Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 18:45

 

Goodbye, Columbus de Philip Roth (Folio - 270 pages)

Traduit de l'américain par Céline Zins

Première édition américaine 1959 - National Book Award 1960

---------------------------

Entrée fracassante dans la littérature américaine pour le jeune Philip (Milton) Roth, né en 1933, avec ce recueil de six nouvelles.

On devrait parler d'un "Short novel" pour le premier texte qui fait 150 pages, la taille d'un roman et 5 "short stories", car en effet, le texte qui donne son titre au recueil est à lui seul un roman.  

L'auteur, d'origine juive comme on le sait, joue beaucoup avec les codes du monde juif, qu'il distingue entre juifs orthodoxes et les "autres" juifs, ceux qui seraient tolérants, beaucoup moins attachés aux traditions. Il a souvent été critiqué pour ses moqueries, son sarcasme (le mot a été employé dès la parution de ce volume). Et ce n'est pas faux car Philip Roth a de l'umour à revendre et il n'est jamais tendre avec les traditionnalistes dans ce recueil.

 

Pour une fois, je vous livre la 4e de couverture sui permet en quelques mots de résumer ces textes : 

En six nouvelles, l'auteur de Portnoy et son complexe démonte la société américaine et ses rapports avec le monde juif. Goodbye, Colombus raconte la brève aventure d'un jeune intellectuel avec une étudiante. Conversation des Juifs montre un rabbin victime d'une espièglerie d'enfant. Le Défenseur de la foi se déroule dans l'armée. L'habit ne fait pas le moine décrit l'amitié insolite entre un étudiant de bonne famille et deux jeunes dévoyés. Dans Eli le fanatique, les habitants d'une petite ville veulent empêcher les rescapés de l'hitlérisme de monter une école.

 

Il est de fait toujours difficile de résumer 6 textes, au risque d'ennuyer le lecteur. Quand il aborde le "sexe" il est très prude dans ces textes ce qu'il ne fera pas toujours par la suite. Mais, ici, c'est vraiment la mise en scène des juifs qui est au coeur de ce recueil. Il fait également une très brève référence au maccarthysme et sa fameuse "chasse aux sorcières", dans la nouvelle "l'habit ne fait pas le moine".

 

Le premier texte commence ainsi : "La première fois que je vis Brenda, elle me demanda de tenir ses lunettes. Puis elle avança jusqu'à l'extrémité du plongeoir et jeta un regard brumeux dnas la piscine ;  celle-ci aurait pu être à sec que la myope Brenda ne s'en serait pas aperçue".

 

Et alors va commencer une belle histoire d'amour entre Brenda et Neil, le narrateur. Mais l'époque est prude, encore plus dans le monde juif, et découvrir que sa fille a fait l'amour avec son ami invité qui plus est pour des vacances à la maison, c'est insupportable...

 

N'oublions pas que l'on est dans les années 50 à New York et dans les alentours et que la ségrégation raciale existe encore, que l'idéal américain n'est pas mis en application, même si on force les juifs à changer de vêtements pour s'américaniser, ce que l'on retrouve dans la dernière nouvelle "Eli le fanatique". Pauvre avocat juif à qui l'on impose de faire partir une communauté juive dont le but est l'apprentissage du talmud à 18 enfants et dirigée par un juif allemand. La seule concession pourrait être que l'un des pensionnaires s'habille autrement qu'avec ses habits et son chapeau noirs...

 

Saul Bellow (1915-2005), un des grands auteurs juifs américains, prix Nobel de Littérature en 1976, a écrit dès la parution du recueil dans "Commentary" : "Les lecteurs juifs ne sont pas tous très contents de ce que reconte M. Roth. On rencontre un peu partout des gens qui semblent penser que le travail d'un écrivain juif d'Amérique devrait être de rédiger des communiqués de presse destinés à promouvoir tout ce qui est plaisant dans la communauté juive et occulter le reste, par loyauté".

 

Or ce jeune futur grand romancier qu'est Philip Roth est rebelle à son milieu.

 

En résumé, chaque texte a son originalité, son contexte propre auquel on adhère ou pas. Chacune devient complémentaire aux autres dans ce fil d'ariane qui est la pensée juive orhtodoxe et comment la détourner dans un monde qui se veut "moderne" et "libre". L'après guerre est encore toute proche puisque l'une se passe en 1945 entre la libération et la fin terrible de la guerre du Pacifique.

 

J'ose dire que ce n'est pas un coup de coeur, mais l'écrivain Roth est déjà là, avec son style qu'il met à l'épreuve de ces textes, ainsi que sa narration où les dialogues, parfois décalés, sont plutôt présents. Alors, quand on aime un auteur on peut tout lui pardonner et je recommande vivement la lecture de ce premier opus, car c'est important de lire un auteur en revenant à ses débuts. Il a mérité son prix littéraire et c'est le livre d'un auteur courageux d'avoir su dire ce que beaucoup pensaient tout bas.

 

Une dernière chose : le titre vient d'une chanson entonnée à la fin de ses études à l'université de Columbus : Goodbye Coumbus.

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

 

Livre lu dans le cadre de la lecture commune de ce jour d'un livre de Philip Roth (et ou Goodbye, Columbus) pour le "challenge US" anmé par Noc Tembule

 

challengeus

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by DENIS - dans LITTERATURE
commenter cet article

commentaires

Figaro 22/10/2013 11:52


Je voulais le lire, je n'ai pas eu le temps...Peut-être plus tard...

DENIS 26/10/2013 21:46



un livre intéressant pour découvrir l'auteur à ses débuts déjà très "mur"



Anis 20/10/2013 19:26


Il est assez génial il faut bien le reconnaître et cela doit effectivement poindre dans ses premiers écrits.

DENIS 20/10/2013 20:34



oui il faut lire ce livre aussi pour voir un jeune auteur déjà très engagé et maître de son écriture, ce n'est pas un livre d'auteur "débutant, hésitant"



Malika 20/10/2013 13:46


C'est un auteur avec lequel j'ai encore un peu de mal, j'avais adoré "Indignation", mais en dehors de ce roman, je trouve son style très lourd, ça manque de fluidité pour moi ! ...Mais j'y
reviendrais sûrement !

DENIS 20/10/2013 18:41



on entre ou non dans une oeuvre, c'est là en effet que la sensibilité de chacun joue



Jackie Brown 17/10/2013 15:39


J'ai The Human Stain dans ma LAL depuis sa sortie et deux autres aussi, mais je ne m'y suis jamais mise. Je crois que je vais commencer par ce recueil de nouvelles.

DENIS 20/10/2013 18:46



ce recueil débute sa carrière d'écrivain c'est aussi intéressant pour cela car son regard sur ses compatriotes juifs est déjà bien présent ici, sans concessions pour les "puristes"



yueyin 17/10/2013 10:58


J'aime beaucoup Philou Roth, mais j'avoue que je me méfie un peu de ses premiers textes et du contextes dans lequel ils ont été écrit, j'ai encore d'autres sommets de son oeuvre à franchir avant
de visiter ses oeuvres de jeunesse :-)

DENIS 20/10/2013 18:47



c'est une première oeuvre que j'ai trouvée plutôt bien murie malgré l'aspect "nouvelles" qui morcelle la volonté de l'auteur



Présentation

  • : BONHEUR DE LIRE
  •                       BONHEUR DE LIRE
  • : BLOC D'UN COUPLE PASSIONNE DE LIVRES, ART , HISTOIRE, LITTERATURE ET COLLECTIONNEURS DE MARQUE-PAGES.
  • Contact

             

  

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Recherche

Texte Libre

*** Phrases diverses ***