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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 21:24

Sedan ou les charniers de Camille Lemonnier

(Editions Labor - collection Espace Nord - 255 pages)

Première publication 1871

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Voici un des premiers livres de l'auteur Ca1913), né à Ixelles et mort à Bruxelles. Après des études de droit, il décide de se consacrer à l'écriture, d'abord par le journalisme puis par la littérature.

 

En septembre 1870, au lendemain de la bataille de Sedan entre français et prussiens, Lemonnier décide de partir avec son cousin peintre Eugène Verdyen à Sedan.

 

Il va en sortir un premier livre qui s'appelera Sedan et dix ans plus tard, en 1881, il va étoffer son texte et le faire reparaitre sous le nom "Les Charniers". 

 

Les éditions Labor ont souhaité publié ici le texte de 1871, plus authentique, plus spontané.

 

Son texte, très "naturaliste" a influencé le roman "La débâcle" de Zola sur  la guerre de 1870.

 

Pas de fioritures donc dans ce texte de 1871. C'est le récit détaillé de ce que Lemonnier a vu en parcourant les terrains de la bataille jonchés de morts, les villages désolés où les incendies, les combats ont fait des ravages importants. Des femmes ont été violés et nombre de civils ont été tués. Les survivants n'ont plus de toit. Et il faut enterrer les morts. L'auteur participe à ces tâches repoussantes mais nécessaires pour éviter les maladies et épidémies.

 

Il va aussi pouvoir visiter un camp de déportés français. Le fait que les deux observateurs sont belges leur donne plus facilement le droit de parler tant aux français qu'aux prussiens. Lemonnier dit d'ailleurs qu'il a choisi la "neutralité" dans ce conflit, pourtant aux portes de la Belgique. Un penchant pour les français est tout de même visible.

 

Alors, ce témoignage sans concessions, sans être de la littérature", a été l'occasion pour l'auteur de s'essayer à l'art littéraire et au style "naturaliste" où l'on décrit sans interpréter ce que l'on voit, comme l'on prendrait une photographie.

 

Son cousin, lui, va faire quelques croquis de ces charniers et villes en pleine décomposition.

 

42 courts chapitres structurent la narration des suites de la bataille, dont on entend encore au loin des bruits... Et puis les prussiens sont dans les villages et à Sedan où ils montrent qu'ils sont à présent "chez eux".

 

Page 19 : "J'eus, plus tard, dans cette horrible excursion, des angoisses et des secousses sans cesse renaissantes ; mais je me souviendrai toujours combien je fus navré à la vue de ces pauvres victimes de la brutalité de l'homme".

 

Page 29 (début du chapitre VII) : "L'auteur de ces lignes tient particulièrement à leur garder le caractère de notes, et il ne veut ni philosopher, ni conjecturer, ni inventer. Il raconte ce qu'il a vu et il le raconte comme il l'a vu, le plus simplement qu'il peut et sans exagération".

 

Page 89 (début du chapitre XX) : "Les soldats -uns d'entre les hommes avaient imaginé de mettre debout de grosses caisses en bois blanc, en manière de guérite, et s'y tenaient accroupis profondément".

 

Trois courts extraits qui montrent le style soigné de l'auteur. Il n'y a pas un mot de trop. Et on croirait être aux côtés de Camille Lemonnier et de constater avec lui les horreurs de la guerre et aussi la résignation de ces êtres meurtris par ce qu'ils ont vécu mais l'instinct de survie est là, en eux.

Les chevaux aussi ont sérieusement souffert. Ils sont nombreux aussi à joncher le sol.

Et à la fin, Lemonnier nous dit qu'il a récupéré des lettres sur les lieux de cette guerre. Il a renvoyé à leur destinataire celles qui en avaient un. Et pour les autres lettres, écrites souvent avant de mourir, il les a conservées.

 

Quant à Guy de Maupassant, cette édition donne un fac-similé de sa lettre à Lemonnier datée du 17 avril 1881, après la publication de la 2e version (Les charniers) : " Merci pour votre beau livre. En dehors de sa grande valeur artistique il répond si complètement à mes sentiments sur ces boucheries qu'on appelle "Guerres" que j'ai tenu à en citer un passage dans "le Gaulois".

(Rappelons que Maupassant a été mobilisé pour cette guerre qu'il a faite dans l'intendance à Rouen.)

 

Un livre rude, âpre mais écrit avec réalisme, "naturalisme" à recommander à tous les amateurs d'histoire et de littérature. Comment un écrivain s'empare de l'actualité la plus brûlante qu'il vit "en direct"...

 

Bonne lecture,

Denis

Sedan ou Les charniers de Camille Lemonnier (Labor)
Lecture faite dans le cadre du "mois belge"

Lecture faite dans le cadre du "mois belge"

Et lecture inscrite dans le cadre du challenge "littérature francophone d'ailleurs"

Et lecture inscrite dans le cadre du challenge "littérature francophone d'ailleurs"

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commentaires

Lou de Libellus 23/02/2014 08:40

C'est pourtant vrai que l'aventure a commencé là. Mac Mahon et Faidherbe, qui en fumait en Algérie, française, et qui de ce fait n'a pas pu participer à la victoire allemande.
Tout cela pour qu'un siècle plus tard, les Allemands et les Français partagent la choucroute et que l'Algérie redevienne ce qu'elle était, algérienne.
Une belle leçon d'histoire.

Denis 23/02/2014 12:55

On parle peu de cette période ou alors on parle surtout de la Commune de Paris mais c'est tout de même une guerre dont l'Alsace-Moselle est sortie meurtrie et qui par certains côtés a été bombe à retardement de la Grande Guerre... Et l'Algérie, le colonialisme... en effet battait son plein, là aussi pour terminer dans le sang. Rien n'est innocent en politique.

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