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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 17:01
Une odyssée américaine de Jim Harrison (Flammarion)

Une odyssée américaine de Jim Harrison

(Flammarion - 2009 - 320 pages)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Brice Matthieussent

Titre original : The English Major (USA - 2008)

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Cliff a décidé de changer de vie et de quitter sa femme Vivian qui le trompe avec Fred. Il part dans son vieux break Taunus marron faire le tour des USA. Il a retrouvé un puzzle des USA et à chaque fois qu'il arrivera dans un état il jettera une pièce. Il commence par le Michigan, point de départ de son odyssée. Le prochain état est le Wisconsin avant de rejoindre le Minnesota. 

Il retrouve Marybelle une de ses étudiante d'autrefois et ils continuent le voyage ensemble, épanouis sexuellement. Elle l'épuise et passe beaucoup de temps sur son portable. Leur route va se séparer dans le Montana quand Marybelle rejoint sa fille et son mari. 

Il roule vers la Californie où il va passer quelques jours avec son fils Robert. Marybelle vient les rejoindre. Son break a rendu l'âme et son fils lui achète un 4x4. Il repart seul, nostalgique de Vivian. N'aurait-il pas intérêt à venir rejoindre sa femme? Mais alors, doit-il renoncer à son voyage.

Il ne traverse qu'une quinzaine d'états avant de rentrer chez lui et abandonner temporairement son périple "américain". Son âge ne l'aide pas trop à l'imaginer.

Ce roman n'est pas vraiment un récit de voyage car on est plus dans le "psychologique" que dans le "descriptif". Il profite de ces temps de route pour réfléchir sur ce qu'il est, ce qu'il est en train de faire et ce qu'il perd à partir ainsi sur les routes.

Page 17 : "Par la fenêtre de la cuisine j'ai regardé mon vieux break Taurus marron qui affichait deux cent mille kilomètres au compteur et je me suis dit qu'il était toujours vaillant. J'ai baissé les yeux vers les quarante-huit Etats multicolores."

Comme dans la plupart des romans de Jim Harrison (1937-2016), l'amour et la sexualité, la pêche, et le voyage en voiture, sans oublier le "gentleman farmer" sont au centre de ce roman. On se laisse toujours porté par les mots de cet auteur qui sait nous "hypnotiser" pour nous embarquer dans ses aventures.

Cliff s'amuse à donner un nouveau nom à chaque Etat de l'Union.

Exemple : Alabama devient  Chickasaw  ou Californie, Chumesh

Ce n'est certainement pas le meilleur roman de Jim Harrison, sans doute la raison pour laquelle c'est Flammarion et non son éditeur habituel, Christian Bourgois, qui l'a édité. Mais lire Harrison, c'est tout de même toujours un ravissement.

Bonne lecture,

Denis

(Livre lu notamment dans le cadre de ma thématique 2017 sur le voyage en littérature).

 

 

Une odyssée américaine de Jim Harrison (Flammarion)
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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 15:24
Prévert l'irréductible d'Hervé Hamon (Tohubohu Editions)

Prévert l'irréductible - Tentative d'un portrait  de Hervé Hamon

(Tohubohu Editions - 144 pages - janvier 2017)

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La très jeune maison d'édition Tohubohu Editions a publié début janvier 2017, un passionnant livre de l'auteur Hervé Hamon, né en 1946, à l'occasion des 40 ans de la disparition de Jacques Prévert (1900-1977).

L'auteur a écrit plusieurs livres avec Patrick Rotman avant d'écrire en "solo". La mer l'a beaucoup inspiré et cette fois-ci, il se consacre à Jacques Prévert.

 

Prévert a été anarchiste dans l'âme se refusant à être endoctriné. Il a aimé rire. Rire de tout sans jamais être mièvre, son oeuvre étant souvent grave derrière le rire. 

Son éducation religieuse a tourné court à onze ans mais lui a permis de rendre visite à des pauvres. L'école s'est arrêtée pour lui à quatorze ans. Il a aimé l'école buissonnière tout en ayant de bonnes notes malgré tout. Il a alors appris aussi à marcher et à observer le monde parisien. 

Les premiers grands amis de jeunesse sont Yves Tanguy, futur peintre et Marcel Duhamel. Ils lisent beaucoup et Marcel leur fait découvrir la librairie d'Adrienne Monnier. Ils entrent alors dans l'univers du surréalisme. Prévert adore la poésie de Rimbaud et se délecte des Chants de Maldoror. 

Prévert commence à écrire au début des années 30. Son frère Pierre lui fait découvrir le cinéma mais c'est le théâtre "anarchiste" qui le lance avec le groupe octobre dont les pièces anticapitalistes font fureur notamment en Russie, celle d'avant les purges staliniennes. 

La rencontre avec Marcel Carné est déterminante pour faire quelques chef d'oeuvres tels "les visiteurs du soir" ou "les enfants du paradis" fait et terminé pendant la guerre. Arletty et surtout Jean Gabin ont contribué au succès du duo et de leur "belle équipe" (Kosma et les autres...). Ils ont tous été résistants et ont su faire des films sans compromissions. 

Par la suite, il y aura la fructueuse collaboration avec Paul Grimaud qui débouchera sur "Le Roi et l'Oiseau".

Il a bien sûr écrit de la poésie tout au long de sa vie mais on voit combien les autres arts l'ont toujours interpellé. C'est là le grand intérêt de cette "tentative de portrait".

Rappelez-vous le génial "Tentative de description de têtes à Paris - France", clin d'œil au sous-titre de ce livre.

 

Je remercie Manon Kauffmann des éditions Tohubohu qui m'a permis de découvrir ce livre que je vous recommande vivement.

On passe un bon moment avec Prévert à travers ce livre et on revisite les grands moments du cinéma et de la littérature des années 1930-1977.

A lire sans modération, et un éditeur à suivre...

Et je vous renvoie au petit article que j'avais fait sur Prévert dans ma série "Lire de la poésie de A à Z".

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

Prévert l'irréductible d'Hervé Hamon (Tohubohu Editions)
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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 20:34
Première liste pour le Prix de La Closerie des Lilas  2017

 

Voici le communiqué de presse que j'ai reçu de la part de Juliette Tafall :

 

 

- Communiqué de presse -
Paris, 2 février 2017

 

Mercredi 1er février 2017 les membres du jury du Prix de La Closerie des Lilas se sont réunis à la Closerie des Lilas à Paris. Une première sélection de 7 romans de femmes parus à la rentrée de janvier a été établie. La seconde liste sera rendue publique le 21 mars 2017. Le Prix sera remis le 19 avril 2017.

 

10 ans :

2017 est l’année des 10 ans du Prix de la Closerie des Lilas. Pour fêter cet événement, ​le plus féminin des prix littéraires a le plaisir d’accueillir Claude Lelouch, président d’honneur de l’édition 2017.

Le Prix de la Closerie des Lilas a pour mission de soutenir et faire connaître une littérature féminine de qualité. Par souci d’indépendance et d’ouverture, la volonté des fondatrices a été d’instituer un jury invité différent chaque année qui rassemble des femmes du monde des arts, des lettres, de la presse, des sciences et de la politique.

 

Le jury invité en 2017:

Lydia Bacrie, Victoria Bedos, Bérénice Bejo, Claire Chazal, Catherine Clément, Diane von Furstenberg, Emmanuelle Devos, Daniela Lumbroso, Orlan.

 

Le jury permanent :

Emmanuelle de Boysson (journaliste Version Fémina, romancière), Adélaïde de Clermont-Tonnerre (Point de Vue, romancière), Carole Chrétiennot (cofondatrice du Prix de Flore), Stéphanie Janicot (Muze, romancière), Jessica Nelson (Editions des Saints Pères, romancière), Tatiana de Rosnay (romancière).

 

 

 

 

 

Première sélection :

Apatride de Shumona Sinha, Éditions de l’Olivier

Hadamar de Oriane Jeancourt Galignani, Éditions Grasset

Les parapluies d’Erik Satie de Stéphanie Kalfon, Éditions Joëlle Losfeld

Par amour de Valérie Tong Cuong, Éditions J.C. Lattès

Peggy dans les phares de Marie-Eve Lacasse, Éditions Flammarion

Pour que rien ne s’efface de Catherine Locandro, Éditions Héloïse d’Ormesson

Trois saisons d’orage de Cécile Coulon, Éditions Viviane Hamy

 

La lauréate :

La lauréate sera l’invitée privilégiée de La Closerie des Lilas pendant une année, pour un montant de 3 000 euros.


La maison Montblanc partenaire du prix depuis sa création en 2007, liée à l’écriture depuis ses origines, remettra à la lauréate du Prix de la Closerie de Lilas un stylo d’exception.

Élégant, intense et audacieux, le style de la maison Duval-Leroy reflète à la perfection les valeurs du Prix de la Closerie des Lilas. Assurément la plus féminine de champagne, la maison Duval-Leroy est très fière de remettre à la lauréate un magnum de « Femme de Champagne », la cuvée de prestige de la maison familiale et indépendante.

 

Plus d’informations :

Site officiel : www.prixcloseriedeslilas.fr

#PCL2017 / Facebook / Twitter / Vimeo

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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 18:11
Pssica d'Edyr Augsto (Asphalte)

Pssica d'Edyr Augusto

(Asphalte - 142 pages - février 2017)

Traduit du portugais (Brésil) par Diniz Galhos

Edition originale au Brésil : 2015 avec le même titre

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C'est le deuxième roman (polar) d'Edyr Augusto que je lis après "Nid de Vipère" l'an dernier et que j'avais beaucoup aimé.

C'est ainsi que j'ai demandé à l'éditeur s'il était possible de recevoir ce nouveau roman qui vient juste de sortir en librairie et je l'en remercie de me l'avoir envoyé en service de presse.

 

Janalice a 14 ans et a été renvoyée du lycée, son petit ami faisant circuler une vidéo de leurs ébats sexuels. Elle est alors conduite chez sa tante mais Celio le petit ami de la tante abuse d'elle la nuit. Elle rencontre Dionete, une jeune femme qui l'initie à la drogue et partage son ami avec elle. Et un jour Janalice est enlevée. 

Page 11 : "Hey ! Di est au marché. Une robe dans les mains. Ca te dirait de l'acheter? Pas cher ! Regarde, ça te va super bien. Parfait pour une fête ! Allez, achète-là. Ce que tu as. J'ai pas d'argent. Dionete se propose de lui offrir. Je m'arrangerai, pour l'argent. Bon. Allez, on y va. Elles s'approchent de la rue Riachuelo. Dionete va droit vers un homme grisonnant."

Une bande a attaqué le magasin de Manoel prenant sa femme en otage après qu'il ait tiré sur un des voleurs. Sa femme morte, assassinée, il part à la recherche des agresseurs et tombe sur un des organisateurs et le tue. Preá devenu Jonas a tout vu et se promet vengeance. 

Amadeu un flic en retraite et ami du père de Janalice est missionné par lui pour retrouver sa fille. La meilleure piste est Dionete mais son corps a été transpercé de balles en pleine rue par un motard. 

Janalice passe plusieurs mois auprès de Zé qui l'a achetée. Bien qu'il soit d'aspect plutôt répugnant elle finit par aimer faire l'amour avec lui jusqu'à ce qu'elle soit brusquement emmenée avec d'autres filles sur un bateau. 

Preá s'est constitué une bande et arraisonne avec violence les bateaux qui circulent sur le fleuve. 

Les règlements de compte ont lieu entre bandes. Et lors d'une fête Janalice est montrée comme la plus belle des putes présentes. Preá passe un moment délicieux avec elle. Elle lui demande de la sortir d'ici et il est prêt à l'acheter. Manoel a aussi repéré Janalice et lui aussi voudrait la sauver mais au matin elle est embarquée pour Cayenne et une fusillade éclate pour la protéger des deux qui veulent la sortir de cette prostitution...

Pssica signifie "malédiction". Les personnages sont réellement victimes de "malédiction". Rien ne va comme ils le voudraient dans cette zone du Brésil, à la frontière de la Guyane où la violence fait partie des "us et coutumes".

On retrouve dans ce livre le style incisif fait de phrases très courtes qui claquent comme les évènements terribles qui se répandent dans ces pages.

Edyr Augusto, né en 1954 à Belem, connaît bien cette région qui sert de cadre à chacun de ses livres. Il n'épargne pas son lecteur, au point de le noyer de temps en temps dans ces mondes où il faut changer de nom régulièrement pour survivre. On ne se souvient plus toujours de qui est qui par rapport à tel ou tel personnage. On aime tuer, c'est une certitude car il faut toujours se venger de quelqu'un.

Une narration efficace pour ce roman dans lequel on espère à chaque page que Janalice pourra sortir des griffes de ces hommes sans foi ni loi...

Bonne lecture,

Denis

Pssica d'Edyr Augsto (Asphalte)
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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 17:01
Moi, gouverneur du détroit de Magellan de Pedro Sarmiento de Gamboa (Cosmopole)

Moi; gouverneur de détroit de Magellan (1581-1584)

(La première colonisation de la Terre de feu)

de Pedro Sarmiento de Gamboa

(Cosmopole - 220 pages - 2001)

Traduit de l'espagnol et présenté par André Roussel

D'après l'édition espagnole "Viajes al estrecho de Magellanes (Madrid, 1988)

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Pedro Sarmiento de Gamboa est missionné par le roi d'Espagne Philippe Il pour prendre en main les colonies portugaises, les écarter définitivement du pouvoir portugais et mettre fin aux pillages des anglais conduits par Francis Drake. Gamboa quitte difficilement le port de Cadix en décembre 1581 en compagnie de Diego Flores de Valdes plutôt hostile à cette expédition qui doit passer par le Cap Vert et les Açores avant de rejoindre Rio de Janeiro puis le détroit de Magellan. 

Chaque étape du long voyage coupé de haltes est source de conflit entre Gamboa et Flores, ce dernier faisant tout pour faire échouer l'expédition. Ainsi il va dépouiller tout ce qu'il peut : armes, soldats, nourriture et vêtements en quittant définitivement l'expédition en juin 1583. 

Ce témoignage à charge montre que malgré ces déboires, Pedro Sarmiento et ses troupes ont tenu à  se montrer courageux pour honorer Sa Majesté le Roi d'Espagne. 

Contre vents et marées ils atteignent enfin le détroit début février 1584 et mettent pied à terre pour hisser un drapeau blanc qui matérialise la prise de possession de ce territoire. 

Il fonde officiellement la ville de Ciudad del Nombre de Jesus et fait la paix avec les indiens puis il longe le détroit dont il est devenu gouverneur pour fonder une deuxième ville, Ciudad del Rey Don Felipe en mars. Mais l'hiver arrive brutalement en avril dans cette région. Une mutinerie incite plus que jamais à quitter le détroit y laissant seulement quelques colons. 

 

Ce récit de Pedro Sarmiento de Gamboa (1532-1592) est très vivant, agréable à lire alors que ce genre de "récit de voyage" dans ces années 1500 est souvent rébarbatif. On vit véritablement aux côtés de cet homme historien, humaniste en proie aux tourments de cet infernal voyage de 3 ans où il faut se confronter à la nature et aux hommes.

Si vous en avez l'occasion, n'hésitez pas à lire ce récit "épique" sur les traces de Magellan (1480-1521) qui a ouvert la voie du détroit que Pedro Sarmiento de Gamboa va coloniser un peu plus de 60 ans plus tard.

Bonne lecture,

Denis

(Cette lecture s'inscrit dans mon cycle de lectures sur la littérature du voyage).

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Moi, gouverneur du détroit de Magellan de Pedro Sarmiento de Gamboa (Cosmopole)
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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 19:30
" Chez eux " Carole Zalberg - Babel Actes Sud
" Chez eux " Carole Zalberg - Babel Actes Sud

 

Chez eux de Carole Zalberg

(Babel - Actes Sud - 99 pages - 2015)

 

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Ce récit sobre et prenant à la fois, nous emmène dans le quotidien de cette fillette juive " Anna Wajismky " , venue de Pologne en France avec sa mère en 1938, afin d'essayer de passer entre les mailles du filet nazi et éviter ainsi la déportation vers des camps.

Anna se retrouve confiée à une famille de fermiers à Vacheresse en Haute - Loire , les Poulou ( Poulange de leur nom de famille ).

Des paysans bourrus , incapables de témoigner ne serait - ce qu'un peu d'affection à cette petite fille mais qui ont le courage de cacher cette enfant juive au risque de leur vie.

Anna se retrouve loin des siens dans un quotidien rude au sein de la ferme, un manque d'amour, et aussi des conditions matérielles déplorables dues à la guerre.

Mais sa force , elle la puise à l'école , auprès de son institutrice , MelleTournon qui lui témoigne dès son arrivée toute son attention , son soutien et de la tendresse.

Elle fera d'ailleurs tout son possible pour préparer un avenir à Anna quoi qu 'il arrive!

Malgré les manques et les duretés de la vie , Anna s'en sortira transformée, car le déracinement, la perte d'identité sont affaires de survie pour cet enfant juive.

 

Inspiré par l'histoire de la propre mère de l'auteur, ce récit sobre et tendre , dresse un monument de pudeur aux enfants cachés de la Seconde Guerre mondiale et à tous ceux qui , en dépit des risques, leur ont porté secours au nom de la dignité et de la solidarité humaine.

 

J'ai eu un coup de cœur pour la 4ème de couverture lors du Salon du livre de la Mairie du VII ème à Paris , le samedi 28 janvier dernier.

 

L'occasion de rencontrer Carole Zalberg, une découverte pour moi, qui m'a gentiment dédicacé son livre.

 

Une belle plume, une auteur dont je lirai d'autres livres et que je vous conseille vivement de découvrir !

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 17:48
Kafka sur le rivage de MURAKAMI Haruki (10/18)

Kafka sur le rivage de MURAKAMI Haruki

(10/18 - 638 pages - juin 2007)

Traduit du japonais par Corinne Atlan

Titre original: Umibe no Kafuka (2003)

Première édition française : Belfond 2006

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Cartésiens de tout poil, passez votre chemin. Ce roman n'est pas fait pour vous, sauf si comme moi, vous êtes curieux en littéraire et n'hésitez pas à vous "mettre en danger", bousculant alors votre "confort" littéraire.

Car ce roman qui a eu un grand succès de librairie se joue de tous les genres pour nous emmener dans les tréfonds des rêves et des fantasmes.

Laissez-vous porter par les mots de MURAKAMI avec en fonds d'oreille la bande sonore du roman qui passe sans soucis de Coltrane à Beethoven entre autre. N'oubliez pas d'avoir à côté de vous l'oeuvre de Kafka, de Soseki, sans oublier les "Contes des mille et unes nuits".

 

Un jeune garçon, Kafka Tamura (un pseudonyme) se doit de s'enfuir de chez lui le jour de ses quinze ans pour affronter la tempête de la vie, influencé par le "garçon nommé corbeau". 

Il part donc en autocar pour une nuit de route vers l'île de Shikoku. 

Une jeune fille, Sakura, qui pourrait être sa sœur l'aborde lors de la halte sur l'autoroute et termine le voyage à ses côtés. A l'arrivée elle lui donne son numéro de téléphone.  

Il passe sa première journée à la bibliothèque privée de la fondation Komura, propriété d'une riche famille. 

Nakata est idiot depuis 60 ans après un évanouissement collectif d'une classe en 1944. Il est le seul à être resté évanoui plusieurs jours. Il sait parler avec les chats et l'un d'eux qu'il surnomme Otsuka lui dit que son ombre est plus mince que celle des autres humains comme s'il lui manquait la moitié de son corps. Quand il est revenu de son évanouissement au bout de deux semaines Nakata était amnésique ne se souvenant pas de son chat qu'il admirait pourtant. 

Kafka vient de subir un moment d'inconscience et se réveille avec du sang qui n'est pas le sien. Quant à  Nakata il apprend d'une chatte Mimi qu'un grand homme à chapeau et bottes de cuir tue des chats dans le secteur. 

Sakura écoute Kafka raconter son histoire et l'héberge pour une nuit et le lendemain il raconte une autre partie de son histoire à Oshima, le jeune homme qui travaille à la bibliothèque et il l'emmène loin d'ici en pleine forêt où il a hérité d'une cabane. Kafka pourra y rester deux ou trois jours avant qu'il lui trouve une solution de travail à la bibliothèque avec hébergement. 

Nakata est guidé par un chien jusqu'à l'homme qu'il recherchait comme tueur de chats. Il le voit tuer des chats devant lui et lui dit que quand il en aura assez qu'il le tue. C'est ce qu'il fait avant qu'il ne tue la chatte qu'il cherche désespérément. 

Kafka rentre avec Oshima pour s'installer comme promis à la bibliothèque où il pourra travailler. Oshima lui parle alors de Melle Saeki la responsable de la bibliothèque. Elle a aimé un des fils Komura dans sa jeunesse au point d'écrire une seule chanson qui a eu un succès fou "Kafka sur le rivage". 

Vous aurez compris que deux histoires parallèles se déroulent sous nos yeux. Kafka nous parle, au présent, de son vécu alors que l'histoire de Nakata qui se déroule dans le même temps, suppose-t-on (car il n'y a aucunes certitudes dans ce roman), est racontée par un narrateur qui parle au passé, comme pour prendre du recul.

Tel un métronome, le roman alterne les deux histoires un chapitre sur deux pendant plus de 600 pages et 49 chapitres.

L'écrivain Kafka est cité car bien sûr le titre nous renvoie vers cet auteur de l'absurde et tout semble bien absurde dans ce roman où il peut pleuvoir des poissons ou des sangsues, un homme est capable de parler avec une pierre. On peut tuer sans le savoir. Des fantômes apparaissent prenant parfois la forme de personnages "connus" : le capitaine Sanders ou Johnny Walken. Bien d'autres artifices, telle cette pierre qui peut être légère ou très lourde selon les moments, des ténèbres en pleine forêt... viennent aussi rompre avec la rationalité de la vie.

Kafka en tchèque veut dire "corbeau" ! Etonnant, non !

J'ai fait cette lecture avec Marjorie Littérature sous forme d'une "lecture commune" où presque tous les jours nous avons échangé via messenger nos impressions. Et nous avons eu le même sentiment du 'roman inachevé", qui donne des pistes de réflexion sur l'initiation à la vie d'un adolescent à travers les scènes "fantastiques" qui se succèdent dans le roman.

Nos mots pour résumer le livre : perplexité, scepticisme, étonnement !

Un drôle de livre pas drôle du tout !

A lire pour entrer dans un univers où la philosophie, la psychanalyse entrent en scène pour nous proposer une "interprétation" de la vie ! Sachant que nos questions resteront certainement sans réponses.

Bonne lecture,

Denis

 
Kafka sur le rivage de MURAKAMI Haruki (10/18)
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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 17:30
Pêcheur d'Islande de Pierre Loti (Folio)

 

Pêcheur d'Islande de Pierre Loti (Folio - 340 pages)

Edition présentée et annotée par Jacques Dupont

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Yann est un des six marins embarqué sur la "Marie" pour l'expédition annuelle de six mois en mer d'Islande.

A terre, ici à Paimpol, on les appelle les islandais. Ils font fureur auprès des filles quand ils sont à terre. Gaud a repéré Yann, le grand, ami comme frère avec Sylvestre. Elle est amoureuse de lui mais il semble ne pas s'en rendre compte. Ils ont dansé ensemble puis il l'a ignorée par la suite repartant ce mois de mai pour les mers d'Islande sans imaginer combien elle se languit de lui. 

Sylvestre est appelé pour le service militaire et il part pour la Chine en tant que gabier. C'est le temps de la guerre du Tonkin et il attend avec impatience le moment du combat. Il apprend alors que le père de Gaud est mort brutalement. Finie la fortune et elle va devoir travailler l'éloignant encore plus de Yann. 

P. 139- début du chapitre : "Il avait pris le large emporté très vite sur des mers inconnues, beaucoup plus bleues que celle de l'Islande. // Le navire qui le conduisait en extrême Asie avait ordre de se hâter, de brûler les relâches.  // Déjà il avait conscience d'être bien loin, à cause de cette vitesse qui était incessante, égale, qui allait toujours, presque sans souci du vent ni de la mer. Etant gabier, il vivait dans sa mâture, perché comme un oiseau, évitant ces soldats entassés sur le pont, cette cohue d'en bas". 

Le très vaillant Sylvestre se fait tirer dessus et le retour en bateau n'a plus le goût du voyage plein d'espoir car celui-ci le conduit vers la mort. 

P. 165 : "A bord de ce transport qui allait partir, on le coucha dans l'un des petits lits de fer alignés à l'hôpital et il recommença en sens inverse sa longue promenade à travers les mers. Seulement, cette fois, au lieu de vivre comme un oiseau dans le plein vent des hunes, c'était dans les lourdeurs d'en bas, au milieu des exhalaisons de remèdes, de blessures et de misères."

Yann et Gaud vont-ils finir par se marier et vivre le parfait amour, dans ce monde difficile où l'apprentissage de la vie passe par le travail difficile, la douleur et l'angoisse.

Toutes les femmes "d'islandais" passent 6 mois de l'année à s'angoisser et à attendre le retour du bateau qui va leur rapporter leur "homme". Et eux attendent aussi le retour après ces mois difficiles pour revoir les leurs, pour courir les filles s'ils sont libres...

Pierre Loti, que l'on classe sans difficultés dans la catégorie des "écrivains-voyageurs" a, avec ce roman, rompu avec sa manière d'écrire des récits de voyages accomplis par lui-même.

On est beaucoup à terre dans ce roman mais on voyage par la pensée avec Yann ou Sylvestre dans leur "épopée" en mer d'Islande. Passe aussi la tragédie des jeunes appelés au Tonkin pour y faire une guerre "inutile" (si l'on ose dire que les guerres peuvent être utiles !).

"Pêcheur d'Islande" a été publié en 1886.Sa riche documentation a permis aux lecteurs de découvrir la vie difficile des pêcheurs bretons.

Ce livre a été considéré comme le "chef d'oeuvre" de Pierre Loti (1850-1923).

Ernest Renan a écrit : "Ces pêcheurs d'Islande sont mes cousins et arrière-cousins... Bréhat, Paimpol, Lézardieux et Plourivo sont peuplés du vieux clan d'où je sors. Vous les avez peints à merveille, cher et admirable artiste que vous êtes".

Une très belle plume qui sait être tragique (en mer ou dans l'attente du retour) ou romantique (les amours nés ou à naître). Un style pur et efficace dans la veine réaliste du XIXe siècle pour le plus grand plaisir de lecture. Jusqu'à la fin, on espère toujours une lueur de bonheur dans cette Bretagne ouverte au monde extérieur.

A lire sans modération.

Ce livre s'inscrit bien sûr dans ma thématique 2017 "Eloge du voyage - écrivains-voyageurs".

Bonne lecture,

Denis

 

 

Pêcheur d'Islande de Pierre Loti (Folio)
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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 17:06
Le mobile de Javier Cercas (Actes Sud)

Le mobile de Javier Cercas

(Actes Sud - 90 pages - novembre 2016)

Traduit de l'espagnol par Elisabeth Beyer et Aleksandar Grujicic

Titre original : El Movil (1987 puis 2003)

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L'auteur nous informe en fin de volume que ce livre est paru initialement en 1987 et comprenait 5 récits. Après relecture 15 ans plus tard, Javier Cercas a décidé de ne garder que ce texte. Il vient d'être traduit et publié en France cet automne, après que 7 livres de l'auteur aient été publiés depuis 2002 par Actes Sud.

Alvaro rêve d'être écrivain, lui qui est fasciné par Gustave Flaubert. Il est employé dans un cabinet juridique et quand il rentre dans son immeuble il ne pense qu'à écrire. Mais écrire quoi?

Il connaît bien peu de monde et se dit qu'il se doit absolument de raconter des "choses vues" car il n'a pas vraiment d'imagination.

Page 9 :  "Il avait subordonné sa vie à la littérature ; ses amitiés, ses intérêts, ses ambitions, son avancement professionnel ou l'amélioration de ses finances, ses sorties dans la journée ou la soirée, tout s'était vu relégué au bénéfice de celle-ci".

 

Alors, il se dit que les habitants de son immeuble qu'il ne connaît pas pourraient servir de modèles à ses personnages, à commencer par la concierge qui est censée tout savoir sur tout le monde. Il n'hésite pas à la séduire et même à coucher avec elle dans ce but.

Il se met aussi à épier ses voisins, à les écouter comme il le peut.

Page 38-39 : "Alvaro s'asseyait sur la lunette des toilettes et tendait l'oreille en retenant son souffle. Dans la fourmilière matinale de l'immeuble, il les entendait se lever, réveiller les enfants, préparer et prendre le petit-déjeuner. (...) Dans le silence de la nuit, il l'entendait, elle, qui riait de plaisir, ou il surprenait les murmures des conversations dans la pénombre paisible de leur chambre ; puis, les respirations saccadées, les gémissements, le grincement en rythme du lit, et le silence immédiatement après. Un matin, il les entendit rire ensemble sous la douche..."

 

Vous aurez compris qu'il y a beaucoup d'humour dans ce court récit. Alvaro va se rendre aimable avec chacun, engageant la conversation avec presque tous ses voisins alors qu'il ne parlait quasiment jamais avant d'entreprendre son grand oeuvre littéraire !

 

Une lecture stimulante et fort agréable pour découvrir ou approfondir sa connaissance de l'oeuvre de Javier Cercas, né à Caceres en 1962.

 

Bonne lecture,

Denis

Le mobile de Javier Cercas (Actes Sud)
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19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 17:46
Comme l'ombre qui s'en va d'Antonio Muñoz Molina (Le Seuil)

Comme l'ombre qui s'en va d'Antonio Muñoz Molina

(Le Seuil - 440 pages - Août 2016)

Traduit de l'espagnol par Philippe Bataillon

Titre original : Como la sombra que se va (2014)

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"Mes jours sont comme l'ombre qui s'en va et moi comme l'herbe qui a séché." (Psaume CII)

Puis le roman débute ainsi : "La peur m'a réveillé immergé dans la conscience d'un autre; la peur et l'intoxication par les lectures et les recherches. C'était comme ouvrir les yeux dans une pièce autre que celle où je m'étais endormi. Dans mon éveil persistait la panique d'un rêve."

 

Un livre très ambitieux, plus qu'un roman assurément. L'auteur aura mis près de 30ans pour venir à bout de son projet.

Tout a commencé au tout début de l'année 1987.quand Antonio Muñoz Molina a décidé de partir en "repérage" à Lisbonne pour y achever son roman "Un hiver à Lisbonne". C'est alors qu'il trouve des traces du passage de James Earl Ray en 1968 peu après qu'il ait assassiné Martin Luther King à Memphis (USA). L'homme est arrivé à Lisbonne sous une fausse identité : Ramon George Sneyd et s'est installé à l'hôtel "Portugal".

L'écrivain va alors déambuler dans Lisbonne avec deux projets en tête : trouver l'inspiration des lieux pour acheter un roman qu'il n'arrive pas à terminer puis aller sur les traces d'un assassin pour en faire peut-être un jour un roman.

Antonio Muñoz Molina a quitté sa famille pour quelques jours alors que sa femme vient d'accoucher d'un enfant. Il culpabilise tout en sachant qu'il a besoin de sortir de son milieu familial et de son travail de fonctionnaire.

Il refait alors sur site et mentalement le long parcours de James Earl Ray qui l'a mené de la délinquance et de la prison au meurtre d'un homme qu'il ne connaissait même pas. Un certain Raoul pourrait être derrière tout cela. De manière décousue et au fil des années jusqu'à la rédaction de ce roman dans les année 2010, l'auteur taille son sillon pour essayer de comprendre pourquoi cet homme a tué à Memphis le 4 avril 1968.

Pas de linéarité dans ce roman. On suit les errances de l'auteur dans ses pensées et ses voyages. Il relit les journaux, les témoignages, rencontrent quelques personnes qui ont rencontré ou croisé James Earl Ray au Canada, à Londres, à Barcelone, à Memphis lors de sa longue cavale de deux mois avant d'être arrêté à Londres.

On lit le roman comme si l'on était aux côtés d'Antonio Muñoz Molina sans trop savoir où conduiront les lectures, les rencontres. Un roman de "work in progress" qu'il faut lire lentement. De toute façon on ne peut pas aller vite car les pages sont denses, sans aucuns dialogues. Les pensées arrivent brusquement au détour d'une page ou d'une rue... Il n'y a pas de vérités dans ce livre car tout peut être remis en cause y compris les propres convictions de l'auteur.

Un livre très "psychologique" voire "philosophique". Un livre de grande qualité littéraire à lire sans précipitation.

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

Comme l'ombre qui s'en va d'Antonio Muñoz Molina (Le Seuil)
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Published by DENIS - dans LITTERATURE
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