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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 08:00



                                            Paul NOTHOMB  (1913 - 2006)


Il n'est pas inutile de préciser pour les lecteurs français que la famille Nothomb ne se limite pas à Amélie dont on connait le succès littéraire. Fabienne a fait d'ailleurs un article sur elle il y a quelques semaines.

Paul Nothomb est le grand-oncle d'Amélie. Il est né à Bruxelles en 1913 et mort le 27 février 2006 au terme d'une très longue vie.






Issu d'une famille de la haute bourgeoisie belge, plutôt que de choisir un avenir tout tracé, il s'engage sans hésitation et participe à la guerre d'Espagne et va ainsi cotoyer André Malraux dont il va devenir un grand ami.
André Malraux lui rendra largement son amitié notamment en s'inspirant de Paul pour en faire un de ses héros du grand roman "L'espoir" : il pourrait être le personnage d'Attignies.

Résistant durant la Seconde Guerre Mondiale, il tombe aux mains de la Gestapo qui le torture. Il craque.... (chut!! j'en reparle par la suite car c'est l'objet de son livre "Le délire logique").

Romancier et philosophe, il propose, entre autres passions telles que l'amour de la Liberté et son pourquoi, une relecture des textes de la Bible. Et suggère un nouvel éclairage de la Genèse en particulier.

Ses principales oeuvres sont :

Aux éditions Phébus : N'y être pour rien (1995) / Non lieu (1996) / Malraux en Espagne (album préfacé par Jorge Semprun - 1999) 

Chez d'autres éditeurs :

L'homme immortel (Albin Michel - 1984) / L'image de Dieu (La Longue Vue - 1985) / La mémoire de l'Eden (La Longue Vue - 1987) / Les tunique d'aveugles (La Différence - 1991) / Les récits bibliques de la Création (La Différence 1991) / L'imagination captive (La Différence - 1994)


                                             _____________________________


LE DELIRE LOGIQUE   -   1999   -   EDITIONS PHEBUS  (179 pages)





Nous sommes donc dans un roman autobiographique qui reprend une période douloureuse de la vie de Paul Nothomb.
Ce roman a d'abord été publié en 1948, comme le rappelle une note de l'éditeur au début du roman. Et sa publication a été due essentiellement à André Malraux qui a encouragé l'auteur à aller jusqu'au bout. Trois lettres d'André Malraux reproduites à la fin du texte en témoignent.

Et en effet, il fallait du courage pour parler d'une trahison liée à une "lâcheté" devant la torture. Mais avant de juger d'un manque de courage, il faudrait savoir comment soi-même aurait réagi face à la torture.

Ainsi donc, l'auteur, alias Hubert dans le roman, communiste avéré et résistant de longue date est arrêté par la Gestapo, vendu par l'un des siens. Que ce soit en Belgique ou en France, les méthodes sont alors les mêmes (on doit être là en 1942) : pour faire parler le résistant on a recours à la torture. Le premier jour est très douloureux mais Hubert ne parle pas. La nuit, il réfléchit et sait que son corps est trop souffrant et qu'au matin, il parlera. Difficile dans ce cadre de sauver son amie, impliquée ainsi que ses camarades résistants. Et il est porteur d'une clé compromettante...

Alors, au second jour d'interrogation, il parle pour vanter le national-socialisme, seul habilité à sauver l'Europe de la barbarie bolchevique... Il montre une grande sincérité dans ses propos et est cru par ses tortionnaires. Il est obligé de livrer quelques amis mais préserve son amie, enceinte, laquelle lui rend visite ensuite et lui dit qu'il est devenu fou mais qu'elle lui pardonne sa faute. Par contre, il est radié des rangs du parti compte tenu de sa "trahison" (qui demeure pour lui avoir été le moindre mal).

La suite et surtout la fin du livre est romancée car Hubert va mourir pour se racheter, ce que n'a pas fait Paul Nothomb.

C'est là un sujet bien grave et qui ne peut laisser le lecteur indifférent.

Merci aux éditions Phébus d'avoir republié ce texte dans la très belle collection "d'aujourd'hui" dirigée par Jane Sctick.


Un texte à recommander à tous ceux qui s'intéressent à la Seconde Guerre Mondiale et encore plus à ceux qui s'interrogent sur le courage et sur la torture...

Bonne lecture.

Denis

 

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commentaires

M


Bonsoir Denis,


Ne vous excusez pas, il n’y a aucun problème. Il se fait qu’il y a très peu de sources qui en parlent et encore moins qui le nomment. A ma connaissance, il y a un mémoire à l’Université de Liège
sur le « Délire logique » mais qui traite du livre en lui-même. Je ne l’ai d’ailleurs pas lu. Sinon, le livre « Du Rouge au Tricolore » de José Gotovitch, grand historien de
l’Université Libre de Bruxelles, spécialisé dans l’histoire belge de la deuxième guerre mondiale, qui traite de la résistance communiste belge et donc du FI (Front de l’Indépendance) et des PA
(les Partisans  Armés) dont faisait partie Nothomb. La razzia des arrestations de mars et juillet 1943 dont traite le Délire Logique est couverte par moins de 10 pages dans son
ouvrage et ne rentre pas dans les détails « psychologiques » et autres car il s’agit de présenter l’organisation du réseau.


Ce que j’ai appris, c’est par ma famille, la consultation de « dénonciations » à son propos et de témoignages ou de lettres ainsi que par l’obtention par hasard sur internet d’une
partie du jugement à son encontre rendu en janvier 1947. Tout le reste fait partie des archives militaires et il n’y a quasi aucun moyen d’y avoir accès. Comme Nothomb « s’évada » en
1944 et rejoignit à nouveau la résistance mais dans l’Armée Secrète où il fit à nouveau du bon travail et qu’il avait aussi le soutien d’anciens de la guerre d’Espagne avec qui il avait combattu
(comme Malraux par exemple), il n’y eu pas grand-chose à en dire. C’est toujours le problème des après-guerres et de la collaboration : la ré-union nationale. C’est exactement le problème
qu’ont rencontrés les pays d’Amérique latine et l’Espagne encore actuellement avec le régime franquiste.


Bonne soirée !


M.H.



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D


merci pour ces précisions complémentaires


la France a aussi connu cela à la libération où beaucoup sont devenus "résistants" pour échapper aux sanctions...



M


Personnellement, j’ai une totale aversion pour Paul Nothomb. Si l’on veut parler de la torture et en témoigner, et encore plus lorsque l’on est historien, on ne prendra assurément pas. Bien sûr
toutes les sources sont « coupées » car les témoignages font partie des archives militaires et seul Nothomb a finalement donné publiquement par écrit sa version des faits. Nothomb n’a
JAMAIS été torturé. Il n’a « qu’ » été tabassé. (Remarquez que je ne dénigre absolument pas toute la souffrance que l’on doit y trouver.) Enfin, et encore… Quelques jours après, il ne
portait aucune ecchymose au visage. Le problème du cas P. Nothomb n’est pas celui de savoir à quel moment on craque sous la torture : tout le monde craque. Rares sont ceux qui la supportent
en ne disant rien et en reviennent. Non. Le problème est ce qu’il en a fait. Il a totalement coopéré et travaillé pour la Gestapo. Il assistait aux interrogatoires et poussaient ses anciens
« amis » à dénoncer, trahir. Il menait presque lui-même les interrogatoires dans certains cas. Nothomb au camp de concentration de Breendonk ? Un invité de marque du camp
oui ! Logique après son passage à la Gestapo, une arrestation de façade.


Nothomb n’était pas un bête petit messager au sein de la résistance. Croyez-vous vraiment qu’ils laisseraient s’échapper aussi facilement un poisson tel que lui en 1944 ? Des dizaines de
morts sur la conscience de gens partis pour Breendonk et Buchenwald jamais revenus et 3 malheureuses années de prison ? Sa tenue était totalement indigne. Je dois dire que Malraux s’est
bigrement trompé en venant à sa rescousse. Le passé n’excuse pas le présent et ne vient pas toujours l’infirmer non plus.


Ce qui est détestable avec Nothomb, c’est qu’il n’a jamais non plus assumé. Son livre n’est là que pour chercher une excuse, celle d’être devenu fou. Personne n’en a jamais voulu à un camarade
qui a cédé sous la torture. Mais il y a céder et céder. Avouer des informations et faire tout ce qui est en son pouvoir pour démonter tout son propre réseau et trahir ses amis. Nothomb n’a
semble-t-il jamais voulu voir la différence entre les deux.


 


Veuillez m’excuser pour la longueur ou le ton peut-être un peu agressif car il n’est absolument pas destiné aux lecteurs de ce blog ou à ses auteurs. Après avoir vu les dégâts qu’a fait Nothomb
au sein de ma famille, sa bassesse envers elle à la fin de la guerre, les dizaines de personnes qui ont énormément souffert à cause de lui, il est nécessaire de remettre un petit peu
d’objectivité sur cette période-là.


 


On peut rendre grâce à Nothomb pour ce qu’il a lui-même avoué mais qu’apparemment peu de lecteurs semblent avoir compris : Nothomb s’est torturé tout seul, sa traîtrise ne s’est faites que
par son propre esprit puisqu’il n’a pas été torturé.


 


Bonne soirée,


M.H.



Répondre
D


je peux comprendre votre colère par rapport à Paul Nothomb


j'ai cru en sa sincérité dans ce livre là mais j'avoue ne pas être en mesure de le juger au-delà de ses "aveux" dans ce livre


merci pour votre témoignage en tout cas  y a t'il des livres qui parlent de lui et de cette époque pour mieux comprendre le contexte



T
Toute trace de son engagement sincère et puissant envers la pensée/philosophie libertaire (exprimée sur le net via un site) a été détruite ou n'est pas "prouvable" parce que exprimée sous un autre nom qui a été sali via réutilisation abusive.

Sorry.

Essayez de comprendre : une "bonne famille" ne produit pas d'anarchistes, mon cher !... En disant cela, je pense à certains membres de sa famille d'origine.

Ce n'est pas l'esprit de Paul qui y a perdu quelque chose, mais bien ceux qui voulaient détruire une partie de sa pensée, d'abord en l'étouffant, ensuite en l'occultant, ensuite en l'effaçant (après son décès), en tout cas au regard du public dont j'ai fait partie.

Peut-être que ses enfants ou petits-enfants connaissaient leur Père et Grand-Père sous ce jour là. Je n'en sais rien. Le nom de ses deux filles et de leur descendance se trouve sur un arbre généalogique édité dans le livre de Patrick Nothomb "Intolérance zéro".

Il vous est loisible, au départ de cette information, d'effectuer de plus amples recherches si vous le jugez utile, surtout si vous habitez en France, parce que je présume que sa famille est restée en France, son pays d'accueil.

Ce livre, "Intolérance zéro", se trouve très facilement en bibliothèque (Belgique). En France aussi, très certainement.

Personnellement, j'ai rencontré Paul Nothomb sur la toile, peu après le décès de son épouse Margot. Ca me suffit amplement pour ne jamais l'oublier.

Bonne chance.

NB : Je ne reviendrai pas sur ce blog. Je ne veux plus parler de tout cela. Ca me fait trop de mal.
Répondre
T
Paul Nothomb était bien plus qu'un simple écrivain.

Il était aussi un merveilleux Poète et un magistral libertaire.

;)

On ne peut pas tout dire, quand on doit se tenir correctement pour faire honneur à un "NOM"...

Quel remerciement pour cette maîtrise savamment imposée, Cher Paul ? Des fleurs sur ta tombe au moins, sacré anar :b

Rien à foutre des fleurs après coup. C'est quand tu vivais qu'il aurait fallu te dire "on t'aime".

Bon vent, Paul. Sois heureux par delà cette prison qui t'a retenu près de 92 ans, loin de ces assassins "par convention" de la/ta LIBERTE chérie.
Répondre
D

Bonsoir,
j'ai vu par votre e:mail que vous êtes belge (comme Fabienne mon épouse). J'ai découvert Paul Nothomb avec ce livre et j'ai apprécié son courage et la caution de Malraux à son égard.
Je ne connais pas le poète libertaire. A découvrir donc et peut-être avez-vous un titre d'un livre à me proposer pour connaitre cette facette de cet homme.
Il semble en effet n'avoir pas été compris de son vivant. Il faut dire qu'en France on ne le connaissais pas vraiment et les éditions Phebus l'ont remis à l'honneur ces 10 dernières années.
Merci pour ce beau commentaire en tout cas
Amitiés
Denis


C
bonjour,
Un bel article qui captive.. Hélà, le thème. la guerre. je ne peux pas.. peut-être trop de guerres autres...
bonne journée
clem
Répondre
D

et oui c'est la guerre, mais je crois t'avoir déjà répondu sur ce thème dans un précédetn commentaire
on apprend à mieux connaitre l'être humain notamment dans ses limites
amitiés
denis


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