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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 16:57
Le faucon maltais de Dashiell Hammett (Gallimard - Quarto)

Le faucon maltais de Dashiell Hammett

(Gallimard - "Romans" - Collection Quarto)

Traduit de l'anglais (USA) par Pierre Bondil et Natalie Beunat (2009 pour la présente édition)

Titre original : The Maltese Falcon (New York, 1930)

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Ce roman a été également publié sous le titre francais : "Le faucon de Malte". Le héros principal du roman est le détective privé Samuel Spade.

 

The Maltese Falcon est paru en quatre épisodes dans la revue Black Mask de septembre 1929 à janvier 1930, puis édité en 1930.

Sam Spade revient dans The American Magazine en 1932, repris en 1944 dans Sam Spade et autres histoires de détectives (A Man Named Spade and Other Stories),

Sam Spade (A Man Called Spade)

Trop ont vécu (Too Many Have Lived)

On ne peut vous pendre qu'une fois (They Can Only Hang You Once) (source wikipedia)

 

Le roman débute par une description du détective :

"Samuel Spade avait la machoire longue et osseuse, le menton saillant en forme de V sous le V plus flexible de la bouche. Ses narines s'incurvaient vers l'arrière pour tracer un autre V, plus petit. Ses yeux gris jaune étaient horizontaux. Le motif du V revenait dans les sourcils broussailleux qui partaient de deux sillons jumeaux surmontant un nez busqué, et dans l'implantation de ses cheveux châtains qui, de ses tempes hautes et plates, descendaient en point sur son front. Il présentait l'image plaisante d'un satan aux cheveux clairs".

 

Ce n'est pas la description de la casquette de M. Bovary mais presque !! On comprend tout de suite que l'on va avoir là un roman original, non conventionnel. C'est en tout cas ce que j'ai ressenti. En 1930, on penserait tomber sur un roman policier, noir où chacun est dans son rôle. Or Sam Spade nous échappe complètement.

 

On le dit violent, il est plutôt très malin capable du pire et du meilleur. Sa secrétaire Effie Perine, fidèle entre les fidèles, a tout de même quelques réticences quand il franchit certaines limites ! Seulement, il est détective privé et qui plus est professionnel jusqu'au bout des doigts, ce qu'il dit sans détours à l'assassin de son associé :

"... Eh bien, quand un des membres de ton agence est tué, c'est mauvais pour les affaires de laisser l'assassin échapper à la justice. C'est mauvais à tout point de vue, mauvais pour l'agence, mauvais pour tous ceux qui font ce métier... Je suis détective et me demander de traquer des criminels pour les laisser filer après, c'est comme de demander à un chien de chasse d'attraper un lapin et de le relâcher".

 

Car oui, Dashiell Hammett fait tuer dès le début du roman son associé Miles Archer.

 

Samuel Spade et Miles Archer sont détectives associés. Une belle jeune femme miss Wonderly vient leur dire que sa jeune soeur âgée de 19 ans a fui New York pour venir ici à san Francisco avec un homme marié peu fréquentable, Thursby. Elle l'a vu mais il refuse que sa soeur la voit et surtout reparte avec elle.

Archer devait suivre l'homme quand il aurait quitté le soir miss Wonderly à son hôtel. Mais dans la nuit Archer est assassiné et peu après c'est au tour de Thursby. Seulement les policiers pensent que Spade après être venu sur le lieu du crime d'Archer serait allé se venger en tuant Thursby, ce que le détective nie absolument.

Sam est l'amant d'Iva la veuve de Archer et elle lui dit qu'elle pense que c'est lui qui l'a tué. Quant à miss Wonderly elle a quitté l'hôtel et a appelé le bureau du détective en donnant une adresse où elle l'attend. Elle explique alors qu'elle n'est pas celle qu'il croit car elle a inventé l'histoire avec sa soeur.

Dans la soirée un levantin du nom de Cairo est venu le voir et lui a parlé d'une statuette représentent un oiseau qu'il recherche et qui pourrait être chez Spade.

Spade s'aperçoit que Miss Wonderly, en fait Brigid O'Shaughnessy, est au courant de l'affaire de ce faucon que détenait Thursby, ce qui vaut quelques échauffourées avec Cairo chez le détective et bientôt en présence des deux flics qui continuent de poursuivre Spade. Dans la nuit tout se dénoue avec Brigid qui passe dans le lit de Spade.

Brigid disparaît et pendant ce temps Spade entre en contact avec Gutman dit "le gros" qui veut à tout prix le faucon. C'est alors qu'il explique que ce faucon est en or et devait servir de présent à Charles Quint pour avoir donné Malte à l'ordre des chevaliers de Rhodes. Il n'a cessé de circuler depuis le XVIe siècle et Brigid serait en sa possession...

 

Ainsi, Hammett, qui aurait pu faire de la mort des deux hommes, le sujet de son roman préfère d'attacher à cette histoire de "faucon maltais", sorte de quête du graal pour Cairo, Gutman et Brigid.

 

Ce roman est extrêmement bien construit et bien écrit. On se laisse porter par son personnage Sam Spade avec tous les rebondissements "rocambolesques" qui forment la trame.

 

Un classique étonnant à lire absolument et qui ravira autant les amateurs de littérature "blanche" que de littérature "noire".

Bonne lecture,

Denis

 

 

Dashiell Hammett (1894-1961)

Dashiell Hammett (1894-1961)

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 17:40
Verdun de Jacques-Henri Lefebvre - Editions des Riaux)

VERDUN - La plus grande bataille de l'Histoire racontée par les survivants

par Jacques-Henri Lefebvre

(Editions des Riaux - Collectif "Mémorial de Verdun)

Première édition : 1960

Edition actuelle : 2005

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J'ai acheté ce livre à Verdun en 2006 et je viens de le lire à l'occasion des 100 ans de cette terrible bataille de Verdun.

Pour rappel, la Grande Guerre, débutée en août 1914, est en pleine guerre statique dite "guerre de position" depuis plusieurs mois, quand débute cette "bataille de Verdun", le 21 février 1916.

La protection de Verdun n'était pas vraiment avancée, les tranchées, les défenses étaient plus ou moins à l'abandon. Malgré des alertes régulières auprès des autorités parisiennes rien n'est fait pour se préparer à une potentielle attaque de l'armée allemande.

C'est dans ce contexte que les allemands ont décidé d'attaquer Verdun pour s'emparer de la ville. L'opération est reportée du 12 au 21 février à cause du très mauvais temps qui sévit. Le 21 a lieu un bombardement incessant de plusieurs heures avant que des corps à corps deviennent le seul moyen d'arrêter l'avancée de l'ennemi. Mais le 25 février, le fort de Douaumont est pris d'assaut et les français sont obligés de se rendre, ce qui va alors fortement marquer es esprits. Sera-t-il possible de préserver Verdun ? C'est au prix d'un courage continuel que la ville sera sauvée tout au long de l'année 1916.

 

Il va y avoir quelque répit entre mars et mai 1916, avant qu'une nouvelle offensive plus que jamais meurtrière des allemands débute en mai. On parle de "l'enfer de Verdun" et le fort de Douaumont ne peut être repris pas les français. En juin, c'est le fort de Vaulx qui tombe. L'été se passe à nouveau avec des combats bien moins intenses avant que tout reprenne en octobre. La "diversion" de la bataille de la Somme (1er juillet - 18 novembre 1916) n'aura pas réellement affaibli l'armée allemande.

L'espoir renait quand les français reprennent le fort de Douaumont le 24 octobre avant la reprise du fort de Vaulx et une dernière offensive le 15 décembre met fin à cette interminable guerre autour de Verdun et à cette année 1916.

Hélas, il faudra encore attendre deux ans avant la fin de la guerre.

La bataille de Verdun a meurtri le coeur des combattants mais leur a donné une force désespérée pour sauver Verdun à tout prix.

 

La boue, le froid, la pluie, la soif, la faim, l'hygiène... ont été exécrables. Et voir des morts autour de soit ne pouvait que meurtrir les soldats. Mais ils ont tenu coûte que coûte.

Et le très grand intérêt de ce livre est justement de donner la parole aux soldats qui ont été présents à Verdun entre février et décembre 1916, la plupart étant des anonymes. Et le tout magistralement mené par Jacques-Henri Lefebvre qui donne toutes les informations historiques nécessaires à la bonne compréhension de cette bataille.

Bilan de Verdun 1916 :

La bataille aura coûté aux Français 378 000 hommes (62 000 tués, plus de 101 000 disparus et plus de 215 000 blessés, souvent invalides) et aux Allemands 337 000. 53 millions d’obus (30 millions d'obus allemands et 23 millions d'obus français, une estimation parmi d'autres, aucun chiffre officiel n'existant) y ont été tirés, dont un quart au moins n'ont pas explosé (obus défectueux, tombés à plat, etc.) ; 2 millions par les allemands pour le seul 21 février 1916. Si l'on ramène ce chiffre à la superficie du champ de bataille, on obtient 6 obus par mètre carré. Ainsi, la célèbre cote 304, dont le nom vient de son altitude, 304 mètres, ne fait plus que 297 mètres d'altitude après la bataille et le Mort-Homme a perdu 10 mètres. Les Allemand ont employé à cet effet 2 200 pièces d'artillerie, les Français 1 727. (Source Wikipedia)

Ces quelques chiffres sont édifiants et à l'image des témoignages recueillis.

 

Un livre non didactique à lire absolument pour tous les amateurs d'Histoire qui veulent aller au plus près du terrain pour comprendre comment ces "poilus" ont pu vivre et survivre (au moins le temps de témoigner sur ce qu'ils venaient de vivre).

 

Denis

 

 

Verdun de Jacques-Henri Lefebvre - Editions des Riaux)
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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 19:19
Mémoires du Duc de Lauzun (Nouveau monde éditions)

Mémoires par le Duc de Lauzun

(Nouveau Monde éditions - 160 pages)

Préface de Michel Delon

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Armand Louis de Gontaut, duc de Lauzun (1747-1793) a entrepris d'écrire ses mémoires jusqu'à l'aube de la révolution française.

Michel Delon, grand spécialiste du XVIIIe siècle a écrit une préface de quelques pages très éclairantes sur le personnage avant de vivre à ses côtés ses aventures galantes et militaires.

Comme le dit Michel Delon, le Duc de Lauzun "ne prétend pas porter témoignage, encore moins faire oeuvre d'historien". Vous n'aurez pas de compte rendu détaillé des guerres dont celle de l'Indépendance des U.S.A. Par contre vous saurez tout, ou presque, sur sa vie sentimentale et libertina à l'image de ce qui se vivant sous Louis XV notamment.

Là encore, je peux citer Michel Delon : Le Duc "raconte sa vie comme un personnage de roman. On se croit chez Crébillon".

Il vit à la Cour, souvent à Versailles donc, sauf lors de ses déplacements diplomatiques et militaire. Il voyage d'ailleurs beaucoup pour l'époque, l'amour l'entraînant tantôt en Angleterre, tantôt en Pologne jusqu'en Russie, en passant par la Prusse...

Madame de Stainville aura été l'une de ses premières maîtresses. Mais il va y avoir bien plus Lady Sarah, la belle et coquette anglaise qui minaudera longtemps avant de lui abandonner son corps. La princesse Chartoniska lui offrera un amour platonique puis aura un bébé qu'il verra à l'accouchement et bien rarement ensuite.

On est avant l'heure en plein romantisme avec le Duc de Lauzun et dans les comédies où l'on se cache dans une armoire pour éviter le mari. Quand le Duc a des excès d'émotions, de peurs, de tourments, il crache le sang.

 

Bref, ces mémoires sont fort bien écrites, bien agréables à lire et l'on reste toujours prude dans les descriptions. Ne cherchez pas l'érotisme ici. Vous serez déçu(e)s, plutôt du libertinage de cour et vous vous immergerez dans ce siècle de toutes les attentes. Et n'oubliez pas que Marie-Antoinette a beaucoup apprécié le Duc de Lauzun, au point d'en faire un de ses favoris.

Vous aurez d'ailleurs sans doute remarqué que la couverture du livre montre justement la jeune reine à Versailles en 1777 (gouache sur papier de Jacques-Fabien Gautier d'Agoty). Le malheureux Duc montera crânement sur l'échafaud en 1793, en gentleman après avoir trinqué avec son bourreau.

 

Belle découverte dans le cadre de lectures que j'ai entrepris autour de ce XVIIIe siècle à redécouvrir.

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Mémoires du Duc de Lauzun (Nouveau monde éditions)
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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 20:44
Travailler fatigue de Cesare Pavese (Gallimard - Quarto)

Travailler fatigue de Cesare Pavese (Gallimard - Oeuvre - Quarto)

Traduit de l'italien par Gilles de Van, révisée par Martin Rueff

Titre original : Lavatore stanca (1936)

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Le recueil de poèmes "Travailler fatigue"est la première oeuvre publiée de Cesare Pavese (1908-1950) en 1936. 4 poèmes ont été interdits pour "raison morale". N'oublions pas le contexte du fascisme mussolinien. Pavese était d'ailleurs en résidence surveillée à Brancaleone. Et pourtantil n'était pas franchement préoccupé par la "politique", sa passion, son "métier de vivre" étant d'écrire une oeuvre littéraire.

On connait peu Pavese poète et pourtant c'est par cette voie (voix aussi) qu'il se fait connaitre. Il veut écrire des poèmes réalistes, bien ancrés dans son temps, en réaction notamment aux poèmes hermétiques, allégoriques et métaphysiques de ses contemporains (Ungaretti, Quasimodo...).

Et de fait, chaque poème est à lui seul une petite nouvelle où l'on retrouve le pays des collines, près de Turin, les "gens simples" qui vivent là, y travaillent ou non, aiment les filles souvent frivoles. C'est en quelque sorte un hymne à la vie, à la jeunesse.

 

Comme le dit le poète "... Un paysage et des êtres humains dessinés avec simplicité et avec force, et, si possible, avec astuce en vue d'indiquer leur vertu propre de solide optimisme, d'attachement juvénile à la vie et aux choses, et de prompt sourire. A ce but, je faisais concourir le style, exempt d'ornements et franc, rapide et mâle, et le vers que je cherchais à dépouiller de toute fioriture et à couler substantiel et soutenu".

 

Voici le début du poème "Oisiveté" (page 144) :

Toutes les grandes affiches collées sur les murs

où l'on voit un ouvrier robuste se dressant dans le ciel

et au fond, des usines, s'en vont en lambeaux

dans le soleil et l'eau. Masino jure quand il voit son visage plus fier

sur les murs de ces rues et qu'il doit y errer

en cherchant du travail.

Le matin on se lève, on s'arrête pour voir les journaux

dans les kiosques animés de visages de femmes en couleurs,

on compare avec celles qui passent et c'est peine perdue

car chacune a des yeux plus cernés. Tout d'un coup apparaissent,

leurs placards pour les films appuyés sur la tête,

s'arrêtant à chaque pas, les petits vieux en rouge,

et Masino fixant ces visages difformes et toutes ces couleurs,

se tâte les joues et sent qu'elles sont plus creuses.

 

Chaque fois qu'il mange, Masino recommence à errer,

car c'est signe qu'il vient de travailler. Il traverse les rues

et ne regarde plus personne. Puis le soir, il revient

et s'étend un moment dans les prés avec cette fille..."

 

Une "poétique" de la vie et des textes souvent très forts, qui sont des tranches de vie au début des années 30 dans le Piémont italien, alors que tout est en train de basculer.

Bonne lecture,

Denis

 

Livre lu dans le cadre du challenge italien animé par Eimelle et dont le thème du mois est l'Italie du Nord.

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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 18:32
Un avenir de Véronique Bizot (Actes Sud)

Un avenir de Véronique Bizot

(Actes Sud - 104 pages - Août 2011)

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Un livre, petit par la taille mais grand par son style. Un style bien dans la veine de l'éditeur. Un style très poétique pour raconter quelques jours avec des "flash-backs" sur la vie de la famille, avant le présent du roman.

Les chapitres ne sont pas numérotés mais chacun est fait de phrases qui s'enchainent sans paragraphes. On est happé par ces pages comme de longs serpents qui nous envoûtent et nous enlacent.

 

L'histoire est très simple et bien résumée en 4e de couverture : "Paul reçoit une lettre de son frère Odd qui lui annonce qu'il disparait pour un temps indéterminé et lui demande en post-scriptum s'il peut passer chez lui pour vérifier que le robinet d'un lavabo du deuxième étage de la maison familiale a bien été purgé. Malgré un rhume colossal, Paul prend sa voiture et parcours les trois cents kilomètres qui le séparent dudit robinet".

 

Paul arrive donc dans cette maison froide, humide, en cet hiver où la neige vient de tomber au point qu'il ne pourra pas repartir avant trois jours. Certes, ici, c'est la montagne mais le temps est particulièrement désagréable. Alors, Paul s'installe dans la bibliothèque et fait du feu dans la cheminée, après avoir vérifié les robinets tout de même.

 

Odd en a peut-être fait exprès de ramener Paul dans la maison familiale. Son autre frère et ses trois soeurs ne pouvaient pas se déplacer ici. D'ailleurs l'une d'elle a des problèmes psychiatriques graves. Il est alors le "porte-parole" de la famille si d'aventure Odd ne revenait jamais car son départ est énigmatique.

 

Se retrouver seul dans cette maison ne peut que faire ressurgir les moments marquants de l'enfance passée ici. Il va parvenir à sortir le lendemain mais à pied. Comme il est jumeau avec son frère, les quelques habitants qu'il croise, croient que c'est Odd qui vient vers eux. Il se rend à la piscine déserte par ce temps et y passe quelques minutes. Et puis il rentre en tracteur, comme à l'allée, avec un cultivateur qui a bien voulu le prendre avec lui.

 

Page 75 : "Passé une série de pavillons aumon, j'étais arrivé devant la piscine municipale, située à l'amorce d'une vaste zone de plaine silencieuse et enneigée au milieu de quoi, à quelques cinq cents mètres, c'est l'établissement pénitentiaire hérissé d'une double épaisseur de barbelés et dont je distinguais dans le lointain les halos jaunâtres des projecteurs qui perçaient le brouillard? En poursuivant au-delà de la prison, on aboutit à l'asile où notre frère Harald a un temps placé notre soeur Margrete et, encore au-delà, à la déchetterie, après quoi la plaine laisse place aux petites montagnes où notre mère a été éjectée de son cheval. Prison, asile, déchetterie, tel est le parcours qu'on peut suivre sur un kilomètre de cette place grotesque."  (Et ainsi pendant 6 pages pour ce "chapitre")

 

L'écriture de Véronique Bizot est attachante. Quand on rentre dans un chapitre, on n'en sort pas indemne. On est plongé dans cette petite ville ou dans cette maison ou encore dans cette famille de 6 enfants. Et on chemine de courts chapitres en cours "moments" en retenant sa respiration, puisque l'écrivaine l'a voulu ainsi.

 

Je ne connaissais pas du tout Véronique Bizot (née en 1958) qui avait publié avant "Un avenir", deux recueils de nouvelles et un roman. Elle a reçu le "prix du style" pour ce roman, ce qui est très justifié pour ce texte. Depuis 2011, elle a publié deux autres courts romans, comme quoi il n'est pas toujours nécessaire d'écrire de longs textes pour exprimer son univers littéraire.

 

Cette écrivaine mérite d'être lue assurément et je vous y invite très sincèrement. C'est tellement agréable de découvrir des écrivains qui construisent discrètement leur oeuvre.

Bonne lecture,

Denis

 

Un avenir de Véronique Bizot (Actes Sud)
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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 19:43
Chanter la poésie : Neruda par "Harpe et poésie"

Un poète : Pablo Neruda (1904-1973)

Un chanteur (récitant) / une musicienne : Harpe et poésie

Un poète,une harpiste… Patrick GASTALDI, un amoureux de la poésie et Laure BERTRAND, harpiste professionnelle

 

Un poème :

 

          Je prends congé, je rentre

Je prends congé, je rentre
chez moi, dans mes rêves,
je retourne en Patagonie
où le vent frappe les étables
où l'océan disperse la glace.
Je ne suis qu'un poète
et je vous aime tous,
je vais errant par le monde que j'aime :

dans ma patrie
on emprisonne les mineurs
et le soldat commande au juge.
Mais j'aime, moi, jusqu'aux racines
de mon petit pays si froid.
Si je devais mourir cent fois,
c'est là que je voudrais mourir
et si je devais naître cent fois
c'est là aussi que je veux naître 
près de l'araucaria sauvage,
des bourrasques du vent du sud
et des cloches depuis peu acquises.

Qu'aucun de vous ne pense à moi.
Pensons plutôt à toute la terre,
frappons amoureusement sur la table.
Je ne veux pas revoir le sang
imbiber le pain, les haricots noirs,
la musique: je veux que viennent
avec moi le mineur, la fillette,
l'avocat, le marin
et le fabricant de poupées,
Que nous allions au cinéma,
que nous sortions 
boire le plus rouge des vins.

Je ne suis rien venu résoudre.

Je suis venu ici chanter
je suis venu
afin que tu chantes avec moi.

 


Pablo Neruda

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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 18:25

J'avais découvert Stanilas Petrosky avec son roman noir :

       " Ravensbrück mon amour "

un livre pour lequel j'avais eu un véritable coup de cœur bien que très émouvant.

" L'Amante d'Etretat " , une belle découverte et un plaisir de lecture car j'aime beaucoup l'écriture de cet auteur.

On fait la connaissance d'Isabelle , qui n'a pas eu une vie facile mais qui par la suite rencontre Frédéric avec qui elle connaît un grand bonheur tant dans la vie professionnelle , thanatopracteurs tous les deux, que personnelle vu qu'ils se marient.

Malheureusement la perte de cet être cher à sa vie , à son cœur , va l'entraîner dans une dépression proche de la folie et elle va devoir se faire aider par une psychiatre.

Elle s'en sort et reprend ce métier qui lui tient tant à cœur.

Avec un rebondissement auquel on ne s'attend pas dans les dernières pages et qui m'a carrément bluffée.

Un roman court mais bien ficelé qui vous emportera dans la noirceur que suscite parfois une histoire d'amour.

Présentation de l'éditeur :

Isabelle et Frédéric vivent une des plus belles histoires d'amour qui soit, passionnée et fusionnelle. Mais un jour où Frédéric part s'adonner à sa passion, la planche à voile, il disparaît corps et bien en mer. Isabelle va doucement mais sûrement sombrer dans la folie sans l'homme qu'elle aime. Stanislas Petrosky nous entraîne dans les méandres de la dépression. Jusqu'où le manque de l'être aimé peut-il mener ? Mais l'auteur venant du monde du polar, il se pourrait que L'Amante d Étretat ne soit pas qu'une simple histoire d'amour tragique.

Auteur : Stanislas Petrosky

Editions : L'Atelier Mosesu

Collection : Parabellum Nbre de pages : 120

 L'Amante d'Etretat / Stanilas Petrosky
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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 18:07

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 21:12
Les roses d'Atacama de Luis Sepúlveda (Métailié)

Les roses d'Atacama de Luis Sepúlveda

(Métailié - collection Suites Hispano-américaines - 164 pages)

Traduit de l'espagnol (Chili) par François Gaudry

Titre original : Historias marginales (2000)

Première édition française : 2001 (2012 pour la présente édition) -------------------------------

Lire Luis Sepúlveda est toujours un bonheur pour moi. Et ce livre ne fait que confirmer que quelque soit la forme et le contenu des livres de l'auteur chilien, c'est un "ravissement" littéraire.

Que ce soit "Journal d'un tueur sentimental" (1998), "Une sale histoire" (2005) que j'ai présenté sur ce blog, ou "Les roses d'Atacama", je retrouve le ton jubilatoire de Luis Sepúlveda. Il sait nous envoûter et nous emporter dans son univers littéraire avec vigueur, intelligence et empathie.

 

Ce livre, de mémoire, a eu un certain succès lors de sa parution en France. Son titre espagnol reflète parfaitement le propos : "Historias MARGINALES". L'auteur, au fil des années et des lieux, a rencontré des "marginaux", des êtres courageux, formidables mais qui n'ont jamais cherché la notoriété. La "morale" de ce recueil nous conduit inéluctablement à l'humilité.

 

34 courts textes (de 4 à 6 pages pour la majorité d'entre eux) pour des hommes, des femmes rencontrés entre les années 70 et 90, en Amérique Latine ou en Europe, au fil des voyages de l'auteur. Exil, combat contre les dictatures (Argentine, Chili, Salvador ...). Des écrivains, des militants... 34 balises pour marquer les temps forts de la propre vie de Luis Sepúlveda. C'est lors d'une visite du camp de concentration de Bergen Belsen, en Allemagne, que l'auteur a eu envie de raconter l'histoire de ces personnes qui ont su avoir du courage, comme ceux qui sont tombés ou ont survécu aux camps nazis.  Sepúlveda lit alors sur une pierre de Bergen Belsen : "J'étais ici et personne ne racontera mon histoire".

 

Il s'attache ainsi à raconter la vie de ceux qu'il a cotoyé et qui resteront des "anonymes" : la russe Vlaska, l'allemand Friedrich Niemand, Lucas l'argentin ou le professeur Galvez... Ces "anonymes" se sont battus pour leurs idées sans jamais baissé les bras.

 

Deux écrivains sont présentés dans ces pages : le poète juif Avrom Sützeker et Francisco Coloane. Je ne connais pas le premier, mais j'aime beaucoup les récits du chilien Coloane. Papa Hemingway fait un cours passage dans le livre.

 

Et bien sûr, il y a "Les roses d'Atacama" qui donnent leur nom au titre français du recueil. L'auteur, en compagnie de Fredy, va voir ces roses :

Page 89 : "- Les voilà. Les roses du déser, les roses d'Atacama. Les plants sont toujours là, sous la terre salée. Les gens d'Atacama les ont vues, et les Incas, les conquistadors espagnols, les soldats de la guerre du Pacifique, les ouvriers du nitrate. Elles sont toujours là et fleurissent une fois par an. A midi, le soleil les aura calcinés, dit Fredy en prenant des notes dans son carnet".

Tout Sepúlveda est là. Grand observateur, toujours avec un oeil neuf, attentif aux autres, capable d'émerveillement comme ses "héros" qui trouvent constamment des ressources intérieures pour continuer le "combat".

 

Un coup de coeur inévitablement.

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

 

Livre lu dans le cadre du challenge animé par Eimelle Laure

"littérature Amérique latine / du sud /centrale"

et qui a mis à l'honneur le Chili ce trimestre.

 

Les roses d'Atacama de Luis Sepúlveda (Métailié)
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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 18:44
Landfall d'Ellen Urbani (Gallmeister)

Landfall d'Ellen Urbani (Gallmeister - 304 pages - mars 2016)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Juliane Nivelt

Première parution Etats-Unis 2015

                                                          ----------------------------------------

Landfall est le premier roman publié par Gallmeister d'Ellen Urbani. Il est paru le 3 mars dernier et l'éditeur a eu la très riche idée de proposer aux membres du groupe facebook "Challenge Gallmeister - 10 ans" animé par Léa de nous envoyer une épreuve du roman avant parution.

Vous pourrez voir sur le groupe que les avis sont unanimes pour dire qu'il s'agit là d'un très grand roman, sentiment que je partage pleinement.

 

Pour une fois, je résumerai l'intrigue en reprenant le texte de la 4e de couverture :

" Un matin de septembre 2005, Rose, à peine âgée de dix-huit ans, s’apprête à rejoindre La Nouvelle-Orléans avec sa mère. Les deux femmes vont porter secours aux sinistrés de l’ouragan Katrina. Mais sur la route, leur voiture quitte la chaussée et percute une jeune fille. Cette inconnue, morte dans l’accident, seule et sans le moindre papier d’identité, ne tarde pas à obséder la rescapée. D’autant que dans sa poche on retrouve une page d'annuaire avec les coordonnées de la famille de Rose. Celle-ci n’a alors d’autre choix que de retracer pas à pas le parcours de la victime, à travers une ville en ruine après le passage de l’ouragan.

 

Landfall est un roman haletant qui révèle les destins croisés de deux jeunes filles, l’une blanche, l’autre noire. Ellen Urbani dresse le portrait de femmes résolues à se battre au cœur de la tourmente".

 

Vous retrouverez également des présentations de l'intrigue plus fournies sur les articles du groupe. C'est pourquoi je n'ai pas osé refaire le résumé détaillé du texte.

 

Je voudrais surtout revenir sur le contexte du roman.

 

Elle Urbani nous rappelle dans le roman que le 11-septembre 2001 a marqué les Etats-Unis de manière très forte. Et les héroïnes de son roman, Rose - Rosebud (Rosy)  bien qu'adolescentes à l'époque, s'en souviennent encore 4 ans après en 2005, quand un nouveau grand drame vient s'abattre sur ce pays fragilisé.

 

Page 92 :

"- Rose ! cria-t-elle, alors qu'un témoin oculaire - un producteur connecté par téléphone - se demandait tout haut s'il se pouvait qu'il y ait des problèmes de contrôle de la circulation aérienne.

- Rose ! Debout ! On attaque les Etats-Unis !

Quand Rose se précipita hors de sa chambre, les yeux ensommeillés, elle entendit sa mère crier :

- On attaque notre pays !

Elles restèrent assises ensemble par terre, se tenant la main sans même s'en rendre compte, jusqu'à 9h30..."

 

Et de fait, l'ouragan Katrina est annoncé de force 5, du jamais vu encore ici. Et la majorité des habitants de ces quartiers périphériques de la Nouvelle Orléans, n'ont pas pu fuir car il n'y avait pas assez de car.

 

Page 81: "L'aube naquit dans la pénombre le 29 août 1985. Le ciel, toujours gris, toujours en pleurs, ne reflétait pas le passage des heures. Rosy était au lit, pas vraiment endormie, mais pas vraiment réveillée, quand elle entendit un grondement? Pas un fracas - rien d'aussi fort ou d'aussi franchement alarmant - mais tout de même menaçant. Comme si une rumeur venue des entrailles mêmes de la terre remontait entre les lattes du plancher, jusque dans ses os. Pas un séisme. Pas aussi saccadé. La terre qui parlait. Elle resta allongée, parfaitement immobile, et ça recommença. une vibration qui allait crescendo. Elle se leva, encore vêtue des habits de la veille".

 

Ce 29 août et les deux jours suivants ont été terribles. Pluie, vents violents, inondations par rupture des digues.

Ellen Urbani nous raconte avec force, sans pathos, ces terribles jours vécus par Rosy et sa mère Cilla, maniaco-dépressive, malade. Comme nombre d'habitants, elles sont montées au 1er étage, puis dans le grenier et enfin sur le toit de la maison de leur voisine, Maya, qui au dernier moment, voudra rester chez elle. C'est alors que Rosy et sa mère parviennent au Superdome où sont entassés des milliers de néo-orléanais.

 

Page 148/149 : "Trente mille personnes, quatre jours, des douzaines de toilettes laissées sans entretien. Bouchées, toutes les cuvettes débordaient ; les lunettes étaient mouchetées de sang et d'excréments... A la fin de la semaine, après l'évacuation du Superdome, plus de quatre mille tonnes de déchets et de débris humains seraient nettoyés par les soldats restés sur place..."

 

L'auteure a fait beaucoup de recherche documentaire pour raconter Katrina, avant, pendant et après son passage. Elle donne ses sources et références en fin de roman. C'est dire que l'on s'immerge complètement dans ce drame américain, non maîtrisé par les autorités. Et pas question de partir, car il n'y a pas de moyens de transport et le pont qui permettrait de partir est contrôlé par les policiers de Gretna qui refusent que la population "contaminée" ne vienne perturber la noble ville. C'est pourtant par là que Rosy va réussir à s'évader, après avoir laissé sa mère à l'hôpital du Superdome où elle doit être soignée.

 

Le destin a basculé pour Rosy après son "évasion"de la zone sinistrée.

Le roman d'Elle Urbani oscille entre les deux personnages principaux : Rosy que l'on voit se débattre avec Katrina et ses suites et Rose qui va mener son enquête après l'accident qui a tué sa mère et la jeune noire.

Rose recherche toutes les personnes qui ont été en contact avec Rosy après son départ chaotique de la Nouvelle-Orléans. Et elle va y parvenir, aidée psychologiquement par le policier qui est venu sur les lieux de l'accident et qui s'est pris d'affection pour la jeune femme désorientée. Il fallait tout de même qu'il y ait un homme vaillant dans ce roman car les autres ont été des lâches, leurs géniteurs et leurs parents qui n'ont su qu'abandonner à leur sort Gertrude et Rose, Cilla et Rosy.

 

Vous aurez compris que ce roman est magistral, époustouflant, au style éblouissant à l'image des extraits que j'ai inséré dans cette présentation.

 

Un roman déjà historique même s'il se passe en 2005, pas si loin de nous. Car il comptera pour se rappeler dans 20, 30 ans et plus ce qui s'est passé en cette fin d'août 2005 à la Nouvelle-Orléans.

 

Bravo à Ellen Urbani de nous avoir fait tant vibrer avec Rose et Rosy. Et vous verrez que les dernières pages nous réservent de sacrées surprises.

 

Précipitez-vous sur ce livre que Pat Conroy, qui vient de mourir, a annoncé comme "phénoménal, aussi puissant qu'un ouragan".

 

Tout est dit,

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

(Encore merci à Gallmeister et Léa)

 

 

 

 

 

Le Superdome inondé

Le Superdome inondé

Landfall d'Ellen Urbani (Gallmeister)
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