par les poètes. C'est également le nom exact du personnage dans la tragédie de Shakespeare

 

Ce poème est également tiré du "recueil de Douai" (ou encore appelé "Recueil Demeny"), comme "Au cabaret-vert", présenté ici il y a deux jours.

Bonne lecture,

Denis

 

Repost0
19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 16:27

Au Cabaret Vert, cinq heures du soir


Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi.
– Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. – Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

– Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure ! –
Rieuse, m’apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
D’ail, – et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

Arthur Rimbaud, Cahiers de Douai

(Octobre 1970)

(Le Cabaret Vert fait référence au Cabaret de Charleroi, La Maison Verte)

 

Ce poème fait partie d'un recueil de 22 poèmes écrits en 1870, écrits sur des feuilles volantes (et non dans un ou des cahiers que Rimbaud a remis à Paul Demeny, d'où l'appellation également de "Cahiers ou Recueil Demeny".

Ce poème est l'an dernier du recueil, le dernier étant le très célèbre "Le Dormeur du Val"

(Informations tirées du Quarto-Gallimard Arthur Rimbaud : Un concert d'enfer que j'ai présenté sur le blog).

Bonne lecture,

Denis

Au Cabaret Vert, cinq heures du soir - Poème d'Arthur Rimbaud
Repost0
12 mars 2020 4 12 /03 /mars /2020 17:06
Citation de Virginia Woolf sur l'amour des livres

Repost0
2 mars 2020 1 02 /03 /mars /2020 17:58
Tu me vertiges de Florence M.-Forsythe (Le Passeur)

Tu me vertiges : l'amour interdit de Maria Casarès et Albert Camus

de Florence M.-Forsythe (roman)

(Le Passeur - Poche - avril 2018 - 437 pages)

Première édition : Le Passeur - 2017

-----------------------------

Florence M.-Forsythe, actrice et metteur en scène, a été une grande amie de Maria Casarès. C'est donc "de l'intérieur" qu'elle restitue ici le grand amour de Camus et Casarès, sous forme romanesque tout en restant très prêt des grands moments qu'ils ont vécu ensemble entre 1944 et 1960, année de décès d'Albert Camus.

Ironie de l'histoire, Camus et Casarès débutent leur amour à Paris le 6 juin 1944 ! Leur passion commune pour le théâtre les a réunis ce soir-là chez Charles Dullin et Camus propose à Maria de la raccompagner jusque chez elle. Ils vont alors vivre la libération puis la fin définitive de la guerre en se voyant régulièrement.

Maria est libre de toute attache, par contre Camus est marié à Francine. Après la guerre, elle rentre en France et reprend sa place auprès de son mari et le 5 septembre 1945, Catherine et Jean, jumeaux naissent. Le jour même, Maria dit à Camus qu'elle arrête sa relation avec lui : 

"Nous avons vécu une très belle histoire. Intense, mais c'était la guerre. Et maintenant, elle est terminée et la réalité nous rattrape. Moi, j'ai ma vie à faire... On s'est rapprochés par ce que l'on partage et par une attirance réelle. (...) Mais laisse-moi libre d'aller. Puis, le regardant à nouveau : je dois construire ma vie, aller de l'avant." (page 281-282)

Et puis le 6 juin 1948, soit exactement 4 ans après le début de leur amour, elle descend le boulevard Saint-Michel et croise Albert camus et leur amour reprend pour ne plus s'arrêter jusqu'à l'accident du 4 janvier 1960.

L'auteure s'est attachée à détailler leurs deux premières années de leur "amour interdit" (les 2/3 du roman) et va beaucoup plus vite sur les années 1948-1960 (le dernier tiers et aussi la dernière partie intitulée "l'amour un peu plus loin").

Il est certain que Camus n'a jamais voulu quitter définitivement son épouse, dépressive, qui souffrait en silence de cet amour et l'écrivain en avait conscience. Maria le comprenait aussi et a accepté, comme lui, cet amour fugitif. On sait à présent qu'ils se sont beaucoup écrit tout au long de ces années, depuis que leur volumineuse correspondance a été publiée par Catherine Camus.

Les deux livres se répondent. La correspondance comble les absences, pendant que le roman raconte leurs nombreuses rencontres et retrouvailles.

Le théâtre a réellement été au cœur de leur vie sociale et intime. Maria a joué les pièces de Camus.

Au début, c'est Maria encore très jeune (1922-1996), 22 ans lors de leur rencontre tandis que Camus avait déjà publié des livres importants dont "'L'étranger" et "Le mythe de Sisyphe" en 1942, qui a vraiment besoin de ses conseils et de sa force intellectuelle. Il a été alors un guide pour Maria.

Et puis, pour Camus, les années 1950 lui ont été très pénibles : brouille définitive avec Sartre en 1951/1952 au sujet de "L'homme révolté", début de la guerre d'Algérie, santé chancelante et tarissement littéraire. Seul le prix Nobel l'a réellement relevé en 1957. C'est lui alors qui a le plus besoin des conseils de Maria Casarès.

On voit également, au travers du roman, combien Maria, fille d'un homme politique déchu en Espagne sous Franco et venu s'installer en exil à Paris, a montré son combat pour sa liberté et plus généralement pour la liberté. Elle a su prendre sa carrière en main et s'est bien sûr sentie en osmose complète avec la pensée et les "combats" d'Albert Camus.

On peut augurer que leur vie aurait été bien autre sans cet amour.

"Tu me vertiges" résume bien cet amour. Et le roman nous ramène à cette vie parisienne des années 1944-1960 où l'on croise aussi bien Sartre et Beauvoir que Claude Simon, Queneau ou Marcel Herrand (1897-1953) qui a tant fait pour le théâtre et pour soutenir Casarès et Camus, sans oublier Picasso et tant d'autres.

 

Vous aurez compris que ce roman est passionnant et il faut le lire en confrontation avec leur correspondance.

Bonne lecture,

Denis

Tu me vertiges de Florence M.-Forsythe (Le Passeur)
Repost0
20 février 2020 4 20 /02 /février /2020 17:22
Jean Daniel : Avec Camus (En guise d'hommage)

Jean Daniel : Avec Camus - comment résister à l'air du temps

(Gallimard - 155 pages - novembre 2006)

-----------------------------

On vient d'apprendre la mort à 99 ans de Jean Daniel, une des grandes figures intellectuelles françaises. Il a marqué son temps au travers de sa longue fidélité au "Nouvel Observateur", devenu '"l'Obs". 

Il a débuté sa carrière de journaliste à "Combat" au temps où Albert Camus y écrivait lui-même. Une amitié s'en est suivie lorsqu'ils se sont rencontrés en 1953 :

"Commence alors une véritable fête d'amitié qui durera un peu moins de dix ans et qui sera interrompue par notre désaccord, pour moi dramatique, sur l'Algérie" (page 28)

En 2006, il a publié "Avec Camus - comment résister à l'air du temps".

Voici comment il débute son livre :

Jamais les contemporains de Camus, même les plus admiratifs de son oeuvre, n'auraient pu se douter que la postérité lui serait à ce point favorable. Je n'ai certes pas été plus devin que les autres. Aurais-je cru que je l'étais, je ne me serais pas fait confiance ; nous ne prenions pas alorsles caprices de nos ferveurs pour des verdicts de l'histoire. Au demeurant je suis plus sensible au plaisir que peut me donner une oeuvre qu'aux spéculations sur sa durée.

Jean Daniel : Avec Camus (En guise d'hommage)
Repost0
15 février 2020 6 15 /02 /février /2020 17:46
Ce que disent les vents de Philippe Delaveau (Gallimard)

Ce que disent les vents (poèmes) de Philippe Delaveau

(Gallimard - 130 pages - novembre 2011)

-----------------------------

Ecrire de la poésie est souvent un "sacerdoce" car on peut publier de nombreux livres sans être pour autant connu du "grand public" des lecteurs.

Et pourtant, quand on voit la page Wikipedia de l'auteur on s'aperçoit qu'il a reçu de prestigieux prix de poésie. 

Le hasard des rayons de médiathèques m'a permis de "tomber" sur ce recueil publié il y a environ 8 ans.

Le vent fait partie de la vie du havrais que je suis et ce recueil ne peut que m'interpeller, à commencer par le premier poème du recueil :

 

                                                                    AURORE

Le vent m'a réveillé très tôt, se dissipe, le jour

éclaire le volet. Dans la constellation des vitres,

l'aurore affine ses récits. Le village

effleuré par la vérité ne sait pas. Sa négligence

parcourue de beauté ne sait pas. Les gens dorment encore

contrel'épaule inerte et dure, un mannequin

- oubli et rêve - exauçant leurs désirs.

 

L'alouette au sommet de sa tour, veillant l'air, flambe seule,

dictant au ciel son allégresse. Par ses yeux le poème

connaît le verbe, illuminé de verreries, puis le beau rythme

dont les arches assoient le pont sur le fleuve du jour.

Au fond de moi, l'habitante intangible, secrète,

admire en ordre, sans comprendre, les mots unis.

Creusé dedans par le souffle, que suis-je? un vide,

l'instrument qu'on accorde au vrai, à la lumière.

 

Tout est perle, amour même, et si pur. Alors

le vent léger conduisit la musique. Adorables

paroles venues de l'ombre qui m'habite. J'écoute, je déchiffre.

Comme le scribe enfoui dans les signes d'Egypte,

à la fin je traduis le silence, je nomme, je transcris.

Puis m'en retourne à la vacuité d'exister, comme les autres.

 

                                 Philippe Delaveau

                        --------------------------------

Une très belle introspection guidée par le vent. Une belle écoute de ce qui nous aide à penser, à vivre.

Bonne lecture,

Denis 

Aristote, La Poétique :"La poésie est quelque chose de plus philosophique et de plus grande importance que l'histoire."

 

Ce que disent les vents de Philippe Delaveau (Gallimard)
Repost0
6 février 2020 4 06 /02 /février /2020 16:28
Chants du voyage de Robert Louis Stevenson (Les Belles Lettres)

Chants du voyage de Robert Louis Stevenson

(Les Belles Lettres - 168 pages - janvier 1999)

Traduit de l'anglais (Ecosse) et annoté par Patrick Hersant

Titre original : Songs of Travel (1896)

--------------------------------

Robert Louis Stevenson(1850-1894) est surtout connu pour ses romans (L'île aux trésors, L'étrange cas du Docteur Jekyll et de Mr Hyde) et ses récits de voyages (Voyage avec un âne dans les Cévennes, A travers les grandes plaines) mais il a aussi écrit et publié de la poésie dont ce recueil publié à titre posthume en 1896.

 

Au total 46 poèmes dont 9 ont été mis en musique par Ralph Vaughan Williams.

 

Ils ont été inspirés par ses voyages et l'auteur les met déjà mentalement "en musique" tel le premier poème "Le vagabond" sous-titré "Sur un air de Schubert" :

Les paroles en anglais et en français sont ici :

https://chabrieres.pagesperso-orange.fr/poetry/stevenson_vagabond.html

 

Ce livre a été publié pour la première fois en français en 1999. Le recueil est sans doute difficile à trouver aujourd'hui, sauf en bibliothèque ! Mais il mérite d'être lu pour continuer notre voyage vagabond en compagnie de Stevenson, l'infatigable globe-trotter en dépit de sa santé régulièrement défaillante.

 

Bonne lecture et écoute,

 

Denis

 

 

Chants du voyage de Robert Louis Stevenson (Les Belles Lettres)
Repost0
23 janvier 2020 4 23 /01 /janvier /2020 18:04
Le roman policier par Yves Reuter (Armand Colin)

Le roman policier par Yves Reuter

(Armand Colin - Cursus - 150 pages - 3e édition 2017)

---------------------------------------

Un livre très utile pour approfondir ses connaissances sur le roman policier, par Yves Reuter, professeur en didactique du français à l'université de Lille.

L'auteur nous rappelle que le roman policier est né véritablement avec Edgar Allan Poe en 1841 avec sa nouvelle "Double assassinat dans la rue Morgue".

Va suivre le "roman judiciaire" avec "L'Affaire Lerouge" en 1863 qui parait en feuilleton en 1863.

Le feuilleton dans les journaux a favorisé l’émergence du genre auprès du "roman d'aventure" qui recouvrait également le roman policier, autant en France qu'en Angleterre par exemple avec William Wilkie Collins qui publie dans les journaux "La Dame en Blanc" en 1859 et 1860.

En élément de définition, Yves Reuter écrit page 13 : 

 

Le roman policier peut être caractérisé par sa focalisation sur un délit grave, juridiquement répréhensible (ou qui devrait l'être). Son enjeu est, selon le cas, de savoir qui a commis ce délit et comment (roman à énigme), d'y mettre fin et/ou de triompher de celui qui le comment (roman noir), de l'éviter (roman à suspense).

Ainsi, cette définition permet de distinguer trois grandes classes de romans policiers :

- Le roman à énigme : "Dans le roman policier à énigme, on passe de l'énigme à la solution par le moyen d'une enquête";

- Le roman noir : "Dans le roman noir, la violence et les actions ont une place essentielle".

C'est un genre aux structures narratives très ouvertes entre histoires de vie, épopées sanglantes, casses, délinquance...

- Le roman à suspense : tout peut arriver dans ces romans. L'action est violente au début et à la fin et elle reste virtuelle, suspendue pendant le déroulement de l'histoire.

L'auteur détaille chacune de ces classes avec des exemples à l'appui selon un même schéma : composantes structurelles et organisation de la fiction.

Puis une dernière partie a pour titre "roman policier et littérature" car il faut bien admettre que littérature noire et littérature blanche reste un point de débat important qui hélas, comme le racisme, entend hiérarchiser ces littératures.

Alors Yves Reuter nous apporte des éléments de réflexion :

Même si l'on considère roman policier et littérature comme deux ensembles séparés "a priori", on est saisi par la multiplicité des relations entre ces deux domaines,ne serait-ce que du point de vue des auteurs et des critiques.

L'auteur rappelle alors que Balzac, avec Vautrin par exemple, Stendhal à travers un fait divers à l'origine de "Le rouge et le noir"; Hugo avec entre autres Valjean et Javert, Zola, Bernanos (Un crime), Hemingway (Les tueurs), Graham Greene (Tueur à gage) et bien d'autres ont écrit du roman avant tout basculant ou non dans le "policier".

Ce livre universitaire dans son contenu permet ainsi de confirmer pour les amoureux de la littérature qu'il convient de lire un livre sans préjugés.

Pour ma part, quand je lis un roman dit "policier" je le lis avant tout comme un livre qui doit m'apporter un plaisir de lecture, une envie de me laisser envahir par les mots et le style.

Et je n'ai pas envie de classer comme dans les librairies, bibliothèques ou chez les éditeurs, les livres entre blancs et noirs.

"L'étranger" de Camus devrait être rangé dans les deux rangées de livres par exemple. Ou "De sang froid" de Truman Capote.

Lisez ce livre qui est vraiment passionnant car il définit des champs du possible qui caractérisent le roman policier, sachant que tout auteur se trouve à un moment de son oeuvre confronté à ce "genre". Et oublions les clivages arbitraires.

Arrêtons de tout cataloguer et continuons à aimer LA littérature, y compris la poésie, ne l'oublions pas.

Bonne lecture,

Denis

 

Le roman policier par Yves Reuter (Armand Colin)
Repost0

Présentation

  • : BONHEUR DE LIRE
  •                       BONHEUR DE LIRE
  • : BLOC D'UN COUPLE PASSIONNE DE LIVRES, ART , HISTOIRE, LITTERATURE ET COLLECTIONNEURS DE MARQUE-PAGES.
  • Contact

             

  

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Recherche

Texte Libre

*** Phrases diverses ***