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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 21:04

 

La grosse femme d'à côté est enceinte (Chroniques du Plateau-Mont-Royal - 1)

de Michel Tremblay (Actes Sud - collection Thésaurus)

Première édition au Canada : Léméac - 1978

 

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Michel Tremblay, écrivain québécois né en 1942, a écrit de nombreux livres, dont beaucoup de pièces de théâtre, et entre autres, ces chroniques d'un quartier de Montréal : le plateau-Mont-Royal, un quartier sur les hauteurs, au-dessus de la rue Sherbrooke (dixit wikipedia, car hélas, je ne suis jamais allé au Canada).

Chroniques qui débutent avec "La grosse femme d'à côté est enceinte" en 1978 et qui se terminent en 1997 avec "Un objet de beauté". Au total, 6 chroniques qui forment un imposant gros volume dans la collection "Thésaurus" d'Actes Sud.

 

Pour cette première chronique, nous sommes le samedi 2 mai 1942 dans le quartier du Plateau-Mont-Royal. Le printemps est à son apogée et en ce jour de repos, le soleil donne la perspective d'une belle journée. Tout commence et finit avec les soeurs Rose, Violette et Mauve, filles de Florence, qui tout en tricotant, observent ce qui se passe dans la rue, depuis leur balcon.

La guerre gronde, là-bas, en Europe et aussi de plus en plus partout dans le monde. Les canadiens ont bien compris qu'ils allaient faire de la chair à canon. Alors, certains ont pris les devants et ont mis enceinte leur épouse. De ce fait, comme si tous les avaient faits le même jour, 7 femmes, dont la grosse femme d'à côté, déjà âgée puisque la quarantaine est arrivée. D'ailleurs, elle ne peut plus bouger et reste sur sa chaise tout le temps. Heureusement pour elle, sa famille s'occupe d'elle, à commencer par son mari Gabriel et sa belle-soeur Albertine.

Et par ce beau jour, le parc Lafontaine a réouvert et traditionnellement, les enfants vont y passer la journée, pendant que les mères font le ménage à fond.

alors, Thérèse, l'aînée 11 ans, emmène son petit frère Marcel 4 ans et son cousin Philippe.

 

Et il y a la grand-mère, Victoire, qui n'est pas sortie depuis plus de 2 ans. En ce beau jour, elle a décidé de se lever et de marcher. Elle demande à son fils Edouard de l'emmener avec lui. Et ils déambulent tous deux, elle lui tenant le bras. Les gens du quartier, à commencer par les trois tricoteuses, la croyaient mortes. Certains ne savent même pas qu'Edouard est son fils. Et elle va jusqu'ua parc retrouver ses petits-enfants. Thérèse y a ressenti son premier émoi amoureux en voyant le jeune gardien du parc qu'elle ose embrasser sur la bouche.

N'oublions pas la marchande du quartier qui vit avec son chat Duplessis en pleine osmose. Et Ti-Lou, la prostituée des riches habitants d'Ottawa venue prendre sa retraite ici, dans ce quartier. Elle s'est rangée et attend tranquillement la mort dans son lit. Béatrice, sa nièce, lasse de travailler pour presque rien, s'est laissée entraîner dans la prostitution par Mercedes.

Toutes deux ont "dépouillé" trois soldats et sont parties au parc, lieu où presque tout le monde se retrouve. Elles ont compris qu'elles sont à un tournant de leur "carrière" et Edouard va contribuer, bien malgré lui, à leur donner un nouvel élan à Montréal dans la lignée de Ti-Lou.

La journée avance ainsi du lever au coucher du soleil. Michel Tremblay raconte donc cette journée allant de personnages en personnages, qui se croisent par moment. Il donne quelques explications sur leur passé et se consacre essentiellement au présent, utilisant le langage du quartier dans la bouche de ses protagonistes. On ne s'ennuie jamais car l'auteur a un style très poétique, très réaliste aussi, laissant malgré cela les "acteurs" s'emporter dans leurs rêves ou dans leurs colères. Par exemple, Albertine qui s'insurge contre sa belle-soeur car son obésité l'empeche de travailler dans la maison et tout lui revient.

Trois ou quatre pages environ (format "Thésaurus"), sans paragraphes. Des blocs de mots par action rapportée, avec juste une ligne d'espace entre deux textes. Et ainsi pendant 180 pages (édition serrée).

  

Quelques extraits :

Page 68 : "Béatrice monta très lentement le premier des deux escaliers intérieurs qui menaient à l'appartement de Mercedes. Elle s'arrêtait à toutes les quatre ou cinq marches, s'appuyait contre le mur ou la main courante, soupirait. "Y fait si beau !" Elle s'arrêta au haut du premier étage et s'assit sur le pas de sa propre chambre qu'elle n'habitait presque plus mais qu'elle gardait "au cas où la chicane pognerait". C'était son refuge, le seul endroit au monde où elle pouvait être seule".

  

Page 81 : "Victoire n'était pas sortie de la maison depuis plus de deux ans. La dernière fois, elle s'en souvient trop bien, c'était  au tout début de la guerre, à Noël 1939, ce fameux soir où Paul, le mari d'Albertine, avait annoncé qu'il venait de s'enrôler  et qu'il risquait de partir pour l'Europe d'un jour à l'autre. La nouvelle avait quelque peu refroidi le réveillon qui avait lieu chez la soeur de Victoire, Ozéa ..."

 

Et page 106 : "C't'un beau nom, ça, Thérèse. C'est pas mal rare, aussi." "Oui. Ma mère, a'lisait ben des romans français avant de se marier pis al'avait décidé que si jamais al'avait une fillt, a'l'appellerait Thérèse. Chus la seule Thérèse, en sixième année, à mon école, pis on est trois classes de trente et une élèves." Thérèse s'était assise tout au fond du gros banc de bois peint en vert et ses pieds touchaient à peine le sol."

 

Après avoir lu "Bonheur d'occasion" de Gabrielle Roy (par moment en même temps), ce livre semble trente ans plus tard lui répondre. Même atmosphère, style bien différent, mais avec cette approche de la chronique, qui passe d'un personnage à un autre dans une même unité de temps et de lieu.

 

Très belle lecture, et deuxième coup de coeur littéraire, coup sur coup, en littérature québécoise. A recommander vraiment ces chroniques, et j'ai hâte de continuer avec le texte suivant : "Thérèse et Pierrette à l'école des Saints- Anges".

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

 

Livre lu dans une lecture commune autour des textes de Michel Tremblay et dans le cadre du challenge "Québec en septembre" chez Karine et Laurence

Québec en septembre 2013 -2

 

 

Et cette lecture s'inscrit également dans mon challenge

"Littérature francophone d'ailleurs"

 

 

 

 

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commentaires

Sardine 10/04/2016 23:45

quel site magnifique :*

Denis 11/04/2016 16:13

Merci c'est très gentil

Pascal 26/01/2015 23:47

bonjour,
pourriez vous faire un résumé a sur les personnages
traits psychologiques, age, nom, goûts, etc. Et aussi nommer les thèmes les plus important du roman?

Rodgi 29/05/2015 02:04

a quel école vas-tu ? je crois qu'on se connait.

valentyne 20/09/2013 13:00


Encore un livre à rajouter à ma liste déjà longue ;-)


Il pourrait me plaire ....


bonne journée :-)

DENIS 20/09/2013 21:01



un livre très bien écrit à conseiller en effet



venise 18/09/2013 21:49


Comme disait ma mère, vous êtes dans une bonne talle.


Bon Michel Tremblay !

DENIS 20/09/2013 21:07



un excellent livre c'est certain



JainaXF 17/09/2013 18:39


On a des avis contraires sur ce livre...Mais je comprends qu'il puisse plaire, c'est juste que je préfère l'évasion au quotidien et au contemplatif !

DENIS 17/09/2013 20:35



moi aussi j'aime les livres d'évasion mais ici je me suis senti dans un autre monde, celui de ce quartier un certain jour en pleine guerre mondiale



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