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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 15:14
La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole (10/18)

La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole

(10/18 - collection "Domaine étranger" - 534 pages - février 1989)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Pierre Carasso

Préface de Walker Percy

Titre original: A Confederacy of Dunces (1980 - édition posthume)

Première édition française : Robert Laffont (1981)

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Ignatius J. Reilly, 30 ans, attend sa maman devant un magasin de la Nouvelle Orléans. Il est bizarrement habillé avec une drôle de casquette sur la tête. Deux policiers l’interpellent. Un vieil homme s’interpose et traite les policiers de "communisses" et c’est lui qui se retrouve au poste tandis qu’Ignatius part boire une bière avec sa mère dans un bar un peu louche. Ils se font virer du bar par la patronne Mrs Lee qui reproche ensuite à son employée Darlene d’avoir laissé s’installer dans le bar de tels gens qui n’ont rien à voir avec la clientèle de "la folle nuit".

En sortant du bar la mère a heurté un bâtiment ce qui va avoir pour conséquence de donner encore du travail à l’agent Mancuso.

Lee a embauché un noir Jones par humanité ainsi elle ne pourra pas être traitée de raciste.

L’agent Mancuso se rend chez les Reilly. Il a pitié de cette femme et lui annonce que l’homme dont elle a abîmé sa maison demande mille dollars pour les travaux mais elle n’a pas d’argent et devra hypothéquer la maison. Ignatius se montre à nouveau odieux mais il finit par accepter de chercher un emploi. Ce sera toutefois au détriment de son grand œuvre en cours de rédaction. Il finit toutefois par obtenir un emploi dans l'entreprise des "pantalons Levy".

Il révolutionne la façon de travailler et tente une grève avec les ouvriers trop mal payés. Mais pendant la manifestation chez le chef de service il est dénoncé pour être recherché par la police et ses compagnons de lutte le lâchent au point qu’il est licencié par monsieur Levy. Mme Levy se montre très critique envers son mari qui exploite ses ouvriers sans s’intéresser à cette entreprise qui lui a été léguée par son père.

Les péripéties vont s'enchaîner pour ce "pauvre Ignatius" que personne ne comprend, à commencer par sa mère qui, sous l'influence d'une amie et de l'inspecteur Mancuso, se montre de plus en plus révoltée contre lui. Elle ne supporte plus la cohabitation avec ce fils qui devient de plus en plus extravagant  et de plus en plus gros.

Et lui de son côté, multiplie les "folles expériences", vendeur "foldingue" de hot dogs, aspirant politique influencé par une amie d'université, Myrna, qui semble travailler avec lui par télépathie et surtout par courrier espérant le voir venir la rejoindre à New York.

 

Ignatius, c'est l'histoire d'un surdoué dans un monde "d'imbéciles" (pour reprendre l'esprit du titre), car il est vraiment victime de ces esprits obtus, qui ne savent pas être visionnaires pour avancer dans un monde sclérosé, dominé par le racisme et la "chasse aux sorcières.

N'oublions pas que ce livre a été écrit dans les années 1960, dans un pays fermé à la modernité.

 

John Kennedy Toole (1937-1969), sans doute un double d'Ignatius, n'a pas cru en ses qualités d'écrivain et s'est suicidé en 1969, sans avoir rien publié de son vivant. C'est sa mère qui fera publier ce roman en 1980.

Un sacré drôle de roman, drôle justement dans sa vision "décalée" du monde. Qui plus est Ignatius nous est sympathique malgré ses soucis d'intégration, sans oublier ses "soucis de santé"...

 

En conclusion, ce roman est une critique burlesque et virulante toutefois d'un pays qui entend camper sur ses traditions... Un très grand livre fou ! à lire absolument.

Merci à Marjorie de m'avoir accompagné dans cette "lecture commune" toujours plus éclairante quand on est deux pour confronter notre vision du roman.

 

Bonne lecture,

Denis

La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole (10/18)
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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 12:15
Les sacrifiés du Danube de Virgil Gheorghiu (La Différence)

Les sacrifiés du Danube de Virgil Gheorghiu

(Editions de la Différence - "Littérature étrangère" - 190 pages - Avril 2017)

Traduit du roumain par Livia Lamoure et présenté par Thierry Gillyboeuf

Titre original : Sacrificatii Dunarii (1957)

Première édition française dans cette traduction : 1957 (Editions Plon)

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Dans le livre "Virgil Gheorghiu l'écrivain calomnié" que je viens de lire et présenter sur le blog, Thierry Gillyboeuf présente comme suit ce roman : "C'est un bref récit écrit avant (sic - coquille de l'éditeur à la relecture car c'est après, ce que confirme Thierry Gillyboeuf dans sa préface au roman) les événements tragiques de l'automne 1956 en Hongrie. Situé en Bulgarie, ce roman est un cri violent, un réquisitoire impitoyable et un appel au secours à l'Occident qui a livré quinze pays de l'est de l'Europe à l'URSS à la conférence de Yalta". (page 47).

Ce livre est dédié à sa traductrice Livia Lamoure. (le lien que j'ai ajouté au nom de Livia Lamoure permet de la connaître un peu mieux).

 

Joseph Martin est un anthropologue occidental et à été engagé par les Etats-Unis pour s’installer à Sofia il y a onze ans, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

Depuis il s’est marié avec une autochtone, Monika, qui vient d’avoir enfin le droit de sortir de son pays pour aller à la rencontre de sa belle famille. Joseph viendra la rejoindre dans quinze jours.

Il la conduit à Varna d’où elle doit s’embarquer. C’est ici d'ailleurs qu’il l’a connue. Elle était une de ses étudiantes et lui avait demandé de sauver un éminent scientifique autrefois ministre car depuis que les soviets dirigent le pays les anciens ministres sont arrêtés, torturés puis pendus. Et Martin avait refusé d’aider à sauver cet homme qui aurait pu sinon être conduit clandestinement sur un navire compatriote.

Les soviets mettent comme un ver dans le cerveau des bulgares pour en faire des robots à l’image de cette mouche tropicale qui s’attaque à la tête des autochtones pour y déposer ses vers.

L’ambassadeur Pilate informe Joseph qu’il est suivi par la police et qu’il doit être arrêté sous peu, la police attendant que sa femme ait quitté le pays pour le mettre en prison.

On lui reproche notamment d'avoir aidé des fuyards du communisme. Pilate lui conseille de rester très calme ces temps-ci mais sera-ce possible quand un ami va lui amener une famille...

 

Ce livre est très militant au travers de cette "fable" qui montre bien les dessous du régime en place depuis que la Bulgarie et plus généralement les pays de l'Est ont été placés sous domination soviétique dès 1945/1946.

Virgil Gheorghiu, "dissident roumain" place son roman en Bulgarie et nous rappelle combien ces peuples soumis en veulent aux occidentaux qui les ont trahis en les mettant sous la coupe soviétique. Par exemple, Joseph Martin est fier que son pays envoie des projecteurs en Bulgarie. Or, il apprend très vite que ces projecteurs auront comme rôle d'éclairer la nuit les camps de travail des déportés pour que le rendement soit optimisé.

Joseph, Pilate : vous aurez compris que l'on est dans le rapprochement avec la Bible. Pour rappel, l'auteur est ordonné prêtre orthodoxe en 1963. Mais il n'y a aucune pesanteur dans ces références. Pilate représente le corps diplomatique occident chahuté par le pouvoir en place, aux pouvoirs plus que limités. Pilate espère faire changer le régime suite à la mort récente de Staline. Un leurre quand on sait le temps qu'il aura encore fallu attendre pour voir des lueurs dans le ciel de ces pays.

Et pour ce qui est du style, par ailleurs très sobre, il faut remarquer les répétitions de phrases, de sentences à l'image de ce qu'a pu être la "propagande" soviétique dans ces pays à l'époque.

La métaphore du ver est particulièrement bien vue : (page 59) "Un seul ver suffit à en produire des centaines d'autres. Pour cela, il n'a besoin que d'une seule chose : la matière grise du cerveau humain. C'est tout. Et il se multiple. Des centaines et des milliers de ces vers rationalistes apparaissent alors. Ils rongent le cerveau humain par portions, par compartiments. L'homme dont, par malheur, un de ces vers a pénétré le cerveau, perd d'abord sa gaieté. Puis il perd sa tristesse. Il n'es plus jamais gai, ni triste. Le ver rationaliste dvore ensuite un autre fragment de cerveau : l'homme n'a plus aucune espèce d'idéal, plus aucune espérance. Puis, l'homme qui a ce ver dans la tête devient indifférent à la notion de direction. Toutes les directions lui sont égales. La volonté commence à être grignotée à son tour. Tout ce qui peut arriver à cet homme lui est indifférent. Il n'a plus froid, ni faim, ni chaud, ni soif. Cet homme a une force de résistance terrible. Il peut vivre fort longtemps, au milieu des autres hommes. Mais il y vit comme un objet indifférent. Et c'est le plus obéissant des hommes. Il n'a plus aucune préférence, et si vous lui commandez de se jeter au feu, il se jette au feu. Le ver a rongé ses illusions, et jusqu'à son désir de vivre..."

 

Terrifiant ce passage et tellement vrai quand une dictature vous ôte tout droit de penser et plus encore d'ETRE.

Et quand on lit ce qui s'est passé en Bulgarie après "l'annexion" au régime stalinien, les anciens ministres ont réellement été arrêtés, à peine jugés et pendus.

Un livre qui claque et qui rappelle que la littérature se doit aussi et surtout dénoncer les travers des êtres humains.

Et quand tout va mal, Pilate se lave les mains à l'eau de Cologne !

Un livre à lire absolument et je vous garantis que, certes, j'ai reçu ce livre en "service de presse" de l'éditeur, mais tout ce que j'ai dit de ce livre ici, est authentique. Je n'ai rien écrit "pour faire plaisir à l'éditeur", puisque je suis même critique avec la coquille signalée au début de ce compte rendu. Et j'espère ne pas avoir de ver dans le cerveau...

Je dis avant tout merci à l'éditeur de m'avoir rappelé que cet auteur compte dans la littérature du 20e siècle et qu'il ne faut pas l'oublier...

Pour finir je renvoie à cet article passionnant dans lequel Gheorghiu est cité auprès de grands autres écrivains de la "dissidence" :

https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2004-3-page-261.htm

 

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

 

 

Les sacrifiés du Danube de Virgil Gheorghiu (La Différence)
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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 16:23
Virgil Gheorghiu l'écrivain calomnié par Thierry Gillyboeuf (Différence)

Virgil Gheorghiu, l'écrivain calomnié par Thierry Gillyboeuf

(Editions de la Différence -

collection "littérature - 96 pages - mai 2017)

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Les éditions de la Différence entreprennent de publier les "oeuvres indispensables" de Virgil Gheorghiu, écrivain roumain (1916-1992)

Cet essai de 96 pages permet de rappeler les moments essentiels de la vie et de l'oeuvre de Gheorghiu, né au mauvais moment et au mauvais endroit.

Ecrivain calomnié, sans aucun doute. Vivre une vie de jeune adulte dans la Roumanie alliée des nazis ne pouvait que jeter l'opprobre sur les qctions (ou non actions) de ses ressortissants. Gheorghiu a écrit quelques textes antisémites dans ces temps troublés, même si son épouse était juive.

Il connaît très vite le succès en Europe occidentale avec "La Vingt-cinquième heure" en 1949. Il dénonce alors le régime roumain passé aux mains des soviétiques.

En 1953 éclate l'affaire des Lettres Françaises. Francis Crémieux écrit un article dans lequel il dénonce Gheorghiu  de "criminel de guerre, militant hitlérien, apologiste du crime de génocide, informateur de la police roumaine" (page 39) en faisant de lui un imposteur quand il entend défendre la liberté et combattre l'oppression soviétique.

Ceci n'empêcha pas Gherghiu de continuer à écrire des romans engagés. Il fut plutôt prolixe, certains romans n'étant pas d'aussi grande qualité que "La vingt-cinquième heure" par exemple.

La religion a toujours beaucoup compté pour Virgil Gheorghiu. Il s'exile en France et le 23 mai 1963 il est ordonné prêtre de l'église orthodoxe roumaine à Paris. Il va alors se sentir obligé d'écrire ses livres directement en français. Son premier texte en français parait en 1967 "La tunique de peau" chez l'éditeur qui lui est fidèle depuis toujours, Plon.

Il a été un auteur lu, écouté. Il a donné de nombreuses conférences de par le monde entier et s'est intéressé à la Corée  du Sud à la fin de sa vie.

Les rééditions de romans de l'auteur vont permettre de redécouvrir un auteur quelque peu oublié.

Thierry Gillyboeuf, né en 1967, est traducteur et a annoté la correspondance de Georges Perros, notamment. Il est aussi le préfacier du roman que vient de publier "Les éditions de la Différence" "Les sacrifiés du Danube" et que je chroniquerai ces jours-ci.

Je remercie l'éditeur de m'avoir adressé ce livre passionnant pour redécouvrir cet auteur roumain qui mérite une nouvelle chance d'être lu.

Bonne lecture,

Denis

 

Virgil Gheorghiu / Thierry GillyboeufVirgil Gheorghiu / Thierry Gillyboeuf

Virgil Gheorghiu / Thierry Gillyboeuf

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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 17:14
Citation de Maurice Maeterlinck sur l'amour des mères
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17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 16:46
Sur les pas de l'Abbé Pierre à Esteville
Sur les pas de l'Abbé Pierre à Esteville
Sur les pas de l'Abbé Pierre à Esteville
Sur les pas de l'Abbé Pierre à Esteville
Sur les pas de l'Abbé Pierre à Esteville
Sur les pas de l'Abbé Pierre à Esteville
Sur les pas de l'Abbé Pierre à Esteville
Sur les pas de l'Abbé Pierre à Esteville
Sur les pas de l'Abbé Pierre à Esteville
Sur les pas de l'Abbé Pierre à Esteville
Sur les pas de l'Abbé Pierre à Esteville
Sur les pas de l'Abbé Pierre à Esteville

Il y a 15 jours , nous nous sommes rendus à Esteville, sur les pas de l'Abbé Pierre.

Le Centre Abbé Pierre-Emmaüs est un espace muséographique qui présente la vie et le message de l’Abbé Pierre et du Mouvement Emmaüs en France et dans le monde.

 L'adresse : Route d'Emmaüs, 76690 Esteville

Niché dans un petit village d'une centaine d'habitants au nord - est de Rouen en Seine - Maritime, c'est le lieu où l'Abbé Pierre venait se reposer mais aussi travailler et cela durant une vingtaine d'années.

Quelques photos prises lors de notre visite et qui sait , peut - être aurez vous l'envie de vous y rendre, car ce lieu de mémoire est un lieu paisible et j'avoue m'y être ressourcée.

L'Abbé Pierre repose dans le cimetière situé dans l'enceinte de l'église du village avec d'autres compagnons Emmaüs.

 

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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 16:42
Marguerite de Jacky Durand (Carnets Nord)

Marguerite de Jacky Durand

(Carnets Nord - janvier 2017 - 238 pages)

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En août 44, Marguerite et Josette sont tondues sur la place publique pour avoir couché avec des allemands.

 

Cinq ans plus tôt, le 2 août 39, Marguerite s’est mariée avec Pierre et vit le grand amour.

Mais Pierre est parti dès le début septembre sur le front est. Elle doit assumer toutes les tâches seule et son retard de règles la fait croire enceinte mais le médecin dit que c’est dû au départ de Pierre qui a conduit à un choc émotionnel.

Elle reçoit des nouvelles de Pierre qui s’amuse sur le front car il n’y a rien à faire. Elle ne comprend pas la situation quand elle trime ici à assurer le quotidien.

Elle le voit à Noël là-bas près de son cantonnement puis il est fait prisonnier au court moment de la guerre face aux allemands en mai/juin 1940.

Elle travaille comme femme de ménage à la poste et apprend lors d’une perquisition que Raymonde la postière est résistante. On l’a croit même complice. On est alors en janvier 42.

Marguerite travaille à présent dans un atelier et elle aperçoit son amie Josette en compagnie d’un allemand.

Quant à André, il est un enfant gitan que Marguerite aide en lui donnant de la nourriture. Elle a même rencontré sa famille dans leur roulotte. Et depuis quelques semaines il passe ses dimanches dans la cour avec un allemand Frantz qui lui apprend à chanter et à mieux lire. Marguerite garde ses distances et ne veut pas parler à un allemand, cause de tous ses malheurs...

 

Vous aurez compris que ce roman raconte le destin difficile d'une jeune femme au cours de la seconde guerre mondiale. Un destin "ordinaire" pour Marguerite qui pense au quotidien sans trop chercher à comprendre plus en avant ce qui se passe dans cette époque trouble.

Son seul "héroïsme" est d'aider une famille gitane.

L'auteur a fait le pari de nous dévoiler dès le début que Marguerite a couché avec un allemand. Puis il déroule les grandes étapes de "sa" guerre d'août 1939 à l'été 1945, sans mettre au centre cette relation tardive. Ainsi, Jacky Durand nous fait comprendre qu'il faut avant tout s'attacher à cette femme qui s'endurcit avec cette guerre tout en gardant un regard humain sur son temps et montrant qu'elle est une femme "libre".

Juin 40 : "La nuit dernière, Marguerite n'a pas fermé l'œil. Elle s'est assise sur le rebord de la fenêtre, scrutant par l'entrebâillement des volets le flux ininterrompu de l'exode s'étirant le long du faubourg. C'est une masse informe, grouillante, hétéroclite où elle devine dans l'obscurité des autos qui roulent tous feux éteints par crainte de bombardements, des tombereaux écrasés par leurs chargements, des bicyclettes, des animaux de trait et surtout, surtout, des escouades de piétons, familles agglutinées autour d'une carriole, d'un landau, où l'on a installé les plus fragiles, vieillards, nourrissons, mères allaitantes, malades" (page 91)

L'écriture et le style sont sobres, sans fioriture mais ils nous emportent dans cette histoire qui pourrait être une "énième" histoire autour de la deuxième guerre mondiale. Certes, les grandes périodes sont "marquées" (la drôle de guerre, l'exode, la résistance et la collaboration, la libération et l'épuration) mais on s'attache à cette Marguerite qui ne baisse jamais les bras alors que son amour pour Pierre semble s'amenuiser après avoir vécu quelques mois enchanteurs et que "sa faute" n'a pas été le fait de "mauvaises intentions" !!

Bonne lecture et merci à Fleur de m'avoir adressé ce livre des éditions Carnets Nord dont j'ai toujours plaisir à lire les livres.

A noter que c'est le premier roman de Jacky Durand, par ailleurs, journaliste et chroniqueur gourmand à "Libération".

 

Denis

 

Marguerite de Jacky Durand (Carnets Nord)
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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 16:50
Autour de ma chambre de Bernd Stiegler (Hermann)

Autour de ma chambre : Petite histoire du voyage immobile

de Bernd Stiegler

(Hermann -collection "Echanges littéraires"

- 260 pages - Octobre 2016)

Traduit de l'allemand par Laurent Cassagnau

Titre original : ReisenderStillsand. Eine kleine Gesischichte der Reisen im und um das Zimmer (2010)

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Tout a commencé avec le devenu célèbre "Voyage autour de ma chambre" de Xavier de Maistre, publié en 1794 qui va devenir un genre littéraire assez étonnant. L'auteur prouve par son récit que l'on peut explorer l'intégralité de ce qui se trouve dans sa chambre. On y fait forcément des découvertes par ailleurs.

De fait, peut-on vraiment voyager sans sortir de sa chambre?

En deux cent cinquante pages et 21 étapes Bernd Stiegler, professeur de littérature allemande moderne et d'histoire et théorie des médias àl'université de Constance, relève le défi en scrutant et explorant deux siècles de littérature et d'arts.

Bernd Stiegler nous donne une belle leçon d'histoire littéraire.

"Toutefois ces voyages si différents entre eux ont un point commun : ils présentent l'exploration de l'espace proche comme une véritable découverte, comme une expédition dans un univers prétendument connu, qui dans l'optique du voyage, se métamorphose soudain et devient étranger et résistant, énigmatique et instructif."

Jules Verne,  Huysmans, Nerval, Goethe et bien d'autres auteurs sont invités dans ce livre.

La photographie a aussi contribué à montrer la chambre dans tous ses états.

Les objets prennent vie et le flâneur sait aussi contempler tant sa chambre que son environnement. On peur aussi raconter ce que l'on voit depuis sa chambre.

Des expériences littéraires et artistiques ont continué à se perpétuer jusqu'à aujourd'hui. Samuel Beckett, l'Oulipo, des auteurs allemands se sont emparé de l'espace clos, celui de nos propres limites, pour en faire des oeuvres aussi exhaustives que possible.

De nombreuses illustrations et des bibliographies complètes, agrémentent  chaque étape de ce livre.

Un livre érudit assurément mais facile à lire quand on aime la littérature dans tous ses états, y compris dans les marges, car avec ce livre on est vraiment dans l'histoire littéraire des 200 dernières années.

Je remercie les Editions Hermann de m'avoir adressé ce livre paru il y a quelques mois dans la collection "Echanges littéraires". Tout un programme passionnant à découvrir également, comme "Sous le roman, la poésie. Le défi de Roberto Bolano" par Florence Olivier (2016).

N'oublions pas que les Editions Hermann existent depuis 1876 !

Bonne lecture,

Denis

Autour de ma chambre de Bernd Stiegler (Hermann)
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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 09:13
Citation de Gustave Flaubert sur l'ennui à contourner
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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 17:57
Récidive - Sonja Delzongle

J'avais découvert Sonja Delzongle avec " DUST " , vu que mon mari et moi - même étions jurys pour le Prix du Balai d'or 2016 et l'auteur a d'ailleurs été récompensée du Prix " Balai d'argent " pour notre plus grande joie.

L'occasion de la rencontrer dans un contexte intimiste, et de partager un resto à l'issue de la remise des Prix.

Une auteur très sympathique, talentueuse  qu'il faut absolument découvrir !

Quand j'ai reçu " Récidive " , je me suis plongée aussitôt dans la lecture de ce thriller qui nous fait voyager entre Saint Malo et New - York, en présence d'Hanah, ,cette jeune profileuse, forte et fragile à la fois qui apprend la libération de son père, son géniteur comme elle l'appelle.

Et elle a peur pour sa vie, peur qu'il la retrouve et qu'il la tue à son tour.

Pour rappel :

Son père a tué sa mère à la suite d'une dispute et il a enterré le corps dans le jardin.

Hanah était toute jeune mais c'est elle , quelques années plus tard , qui dénonce son père pour le crime qu'il a commis.

Elle pourrait se croire à l'abri de l'autre côté de l'Atlantique mais il n'en est rien, Hanah a des appréhensions, fait des cauchemars qu'ils lui perturbent la vie en général et son sommeil.

A Saint - Malo, sitôt son père sorti de prison , une série de meurtres a lieu dans la cité corsaire et la police associent ceux - ci à cet individu.

On retrouve également le squelette de l'oncle d'Hanah remonté comme par magie à la surface de la mer après avoir séjourner de longues années dans l'eau !

Commence alors le début de différentes enquêtes et Hanah vient incognito à Saint - Malo.

J'ai beaucoup aimé l'écriture vive de Sonja Delzongle , le suspens qui nous tient en haleine jusqu'au bout et j'avoue que j'ai passé un bon moment de lecture grâce à la plume de cette auteur.

Je me suis très attachée au personnage d'Hanah , cette jeune profileuse qui se sert d'un pendule de Herkimer pour mener à bien ses recherches.

Vraiment hâte de la retrouver dans le prochain roman !

4ème de couverture

Saint-Malo, hiver 2014. Du haut des remparts, sorti de prison, Erwan Kardec contemple la mer en savourant sa liberté. Il y a trente ans, il a tué sa femme à mains nues, devant leur fille, Hanah. Jamais il n’aurait été démasqué si la fillette n’avait eu le courage de le dénoncer. Malade, nourri d’une profonde haine, il n’aura de cesse de la retrouver avant de mourir.
À New York, au même moment, Hanah, qui a appris la libération de l’assassin de sa mère, est hantée par le serment qu’il lui a fait de se venger. De cauchemars en insomnies, son angoisse croît de jour en jour. Pourquoi a-t-il tué sa mère? Quand surgira-t-il? Quels sont ces appels anonymes?

Récidive
Auteur : Sonja Delzongle
Éditions : Denoël (Avril 2017)
Collection : Sueurs Froides
ISBN : 9782207135624
416 pages

 

 

Récidive - Sonja Delzongle
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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 17:40
Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby (Actes Sud)

Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby

(Editions Actes Sud - Août 2016 - 267 pages)

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Mathilde Blanc revient le 1er juillet 2012 soit 50 ans après, jour pour jour, après le décès de son père, au sanatorium en forme de paquebot à Aincourt devenu une ruine classée aux monuments historiques.

Les parents, Odile et Paul (dit Paulot), tenaient le bar le Balto à La Roche. Le samedi soir c'était bal et Paul lançait le bal avec sa fille aînée, Annie, 16 ans, resplendissante.. Il jouait de l'harmonica. Mathilde les regardait de loin. Elle était née cinq ans après la mort de son frère encore jeune bébé. Alors elle a voulu être "le fils" de Paul à ses yeux et a toujours eu des jeux de garçon. Un peu casse-cou aussi malgré ses neuf ans. Après il y a eu tout de même le petit Jacques.

On est en 1952 et les mots pleurésie ou tuberculose et sanatorium sont souvent inconnus. Et Mathilde va les découvrir quand on va parler de la maladie de Paulot. Deux mois à Aincourt et tout doit rentrer dans l'ordre. Mais juste après Noël la maladie s'aggrave et la vie au Balto devient impossible pour le père.

Et une partie de la clientèle ne vient plus car on dit comme à l'école que le "bacille" est contagieux.

Il faut se séparer du Balto et emménager en face et ouvrir une librairie-presse. Mais vivre auprès du balto est insupportable pour Paulot. Alors ils s'installent à Limay et font bientôt faillite. Retour en face du balto où il faut survivre de petits boulots. Difficile pour Mathilde d'être heureuse et de faire rire son père.

Elle veut danser comme Annie ce qui lui permet de rencontrer Mathieu. Mais Odile et Paul sont de plus en plus malades de cette tuberculose. Avec quelques aides de l'état ils vont à Aincourt. Jacques et Mathilde mineurs doivent partir dans une famille d'accueil. On est le 2 janvier 1960.

Mathilde est une rebelle et contre vents et marées elle va voir ses parents chaque semaine y compris le père en cellule d'isolement. Elle est bien avec Mathieu. Se plaint de la veuve qui l'a recueillie et finit par rentrer chez eux à La Roche où elle  ôte les sellés.

Mathilde mène seule alors le combat pour le mieux être de la famille. Sa meilleure alliée est Jeanne, jeune fille handicapée, qui lui apporte de l'amitié, de la complicité, lui donnant de l'énergie pour lutter contre les malheurs des Blanc.

L'auteure nous introduit, comme si on y était, de par le langage de la narratrice adapté au "monde de Mathilde", de par le contexte historique où la "guerre" d'Algérie est l'événement majeur, en dehors du combat quotidien au temps où l'aide sociale, la sécurité sociale sont loin d'être un "paradis" pour ramener les malades à "la vie". On survit tant bien que mal quand on est atteint d'une grave maladie dans ces années 50-60, surtout si on est commerçant.

Une "fille courage" que cette Mathilde qui porte toute la famille et qui accompagne ses parents dans la maladie, qui essaie de donner un peu de confort à son petit frère, tandis qu'Annie, elle, fiat sa vie avec son mari et son enfant aussi loin que possible des risques de contamination par ce "bacille" destructeur.

 

Le livre n'a pas l'intensité de Kinderzimmer, le précédent roman de Valentine Goby. Le roman s'essouffle un peu sur la fin. On peut être dérangé comme moi par le style fait de simplicité, de juxtaposition de mots, mais après réflexion, je me suis dit que ce style est lié au langage de l'époque, dans cette famille.

Page 66 :" Mathilde veut voir Paulot vivant. Elle veut qu'il rie, elle s'en donne la mission. Ce jour-là, elle marche, ultra-légère dans l'air de juin, traversée de lumière comme les fins corps d'insectes. Elle a quatorze ans, elle est sèche comme une gosse de dix ans, pas de formes, pas de gras, que du muscle".

 

Le roman est inspiré par le témoignage d'Elise Bellion et d'autres témoins de cette époque où la "paquebot" d'Aincourt était en activité. Il est devenu en partie une ruine.

 

Une nouvelle lecture faite en commun avec Marjorie dont les échanges sont très éclairant tout au long de notre lecture.

 

Denis

 

Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby (Actes Sud)Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby (Actes Sud)
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