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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 12:15
Les sacrifiés du Danube de Virgil Gheorghiu (La Différence)

Les sacrifiés du Danube de Virgil Gheorghiu

(Editions de la Différence - "Littérature étrangère" - 190 pages - Avril 2017)

Traduit du roumain par Livia Lamoure et présenté par Thierry Gillyboeuf

Titre original : Sacrificatii Dunarii (1957)

Première édition française dans cette traduction : 1957 (Editions Plon)

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Dans le livre "Virgil Gheorghiu l'écrivain calomnié" que je viens de lire et présenter sur le blog, Thierry Gillyboeuf présente comme suit ce roman : "C'est un bref récit écrit avant (sic - coquille de l'éditeur à la relecture car c'est après, ce que confirme Thierry Gillyboeuf dans sa préface au roman) les événements tragiques de l'automne 1956 en Hongrie. Situé en Bulgarie, ce roman est un cri violent, un réquisitoire impitoyable et un appel au secours à l'Occident qui a livré quinze pays de l'est de l'Europe à l'URSS à la conférence de Yalta". (page 47).

Ce livre est dédié à sa traductrice Livia Lamoure. (le lien que j'ai ajouté au nom de Livia Lamoure permet de la connaître un peu mieux).

 

Joseph Martin est un anthropologue occidental et à été engagé par les Etats-Unis pour s’installer à Sofia il y a onze ans, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

Depuis il s’est marié avec une autochtone, Monika, qui vient d’avoir enfin le droit de sortir de son pays pour aller à la rencontre de sa belle famille. Joseph viendra la rejoindre dans quinze jours.

Il la conduit à Varna d’où elle doit s’embarquer. C’est ici d'ailleurs qu’il l’a connue. Elle était une de ses étudiantes et lui avait demandé de sauver un éminent scientifique autrefois ministre car depuis que les soviets dirigent le pays les anciens ministres sont arrêtés, torturés puis pendus. Et Martin avait refusé d’aider à sauver cet homme qui aurait pu sinon être conduit clandestinement sur un navire compatriote.

Les soviets mettent comme un ver dans le cerveau des bulgares pour en faire des robots à l’image de cette mouche tropicale qui s’attaque à la tête des autochtones pour y déposer ses vers.

L’ambassadeur Pilate informe Joseph qu’il est suivi par la police et qu’il doit être arrêté sous peu, la police attendant que sa femme ait quitté le pays pour le mettre en prison.

On lui reproche notamment d'avoir aidé des fuyards du communisme. Pilate lui conseille de rester très calme ces temps-ci mais sera-ce possible quand un ami va lui amener une famille...

 

Ce livre est très militant au travers de cette "fable" qui montre bien les dessous du régime en place depuis que la Bulgarie et plus généralement les pays de l'Est ont été placés sous domination soviétique dès 1945/1946.

Virgil Gheorghiu, "dissident roumain" place son roman en Bulgarie et nous rappelle combien ces peuples soumis en veulent aux occidentaux qui les ont trahis en les mettant sous la coupe soviétique. Par exemple, Joseph Martin est fier que son pays envoie des projecteurs en Bulgarie. Or, il apprend très vite que ces projecteurs auront comme rôle d'éclairer la nuit les camps de travail des déportés pour que le rendement soit optimisé.

Joseph, Pilate : vous aurez compris que l'on est dans le rapprochement avec la Bible. Pour rappel, l'auteur est ordonné prêtre orthodoxe en 1963. Mais il n'y a aucune pesanteur dans ces références. Pilate représente le corps diplomatique occident chahuté par le pouvoir en place, aux pouvoirs plus que limités. Pilate espère faire changer le régime suite à la mort récente de Staline. Un leurre quand on sait le temps qu'il aura encore fallu attendre pour voir des lueurs dans le ciel de ces pays.

Et pour ce qui est du style, par ailleurs très sobre, il faut remarquer les répétitions de phrases, de sentences à l'image de ce qu'a pu être la "propagande" soviétique dans ces pays à l'époque.

La métaphore du ver est particulièrement bien vue : (page 59) "Un seul ver suffit à en produire des centaines d'autres. Pour cela, il n'a besoin que d'une seule chose : la matière grise du cerveau humain. C'est tout. Et il se multiple. Des centaines et des milliers de ces vers rationalistes apparaissent alors. Ils rongent le cerveau humain par portions, par compartiments. L'homme dont, par malheur, un de ces vers a pénétré le cerveau, perd d'abord sa gaieté. Puis il perd sa tristesse. Il n'es plus jamais gai, ni triste. Le ver rationaliste dvore ensuite un autre fragment de cerveau : l'homme n'a plus aucune espèce d'idéal, plus aucune espérance. Puis, l'homme qui a ce ver dans la tête devient indifférent à la notion de direction. Toutes les directions lui sont égales. La volonté commence à être grignotée à son tour. Tout ce qui peut arriver à cet homme lui est indifférent. Il n'a plus froid, ni faim, ni chaud, ni soif. Cet homme a une force de résistance terrible. Il peut vivre fort longtemps, au milieu des autres hommes. Mais il y vit comme un objet indifférent. Et c'est le plus obéissant des hommes. Il n'a plus aucune préférence, et si vous lui commandez de se jeter au feu, il se jette au feu. Le ver a rongé ses illusions, et jusqu'à son désir de vivre..."

 

Terrifiant ce passage et tellement vrai quand une dictature vous ôte tout droit de penser et plus encore d'ETRE.

Et quand on lit ce qui s'est passé en Bulgarie après "l'annexion" au régime stalinien, les anciens ministres ont réellement été arrêtés, à peine jugés et pendus.

Un livre qui claque et qui rappelle que la littérature se doit aussi et surtout dénoncer les travers des êtres humains.

Et quand tout va mal, Pilate se lave les mains à l'eau de Cologne !

Un livre à lire absolument et je vous garantis que, certes, j'ai reçu ce livre en "service de presse" de l'éditeur, mais tout ce que j'ai dit de ce livre ici, est authentique. Je n'ai rien écrit "pour faire plaisir à l'éditeur", puisque je suis même critique avec la coquille signalée au début de ce compte rendu. Et j'espère ne pas avoir de ver dans le cerveau...

Je dis avant tout merci à l'éditeur de m'avoir rappelé que cet auteur compte dans la littérature du 20e siècle et qu'il ne faut pas l'oublier...

Pour finir je renvoie à cet article passionnant dans lequel Gheorghiu est cité auprès de grands autres écrivains de la "dissidence" :

https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2004-3-page-261.htm

 

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

 

 

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Published by DENIS - dans LITTERATURE
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