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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 09:00







Dans la compétition pour le Prix Nobel de littérature qui s'engageait en 1957 , la France était représentée par moins de neuf candidats.
Et pour la neuvième fois , elle devait remporter la précieuse récompense cette année là dans la grande course ,quoiqueque ce fût un " OUTSIDER " dont on n'attendait pas l'arrivée au poteau de si tôt.
Le nom d'André Malraux , proposé par différentes associations littéraires aussi bien suédoises que françaises , était sur  toutes les lèvres d'autant qu'il venait d'être reçu et fêté par le roi à l'occasion d'une conférence brillante sur Rembrandt faite à Stockholm.
La candidature quasi permanente de Jean - Paul Sartre avait également d'ardents défenseurs dans la presse suédoise.
Or, c'est Albert Camus , disciple de l'un et émule de l'autre , qui , le 17 octobre , fut proclamé l'heureux gagant , notamment pour
" son importante oeuvre littéraire qui met en lumière , avec un sérieux pénétrant , les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes ".

Si ce choix provoqua quelque étonnement , ce fut pour les mêmes raisons que celui de Roger Martin du Gard vingt ans auparavant.
L'auteur des " THIBAULT " fut élu , tandis que son aîné et maître reconnu , André Gide , dut attendre encore dix ans avant d'être repêché par l'Académie suédoise et couronné in extremis.





M Ragnar Kumlin et Albert Camus


Suivant une tradition qui s'est établie depuis la dernière grande guerre , c'est l'ambassadeur de Suède à Paris , M. Ragnar Kumlin qui apporta le premier la bonne nouvelle au principal intéressé.
Le jeune lauréat attendait le grave diplomate , souriant mais visiblement ému , dans son petit bureau à la librairie Gallimard , où il fut bientôt rejoint par les maîtres de maison et une foule croissante de journalistes qui - affirma - t-on - avaient eu vent de   l 'événement , d'ailleurs déjà annoncé par tous les journaux du soir.
Dans son bref éloge , le diplomate suédois se souvenait fort à propos du couplet célèbre sur le Cid :

"  Vous êtes jeune, il est vrai , mais aux âmes bien nées
La valeur n'attend pas le nombre des années. "

et il complétait les deux vers par quelques citations de circonstance - ici soulignées - tirées des oeuvres du lauréat
lui-même :

" Comme le héros cornélien , vous êtes un homme de la Résistance , un homme révolté , qui a su donner un sens à l'absurde et soutenir , du fond de l'abîme , la nécessié de l'espoir , même s'il s'agit d'un espoir difficile , en rendant une place à la création , à l'action, à la noblesse humaine dans ce monde insensé ".

Evidemment , l'ambassadeur n'avait pas omis de rappeler que Camus était le neuvième Français inscrit au palmarès
du Prix Nobel de littérature et que la France distançait ainsi de loin , dans cette grande compétition internationale, tous les autres pays : ce qui provoqua une petite mise au point de la part du lauréat qui tenait à mettre en avant ses origines algériennes : " Vous avez voulu distinguer mon pays d'abord , et ensuite le Français d'Algérie que je suis ... "
A cette époque , la guerre d'Algérie battait son plein , et toute la presse prit acte de cette déclaration qui pouvait prêter à diverses interprétations.





En France, la surprise fut générale qu'un écrivain jeune encore , avec une production peu abondante derrière lui , fût ainsi à l'honneur , et cette surprise se traduisit quelquefois par des manifestations de mauvaise humeur , notamment dans certains milieux extrémistes aussi bien de gauche que de droite , car dans la quatrième République agonisante , la politique primait tout.
Tout de même , la plupart des grands quotidiens et hebdomadaires parisiens , Le Figaro et son supplément littéraire en tête , consacrèrent des pages entières à un événement suceptible de rappeler au monde le fait que la France , malgré les déboires politiques du moment , restait une grande puissance culturelle parmi les nations.


L'interprète le plus éloquent de cette satisfaction nationale  fut le distingué critique littéraire du Monde , Emile Henriot , membre de l'Académie française et président de l'Alliance française , qui fit précéder une analyse approfondie de l'oeuvre de Camus , " poète et moraliste " , par ce noble soupir de soulagement patriotique : " C'est un grand honneur que les Académiciens suédois font à notre pays , en ce moment affaibli , discuté , critiqué , admiré et aimé quand même , en attribuant à Albert Camus le Prix Nobel. Il est un de ces hommes dont la pensée et le talent honorent la France , et c'est beau que ce titre lui soit reconnu avec un tel éclat à l'étranger ".


Émile Henriot

Emile Henriot

 ( Source collection des Prix Nobel de littérature )
Editions Rombaldi

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commentaires

Un petit Belge 28/11/2009 10:36


Rappelons que Maurice Maeterlinck est le seul Belge à avoir obtenu le Prix Nobel de Littérature. Bon samedi à tous!


Bang 02/06/2014 11:30

Ouais Ouais Ouais

PanameEasy 02/06/2014 11:29

Je ne suis pas daccord avec toi fabienne t'est une connn

FABIENNE 28/11/2009 14:48


Bonjour Vincent , tu as raison de le rappeler car nous tenons une rubrique sur les prix Nobel et ce sera le prochain dont nous parlerons sur le blog. Je viens
de lire sa biographie, vu qu'il a vécu en Normandie ( abbaye de St wandrille , pas très loin de chez nous) et son amie était la soeur de Maurice Leblanc , l'écrivain d'Arsène Lupin , dont le
célèbre Clos Lupin est situé à Etretat.
Bon samedi à toi . Amitiés de Normandie et au plaisir!


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