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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 21:05

 

Music-Hall !  de Gaétan Soucy

(Le Seuil - 391 pages - 2002 /Pour le Canada Editions Boreal)

 

Né en 1958 à Montreal, Gaétan Soucy est décédé le 9 juillet 2013. 6 oeuvres en 20 ans, dont celui qui l'a rendu célèbre : "La petite fille qui aimait trop les allumettes".

 

Pour rendre hommage à cet auteur trop rare, Cryssilda Collins, du blog Cryssilda.canalblog.com, nous a proposé une lecture d'une de ses oeuvres pour ce 9 août, juste un mois après son décès.

 

J'avais ce roman "Music-Hall !" dans ma bibliothèque depuis 10 ans, et c'était l'occasion rêvée de le lire.

J'avais eu un choc en lisant "La petite fille...", un livre très novateur, original. C'est un même effet que je ressens après avoir refermé "Music-Hall !", ce matin.

Un livre à l'écriture intelligente, sublime pour un roman qui est plutot un "conte philosophique" (pas surprenant pour un auteur, enseignant en philosophie).

Le héros principal, Xavier X. Mortance, 17 ans est apprenti démolisseur. Il travaille pour L'Ordre des démolisseurs en pleine période de démolition dans le New York de 1929, juste avant le krach boursier. Le contremaitre, Lazare, ne le supporte pas. Heureusement, celui qui se fait appeler "le philosophe" l'a pris sous sa coupe et le protège contre les "gros durs" de l'Ordre.

Xavier découvre un coffret et l'emmène chez lui. Il l'ouvre et tombe sur une grenouille intelligente : elle chante et fait des discours !!! Son nom : Strapitchacoudou.

Son autre protectrice est Peggy Sue Hoara, une coiffeuse qui espère pouvoir s'occuper de la grande vedette Marie Picquefort quand elle va venir se montrer à New York.

Avant elle, un autre personnage de cinéma vient à New York, c'est Griffith, le cinéaste en perte de notoriété. Il vient filmer et recueillir des témoignages de démolisseurs.

Face aux démolisseurs, il y a les démolis, qui n'ont aucun pouvoir que celui de voir tomber leur demeure. Ils essaient bien de se révolter et tombent sur Xavier qui est un bon bouc émissaire. Il va d'ailleurs passer le livre avec cette malheureuse infortune d'être battu, malmené, pris pour un bon à rien... Rien ne va bien pour lui... Il perd la trace des démolisseurs et Peggy le prend en charge, l'invitant à aller voir un spectacle de music-hall : "le mandarin rafistolé" (nom prémonitoire, mais je n'en dis pas plus). De là, une nouvelle orientation va s'offrir à Xavier : être embauché par Cagliari, directeur de music-hall, pour présenter sa grenouille sur scène pour la faire chanter et parler. Xavier accepte le contrat et permet une avance sur recette, mais la grenouille n'en fait qu'à sa tête, et de nouveau Xavier va vivre des moments difficiles, devant travailler au Magestic pour rembourser son avance sur contrat largement entamée.

Alors, vous aurez compris que ce roman est un conte, une allégorie dont le cadre se situe à New York, ville ô combien importante en 1929, ville par laquelle le malheur s'est abattu sur le pays et le monde.

On y rencontre détranges personnages comme Jeff l'amnésique, Ariane, morte à 7ans d'une chute d'escalier et qui réapparait régulièrement tel un sceptre. Justine, la soeur de Xavier est une étrange femme. On croise aussi l'aveugle qui croit beaucoup en Wavier et le soutient (3e ami). Seulement, Xavier erre de plus en plus dans la ville à la recherche des démolisseurs, car il est persuadé que sa vie est là et pas ailleurs.

Autre personnage étonnant : Rogatien Long-d'Ailes, chirurgien, ami de Cagliari.

Il y aura souvent des morts dans ce roman plutot triste et désenchanté.

Mais, alors, quel style ! quelle manière de raconter ! que l'on se laisse porter par ses descriptions, ses personnages hauts en couleur, et que d'animaux aussi, à commencer par la grenouille.

Voici l'incipit : "Le tout commença par une chute". La suite : "Alors qu'il était accroupi pour lacer ses bottines, le jeune homme reçut un coup de genou entre les omoplates. Il dégringola jusqu'au fond du ravin... Nous sommes à New York, fin des années vingt, sur un chantier de démolition. Le garçon était un émigrant de fraîche date. C'est du moins ce qu'il affirmait. Il avait nom Xavier X. Mortanse".

 

Le ton est donné dès la première page et 390 pages vont suivre pleines d'invention, de fantaisie, mais maîtrisés par l'auteur qui ne laisse rien au hasard et qui sait cadrer l'atmosphère du roman. Du grand oeuvre, vraiment.

Dernier extrait (pris au hasard, car tout serait à citer), page 47 : "En s'assoyant sur son lit, il se rendit compte qu'il était tombé dans le sommeil sans desserrer les planchettes de son ingénieuse confection. Tant pis. L'horloge du port indiquait onze heures passées. Il demeura quelques instants les coudes sur les genoux et le front entre les mains. Le souvenir de sa journée lui traversa l'esprit et il se redressa brusquement. Le coffret était toujours là. Il s'en approcha, avec une excitation mêlée d'angoisse, il fit jouer la clef dans la serrure. //  Mais finalement ne l'ouvrit pas.

Xavier ne sait pas alors qu'il y a une grenouille dans son coffre.

Le dénouement du roman est "extraordinaire" dans tous les sens du terme.

Dernier point : l'auteur date son livre à la fin : Nagasaki (été 1988) - Longueuil et Sainte Agathe des Monts  (mars 2001 - mai 2002). C'est ainsi son premier roman écrit sur 13 ans et qui devient donc le 5e dans l'ordre des parutions.

 

Un immense "coup de coeur" que ce livre car j'aime les livres comme celui-ci où l'écriture, le style, la narration ont une importance particulière qui sait porter ensuite une histoire aussi abracadabrante qu'elle puisse être... pour le bonheur du lecteur, qui se laisse alors porter par les mots sur un lit de délice littéraire.

Vous retrouverez les liens de cette lecture de Gaétan Soucy sur le blog de Cryssalda.

 

J'inscris également ce livre dans ma thématique "Littérature francophone d'ailleurs"

 

 

Bonne lecture,

 

Denis

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commentaires

Valentyne 24/08/2013 16:42


Si tu en a fait  un livre voyageur, alors volontiers pour qu'il passe par chez moi ;-)


Merci Denis ;-)

DENIS 24/08/2013 18:17



oui il est chez Sophie 57, puis il part chez Annie (Mazet) si elle me confirme, chez Oliver et ensuite chez toi


tu verras c'est vraiment bien écrit et j'aime quand la littérature nous détourne de nos chemins habituels comme avec ce livre



Valentyne 23/08/2013 12:44


je viens de refermer "la petite fille...." et j'ai eu un choc aussi (ou une figette comme dit Lou)


Je note donc ce titre (le titre ne m'attirait pas du tout mais avec un tel enthousiasme dans ton avis, tu m'as convaincu ;-))


Bonne journée Denis

DENIS 23/08/2013 21:22



j'en ai fait un livre voyageur, il est chez Sophie 57 puis aura une autre destination, donc si cela te dit, dans quelques semaines, tu pourras le lire... J'ai vraiment adoré ce livre



yueyin 11/08/2013 23:50


Encore un roman qu'il faut que je lise :-)

DENIS 12/08/2013 20:20



un livre fascinant



somaja 10/08/2013 18:07


Je n'ai pas lu celui-ci, mais ton billet me rappelle la claque prise à la lecture de "La petite fille...". Un auteur qui a donné une autre dimension à la langue française.  Très peu connu
chez nous, c'est bien dommage.

DENIS 10/08/2013 18:56



tu as entièrement raison


une belle claque aussi pour moi "la petite fille...", celui-ci est vraiment formidable



Lou de Libellus 10/08/2013 12:57


 


"dans ma bibliothèque depuis 10 ans"


Elias Canetti - 'Le Territoire de l'homme' - écrit qu'on garde, de déménagement en déménagement, des livres qu'on ne lit pas. On comprend pourquoi, dit-il, le jour où on les lit : c'était le
jour.


 


"Heureusement, celui qui se fait appeler "le philosophe" l'a pris sous sa coupe et le protège"


Un "philosophe" qu'on retrouve chez Russell Banks, 'Lointain souvenir de la peau'  : le
"Professeur". L'Amérique telle qu'en elle-même, en 2011.


 


"une grenouille intelligente : elle chante et fait des discours !!!"


Toutes les grenouilles sont intelligentes : Steve Waring, 'Les Grenouilles'.


 


Un roman moins connu que "La Petite fille..." et qui semble précurseur, comme tu le dis en somme.


 


Dès que je serai sorti de ma "figette", j'irai voir...

DENIS 10/08/2013 18:58



c'est un livre exceptionnel, je trouve par la langue, la construction, on se laisse emporter dans le monde tel que le voit Xavier avec ses fidèles amis : le philosophe, la grenouille, Peggy et
l'aveugle...



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