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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 21:25

 

 

Cowboy de Louis Hamelin (Stock - 418 pages - 1998)

Première édition au Canada 1992

 

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Cowboy est le surnom donné à un jeune amérindien de 20 ans vivant à Grande-Ourse, un village situé au nord de Montreal près de Sans-Terre et Tocqueville. Le village est fictif. Sa spécificité est qu'on y prône la propriété privée et la Pourvoirie en est le centre "vital". On y vend de l'alcool, du matériel de pêche et tout le nécessaire de vie du village. Monsieur l'Administrateur en est le directeur. Il est assisté de Bruno et de celui que l'on appelle le "Vieux". Un des jeunes du village, Gilles Deschênes (par ailleurs le narrateur de ce roman) y travaille pour l'été.

Gilles pourrait être un double de l'auteur qui a également travaillé dans une pourvoirie.

 

Le roman est divisé en cinq chapitres dont les titres sont des fêtes qui ont liue à Grande Ourse : le jour de Dollard, la Saint-Jean, The Independant Day, Noël en juillet et Pow wow.

Ici, les amérindiens sont relégués au-delà de la ligne de chemin de fer mais Cowboy, son frère Christophe et leurs amis : Karaté Kid, l'Amiral Nelson, Flamand, Gisèle et sa fille Salomé... viennent régulièrement autour de la Pourvoirie. Il faut dire que Gilles est un des seuls blancs à être ami avec eux. Les autres blancs sont plutôt haineux à leur égard et ils pensent plus à l'argent qu'à l'équité humaine. De leur côté les amérindiens ne cherchent pas à s'intégrer. Ils sont fainéants et souvent provocateurs.

Et tous, blancs, indiens s'adonnent volontiers à l'alcool, ce qui mène à la violence. Il va y avoir quelques drames au cours de ce roman qui vont contribuer à cette montée des antagonismes. Et au milieu, il y a les touristes américains, notamment, à l'image de Crazy Sam (on pense avec ironie à l'oncle Sam, bien sûr), un riche états-unien qui vient ici pour chasser l'ours. Mais des ours, il n'y en a pas vraiment là cet été ce qui n'est pas bon pour la réputation de Grande-Ourse;

 

Grande-Ourse, c'est donc un village qui semble vivre en autarcie, avec une police qui s'aventure très occasionnellement ici. Jacques Boisvert est un des riches commerçants du village, puisqu'il tient un hôtel avec sa femme Brigitte et une exploitation forestière près du lac Légaré accessible par hydravion. Son passé a été terni par le meurtre de Roméo Flamand, 12 ans auparavant. L'amérindien aurait été tué par son fils Gilles Boisvert, alors que tout le monde a pensé que c'est jacques le meurtrier. Mais aucune preuve n'a pu confirmer cette thèse.

 

Cette période est décrite en italique, tout au long du roman par un narrateur à la troisième personne, ce même Gilles Deschênes double narrateur. Deux narrations par un même Gilles avec au milieu un autre Gilles déclaré meurtrier.

 

Le roman alterne donc ces deux périodes autour de 5 fêtes qui rythment la vie du village et lui donne sa vitalité. L('intérêt du roman réside dans la description minutieuse de la vie dans une région isolée, microcosme où deux races ont bien du mal à cohabiter.

 

Gilles nous raconte son quotidien à la Pourvoirie et la vie autour de lui. Il est proche de Cowboy et de ses amis, refusant de flirter avec Salomé qu'il veut protéger car elle est encore très jeune. Il a par contre une aventure avec Brigitte Boisvert. Ce livre est donc une plongée dans un "autre Canada", celui que l'on connait très peu (du moins vu depuis l'Europe).

 

Je me suis attaché à cette histoire qui prend le temps d'avancer au fil des jours, avec cette énigme du passé en filigrane avec ce triangle canadiens blancs, états-uniens et amérindiens. L'argent et l'alcool savent les réunir pour le meilleur et pour le pire.

 

C'est donc un livre "atypique", "politique" aussi mais très bien écrit par Louis Hamelin, né en 1959 à Montreal et auteur d'une dizaine de roman. On a envie de prendre partie pour Gilles et ses amis Indiens, bafoués par les blancs, au racisme primaire.

 

Début du roman : "Ses amis l'appelaient Cowboy et il était Indien d'Amérique. il avait hérité de ce surnom un soir qu'on l'avait vu venir le long de la voie ferrée, sa silhouette efflanquée se découpant sur le couchant dans une longue capote western dont les plis battaient contre ses bottes de cuir. Ses amis, eux, s'appelaient Karaté Kid, Donald-les-bras et Judith, qui avait un teint couelur de pain, des moues généreuses et un genou agile. ils étaient les mousquetaires de la muskeg et Cowboy était leur surhomme. Ils formaient un clan, ils faisaient bloc."

 

Et un passage qui évoque le passé (page 97) : Gilles est de service ce soir-là. Il suspend les verres à l'envers au-dessus de sa tête. Parfois, une goutte se détache et lui percute le front, avec un impact de plomb. Il remplit d'autres verres. Verre plein, verre vide. Verre plein. Les hommes ont soif. Verre plein, verre vide. Rincé, suspendu à ce large luminaire au-dessus de sa tête. Une autre goutte qui les frappe au front. Ce front déjà haut, qu'il éponge. Il fait chaud. Se faire invisible. Serveur de verre".

 

Deux styles très différents comme vous pouvez le constater. Bref un livre à la narration diverse, variée comme ses personnages qui se croisent, s'aident, cohabitent...

 

Bonne lecture,

 

Denis

 

Livre lu dans le cadre du  challenge "Québec en septembre" chez Karine et Laurence

Québec en septembre 2013 -2

 

 

Et cette lecture s'inscrit également dans mon challenge

"Littérature francophone d'ailleurs"

 

 

 

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commentaires

Topinambulle 29/09/2013 15:12


Ah, j'aime votre billet et je note ce roman à l'instant ! En fait, j'ai lu Louis Hamelin à l'adolescence, car mon père laissait toujours traîner de ses livres à la maison. Je ne me rappelle
plus des titres, mais j'en garde un très bon souvenir. Merci :)

DENIS 29/09/2013 15:54



une belle découverte pour moi et je continuerai à le lire en espérant trouver ses livres en France



Heide 29/09/2013 14:46


Je partage l'avis selon lequel tu donnes une image attachante du roman. Et le style des deux passages que tu as choisis donne envie d'aller y voir de plus près. Je note le titre donc. Merci du
partage et bon dimanche.


A propos, on peut décaler MD ? Je n'ai pas pu terminer Le Marin de Gibraltar et je ne pourrai vraisemblablement pas écrire mon article avant le week-end prochain.

DENIS 29/09/2013 14:56



ok je suis un peu court pour finir la correspondance de Mishima et MD pour demain, donc ok pour une publication si possible le dimanche 6 car j'ai Miller pour le 5 et le 7 il y a philo


livre très intéressant à lire avec attention et sans précipitation



Karine:) 29/09/2013 01:48


Ce que je lis de tes commentaires me semble très réaliste, si je me fie aux copains qui travaillent dans le nord.  Cohabitation super difficile... et pas la faute à un seul des deux bords!

DENIS 29/09/2013 14:57



merci Karine pour ces précisions car on ne sait jamais trop si un roman est très imaginatif ou plutôt proche de la réalité


j'ai découvert avec plaisir cet auteur (et si tu as une bibliographie de romans qui se passent dans ces régions, je suis preneur)



Lou de Libellus 28/09/2013 23:01


 


Ta présentation donne une image très attachante du roman.


J'aime beaucoup : "Ses amis l'appelaient Cowboy et il était
Indien d'Amérique. " 


 

DENIS 28/09/2013 23:03



cela veut dire que j'ai bien exprimé mon ressenti


un livre atypique, bien construit bref un excellent livre d'un auteur peu connu c'est dommage, je lirai d'autres livres de lui c'est certain



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