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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 20:36

(Photo amazone.fr)

Canada de Richard Ford (Editions de l'Olivier - Août 2013 - 480 pages)

Traduit de l'anglais (américain) par Josée Kamoun 

Edition originale "Canada" - 2012

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Lire le nom de Josée Kamoun m'a immédiatement fait pensé à Philip Roth qu'elle a traduit, sans oublier Virginia Woolf, c'est dire qu'il fallait s'attendre à une traduction de qualité.

Alors, voilà, on est devant un "grand écrivain" américain, Richard Ford et on est forcément impressionné de lire l'auteur. Surtout que les amateurs de l'auteur sont frustrés depuis quelques années.

Voyez plutôt : 2002 - "Péchés innombrables" et 2008 "L'état des lieux". 2 livres en 10 ans, on est loin du rythme de nos français (et belges) qui se doivent de publier un livre chaque année... Vous voyez de qui je veux parler, une dame à chapeau un peu gothique, entre autres... Un monsieur un peu joufflu et ventru...

 

Bref, voici le nouveau Richard Ford, sorti fin août 2013 en France et en 2012 aux Etats-Unis.

Alors, les amateurs de suspens vont être surpris et peut-être déçus car le premier paragraphe du livre résume toute l'histoire :

"D'abord, je vais raconter le hold-up que nos parents ont commis. Ensuite les meurtres, qui se sont produits plus tard. C'est le hold-up qui compte le plus, parce qu'il a eu pour effet d'infléchir le cours de nos vies à ma soeur et à moi. Rien ne serait tout à fait compréhensible si je ne le racontais pas d'abord."

 

Tout est dit : la première partie raconte la vie de la famille jusqu'au hold-up catrastrophique, la seconde partie parlant de la vie du narrateur jusqu'aux meurtres.

 

Seulement, l'auteur nous entraîne dans 480 pages de narration de qualité extrême. Le narrateur est Dell, le frère jumeau de Berner, tous deux âgés de 15 ans en 1960. Le père Bev Parsons a eu des revers de fortune qui l'ont conduit dans des activités de plus en plus louche au point d'être menacé par des Indiens avec qui il a fait un trafic de viande. La mère, Neeva subit la vie.

Alors, après que Dell nous aura raconté dans le détail cette vie qu'il regarde avec son oeil d'adolescent encore bien innocent, on en vient aux faits. Là encore, l'histoire du hold-up en Dakota du Nord alors qu'ils habitent à Great Fall dans le Montana, est vue à travers ce que Dell en a compris et d'après les récits de sa mère notamment.

C'est là la très grande qualité du roman : nous montrer le déroulement de la vie et des faits à travers un personnage qui subit toutes ces histoires presque avec détachement, se laissant porter par les décisions des uns et des autres. Plutôt observateur qu'acteur des événements qu'il raconte, alors qu'il est en première des conséquences dommageables.

Dell pose souvent des questions, presque naïves, aux adultes, y compris à ses parents. Du genre : 'est-ce vrai que vous avez braqué une banque ?

Ce n'est donc pas un roman policier alors que le thème aurait pu en faire un polar à suspens. Dell nous coupe l'herbe sous le pied, quand il dit par exemple, qu'après avoir vu ses parents en prison, il ne les reverrait jamais. Il anticipe ce qui va se passer, si bien que dès la première phrase, le lecteur a compris qu'il n'y aura aucun suspens dans ce livre.

Car après le hold-up, Dell part au Canada, conduit par une amie de sa mère Mildred. Il se retrouve ainsi chez Arthur Rimlinguer, américain exilé au Canada, tueur malgré lui, car il avait posé une bombe qui a explosé au moment où passait un innocent. Et les meurtres cités en début de roman, on comprend qu'ils viendront au cours de la seconde partie et qu'ils vont concerné le passé d'Arthur.

Dell est à nouveau en cinq semaines embarqué dans une histoire louche, avec seul espoir pour lui de pouvoir partir à Winnipeg pour y reprendre un cursus scolaire, absent ici. C'est Florence, la compagne d'Arthur qui lui a dit. Il s'en réjouit intérieurement, car ici il s'ennuie.

Heureusement, c'est la saison de la chasse à l'oie, très prisée des états-uniens, qui viennent en groupe pour chasser dans le Saskatchewan.

 

L'essentiel de l'histoire est là. Juste un mot sur Berner, la soeur de Dell. Elle décide de partir en Californie où un ami Ruby devrait la rejoindre, si bien qu'après l'arrestation de leur parent, les jumeaux se séparent pour le reste de leur vie.  Ils se reverront occasionnellement.

 

Un extait, page 245, quand Dell part au Canada : "Devant nous, au loin, là où la route n'était qu'un trait de crayon, deux petites bosses sombres sont apparues à l'horizon, sur fond de ciel bleu sans nuages. Je ne les aurais jamais vues si je n'avais pas suivi le regard de Mildred. Là-bas, c'était le Canada. Impossible à différencier. Même ciel, même lumière, même air. Mais autre. Comment se faisait-il que je sois en train d'y aller?"

 

Il y a un peu de Meursault dans Dell. Il observe mais il ne comprend pas tout ce qui lui arrive. Il subit ce qui lui arrive et tente de l'analyser. On imagine Ford aimant Camus.

 

Alors, voilà, il faut se laisser emporter par Dell, l'écouter, le regarder.

Vous aurez compris que ce livre est pour moi un véritable coup de coeur. Ce sera un roman qui comptera dans mon panthéon littéraire.

Bonne lecture,

 

Denis

 

Lecture qui rentre dans le challenge rentrée littéraire 2013 chez Hérisson

 

 

5/6

 

Et il rentre dans le challenge US de Noctambule

 

moisamericain

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Published by DENIS - dans LITTERATURE
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commentaires

valentyne 02/01/2014 12:59


Déjà noté mais je renote (et je souligne) ;-)

DENIS 02/01/2014 21:22



J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre



Eeguab 30/12/2013 19:49


J'hésite beaucoup,ayant calé sur L'état des lieux.

DENIS 30/12/2013 22:29



J'ai vraiment aimé la narration avec le regard de Dell.


Je n'ai pas lu "l'état des lieux"



Eimelle 30/12/2013 15:14


je note dans un coin!


Bonne fin d'année!

DENIS 30/12/2013 22:26



j'ai vraiment aimé et n'ai pas trouvé de longueurs car je me doutais qu'en 480 pages il fallait être patient pour raconter quelques semaines d'une vie. Mais le regard de Dell m'a vraiment
passionné



Lili 30/12/2013 10:24


Un excellent roman en effet - je lui ai cependant trouvé quelques longueurs (pas tant d'un point de vue critique mais d'un point de vue de lectrice. Parfois, on s'essoufle un peu face à la
lenteur de la progression)

DENIS 01/01/2014 18:13



j'ai accepté que ce soit long à lire mais la progression littéraire m'a enthousiasmé à travers le regard de Dell. Pour moi un grand livre que je classe aux côtés de ceux de Irving (j'ai pensé à
son avant-dernier où un homma aussi se cache au Canada où il refait sa vie)



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