Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 16:19
Je n'emporte rien du monde de Clémence Boulouque (Gallimard)

Je n'emporte rien du monde de Clémence Boulouque

(Gallimard - 92 pages - décembre 2012)

--------------------------------

Qui a vécu la mort brutale d'un père comprendra le sens des mots de Clémence Boulouque avec "acuité" : Page 72 : "...Avoir l'âge de ses blessures malgré les années accumulées. Avoir deux âges. J'avais encore treize ans à l'époque. J'aurai toujours treize ans. Depuis, j'ai aussi seize ans. Mes trente ans et des poussières, eux, ne font que passer... Ces deux âges, que d'autres ont mieux qui moi connus, ont été fracturés par des douleurs précoces".

Clémence Boulouque est devenue écrivaine en faisant un premier récit " en 2003 "Mort d'un silence", écrit pendant que les tours de Manhattan tombaient à New York, et dans lequel elle racontait sa vie d'enfant bouleversée, ravagée par la mort brutale de son père, celui que l'on connaissait comme étant "le juge Boulouque". Il s'est suicidé avec son arme de service alors qu'il enquêtait sur des affaires liées aux attentats de 1986 à Paris, le 13 décembre 1990.

 

Clémence Boulouque, devenue adulte, a voulu raconté ces moments d'angoisse d'une adolescence perturbée par l'obligation d'avoir des gardes du corps et meurtrie par ce drame brutal qui a arrêté les compteurs alors qu'elle avait 13 ans. Trois ans plus tard, sa meilleure amie se suicide en octobre 1993. Elle avat alors 16 ans. Deux drames, deux suicides et en 2012, un nouveau récit "Je n'emporte rien du monde" est écrit par l'auteure qui fait se croiser ces deux drames qu'elle a vécus en pleine adolescence, au moment où l'enfance passe. Premiers amours, intimité entre filles pour parler de la vie, des émois. Et tout vole en éclat quand une amie téléphone pour dire que Julie est morte.

 

La mort du père ressurgit. C'est trop pour une jeune fille, ces morts brutales. Page 59 : "Nos morts et leur principe d'incertitude. // La parenthèse de leurs vies semble parfois incernable, les voix s'échappent, refluent, plus fortes que jamais, plus fortes qu'aujourd'hui, plus fortes que nous, que moi. // Il m'arrive de douter d'avoir jamais eu un père, et une amie qui s'appelait Julie. Et je sais qu'ils sont ici, à force de ne plus y être. Plus forts que s'ils y étaient encore. // Ils nous ont happés, dans leur disparition. Aimer un mort, partager son absence, c'est n'être déjà plus ici".

 

Phrases fortes, des hymnes d'amour et de détresse, seule face à ces morts voulues...

 

Mon père est mort brutalement, lui dans un accident de voiture. J'avais quatorze ans, c'est dire combien ces deux livres de Clémence Boulouque lus à quelques années de distance, m'ont marqué et m'ont rapproché des préoccupations de l'auteur. Ma jeunesse s'est arrêtée un 21 novembre 1970... Et comme Clémence Boulouque, une horloge interne s'est arrêtée ce soir-là.

Le titre du livre est venu d'une citation d'Isaie "Je n'emporte rien du monde", lue à l'occasion du kippour, car les Boulouque sont juifs même si la religion n'est pas le tissu de leur vie. Mais ce jour du Grand Pardon reste une tradition à respecter...

 

Un livre émouvant, comme une litanie, poétique de grande classe de surcroit pour parler des morts et de la vie qu'il y a eu avant, avec le père et Julie, car pour rappel c'est elle qui a conduit à ce nouveau récit de Clémence Boulouque... que je recommence à ceux qui ont vécu ces drames de la mort brutale et aux autres aussi pour qu'ils comprennent mieux ce que l'on ressent dans une adolescence blessée à jamais...

 

Denis

Partager cet article

Repost0

commentaires

Theoma 04/06/2014 18:39

quel beau titre !

Anis 21/05/2014 22:17

Oui ces expériences ont dû être tellement ravageuses. C'est difficile de grandir avec des traumatismes. Je voulais te signaler que beaucoup de publicités bloquent ton site et que j'ai dû m'y reprendre à plusieurs fois avant d'y accéder... Je ne sais pas si tu le sais, c'est pourquoi je me permets de te le dire. Je ne pense pas que cela vienne de mon ordinateur mais on ne sait jamais.

Présentation

  • : BONHEUR DE LIRE
  •                       BONHEUR DE LIRE
  • : BLOC D'UN COUPLE PASSIONNE DE LIVRES, ART , HISTOIRE, LITTERATURE ET COLLECTIONNEURS DE MARQUE-PAGES.
  • Contact

             

  

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Recherche

Texte Libre

*** Phrases diverses ***