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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 20:35
Bonjour tristesse de Françoise Sagan (Julliard)

Bonjour tristesse par Françoise Sagan (Julliard - 188 pages - 1954)

Prix des critiques 1954

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Françoise Sagan née en 1935 a 19 ans au moment où elle publie ce premier roman. Son héroïne Cécile a étrangement 17 ans et est issue comme son auteur de la bourgeoisie parisienne. Elle a également échoué à son baccalauréat. Encore un point commun.

Aujourd'hui, on appellerait cela de l'auto-fiction, terme inconnu en 1954.

Autant que je dise tout de suite que j'ai horreur de ces milieux bourgeois où la fête, l'alcool et le "m'as tu vu" est de rigueur. Où l'insoucience est de rigueur (si l'on peut parler de rigueur). C'est dire que je suis entré avec réticence dans ce roman et dans l'univers de Françoise Sagan.

Mais, quand j'ai lu que le titre du roman venait d'un vers de Paul Eluard

Adieu tristesse

Boujour tristesse

(La vie matérielle)

je me suis dit qu'il y avait un intérêt à lire ce roman. Il faut bien des critères pour avoir envie d'entrer dans un livre.

Et là j'ai découvert une jeune adulte en pleine recherche de son "moi" (ou son égo), prête à tout pour sauver le "couple" formé avec son père, au risque de se montrer retorse, sans toutefois avoir la force de caractère d'aller jusqu'au bout de ses "perversités". C'est là que l'on voit qu'elle n'est pas mature et qu'elle doute.

 

Alors voici l'intrigue du roman qui permettra de mieux comprendre le jeu de Cécile :

 

Cécile, 17 ans, est orpheline de mère et passe des vacances en bord de Méditerranée avec son père et son amie Elsa. Le soir le père annonce qu'il a invité Anne la meilleure amie de la mère de Cécile, laquelle a tenu un temps un rôle de mère pour elle.

Elle a fait de la voile avec Cyril et ressenti ses premiers émois pour lui. Anne arrive surprise qu' Elsa soit là et la première soirée se passe bien. Cécile se rappelle alors la vie frivole et mondaine où son père l'a entraînée à Paris.

Étonnant trio pour Cécile: Un séducteur (le père), une demi-mondaine (Elsa, frivole et plutôt "bête") et une femme de tête (Anne, toujours sérieuse et intelligente dans ses réflexions et ses attitudes). D'ailleurs Anne voudrait que Cécile travaille pour obtenir l'examen raté de juin.

Trois semaines de bonheur où Anne se montre polie avec Elsa.

Ils partent un soir danser et Cécile surprend son père enlacé avec Anne dans sa voiture. Quand elle revient auprès d'Elsa celle-ci a tout compris et dit qu'elle partira demain. Cécile sent un mal-être en elle. Et dès ce matin là son père et Anne annoncent qu'ils vont se marier. Cécile dit que c'est une bonne idée mais très vite elle comprend que sa vie ne sera plus la même car déjà Anne a demandé à Cécile de ne plus voir Cyril qu'elle a surpris un peu trop embarqués dans leur amour et elle lui a fait travailler une phrase de Bergson.

 

Comment faire échouer ce mariage? c'est tout l'art de la deuxième partie du roman que je tairai pour laisser un minimum de suspens à ceux et celles qui ne l'ont jamais lu.

 

Jeu pervers de la séduction, du mensonge, de l'imagination débordance chez une jeune fille de 17 ans... On aurait pu être dans du Sade soft si Cécile avait été courageuse et téméraire...

 

Tout le talent de Françoise Sagan est dans l'étude psychologique de son personnage principal qui dit "je" et qui est indéniablement le double de l'auteur. On se prend à "jouer" avec Cécile et à entrer dans ce drame bourgeois bien estampillé "années 1950", au temps où l'on pouvait croire que l'argent coulait à flot et que les belles voitures seraient la manière de "bruler" la vie à l'image d'un Roger Nimier, auquel j'ai souvent pensé en lisant "Bonjour tristesse".

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

(Lecture faite dans le cadre de lectures communes autour de Françoise Sagan organisé par Lou de libellus)

 

 

Bonjour tristesse de Françoise Sagan (Julliard)
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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 08:51
L'épopée du buveur d'eau de John Irving (Le Seuil)

L'épopée du buveur d'eau de John Irving

(Editions du Seuil - 1988 - 368 pages)

Traduit de l'anglais (USA) par Michel Lebrun

Titre original : The Water-Method Man - New York -1972

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Deuxième roman de John Irving, après "Liberté pour les ours" (Setting Free The Bears) de 1968, "L'épopée du buveur d'eau" a été publié en France en 1988 après que l'auteur aura connu une certaine notoriété avec "Le monde selon Garp" (1980).

Ce roman a certaines caractéristiques que l'on avait déjà découvertes dans son premier roman : Vienne, les ours, le zoo... Mais avec "L'épopée du buveur d'eau" la majeure partie du roman se passe aux USA.

 

Fred Bogus Trumper a des  problèmes urinaires et son amie Tulpen via son gynécologue lui a conseillé d'aller voir à New York un urologue français Vigneron qui lui dit que son canal est étroit et sinueux. Il doit boire beaucoup et pour l'amour il doit avoir la vessie pleine au moment de l'acte et aller uriner après.

Il a connu un premier mariage avec Biggie qui lui a donné un fils, Colm.mais les soucis financiers les ont assaillis, son père lui ayant ôté tout espèce d'argent et d'aide dès lors où il a connu Biggie.

Trumper a travaillé sur une traduction du nordique primitif . Et puis il a rencontré Ralph Packer à ses début de cinéaste. Il l'a accompagné ensuite dans ses films d'avant garde faisant des doublages en allemand et participant avec Tulpen, la nouvelle femme de sa vie, au montage et à la bande son.

Fred Trumper se présente comme le double de l'auteur, né le même jour, au parcours universitaire identique avec passage par l'Autriche.

Ces deux amours de Trumper forment alors la trame du livre, l'auteur alternant les moments passés avec Biggie puis ceux passés avec Tulpen.

 

John Irving nous concocte des anecdotes savoureuses comme celle-ci (aux USA) :

Pour gagner un peu d'argent il vendait des badges aux entrées de matchs de foot et il eut honte de ce travail en voyant son élève, la belle Lydia Kindle. il se cacha derrière son panneau et le copain de Lydia le fit tomber avec tous les badges. Il en perdit son bouleau mais eut droit plus tard dans la soirée aux baisers amoureux de Lydia. Biggie qui sembla le pardonner.

 

Le cinéma est également au centre du roman avec ce Ralph, cinéaste d'art et essai sans grand talent.

Trumper raconte comment il a rencontré dans une station de ski Biggie venue des USA à 19 ans pour gagner une course internationale. Il était dans une auberge avec son ami diabétique et moniteur de ski, Merrill Overturf quand elle est arrivée avec deux skieuses. Il avait vu son interview impertinente et est tout de suite tombé sous son charme. Et quelle paire de seins en plus qu'il devine sous son pull.

Et puis il y a ce problème urologique. Trumper est allé avec Tulpen prendre un rendez-vous chez Vigneron pour se faire opérer puisque la méthode aqueuse ne fonctionne pas.

Toujours indécis, Trumper a l'habitude de quitter brusquement les uns ou les autres. C'est ce qu'il a fait avec Biggie puis avec Tulpen. Il recherche toujours un ami, tel ce Merril. Il ne peut se fixer nulle part ni dans un métier bien précis.

Seule sa traduction le retient régulièrement et l'aide à se concentrer.

 

En compagnie de Trumper, on passe d'un lieu à un autre, d'une époque à une autre. Les femmes et les amis passent. Rien n'est figé et on déambule pour notre plus grand plaisir. John Irving est décidément un "enchanteur littéraire". Avec des écrivains tels que lui, j'aime rester dans leur univers "fantastique" le plus longtemps possible.

Trois semaines de bonheur de lecture.

Prochaine étape, son troisième roman publié aux USA : "Un mariage poids moyen" (The 158-Pound Marriage - 1974).

 

Bonne lecture,

Denis

 

Livre qui s'inscrit dans le "mois américain" chez Martine.

L'épopée du buveur d'eau de John Irving (Le Seuil)
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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 17:46
Lire la poésie : de A à Z... (37/50) - S comme Senghor

Un poète : Leopold Sedar Senghor (1906-2001 / Sénégal)

Un recueil : Elégies majeures (1979)

Un poème :                                      

 

                        Élégie pour Martin Luther King

 

(pour un orchestre de jazz)

I

Qui a dit que j’étais stable dans ma maîtrise, noir sous l’écarlate sous l’or ?
Mais qui a dit, comme le maître de la masseet du marteau, maître du dyoung-dyoung du tam-tam.
Coryphée de la danse, qu’avec ma récade sculptée
Je commandais les Forces rouges, mieux que leschameliers leurs dromadaires au long cours ?
Ils ploient si souples, et les vents tombent et les pluies fécondes.
Qui a dit qui a dit, en ce siècle de la haine et de l’atome
Quand tout pouvoir est poussière toute force faiblesse, que les Sur-Grands
Tremblent la nuit sur leurs silos profonds de bombes et de tombes, quand
A l’horizon de la saison, je scrute dans la fièvre les tornades stériles
Des violences intestines ? Mais dites qui a dit ?
Flanqué du sabar au bord de l’orchestre, les yeux intègres et la bouche blanche
Et pareil à l’innocent du village, je vois la vision j’entends le mode et l’instrument
Mais les mots comme un troupeau de bufflesconfus se cognent contre mes dents
Et ma voix s’ouvre dans le vide.
Se taise le dernier accord, je dois repartir à zéro,tout réapprendre de cette langue
Si étrangère et double, et l’affronter avec malance lisse me confronter avec le monstre
Cette lionne-lamantin sirène-serpent dans le labyrinthe des abysses.
Au bord du chœur au premier pas, au premiersouffle sur les feuilles de mes reins
J’ai perdu mes lèvres donné ma langue au chat, je suis brut dans le tremblement.
Et tu dis mon bonheur, lorsque je pleure Martin Luther King !

II

Cette nuit cette claire insomnie, je me rappelle hier et hier il a un an.
C’était lors le huitième jour, la huitième année de notre circoncision
La cent soixante-dix-neuvième année de notre mort-naissance à Saint-Louis.
Saint-Louis Saint-Louis ! Je me souviens d’hier d’avant hier, c’était il y a un an
Dans la Métropole du Centre, sur la presqu’île de proue pourfendant
Droit la substance amère. Sur la voie longue large et comme une victoire
Les drapeaux rouge et or les étandards d’espérance claquaient, splendides au soleil.
Et sous la brise de la joie, un peuple innombrable et noir fêtait son triomphe
Dans les stades de la Parole, le siège reconquis de sa prestance ancienne.
C’était hier à Saint-Louis parmi la Fête, parmi les Linguères et les Signares
Les jeunes femmes dromadaires, la robe ouverte sur leurs jambes longues
Parmi les coiffures altières, parmi l’éclat desdents le panache des rires des boissons. Soudain
Je me suis souvenu, j’ai senti lourd sur mes épaules, mon cœur, tout le plomb du passé
J’ai regardé j’ai vu les robes fanées fatiguées sous le sourire des Signares et des Linguères.
Je vois les rires avorter, et les dents se voiler des nuages bleu noir des lèvres
Je revois Martin Luther King couché, une rose rouge à la gorge
Et je sens dans la mœlle de mes os déposées lesvoix et les larmes, hâ ; déposé le sang.
De quatre cents années, quatre cents millions d’yeux deux cents millions de cœurs deux cents millions de bouches, deux cents millions de morts,
Inutiles, je sens qu’aujourd’hui, mon Peuple je sens que
Quatre Avril tu es vaincu deux fois mort, quand Martin Luther King.
Linguères ô Signares mes girafes belles, que m’importent vos mouchoirs et vos mousselines
Vos finettes et vos fobines, que m’importent voschants si ce n’est pour magnifier
MARTIN LUTHER KING LE ROI DE LA PAIX ?
Ah, brûlez vos fanaux Signares, arrachez, vous, Linguères vos perruques
Rapareilles et vous militantes mes filles, que vous soyez de cendres, fermez laissez tomber vos robes
Qu’on ne voie vos chevilles : Toutes femmes sont nobles
Qui nourrissent le peuple de leurs mains polies de leurs chants rythmés.
Car craignez Dieu, mais Dieu déjà nous a frappés de sa gauche terrible
L’Afrique plus durement que les autres, et le Sénégal que l’Afrique
En mil neuf cent soixante-huit !

 

III

C’est la troisième année c’est la troisième plaie, c’est comme jadis sur notre mère l’Egypte.
L’année dernière, ah Seigneur, jamais tu ne t’étais tant fâché depuis la Grande Faim
Et Martin Luther King n’était plus là, pour chanter ton écume et l’apaiser.
Il y a dans le ciel des jours brefs de cendres, des jours de silence gris sur la terre.
De la pointe des Almadies jusqu’aux contreforts de Fongolimbi
Jusqu’à la mer en flammes de Mozambique, jusqu’au cap de Désespoir
Je dis la brousse est rouge et blancs les champs, et les forêts des boîtes d’allumettes Qui craquent. Comme de grandes marées de nausées, tu as fait remonter les faims du fond de vos mémoires.
Voici nos lèvres sans huile et trouées de crevasses, c’est sous l’Harmattan le poto-poto des marigots.
La sève est tarie à sa source, les citernes s’étonnent, sonores
Aux lèvres des bourgeons, la sève n’est pas montée pour chanter la joie pascale
Mais défaillent les swi-mangas sur les fleurs les feuilles absentes, et les abeilles sont mortelles.
Dieu est un tremblement de terre une tornade sèche, rugissant comme le lion d’Ethiopie au jour de sa fureur.
Les volcans ont sauté au jardin de l’Eden, sur trois mille kilomètres, comme feux d’artifice aux fêtes du péché
Aux fêtes de Séboïm de Sodome de Gomorrhe, les volcans ont brûlé les lacs
Et les savanes. Et les maladies, les troupeaux ; et les hommes avec
Parce que nous ne l’avons pas aidé, nous ne l’avons pas pleuré Martin Luther King.
Je dis non, ce ne sont plus les kapos, le garrot le tonneau le chien et la chaux vive,
Le piment pilé et le lard fondu, le sac le hamac le micmac, et les fesses au vent au feu, ce ne sont plus le nerf de bœuf la poudre au cul
La castration l’amputation la cruxifixion – l’on vous dépèce délicatement, vous brûle savamment à petit feu le cœur
C’est la guerre post-coloniale pourrie de bubons, la pitié abolie le code d’honneur
La guerre où les Sur-Grands vous napalment par parents interposés.
Dans l’enfer du pétrole, ce sont deux millions et demi de cadavres humides
Et pas une flamme apaisante où les consumer tous
Et le Nigéria rayé de la sphère, comme la Nigritie pendant sept fois mais sept fois soixante-dix ans.
Sur le Nigéria Seigneur tombe, et sur la Nigritie, la voix de Martin Luther King!

 

IV

C’était donc le quatre Avril mil neuf cent soixante huit
Un soir de printemps dans un quartier gris, un quartier malodorant de boue d’éboueurs
Où jouaient au printemps les enfants dans les rues, fleurissaient le printemps dans les cours sombres
Jouaient le bleu murmure des ruisseaux, le chant des rossignols dans la nuit des ghettos
Des cœurs. Martin Luther King les avait choisis,le motel le quartier les ordures les éboueurs
Avec les yeux du cœur en ces jours de printemps, ces jours de passion
Où la boue de la chair serait glorifiée dans la lumière du Christ.
C’était le soir quand la lumière est plus claire et l’air plus doux
L’avant-soir à l’heure du cœur, de ses floraisons en confidences bouche à bouche, et de l’orgue et du chant et de l’encens.
Sur le balcon maintenant de vermeil, où l’air est plus limpide Martin Luther debout dit pasteur au pasteur :
« Mon frère n’oublie pas de louer le Christ dans sa résurrection, et que son nom soit clair chanté ! »
Et voici qu’en face, dans une maison de passe de profanation de perdition, oui dans le motel Lorraine
- Ah, Lorraine, ah, Jeanne la blanche, la bleue, que nos bouches te purifient, pareilles à l’encens qui monte !
Une maison mauvaise de matous de marlous, se tient debout un homme, et à la main le fusil Remington.
James Earl Ray dans son télescope regarde le Pasteur Martin Luther King regarde la mort du Christ :
« Mon frère n’oublie pas de magnifier ce soir le Christ dans sa
résurrection! »
Il regarde, l’envoyé de Judas, car du pauvre vous avez fait le lycaon du pauvre
Il regarde dans sa lunette, ne voit que le cou tendre et noir et beau.
Il hait la gorge d’or, qui bien module la flûte des anges
La gorge de bronze trombone, qui tonne sur Sodome terrible et sur Adama.
Martin regarde devant lui la maison en face de lui, il voit des gratte-ciel de verre de lumière
Il voit des têtes blondes bouclées des têtes sombre frisées, qui fleurissent des rêves
Comme des orchidées mystérieuses, et les lèvres bleues et les roses chantent en chœur comme l’orgue accordées.
Le Blanc regarde, dur et précis comme l’acier.
James Earl vise et fait mouche
Touche Martin qui s’affaisse en avant, comme une fleur odorante
Qui tombe : « Mon frère chantez clair Son nom, que nos os exultent dans la Résurrection ! »

 

V

Cependant que s’évaporait comme l’encensoir le cœur du pasteur
Et que son âme s’envolait, colombe diaphane qui monte
Voilà que j’entendis, derrière mon oreille gauche, le battement lent du tam-tam.
La voix me dit, et son souffle rasait ma joue :
« Ecris et prends ta plume, fils du Lion ». Et je vis une vision.
Or c’était en belle saison, sur les montagnes du Sud comme du Fouta-Djallon
Dans la douceur des tamariniers. Et sur un tertre
Siégeait l’Etre qui est Force, rayonnant comme un diamant noir.
Sa barbe déroulait la splendeur des comètes ; et à ses pieds
Sous les ombrages bleus, des ruisseaux de miel blanc de frais parfums de paix.
Alors je reconnus, autour de sa Justice sa Bonté, confondus les élus et les Noirs et les Blancs
Tous ceux pour qui Martin Luther avait prié.
Confonds-les donc, Seigneur, sous tes yeux sous ta barbe blanche :
Les bourgeois et les paysans paisibles, coupeurs de canne cueilleurs de coton
Et les ouvriers aux mains fiévreuses, et ils font rugir les usines, et le soir ils sont soûlés d’amertume amère.
Les Blancs et les Noirs, tous les fils de la même terre mère.
Et ils chantaient à plusieurs voix, ils chantaient Hosanna ! Alléluia !
Comme au Royaume d’Enfance autrefois, quand je rêvais.
Or ils chantaient l’innocence du monde, et ils dansaient la floraison
Dansaient les forces que rythmait, qui rythmaient la
Force des forces : la Justice accordée, qui est
Beauté Bonté.
Et leurs battements de pieds syncopés étaient comme
une symphonie en noir et blanc
Qui pressaient les fleurs écrasaient les grappes, pour
les noces des âmes :
Du Fils unique avec les myriades d’étoiles.
Je vis donc – car je vis – Georges Washington et Phillis Wheatley, bouche de bronze bleue qui annonça la liberté – son chant l’a consumée _
Et Benjamin Franklin, et le marquis de La Fayette sous son panache de cristal

Abraham Lincoln qui donna son sang, ainsi qu’une boisson de vie à l’Amérique
Je vis Booker T. Washington le Patient, et William E.B. Dubois l’Indomptable qui s’en alla planter sa tombe en Nigritie
J’entendis la voix blues de Langston Hughes, jeune comme la trompette d’Armstrong. Me retournant je vis Près de moi John F. Kennedy, plus beau que le rêve d’un peuple, et son frère Robert, une armure fine d’acier.
Et je vis – que je chante ! – tous les Justes les Bons, que le Destin dans son cyclone avait couchés
Et ils furent debout par la voix du poète, tels de grands arbres élancés
Qui jalonnent la voie, et au milieu d’eux Martin Luther King.
Je chante Malcom X, l’ange rouge de notre nuit
Par les yeux d’Angela chante Georges Jackson, fulgurant comme l’Amour sans ailes ni flèches
Non sans tourment. Je chante avec mon frère
La Négritude debout, une main blanche dans sa main vivante
Je chante l’Amérique transparente, où la lumière est polyphonie de couleurs
Je chante un paradis de paix.

 

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Magnifique texte en hommage à Martin Luther King assassiné un certain 4 avril 1968 par Léopold Sedar Senghor, poète et homme politique quand il en a senti le besoin au Sénégal en pleine recomposition suite à la décolonisation. Il fut le premier président du Sénégal de 1960 à 1980, sans pour autant cesser d'écrire de la poésie. Il s'est aussi engagé dans la francophonie.

Il fut le vice-président du Haut-Conseil de la Francophonie.

En 1962, il est l'auteur de l'article fondateur "le français, langue de culture" dont est extraite la célèbre définition : « La Francophonie, c'est cet Humanisme intégral, qui se tisse autour de la terre ».

 

Bonne lecture,

Denis

 

Martin Luther King

Martin Luther King

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 17:00
Rouge Turner D ' Yvan Michotte (Editions Cogito)

Rouge Turner d'Yvan Michotte

(Editions Cogito - Septembre 2012 - 237 pages)

 

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Premier roman d'Yvan Michotte "sous-titré" "POLAR", professeur de lettres et histoire-géographie.

On sent dans ce roman "fort" l'intérêt particulier que l'auteur porte à l'histoire comme ses deux principaux personnages.

 

En 1832, le célèbre peintre William Turner (1775-1851) s'est blessé en peignant et a découvert ainsi l'intérêt de la couleur rouge sang. Bien plus tard, le peintre Leo Demercx peint pour gagner le premier prix au concours de La Bouille quand il voit une jeune femme et la suit intrigué. Il reçoit un coup et se retrouve ficelé sur une chaise, saignant lui aussi.

Pastorius, détective privé a reçu la vidéo de la torture de Demercx jusqu'à sa mort, l'invitant à venir à la Bouille,ce qu'il fait. Il va dans un café et se fait apostropher par une belle et agaçante journaliste de télévision qui lui parle du crime et veut savoir pourquoi il est là. Il lui dit juste sa profession.

Pastorius rencontre les peintres à l'oeuvre dans la Bouille et près de la Seine. Le tué n'était pas aimé des autres et le soir il voit le prêtre dans l'église où le corps avait été déposé. Puis il rencontre le commissaire chargé de l'enquête, alcoolique et qui dit n'avoir aucun indice. Comme le privé est connu pour travailler sur de vieux dossiers et qu'ainsi il est féru d'histoire, il va voir un vieux comte du village mais ce dernier refuse de l'aider. Alors il va à la bibliothèque de Rouen sans trouver de documents intéressants et aux archives départementales on lui dit que les documents qu'il cherche sur la peinture au XIXe siècle ont disparu.

Deuxième meurtre dans les mêmes conditions. Cette fois c'est un peintre anglais et une nouvelle vidéo a été postée sur la boite mail du privé.

La nuit suivante le détective se rend chez le comte. Il braque l'employé avec son revolver et réveille le vieil homme. Il dit savoir qu'il a dérobé des documents des archives et veut savoir ce que sait l'homme. Il accepte alors de se confier et remonte à mai 1940, le soir où des réfugiés belges sont arrivés. il a fallu leur faire de la place et c'est ainsi que le comte a monté des affaires au grenier et a vu des malles couvertes de poussière, trouvant des journaux racontant le meurtre de trois peintres lors du deuxième concours de peinture de 1832. Turner était là en invité et il fut d'ailleurs soupçonné des meurtres. Il aurait fait une toile rouge sang où il aurait marqué le nom du tueur. Le comte n'a jamais retrouvé cette toile. Il faut absolument empêcher ce troisième meurtre aujourd'hui.

Turner coupable? Et qui aujourd'hui ?

L'enquête est lancée, haletante d'autant qu'il est urgent de retrouver l'origine des crimes d'aujourd'hui à 1832, le tueur se montrant impatient quand après les videos il s'adresse directement à Pastorius...

 

Je n'en dirai pas plus.

 

Le livre a été écrit dans le cadre des manifestations "Normandie Impressionniste" et l'auteur décrit avec précision La Bouille et ses alentours, jusqu'à Rouen, la Seine et le bac de La Bouille ayant également leur importance dans le livre.

Oeuvre de circonstance sans doute mais l'auteur sait utiliser les lieux pour nous emporter dans le monde de la peinture de belle manière.

Un très bon livre qui se lit avec grand intérêt, d'autant que je connais assez bien les lieux.

Et croiser Turner n'est pas pour déplaire quand on aime la peinture du 19e siècle.

 

Bonne lecture,

 

Denis

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 08:31
Citation de Dostoïevski sur le caractère de l'homme !

"La gaieté de l'homme, c'est son trait le plus révélateur, avec les pieds et les mains. Il est des caractères que vous n'arrivez pas à percer: mais un jour cet homme clate d'un rire bien franc, et voilà du coup tout son caractère étalé devant vous".

Fedor Dostoïevski (1821-1881), "L'Adolescent"

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Avant dernier roman de Dostoïevski, publié en revue en 1875, puis en volume en 1876, "L'Adolescent" n'est pas le roman le plus connu de l'auteur russe.

 

Le roman raconte quelques semaines de la vie d'Arkadi Makarovitch Dolgorouki, jeune homme solitaire, fils illégitime d'un aristocrate et d'une domestique, qui entretient des relations difficiles avec ses proches et qui préfère se plonger dans des réflexions chaotiques pour mieux exposer son « idée ».

 

J'ai lu ce roman il y a quelques années et je l'ai trouvé assez complexe et moins facile à lire que ses autres romans, dont "Crime et Chätiment", celui que je préfère de son oeuvre.

 

Ce long roman se passe sur un peu plus de deux mois et c'est la confession de cet adolescent rejeté des siens, solitaire.

 

Bonne lecture,

Denis

Citation de Dostoïevski sur le caractère de l'homme !
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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 17:44
Lire la poésie : de A à Z...(36/50) - R comme Rilke

Un poète : Rainer Maria Rilke (1875-1926)

 

Un recueil : Sonnets à Orphée (Die Sonette an Orpheus - 1922)

 

Un poème :

 

            (XV) O Brunnen-Mund...

 

O Brunnen-Mund, du gebender, du Mund,
der unerschöpflich Eines, Reines, spricht, -
du, vor des Wassers fließendem Gesicht,
marmorne Maske. Und im Hintergrund

 

der Aquädukte Herkunft. Weither an
Gräbern vorbei, vom Hang des Apennins
tragen sie dir dein Sagen zu, das dann
am schwarzen Altern deines Kinns

 

vorüberfällt in das Gefäß davor.
Dies ist das schlafend hingelegte Ohr,
das Marmorohr, in das du immer sprichst.

 

Ein Ohr der Erde. Nur mit sich allein
redet sie also. Schiebt ein Krug sich ein,
so scheint es ihr, daß du sie unterbrichst.

 

Traduction française de Claude Vigée :

 

Ô bouche de fontaine, ô libérale, ô bouche

qui profères inépuisablement l'unique et pur -

devant le visage fuyant de l'eau

masque de marbre. Mais dans la distance

 

montée des aqueducs. De loin, passant auprès

des tombes; depuis la pente des Apennins

ils viennent te porter ta parole, qui par-

dessus la noirceur de ton menton viellissant

 

jaillit en avant, jusque dans la vasque !

C'est là l'oreille déposée dormante,

l'oreille de marbre où tu murmures à jamais.

 

Une oreille de la Terre. A nul elle ne parle,

sauf à moi-même. Qu'une cruche en glissant s'interpose,

elle croira que tu l'interromps.

 

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Les Sonnets à Orphée) sont un cycle de 55 sonnets  écrits en 1922 par le poète austro-hongrois Rainer Maria Rilke. Ils furent publiés pour la première fois l'année suivante. Rilke, qui est « largement reconnu pour être l'un des poètes de langue allemande dont le lyrisme est le plus intense», les écrivit en trois semaines dans ce qu'il appela une « tempête créatrice ». Inspiré par la nouvelle de la mort de Wera Ouckama Knoop (1900-1919), compagne de jeux de sa fille, Ruth, il les dédia à la mémoire de cette jeune fille. Il écrivit dans le même temps et avec la même ferveur créatrice les "Elégies à Duino".

 

Le contenu des sonnets est, comme de coutume chez Rilke, hautement métaphorique. Le personnage d'Orphée (que Rilke appelle « le dieu de la lyre » figure plusieurs fois dans le cycle, tout comme d'autres personnages mythiques tels que Daphné. Il y a aussi des allusions à la Bible, dont une mention d'Esaü. Parmi les autres thèmes, il y a les animaux, des gens de cultures différentes, le temps et la mort.

(Extraits de l'article de wikipedia sur les "Sonnets à Orphée")

 

Un poète majeur du début du XXe siècle à lire ou relire sans hésitation.

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Lire la poésie : de A à Z...(36/50) - R comme Rilke
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10 septembre 2015 4 10 /09 /septembre /2015 17:30
Lire la poésie : de A à Z... (35/50) R comme Roubaud

Un poète : Jacques Roubaud (né en 1932)

Un recueil : Mono no aware (Le sentiment des choses - 1970)

Un poème :

 

                Elégie sur l'impermanence de la vie humaine

 

nous sommes sans force contre

l’écoulement des années

les douleurs qui nous poursuivent

centuple douleur sur nous

 

les jeunes filles          en jeunes filles

bijoux chinois à leurs poignets

se saluent manches de soie blanche

trainant le rouge de leurs jupons

main dans la main avec leurs amies

mais comme floraison de l’an

que l’on ne peut freiner jamais

avant même de voir le temps

la gelée blanche sera tombée

sur les chevelures noires

comme les entrailles de l’escargot

et les rides          (d’où venues ?)

creusent le rose des joues

 

les jeunes hommes en guerriers

l’épée courbe à la taille

l’arc ferme dans les mains

sautent sur leurs chevaux bais

aux selles parées d’étoffes

 

et vont partout triomphant

mais ce monde de la joie

sera-t-il le leur toujours ?

les jeunes femmes ferment leur porte

qui glissent plus tard doucement et dans le noir

ils retrouvent leur bien aimée

les bras durs serrent les beaux bras

hélas que ce sont peu de nuits

pour eux dormir emmêlés

avant que bâton au flanc

ils vacillent sur les routes

moqués ici          haïs là

et ce sera pour nous ainsi

 

on peut pleurer sur sa vie

rien n’y fait

 

        souvent je pense

    ah si je pouvais toujours

être le roc éternel

    hélas       chose de ce monde

       je ne peux éloigner l'âge

 

                                    -------------------------------------------

 

Jacques Roubaud, mathématicien de formation, devient très vite poète et rejoint avec Georges Perec l'OULIPO fondé par Raymond Queneau et François Le Lionnais.

Il a publié de nombreux recueils de poésie et met la science mathématique au service de la poésie et de la réflexion théorique sur la poésie. Il sait allier lyrisme et formalisme, tout en distordant l'art poétique et sa métrique à l'image du poème "Elégie sur l'impermanence de la vie humaine".

Dans " Mano no aware", il restitue la pensée japonaise.

Il a également écrit de nombreux récits autobiographiques.

Un grand poète de notre époque à lire avec grand intérêt.

 

Bonne lecture,

 

Denis


 

nous sommes sans force contre

l’écoulement des années

les douleurs qui nous poursuivent

centuple douleur sur nous

 

les jeunes filles          en jeunes filles

bijoux chinois à leurs poignets

se saluent manches de soie blanche

trainant le rouge de leurs jupons

main dans la main avec leurs amies

mais comme floraison de l’an

que l’on ne peut freiner jamais

avant même de voir le temps

la gelée blanche sera tombée

sur les chevelures noires

comme les entrailles de l’escargot

et les rides          (d’où venues ?)

creusent le rose des joues

 

les jeunes hommes en guerriers

l’épée courbe à la taille

l’arc ferme dans les mains

sautent sur leurs chevaux bais

aux selles parées d’étoffes

 

et vont partout triomphant

mais ce monde de la joie

sera-t-il le leur toujours ?

les jeunes femmes ferment leur porte

qui glissent plus tard doucement et dans le noir

ils retrouvent leur bien aimée

les bras durs serrent les beaux bras

hélas que ce sont peu de nuits

pour eux dormir emmêlés

avant que bâton au flanc

ils vacillent sur les routes

moqués ici          haïs là 

et ce sera pour nous ainsi

 

on peut pleurer sur sa vie

rien ny fait

 

        souvent je pense

    ah si je pouvais toujours

être le roc éternel

    hélas       chose de ce monde

       je ne peux éloigner l'âge

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nous sommes sans force contre

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les douleurs qui nous poursuivent

centuple douleur sur nous

 

les jeunes filles          en jeunes filles

bijoux chinois à leurs poignets

se saluent manches de soie blanche

trainant le rouge de leurs jupons

main dans la main avec leurs amies

mais comme floraison de l’an

que l’on ne peut freiner jamais

avant même de voir le temps

la gelée blanche sera tombée

sur les chevelures noires

comme les entrailles de l’escargot

et les rides          (d’où venues ?)

creusent le rose des joues

 

les jeunes hommes en guerriers

l’épée courbe à la taille

l’arc ferme dans les mains

sautent sur leurs chevaux bais

aux selles parées d’étoffes

 

et vont partout triomphant

mais ce monde de la joie

sera-t-il le leur toujours ?

les jeunes femmes ferment leur porte

qui glissent plus tard doucement et dans le noir

ils retrouvent leur bien aimée

les bras durs serrent les beaux bras

hélas que ce sont peu de nuits

pour eux dormir emmêlés

avant que bâton au flanc

ils vacillent sur les routes

moqués ici          haïs là 

et ce sera pour nous ainsi

 

on peut pleurer sur sa vie

rien ny fait

 

        souvent je pense

    ah si je pouvais toujours

être le roc éternel

    hélas       chose de ce monde

       je ne peux éloigner l'âge

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se saluent manches de soie blanche

trainant le rouge de leurs jupons

main dans la main avec leurs amies

mais comme floraison de l’an

que l’on ne peut freiner jamais

avant même de voir le temps

la gelée blanche sera tombée

sur les chevelures noires

comme les entrailles de l’escargot

et les rides          (d’où venues ?)

creusent le rose des joues

 

les jeunes hommes en guerriers

l’épée courbe à la taille

l’arc ferme dans les mains

sautent sur leurs chevaux bais

aux selles parées d’étoffes

 

et vont partout triomphant

mais ce monde de la joie

sera-t-il le leur toujours ?

les jeunes femmes ferment leur porte

qui glissent plus tard doucement et dans le noir

ils retrouvent leur bien aimée

les bras durs serrent les beaux bras

hélas que ce sont peu de nuits

pour eux dormir emmêlés

avant que bâton au flanc

ils vacillent sur les routes

moqués ici          haïs là 

et ce sera pour nous ainsi

 

on peut pleurer sur sa vie

rien ny fait

 

        souvent je pense

    ah si je pouvais toujours

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que l’on ne peut freiner jamais

avant même de voir le temps

la gelée blanche sera tombée

sur les chevelures noires

comme les entrailles de l’escargot

et les rides          (d’où venues ?)

creusent le rose des joues

 

les jeunes hommes en guerriers

l’épée courbe à la taille

l’arc ferme dans les mains

sautent sur leurs chevaux bais

aux selles parées d’étoffes

 

et vont partout triomphant

mais ce monde de la joie

sera-t-il le leur toujours ?

les jeunes femmes ferment leur porte

qui glissent plus tard doucement et dans le noir

ils retrouvent leur bien aimée

les bras durs serrent les beaux bras

hélas que ce sont peu de nuits

pour eux dormir emmêlés

avant que bâton au flanc

ils vacillent sur les routes

moqués ici          haïs là 

et ce sera pour nous ainsi

 

on peut pleurer sur sa vie

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mais comme floraison de l’an

que l’on ne peut freiner jamais

avant même de voir le temps

la gelée blanche sera tombée

sur les chevelures noires

comme les entrailles de l’escargot

et les rides          (d’où venues ?)

creusent le rose des joues

 

les jeunes hommes en guerriers

l’épée courbe à la taille

l’arc ferme dans les mains

sautent sur leurs chevaux bais

aux selles parées d’étoffes

 

et vont partout triomphant

mais ce monde de la joie

sera-t-il le leur toujours ?

les jeunes femmes ferment leur porte

qui glissent plus tard doucement et dans le noir

ils retrouvent leur bien aimée

les bras durs serrent les beaux bras

hélas que ce sont peu de nuits

pour eux dormir emmêlés

avant que bâton au flanc

ils vacillent sur les routes

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et ce sera pour nous ainsi

 

on peut pleurer sur sa vie

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se saluent manches de soie blanche

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main dans la main avec leurs amies

mais comme floraison de l’an

que l’on ne peut freiner jamais

avant même de voir le temps

la gelée blanche sera tombée

sur les chevelures noires

comme les entrailles de l’escargot

et les rides          (d’où venues ?)

creusent le rose des joues

 

les jeunes hommes en guerriers

l’épée courbe à la taille

l’arc ferme dans les mains

sautent sur leurs chevaux bais

aux selles parées d’étoffes

 

et vont partout triomphant

mais ce monde de la joie

sera-t-il le leur toujours ?

les jeunes femmes ferment leur porte

qui glissent plus tard doucement et dans le noir

ils retrouvent leur bien aimée

les bras durs serrent les beaux bras

hélas que ce sont peu de nuits

pour eux dormir emmêlés

avant que bâton au flanc

ils vacillent sur les routes

moqués ici          haïs là 

et ce sera pour nous ainsi

 

on peut pleurer sur sa vie

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main dans la main avec leurs amies

mais comme floraison de l’an

que l’on ne peut freiner jamais

avant même de voir le temps

la gelée blanche sera tombée

sur les chevelures noires

comme les entrailles de l’escargot

et les rides          (d’où venues ?)

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l’épée courbe à la taille

l’arc ferme dans les mains

sautent sur leurs chevaux bais

aux selles parées d’étoffes

 

et vont partout triomphant

mais ce monde de la joie

sera-t-il le leur toujours ?

les jeunes femmes ferment leur porte

qui glissent plus tard doucement et dans le noir

ils retrouvent leur bien aimée

les bras durs serrent les beaux bras

hélas que ce sont peu de nuits

pour eux dormir emmêlés

avant que bâton au flanc

ils vacillent sur les routes

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on peut pleurer sur sa vie

rien ny fait

 

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Lire la poésie : de A à Z... (35/50) R comme Roubaud
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6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 09:00
Le fils de Philipp Meyer (Albin Michel)

Le fils de Philipp Meyer

(Albin Michel - "Terres d'Amérique" - Août 2014 - 671 pages)

Traduit de l'anglais (USA) par Sarah Gurcel

Titre original :"The Son"  - 2013

 ---------------------------------------

 

Saluons tout d'abord le respect de la traduction du titre original, ce qui n'est plus souvent de mise hélas.

J'ai beaucoup aimé ce livre salué l'an dernier comme un des grands romans étrangers de la rentrée et il le mérite. Le style est excellent, fluide et le ton est toujours "juste" (du moins au travers de la traductrice).

Le roman retrace l'aventure d'une famille texane, les McCullough, au travers du destin entrecroisé de trois membres de la famille : Eli, né en 1836, enlevé avec son frère Martin par les Indiens Comanches au printemps 1849, après avoir violé et tué sa mère et sa soeur ; Peter, né en 1870, fils de Eli et enfin, Jeanne Anne née en 1926, petite-fille de Peter et arrière petite-fille d'Eli.

De manière continue, nous suivons tour à tour aux instants de vie de ces trois personnages qui ont fait l'histoire en forme "de grandeur et décadence" d'une famille texane.

Eli est le fondateur de la dynastie dans cet état après avoir vécu deux ans avec les Indiens, devenant ainsi, l'un d'eux et participant aux expéditions contre les yankies et les mexicains. Il aurait pu demeurer Indien mais la tribu dans laquelle il s'est initié à la vie adulte s'est trouvée décimée. Il est alors revenu dans le monde des "blancs", se mariant avec Madeline, et s'installant à Austin, dans le Texan, après la guerre de Sécession. Il a vécu près de 100 ans si bien qu'on le voit vivre aux côtés de Peter et de Jeanne Anne. De par sa force et ses ambitions, il est surnommé "le colonel".

Alors, donc, Peter, fait le lien entre Eli et Jeanne Anne (J.A.). On lit son journal du 10 août 1915 à octobre 1917 : deux années intenses, débutées par un traumatisme important. Sa famille, aidée d'autres blancs, est venue investir le ranch des Garcia, tuant quasiment toute la famille. Peter n'arrive pas à se remettre de ce crime affreux mais comme c'est dans un contexte de guerre au Mexique, cet assassinat n'a jamais été sanctionné par la justice américaine. Peter se désintéresse de plus en plus de la gestion du domaine. C'est à cette époque que le pétrole va jaillir, favorisant l'enrichissement des McCullough. Une Garcia va revenir sur les lieux familiaux Maria, et elle va bouleverser la vie de Peter et des siens.

Enfin, l'itinéraire de Jeanne Anne (J.A.) s'étend sur une longue durée, depuis sa jeunesse auprès du Colonel jusqu'à sa mort, de nos jours. C'est avec elle que la dynastie s'éteint dans la ruine et la misère alors qu'elle est devenue une vieille femme, que le pétrole ne rapporte plus rien ici. Souvent seule, mal conseillée, elle s'est sentie impuissante à faire vivre le domaine d'Austin. Pour elle aussi, un descendant des Garcia va apparaitre dans les derniers moments de sa vie.

 

Rien d'étonnant à ce que l'auteur place en exergue trois passages du livre d'Edward Gibbon "Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain". dont celui-ci : "(...) les vicissitudes de la Fortune, qui n'épargnent ni l'homme ni son plus bel ouvrage (...), ensevelissent villes et empires dans une même tombe".

 

Un livre très facile à lire malgré ce "tronçonnage" en trois histoires parallèles mais les moments des uns et des autres forment l'unité de la famille. On pourrait d'ailleurs s'amuser à relire le livre en reprenant chacun des personnages dans sa continuité narrative.

 

Philipp Meyer, né en 1974, a publié en 2009, un premier roman, "Un arrière-goût de rouille" ("American rust") ("Rouille américaine" en traduction littérale) repris fin août 2015 en folio, traduit également par Sarah Gurcel. C'est aussi un "drame" familial mais cette fois en Pennsylvanie où la crise de l'acier va conduire deux jeunes hommes à fuir vers la Californie. Une autre épopée américaine à vivre sur 500 pages.

 

Un auteur à suivre de près, après ce magnifique roman, véritable coup de coeur.

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

 

Livre qui s'inscrit dans le mois américain organisé en septembre 2015 par Martine du blog   " plaisir à cultiver "

 

Livre qui s'inscrit dans le mois américain

Livre qui s'inscrit dans le mois américain

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 17:32
Lire la poésie : de A à Z... (34/50) - R comme Rimbaud

Un poète : Arthur Rimbaud (1854-1891)

Un recueil : Poésies (1870-1871)

Un poème :

 

                                Les poètes de sept ans

 

Et la Mère, fermant le livre du devoir,
S’en allait satisfaite et très fière, sans voir,
Dans les yeux bleus et sous le front plein d’éminences,
L’âme de son enfant livrée aux répugnances.

 

Tout le jour il suait d’obéissance ; très
Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits,
Semblaient prouver en lui d’âcres hypocrisies.
Dans l’ombre des couloirs aux tentures moisies,
En passant il tirait la langue, les deux poings
À l’aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.
Une porte s’ouvrait sur le soir : à la lampe
On le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe,
Sous un golfe de jour pendant du toit. L’été
Surtout, vaincu, stupide, il était entêté
À se renfermer dans la fraîcheur des latrines :
Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.

 


Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinet
Derrière la maison, en hiver, s’illunait,
Gisant au pied d’un mur, enterré dans la marne
Et pour des visions écrasant son œil darne,
Il écoutait grouiller les galeux espaliers.
Pitié ! Ces enfants seuls étaient ses familiers
Qui, chétifs, fronts nus, œil déteignant sur la joue,
Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue
Sous des habits puant la foire et tout vieillots,
Conversaient avec la douceur des idiots !
Et si, l’ayant surpris à des pitiés immondes,
Sa mère s’effrayait ; les tendresses, profondes,
De l’enfant se jetaient sur cet étonnement.
C’était bon. Elle avait le bleu regard, — qui ment !

 

À sept ans, il faisait des romans, sur la vie
Du grand désert, où luit la Liberté ravie,
Forêts, soleils, rios, savanes ! — Il s’aidait
De journaux illustrés où, rouge, il regardait
Des Espagnoles rire et des Italiennes.
Quand venait, l’œil brun, folle, en robes d’indiennes,
— Huit ans, — la fille des ouvriers d’à côté,
La petite brutale, et qu’elle avait sauté,
Dans un coin, sur son dos, en secouant ses tresses,
Et qu’il était sous elle, il lui mordait les fesses,
Car elle ne portait jamais de pantalons ;
— Et, par elle meurtri des poings et des talons,
Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.

 

Il craignait les blafards dimanches de décembre,
Où, pommadé, sur un guéridon d’acajou,
Il lisait une Bible à la tranche vert-chou ;
Des rêves l’oppressaient chaque nuit dans l’alcôve.
Il n’aimait pas Dieu ; mais les hommes, qu’au soir fauve,
Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg
Où les crieurs, en trois roulements de tambour,
Font autour des édits rire et gronder les foules.
— Il rêvait la prairie amoureuse, où des houles
Lumineuses, parfums sains, pubescences d’or,
Font leur remuement calme et prennent leur essor !

 

Et comme il savourait surtout les sombres choses,
Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,
Haute et bleue, âcrement prise d’humidité,
Il lisait son roman sans cesse médité,
Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées,
De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,
Vertige, écroulements, déroutes et pitié !
— Tandis que se faisait la rumeur du quartier,
En bas, — seul, et couché sur des pièces de toile
Écrue, et pressentant violemment la voile !


26 mai 1871.

 

 -----------------------------------------------------

 

Un des grands poèmes de Rimbaud avec "Le Bâteau Ivre"

 

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

 

J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

 

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

 

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’oeil niais des falots !

 

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sûres,
L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

 

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

 

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

 

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

 

J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

 

J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

 

J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

 

J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

 

J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

 

Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

 

J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

 

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux…

 

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

 

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;

 

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d’azur ;

 

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

 

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

 

J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,
Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

 

Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !

 

Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

 

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

 

-----------------------------------------------

 

Je ne vois rien à ajouter devant de tels chef d'oeuvres, sauf :

 

Bonne lecture

 

Denis

 

https://www.youtube.com/watch?v=S0gLnBL2axM

 

(pour Le Bateau Ivre par Léo Ferré)

 

 

 

Préface de René Char

Préface de René Char

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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 18:09
Lire la poésie : de A à Z...(33/50) - Q comme Queneau

Un poète : Raymond Queneau (1903-1976)

Un recueil : Cent mille milliards de poèmes (1961)

Un poème :

 

            Cent mille milliards de poèmes

 

1

Quand l’un avec l’autre aussitôt sympathise
pour du fin fond du nez exciter les arceaux
sur l’antique bahut il choisit sa cerise
on espère toujours être de vrais normaux

Souvenez-vous amis de ces îles de Frise
qui se plaît à flouer les provinciaux
un frère même bas est la part indécise
la mite a grignoté tissus os et rideaux

Du Gange au Malabar le lord anglais zozotte
on sale le requin on fume à l’échalotte
lorsqu’il voit la gadoue il cherche le purin

Enfin on vend le tout homards et salicoques
on mettait sans façon ses plus infectes loques
si l’Europe le veut l’Europe ou son destin

 

2

C’était à cinq o’clock que sortait la marquise
depuis que lord Elgin négligea ses naseaux
une toge il portait qui n’était pas de mise
et tout vient signifier la fin des haricots

Je me souviens encor de cette heure exquise
d’où Galilée jadis jeta ses petits pots
aller à la grande ville est bien une entreprise
a tous n’est pas donné d’aimer les chocs verbaux

La Grèce de Platon à coup sûr n’est point sotte
on sale le requin on fume à l’échalotte
lorsque Socrate mort passait pour un lutin

Frère je te comprends si parfois tu débloques
comptant tes abattis lecteur tu te disloques
le Beaune ou le Chianti sont-ils le même vin?

 

3

Du jeune avantageux la nymphe s’était éprise
pour consommer un thé puis des petits gâteaux
il se penche et alors à sa grande surprise
elle soufflait bien fort par-dessus les côteaux

Quand on prend des photos de cette tour de Pise
les gauchos dans la plaine agitaient leurs drapeaux
l’un et l’autre ont raison non la foule imprécise
les Grecs et les Romains en vain cherchent leurs mots

Du Gange au Malabar le lord anglais zozotte
on gifle le marmot qui plonge sa menotte
les croque-morts sont là pour se mettre au turbin

On a bu du pinard à toutes les époques
les Indes ont assez sans ça de pendeloques
si l’Europe le veut l’Europe ou son destin

------------------------------------------------

Et  ainsi de suite,..

 

Le livre "Cent mille milliards de poèmes" comporte 'seulement' 10 pages, chacune découpée en 14 bandes horizontales représentant les 14 vers d'un sonnet. Le recto de chacune des bandes comporte un seul vers. En tournant les bandes séparément, on peut donc composer n'importe lequel des 1014 poèmes! Bien évidemment, la rime est parfaitement respectée pour tous les poèmes qu'il est possible de former.

Il y a donc 1014 soit 100 000 000 000 000 poèmes potentiels. Queneau ajoute : « En comptant 45s pour lire un sonnet et 15s pour changer les volets à 8 heures par jour, 200 jours par an, on a pour plus d’un million de siècles de lecture, et en lisant toute la journée 365 jours par an, pour 190 258 751 années plus quelques plombes et broquilles (sans tenir compte des années bissextiles et autres détails). »

 

N'oublions pas que Raymond Queneau a été un des créateurs de l'OULIPO (Ouvroir de Littérature Potentiel)

 

L’Ouvroir de Littérature Potentielle (OuLiPo) a été fondé le 24 novembre 1960, par François Le Lionnais, Raymond Queneau et une dizaine de leurs amis écrivains et/ou mathématiciens et/ou peintres : Albert-Marie Schmidt, Jean Queval, Jean Lescure, Jacques Duchateau, Claude Berge et Jacques Bens selon le tapuscrit de ce dernier, secrétaire définitivement provisoire du début. La réunion fondatrice a eu lieu au restaurant « Le Vrai Gascon », 82 rue du Bac à Paris.

Le propos était d’inventer de nouvelles formes poétiques ou romanesques, résultant d’une sorte de transfert de technologie entre Mathématiciens et Ecriverons (sic).

 

Cent mille milliards de poèmes en est une des brillantes illustrations.

 

Alors, si vous voulez tester le procédé inventé par Raymond Queneau, allez sur ce site et vous comprendrez tout. On se retrouve à la fin de la lecture dans plus de 190 000 000 d'années.

 

http://emusicale.free.fr/HISTOIRE_DES_ARTS/hda-litterature/QUENEAU-cent_mille_milliards_de_poemes/_cent_mille_milliards.php

 

Bonne lecture,

 

Denis

Lire la poésie : de A à Z...(33/50) - Q comme Queneau
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Published by DENIS - dans POEMES
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