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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 21:27
Le complexe d'Eden Bellwether de Benjamin Wood (Zulma)

Le complexe d'Eden Bellwether de Benjamin Wood

(Zulma - 500 pages - Août 2014)

Prix du Roman FNAC 2014

Traduit de l'anglais par Renaud Morin

Titre original : The Bellwether Revivals (2012 - GB)

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Ce livre est ma première lecture de la rentrée littéraire de l'été 2014. Et grâce à Olivier de Priceminister, j'ai pu lire ce livre captivant et très bien écrit. J'avoue avoir eu peur qu'il y ait des "conversations philosophiques" quelque peu ennuyeuses, mais l'auteur sait nous ramener très vite à l'action qui rebondit de chapitre en chapitre. On a beau ne pas être "officiellement" dans un polar ou un thriller, l'intrigue nous "happe" et s'intensifie de pages en pages.

 

Le prélude se passe en juin 2003 et on comprendra à la fin qu'il fait la boucle avec l'histoire d'Eden Bellwether.

Ce qu'il faut bien voir c'est que le roman suit Oscar, aide-soignant dans un maison de retraite à Cambridge. On voit tout à travers son regard tandis que le personnage central reste Eden Bellwether, celui qui a donné son titre au roman. L'auteur a manifestement voulu cette forme narrative pour montrer en "décalé" cet étrange Eden et son "complexe" ("complex" in english - dans le titre original on lit "revivals" et je ne suis pas suffisamment anglophone pour être certain que la traduction soit fidèle). L'auteur parle de "narcissisme" !!

Toujours est-il que Oscar passe un soir près de la chapelle de King's College à Cambridge et entend le son de l'orgue et voici comment il ressent cette musique : "(P.14) Il y avait une fragilité dans cette musique, comme si l'organiste n'enfonçait pas les touches mais faisait voltiger ses doigts, comme un marionnettiste."

Il rentre alors et est subjugué par cette musique couplée aux choeurs. Il n'imagine pas encore que sa vie va être bousculée par cette rencontre, d'autant qu'il remarque une des jeunes filles dans l'assistance qui n'est autre que la soeur d'Eden Bellwether, l'organiste, mais il le saura plus tard.

Eden vit en grande partie pour la musique tout en suivant ses études à Cambridge. Il est persuadé que la musique est une thérapie et qu'elle doit être couplée à de l'hypnose. Pas n'importe quelle musique bien sûr, celle de Johann Mattheson plus les improvisations d'Eden Bellwether.

Johanna Mattheson (1681-1764) a été musicien, organiste et théoricien, ami de Haendel et Buxtehude. Il a occupé le poste de directeur de la musique à Hambourg. Ces informations ont leur importance pour la fin du roman, mais je n'en dis pas plus.

 

Eden va exercer ses dons sur Oscar, lui faisant malheureusement mal à la main pendant qu'il était sous hypnose, ce qui conduisit Oscar a prendre quelques distances avec Eden. Toutefois, son amour pour Iris lui fait accepter bien des contraintes, dont celle de se sentir "inférieur" et "rabaissé" par Eden et ses parents. Heureusement, il se lie tout de suite d'amitié avec "la bande" à Eden et Iris : Markus, Yin et Jane (amie d'Iris et amoureuse d'Eden).

 

A la maison de retraite, Eden est très lié avec un des patients, le Dr Paulsen, passionné de lecture. Il prête volontiers ses livres à Oscar. Homosexuel, le Dr a aimé un autre Dr, Hubert Crest, que Paulsen lui présente un jour. L'homme est atteint d'une tumeur cancéreuse.

 

Ainsi, après qu'Eden ait prouvé qu'il pouvait guérir par sa méthode une fracture contractée par sa soeur Iris, il propose de guérir le Dr Crest, lequel a d'ailleurs écrit sur le complexe dont est atteint Eden. Des deux hommes pourront donc s'entraider. Le Dr Crest n'a rien à perdre et accepte ce "challenge"...

 

Le traitement sera-t-il efficace? Ce sera l'objet de la suite du livre que je tairai car le suspens va alors prendre vraiment tout son sens dans ce roman d'une redoutable énergie qui va crescendo plus on approche de la fin.

500 pages de pure littérature de qualité. A lire absolument pour découvrir ce jeune auteur britannique, très prometteur et l'édition est de qualité comme toujours chez Zulma.

Merci encore à priceminister pour cette lecture passionnante.

http://www.priceminister.com/

Et comme promis à Olivier de priceminister, ce livre sera voyageur, d'abord au sein de chez moi, puisque Fabienne va le lire à présent puis il ira chez Christelle Salvan et pourra encore voyager par la suite...

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Ce livre s'inscrit également dans le challenge "rentrée littéraire 2014" géré par Hérisson  -   1/6

Le complexe d'Eden Bellwether de Benjamin Wood (Zulma)
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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 08:00

"Que d'autres se targuent des pages qu'ils ont écrites ;

moi je suis fier de celles que j'ai lues".

 

Jorge Luis Borges (1899-1986) - Eloge de l'ombre

Citation de Jorge Luis Borges sur la lecture
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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 21:58
Dialogues des Carmélites de Georges Bernanos

Dialogues des Carmélites de Georges Bernanos

(Lecture faite dans le volume "Oeuvres romanesques"

de la Bilbiothèque de la Pléiade)

Disponible en collection de poche Points

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Testament spirituel de Bernanos, les "Dialogues des Carmélites" ont été composés en Tunisie au cours de l'hiver 1947-1948 et achevés à la mi-mars, lejour même où l'auteur était contraint de s'aliter de façon définitive.

C'était au départ un travail de dialoguiste de film. A la source de ce livre, la nouvelle de l'allemande Gertrude von Le Fort, "la dernière à l'échafaud", inspirée d'un fait historique authentique. Le 17juillet 1794, dix jours avant la fin de la terreur, 16 carmélites de Compiègne étaient condamnées à mort puis le même jour à Paris, guillotinées. Soeur Marie de l'Incarnation, seule survivante du Carmel car absente au moment de l'arrestation, a témoigné par lasuite en écrivant "La Relation".

Le Révérand Père Brückberger décide de porter à l'écran le texte et compose un scénario. Bernanos est alors choisi pour en faire les dialogues.Mais le texte n'est pas admis pour le cinéma et tombe dans l'oubli, le temps que Albert Béguin structure le texte et publie le texte.

Finalement, c'est le théatre qui s'empare du texte pour en faire un réel succès en 1952. Poulenc en fera un opéra en 1957 pour être repris au cinéma en 1960.

 

La peur domine ce texte et c'est un thème familier à l'oeuvre de Georges Bernanos. et il a fait de Blanche le symbole de la destinée du chrétien engagé dans l'Histoire.

 

Georges Bernanos vient d'être remis en lumière avec le roman de Lydie Salvayre "Pas pleurer" (Prix Goncourt 2014) puisqu'elle y évoque l'auteur quand il était engagé dans la guerre d'Espagne.

Tout m'oppose à cet auteur car non catholique et encore moins royaliste, mais j'ai eu l'occasion d'acheter il y a 40 ans ses "Oeuvres romanesques" dans la Pléiade et j'ai lu chacun de ses romans qui m'ont fortement impressionnés par l'ambiance "ténébreuse", par les dialogues âpres entre personnages où aucune concession n'est faite.Et puis, les prêtres sont aussi des hommes avec leurs doutes, leurs émotions... Et j'avoue que son oeuvre m'a franchement passionné.

Il me restait à lire ces "Dialogues des Carmélites". Un texte très littéraire et de grande tenue. Et puis, il y a le contexte historique très prégnant qui ajoute à l'intérêt de la pièce.

Après un court prologue, 5 tableaux découpés en scènes parfois très courte, car on change souvent de lieux. Et les didascalies sont nombreuses. N'oublions pas que c'était destiné au cinéma au départ.

Blanche s'est retirée du monde volontairement et contre les intentions de son père, marquis et de son frère. Elle veut "sauver son honneur et se retirer de ce monde hostile". Monde de plus en plus hostile, puisque la révolution française vient d'éclater et très vite les Religieuses et en général l'ensemble du clergé sont menacés.

La prière ne suffit pas à les sauver. La Prieure meurt et est remplacée par une Religieuse beaucoup moins sûre d'elle pour affronter les difficultés du monde.

Blanche ne va pas pouvoir faire ses voeux car la Révolution l'interdit. Bientôt, les biens sont confisquées, l'aumonier est traqué également, si bien que les Religieuses sont plus que jamais prisonnières dans leur Carmel. Elles s'en consolent puisqu'elles ont décidé de quitter la vie des humains pour vivre recluses.

Dans la scène VIII du 4e tableau, Blanche dit "La peur est peut-être une maladie". Mère Marie rétorque "On n'a pas peur, on s'imagine avoir peur. La peur est une fantasmagorie du démon".

 

Blanche a peur mais elle a du courage et quand elle apprend que les Carmélites sont prisonnières et risquent la peine de mort, elle décide d'aller les soutenir. Elle ne veut pas être lâche et va le prouver à la fin du texte.

 

Sans être un incontournable de la littérature du 20e siècle, n'hésitez pas à lire ce livre s'il se présente à vous car il a de réelles qualités et on ne s'ennuie pas une seconde à la lecture de ces "dialogues".

 

Mon avant-dernière lecture pour 2014 d'oeuvres théâtrales.

 

Denis

 

 

Dialogues des Carmélites de Georges Bernanos
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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 21:45
Thomas Mann : souvenirs à bâtons rompus par Katia Mann (Albin Michel)

Thomas Mann : souvenirs à bâtons rompus par Katia Mann

Recueillis par Elisabeth Plessen et Michael Mann

(Albin Michel - 178 pages - octobre 1975)

Traduit de l'allemand par Louise Servicen

Titre original : Meine Ungeschriebenen Memoiren (Francfort - 1974)

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Katia Mann a été l'épouse pendant 50 ans de l'écrivain Thomas Mann. Elle n'a jamais écrit et disait : "Dans cette famille, il faut bien qu'au moins une personne s'abstienne d'écrire".

Pour ce livre, elle a bien voulu répondre à une longue interview à laquelle a contribué son fils Michael : "Si aujourd'hui je me prête à cette interview, il faut l'attribuer exclusivement à ma faiblesse et à mon humeur conciliante". (1970)

 

Ainsi, elle nous raconte avec beaucoup d'intérêt pour les amateurs de Thomas Mann. Je crains par contre que ce livre soit très difficile à trouver aujourd'hui. J'ai eu la chance de l'acheter récemment dans une bouquinerie.

Katia Mann parle tout d'abord de sa famille les Pringsheim, dont le père était mathématicien et des circonstances qui lui ont fait rencontrer Thomas Mann, dans un tramway puis chez des amis (rencontre arrangée par l'écrivain). Il était déjà renommé pour son roman "Les Buddenbrook".

Tout au long de leur vie, les Mann ont cotoyé de nombreux écrivains, musiciens ou intellectuels. Katia raconte les liens avec Hesse ou Hauptmann. Bruno Walter, le célèbre chef d'orchestre, a été un ami de toujours, d'autant que Thomas était passionné comme Walter par l'oeuvre de Wagner.

En 1929, Thomas Mann reçoit le Prix Nobel de Littérature et Katia l'accompagne à Stockholm comme Il en sera pour tous les voyages qu'il entreprendra, d'où la richesse de ses souvenirs. Elle lui donnait aussi des conseils, des idées pendant que son mari écrivait. Elle a fortement influencé l'écriture de "La Montagne Magique" ayant vécu l'expérience des sanatoriums compte tenu de la fragilité de sa santé.

L'on connait les difficultés rencontrées avec le nazisme puisque dès l'accession de Hitler au pouvoir en janvier 1933, les Mann, alors en voyage à l'étranger n'ont pas pu rentrer en Allemagne. Le Sud de la France, la Suisse puis les USA ont été alors leur terre d'accueil.

Katia évoque également Schonberg, pas très agréable ; Adorno, "le conseiller" pour l'écriture du "Docteur Faustus" qui osa ensuite dire que c'était lui l'auteur du livre.

 

On suit ainsi la vie de ce couple "généreux" toujours pris entre famille, politique, écriture, amitiés... au point de sacrifier une partie de leur vie aux autres. Katia, encore plus, par fidélité sans faille à son époux, que les aînés appelaient "le magicien"... oui, un magicien des lettres...

Un livre passionnant de bout en bout à lire absolument.

Bonne lecture,

Denis

 

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 21:57
Maître Puntila et son valet Matti de Bertold Brecht (L'Arche)

Maître Puntila et son valet Matti  - pièce populaire

de Bertold Brecht (L'Arche - 97 pages)

Texte français de Michel Cadot

Titre original : Herr Puntila und sein Knecht Matti (1950)

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La pièce de Brecht a été écrite en 1940 d'après les récits et un porjet de pièce de Hella Wuolijok, écrivain finlandais qui avait donné l'hospitalité à Brecht et sa famille durant l'été 1940.

Le texte français a été publié en 1956, revu et remanié en 1976 et c'est dans cette version qu'il a été publié aux éditions L'Arche où est parue l'édition complète de son théâtre.

 

12 tableaux de longueur inégale constituent l'architecture de la pièce.

Puntila est dans une auberge avec un juge ivre et endormi. Survient Matti qui s'annonce comme son chauffeur depuis cinq semaines et s'indigne d'être bloqué dans la voiture depuis deux jours à attendre son maïtre. Riche propriétaire notamment d'une forêt, il ne veut pas parler argent avec Matti.Et il rentre dans son domaine de Puntila avec le juge. Les trois hommes sont accueillis par Eva, la fille du maître. Elle dit alors qu'elle va se fiancer avec "L'attaché" et son père s'en félicite.

Le grand pêché de Puntila est l'alcool. Et un matin, à peine dégrisé, il annonce à trois femmes différentes qu'il va se fiancer avec elle, si bien que le jour des fiançailles d'Eva, les trois femmes invitées débarquent ensemble. Elles ont bien compris que Puntila leur a fait croire un mariage futur sans fondement au point qu'elles lui disent avoir créé une "association des fiancées de Puntila".

Lors d'un marché de recrutement de salariés, Puntila a "corrigé" un homme, montrant ainsi la violence qu'il a en lui.

Eva n'est plus trop disposée à épouser l'Attaché d'ambassade et Matti simule avec elle une scène d'amour pour troubler son maître. D'ailleurs, les fiançailles se passent mal et Puntila expulse le fiancé et tous les invités de "marque" au risque d'y perdre beaucoup pour ses affaires.

Comme il a compris qu'il boit trop, Puntila se décide au lendemain des fiançailles râtées de ne plus boire. Seulement, il boit un dernier verre qui entraîne un deuxième verre ... et il entre en colère puis en délire au point de détruire sa bibliothèque pour en faire un "mont" !!!

 

Vous aurez compris que cette "pièce populaire" est plutôt étrange, sans vraie intrigue, avec cette juxtaposition de tableau. Il reste que Bertold Brecht est un grand auteur et que son style est alerte, limpide et charme le lecteur.

Une pièce à lire pour tous les amateurs de Bertold Brecht. J'avoue pour ma part que ma pièce préférée reste "Mère courage", son chef d'oeuvre.

Bonne lecture,

Denis

 

Un de mes dernières lectures au titre de "2014, je lis du théâtre".

Maître Puntila et son valet Matti de Bertold Brecht (L'Arche)
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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 12:43
Peintures et tableaux de Patrick Devaud

Fait très rare et qui mérite d'être signalé, l'artiste normand Patrick Devaud m'a contacté pour que je n'hésite pas à mettre une de ses oeuvres sur le blog.

Je ne peux résister dans ce contexte à vous faire partager son amour de la nature et des chats, entre autres.

Le mieux est d'aller découvrir sans tarder son site Internet :

www.devaud-patrick-artiste.odexpo.com

Et il a également publié un livre d'art.

Bonne et belle découverte,

Denis

 

 

Peintures et tableaux de Patrick Devaud
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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 22:19
Quand les lumières s'éteignent d'Erika Mann (Grasset)

Quand les lumières s'éteignent d'Erika Mann

(Grasset - 365 pages - 2011)

Traduit de l'allemand et préfacé par Danielle Risterucci-Roudnicky

Postface d'Irmela von der Lühe

Titres originaux : The Lights Go Down (1940)

et Wenn die Lichter Ausgehen (2005)

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Erika Mann (1905 - 1969) est la fille de Thomas Mann et la soeur de Klaus Mann.Sa vie d'adulte va se partager entre les voyages, notamment avec Klaus et l'écriture.

La satire politique du nazisme va contribuer à son succès au début des années 30 grâce à son cabaret théâtral "le moulin à poivre" qu'elle ne pourra pas exporter aux USA car elle y fait un fiasco alors que l'Europe l'a applaudie avant qu'elle ne parte en exil là-bas.

Elle se lance alors dans des conférences où elle part du particulier pour aller vers le général ce qui rend vivants ces moments de parole face au public. Et ce sont des témoignages "percutants" sur le nazisme qui sévit en Allemagne. Pendant la guerre, elle va aussi faire des émissions de radio à la BBC

Erika Mann s'inspire du genre littéraire américain "The small Town Literature" pour composer "Quand les lumières s'éteignent". Sinclair Lewis et Thornton Wilder ont utilis ce mode littéraire.

Ainsi, elle plante le décor d'une ville allemande du Sud et rentre dans les maisons ou lieux publics pour y établir son récit : 10 lieux de "Notre ville". Elle met en lumière la destruction, par la dictature puis la guerre, de ce monde quotidien des "allemands moyens". L'aberration de l'idéologie raciste et l'absurdité d'une politique de l'espace vital conduisent à des excès tellement fous que les allemands finissent par s'opposer à certaines décisions malgré les risques majeurs encourus.

 

Malgré cette tenaille nazie, des personnages osent refuser certains ordres comme ce chef des S.A. qui prévient les juifs qu'un pogrom est prévu en novembre 1938, permettant à la majorité d'entre eux de s'enfuir avant l'assaut. Lui, bien sûr, ne sera pas épargné car très vite on a compris qu'il était complice de cette désertion...

Un paysan a donné à manger de l'orge à ses volailles et il se retrouve en prison car il a désobéi aux nazis qui ont prohibé cet aliment pour ces animaux... Un professeur de droit arrive avec des sous-entendus à faire comprendre à ses étudiants que le droit et les lois sont soumis aux exigeances du nazisme. Où est la liberté de la justice ? Et les études sont raccourcies au détriment de la qualité...

Un médecin s'offusque que l'hygiène soit de plus en plus "bannie" des pratiques médicales...

Dix histoires donc avec certains personnages qui passent d'un texte à l'autre "discrètement" montrant une certaine continuité narrative, car on n'est pas dans de la "nouvelle".

Et puis, tout est vrai dans ces textes, notamment les textes nazis qui servent de base aux critiques des uns ou des autres. Eirka Mann, exilée à l'époque (fin des années 30) a recueilli des témoignages précis qu'elle intègre dans le corps de ses textes.

Page 121 : "Herr Alfred Huber, l'industriel, était un citoyen typique de notre ville. Les autres étaient comme lui : déprimés et désorientés, "victimes des circonstances extérieures".C'est ledestin, pensaient-ils, notre destin, le destin de l'Allemagne (...). Mais comme aucune réponse ne venait, ils continuaient - pour l'instant - d'obéir".

Toutefois, une "résistance passive" s'organise pour traîner des pieds face aux décisions, notamment celles qui consistent à "obliger" les allemands à travailler pour les usines d'armement ou à construire la ligne Siegfried, à l'exemple de Franz Deiglmeyer, le S.A. :

(page 154) Franz Deiglmeyer exécutait ses tâches avec assiduité, fidélité et conscience.Il tentait d'adoucir les peines qu'il était obligé d'appliquer. (...) Il accordait avec générosité les autorisations de visite aux familles. Il permettait aussi aux prisonniers d'emporter des provisions et des vêtements".

Le chirurgien Scherbach dit page 249 : "Je n'ai pas l'intention de gêner le gouvernement et, de son côté, le gouvernement ne va pas me gêner. Un certain temps s'écoula avant que le professeur ne s'avoue en secret qu'en Allemagne, la vie dans sa totalité était pourrie depuis que l'état 'totalitaire" était idolâtré".

 

Ce livre permet de mieux comprendre combien le nazisme a pesé sur les allemands pris entre l'obligation d'idolâtrer le parti afin de continuer à vivre presque normalement et l'envie de s'en émanciper au risque presque toujours inéluctable d'être réprimandé, emprisonné, voire tué...

 

Vous avez sans doute compris que j'ai beaucoup apprécié ce livre très bien présenté par la traductrice pour le texte et par une universitaire, biographe de l'auteure, Irmela von der Lühe, pour la  présentation d'Erika Mann et de son oeuvre.

 

Un livre qui plait tant aux littéraires pour le style qu'aux passionnés d'Histoire pour le contexte de ce texte.

Je le recommande vivement.

 

Bonne lecture,

Denis

 

Pour rappel, dans le cadre de ces quelques livres lus autour de la famille Mann, j'ai présenté récemment le très intéressant livre de Klaus Mann : Ludwig.

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 06:00
La promesse de l'aube de Romain Gary (Folio)

La promesse de l'aube de Romain Gary (Folio - 392 pages)

Première publication 1960 - édition définitive 1980

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Roman dit "autobiographique" de Romain Gary (1914-1980), publié au milieu de sa carrière littéraire, une carrière dessinée par sa mère dès son plus jeune âge. Car voilà, Romain a été "managé" par sa mère, une juive russe qui l'a élevé seul. Elle a toujours vu très grand pour lui. Il était impossible qu'il ne devienne pas célèbre.

Né à Vilnius (Wilno dans le roman, de par son nom quand la ville était polonaise), il a passé son enfance ici poussé inlassablement à briller par sa mère. Il s'est essayé dans tous les arts principaux : musique, peinture, danse, chant... Mais pas de talent hélas. Alors, plus tard, à Nice, il faudra trouver encore et toujours un art... Pourquoi pas le tennis et comme la mère n'a peur de rien pour promouvoir son fils, elle le fait jouer sous l'oeil du roi de Suède... Mais toujours pas de talent... Alors, pourquoi pas la littérature en désespoir de cause. Pour la mère, ce sera le Prix Nobel assuré pais attention à la syphilis qui a atteint tant d'écrivains...

Vous aurez compris que l'auteur est en "fusion" avec sa mère, sous domination tout de même et que l'humour est présent tout au long du livre pour "sauver" l'auteur de ses déceptions.

Page 160 ; "...Instinctivement,sans influence littéraire apparente, je découvris l'humour, cette façon habile et entièrement satisfaisante de désamorcer le réel au moment même oùil va vous tomber dessus. L'humour a été pour moi, tout le long du chemin, un fraternel compagnonnage ; je lui dois mes seuls instants véritables de triomphe sur l'adversité".

 

L'auteur va prendre son véritable "envol" avec la deuxième guerre mondiale en devenant justement aviateur. A l'image de Guynemer pour la mère naturellement... La séparation va être alors de longue durée :la guerre entière en fait. Il a laissé sa mère gravement malade à Nice mais pendant ces années terribles 1940-1944, ils vont s'écrire. On saura à la fin du livre pourquoi sa mère ne s'enthousiasme pas lorsqu'il lui parle de ses exploits aux côtés de la "France Libre" qu'il a ralliée dès l'armistice. Le Général de Gaulle lui a remis la Croix de la Libération et là encore sa mère ne s'emballe pas...

 

Autobiographie pas très fidèle mais mise au "pinacle" par les exigeances de la mère, adorée par l'auteur, au point qu'il a toujours ses mots d'encouragement en tête tout le temps, y compris quand il aime des femmes, car sa mère lui a dit qu'il ne devait jamais rester sans femme dans sa vie, elle n'étant pas éternelle notamment...

On rit souvent dans ce livre car Romain est quelque peu un "Bouvard et Pecuchet", seulement, j'ai trouvé par moment que c'était un peu "lourd" ces "vantardises" de la mère ou du fils?

C'est bien écrit, c'est plaisant à lire mais le manque d'humilité finit par lasser.

Denis

 

Livre lu dans le cadre du blogoclub animé par Sylire et Liza.

 

La promesse de l'aube de Romain Gary (Folio)
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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 18:11
Ludwig de Klaus Mann (Alinéa)

Ludwig : Nouvelle sur la mort du roi Louis II de Bavière

de Klaus Mann

(Alinéa - 105 pages - mai 1987)

Traduit de l'allemand par Pierre-François Kaempf

Titre original : Vergittertes Fenester

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Les cinéphiles apprécieront le fait que ce texte a inspiré Luchino Visconti pour son chef d'oeuvre : Ludwig (Le crépuscule des Dieux). Klaus Mann publie ce texte en 1937, peu avant de quitter l'Allemagne nazie.

 

J'ai une grande fascination pour la famille Mann immortalisée par Thomas Mann, prix Nobel de Littérature. Et cet automne, j'ai décidé de lire quelques livres de cette famille. Et j'ai commencé avec ce court texte de très belle facture : Ludwig. Je vous renvoie également vers mon article de 2008 sur son autobiographie, absolument GENIALE : "Le tournant"

 

Dans ce texte, Klaus Mann évoque les derniers moments de la vie de ce "roi fou", Ludwig II, roi de Bavière (1845-1886).

 

Juin 1886, chateau de Berg : Ludwig, déclaré paranoïaque par le Docteur Von Gudden, est interné ici. Le roi n'est pas étonné de voir que les fenêtres de sa chambre sont grillagées et qu'on veut le faire mourir ici, peut-être par empoisonnement, demande t-il à Von Gudden, car il sait que son oncle veut prendre sa place. Pas si fou que cela Ludwig que l'on découvre ici très lucide sur ce qui lui arrive.

Une fois seul dans sa chambre, Ludwig repense à Richard Wagner (1813-1883), mort à Venise et qui l'a "trahi" en pleine gloire. Et pourtant, c'était grâce à Ludwig que le musicien a pu mettre en oeuvre sa "monumentale" oeuvre.

Ludwig implore Dieu : comment sortir d'ici et retrouver le cours de sa vie ! Une vie de passionné d'art, construisant des chateaux dignes de Louis XIV. Personne ne l'a alors traité de fou et aujourd'hui, on lui en veut à mort. Il demande alors à un infirmier de lui permettre de se promener dans le chateau, là même où il a rencontré Wagner pour la première fois, il y a 22 ans.Il revoit aussi en esprit sa cousine Sophie qu'il a failli épouser.

Et puis, Ludwig demande cette fois au Dr Von Duggen de l'accompagner dans le parc et au bord du lac où il a également de bons souvenirs, ce qui se fait sans difficulté, lui montrant ainsi qu'il n'est pas vraiment "prisonnier" ici.

Seulement, le soir, Ludwig demande une nouvelle fois à aller au bord du lac, mais cette fois, seul avec le Docteur. Et c'est alors que Ludwig se jette dans l'eau et entraîne dans sa mort Von Duggen... Elisabeth d'Autriche, sa cousine, va alors venir voir le corps de Ludwig.

 

Ces dernières heures de la vie de Ludwig sont magistralement retracées par Klaus Mann, décidément un très grand auteur, digne de son père et de sa famille écrivaine. Ce texte est sans doute épuisé dans cette version de l'édition Alinéa (diffusée à l'époque par Payot), mais vous le trouverez en édition Phebus.

 

A lire absolument, je ne le dirai jamais assez...

A bientôt pour d'autres livres de la famille Mann...

 

Bonne lecture,

Denis

Ludwig de Klaus Mann (Alinéa)
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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 21:58
HENRI IV DE LUIGI PIRANDELLO (Folio Théâtre)

Henri IV de Luigi Pirandello (Folio - théâtre- 160 pages)

Traduit de l'italien par Michel Arnaud

Edition présentée et annotée par Robert Abirached

Titre original "Enrico IV"

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Luigi Pirandello commence à écrire Henri IV alors que sa plus célèbre pièce "Six personnages en quête d'auteur" est encore représentée en 1921. Et tout se passe comme si un courant circulait d'une pièce à l'autre. Et la question qui se pose tout au long de la pièce est : l'homme qui se prend pour Henri IV est-il fou ou joue t-il à la folie? Est-il responsable ou sème t-il à tous vents des mots sans conséquences ?

Pour Henri IV, sortir de la folie, c'est retrouver une vie où il faut reprendre le flot des préoccupations et obligations du quotidien...

 

Qui est donc ce Henri IV? Un "fou" qui se fait passer pour Henri IV. Mais quel Henri IV? C'est la question que pose Berthold au début de la pièce. Harald lui répond :

"Henri IV d'Allemagne, mon cher ! Dynastie des Saliens !"

Ordulphe : "Le grand et tragique empereur !"

 

En effet, le personnage "fou" se fait passer depuis sa chute de cheval, 20 ans plus tôt pour l'empereur Henri IV né en 1050. Proclamé empereur à 6 ans, le vrai Henri IV eut des déboires avec le pape Grégoire VII et fut excommunié faisant élire par la suite un antipape. Après 3 excommunications, il mourut, destitué par ses fils à Liège en 1106.

 

La femme du "fou" a décidé de venir le voir mais il faut en passer par la théâtralisation de la rencontre. Elle se déguise en duchesse Adélaïde et le docteur qui l'accompagne va prendre l'habit de "l'abbé de Cluny". Des hallebarbiers vont les introduire auprès de l'empereur Henri IV et les mettre en scène dans le ton du XIe siècle. Henri IV joue le jeu, reconnait sa femme et comprend que le docteur est venu pour mesurer l'ampleur de sa folie.

Après cette "mascarade", Henri IV dit clairement à son homme de confiance qu'il feint la folie depuis 20 ans. Seulement, revenir dans le monde d'aujourd'hui lui est impossible. Il dit qu'en plus sa femme est venue avec son amant, ce qui est une insulte à sa personne. Il est "piégé", s'étant enfermé dans une image qui lui permettait de "sortir du monde" pour ne plus pouvoir revenir en arrière. De plus, il est convaincu que son accident a été provoqué pour le faire sortir de la vie de sa femme...

 

Une tragédie traitée sur le ton de l'absurde, l'incommunicabilité entre les êtres. Tout est théâtre, thème cher à l'auteur.

Trois actes avec beaucoup de "didascalies" pour guider lecteur et acteur dans cette tragédie.

Un texte très bien écrit qui nous entraine dans cette "folie théâtrale" par un auteur exprimenté dans l'art de la "tromperie", Pirandello (1867-1936) prenant également quelques libertés avec l'Histoire. Un auteur que j'aime retrouver régulièrement dans mes lecture et qui a marqufé le théâtre du 20e siècle, influençant notamment Sartre, Genet, Salacrou ou Ionesco...

A lire pour le plaisir de découvertes littéraires.

 

Bonne lecture,

 

Denis

Lecture dans le cadre de cette année "2014- je lis du théâtre !"

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Published by DENIS - dans LITTERATURE
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