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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 20:23
Un lundi sans bruit de Max Férandon (Carnets Nord)

Un lundi sans bruit de Max Férandon

(Carnets Nord - avril 2015 - 172 pages)

Première édition : 2014 - Editions Alto -Canada

                                        

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Deux parties dans ce roman au ton souvent « caustique » malgré son humour très « premier degré » :

1/Aujourd'hui

Amédée travaille dans une scierie et n'aime pas les lundis. Il fait de la lundinite aiguë. Goguenard le patron de la scierie n'est pas là. Ainsi, c'est Amédée qui accueille les frères Crasimir, 2 redoutables bulgares "mafieux". Il est toujours dans les coups foireux son patron et quand il rentre, Amédée apprend qu'il a fait convoyer dans un cercueil un tableau qui a été volé et les bulgares croient que Goguenard est complice du vol.

Saint-Priest-la-brume a ainsi vu arriver ce lundi les deux bulgares ainsi que les Prunier, mimes de père en fils. Et c’est Ginette, l’amante d'Amédée, qui va recevoir ce monde à l'hôtel d'Auvergne.

Le pauvre Goguenard a eu bien des déboires avec les émirs du Qatar qui voulaient des cercueils en chêne. Trois cents ont été commandés mais le onze-septembre est passé par là et ses cercueils lui sont restés sur les bras. Et alors qu'il vient de faire affaires avec un négociant de vin qui lui a demandé d'ajouter de la sciure de bois pour faire vin vieilli en fût, le type se tue sur la route. C’est dire que cette histoire du tableau volé complique encore la situation.

Mme Goguenard a pour amant le charcutier. Les Crasimir croient que c'est le mari, l'assomme et partent avec lui en camion. Mais Amédée les suit, récupère le cercueil dans lequel est placé le charcutier Alors survient un accident avec un camion de lait qui complique tout…

2/ Hier

La famille juive Ackermann doit fuir l'Alsace au moment de l'exode pendant la deuxième guerre mondiale, faisant halte à Montluçon non sécurisée et finissent par arriver à Saint-Priest-la-brume. Le jeune Josef devenu Jérôme, est placé chez un agriculteur et va à l'école. Grâce à ses instituteurs et à un gendarme complaisant il échappe à une rafle.

Le mime Prunier arrive également à Saint-Priest-la-brume en juin 1943.

Brehmer, lui, est le responsable allemand de la ville et essaye tant bien que mal de temporiser quand il le peut. Seulement les temps changent et les ordres deviennent plus sévères et sur proposition de français soumis à l'autorité allemande une liste est dressée de français à arrêter.

Car il est beaucoup question de listes dans cette partie du récit.

Jérôme se retrouve seul dans la ville quand un lundi matin l'armée allemande vient anéantir la ville… Sera-ce un lundi sans bruit ?

 

On l’aura compris, 2 parties qui sont le miroir de l’autre car le fameux tableau volé était déjà présent dans l’histoire d’hier ainsi que les mimes. M. de La Mothe Grébière, bien vieux et sans tête se voit acheter, racheter son tableau sans cesse, ce qui n’est pas si grave quand on apprend dans la 2e partie, qu’il était pronazi…

Alors, comme je le disais en préambule, l’auteur joue beaucoup avec les mots, même dans les moments tragiques.

Quelques exemples :

Les titres par exemple des « chapitres » : tueurs en scierie, symphonie picturale…

Page 11 : « Le scieur de long n’en mène pas large »

Page 139 : « Le colonel Heindorf vient de se faire limoger ». (Il était en poste à Limoges).

 

Un ton léger pour des situations compliquées qui font basculer les histoires du morbide dans le « burlesque ». On comprend donc très vite qu’il faut accepter ce ton pour entrer dans ce roman.

Ce n’est pas un coup de cœur, mais une très bonne lecture tout de même. Il n’y aurait pas eu ce contexte lourd de deuxième guerre mondiale j’aurais pris plus de plaisir à accepter un ton léger.

 

Merci à Fleur de Carnets Nord de m'avoir envoyé ce livre au demeurant de très belle facture littéraire.

 

A lire pour rire et pleurer...

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

A noter que j'ai lu et présenté il y a deux ans le premier roman de l'auteur chez le même éditeur : Monsieur Ho

 

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 11:20
Lire la poésie : de A à Z... (19/50) J comme JACCOTTET

Un poète : Philippe JACCOTTET (né en 1925) - suisse

Un recueil : L'effraie et autres poésies (1953)

Un poème :

 

                L'effraie

 

La nuit est une grande cité endormie

où le vent souffle... Il est venu de loin jusqu'à

l'asile de ce lit. C'est la minuit de juin.

Tu dors, on m'a mené sur ces bords infinis,

le vent secoue le noisetier. Vient cet appel

qui se rapproche et se retire, on jurerait

une lueur fuyant à travers bois, ou bien

les ombres qui tournoient, dit-on, dans les enfers.

(Cet appel dans la nuit d'été, combien de choses

j'en pourrais dire, et de tes yeux...) Mais ce n'est que

l'oiseau nommé l’effraie qui nous appelle au fond

de ces bois de banlieue. Et déjà notre odeur

est celle de la pourriture au petit jour,

déjà sous notre peau si chaude perce l’os,

tandis que sombrent les étoiles au coin des rues.

 

                                                  -------------------------------------

 

"L'effraie et autres poésies" est le troisième livre de l'auteur et le premier à paraître chez un éditeur français en décembre 2013. Et qui plus est dans la prestigieuse collection "Métamorphoses" dirigée par Jean Paulhan chez Gallimard.

L'installation à Paris de Philippe Jaccottet après guerre a largement contribué à son émancipation littéraire au point de ne plus inscrire dans sa bibliographie ses deux premiers recueils.

Intimisme, maîtrise technique et attention aux détails du quotidien qu'il retrouve chez Henri Thomas ou Eugene Montale influent sur sa poésie d'alors.

De par son titre, le poème initial "L'effraie" se détache des poèmes suivants en formant seul la première séquence du recueli. Le sous-titre, lui, revendique une liberté de structure tout en s'inscrivant dans une tradition, celle des "poésies diverses" de la Renaissance.

Ces poèmes dessinent la silouhette d'un perpétuel errant, d'un déraciné qui raconte aussi les intermittences du coeur ponctuant l'ensemble du recueil d'amours provisoires en des temps de détresse. (Informations issues de l'introduction à ce recueil de Hervé Ferrage dans le tome des oeuvres de Philippe Jaccottet publié dans la collection La Pléiade - Gallimard - 2014).

 

Je vous invite également à lire la passionnante étude de ce poème chez le poète Jean-Michel Maulpoix (que je présenterai à la lettre M).

Lire la poésie : de A à Z... (19/50) J comme JACCOTTET
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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 17:37
Le tableau amoureux de Jacques Renoir (Fayard)

Le tableau amoureux de Jacques Renoir

(Fayard - janvier 2013 - 280 pages)

(Tableau de couverture : La dormeuse (1897)

de Pierre Auguste Renoir)

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Dédicace : "A mes enfants, Mathéo et Pauline, l'histoire de leur histoire..."

 

Ce livre est bien cela : raconter un moment de la vie des Renoir si riche en célébrités, à commencer par Pierre Auguste Renoir (1841-1919), que son arrière-petit-fils, Jacques (né en 1942) décide de mettre en scène dans ce livre.

Nous sommes le 3 mars 1914. Jean Renoir (1894-1979), le futur grand cinéaste, a alors 20 ans et il rentre en permission suite à son engagement dans la cavalerie. Son jeune frère, Claude (le futur père de Jacques) dit Coco est impatient de le revoir. Tout le monde trépigne et son arrivée est un moment de grand bonheur. Jean va voir son père dans son atelier. Il le trouve vieilli dans son fauteuil roulant et sent que ses mains commencent à ne plus répondre comme il le voudrait car Renoir peint inlassablement.

On est à la maison de Cagnes dite "La Collette" achetée grâce à Aline, l'épouse du peintre, qui sentait que son mari y trouverait le calme pour achever ici son oeuvre.

Jean raconte sa vie de casernement et entend s'inscrire dans deux ans aux Cadres Noirs de Saumur. Le lendemain, Aline part à Nice chez un photographe. Elle y voit une jeune et belle vendeuse, Andrée, 17 ans. Aussitôt, Mme Renoir voit en Andrée le modèle parfait pour Renoir. Elle l'invite à venir leur rendre visite, ce qu'elle accepte aussitôt.

La vie aux Collettes va alors en être transformée. Renoir est tout ce suite charmé par la jeune femme et son corps parfait. Et puis, Jean, Claude ne sont pas indifférents à Andrée non plus. Toutefois, Coco est encore bien jeune... Et pourtant la première séance n'a pas été un plaisir pour la jeune modèle car elle se rend compte qu'au lieu de la représenter, Renoir a peint un vase et des fleurs. Elle part en pleurant, décidée à ne pas revenir mais Aline va venir la rechercher quelque temps plus tard. Et la vie reprend insouciante car avec les "domestiques" attachés au domaine, toute barrière sociale est écartée et ils font partie de la vie de la grande famille des Renoir. Coco se plait à s'amuser avec Pierre, Anne et Pauline. Ils font des déjeuners sur l'herbe qui ont tant inspiré le grand Renoir.

De nombreux artistes viennent rendre visite au peintre, notamment Rodin, le sculpteur bien connu. Renoir se lasse vite de ce bon vivant et fait son portrait comme c'était prévu entre eux deux aussi vite que possible pour le voir repartir dès que possible.

Comme chaque année, les Renoir quittent au début de l'été 14 Cagnes où la chaleur indispose la famille et arrivent à Paris après un périple en limousine assez compliqué. Renoir en profite pour songer au passé, à ses débuts de peintre, à ses amours avec ses modèles...

A Paris, ils sont accueillis par Pierre, le fils ainé, acteur. Il vit avec Vera une actrice très connue. car on ne pensait pas trop à la guerre à Cagnes. La guerre éclate et les deux ainés sont engagés dans l'armée. Tous les deux vont être rapidement blessés. Jean va l'être assez gravement et envoyé à Gerardmer où il est soigné.

Aline revenue à Cagnes entent se rendre au chevet de son fils et c'est un nouveau voyage difficile et épuisant en limousine. Elle va sauver son fils de l'amputation grâce à son intervention auprès d'un interne qui va utiliser une nouvelle méthode de soin pour éviter la grangrène. Epuisée, elle va rentrer à Cagnes pour y venir.

Le vieux Renoir va alors se sentir bien seul jusqu'à sa mort, après la guerre, en 1919.

Ce livre permet de vivre de l'intérieur les 5 dernières années de la vie de Renoir entouré des siens dont Coco qui sera le grand-père de Jacques. Ainsi il a pu avoir plus facilement accès aux informations concernant la vie à Cagnes à l'époque pour bâtir ce livre passionnant de bout en bout.

Je conseille très fortement la lecture de ce livre bien écrit. On se sent invité de la famille Renoir, allant dans l'atelier du peintre, voyant cette jeunesse vivante éprise de rêves et d'amour. Et les souvenirs du passé de Renoir permettent de revivre les grands moments de sa vie.

Bonne lecture,

Denis

(PS : un magnifique film a été inspiré de ce livre : Renoir de Gilles Bourdos (2013)

Le tableau amoureux de Jacques Renoir (Fayard)
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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 07:44
Citation de E.M. Cioran sur la vision de soi

"Si l'on pouvait se voir avec les yeux des autres, on disparaitrait sur-le-champ".

 

Emil Michel Cioran (1911-1995), "De l'inconvénient d'être né" (1973)

 

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De l'inconvénient d'être né est un ouvrage publié en 1973 par le philosophe Emil Cioran, qui, sous forme d'aphorismes fragmentés, livre d'effroyables vérités concernant l'absurdité de la condition humaine.

 

L’ouvrage porte sur ce qui serait si l’on était resté à l'état de non-être. Sa première maxime est une mise en relief du temps et de la vie:

“Trois heures du matin. Je perçois cette seconde, et puis cette autre, je fais le bilan de chaque minute.

Pourquoi tout cela? - Parce que je suis né.

C'est d'un type spécial de veilles que dérive la mise en cause de la naissance”

Cioran pratique la désillusion et cultive dans cet ouvrage un goût du paradoxe et de l'autodérision. Sa pensée se fonde sur l’ironie et l’anéantissement des idées de progrès et de bonheur. Les plaintes de cet ouvrage bien que vaines, nous donnent une vision assez juste de la nature humaine, sur ce qui serait si on n'était pas. Ainsi selon Cioran, nous ne courons pas vers la mort, nous fuyons la catastrophe de la naissance. Nous nous démenons, rescapés qui essayons de l’oublier. La peur de la mort n’est que la projection dans l’avenir d’une peur qui remonte à nos premiers instants. Le paradis serait alors un état prénatal sans incarnation.

(Source wikipedia)

 

Denis

Citation de E.M. Cioran sur la vision de soi
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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 16:04
Lire la poésie : de A à Z...(18/50) - J comme JAMMES

Un poète : Francis Jammes (1868-1938)

Un recueil : Clairières dans le Ciel (1906)

Un poème :

 

                      Je la désire

 

Je la désire dans cette ombreuse lumière
qui tombe avec midi sur la dormante treille,
quand la poule a pondu son œuf dans la poussière.
Par-dessus les liens où la lessive sèche,
je la verrai surgir, et sa figure claire.
Elle dira : je sens des pavots dans mes yeux.
Et sa chambre sera prête pour son sommeil,
et elle y entrera comme fait une abeille
dans la cellule nue que blanchit la chaleur.

 

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Ce poème fait partie de la série "Tristesse" du recueil écrit entre 1902 et 1906 et qui comprend :

- En Dieu  /  Tristesses  /  Le poète et sa femme  /  Poésies diverses  /  L'Eglise habillée de feuilles

 

L'auteur précise que les poèmes "En Dieu" et "L'Eglise habillée de feuilles" sont des plus récents. Ils ont été écrits après son retour au catholicisme, l'un en 1905, l'autre en 1906.

 

"Tristesses" reprennent la déception amoureuse de Francis Jammes qui aimait une jeune femme dont la famille a refusé le mariage avec lui.

Les autres parties du recueil sont également en grande partie inspirées par ce désarroi amoureux.

Il va alors se convertir au catholicisme comme une "rédemption" avant, notamment avec le long poème "En Dieu", de suivre le chemin de la vie éternelle...

Et très étonnamment, la partie centrale du recueil est une pièce de théâtre en 3 actes "Le poète et sa femme" d'une quarantaine de pages.

Beaucoup de contrastes et d'originalité dans ce recueil tout à fait attachant et dans ce ton "Paroifs, je suis triste. Et, soudain, je pense à elle. Alors je suis joyeux..."

Je vous propose également ce poème qui se rattache à la partie "poésies diverses" et qui a pour titre :

 

                      Ne me console pas.

 

Ne me console pas. Cela est inutile.
Si mes rêves qui étaient ma seule fortune
quittent mon seuil obscur où s’accroupit la brume
je saurai me résoudre et saurai ne rien dire.

Un jour, tout simplement (ne me console pas !)
devant ma porte ensoleillée je m’étendrai.
On dira aux enfants qu’il faut parler plus bas.
Et, délaissé de ma tristesse, je mourrai.

 

Bonne lecture,

Denis

Lire la poésie : de A à Z...(18/50) - J comme JAMMES
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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 08:03
Citation de Paul Valéry sur la notion du faux

"Tout ce que l'on dit de nous est faux ; mais pas plus faux que ce que nous en pensons. Mais d'un autre faux".

Paul Valéry (1871-1945), Tel Quel (1941)

 

                                                       ---------------------------------------

 

" Peinture. L'objet de la peinture est indécis. S'il était net, - comme de produire l'illusion de choses vues, ou d'amuser l'œil et l'esprit par une certaine distribution musicale de couleurs et de figures, le problème serait bien plus simple, et il y aurait sans doute plus de belles œuvres (c'est-à-dire conformes à telles exigences définies) - mais point d'œuvres inexplicablement belles. Il n'y aurait point de celles qui ne se peuvent épuiser. "

Pendant un quart de siècle Paul Valéry a pris des notes sur tous les problèmes qui le préoccupaient. La philosophie et l'art se détachent particulièrement au cours de ces recherches instantanées. Chacun de ces textes contient à l'état d'aphorismes, de formules, de fragments ou de propos, voire de boutades, mainte remarque ou impression venue à l'esprit, çà et là, le long d'une vie, et qui s'est fait noter en marge de quelque travail ou à l'occasion de tel incident dont le choc, tout à coup, illumina une vérité instantanée, plus ou moins vraie. De ces pensées et aphorismes se dégage une pensée d'une rigueur exemplaire et qui propose une méthode d'investigation d'une rare acuité.

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

 

 

 

Citation de Paul Valéry sur la notion du faux
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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 18:07
Lire la poésie : de A à Z...(17/50) - I comme IZOARD

Un poète : Jacques IZOARD (1936-2008) - nationalité belge

Un recueil : Le bleu et la poussière (1998 - Editions de la Différence - collection "Clepsydre")

Un poème :

 

                 Le bleu et la poussière...

 

D'une enfance américaine...

Petite enfance et jeux

de carquois, depals, de dards,

Et, toujours, la pâleur,

le revers et l'avers,

et, contre tout,

le poids du corps.

 

 

Nous suivions le sentier;

ne fût-ce qu'un sentier,

ne fût-ce qu'un treillis...

Et la limite imiterait

la fin du désert,

le froid mat,

la solitude.

 

 

Mais solitude éclate.

Mots gardés par la main.

Mains qu'on savonne.

Hygiène à tête de chat.

Et yeux perdus, folie

du regard et du regard.

 

 

Et jamais ne répéter

la même chose.

Et lèvres se taisent.

Et lèvres n'existent pas.

D'ailleurs, rien n'existe.

 

 

Et le récit des petits pas,

des fétus, des ficelles

nouées bout à bout...

Des ficelles qu'on trouve

sous les pas du vent,

de l'orage et de l'océan.

 

 

Jamais l'ogre ne vient

me dévisager.

Personne ne m'oublie.

Personne ne me parle.

Et la peau se régénère

en mille flammes.

Qui ne brûlent pas.

 

 

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Un titre "Le bleu et la poussière" et un sous-titre "poèmes" et ainsi pendant 172 pages (j'ai reproduit ci-dessus les 3 premières pages), deux poèmes de 4 à 10 lignes environ, comme des haikus allongés, libres, pour dire l'homme, sa vie, sa pensée.

Son pseudonyme vient du col alpin "l'Izoard", son nom de naissance étant Delmotte. Il a notamment découvert Eugène Savitzkaya, animant pendant 30 ans, "la nuit de la poésie" à Liège, sa ville de naissance.

Ce recueil reçut le prix Alain Bosquet en 1999 et le prix triennal d epoésie en 2001.

 

Ce long poème de 172 pages s'achève par cette strophe :

 

Avais-je trouvé près d'ici

telle plante encanaillée,

tel caillou têtu d'être

seulement caillou...?

Je croyais à l'existence

près des sources et des puits,

Ne m'accaparaient alors

ni fièvre, ni folie.

 

Entre le bonheur bleu de l'enfance et la poussière d'une vie qui s'effondre, Jacques Izoard sème comme des petits cailloux ses courts poèmes pour retrouver le chemin dans un paysage en ruine. Et peut-être aussi pour comprendre comment il s'est perdu, même si se perdre est le destin de tous ceux qui vivent : "Tout fut sans issue."
Le propos, né du désespoir, livre aussi la formule de son dépassement; car les mots, avec leur secrète et invincible justice, recèlent la promesse d'une nouvelle naissance : "Retrouve enfin le souffle/ et meut les paroles./ Elles coloreront tes lèvres./ Elles afflueront/ vers l'enfance à dos d'âne/ et la périssoire à faucon."
Alors seulement, grâce au pouvoir vital de l'écriture, peut survenir la réconciliation avec le réel et avec soi-même: "Nous aimerons nos ongles, nos souffles./ Et nous conserverons le coeur/ pour d'autres aventures."

(Source "Le matricule des anges")

 

Ce texte est fascinant car c'est un grand voyage poétique qui nous ramène à nous-mêmes, à nos interrogations.On marche, on déambule, on observe la nature pour en tirer une philosophie.

C'est là pour moi une grande découverte que ce livre et un grand coup de coeur poétique.

 

Bonne lecture,

Denis

 

Ce recueil s'inscrit de par les origines de l'auteur dans le mois belge d'Anne et Mina qui se termine aujourd'hui.

 

 

Lire la poésie : de A à Z...(17/50) - I comme IZOARD
Lire la poésie : de A à Z...(17/50) - I comme IZOARD
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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 16:24
Le message du pendu de Pieter Aspe (Livre de Poche)

Le message du pendu de Pieter Aspe

(Le livre de poche - policier - 310 pages - novembre 2014)

Première édition française : Albin Michel 2012

Première édition originale : "Onder valse vlag" -Anvers 2002

Traduit du néerlandais (Belgique) par Emmanuèle Sandron

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C'est la canicule à Bruges. Le commissaire Van In, personnage récurrent des romans policiers de Pieter Aspe, est de repos et entend passer du bon temps avec sa compagne, Hannelor, juge d'instruction.Mais son adjoint, Versavel vient troubler ces instants de bonheur car un triple meurtre a eu lieu : Louise et ses deux enfants ont été assassinés dans leur luxueuse maison près du clic canal de Bruges à Damme.

Hoornaert, le père de Louise, est présent quand la police arrive, alerté par le jardinier qui a découvert le carnage. Peu après est retrouvé le corps du mari, Wilfried Traen, pendu dans le grenier. Il était dans la même classe que Van In et ce dernier imagine mal Wilfried se suicider. Ne serait-ce pas un meurtre déguisé?

Le décor est planté. L'enquête peut alors commencer pour Van In, Versavel, Carine (la belle policière qui ne laisse pas indifférent Van In) et Bruynooghe, sans oublier Hannelore dans son rôle de représentante de la justice.

Au fil des pages, on découvre les personnages clés qui vont fraviter autour de ces morts, à commencer par Marijke et Stef, ce couple presque clochardisé. Stef a été licencié de l'entreprise prospère de Wilfried et a quelques rancunes qui en font un tueur potentiel. Et puis il y a la belle Kitty Jouy, une call-girl de luxe qui travaillait pour Wilfried, organisant avec lui des soirées très chaudes avec des ministres et personnages importants du pouvoir, de l'espionnage international. Et il y a David Starr, très introduit dans ces milieux, américain installé depuis quelques années à Bruges...

Van In aime les femmes et tout en restant fidèle autant que faire se peut à Hannelor, est prêt à succomber au charme de Carine par exemple. Et, alors, il aime encore plus boire de la bière Duvel. Je n'ai pas compté combien de bières ont été bues tout au long de ces 300 pages, mais c'est vertigineux, d'autant que beaucoup d'interrogatoires se passent dans des bars à Bruges ou sur des terrrasses à Blankenberge, la ville de bord de mer prisée des riches brugeois et des politiques.

On est dans un roman policier, donc l'intrigue suit les fils du genre, avec toutefois la particularité que l'auteur nous révèle très vite les implications des personnages dans ces meurtres, semblant nous dire que ce n'est pas nécessaire de garder ce type de suspens. Il faut suivre les personnages dans leurs raisonnements et leurs attitudes même si l'on en sait plus que Van In et sa propre enquête.

 

C'est très bien écrit, plaisant à lire, mais j'avoue une nouvelle fois que le roman policier n'est pas ce que je préfère, le roman s'engageant à ne parler que de ce qui concerne l'enquête. On n'arrive pas à en sortir... Il n'y a pas d'échappatoire pour le lecteur. C'est parfois étouffant. Ceci étant, les amateurs du genre aimeront ce livre.

Bonne lecture,

Denis

 

Livre lu dans le cadre de la journée polar du mois belge chez Mina et Anne

Le message du pendu de Pieter Aspe (Livre de Poche)
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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 09:11
Citation de Luigi Pirandello sur vérité et folie...

"Ce n'est pas difficile, croyez-moi, de jouer la folie ! Je vais vous apprendre comment il faut faire. Il suffit que vous vous mettiez à crier la vérité en face à tout le monde. Personne ne vous croira, et tout le monde vous prendra pour une folle!"

Luigi Pirandello (1867-1936), Le bonnet de fou

 

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Le Bonnet de fou, dernière des quatre pièces écrites par Pirandello dans le dialecte d'Agrigente, fut créé à Rome en 1917

Le mari de Madame Beatrice FIORICA à une liaison avec la femme de son employé CIAMPA.
Malgré les avis de sa gouvernante FANA elle charge le commissaire SPANO, qui est un ami de la famille, d’établir un constat de flagrant délit d’adultère et en profite pour éloigner CIAMPA de leur maison.
Tout la famille, les relations, la mère, le frère, pensent qu’il vaudrait mieux que la vérité n’éclate pas au grand jour...

 

Tout le théâtre de Pirandello est en trompe l'oeil, car toute parole, toute attitude est à étudier, à comprendre et la recherche de la vérité est dominante dans son oeuvre.

 

« Il y a quelque chose de nouveau et de vital dans cet écrivain. » James Joyce

« S'il est une histoire d'homme liée à une vérité d'écrivain, Pirandello est un exemple d'unité. Sa vie secrète est la clef de son art. » F.V. Nardelli

 

Je vous renvoie également à mon article sur sa pièce Henri IV.

 

Denis

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23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 19:23
Lire la poésie : de A à Z...(16/50) - H comme Hugo

Un poète : Victor Hugo (1802-1885)

Un recueil : "Les contemplations " (1856)

Un poème :

 

       Chose vue un jour de printemps

 

Entendant des sanglots, je poussai cette porte.

Les quatre enfants pleuraient et la mère était morte.
Tout dans ce lieu lugubre effrayait le regard.
Sur le grabat gisait le cadavre hagard ;
C'était déjà la tombe et déjà le fantôme.
Pas de feu ; le plafond laissait passer le chaume.
Les quatre enfants songeaient comme quatre vieillards.
On voyait, comme une aube à travers des brouillards,
Aux lèvres de la morte un sinistre sourire ;
Et l'aîné, qui n'avait que six ans, semblait dire :
« Regardez donc cette ombre où le sort nous a mis ! »

Un crime en cette chambre avait été commis.
Ce crime, le voici : — Sous le ciel qui rayonne,
Une femme est candide, intelligente, bonne ;
Dieu, qui la suit d'en haut d'un regard attendri,
La fit pour être heureuse. Humble, elle a pour mari
Un ouvrier ; tous deux, sans aigreur, sans envie,
Tirent d'un pas égal le licou de la vie.
Le choléra lui prend son mari ; la voilà
Veuve avec la misère et quatre enfants qu'elle a.
Alors, elle se met au labeur comme un homme.
Elle est active, propre, attentive, économe ;
Pas de drap à son lit, pas d'âtre à son foyer ;
Elle ne se plaint pas, sert qui veut l'employer,
Ravaude de vieux bas, fait des nattes de paille,
Tricote, file, coud, passe les nuits, travaille
Pour nourrir ses enfants ; elle est honnête enfin.
Un jour, on va chez elle, elle est morte de faim.

Oui, les buissons étaient remplis de rouges-gorges,
Les lourds marteaux sonnaient dans la lueur des forges,
Les masques abondaient dans les bals, et partout
Les baisers soulevaient la dentelle du loup ;
Tout vivait ; les marchands comptaient de grosses sommes ;
On entendait rouler les chars, rire les hommes ;
Les wagons ébranlaient les plaines, le steamer
Secouait son panache au-dessus de la mer ;
Et, dans cette rumeur de joie et de lumière,
Cette femme étant seule au fond de sa chaumière,
La faim, goule effarée aux hurlements plaintifs,
Maigre et féroce, était entrée à pas furtifs,
Sans bruits, et l'avait prise à la gorge, et tuée.

La faim, c'est le regard de la prostituée,
C'est le bâton ferré du bandit, c'est la main
Du pâle enfant volant un pain sur le chemin,
C'est la fièvre du pauvre oublié, c'est le râle
Du grabat naufragé dans l'ombre sépulcrale.
ÔDieu ! la sève abonde, et, dans ses flancs troublés,
La terre est pleine d'herbe et de fruits et de blés,
Dès que l'arbre a fini, le sillon recommence ;
Et, pendant que tout vit, ô Dieu, dans ta clémence,
Que la mouche connaît la feuille du sureau,
Pendant que l'étang donne à boire au passereau,
Pendant que le tombeau nourrit les vautours chauves,
Pendant que la nature, en ses profondeurs fauves,
Fait manger le chacal, l'once et le basilic,
L'homme expire ! — Oh ! la faim, c'est le crime public ;
C'est l'immense assassin qui sort de nos ténèbres.

Dieu ! pourquoi l'orphelin, dans ses langes funèbres,
Dit-il : « J'ai faim ! » L'enfant, n'est-ce pas un oiseau ?
Pourquoi le nid a-t-il ce qui manque au berceau ?

Avril 1840.

 

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"Les Contemplations" fait partie des grandes oeuvres de Victor Hugo.

C'est un très gros volume de poèmes qui forment une "autobiographie" du poète entre 1830, année de la maturité et 1855, période de l'exil.

Deux parties : "Autrefois" (1830/1843) - Une révolution et une terrible mort, celle de Léopoldine pour borner cette période.

"Aujourd'hui" (1843/1855) - Double exil après la mort qui a ruiné la vie de Hugo et après la prise du pouvoir par Napoléon III.

Le poème "Chose vue un jour de printemps" est le 17e poème de 30 (la plus longue série de poèmes du recueil) du livre III "Les luttes et les rêves" de la période "Autrefois". La date est celle des faits mais non de la composition du poème qui, elle, est de 1854. On sent la fibre de l'écrivain qui écrira "Les misérables".

Le titre rappelle la compilation de textes, journaux... réunis après la mort du poète sous le titre "Choses vues", que je lis par ailleurs cette année.

 

Ce très grand recueil de 158 poèmes sur près de 500 pages devrait devenir le livre de chevet de chacun pour y puiser des sources d'inspiration et des temps de réflexions, de regard sur le monde qui nous entoure... : une sorte de "philosophie de la vie".

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Lu dans cette très riche édition présentée et annotée par Ludmila Charles-wurtz (2002)

Lu dans cette très riche édition présentée et annotée par Ludmila Charles-wurtz (2002)

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Published by DENIS - dans POEMES
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