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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 10:00






Nous avons tous plus d'une dizaine de livres préférés.
Nos inclinaisons changent tout en restant les mêmes , selon un mode assez cyclique.
Je m'aperçois que , dans mon  " top ten " manquent Kundera , Barrès , Nabokov , Rumi , Morand.
Depuis quelques années pourtant , " Le Premier Homme " reste au sommet.
Peut -être parce qu'il prouve l'importance de la fiction.
Tout ce que Camus n'a pas pu dire ou expliquer , il l'a confié à ce roman.
L'histoire , pour Camus , n'est source ni de progrès ni de justice , elle est seulement , jusque dans ses impostures démocratiques , affreuse et exaltante.
Son " Premier Homme " est le grand roman russe de la littérature française.
Camus , comme Tolstoï ( lui aussi devrait être dans ma liste ! ) , comme Dostoïevski savait aimer son peuple , avec ses douleurs et ses blessures.
Et il n'oubliait pas les morts.





En célébrant l'auteur de L'Etranger, Daniel Rondeau livre une réflexion pugnace sur l'engagement, la liberté, la vérité



Lire les premières pages



Ça commence par un garçon qui lit sur le bord de la fenêtre de sa chambre, le soleil baigne les pages de La Peste et dépose sur son front ces mots mystérieux: «L'homme n'est pas une idée.»
Ebloui, le gamin recopie, sans bien comprendre qu'il s'agit d'un viatique pour la vie.
Aujourd'hui, Daniel Rondeau, éditorialiste à L'Express, règle une dette de lumière.
En Albert Camus, il célèbre moins l'intellectuel engagé que «l'engagement d'un homme dans ses textes, sa liberté».
Un récit recueilli, une réflexion pugnace, où le Prix Nobel de littérature, mort en 1960, à 46 ans, dans un accident de voiture, n'apparaît jamais comme un maître à penser, mais comme un grand frère éclairé, mélancolique et ardent, toujours épris de vérité.

La vérité, Camus la dira sur les camps soviétiques dès 1951, ce qui lui vaudra d'être fusillé par Sartre pour atteinte au moral de la révolution prolétarienne.
 Il la redira, notamment dans ses chroniques de L'Express,
lors de la guerre en Algérie, prônant la réconciliation et l'égalité des droits sur sa terre natale.
Aux charmes sanglants et narcissiques de la révolution, il préférait la bravoure et les nuances de la révolte.
Il ne draguait pas l'Histoire, trop de bourreaux avaient couché dans ses draps. Il tenait sa ligne: «Ni victimes ni bourreaux», et cette ligne traçait la geste des humbles sans mémoire. Camus, écrit Rondeau, «a refusé de se plier à la loi des conformismes, ce mélange de suffisance dans l'affirmation et cette insuffisance, pas toujours involontaire, du regard et de la pensée, qui pétrifie tout, et pas seulement l'innocence».
Manière d'en revenir aux combats de notre temps, pour opposer la fluide lumière camusienne aux fumées des clercs dévoyés - ceux que Soljenitsyne nommait la «tribu instruite».

En regard d'un texte inspiré, l'ouvrage est richement illustré: un homme, ce n'est pas une idée, c'est un visage (magnifique), un regard (de bonté), une enfance (Alger), des ruines chrétiennes (Tipasa), des femmes (si belles), une solitude (les manuscrits), des amis (Malraux et Char). «La vérité est toujours à construire, comme l'amour, comme l'intelligence», lâchait Camus sans hausser la voix.
Beau programme auquel ce livre solaire pourrait servir de socle en ces temps boueux.

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