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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 17:31
Une part de ciel de Claudie Gallay (Actes Sud)

Une part de ciel de Claudie Gallay

(Actes Sud - Août 2013 - 446 pages)

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Un livre bien étrange que ce huitième roman de Claudie Gallay.

J'avais envie de lire cette auteure qui a été reconnue avec "Les déferlantes" publiées en 2008 aux éditions du Rouergue.

Une amie, Catherine Rechenmann, m'a dit que "Une part de ciel" était un excellent roman, si bien que je suis décidé à lire ce roman. Marjorie Littérature s'est jointe à moi pour en faire une lecture commune.

De fait, oui, un étrange roman. Il se présente sous la forme d'un journal et s'étend sur une période qui va du Lundi 3 décembre au Dimanche 20 janvier. 7 semaines, soit 49 jours.

 

Carole vient d'arriver en train dans le village où elle est née, convoquée par son père que tout le monde connaît ici sous le nom de Curtil. Gaby et Philippe, eux, ont toujours demeuré là et ils ne savent pas quand le père arrivera. Il a toujours vécu ainsi, fuyant et revenant à son gré. Leur mère a subi avec résignation ce mode de vie jusqu'à sa mort.

Gaby est mariée à Ludo qui passe la plupart du temps en prison. " La môme" a été recueillie par eux et elle vit avec eux plutôt rebelle et très libre. Carole vit seule depuis que son mari l'a quittée et que ses deux filles vivent en Australie.

Ses journées commencent à devenir une routine entre traduction, repas et moments au café de Francky, passages chez Gaby et des ballades près du village.

Toujours pas de père en vue. Jean semble s'intéresser à elle. Il aime être en sa présence.

Un des souvenirs marquants de sa jeunesse ici a été l'incendie de la maison et le choix de sortir d'abord avec deux des trois enfants, Gaby étant restée seule dans le grenier en attendant les secours. Et il y a eu la mort de la mère qui n'a pas su la reconnaître avant de mourir.

Ludo semble être sorti de prison mais avant la date prévue. Philippe a appris que trois hommes le recherchent.

Une piste de ski est prévue ouvrir au village contre le gré des= la majorité des autochtones. Les tramps repartent car l'hiver arrive et le tronçonnage reprendra plus tard.

Toujours pas de Curtil et de Ludo. On a retrouvé une voiture abandonnée et une chaussure de Ludo. C'est tout. Carole a prolongé son séjour en espérant toujours voir son père et elle s'occupe de Gaby malade et en détresse.

 

Carole prend une photo tous les jours, entre 11 heures et midi, de la femme de ménage de l'hôtel en face quand elle ouvre la fenêtre pour secouer les draps des clients. Il y aura quelques exceptions mais cette photo fait partie des rites journaliers dans ce temps qui semble s'être immobilisé. Elle traduit une biographie de l'artiste de Land Art Christo. Cette activité qui pourrait la faire passer pour "intellectuelle", fait d'elle une femme en marge. Elle est si différente de Gaby et Philippe. Et pourtant, c'est un même sang qui circule dans leurs veines...

 

Le style est très minimaliste. Si vous aimez les envolées lyriques, vous serez forcément déçus. Au moins au début. Se passera-t-il quelque chose ou resterons-nous dans l'attente lancinante, ennuyeuse comme la vie qui généralement se répète de jour en jour.

Des phrases courtes, des dialogues plutôt brefs, avec de temps en temps des propos sur la philosophie de la vie.

Mardi 4 décembre (page 21) : "Un temps de chien au petit matin. Les yeux pas encore ouverts, je me suis tiré les jambes du lit. J'ai monté le thermostat des radiateurs. Il me restait des biscuits du voyage, un fond de café dans le placard. // J'ai poussé la table pour être face à la fenêtre. Je voulais pouvoir travailler et voir la route sans avoir à bouger, juste en levant la tête.// J'ai traduit le début d'un chapitre".

Vendredi 7 décembre (page53) : "Les températures ont chuté pendant la nuit. Quand je me suis lev, il y avait du givre sur les vitres et aussi sur le pare-brise. // J'ai attaqué un chapitre. // Un peu avant huit heures, j'ai vu passer Gaby, contrairement à ses habitudes elle montait à l'hôtel à pied. // A onze heures, la serveuse à Francky a ouvert ses fenêtres. Elle portait une robe rouge. Ses bras étaient nus. Elle a sorti un premier drap, s'est penchée, l'a secoué. Elle l'a retiré et a secoué le second, le ventre au balcon. Ensuite, elle a tapé les oreillers, du plat de la main et de chaque côté".

 

On se croirait par moment dans un musée, en train de décrire un tableau réaliste. Les détails sont méticuleusement décrits. Honnêtement, cette méticulosité sur plus de 440 pages, c'est parfois lassant. Alors on s'accroche à un personnage. J'ai particulièrement aimé "la môme" car on sent que cette vie dans ce village ne sera qu'un passage tandis que Gaby ou Philippe semblent condamner à vivre inlassablement dans cette contrée ingrate l'hiver et qui un jour ou l'autre deviendra un lieu touristique avec ses pistes, ses hôtels et commerces... Car ce paysage changera plus vite que ses habitants, assurément. Pour oublier le présent, Philippe, garde forestier, cherche à retracer le parcours d'Hannibal et ses éléphants dans ces Alpes, bien près d'ici, sans certitude toutefois.

Lire ce livre sur une vingtaine de jours est une bonne solution pour avancer presque au rythme des jours de ce journal et éviter l'ennui. Car finalement, ce livre est très riche. On apprend beaucoup sur la vie au quotidien dans un village de montagne, juste avant l'hiver et puis en pleine période de neige où tout change dans les comportements, l'organisation du travail etc... Et puis il y a cette histoire de famille "en attendant Curtil" dont on doute de plus en plus qu'il arrive, sans oublier Ludo qui est en fuite. Gaby va sur ses traces car il devrait venir obligatoirement la voir, même s'il est traqué...

Voilà. Lisez ce livre qui vous surprendra inévitablement...

Bonne lecture,

Denis

Une part de ciel de Claudie Gallay (Actes Sud)
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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 18:14
Les cosmonautes ne font que passer d'Elitza Gueorguieva (Verticales)

Les cosmonautes ne font que passer d'Elitza Gueorguieva

(Editions Verticales - septembre 2016 - 180 pages)

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Nous voici devant un premier roman "jubilatoire" écrit par une jeune bulgare de 36 ans (née à Sofia en 1981) directement en français. Et quel français ! Un français que l'on sent être celui de l'enfance, transcrit bien plus tard par Elitza. Car la jeune fille du roman a 8 ans au moment de la chute du mur de Berlin. Elle était en Bulgarie et ne parlait pas un mot de français.

Sa culture c'était celle martelée par le parti communiste soumis à la botte russe.

Le héros, ici, surtout à l'école où va la jeune enfant, c'est Youri Gagarine (1934-1968). Il est venu planté un arbre dans son école autrefois, du temps où il avait fait la "conquête spéciale". Il y avait une statue de lui et un véritable culte pour le héros soviétique.

Incipit du roman ; "Vous êtes devant une multitude de petits cailloux brillants de toutes les couleurs ne ressemblant à rien du tout, mais comme ta mère a l'air ému, tu comprends qu'on n'est pas là pour rigoler. Elle t'annonce que ça, c'est lui, c'est Youri Gagarine et quand elle avait ton âge, il y a quelques siècles au moins, elle l'a personnellement vu planter des sapins, ici, dans l'allée de ce bâtiment : il s'agit de ta future école, et vous y êtes pour t'y inscrire, te dit ta mère en allumant sa dix-neuvième cigarette de la journée."

 

Le roman s'adresse à cette jeune fille en lui disant "tu". En 1989, tout va basculer, comme on le sait et l'auteure nous raconte avec grand humour cette période de la chute du mur de Berlin et la suite en Bulgarie, où les communistes sont conspués, où la statue, entre autre, de Youri Gagarine est détruite... où la meilleure amie de la fillette, Constantza, si gentille devient une peste et part pour la Grèce... Et le rêve dédevenir cosmonaute comme Youri Gagarine s'effondre.

C'est la démocratie qui est annoncée, l'ouverture au capitalisme et à la culture occidentale. Alors, la jeune fille se tourne vers une nouvelle idole, Kurt Cobain (1967-1994), le grand chanteur et guitariste de Nirvana.

Page 122/123 "Maintenant, c'est officiel : Kurt Cobain vient de se suicider. Ou alors, c'est un accident, un meurtre, un complot, rien n'est clair sur MTV ces derniers jours. Les hypothèses surgissent de tous les côtés, s'entrechoquent, se contredisent, s'annulent, les pistes sont complètement brouillées (...) Une seule thèse est irréfutable : tu viens de perdre de nouveau une idole. La vie est un trou noir, avait chanté Kurt Cobain de son vivant, et l'angoisse inouïe qui se niche dans ce constat te prend au dépourvu".

 

Le grand-père communiste et le père au chômage ne savent plus que penser de ce "nouveau monde" qui s'ouvre et où s'est engouffré avec détermination le grand cousin Andrei.

Le seul fidèle parmi les fidèles reste son chien Joki...

L'humour est présent à toutes les pages pour analyser ces mutations compliquées pour la Bulgarie, tellement soviétique pendant si longtemps, et qui prend délibérément le virage démocratique, du moins c'est ce qu'elle croit fortement.

Et vivre tout cela quand on a eu 8 ans en 1989 ! c'est incroyable !

Je vous recommande ce roman qui est un véritable coup de cœur pour moi.

Vous verrez que l'humour d'Elitza Gueorguieva est fantastique dans la vidéo que j'ai rajoutée en fin d'article.

Son livre est publié aux Editions Verticales notamment suite au Master de Création littéraire à Paris et à la complicité d'Olivia Rosenthal et Maylis de Kerangal, deux auteurs phares de l'éditeur.

Un vrai moment de bonheur de lire pour moi que ce roman.

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

Les cosmonautes ne font que passer d'Elitza Gueorguieva (Verticales)
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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 10:25
Citation de Paul Auster sur la renaissance quotidienne
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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 17:35
Le Vide et le Plein de Nicolas Bouvier (Hoebeke)

Le Vide et le Plein : carnets du Japon 1964-1970

de Nicolas Bouvier

(Hoebeke - "Etonnants voyageurs" - 186 pages - Septembre 2004)

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Nicolas Bouvier (1929-1998) est indéniablement le symbole de "l'écrivain-voyageur" du 20e siècle, après ses aînés qui ont servi tant de modèles aux futurs écrivains qui feront de leurs voyages de la littérature : Jack London, Robert-Louis Stevenson ou Joseph Conrad.

Ses carnets de voyage au Japon ont été retrouvés après sa mort. Ecrits entre 1964 et 1970, ils se situent après "L'Usage du Monde", publié en 1963.

L'auteur relate ses séjours en trois lieux principaux : Kyoto, le cap Kyoga et Tokyo.

Il entrecoupe ses récits de propos sur la littérature ce qui montre plus que jamais sa sensibilité à la vie de ses contemporains et à l'oeuvre littéraire qu'il lit au cours de ses voyages.

Il écrit dans les premières pages de ses carnets, page 18-19 : "L'écriture naît d'une illusion : illusion que je suis meilleur que moi-même, plus pénétrant, généreux et sensible. Illusion aussi que je suis capable d'écrire. Lorsque cette illusion est maintenue assez longtemps - comme un révélateur qu'on porte à température - elle devient réalité, j'écris et je m'ajuste aux exigences de l'écriture. L'écriture c'est mon théâtre et si je ne sais pas toujours comment la pièce commence, je sais par contre qu'elle finit bien..."

 

Nicolas Bouvier sait observer le monde pour nous le restituer avec acuité et pertinence. Il entend aussi réfléchir sur son art du voyage et de l'écriture, ce qui fait réellement de lui un grand écrivain. Il donne toujours de l'épaisseur à ce qu'il raconte. Les êtres humains, leurs pensées et leurs coutumes ont plus d'importance pour lui que les monuments qu'il peut voir.

Page 134: "La culture japonaise a toujours eu ses émotifs, ses sentimentaux souvent, ses romantiques jamais. Par exemple, ce goût romantique de la solitude et des paysages sauvages, si fort en Occident, seuls quelques désabusés, ermites ou initiés le partagent".

 

Ce livre fait partie du parcours de Nicolas Bouvier au plus près de son intimité. Il y parle assez peu de lui, fait quelques références à son épouse Eliane qui l'a accompagné régulièrement dans ses voyages, jeune mère à l'époque.

 

Je ne connaissais pas cette précieuse collection "Etonnants voyageurs" dirigée par Michel Le Bris, le grand spécialiste de cette littérature et initiateur du salon du livre de Saint-Malo.

 

Bonne lecture,

Denis

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 17:22
La fin de vie par les Pr. Borasio et Aubry (Eyrolles)

La fin de vie

"Ce que l'on sait, Ce que l'on peut faire, Comment s'y préparer"

par les Pr. Gian Domenico Borasio et Régis Aubry

(Eyrolles - octobre 2016 - 220 pages)

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Les Editions Eyrolles m'ont envoyé ce livre en octobre dernier en "service de presse".

Je l'ai lu avec attention sur plusieurs semaines, car vous aurez compris que ce livre est plut^to un livre "pratique" qu'un livre qui se lit comme un roman.

J'ai demandé à lire ce livre car le sujet est plus que jamais d'actualité, car on parle beaucoup de la "fin de vie", voulue ou subie ! Et puis surtout, il y a déjà un moment que ce thème m'intéresse. Quand on atteint la soixantaine, on commence, sans doute à tort !, de penser à la manière dont on voudrait mourir.

Deux Professeurs spécialistes de la fin de vie et des soins palliatifs nous présentent tout ce qui est fait, pensé dans le monde de la Santé pour donner ses lettres de noblesse à la fin de vie.

La version pour l'édition française a été mise à jour des lois de 2016.

Le personnel soignant est formé à la fin de vie et plus encore les services spécialisés de soins palliatifs à l'hôpital ou au domicile. Le patient est donc pris en charge dans des conditions optimales, ce qui est rassurant de ce point de vue.

Les familles et les patients sont entourés. Ceci n'empêche pas que le malade sait la plupart du temps qu'il va mourir.

Les auteurs proposent par exemple la méditation comme méthode pour s'accompagner dans la maladie puis la fin de vie.

Il faut aussi savoir "prendre ses dispositions". (P163 : "Les mesures à prendre pour préparer sa fin de vie sont détaillées dans la loi du 2 février 2016. Deux principaux instruments sont à disposition : la désignation d'une personne de confiance et les directives anticipées contraignantes. De plus, établir une liste exprimant ses propres valeurs s'est révélé très utile dans la pratique."

Les auteurs précisent ensuite la notion de "directives anticipées contraignantes" : "Elles s'imposent au médecin, sauf dans trois cas : une urgence vitale, un caractère manifestement inapproprié ou une rédaction non conforme à la situation médicale du patient"... "Elles expriment la volonté de la personne relative à sa fin de vie en ce qui concerne les conditions de la poursuite, de la limitation, de l'arrêt ou du refus de traitements ou d'actes médicaux"... Elles peuvent être rédigées conformément à un modèle élaboré par la Haute Autorité de Santé et téléchargeable sur son site internet" (www. has-sante.fr)

http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2619437/fr/les-directives-anticipees-concernant-les-situations-de-fin-de-vie

Vous aurez compris que ce livre est indispensable à toute personne qui est intéressée ou concernée par "la fin de vie" pour en faire un acte constructif et en pleine connaissance de cause pour maîtriser sa vie et son corps jusqu'au dernier moment.

 

Denis

 

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 10:53
Citation de Marcel Proust sur la lecture et le savoir
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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 16:47
Ecrivains voyageurs par Laurent Maréchaux (Arthaud Poche)

Ecrivains voyageurs : ces vagabonds qui disent le monde

par Laurent Maréchaux (Arthaud Poche - janvier 2017 - 220 pages)

(Illustration de couverture : Nicolas Biouvier - Kurdistan - 1954)

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Ce livre est sorti au bon moment pour la thématique que je me suis proposé de suivre cette année : la littérature et le voyage.

L'auteur a fait le pari de diviser les 19 auteurs présentés dans ce livre en deux catégories :

- Voyageurs, ils devinrent écrivains :

Joshua Slocum  /  Pierre Loti  / Robert Louis Stevenson / Joseph Conrad / Alexandra David-Neel / Victor Segalen / Nikos Kavvadias / Wilfred Thesiger / Bernard Moitessier / Nicolas Bouvier.

Page 17/18  : "Tous, avant d'être voyageurs, avaient été des lecteurs boulimiques.(...) En devenant écrivains, ils s'acquittaient d'une dette : léguer au plus grand nombre ce goût de l'aventure né de leurs vertes lectures."

Ecrivains, ils se firent voyageurs :

Rudyard Kipling / Jack London / Pierre Mac Orlan / Blaise Cendrars / Joseph Kessel / Georges Simenon / Romain Gary / Jack Kerouac / Bruce Chatwin.

Page 117 : "Si leur vie mouvementée traverse des continents et des temps agités (guerres coloniales, Première et Deuxième Guerre Mondiale, crise de 1929, conflits régionaux) dans lesquels ils puisent situations romanesques et personnages pittoresques, ces professionnels de l'écriture ont vite compris le profit qu'ils pouvaient tirer de leur situation d'observateurs privilégiés des soubresauts de l'histoire. De journalistes, ils se muent - tels Kipling ou Kessel - en auteurs de nouvelles, avant de faire renaître leurs reportages sous forme de romans. Leur imagination se montre foisonnante."

Je laisse à l'auteur la responsabilité de ses choix d'auteurs et des deux catégories. Mais de fait, certains ont voyagé et en ont fait des livres qui les ont rangé dans le monde de la littérature et pour ceux qui étaient écrivains, le voyage les a fortement influencé dans l'approche de leur oeuvre littéraire.

Ces 19 auteurs sont présentés par Laurent Maréchaux sous forme de courtes biographies de quelques pages, mettant en avant leurs voyages qui ont influencé leurs publications.

Laurent Maréchaux a l'impression que la littérature de voyage n'a plus ses lettres de noblesse au début de ce XXIe siècle.

Il cite Nicolas Bouvier comme mise en garde aux apprentis écrivains voyageurs : "Il ne faut jamais que l'écrivain bouche le paysage. Il faut qu'il perde cette corpulence, et le voyage, s'il s'y soumet, s'en chargera pour lui. Quant à son écriture, elle doit devenir aussi transparente et mince qu'un cristal légèrement fumé".

 

Voyages en partie rêvés, recréés et donc objets de fictions ou récits "authentiques", la littérature de voyage n'a pas fini de nous étonner ou de nous émerveiller. Ce livre offre de bonnes pistes de lectures. C'est là l'essentiel.

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

 

 

 

Ecrivains voyageurs par Laurent Maréchaux (Arthaud Poche)
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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 18:09
Le rempart de Théodore Dreiser (Editions Motifs)

Le Rempart de Theodore Dreiser

(Editions Motifs - Janvier 2017 - 382 pages)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Paul Roche

Titre original : The Bulwark (1946 - publié à titre posthume)

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Theodore Dreiser (1871-1945) a été journaliste engagé et militant socialiste. Il a écrit plusieurs romans dont celui-ci qui a été publié en 1946, un an après sa mort.

 

Phoebe, la soeur de Hannah Barnes, veuve demande à son beau-frère de s'occuper de son patrimoine. Rufus accepte et se voit déjà restaurer un des bâtiments.

Solon Barnes a passé une partie de son enfance à Segookit avant de rejoindre la nouvelle maison restaurée par son père à Dukla. Il a été chouchouté par sa mère mais sa corpulence lui a permis de s'affirmer face aux jeunes de son âge tout en se montrant pacifiste.

Il est impressionné par l'amie de sa soeur, Benecia Wallin, mais il n'ose pas lui parler. Sa famille entre en contact avec Mr Wallin à l'occasion d'une messe le dimanche où une solidarité se dessine quand une femme dit sa détresse de savoir son fils très malade. Hannah puis Solon témoignent de la force de Dieu à sauver les siens quand Solon avait été grièvement blessé à huit ans. Ceci émeut Mr Wallin et c'est ainsi qu'il est entré en contact avec les Barnes. La solidarité des quakers fait le reste et les deux familles deviennent amies.

Solon et Benecia se déclarent enfin leur amour et leur mariage est conclu après que Solon est venu à Philadelphie travailler dans la banque de Mr Wallin.

Ils vont avoir cinq enfants. L'aînée Isobel se trouve laide. Stewart le plus jeune se montre très vite intrépide. Etta a été la première à s'émanciper de la traduction quaker trop pesante à son goût dans ce début du XXe siècle. Elle a tenu à aller à l'université du Wisconsin avec une amie très "libérée". Orville et Dorothéa se montrent plus discrets.

Page 191 : "Lorsque Etta vint à la maison en compagnie de Volida, pour les vacances du Thanksgiving, la famille Barnes n'eut pas une impression très favorable de l'amie qu'elle s'était choisie. Solon et Benecia se montrèrent bons et aimables à son égard, mais ils jugèrent qu'elle manquait de tact et d'éducation et n'approuvèrent ni ses manières ni ses idées".

Stewart va suivre l'élan donné par Etta en choisissant sa destinée contre l'avis de ses parents.

Pour rappel, la Société religieuse des Amis est un mouvement religieux fondé en Angleterre au XVII e siècle par des dissidents de l'Église anglicane. Les membres de ce mouvement sont communément connus sous le nom de quakers mais ils se nomment entre eux « Amis » et « Amies ». La Communauté suit des règles strictes de vie mais se montre très unie. Elle n'est plus adaptée aux modes de vie du tournant du XXe siècle, ce que montre très bien "Le Rempart".

Une religion "rempart" contre le modernisme assurément. Solon et Benecia n'ont pas senti venir ces changements. Solon est resté immergé dans la finance sans voir là aussi que les méthodes de gestion ont changé et qu'il est victime lui-même de ses associés.

Un monde qui change en même temps que la prohibition fait son apparition aux USA.

Une famille en pleine mutation, heureuse quand les enfants sont jeunes et déchirée quand ils atteignent l'âge de s'émanciper...

Un roman qui parfois montre des "bons sentiments" un peu trop appuyés quand tout va bien dans la famille, comme si les quakers étaient alors en mesure de créer une réelle empathie entre les êtres.

C'est le seul bémol que j'ai relevé car on est vraiment happé par cette famille et on vit au sein de ce monde en mouvement.

Une lecture que je conseille à tous et plus particulièrement à ceux qui aiment la littérature US et qui ont envie de découvrir cet auteur considéré aujourd'hui comme un des auteurs novateurs de la première moitié du XXe siècle.

Je remercie les éditions Motifs (département des éditions du Rocher) de m'avoir envoyé ce roman. Une belle découverte et aventure littéraire.

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

Le rempart de Théodore Dreiser (Editions Motifs)
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26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 16:28
Citation d'Albert Camus sur l'état d'"être conscient"
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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 18:02
Délivrances de Toni Morrison (Christian Bourgois)

Délivrances de Toni Morrison

(Christian Bourgois - Août 2015 - 198 pages)

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Christine Laferrière

Titre original : God Help the Child (USA - 2015)

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Vous pourrez constater que le titre original n'a rien à voir avec le titre français. Or, je pense que "God Help the Child" (Dieu, aide l'enfant) aurait mieux donner l'esprit du roman. A noter que wikipedia (en anglais) nous informe que Toni Morrison aurait préféré le titre suivant : "The Wrath of Children" (La colère des enfants).

Les titres en anglais parlent de l'enfant, victime dans le livre de pédophilie. Tous les personnages du roman ont été victimes ou témoins d'attouchements qui ont pu aller dans un cas au meurtre.

 

Lula Ann est née dans les années 90 d'une mère mulâtre et d'un père blanc. Cela a aussitôt été le drame. Le père est parti et le regard des autres sur Lula Ann ont été terribles dans une époque où pourtant la ségrégation était abolie.

On retrouve Lula Ann devenue Bride, lâchée par son amant, Booker. Elle travaille chez Sylvia Inc. où elle a créé une ligne de cosmétiques  "Toi, ma belle". Elle va à la prison pour femmes Decagon et assiste à la sortie de Sofia Huxley, incarcérée depuis quinze ans pour abus sur enfants dont elle a été témoin à l'école. Elle entre en contact avec elle mais se fait frapper quand elle lui dit qu'elle veut l'aider pour sa réinsertion.

Bride a la moitié du visage défiguré et c'est une collègue de travail, Brooklyn, qui l'a conduite à la clinique. Elle ne s'attendait pas à tant de violence de la part de Sofia.

Elle avait été exemplaire comme fillette au procès contre ces instituteurs blancs pervers, dont Sofia. Ella avait déjà vu quelques scènes de pédophilie dont celle de son propriétaire avec un jeune garçon. Elle n'avait donc pas hésité à montrer du doigt Sofia pour la dénoncer. Elle était allée la voir à sa sortie peut être quelque part par repentir.

Bride est redevenue belle grâce aux soins de Brooklyn et d'un chirurgien et elle brille le soir de la présentation officielle de  "toi, ma belle". Et elle couche avec un inconnu.

Elle part à la recherche de Booker et a un accident en cours de route. Elle est soignée pendant plusieurs semaines par un couple qui a "kidnappé" une fillette égarée et qui vit à présent en "harmonie".

Booker a été terrorisé dans sa jeunesse par le meurtre de son frère par un pédophile tueur en série de jeunes garçons dont il abusait avant de les dépecer.

Booker a été trompettiste amateur. Adulte il a vécu avec Felicity puis Bride avant de s'enfuir...

 

Tout le monde fuit quelque chose dans ce roman, en priorité la jeunesse qui n'a jamais été heureuse pour eux.

L'auteure nous montre ainsi des êtres en recherche d'une "délivrance" (pour reprendre le titre français) qui leur donnerait enfin droit à vivre une nouvelle vie plus riche, plus saine et plus harmonieuse.

Toni Morrison mêle le présent et le passé des uns et des autres, offrant souvent une partie entière du roman à leur histoire qui vient à un moment ou à un autre se télescoper avec l'histoire d'un autre personnage.

On est souvent surpris par les événements qui surgissent, dont certains pourraient relever du "fantastique", comme pendant un temps où Bride se sent redevenir petite fille (Lula Ann) .perdant sa féminité (seins et poils pubiens).

On se laisse porter surtout par les mots et les phrases de Toni Morrison, dont on connaît depuis 12 livres combien sa prose est belle et envoûtante.

Tout commence avec les mots de Sweetness, au moment de la naissance de sa fille Lula Ann : "Ce n'est pas de ma faute. Donc vous ne pouvez pas vous en prendre à moi. La cause, ce n'est pas moi et je n'ai aucune idée de la façon dont c'est arrivé. Il n'a pas fallu plus d'une heure après qu'ils l'avaient tirée d'entre mes jambes pour se rendre compte que quelque chose n'allait pas. Vraiment pas. Elle m'a fait peur, tellement elle était noire. Noire comme la nuit, noire comme le Soudan. Moi, je suis claire de peau, avec de beaux cheveux, ce qu'on appelle une mulâtre au teint blond, et le père de Lula Ann aussi. Y a personne dans ma famille qui se rapproche de cette couleur".

 

Et voilà comment une vie débute très mal dans une société où le raciste est une calamité. Alors, il faut se battre pour s'affirmer, être reconnu par les autres et c'est aussi et surtout ce combat qui est le fil conducteur du roman.

 

Toni Morrison, pour rappel, née en 1931, a obtenu le Prix Nobel de Littérature en 1993, bien mérité, tellement ses livres sont forts, même si ici elle étonne quand elle parle de pédophilie, presque à l'image de Hannah Arendt qui avait parlé de "banalité du mal" pour le nazisme incarné par Eichmann.

Mais on connaît son combat pour le noirs américains et son éthique humaniste. Ne boudons pas notre plaisir pour dire que c'est un très grand livre d'une auteure essentielle.

J'ai lu ce roman dans le cadre d'une lecture commune avec Marjorie Littérature.  Qu'elle en soit une nouvelle fois remerciée car nous avons plaisir à échanger nos opinions tout au long de notre lecture pour mieux cerner les enjeux du texte qui nous est offert.

 

Bonne lecture,

Denis

 

 

 

 

 

Délivrances de Toni Morrison (Christian Bourgois)
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