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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 12:29

 

 

Lundi ou Mardi (Monday or tuesday) de Virginia Woolf

(Gallimard - bilbiothèque de la Pléiade - Tome 1 - Oeuvres romanesques)

Traduit de l'anglais par Michèle Rivoire (nouvelle traduction pour la Pléiade)

 

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Ce recueil ne semble pas être disponible en édition de poche mais uniquement dans des "compilations" de ses oeuvres comme la Pléiade ou des collections "romans et nouvelles".

 

Virginia Woolf écrit ses nouvelles fin des années 1910, début des années 20, séparément avant d'être réunies en volume en avril 1921.

Ce sont avant tout des "expérimentations littéraires" que nous livre là l'auteure. La peinture post-impressionniste et la musique ont notamment été à l'origine de certaines de ces nouvelles. Virginia Woolf semble ici nous donner un "work in progress".

Elle s'interroge sur le style littéraire, sur les thèmes de romans à aborder, sur le langage littéraire aussi au travers de ses "innovations" qu'elle insère dans ce recueil.

C'est l'époque de la Recherche du temps perdu de Proust, de l'Ulysse de Joyce et on sent que Virginia Woolf est inscrite dans une "recherche littéraire", avec ces exercices de style contenus dans ses 8 nouvelles, richement illustrées par sa soeur Vanessa Bell.

 

 

 

"Le cercle de la Pléiade" présente de belle manière ce recueil avec des extraits de 3 nouvelles, que je vous laisse le soin de découvrir sous ce lien :

 

 http://www.la-pleiade.fr/La-vie-de-la-Pleiade/Les-aventures-du-texte/Virginia-Woolf-Lundi-ou-mardi

 

J'ai souvent pensé à Nathalie Sarraute en lisant ce recueil par les recherches sur le langage par exemple. Virginia Woolf précurseur du "nouveau roman", je pense qu'on peut l'affirmer.

D'ailleurs, là aussi, je vous renvoie à un article passionnant ici :

 

http://www.site-magister.com/nouvrom.htm

 

Je me suis beaucoup intéressé à ce courant littéraire si bien que ce recueil ne m'a pas "choqué". Il faut simplement se laisser porter par ses images, par ses "audaces" littéraires". On sent que la "grande guerre" l'a marquée car elle y fait de furtives et fréquentes allusions. Début 1921, la traité de paix de Versailles est ratifié et elle y fait référence par deux fois. Elle parle aussi de ces femmes hantées par la mort de leur mari et de leurs exhortations pour les faire revivre mentalement. La folie n'est pas très loin non plus.

8 nouvelles dont deux qui sont des poèmes en prose : Lundi ou mardi (qui donne son nom au recueil, bien que le texte tienne sur deux pages) et "bleu et vert".

On peut difficilement résumer chaque nouvelle car leur unité tient dans leur originalité.

La première, par exemple, "une maison hantée" parle d'une maison d'où l'on sent la présence de fantômes et le passé ressurgit pour la narratrice.

Voici le début : "Quelle que fût l'heure à laquelle on se réveillait, on entendait une porte se fermer. D'une pièce à l'autre, main dans la main, ils allaient, soulevant ceci, ouvrant cela, vérifiant - un couple fantôme".

 

La 2e nouvelle plaira aux féministes, je pense, car elle met à mal les hommes qui sont depuis toujours "dominateurs" et qui notamment ont "écrasé" la littérature.

A l'origine du questionnement d'un cercle d'amies ceci : (page 833) " ... il faut dire que Poll a toujours été un peu bizarre. Son père lui-même était d'ailleurs un homme singulier. Il lui avait légué une belle fortune, mais à la condition qu'elle lise tous les livres de la London Library."

(remember : library = bibliothèque ; bookshop = librairie in english).

La pauvre Poll va "follir" avec tous ces bouquins à ingurgiter, dominés par les hommes. Et le groupe de dire "Nous, nous peuplons le monde. Eux, ils le civilisent".

Ainsi, elles deviennent "questionneuses" pour vraiment déterminer si les hommes dominent vraiment le monde... Beaucoup d'ironie dans cette nouvelle avec ces jeunes femmes "naïves" qui n'ont même pas vu arriver la guerre en 1914... Castalia a une fille et son amie lui dit (page 847) : "- Sans erreur, tu pourrais lui enseigner qu' l'intelligence d'un homme est et sera toujours, par nature, supérieure à celle d'une femme?".

Ouf, pour moi, c'est une femme écrivain qui ose l'écrire... Comme quoi, l'auteure sait tourner le monde en dérision.

 

Je ne détaillerai pas toutes les "inventions" de ce recueil, tellement il est foisonnant, déroutant, parfois ténébreux. La musique apparait avec la nouvelle "le quatuor à cordes" et la peinture avec "Bleu et vert", sans oublier la littérature en construction avec "Un roman à écrire".

 

Justement, un dernier extrait, avec le début de cette nouvelle : (page 851) "A elle seule la tristesse profonde qui se peignait sur le visage de la pauvre femme vous forçait à glisser un coup d'oeil par-dessus la page de votre journal pour le regarder - visage insignifiant à part cette expression, presque un symbole de la destinée humaine. La vie, c'est ce que l'on voit dans les yeux des autres; c'est ce qu'ils apprennent, et une fois acquis, ils ont beau essayer de la cacher, ce savoir ne les quitte jamais - savoir sur quoi? Sur la vie comme elle va, semble-t-il."

 

Rien que pour des phrases comme celle-là, on a envie d'aimer la littérature âpre et intelligente de Virginia Woolf. On a envie de lire quelques mots arrachés à son phrase, chaque soir avant de s'endormir...

 

Bonne lecture

 

Denis

 

Texte lu dans le cadre du mois anglais :

 

et aussi pour commencer le challenge Virginia Woolf de Lou

 

 

 

A suivre... le  30 juin avec la lecture commune que j'ai initiée de"Virginia Woolf" par Viviane Forrester

 

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Published by DENIS - dans LITTERATURE
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commentaires

Lou 21/06/2013 20:42


Je pense que cette biographie me plairait !

DENIS 21/06/2013 21:50



la bio par Viviane Forrester est dans l'esprit Virginia Woolf, très centrée sur les troubles familiaux et les deuils notamment qui ont influencé sa vie et son oeuvre



Valérie 20/06/2013 11:34


Après avoir lu 7 femmes qui parle en partie de Virginia Woolf, j'ai bien envie de lire Orlando. 

DENIS 21/06/2013 22:07



je pense que tout Woolf est à lire et au vu de la bio que je lis, on est dans l'autobiographie avec ses romans et son vécu familial notamment



Anis 19/06/2013 20:49


Oui, tu as raison, mais qui se réclam aujourd'hui du nouveau roman. il faut le dire, tout de même, malgré le talent de ces deux auteurs que j'ai beaucoup lus tous les deux, non et heureusement.

DENIS 19/06/2013 21:33



exact, il n'y a pas eu de postérité très longue mais le romantisme, le naturalisme, le surréalisme n'ont pas eu de longue postérité



Anis 17/06/2013 22:53


C'est un article passionnant. Oui, je pense aussi que cette déconstruction littéraire a abouti au nouveau roman. A noter touttefois qu'ils n'ont pas donné de postérité.

DENIS 19/06/2013 20:40



tu as raison de noter que le nouveau roman s'est vite essouflé sans grande postérité


Claude Simon a tout de même eu le prix Nobel et Nathalie Sarraute a été une grande auteure



Lou 17/06/2013 21:48


J'ai lu ce recueil à Noël (également dans la Pléiade, je ne pense pas qu'il soit édité en poche en français en effet)... je m'en souviens peu !! Ton billet m'a aidé à me le remettre en mémoire et
me donne envie de relire ces nouvelles... merci pour ce billet dans le cadre du mois anglais et du challenge Woolf. J'ai hâte de lire les billets sur la bio de Viviane Forrester !

DENIS 19/06/2013 20:43



j'ai aimé ce texte et vais lire avec plaisir ces deux tomes de pléaide


la bio par Viviane Forrester est très intéressante car elle n'est pas linéaire, elle donne surtout des éclairages sur des moments de sa vie, ses relations avec Leonard son premier lecteur une
fois l'oeuvre finie, attentif à ce qu'elle écrivait par exemple



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