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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 07:00

 

Les braises de Sandor Marai (Le livre de poche - biblio - 218 pages)

Titre original : A gyertyak csonkig égnek (1942)

Traduit du hongrois par Marcelle et Georges Régnier

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L'auteur, Sandor Marai (1900-1989), hongrois, choisit l'exil en 1948 et s'est suicidé aux Etats-Unis en 1989. Il a essentiellement écrit sur la bourgeoisie hongroise dont il est originaire.

 

 

La présentation de l'auteur dans cette édition dit à juste titre : " La concentration de ses récits dans l'espace et dans le temps, la gravité des réflexions développées par les principaux personnages apparentent son art à la dramaturgie classique".

Quant à la 4e de converture, elle nous dit que l'auteur s'inscrit dans la lignée de Schnitzler, Zweig ou Musil.

A noter que l'oeuvre de Sandor Marai fut interdite en Hongrois jusqu'en 1990, date à laquelle la Hongrie est sortie du giron soviétique.

 

J'ose affirmer qu'en effet les analyses psychologiques de l'auteur, sa narration claire, précise et son style efficace, sans fioritudes le rapproche de Stefan Zweig. J'ai souvent senti des parentés et la comparaison avec Schnitzler m'a paru pertinante également. Je ressens moins les affinités électives avec Robert Musil (ou alors oui en oubliant "l'homme sans qualités" qui est d'une autre dimension).

 

L'intrigue est relativement simple. Henri, vieux général en retraite depuis longtemps, retiré de la vie dans son chateau avec sa très vielle nounou, Nini, âgée de 91 ans, reçoit une lettre qui lui annonce que son vieil ami, Conrad est en route pour le rencontrer. 41 ans et 43 jours que les deux hommes ne se sont pas rencontrés.

Henri demande à Nini de reconstituer la salle à manger telle qu'elle était  à l'époque, lors de sa dernière soirée avec Conrad avant son départ qui semblait sans retour jusqu'à ce jour.

L'auteur nous présente ses personnages, leur longue amitié en amont de cette rencontre, le mariage de Henri avec Catherine mais le vrai grand moment du livre commence lorsque les deux hommes se retrouvent dans le chateau, après cette si longue absence.

Page 69 (l'arrivée de Conrad) : "Dans son habit noir, il (Henri) descendait l'escalier comme un vieillard, mais le buste droit et avec solennité. En bas, la porte du salon s'ouvrit et , dans l'embrasure, derrière le domestique apparut un homme vieux.

- Tu vois, je suis revenu encore une fois, dit l'hôte doucement.

- Je n'ai pas douté un instant que tu reviendrais, répondit le général également à voix basse et il sourit.

Puis ils se serrèrent très poliment la main".

 

C'est alors que commence vraiment la dramaturgie du texte. On entre avec ces deux hommes dans cette pièce reconstituée. Il manque Christine, décédée 8 huits après le départ de Conrad. Le huis clos peut s'installer entre les deux vieillards

 

Page 77 : "Ils étaient assis aux deux bouts de la longue table de la grande salle à manger, dans laquelle aucun invité n'avait pénétré depuis la mort de Christine. Une salle à manger où, depuis des dizaines d'années, personne n'a pris de repas fait penser à une sorte de musée".

 

Le général commence alors à parler dans une sorte de monologue qui va durer plus de 100 pages. Conrad intervient régulièrement pour de brèves interventions. Et ce passé va se révéler lentement, au fil des pages, des détours.

 

Page 97 : "- Nous n'en avons plus pour longtemps à vivre, déclare le général en guise de conclusion à ses réflexions muettes. Une ou deux années, peut-être même pas autant. Nous ne vivrons plus longtemps, puisque te voilà revenu. Tu le sais toi-même parfaitement.

- Oui, je le sais, dit Conrad tranquillement".

 

Vous imaginez la tension psychologique qui va monter de pages en pages, de révélations en révélations.

Il est bien sûr impossible d'en dire beaucoup plus sur l'intrigue car il faut vraiment lire ce livre, magnifique, au style sobre, efficace.

L'on se pose la question bien sûr : pourquoi être parti brutalement? pourquoi n'avoir pris aucune nouvelle de Henri et Catherine pendant ces 41 ans?...

 

Un dernier extrait, page 106 (c'est le général qui parle) : "- Il faut  que je te dise toute ma pensée. Oui, je parle de vengeance. Mais celui qui est offensé et veut se vanger, l'homme déçu, trompé et abandonné, était-il vraiment un ami?...(sic) Vois-tu, ce sont les questions auxquelles je me suis efforcé de répondre quand je suis resté seul. La solitude ne m'a naturellement pas apporté de réponse. Les livres eux-mêmes ne m'ont pas donné de solutions satisfaisantes, pas plus les livres anciens - oeuvres de penseurs chinois, juifs et romains - que les livres modernes qui ont, il est vrai, leur franc-parler, mais qui ne contiennent que des mots et non pas la vérité. D'ailleurs, quelqu'un a-t-il jamais écrit la vérité?"

 

Le général a ruminé pendant 41 ans ce départ brutal, sans prévenir, et c'étaient les meilleurs amis du monde. Et leur amitié dans tout cela? Etait-elle sincère?

Des questions et d'autres encore avec des tentatives de réponses qui sont autant de pensées non résolues du général et qui semblent laisser presque insensible Conrad...

 

On ne sort pas indemne d'un tel livre car on pense soi-même à sa vie, ses amitiés, la solitude, la méditation... Il y a tout cela dans le livre.

 

Deux / trois heures de lecture, le temps d'une pièce de théâtre, d'une tragédie... ces longs dialogues (monologues) font penser au théâtre aussi, car ce roman pourrait facilement être joué sur une scène, sans rien changer aux dialogues, les enchainer simplement. Ce qui a été le cas en France notamment en 2003 par le grand acteur Claude Rich (né en 1929).

 

 

J'ai lu ce livre en lecture commune avec Valentyne (blog la jument verte).

 

Un chef d'oeuvre à lire absolument et je lirai d'autres oeuvres de l'auteur par la suite d'autant que la littérature d'Europe centrale fait partie de mes passions littéraires.

 

Bonne lecture,

 

Denis

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Published by DENIS - dans LITTERATURE
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commentaires

Valentyne 11/09/2013 13:26


Un très beau livre que celui ci avec une palette de sentiments très large ... et une tension qui monte...


Je suis d'accord avec la comparaison avec Stefan Zweig (j'avoue ne pas avoir lu les deux autres auteurs)


La pièce doit être intense, je vois aussi très bien Claude Rich dans un des rôles


Bonne journée Denis ;-) 


 

DENIS 11/09/2013 20:31



exact que l'aspect psychologique est essentiel dans ce livre


je lirai d'autres livres de lui et je reviendrai aussi à Schnitzler qui est aussi dans cette fibre de romans



Eeguab 10/09/2013 18:22


Très heureux de lire ta note.J'ai une passion pour Sandor Marai dont j'ai lu sept livres.Ils sont presque tous chroniqués sur le blog. Et j'ai vu la pièce avec Claude Rich et Bernard Verley.

DENIS 10/09/2013 19:11



et alors cette pièce !!! en avais-tu fait un comtpe rendu? Claude Roche devait être fabuleux, je le vois dans le rôle du général


c'était mon premier livre de Marai et je vais continuer à le lire, surtout que j'aiem beaucoup la littérature de ces régions (Europe centrale)



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