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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 21:31

 

 

Le marin de Gibraltar de Marguerite Duras (Pléiade - tome 1)

Disponible également en Folio

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Quatrième roman de Marguerite Duras publié en 1952, "Le marin de Gibraltar" est très différent de ses trois premiers romans. Ce n'est plus un "roman familial". C'est un roman sur le désir. Et comme le précise dans la notice pour l'édition de la Pléiade Bernard Alazet, c'est aussi le roman du "presque" et d'une fiction "qui vise à déloger le lecteur e ses certitudes tout autant philosophiques qu'esthétiques".

Autre nouveauté, le narrateur est un homme. Et la genèse du roman remonte à 1946, quand Marguerite Duras est allée en vacances en Italie. C'est l'objet de la première partie que l'auteure a qualifiée de "préambule interminable" et de "piétinement psychologique" jusqu'à la rencontre avec la belle américaine Anna. Enfin, l'auteure met en place la "triangulation" : mari - épouse - amante.

  

Donc, la première partie se passe en Italie. A Pise tout d'abord où sévit une canicule infernale, puis ils doivent partir pour Florence, mais il n'y a plus de train ce vendredi soir et ils sollicitent un maçon qui rentre pour le week-end. En route, l'homme parle de la plage de Rocca où il va un week-end sur deux. C'est au bord de l'eau et on peut y pécher, ce qui donne sérieusement envie au narrateur d'y aller après le passage par Florence. Comme il fait une chaleur insuportable, le narrateur reste assis aux terrasses de café, tandis que sa compagne Jacqueline fait la tournée des musées. Il accepte une seule fois de l'accompagner, mais il rêve de cette plage et il a envie de voir une américaine qui possède un magnifique yacht. Le narrateur ne peut plus attendre et part pour Rocca, Jacqueline l'accompagne mais leur situation se dégrade au bord de mer surtout après que le narrateur a vu Anna et son superbe yacht. Il rêve de voyage et avait déjà dit à Jacqueline à Florence qu'il ne voulait plus aller travailler au ministère des colonies à Paris à l'issue des vacances. Et alors la séparation est entérinée, Jacqueline rentre à Paris, triste, ne comprenant pas l'attitude de son compagnon.

 

Anna recherche "le marin de Gabraltar" dont elle est amoureuse depuis plusieurs années. Elle a une piste à Sète et décide d'y partir immédiatement. Le narrateur qui l'aime aussi part avec elle. En route, elle lui explique comment elle l'a connu, perdu et retrouvé. Epaminondas les attend et envoie Anna dans une station service où elle se rend vite compte que ce n'est pas le marin. Une seconde piste se profile aussitôt. et cette fois c'est en Afrique près de Leopoldville. Il faut passer par le Dahomey (futur Bénin). Cette fois-ci sera-t-elle la bonne?

 

On parle beaucoup dans ce roman et on boit encore plus, tout le temps pratiquement. Les personnages sont plus souvent ivres qu'à jeun. Seule Jacqueline est sobre mais elle est vite "éliminée" de l'action du roman.

 

Le narrateur veut écrire un roman à l'américaine, et on revient à Hemingway, clairement cité dans le roman. Une première fois quand son amant espère chasser le koudou. Il lui dit (page 726 de la Pléiade "Tu ne veux pas chasser le koudou, comme dans les livres de Hemingway?"

Allusion aux deux livres de Hemingway : "Les neiges du Kilimandjaro" et "Les vertes collines d'Afrique".

 

Puis page 795 (de la pléiade), Anna dit au narrateur : "Dans votre roman américain, dites-moi, parlerez-vous des koudous? Comme M. Hemingway en a déjà parlé, est-ce qu'on ne trouvera pas ça de mauvais goût? - Sans M. Hemingway, dis-je, nous n'en parlerions pas, alors, est-ce qu'il vaudrait mieux mentir et dire que nous parlions d'autre chose?

 

Queneau lui reprochera une nouvelle fois avec ce livre d'imiter Hemingway. Cependant, ce roman est tout de même du Duras de bout en bout, un peu long dans la deuxième partie, près de 300 pages en pléiade, sans doute son plus long roman.

 

Ce qui est étonnant c'est l'acharnement du narrateur à aimer une femme qui en aime un autre et n'a qu'un espoir qui est de le retrouver, car ce marin de Gibraltar est l'homme de sa vie. On ne le sent pas très lucide, ce qu'il veut c'est être libre après avoir étouffé dans un bureau pendant toutes ces années d'autant que Jacqueline était sa collègue en plus d'être sa compagne. Roman de l'espoir, de la liberté aussi.

 

Bref du Duras comme on l'aime. je ne suis pas convaincu qu'il enthousiasmerait des non durassiens.

C'est une femme romanesque dit Bruno, un des hommes d'équipage au narrateur en parlant d'Anna, ce qui est très vrai. Tout est "très romanesque" dans le livre à commencer par ce marin dit de "Gibraltar" qui aurait tué un homme à Paris, un riche homme d'affaires.

 

Lisez ce livre sans réserve si vous êtes passionnés par Marguerite Duras et lisez-le aussi pour rencontrer l'univers romanesque de l'auteure qui se construit de livre en livre d'où le plaisir de cette Pléiade qui permet d'avance chronologiquement dans son oeuvre et de voir les évolutions littéraires de cette femme exceptionnelle.

Bonne lecture,

Denis

 

Livre lu dans le cadre du challenge Duras organisé par Heide :

 

duras_sourire.jpg

 

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commentaires

H

Heureusement que tu es là pour faire vivre ce challenge ! Merci Denis. Ton article très foullé est passionnant. Je dois rédiger le mien, il sera en ligne en fin de semaine. Je reviendrai alors
écrire un autre commentaire.
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D


quand j'ai aimé un livre je me sens inspiré pour en parler et avec MD je me sens de plus en plus "intarissable". Il faudra programmer ensuite "les petits chevaux", on se donner fin décembre
(vacances scolaires pour toi même si Noel amène d'autres occupations, qu'en penses-tu?



K

Je n'ai jamais osé Duras (oui, j'ai d'horribles lacunes en littérture francophone) mais je ne sais pas si je commencerai par ce livre... je pense que j'irai plutôt vers ses trucs plus
biographiques pour amorcer la découverte!  Ça semble quand même particulier comme contexte.
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D


non il faut lire "un barrage contre le Pacifique" je pense pour commencer



S

Pendant très longtemps j'étais une fan de Duras; celui là je ne le connais pas .Je l'avais prise comme sujet d'étude et bien c'est malheureux mais les profs m'en ont dégoutée.


Mais je pense que je vais redevenir une Durassienne (hihi),j'ai beaucoup de romans d'elle,celui là je vais voir si je le trouve à la biblio.


J'espère ne pas être vaccinée à jamais car j'adorais son écriture.
Répondre
D


dommage car son écriture est passionnante à étudier et la lire est un plaisir dont je ne me lasse jamais


tu devrais essayer de la relire



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